√Čtiquette¬†: insecte

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Je me souviens encore d’un joli souvenir de mon enfance pass√©e en Guin√©e √† Conakry. C’√©tait dans les ann√©es 88 et j’avais 11 ans. Mon petit fr√®re, quant √† lui √©tait √Ęg√© de 10 ans.

Maman adorait nous faire d√©couvrir tout ce qui √©tait en relation avec la nature : aussi bien dans le domaine v√©g√©tal qu’animal.

Depuis que nous vivions en Guinée, nous avions déjà appris pas mal de choses sur ces divers sujets et je dois bien avouer que nous aimions bien les découvrir au fur et à mesure car en matière de bestioles, la Guinée en regorgeait de toutes sortes.

Et il ne fallait pas aller bien loin pour pouvoir les observer.

En effet, le jardin de notre maison de fonction √©tait un v√©ritable sanctuaire pour d√©nicher diverses esp√®ces d’insectes…

Mon fr√®re et moi √©tions √† un √Ęge o√Ļ nous voulions tout savoir sur le r√®gne animal et v√©g√©tal. Quoique pour ma part, je pr√©f√©rais de loin les v√©g√©taux…

Par contre, mon fr√®re lui, aimait bien les deux (le monde v√©g√©tal et animal) et en savait d√©j√† un rayon par rapport √† moi car il se documentait beaucoup concernant ces deux sujets qu’il affectionnait particuli√®rement.

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L’exp√©rience :

Ce jour-l√†, je m’en souviens encore comme si c’√©tait hier. Maman voulait nous faire montrer une petite exp√©rience qu’elle avait faites d√©j√† elle-m√™me lorsqu’elle √©tait enfant et qu’elle vivait √† Madagascar √† Namakia.

A cette √©poque l√†, elle avait √† peu pr√®s le m√™me √Ęge que nous et aimait bien explorer la nature et ses insectes environnants.

Il fut donc primordial pour elle de nous faire montrer √† son tour, ladite exp√©rience et je dois bien avouer que nous √©tions d√©j√† tr√®s excit√©s et impatients, mon fr√®re et moi, de pouvoir enfin la d√©couvrir…

Avant de nous entra√ģner dehors, elle prit une grosse bo√ģte d’allumettes vide qu’elle transporta avec elle et nous dit qu’elle en aurait besoin au moment voulu.

boite

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Exploration dans notre jardin :

Maman, mon petit fr√®re et moi sort√ģmes donc dehors et nous retrouv√Ęmes dans notre charmant jardin puis elle nous dit sans plus attendre qu’elle √©tait √† la recherche d’une chenille √† papillons pour pouvoir r√©aliser sa fameuse exp√©rience.

Au bout de quelques instants, elle finit par en trouver une qui √©tait coll√©e √† l’envers sur une des feuilles d’un petit arbuste.

papillon cocon

Elle commen√ßa alors √† la d√©coller tout doucement car elle √©tait fragile et qu’il ne fallait pas trop la manipuler avec les doigts puis, une fois d√©coll√©e de sa feuille, elle la d√©posa bien d√©licatement √† l’int√©rieur de la bo√ģte d’allumettes qu’elle tenait toujours dans sa main.

La chenille en question s’√©tait d√©j√† enroul√©e dans son cocon de soie et remuait encore l√©g√®rement √† l’int√©rieur de celui-√ßi car elle n’√©tait pas tout √† fait arriv√©e au stade de sa transformation en chrysalide.

En effet, maman voulait tout d’abord nous faire d√©couvrir l’√©volution de celle-√ßi lorsqu’elle s’√©tait √† peine enturbann√©e dans son fil de soie.

C’est pourquoi, elle avait fait expr√®s de la choisir √† ce stade de mutation afin que nous puissions observer par la suite, chaque d√©tail de sa future transformation…

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Petite parenthèse : La chenille :

papillon guinée

La chenille est la larve éruciforme des papillons. Certains hyménoptères dont les larves ressemblent beaucoup à celles des lépidoptères sont appelées fausse-chenille.

La chenille, une fois arriv√©e √† son plein d√©veloppement, s’enveloppe dans un cocon afin de se transformer en chrysalide qui va √† son tour devenir l’insecte adulte.

Seules certaines esp√®ces de chenille tissent autour d’elles un v√©ritable cocon pour se mettre √† l’abri en vue de leur nymphose (la nymphose √©tant le passage √† l’√©tat de nymphe, que l’on appelle chrysalide chez les papillons).

chenille pour papy

D’autres se contentent de se fixer √† un support par une ceinture de soie, fil s√©cr√©t√© de la m√™me mani√®re, mais en faible quantit√©.

D’autres encore s’enterrent dans l’humus √† faible profondeur, dans une loge plus ou moins soyeuse : c’est le cas de la plupart des Sphinx.

chenille chenille

  1. Tête 
  2. Thorax
  3. Abdomen
  4. Segment
  5. Corne post-abdominale
  6. Fausses pattes
  7. Stigmate
  8. Pattes
  9. Pièces buccales

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Observation de la bestiole :

En ce qui concernait notre petite exp√©rience, notre chenille avait d’ores et d√©j√† tiss√© autour d’elle son fameux cocon (pas dans son int√©gralit√©) si particulier qui √©tait encore transparent et pas tout √† fait opaque puisqu’on pouvait encore la voir √† l’int√©rieur.

En effet, je pouvais aper√ßevoir son √©trange petite t√™te ainsi que son corps de couleur vert clair qui continuait √† se mouvoir dans sa fine enveloppe blanch√Ętre.

A l’int√©rieur de son fin cocon, la bestiole semblait tout droit venir de la plan√®te Mars tellement elle avait un dr√īle d’aspect. On aurait dit un petit alien…

Cela me faisait bizarre de pouvoir l’observer ainsi en direct, sur toutes les coutures et non dans un documentaire animalier.

C’√©tait bien plus int√©ressant et je dois bien avouer assez fascinant de la regarder et de la jauger dans les moindres d√©tails.

Elle paraissait √† la fois forte et fragile : d’une part √† cause de son cocon dont elle √©tait prisonni√®re mais d’autre part, bien vivace lorsque qu’elle remuait de temps en temps √† l’int√©rieur de celui-√ßi.

En somme, ce petit être si bizarre et si petit soit-il avait déjà une certaine force de caractère qui ne nous laissait pas indifférent, mon frère et moi.

Elle avait r√©ussi √† attiser notre grande curiosit√© et nous √©tions d√©j√† tr√®s impressionn√©s par elle…

Mais il n’emp√™che qu’elle me faisait √©galement un peu peur √©tant donn√© que je n’aimais pas trop le monde des insectes…

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La bestiole dans sa bo√ģte d’allumettes :

Notre petite trouvaille √† l’int√©rieur de sa bo√ģte d’allumettes l√©g√®rement entrouverte ; maman, mon petit fr√®re et moi rentr√Ęmes √† nouveau √† l’int√©rieur de notre maison.

Maman d√©posa la bo√ģte sur l’une des √©tag√®res du grand buffet de notre salon. Ainsi, nous pourrions voir facilement l’√©volution de la fameuse chenille lorsque nous le souhaiterions…

« Voil√† les enfants. Vous avez vu que la chenille remuait encore √† l’int√©rieur de son cocon. Ensuite, de plus en plus, elle va le consolider pour se transformer enfin en une chrysalide » dit-elle en nous souriant.

Olivier √©tait beaucoup plus curieux que moi et lui demanda presque aussit√īt :

« Maman ? Est-ce que la chenille va bien respirer ? »

« Mais oui Olivier. Regarde, j’ai laiss√© entrouverte la bo√ģte pour justement qu’elle ait son oxyg√®ne. Ne t’inqui√®te pas. Tout ira bien pour elle jusqu’√† ce qu’elle se transforme en chrysalide »

« Chouette ! On verra toute sa transformation alors ? » dit-il dans un large sourire.

« Eh oui mon Coco ! Toi et ta soeur pourrez voir toute son √©volution en direct. Ce sera bien mieux qu’un documentaire t√©l√©vis√© ! »

En ce qui me concernait, je n’osais pas trop toucher la bo√ģte o√Ļ √©tait log√©e cette √©trange bestiole mais cela m’int√©ressait tout de m√™me. Il est vrai que je n’aimais pas trop le monde des insectes mais en ce qui concernait celle-√ßi, j’avais envie de conna√ģtre son √©volution.

Et puis maman m’avait assur√© que la bestiole en question ne pourrait gu√®re s’enfuir vu que la bo√ģte d’allumettes n’√©tait que l√©g√®rement entrouverte. D’ailleurs, en voyant mon air inquiet, maman se mit √† rire.

« Mais ne t’inqui√®te pas C√©cile ! Tu vois bien que cette chenille est enroul√©e dans son cocon. En plus, bient√īt elle ne bougera plus du tout. Crois-moi, tu ne risques rien. Et lorsqu’elle commen√ßera √† sortir de son cocon, maman t’a d√©j√† dit qu’on irait ensemble dehors pour qu’elle puisse d√©ployer ses ailes. D’accord ? Tu es rassur√©e maintenant ma Poupoule ? »

« Oui, maman » dis-je dans un timide sourire quelque peu crisp√©.

****

Olivier, contrairement √† moi √©tait fou de joie. De temps en temps il ne pouvait pas s’emp√™cher de regarder par l’ouverture de la bo√ģte pour y observer notre petite chenille.

Une fois qu’il l’avait pour la √©ni√®me fois observ√©e sur toutes les coutures ; il revenait alors en sautillant vers moi qui √©tait sagement install√©e dans le canap√© du salon en train de jouer √† un jeu vid√©o puis invariablement il me disait avec beaucoup d’enthousiasme :

« C√©cile ! J’ai encore regard√© la chenille. Elle remue toujours un peu. J’ai h√Ęte qu’elle devienne une chrysalide comme maman nous a dit »

Sachant qu’il affectionnait particuli√®rement le monde des insectes, je lui demandais alors :

« Et tu sais ce que c’est une chrysalide ? »

« Biens√Ľr. Maman nous a d√©j√† expliqu√©. Et puis j’ai aussi appris en lisant mon magazine « Sciences et vies Junior ». Tu sais, c’est trop incroyable ces b√™tes l√† ! Moi, en tout cas je les aime bien. Et toi ? »

« Oui √ßa va. De toute fa√ßon, maman a dit que la chenille ne pouvait pas s’enfuir de la bo√ģte… » dis-je avec une pointe d’appr√©hension dans la voix.

« Pfff ! N’importe quoi ! Tu vas pas avoir peur aussi de cette chenille ! Bient√īt, elle ne pourra plus bouger du tout. Et puis maman nous a dit qu’elle ne voulait pas qu’elle sorte totalement de sa chrysalide lorsqu’elle deviendra un papillon. T’as rien √† craindre du tout C√©cile ! Je t’assure ! T’es trop inqui√®te toi ! Allez, viens la voir de plus pr√®s avec moi » dit-il en m’attrapant d√©j√† par le bras.

« Oui ! Attends, j’√©teins d’abord mon jeu vid√©o puis je viens tout de suite la voir avec toi » dis-je un peu √† contre-coeur.

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Quelques instants apr√®s, j’√©tais √† ses c√īt√©s en train d’observer l’√©trange bestiole qui n’√©tait vraiment pas jolie…

Quant à mon frère, lui, il semblait totalement sous le charme de ladite bébête. Il en était littéralement fasciné.

papillon vert

J’aimais bien le regarder en train de s’extasier et s’exclamer au sujet de celle-√ßi. Il faut dire qu’il adorait tout ce qui se rapportait √† la nature. Tout l’intriguait √† ce sujet. Le monde des insecte l’√©merveillait. A ce sujet, il ressemblait √©norm√©ment √† maman lorsqu’elle avait son √Ęge. Il √©tait d’ailleurs autant curieuse qu’elle et voulait toujours tout savoir et plus particuli√®rement sur ces ch√®res insectes…

Oui, j’aimais bien le regarder en train d’observer notre chenille. C’est pourquoi il est tellement facile pour moi de vous raconter dans les moindres d√©tails ce joli souvenir de mon enfance.

Pendant qu’il observait la bestiole, moi, j’immortalisais cet instant dans un coin de ma t√™te tout en ne sachant pas qu’un beau jour j’aurais souhait√© le retranscrire √† l’√©crit et qui plus est dans le vaste monde du virtuel.

Et puis, comme je vous l’avais d√©j√† dit dans un de mes nombreux articles de souvenirs, Olivier ne m’avait jamais fait un sale petit tour de gamin comme le font certains petits fr√®res envers leurs soeurs.

Non, je dois bien avouer qu’il n’√©tait pas du tout comme √ßa. Il savait que j’avais peur des insectes et que j’en avais une sainte horreur ; d’ailleurs il s’en moquait parfois mais jamais il n’allait plus loin que √ßa en m’en lan√ßant une sur moi par exemple. Non, et fort heureusement d’ailleurs, sinon je n’aurais gu√®re appr√©ci√© et cela aurait valu √† mes yeux, d’√™tre une trahison, ni plus, ni moins !

Bref, j’√©tais surtout intrigu√©e par mon jeune fr√®re.

Le voir autant passionn√© par ces √©tranges bestioles me sid√©rait quelque peu mais je finissais par m’y adapter. Sans doute √©tait-ce d√©j√† l’amour inconditionnel d’une soeur a√ģn√©e envers son petit fr√®re car il faut bien que je l’avoue, j’√©tait totalement attendrie par lui.

C’√©tait disons plut√īt lui qui me fascinait autant que la petite bestiole.

Et vous me diriez alors pourquoi ? Tout simplement parce que d’une part je l’aimais et que d’autre part, je le trouvais tr√®s d√©brouillard pour son jeune √Ęge et tr√®s vif d’esprit.

C’√©tait d√©j√† un v√©ritable trombe de l’air qui adorait explorer, s’aventurer, trifouiller, fouiner sans peurs ni craintes dans √† peu pr√®s tout et n’importe quoi… Un vrai petit aventurier qui √©tait avide de savoir et de tout conna√ģtre sur notre belle et si vaste nature…

J’√©tais tout l’inverse, c’est pourquoi je l’admirais tant car contrairement √† lui, je n’√©tais pas une fanatique de la nature et encore moins des insectes…

Non, moi c’√©tait de grimper sur¬†MON MANGUIER VOYAGEUR¬†,¬†de me jucher sur la plus haute des branches afin d’admirer le ciel, les nuages, les oiseaux, l’oc√©an, les vagues, ressentir le vent, laisser les rayons du soleil me chauffer le visage et le corps et observer de temps en temps, mon cher petit fr√®re en train de jouer en bas sur la terre ferme avec tous ces √©tranges insectes…

fourmi noire

 

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Je lui laissai bien volontiers ce plaisir et pr√©f√©rais le regarder du haut de mon arbre, en train de s’extasier sur telle ou telle esp√®ce d’insecte qu’il venait de d√©nicher…

A le voir ainsi si d√©brouillard et si m√©ticuleux avec ces b√©b√™tes, je me disais souvent au plus profond de moi-m√™me qu’il √©tait l’a√ģn√© et que moi, j’√©tais sa petit soeur… Je ne ne sais pas pourquoi mais je le pensais r√©ellement √† cette √©poque l√†. Il semblait si s√©rieux et attentionn√© envers la nature qui l’entourait alors que moi j’en √©tais parfaitement d√©sinvolte.

Ce n’√©tait pas p√©joratif pour moi de penser que j’√©tais sa petite soeur, bien au contraire puisque cela me r√©confortait de le savoir diff√©rent de moi. De le savoir si audacieux et si aventureux…

Tout ceci pour vous dire que notre chenille √©tait certes une formidable d√©couverte mais d√©couvrir le c√īt√© explorateur de mon jeune fr√®re l’√©tait tout autant…

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Quelques jours apr√®s (disons 5 jours plus tard), notre fameuse chenille ne bougeait plus du tout comme si celle-√ßi √©tait morte mais ce n’√©tait pas du tout le cas.

En fait, son enveloppe corporelle avait totalement chang√©e d’aspect et de couleur. Elle semblait plus solide qu’avant et sa teinte √©tait entre le marron et le beige clair.

marron beige chrysalide

Olivier en √©tait davantage fascin√© car il savait que bient√īt la chrysalide deviendrait un majestueux papillon.

Il tr√©pignait d’impatience et ne cessait de me r√©p√©ter :

« T’as vu C√©cile ! √ßa y est ! c’est comme maman nous a dit ! Bient√īt, elle va d√©chirer sa chrysalide. J’ai trop h√Ęte ! et toi ? »

« Moi aussi » dis-je dans un petit sourire.

Je ne sais pas pourquoi mais √† cet instant pr√©cis o√Ļ je lui parlais, j’√©tais vraiment sinc√®re. J’avais h√Ęte √©galement de voir enfin l’envol√©e de cette bestiole.

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Petite parenthèse : La chrysalide :

chrysalide transf

Chez les insectes holom√©taboles (c’est-√†-dire aux m√©tamorphoses compl√®tes, par exemple les papillons et les abeilles), qui effectuent deux mues de m√©tamorphose, la chrysalide est le stade de d√©veloppement interm√©diaire entre la larve et l’adulte.

Les chrysalides durcissent et changent de couleur. Les papillons selon les espèces se métamorphosent au bout d’une semaine.

Quelques heures avant l‚Äô√©mergence du papillon, l‚Äôenveloppe de la chrysalide devient transparente chez certaines esp√®ces et laisse appara√ģtre les couleurs des papillons.

Lorsque les segments abdominaux se distendent, l’émergence est imminente. Un autre nom pour désigner ce stade intermédiaire est la nymphe.

chrysalide papillon

Une des caract√©ristiques de la nymphe est qu’elle ne se nourrit pas (ses pi√®ces buccales et son tube digestif subissent aussi une m√©tamorphose importante) et qu’elle vit sur ses r√©serves.

La nymphe des lépidoptères est souvent appelée chrysalide. La nymphe peut, selon les espèces, être protégée par un cocon.

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La métamorphose :

Voici une vid√©o int√©ressante sur la mutation d’une chenille √† papillon : ici, il s’agit du Papillon Monarque.

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Deux jours plus tard, maman s’√©cria :

« Regardez les enfants ! Venez voir ! Vite ! La b√™te est en train de crever son enveloppe. Vous voyez, regardez bien »

Je n’en revenais pas et je dois bien avouer que j’en fus litt√©ralement subjugu√©e.

En effet, l’√©trange b√™te semblait pousser avec sa t√™te la fibre du cocon dans lequel elle √©tait enferm√©e.

De nouveau (comme au tout d√©but, o√Ļ maman l’avait d√©coll√©e de sa feuille), l’insecte bougeait √† l’int√©rieur de son enveloppe qui √©tait tr√®s √©paisse et opaque.

Sous nos yeux d’enfants √©merveill√©s et fascin√©s, la vie naissait.

Un petit √™tre voulait sortir de sa prison qui l’avait pourtant prot√©g√©e jusqu’alors car il √©tait tout simplement d√©sireux de conna√ģtre la libert√©…

Du coin de l’oeil, j’observais √©galement mon petit fr√®re et j’√©tais heureuse de le voir heureux…

« Regarde maman, il vient de passer sa trompe. Il va pas tarder √† sortir de sa chrysalide. Hein, pas vrai maman ? »

trompe papillon

« Oui, mon Coco ! Effectivement. D’ailleurs, nous allons vite aller dehors, maintenant. Venez, suivez-moi. Vite, il va pas tarder √† sortir enti√®rement de son cocon »

Maman transporta avec elle la bo√ģte d’allumettes dont elle avait retir√© compl√®tement le couvercle et sortit rapidement dehors avec nous, √† ses c√īt√©s.

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L’envol√©e majestueuse :

le papillon et son cocon

A présent, le papillon dont les ailes étaient froissées et fripées ne tarderait plus à sortir de son épais cocon.

Il se d√©battait tant bien que mal mais s’arr√™tait de temps en temps car il √©tait encore faible.

Il se tortillait dans tous les sens et ne cessait de fissurer son cocon à force de se débattre.

Les antennes de sa t√™te √©taient d’ores et d√©j√† sorties √† l’ext√©rieur ainsi que ses ailes et bient√īt la coque si √©paisse de son enveloppe ne tarderait pas √† se d√©tacher de son abdomen.

« Maman ! C√©cile ! Regardez ! √ßa y est ! il vient de sortir totalement de son cocon ! Vous avez vu ?? Wahou ! Il est trop beau ! T’as vu les couleurs de ses ailes C√©cile ? » s’exclama Olivier en me les montrant du doigt.

« Oui. Ses ailes sont jolies » r√©pondis-je tout bas, sous le coup de l’√©motion et de la fascination.

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Maman √©tait vraiment heureuse de nous faire d√©couvrir en direct ce qu’elle m√™me avait v√©cu des ann√©es auparavant lorsqu’elle n’√©tait qu’une enfant.

« Vous voyez les enfants. Voil√† ce que Maman avait vu lorsqu’elle √©tait petite fille √† Madagascar et dont je vous parlais √† chaque fois √† Sausset-Les-Pins. C’est beau, non ? »

« Oh oui Maman ! » r√©pondit aussit√īt mon petit fr√®re qui ne cessait de sourire tellement il √©tait √©merveill√©.

« Il va bient√īt s’envoler Maman ? »demandais-je un peu intrigu√©e.

« Oui, ma Poupoule. Il ne va plus tarder »

J’√©tais aux anges de voir ma m√®re et mon petit fr√®re si complices vu qu’ils aimaient bien les papillons puis spontan√©ment je fis une bise √† Maman comme pour la remercier de cet instant, de ce partage qu’elle venait de nous faire vivre.

« Voil√† ! il va s’envoler ! » s’exclama Olivier en tapant dans ses mains.

« Oui, mon Coco ! Il va s’envoler, maintenant » dit Maman, les yeux brillants de joie.

A cet instant pr√©cis, Olivier ne put s’emp√™cher d’effleurer les ailes du papillon.

« Ses ailes sont douces » chuchota t-il.

Et √† peine eut-il prononc√© cette phrase, que le papillon √©tira ses ailes et commen√ßa √† voleter maladroitement vers la branche la plus basse d’un arbuste.

papillon

Il s’y posa dessus puis commen√ßa √† se faire une petite toilette √† l’aide de ses longues pattes qu’il ne cessait de mouvoir vers sa petite t√™te.

envol du papillon

Au bout de quelques instants, il quitta sa branche puis vola davantage plus haut jusqu’√† ce qu’on ne puisse plus l’aper√ßevoir du tout.

En effet, il venait de voler par dessus le haut mur de cl√īture alv√©ol√© qui faisait face √† la mer.

Sans doute avait-il √©t√© attir√© par l’oc√©an. Nul ne le saura jamais.

Quoi qu’il en soit, nous avions assist√© en direct, mon fr√®re et moi √† sa majestueuse envol√©e vers le vaste monde.

butter vole loin

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Un spectacle magnifique de la nature que je tenais √† vous d√©crire dans les moindres d√©tails √† travers cet article et que je n’oublierai jamais.

La Suricate, c’est moi !

SURICATA TENACE

Vous vous demandez encore pourquoi j’ai choisi ce petit surnom « Suricate ? »

Je ne l’ai pas choisi √† proprement dit. Il m’a √©t√© transmis par ma Maman. Elle aime bien me donner des surnoms et ce depuis que je suis toute petite.

Le petit surnom qu’elle affectionne le plus √©tant POUPOULE ! et que j’adore √©norm√©ment ! Je ne sais pas pourquoi mais cela me fait toujours fondre lorsqu’elle m’appelle ainsi !

Que voulez-vous ? je suis une incorrigible √©motive…

Suricate est un surnom qui a fait son apparition il y deux ans (en 2013), lorsque nous regardions elle et moi un documentaire animalier à la télévision concernant les suricates.

A un moment donn√©, elle m’avait lanc√© dans un grand sourire :

« C√©cile, je trouve que tu ressembles vraiment √† un Suricate ! tu es toujours √† l’aff√Ľt et soucieuse de vouloir prot√©ger ton entourage, ta famille…Tiens ! je sais maintenant ! ce sera ton nouveau petit surnom ! mais biens√Ľr celui que je t’ai donn√© Poupoule sera toujours d’actualit√©. Tu seras toujours ma Poupoule ador√©e ! et aussi ma petite Suricate, maintenant ! »

Je dois bien avouer que ce jour-l√† je l’avais regard√© avec beaucoup d’amour et de tendresse par le simple fait qu’elle ait pu penser que je ressemblais √† cette charmante bestiole !

Oui et j’√©tais fi√®re qu’elle me dise que j’avais beaucoup de points communs avec cet animal qui n’avait de cesse de vouloir prot√©ger sa famille et son territoire.

j’avais donc adopt√© avec plaisir ce nouveau petit surnom qu’elle venait de me trouver rien qu’en regardant un documentaire animalier.

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Quelques temps plus tard, ma Maman portait aussi un petit surnom que je lui avais donn√© en regardant un documentaire animalier √† la t√©l√©vision et qui n’√©tait autre que l’√©cureuil.¬†

En effet, je trouvais que ce petit rongeur lui ressemblait beaucoup par le fait qu’elle soit toujours tr√®s pr√©voyante et pr√©venante avec sa famille.

De plus, elle ne manque pas de panache ! elle sait rebondir de branches en branches, en cas de soucis !

Et tout comme l’√©cureuil elle veille √† ne jamais manquer de noisettes ou de graines, en les accumulant en profusion √† l’int√©rieur de¬†son nid (creus√© dans un tronc d’arbre) et ce avant que l’hiver n’arrive afin de ne pas √™tre prise au d√©pourvu.

J’adore l’appeler Mon petit √©cureuil car je trouve qu’elle a beaucoup de points communs avec ce petit animal si mignon.

JOLI ECUREUIL ROUX

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La Suricate, c’est moi !

SOURIS SOURIS

Aujourd’hui, plus que jamais, j’aime beaucoup ce surnom de Suricate car je trouve r√©√®llement que ce petit animal me ressemble beaucoup : il est toujours vif et aux aguets !

Mais vous vous demanderez peut-√™tre pourquoi ai-je mis autant de temps √† inscrire le surnom « SURICATE » √† l’en t√™te de mon blog ?

D√©sormais, vous connaissez d√©j√† l’origine de ce surnom mais vous ignorez encore pourquoi je me suis lanc√©e aujourd’hui √† le revendiquer.

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Voici le début de mon histoire :

Ma meilleure amie Michelle que j’ai rencontr√©e sur Twitter et qui tient √©galement un blog sur wordpress https://michellelabelette.wordpress.com/¬†a un surnom : « La Belette » qui je trouve, lui va √† merveille ! et comme je suis de nature tr√®s curieuse, j’ai lu sur internet que la ¬ę Belette ¬Ľ avait plusieurs significations et ce en plusieurs langues (j’en ai choisi deux) :

La Belette s’emploie en Fran√ßais pour d√©signer affectueusement une jeune fille ou une femme charmante et en Breton, cela veut dire belle petite b√™te.

belle belettissima

Un bien joli surnom qu’elle a choisi et qui lui va √† ravir ! vous ne trouvez pas ?

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Au fil du temps qui passait, je me suis dit pourquoi ne pas mettre en lumi√®re tout comme mon amie Michelle, mon surnom « Suricate » que je porte depuis deux ans et dont j’en suis fi√®re ?

Alors voil√† pourquoi c’est chose faite aujourd’hui.

Et je dois bien avouer que j’appr√©cie le fait de l’avoir mis enfin au devant de la sc√®ne en faisant un article aujourd’hui (Samedi 12 d√©cembre 2015)

A présent, vous savez tout à ce sujet ou presque tout !

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La Suricate que je suis :

SURICATE DEBOUT

Je suis très protectrice envers les miens et tout comme le Suricate je veille au grain en les protégeant contre toutes attaques extérieures, telle une sentinelle fidèle à son poste.

D’ailleurs, j’ai le don de savoir reconna√ģtre mes ennemis et ce m√™me s’ils portent un masque de circonstance pour me pi√©ger. En g√©n√©ral, j’ai le flair pour les d√©tecter gr√Ęce √† mon nez fin de Suricate !

méchant et fort

Eh oui ! je reste tr√®s m√©fiante m√™me si je suis une personne avenante et tr√®s spontan√©e par nature ! Disons que je t√Ęte toujours le terrain avec mes petites pattes arm√©es de griffes afin de conna√ģtre le vrai du faux ! et en g√©n√©ral, mon instinct ne me trompe jamais !

Bref, je suis une vraie Suricate ! toujours sur mes gardes mais pas que, puisque j’aime aussi prendre la vie du bon c√īt√© !

Oui, la relaxation d’une Suricate est tr√®s importante si elle veut se r√©g√©n√©rer et faire peau neuve pour avoir toujours un joli poil bien lustr√© et brillant !

Pour ce faire, la Suricate recharge pleinement ses batteries en l√©zardant au soleil l’√©t√© ou en se r√©fugiant dans son terrier bien douillet et chaud l’hiver !

SOURICAT heureux

De bons petit vers (verre) de jus de toutes sortes ainsi que de savoureux oeufs de l√©zards (mimosa) lui redonneront l’oeil vif et la truffe humide pour pouvoir √©crire ses souvenirs et ses petites nouvelles sur le sable (page wordpad) chaud de son territoire (ordinateur).

Oui, quand je vous disais que je suis une v√©ritable Suricate ! ce n’est pas pour rien !

SUSURIRI coucou

C’est pourquoi la c√©l√®bre r√©plique du film « Forrest Gump » reste toujours ma pr√©f√©r√©e et ce depuis des ann√©es :

« La vie, c’est comme une bo√ģte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber ! »

Oui, j’aime cette r√©plique car je trouve qu’elle est parfaitement en ad√©quation avec tout ce que je pense au sujet de la vie en g√©n√©ral.

En effet, elle peut avoir un go√Ľt d’amertume par certains moments ou encore √™tre savoureuse √† souhait lorsque la vie vous sourit !

Et pour terminer, je dirais que La Suricate aime aussi les cats : nos amis les chats…

D’ailleurs, je ne sais pas si vous l’avez remarqu√© mais lorsque vous inversez le mot « SURICATE », vous obtiendrez alors la phrase suivante :

CAT SURI : Cat (le chat) sourit à la vie !

Et c’est pourquoi, j’aime sourire √† la vie quoi qu’il arrive ! C’est ma force !

belle suri catsou

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Gros bisous √† toi Maman et mille mercis encore de m’avoir trouv√© ce charmant surnom qui me va si bien ! Je t’aime Mamounette !!

écureuil magique

 

Un bisou aussi tr√®s particulier √† ma tendre Michelle alias « La Belette », ma meilleure amie qui porte si bien son petit surnom et que j’adore ! Oui la moiti√© de ma plume ! Je t’embrasse affectueusement !!

belle belle belette

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Si vous ne connaissez pas bien le Suricate, voici quelques informations à son sujet :

souris cat la petite familia

Le suricate (Suricata suricatta), parfois surnomm√© ¬ę sentinelle du d√©sert ¬Ľ, est une esp√®ce de mammif√®res diurnes de la famille des Herpestidae (mangoustes) et la seule du genre Suricata.

Ce petit carnivore vit dans le sud-ouest de l’Afrique (d√©sert de Namib).

Animal tr√®s prolifique, le suricate vit en grands groupes familiaux au sein d’une colonie. Ils se r√©fugient la nuit dans de vastes terriers.

Mesurant de 30 √† 60 centim√®tres, le suricate mange entre autres des insectes, des souris, des rats, des oiseaux, des petits reptiles et des tubercules ou bulbes de plantes qu’il d√©terre avec ses pattes munies de fortes griffes non r√©tractiles de deux centim√®tres de longueur.

Ainsi, ils sont capables de déplacer leur propre poids de terre en 20 secondes.

Leur ou√Įe extr√™mement fine et leur odorat d√©velopp√©s permettent aux suricates de rep√©rer une proie sous le sable, qu’ils creusent parfois assez profond√©ment pour chercher leur nourriture.

Des ¬ę sentinelles ¬Ľ ont pour r√īle de pr√©venir les autres membres du groupe de la pr√©sence de pr√©dateur(s) par des cris sp√©cifiques.

SURICATE toujours

On a recensé 30 cris différents selon le type de danger (terrestre ou aérien) et leur éloignement.

Un cri continu indique que tout va bien. Des recherches r√©centes ont montr√© que les guetteurs √©taient des individus du groupe qui n’avaient plus faim.

Chaque surveillance dure environ une heure, pendant laquelle la sentinelle émet des cris continus à intervalles réguliers, lorsque tout va bien.

En cas de danger, il aboie ou siffle très fort. Le groupe se précipite alors chacun dans son terrier.

Les suricates ont un comportement altruiste au sein de leur colonie.

Un ou plusieurs d’entre eux surveillent en sentinelles les autres membres qui creusent ou jouent entre eux.

La chaleur du désert du Kalahari pouvant être mortelle, les parents ou leur substitut recouvrent les petits de sable pour les mettre à l’abri du soleil au cours des déplacements.

baby suricata

Les suricates peuvent se passer de boire, l’eau dont ils ont besoin leur étant fournie en quantité suffisante par les insectes et larves qu’ils mangent.

Ils partagent volontiers leur terrier avec la mangouste jaune et l’√©cureuil terrestre, esp√®ces avec lesquelles ils n’entrent pas en comp√©tition pour la nourriture.

Ils h√©bergent parfois des serpents. Cependant, ils peuvent mordre leur ¬ę invit√© ¬Ľ en cas de m√©sentente.

Les suricates sont également connus pour se livrer à des jeux de société comme des concours de lutte et de course (dans le sens course à pied).

 

 

La derni√®re danse de la lune : Chapitre 2 : La for√™t de Diamond

la derniere danse de la lune

 

A l’or√©e de la for√™t de Diamond : 14H10.

Elisa regarda une derni√®re fois derri√®re elle. Elle posa ses yeux sur le sable si blanc puis les attarda sur le ciel d’un bleu intense parsem√© de quelques nuages. Il faisait tellement beau ! On aurait dit un jour ordinaire. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, elle se promenait tranquillement sur cette plage en chantonnant son air pr√©f√©r√© sans s’imaginer un seul instant que tout ce merveilleux r√™ve se transformerait en un horrible cauchemar. C’√©tait presque irr√©aliste et insens√©.

Un bref instant elle eut une pens√©e pour ses parents en regardant la progression de deux gros nuages blancs qui se suivaient l’un derri√®re l’autre. Se pourrait-il qu’elle ne s’en sorte pas et qu’elle ne les reverrait plus jamais ? Cette id√©e la fit fr√©mir. Pourtant, il ne fallait pas qu’elle baisse les bras mais alors quel serait son destin ici √† Diamond ?

Soudain elle trouva que le nom de cette √ģle √©tait ironique. Son s√©jour ici n’avait rien d’√©clatant ni de lumineux, bien au contraire. Mais alors, quel en serait le d√©nouement ? La noirceur ou la lumi√®re ? Elisa l’ignorait encore…

A contre coeur, elle détourna son regard de cette si jolie plage puis avec force et détermination suivit Tamara sans davantage se poser de questions.

****

Toutes les deux venaient de p√©n√©trer dans les profondeurs de la jungle de « Diamond » qui paraissait √™tre inhospitali√®re tant il y faisait sombre.
Imp√©n√©trable, infranchissable et √©paisse : tels fut les adjectifs p√©joratifs qu’Elisa eut en t√™te lorsqu’elle se retrouva au coeur de cet enfer verdoyant qui √©tait envahi de lianes et de toutes sortes de v√©g√©tations luxuriantes.

Il faisait si chaud et lourd que l’air √©tait suffocant, presque irrespirable si bien qu’Elisa commen√ßait √† beaucoup transpirer et que sa tunique certes tr√®s l√©g√®re lui collait d√©j√† √† la peau. Quelle sensation d√©sagr√©able que de se sentir toute poisseuse ! se dit-elle en pestant.

Quelques moustiques virulents venaient de lui piquer les bras et les jambes et n’avaient de cesse de lui tournoyer tout autour en faisant de perp√©tuels bruits de « bzz » aigus √† ses oreilles ; ce qui devenait de plus en plus horripilant.
Elle tentait √† chaque fois de les chasser de la main mais en vain, ils revenaient toujours…

D√©cid√©ment rien n’allait sur cette √ģle !

Depuis qu’elle marchait dans cette for√™t, elle avait l’impression que le poids de son sac avait augment√© de volume alors qu’il n’en √©tait rien.

Le frottement de la bandouli√®re en nylon lui lac√©rait litt√©ralement l’√©paule droite lui causant d’affreuses douleurs qui l’√©puisaient mais elle tenait bon car il √©tait hors de question qu’elle abandonna son sac. Il y avait √† l’int√©rieur bien trop de choses importantes qui lui seraient sans doute indispensables pour la suite des √©v√®nements alors elle se devait d’√™tre courageuse et de ne surtout pas baisser les bras.

Oui, elle d√©testait au plus haut point cette for√™t car elle s’y sentait oppress√©e et mal √† l’aise mais h√©las elle n’avait pas d’autre choix que d’avan√ßer sans se plaindre.

Cela faisait d√©j√† un certain temps qu’elle et Tamara marchaient inlassablement et pourtant elles n’avaient toujours pas atteint leur objectif : celui de se rendre √† la fameuse cabane.

Il était 14H45.

****

Par certains endroits, il y avait des raies de lumi√®res qui filtraient √† travers les branchages des hauts arbres, rendant une ambiance un peu plus rassurante √† ce lieu qui n’√©tait gu√®re accueillant.

Mais malgr√© ces rares √©claboussures lumineuses, Elisa trouvait encore que cette for√™t √©tait bien trop sombre et elle regrettait d√©j√† d’avoir quitt√© la plage.

De temps √† autre, le silence de la jungle √©tait troubl√© par le bruissement des feuilles, le craquement des branches sous leurs pas ainsi que par toutes sortes de bruits d’animaux : cris d’oiseaux, coassements d’amphibiens, insectes volants, ect..

Soudain Elisa sentit le chatouillement de quelque chose qui venait de se coller sur son avant-bras gauche.

En regardant d’un peu plus pr√®s, elle constata que c’√©tait une toile d’araign√©e alors d’un revers de main et √† plusieurs reprises, elle essaya tant bien que mal de retirer les fils de soie qui √©taient √† la fois tr√®s r√©sistants et fortement √©lastiques.

Lorsqu’elle y arriva enfin et qu’elle pensait en avoir fini avec cette malencontreuse rencontre, subitement elle aper√ßut une grande araign√©e noire √† la forme allong√©e avec de tr√®s longues pattes en train de descendre de son fil provenant d’une immense toile circulaire qui devait bien atteindre dans les 2m de diam√®tre. La toile ressemblait √† s’y m√©prendre √† un hamac.

En voyant l’araign√©e qui pendait toujours sur son fil, Elisa ne pu s’emp√™cher de pousser un petit cri d’effroi puis un second lorsque celle-√ßi tomba juste √† ses pieds. Pour √©viter qu’elle ne lui grimpa dessus, elle eut un mouvement de recul puis s’√©cria avec d√©go√Ľt « Quelle horreur ! »

Elisa connaissait bien cette esp√®ce d’araign√©e qu’elle avait d√©j√† vu dans le jardin de sa maison √† Antin√©a et dont elle en avait une peur bleue. C’√©tait une N√©phile dor√©e. Une araign√©e qui √©tait certes passive et inoffensive mais dont la morsure pouvait √™tre douloureuse.

Et dire qu’elle aurait pu me tomber dessus ! se dit-elle dans son for int√©rieur mais heureusement il y eut plus de peur que de mal.
Alert√©e par les cris d’Elisa, Tamara venait de se retourner et lui demanda avec inqui√©tude :

« Que se passe t-il Elisa ? »

« D√©sol√©e, je suis tomb√©e sur une araign√©e et j’ai eu peur. Mais tout va bien √† pr√©sent »

Entre-temps, la Nephile dor√©e s’√©tait √©loign√©e en courant √† toutes pattes vers un immense arbre entour√© de lianes et venait de totalement dispara√ģtre sous des feuillages.
Après ce petit incident, les deux jeunes femmes continuèrent leur ascension vers le sommet de la montagne.

Il était 15H10.

****

Elisa se demandait encore si elles avaient eu raison de pénétrer dans cette forêt. Et si tout cela les menait au contraire vers le tueur ?
De plus, la situation ne ferait qu’empirer avec la tomb√©e de la nuit ; ce qui ne la rassura pas du tout et amplifia davantage sa peur.

Elle regarda devant elle, la longue queue de cheval noire qui se balançait de droite à gauche.
Tamara marchait d’un pas d√©cid√© et ne semblait pas autant perturb√©e qu’elle. Elle suivait son chemin et rien ne semblait pouvoir l’arr√™ter.

D’ailleurs, pas une seule fois, mis √† part l’√©pisode de l’araign√©e, elle ne s’√©tait retourn√©e pour lui demander si tout allait bien.
Etrange jeune femme se dit-elle mais elle ne pouvait pas non plus lui porter un jugement trop h√Ętif √©tant donn√© qu’elle venait de perdre son mari dans d’affreuses circonstances.

Elisa √©tait ext√©nu√©e et commen√ßait √† entendre les gargouillis de son estomac. Elle avait tr√®s faim. Et dire que pour le repas de ce midi, elle devait d√©guster de d√©licieuses langoustes au beurre d’ail et au lieu de cela, elle se retrouvait ici √† marcher sans fin. Et pour noircir le tableau, un homme dangereux se cachait quelque-part, sans doute en train de les √©pier √† cet instant m√™me.

Et de son c√īt√©, Tamara ne lui avait plus jamais adress√© la parole. Elle continait sa route sans se retourner alors n’en pouvant plus, Elisa d√©cida de briser le silence et cria √† son attention :

« Tamara ! Tamara ! Vous pouvez vous arr√™ter un instant s’il vous pla√ģt ! »

La jeune femme s’arr√™ta aussit√īt puis fit volte face.

« Que se passe-t-il encore ? » demanda t-elle avec une pointe d’agacement.

Elisa fut surprise par le ton de sa voix mais ne lui en tenu pas rigueur.

« On pourrait faire une petite pause ? Je suis morte de fatigue et j’ai faim pas vous ? J’ai des petits pains aux raisins dans mon sac. Cela ne nous prendra que quelques minutes pour les manger »

Tamara changea imm√©diatement d’attitude en lui faisant un petit sourire ; sans doute pour se rattraper du ton qu’elle avait employ√© envers elle.

« D√©sol√© Elisa. Oui, biens√Ľr on va s’arr√™ter un peu. Vous avez raison, moi aussi j’ai faim. Et puis ce ne sont pas ces quelques minutes de repos qui vont nous faire perdre du temps. On a d√©j√† bien avanc√©es »

Elisa s’empressa de fouiller dans son sac de plage et en extirpa un paquet de petits pains aux raisins.

Avec h√Ęte, elle retira l’attache du sachet puis commen√ßa √† en prendre un √† l’int√©rieur qu’elle tendit √† Tamara. Elle en reprit un autre pour elle puis sans plus attendre commen√ßa √† le d√©vorer tellement elle avait faim. Tamara n’√©tait pas en reste elle non plus, et √† peine eut-elle termin√© le sien, qu’elle en r√©clama un second. Elisa l’imita. A toutes les deux, elles avaient mang√© trois petits pains chacune tout en buvant quelques gorg√©es d’eau.

« C’√©tait tr√®s bon Elisa, merci beaucoup. Au moins, nous avons pu reprendre des forces. En plus nous ne sommes plus tr√®s loin des cabanes. Remettons nous vite en route si vous le voulez bien ! »

Sur ces mots, elle continu√®rent √† nouveau leur marche dans l’√©paisse for√™t de Diamond.
A travers les branchages des hauts arbres, on pouvait aperçevoir que le ciel changeait légèrement de nuances.

Elisa regarda sa montre. Le cadran indiquait qu’il √©tait d√©j√† 16H15.

****

Au bout d’un instant, Elisa crut entendre le ruissellement d’une eau qui coulait dans les environs.
Non elle ne r√™vait pas, c’√©tait tout proche et le bruit de l’eau s’accentuait au fur et √† mesure qu’elle et Tamara s’en rapprochait.

Soudain une image à couper le souffle leur apparut.
Elle virent droit devant elles un spectacle d’une magnificence absolue.
D’une paroi rocheuse tr√®s abrupte, jaillissait une incroyable chute d’eau qui venait se jeter en contrebas dans un grand bassin d’eau claire, l’accompagnant d’un fort bruit de percussion tellement son d√©bit √©tait fort et rapide.

De l√† o√Ļ elle se trouvait, Elisa pouvait sentir le souffle humide de la cascade lui caresser le front et les joues tout en faisant l√©g√®rement virevolter sa longue queue de cheval blonde.

Et de ce flot ininterrompu, de fines gouttelettes d’eau vinrent se projeter sur son visage et ses membres, enveloppant peu √† peu sa peau d’une fine pellicule de bruine.
C’√©tait une sensation assez agr√©able, quoique un peu trop rafra√ģchissante √† son go√Ľt surtout en cette fin de journ√©e. D’ailleurs, elle ne pu s’emp√™cher de frissonner.

C’√©tait donc lui le g√©ant de la nature de Diamond ; le fameux voile de la Mari√©e qui faisait parti des visites incontournables de cette √ģle et qu’Elisa √©tait en train d’admirer √† cet instant m√™me mais dans des circonstances pas tr√®s r√©jouissantes.

Elle se rapprocha du grand bassin, se pencha légèrement en avant et commença à le scruter dans les moindres détails lorsque Tamara lui tapota.

« C’est juste apr√®s cette chute d’eau, en montant un peu plus vers le haut, que mon mari est mort »

Les sourcils fronc√©s, Elisa n’avait pas vraiment √©cout√© ce qu’elle venait de lui dire car elle √©tait soucieuse.
En effet, elle avait beau regarder le bassin, elle ne voyait toujours pas le cadavre du Guide Batisto qui normalement, aurait d√Ľ flotter √† la surface de l’eau alors sans plus attendre, elle l’interrogea :

« Tamara, je ne vois pas le corps de Batisto ? o√Ļ est-il ? Il devrait flotter √† la surface de l’eau… »

Tamara se rapprocha davantage du bassin et commen√ßa √† l’examiner √† son tour. Ne voyant pas le corps de celui-√ßi, elle ne pu que confirmer ses propos.

« Je ne comprends vraiment pas ! Pourtant je vous assure qu’il √©tait bien dans ce bassin puisque je l’ai vu s’y noyer. J’avoue que c’est incompr√©hensible… »

« Vous √™tes certaine qu’il √©tait bien mort ? »

« Mais oui ! » dit Tamara d’un ton agac√©. « Je vous avais d√©j√† expliqu√© auparavant que j’√©tais rest√©e un long moment √† le regarder se d√©battre dans l’eau. J’ai bien vu ensuite qu’il √©tait mort puisqu’il ne bougeait plus du tout. Je vous assure que je vous dis la stricte v√©rit√© ! Vous ne me croyez pas ? »

« Eh bien…Je vous crois biens√Ľr. Mais son corps n’est pas l√†…C’est tout de m√™me √©trange… »

Elisa avait apprit au cours de ses √©tudes que lorsqu’une personne se noie et qu’elle d√©c√®de, elle coule progressivement au fond de l’eau car la densit√© d’un corps mort (poumons vides d’air) est tr√®s l√©g√®rement sup√©rieure √† celle de l’eau.

Elle savait aussi que sous l’impulsion de la putr√©faction qui provoque la formation de gaz ; cela donne au corps un poids sp√©cifique qui le fera flotter puis remonter alors progressivement √† la surface.

Il fallait √©galement mettre en compte que dans l’eau de mer, la densit√© en sel est importante, c’est pourquoi un corps remontera plus rapidement entre 3 et 7 jours par rapport √† l’eau douce entre 20 jours √† 1 mois en moyenne.

Mais dans ce cas pr√©cis, Tamara avait bien expliqu√© qu’elle avait d’abord donn√© un coup de couteau dans le ventre de Batisto avant de le pousser ensuite dans ce bassin.

Il √©tait donc bless√© et se vidait de son sang alors selon toute probabilit√©, son cadavre qui devait √™tre en √©tat de putr√©faction aurait d√Ľ remonter √† la surface √©tant donn√© qu’il s’√©tait d√©j√† √©coul√© quelques heures depuis qu’il y √©tait tomb√©.
Alors qu’en d√©duire ? se demanda t-elle en regardant Tamara qui venait de lui tourner le dos.

Est-ce que Batisto √©tait vraiment tomb√© dans ce bassin ? et si oui, il aurait d√Ľ alors flotter √† la surface de l’eau. Et si jamais il se trouvait tout simplement au fond de l’eau, alors dans ce cas-l√†, il serait pratiquement impossible d’avoir le fin mot de l’histoire, vu la profondeur de celui-√ßi.

Que de questions sans réponses ! se dit-elle.

Soudain, elle entendit des sanglots. C’√©tait Tamara qui √©tait en train de pleurer √† chaudes larmes, alors contre toute attente, elle se rapprocha d’elle et lui pressa doucement l’√©paule.

« Que vous arrive t-il Tamara ?

« Mais c’est √† cause de vous si je pleure. Vous avez l’air de douter de tout ce que je vous ai dit et √ßa me fait beaucoup de mal »

Elisa regrettait d√©j√† le fait qu’elle se soit un peu trop appesanti sur cette histoire de cadavre flottant et s’empressa de le lui dire :

« Excusez-moi Tamara. Je n’aurais pas d√Ľ autant insister. Le corps de ce Batisto doit certainement se trouver au fond de ce bassin. Je ne voudrais pas que vous pensiez que j’ai dout√© de tout ce que vous m’avez dit depuis le d√©but, bien au contraire, sinon je ne vous aurai jamais suivi dans cette for√™t. C’√©tait juste que je me posai quelques questions mais √† pr√©sent, tout va bien. Vous me croyez j’esp√®re ? »

Les yeux rougis de Tamara la fixaient avec une telle intensit√© de tristesse, qu’Elisa se savait plus o√Ļ se mettre.

« Pourtant, vous avez dout√© de moi Elisa. Je trouve √ßa dommage. Vous savez, c’est suffisamment assez dur pour moi de revenir ici, l√† o√Ļ mon mari est mort. J’aurai aim√© plus de soutien de votre part » dit-elle d’un ton larmoyant et quelque peu accusateur.

« Mais j’ai confiance en vous Tamara. C’√©tait juste une simple question que je me posai, rien de plus. Il ne faut surtout pas que vous y voyiez un quelconque reproche. Je ne vous accuse de rien. De toute fa√ßon je suis certaine que cette ordure doit se trouver au fond de ce bassin. Allez ! n’en parlons plus si vous le voulez bien. Nous devrions quitter cet endroit √† pr√©sent pour rejoindre la cabane car il se fait tard »

« D’accord, mais j’esp√®re que vous ne douterez plus de moi d√©sormais car je vous appr√©cie Elisa »

« Oui, ne vous inqui√©tez plus pour √ßa. Et comme je vous l’ai d√©j√† dit, je vous soutiendrai jusqu’au bout »

« Merci Elisa » dit Tamara en prenant un pan de sa tunique pour s’essuyer les yeux.

Décidément Elisa manquait de tact envers cette pauvre jeune femme mais désormais elle ferait attention.
Et puis de toute fa√ßon, elle n’avait pas le choix, il fallait bien qu’elle lui fasse confiance alors sans r√©fl√©chir davantage elle essaya de mettre en arri√®re plan, cette histoire de cadavre flottant m√™me si ce point restait tout de m√™me un myst√®re incompr√©hensible…

****

Quelques minutes plus tard, les deux jeunes femmes se retrouv√®rent c√īte √† c√īte devant le vertigineux pr√©cipice que Tamara avait d√©crit et qui se trouvait non loin des deux cabanes.

Tout √† fait en bas, une vision d’horreur : on pouvait aper√ßevoir dans de hautes herbes tout pr√®s d’un amoncellement de pierres, le corps d’un homme qui gisait face contre terre, dans une mare de sang noir√Ętre avec pr√®s de lui, un sac √©ventr√© et tout autour, toutes sortes de d√©bris d’objets indescriptibles.

Son dos √©tait transper√ß√© d’un long pique et au niveau de sa perforation, il y avait une large aur√©ole de sang qui maculait son t-shirt bleu ciel.

Elisa n’avait encore jamais vu un cadavre de sa vie et surtout pas dans un tel √©tat : il s’agissait tout de m√™me d’un meurtre perp√©tr√© par deux hommes sans scrupules.

Soudain elle fut prise de spasmes et faillit vomir mais elle réussit tant bien que mal à se ressaisir.
De son c√īt√©, Tamara les bras crois√©s avait les yeux riv√©s sur son d√©funt mari et ne semblait avoir aucune r√©action. Que pouvait bien t-elle ressentir en le revoyant ainsi ? se demanda t-elle avec une certaine inqui√©tude.

****

Il commen√ßait √† se faire tard et le ciel s’assombrissait de plus en plus.
Le soleil ne tarderait pas à décliner.
Il était exactement 17H20.

Les deux jeunes femmes √©taient toujours en train d’observer le cadavre qui se trouvait au fond du ravin lorsqu’Elisa souhaita en savoir davantage concernant l’√©trange pique qui √©tait plant√© dans le dos de celui-√ßi.

« Tamara ? vous voyez ce que je vois » dit-elle en pointant du doigt le cadavre. « Il a un pique ou une sorte de lance qui lui transper√ße le dos. Vous savez de quoi il s’agit ? »

Tamara plissa les yeux et commença à scruter davantage le cadavre de son mari.

« Oui vous avez raison, je ne me rappelai pas du tout qu’il avait ce pique dans le dos » dit-elle h√©b√©t√©e. « Maintenant que vous m’en parlez…Je sais que lorsque votre guide me battait, je n’avais pas pu voir ce que Batisto lui faisait subir. Il a du sans doute le lui enfoncer lorsque j’√©tais √©vanouie. Mais par contre je ne sais vraiment pas de quel genre de pique il s’agit »

« Ok. De toute fa√ßon on n’aura jamais le fin de mot de cette histoire puisque comme vous d√ģtes, vous √©tiez √©vanouie au moment o√Ļ ces hommes ont tu√© votre mari. Par contre, j’avais une derni√®re question Tamara »

« Oui allez y. Je vous √©coute »

« C’√©tait le sac √† dos de votre mari que je vois l√† ? »

« Oui, effectivement. Il en avait un avec tous nos affaires dedans. Moi, par contre, j’avais d√©cid√© de ne rien porter car j’ai des probl√®mes de dos »

« Ah d’accord ! Mais tous ces d√©bris de couleur vert que je vois autour de lui, vous savez ce que c’est ? On aurait dit des morceaux de plastique mais je n’en suis pas certaine. Et vous ? Qu’en pensez-vous ? »

« Oui, je sais ce que c’est. C’est notre glaci√®re. Elle √©tait de couleur verte clair. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi elle se trouve au fond de ce ravin. Ces hommes l’auraient jet√©e mais pour quelle raison ? Il y avait juste des aliments et des bouteilles d’eau √† l’int√©rieur. C’est bizarre je trouve… »

« Oui, vous avez raison. Mais pourquoi auraient-ils fait √ßa alors ? C’est √©trange tout de m√™me… »

D√©cid√©ment, il y avait bien trop de myst√®res dans cette for√™t qui restaient en suspens et sans r√©ponses ; ce qui n’√©tait pas du tout √©vident pour Elisa de ne pas pouvoir les √©lucider et devoir en fin de compte les accepter tels quels sans broncher…

« Elisa? Vous m’√©coutez ? Vous semblez ailleurs… »

« Heu…Excusez-moi…Vous disiez ? »

« Je disais que nous sommes √† quelques m√®tres des cabanes. Nous devrions quitter cet endroit maintenant. J’ai du mal √†… »

Elisa regarda Tamara qui avait des larmes aux yeux et comprit une fois de plus qu’elle venait √† nouveau d’√™tre maladroite.

« Je suis vraiment d√©sol√©e Tamara. Oui biens√Ľr, je comprends. Quittons cet endroit au plus vite »

« Ce n’est pas grave Elisa. Si je pleure ce n’est pas parce que j’ai vu son cadavre au fond de ce pr√©cipice m√™me si biens√Ľr cela m’a fait beaucoup de mal de le revoir dans cet √©tat…Non, je repensai plut√īt √† notre arriv√©e sur cette √ģle, que nous √©tions tellement heureux lui et moi mais c’est si loin tout √ßa. N’en parlons plus. Je pr√©f√®rerais quitter cet endroit au plus vite. Les cabanes se trouvent √† quelques m√®tres seulement mais on ne peux pas les voir d’ici √† cause des arbres et de la v√©g√©tation. D√©p√™chons-nous s’il vous pla√ģt. Il se fait tard et la nuit ne va pas tarder √† tomber »

« Oui, allons-y ! » dit Elisa qui √©tait partag√©e entre la tristesse pour Tamara et l’espoir de rejoindre enfin les cabanes.

****

Toutes les deux se dirigeaient avec h√Ęte vers les deux cabanes qui √©taient plac√©es, l’une derri√®re l’autre, avec un grand espace de v√©g√©tation entre les deux.

« Enfin ! voici les fameuses cabanes » se dit Elisa qui voulait au plus vite s’engouffrer √† l’int√©rieur de l’une d’elles. C’est vrai qu’elles √©taient vraiment bien cach√©es et personne n’aurait pu se douter un seul instant, qu’il y en avait deux ici √† part les connaisseurs de cette √ģle.

L’ossature des cabanes (murs et charpentes) √©tait enti√®rement construite en bois ainsi que la couverture de leurs toits (tuiles en bois). Tamara n’avait pas menti lorsqu’elle avait pr√©cis√© leur rusticit√©s et biens√Ľr, elles √©taient con√ßues sans eau, ni √©lectricit√©.

****

La premi√®re cabane dont avait parl√© Tamara √©tait effectivement rest√©e entrouverte mais impossible de savoir s’il y avait quelqu’un ou pas √† l’int√©rieur.
Pour en avoir le coeur net, Tamara insista pour s’y rendre seule afin de v√©rifier si celle-√ßi √©tait vraiment inoccup√©e.

Pendant ce temps, Elisa l’attendait, cach√©e derri√®re un √©norme tronc d’arbre tout en observant les alentours.
Tamara se retrouva enfin devant la fa√ßade de celle-√ßi, pr√®s de sa porte d’entr√©e puis y donna un magistral coup de pied. Elle s’ouvrit alors davantage mais il faisait tellement sombre √† l’int√©rieur que c’√©tait difficile de distinguer quoi que ce soit.

Arm√©e d’un long b√Ęton en bois qu’elle venait de trouver par terre, Tamara commen√ßa √† franchir le seuil de la porte et tout en avan√ßant √† petits pas, le brandit en faisant de grands va-et-vient de droite √† gauche comme si elle se battait contre une personne mais invisible.

Elle renouvella ce geste plusieurs fois tout en frappant le sol, le mobilier et les objets qui se trouvaient dans les alentours puis constatant qu’il n’y avait vraiment personne, se retourna et cria tr√®s fort √† l’attention d’Elisa :

« Il n’y a personne ! Venez Elisa ! D√©p√™chez-vous ! » dit-elle avec un grand sourire de satisfaction.

Elisa n’avait eu de cesse de l’observer et ce fut avec un grand soulagement qu’elle accueillit la bonne nouvelle. « Tant mieux » se dit-elle en soupirant.

Par contre, en ce qui concernait l’individu en question ; elle se posait toujours d’innombrables questions √† son sujet. Qu’√©tait-il r√©ellement devenu ? Il √©tait bless√©. Aurait-il pu alors dans ce cas l√†, succomber √† ses blessures ? Mais ce n’√©tait qu’une hypoth√®se.

Et si jamais, il √©tait plut√īt cach√© quelque-part ici √† les √©pier. Pourtant elle n’avait rien remarqu√© √† moins qu’elle n’ait pas fait suffisamment attention. A cette id√©e, elle se mit √† fr√©mir et sans plus tarder, courut tr√®s vite vers la cabane o√Ļ Tamara l’attendait sur le seuil de la porte avec beaucoup d’impatience.

« Venez Elisa ! rentrons enfin √† l’int√©rieur. Heu…Dites-moi, vous n’auriez pas √† tout hasard de quoi nous √©clairer ? On ne voit pas grand chose √† l’int√©rieur »

« Oui j’ai ce qu’il faut » r√©pondit Elisa avec un premier petit sourire rempli d’espoir.

Il était exactement 17H55 et dans quelques minutes il ferait nuit noire dans la lugubre forêt de Diamond.

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Le Manguier voyageur

J’aimerais vous raconter un souvenir de la Guin√©e qui me touche particuli√®rement √† chaque fois que j’y songe lorsque j’ai de la nostalgie par rapport √† mon enfance pass√©e en Afrique…

A cette √©poque l√†, je devais bien avoir 9 ou 10 ans et je m’en souviens encore comme si c’√©tait hier…

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Le manguier de l’√©vasion :

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Comme je vous l’avais d√©j√† racont√© lors de mes pr√©c√©dentes anecdotes, notre maison de fonction √©tait situ√©e en bordure de mer et sa fa√ßade faisait face √† un haut mur ajour√© d’alv√©oles par lesquelles on pouvait aper√ßevoir une magnifique plage de sable blanc…

Parfois, il pouvait m√™me arriver que l’un de nos 3 chats passait la t√™te √† travers l’une d’entre elles ; afin de regarder sans doute juste par curiosit√© ; ce qui se passait derri√®re…

Et au devant, tout √† fait √† droite de ce haut mur,¬†se trouvait un grand et bel arbre fruitier qui n’√©tait autre qu’un manguier…

La partie inf√©rieure des branchages de celui-√ßi venait se coucher litt√©ralement sur le dessus du mur qui √©tait incrust√© de brisures de verres de bouteilles tr√®s tranchantes afin de dissuader les voleurs de franchir le mur c√īt√© plage.

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Mon arbre à moi !
Un arbre qui √©tait pour moi comme un confident bien vivant et bien plus encore car il me transportait √† chaque fois que je le souhaitais, loin du monde r√©√®l dans des voyages extraordinaires, au-del√† des fronti√®res, dans les airs ! vers de nouvelles contr√©es…

J’adorais ce manguier qui me permettait de m’√©vader l’esprit et de r√©aliser chacun de mes r√™ves rien qu’en regardant de mes yeux √©merveill√©s, la mer, le ciel et les nuages si blancs…

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De mon arbre, juch√©e tout √† fait en haut de la cime, je pouvais aper√ßevoir toute l’immensit√© de l’oc√©an Atlantique et sentir ses agr√©ables odeurs d’algues et d’embruns…

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J’√©coutais avec all√©gresse le bruit du ressac de la mer mais aussi celui du vent, entrem√™l√©s par les cries de joie des quelques enfants Guin√©ens qui jouaient, non loin de l√†, sur la plage…

Tous mes sens étaient en éveil :
– La vue de ce superbe tableau repr√©sentait tant√īt, (suivant les jours) une mer houleuse ou lisse comme une ardoise…

– Le bruit des vagues me ber√ßait tandis que le souffle du vent de la mer venait me rafra√ģchir les yeux qui restaient l√©g√®rement pliss√©s √† cause de la force de celui-√ßi…

– Le vent me caressait tout doucement le visage et me procurait une v√©ritable sensation de bien-√™tre et de fra√ģcheur gr√Ęce √† sa ventilation ; tellemement il faisait extr√™mement chaud en Guin√©e…

Je me rappelle qu’√† ces moments l√†, je me sentais si sereine, si libre, si heureuse et¬†en totale harmonie avec la nature, la mer, le ciel et le vent…

Ce vent que j’aimais tant et qui faisait virevolter par moment, ma longue queue de cheval blonde qui venait me chatouiller le visage…

A ces moments l√†, j’avais l’impression de m’envoler tel un oiseau dans ce ciel si bleu, parsem√© de nuages et qui me fascinait tant…

Je respirais l’air marin √† pleins poumons et je me sentais libre face au vent de la mer comme si je gouvernais le monde entier…(exactement comme la fameuse sc√®ne du film « Titanic » ou le h√©ros « Jack » se sentait √™tre le « Roi du Monde »)

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Je me sentais √™tre la Reine de tout l’oc√©an Atlantique !¬†et pourquoi pas du monde entier tellement j’√©tais devenue une g√©ante dot√©e d’une force surnaturelle qui pouvait surmonter n’importe quel probl√®me et biens√Ľr pouvoir aider mon prochain en un claquement de doigt et ce, sans aucun effort, telle une h√©roine de bande dessin√©e…

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Oui, gr√Ęce √† mon arbre magique, je pouvais accomplir tout ce que je ne pouvais pas r√©aliser en tant qu’√™tre humain mortel sur cette terre…

Ce manguier me grandissait et me permettait d’√™tre au-dessus de tout, rien qu’en touchant son √©corce qui √©tait √† la fois douce et rugueuse..

Oui, je pouvais ressentir toute sa force…

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Gr√Ęce √† lui, j’avais des ailes virtuelles dans le dos et je pouvais tout combattre sans craindre qui que ce soit car je devenais invincible et intouchable gr√Ęce √† ses pouvoirs surnaturels qu’il m’avait transmise…

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Mon chat Poussy-cat :

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J’aimais bien √©galement, emmener avec moi mon adorable chat Poussy-cat que j’installais bien confortablement dans son panier en raphia.

Ensuite, je reliais ensemble les deux anses du panier par une épaisse corde en plastique en formant un triple noeud afin que cela soit bien solide.

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Puis je rattachais le bout de la corde √† une grosse branche bien costaude afin que mon chat puisse dormir en toute tranquillit√© sans risque que la corde ne c√®de et que celui-√ßi ne tombe en bas de l’arbre.

Ce que je tiens √† signaler, c’est que ce genre de d√©sagr√©ment ne lui √©tait encore jamais arriv√© car je faisais toujours tr√®s attention √† la robustesse de la corde et biens√Ľr √† la solidit√© de la branche √† laquelle son panier √©tait suspendu.

Et voil√† que mon chat dormait paisiblement dans son panier qui faisait de temps en temps des vas et vient tel un balan√ßier √† cause du vent o√Ļ tout simplement parce qu’il s’√©tait mis debout sur ses 4 pattes pour pouvoir changer de position.

A ces moments-l√†, il faisait remuer assez dangereusement son panier mais disons qu’il √©tait tr√®s habile puisqu’il ne perdait jamais l’√©quilibre et qu’il arrivait toujours √† stabiliser le fameux balan√ßier.

Le panier de mon chat était suspendu à la plus haute des branches, tout près de moi et souvent je me mettais à lui caresser le dos, le ventre et la tête tout en lui murmurant des mots doux.

Inutile de vous dire que nous √©tions lui et moi en totale symbiose…

Poussy-cat n’avait pas du tout le vertige et cela se voyait qu’il avait totalement confiance en moi puisqu’il arrivait √† dormir pr√®s de deux heures de temps dans son panier qui √©tait suspendu dans le vide…

Je crois m√™me qu’il adorait ces moments-l√† avec moi et biens√Ľr, c’√©tait r√©ciproque en ce qui me concernait.

Il faut dire que je l’adorais tellement mon Poussy-cat…

****

Une petite frayeur :
Je me rappelle d’un certain jour…

J’√©tais debout sur une des grosses branches du manguier et je regardais l’oc√©an droit devant moi tout en r√™vassant.

Il pouvait m’arriver √©galement de cueillir une ou deux mangues bien m√Ľres que je pla√ßais ensuite √† l’int√©rieur d’un sac en plastique rest√© accroch√© √† l’une des branches de l’arbre.

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Je n’aimais pas les mangues √† l’√©poque ; par contre ma Maman en raffolait alors le plus souvent je les lui donnais.

Aujourd’hui, j’ai appris √† les appr√©cier et je dois bien avouer qu’elles sont devenues l’un de mes fruits exotiques pr√©f√©r√©es.

De temps en temps, j’aimais bien aussi regarder la villa de notre voisin qui se trouvait √† droite de notre manguier, derri√®re le haut mur de cl√īture.

Comme je me trouvais √† la cime de l’arbre,¬†j’arrivais facilement √† observer son jardin o√Ļ se baladaient deux grands l√©vriers Afghans gris qui ne pouvaient pas me voir tellement j’√©tais bien cach√©e parmi les feuillages de mon manguier…

J’aimais bien les regarder et de temps en temps je voyais √©galement un des domestiques sortir de la villa pour leur donner √† manger.

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A un moment donn√©, je voulais juste changer de position car j’avais un peu des fourmis dans les jambes alors je d√©cidai d’agripper une des branches afin de me soutenir puis une autre et encore une autre quand soudain je faillis basculer en arri√®re.

En effet, avec horreur je m’aper√ßus que je tenais dans ma main droite un esp√®ce de long b√Ęton, un peu mou…

C’√©tait un phasme ! un de ces horribles phasmes bizarres que je d√©teste tant !

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Petite parenthèse : Le Phasme :
Les phasmes sont des insectes herbivores qui se fondent dans leur environnement en imitant à la perfection des brindilles, des feuilles mortes ou vertes, voire des lichens.

On parle dans ce cas d’homotypie et d’homochromie (respectivement « m√™me forme, m√™me couleur ») et ce type de mim√©tisme est √† l’origine de son nom vernaculaire : le ¬ę B√Ęton du Diable ¬Ľ.

Ce camouflage est pouss√© jusque dans leur fa√ßon de se mouvoir, puisqu’ils se d√©placent lentement, par √†-coups, comme une branche ballott√©e par le vent.¬†La plupart peuvent √©galement rester parfaitement immobiles pendant des heures.

****

Je poussai un grand cri¬†puis avec effroi et d√©go√Ľt je secouai fr√©n√©tiquement ma main puis illico presto cette esp√®ce de petite branche qui n’en √©tait pas une du tout tomba sur les graviers par terre, juste au pied de l’arbre…

Ameut√© par mes cris, le gardien de jour courut tr√®s vite vers le manguier o√Ļ j’√©tais perch√©e ; leva les yeux vers moi et me dit en fron√ßant les sourcils :

« C’est quoi C√©cile ! toi vu b√™te ? »

Du haut de mon arbre, Je lui répondis en criant :

« Oui Bas ! » (notre gardien de jour s’appelait Bas) « Il y a une grosse b√™te. Regarde ! Elle se trouve juste √† c√īt√© de toi. Regarde ! pr√®s de tes pieds. L√† ! L√† ! Il est toujours l√†, pr√®s de tes pieds ! »

Je lui d√©signai du doigt l’horrible bestiole qui marchait tr√®s lentement sur les petits cailloux blancs.

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Bas venait enfin d’aper√ßevoir le grand phasme…

Il le ramassa et le jeta tr√®s haut et tr√®s loin par dessus le mur de cl√īture puis l’horrible insecte vint alors s’√©craser sur le sable de la plage.¬†De l√† ou j’√©tais, j’avais vu toute la sc√®ne…

C’√©tait la seule et unique m√©saventure que j’avais eu sur mon arbre ! et heureusement !

Et je me rappelle que ce jour-l√† j’avais eu la trouille de ma vie surtout pour une personne telle que moi qui d√©teste tous les insectes √† part la coccinelle que j’arrive √† peu pr√®s √† tol√©rer…

Sinon en dehors de cette petite frayeur que j’avais eu, ce manguier √©tait pour moi un v√©ritable petit refuge dont j’adorais y passer des heures et des heures car il me permettait de voyager entre terre, mer et ciel comme si j’√©tais un oiseau ou tout simplement un des √©l√©ments de la nature tel que le vent…

C’est pourquoi, j’ai d√©cid√© √† travers cet article de l’appeler : Le manguier voyageur…

Je tenais absolument √† vous faire partager cette petite anecdote que je n’oublierai jamais car cela restera pour moi un de mes plus beaux moments magiques de mon enfance, pass√©e en Guin√©e √† Conakry…

Une bien jolie d√©couverte

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Je me rappelle encore d’un souvenir lointain qui date depuis fort longtemps : en effet, je devais bien avoir 10 ou 11 ans…
Mais je m’en souviens encore comme si c’√©tait hier…

Ce jour là, je me trouvais dehors en compagnie de mon petit frère en train de jouer avec nos chats et nos chiens.
Nous attendions l’arriv√©e de notre p√®re qui ne devait pas tarder √† rentrer de son travail afin d’aller d√©jeuner en famille au restaurant chinois qui s’appelait : « Le Jardin Chinois » et qui se trouvait non loin de notre villa.

Soudain nous entend√ģmes le klaxon de notre voiture que je savais parfaitement reconna√ģtre entre mille.¬†C’√©tait Papa qui arrivait enfin de son travail.
Je regardais ma montre. Il était exactement 12H00 pile.
Mon p√®re gara le 4×4 dans l’all√©e qui menait √† notre jardin pendant que notre gardien de jour refermait les portes du portail.

Mon fr√®re et moi, nous pr√©cipit√Ęmes vers lui afin de lui dire bonjour et de l’embrasser chacun notre tour.

Puis mon fr√®re d√©cida d’aller v√©rifier le fameux QG de ses fourmis car √† cette √©poque l√†, je remarquai qu’il aimait beaucoup les observer et m√™me leur donner √† manger ; voire les prot√©ger de tous pr√©dateurs car je crois bien qu’il devait en √™tre r√©ellement passionn√© de ces insectes (une similitude que mon fr√®re avait avec notre Maman qui adorait, elle aussi, lorsqu’elle √©tait petite, jouer avec ces charmantes petites bestioles) par rapport √† moi qui pr√©f√©rait de loin : les chats.

Bref, pendant que mon petit fr√®re observait ses ch√®res fourmis en train de construire leur forteresse, moi je regardais mon p√®re du coin de l’oeil.

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Apr√®s que mon p√®re eut demand√© un verre d’eau glac√© au domestique qui se trouvait encore √† l’int√©rieur de notre maison en train de terminer son m√©nage et pendant que Maman se pr√©parait dans sa chambre pour s’appr√™ter √† sortir ; je ne pouvais m’emp√™cher de me dire rien qu’en regardant son visage qu’il avait d√Ľ s√Ľrement se passer quelque-chose aujourd’hui, car il me paraissait bien absent.

Je m’asseyais donc pr√®s de lui alors qu’il √©tait en train de boire son verre d’eau, tranquillement install√© sur le petit muret de notre gloriette qui √©tait situ√©e au centre de notre jardin puis je d√©cidai de lui poser la question qui me br√Ľlait les l√®vres :

« Papa, tu m’as l’air bien soucieux, il s’est pass√© quelque-chose ? on aurait dit que tu es un peu triste ? »

Papa me répondit avec un petit sourire :

 » Pourquoi tu me poses cette question ? Je vois que tu es toujours autant curieuse C√©cile… »

« Mais je vois bien que tu as l’air soucieux comme si tu avais fait quelque-chose…mais je sais pas quoi…Allez dis-moi…s’il te pla√ģt…s’il te pla√ģt »

« Mais je n’ai rien fait. Enfin, si…il y a quelque-chose. Tout √† l’heure lorsque je conduisais, j’ai failli √©craser un chat mais je ne sais pas vraiment si j’ai pu l’√©viter ou pas. Je ne sais pas du tout. Je pense peut-√™tre l’avoir √©vit√© mais maintenant je n’en suis plus si s√Ľr que √ßa…enfin bref, j’en sais rien du tout… »

« C’est vrai ?? Mais sur quelle route tu te trouvais ? »

« C’√©tait tout pr√®s de notre maison. Pas loin du tout, juste sur la route √† double sens qui est devant chez nous, l’avenue Madina Corniche »

« Mais alors, on devrait aller voir…Peut-√™tre que le chat doit √™tre toujours l√†…et s’il est bless√©, on pourrait le sauver. C’√©tait un chat, comment ? Comme nos 3 chats ? grands comme eux ? »

« Mais enfin C√©cile ! ce chat, m√™me s’il est encore vivant, il doit √™tre d√©j√† tr√®s loin. C’√©tait un petit chat. Enfin, je sais plus. Mais on ne va pas partir l√† pour aller chercher un chat. Oublie √ßa, surtout que Maman ne va pas tarder √† sortir pour qu’on aille au restaurant. Laisse tomber. Je sais que tu aimes les chats mais l√† je t’assure, √ßa sert √† rien du tout. Allez, laisse tomber. Je n’aurais pas d√Ľ t’en parler, d’ailleurs »

Je lui r√©pondis aussit√īt, avec un certain agacement dans la voix :

« Si ! il faut qu’on y aille ! ou alors j’irais voir sans toi mais je t’en prie, viens s’il te pla√ģt ! il faut se d√©p√™cher maintenant ! »

Je l’agrippai par le bras en le tirant fortement vers moi afin qu’il se l√®ve.

« Allez viens Papa ! »

Subitement, ne pouvant plus attendre, je me mis √† courir vers le portail et demandai au gardien de l’ouvrir afin que je puisse sortir.

Aussit√īt, mon p√®re courut derri√®re moi et cria :

« C√©cile ! Mais non ! o√Ļ vas-tu ? Reviens… »

Avant de sortir dans la rue, je lui dis de mon air le plus triste :

« Viens, on va juste aller voir Papa puis on revient. Je veux juste savoir qu’est-ce qu’est devenu ce chat… viens, s’il te pla√ģt… »

Puis mon p√®re me suivit et nous sort√ģmes ensemble dans la rue ; la fameuse avenue qui portait le nom de « Madina Corniche » pendant que le Gardien maintenait l√©g√®rement le portail entrouvert.

L’avenue grouillait de monde et il y avait un va et vient de voitures sur la grande route √† double sens.
Ici, c’√©tait loin d’√™tre le havre de paix de notre maison avec tous ces bruits assourdissants.

Soudain, j’aper√ßus √† ma droite, une femme Guin√©√®nne assez forte qui √©tait en train de faire griller des ma√Įs¬†au bord de la route (comme il en existe souvent ici, en Guin√©e) et qui venait de donner un magistral coup de pied dans l’arri√®re train d’un tout petit chat. Sans aucun doute un chaton.

Mais de l√† o√Ļ je me trouvais, je n’arrivais pas √† bien distinguer la sc√®ne alors je m’√©criai vers mon p√®re avec pas mal d’excitation dans la voix :

« Papa ! Papa ! Je viens de voir le chat ! Je suis s√Ľre que c’est celui que tu as failli √©craser ! C’est lui ! Viens ! La femme vient de lui donner un coup de pied ! Oh non ! Vite, il faut y aller ! »

Je courus tr√®s vite vers la femme Guin√©√®nne qui parut tr√®s surprise de me voir l√† ; sans doute qu’elle n’√©tait pas habitu√©e √† voir une petite fille « Blanche » qui √©tait en train de courir pour je ne sais quelle raison, sur cette avenue…

Puis la femme comprit et se mit à éclater de rire en regardant le petit chat qui fuyait.
Moi, de mon c√īt√©, en un clin d’oeil, j’avais aper√ßu la petite boule de poil de couleur tigr√©e rouquine qui courait en boitillant, vers une bouche d’√©gout.

Je courus tr√®s rapidement vers le chaton qui avait d√©j√† engouffr√© sa petite t√™te √† l’int√©rieur de l’√©gout (il avait pratiquement la moiti√© de son corps √† l’int√©rieur) puis d’un geste tr√®s rapide, j’attrapai sa queue et la tirait de toute mes forces vers moi afin que je puisse l’extirper de cet endroit si sale et puant.

Mais ce ne fut pas √©vident du tout car (ce n’est pas la meilleure mani√®re qu’il soit pour attraper un chat) le chaton √©tait non seulement tr√®s effray√© par le bruit de cette avenue si bruyante mais aussi par le sale coup de pied qu’il venait de re√ßevoir.

Mais je r√©ussis tant bien que mal √† l’attraper de justesse. A pr√©sent, je le tenais bien fermement dans mes mains afin qu’il ne puisse surtout pas s’√©chapper.
Il √©tait si fr√™le et si apeur√© qu’il tremblait de tout son corps dans mes bras.
Il me ragardait de ses petits yeux verts en amande et il ne cessait de cracher. Un vrai petit rebelle !

Minouchkaya :

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Voici Minouchkaya √† l’√Ęge adulte. Ici, elle se trouve au Tchad avec l’un de ses chatons.

Ce chaton √©tait tout mignon et il ressemblait √©trangement √† la chatte de ma Maman qui s’appelait « Minith » et qui √©tait tr√®s gravement malade.
Il ne cessait de me mordiller le bout des doigts et il sortait les griffes car il √©tait tr√®s apeur√©. Quoi de plus normal, vu qu’il n’avait plus confiance en l’√™tre humain et qu’il devait penser que je voulais sans doute, lui faire du mal.

Pourtant je ne cessai de le rassurer en lui murmurant des mots doux tout près de ses petites oreilles si pointues :

« Coucou, toi ! non, non et non, tu ne m’√©chapperas pas. Je te tiens tr√®s bien. Tu te rends compte que tu aurais pu t’enfuir dans cet √©gout si sale. Non, tu ne seras plus dans la rue. Tu es sauv√© maintenant ! Et on ne te fera plus de mal…Eh !! tu sais que tu ressembles beaucoup √† Minith ! Tu le sais mon joli chaton ? Aie ! Aie ! Mais tu oses me mordre et me griffer petit rebelle ! »

Je passai devant la femme Guin√©√®nne qui venait il n’y a pas si longtemps d’√©clater de rire. Elle me regarda d’un air incr√©dule et pointa du doigt le chaton que je tenais dans les mains puis me dit :

« Ah ! Tu as trouv√© le chat ! Il voulait manger mon ma√Įs alors j’ai tap√© lui…Mais lui, il n’a plus sa maman, je crois…Tu vas prendre lui ? »

Mon père qui se trouvait tout près de moi, lui répondit :

« Oui, on va garder le chat mais toi pas tr√®s gentille avec le chat… »

La femme lui répondit en riant :

« Ah ! missieu ! Oui pas gentille avec lui mais vous maintenant garder lui dans votre maison…C’est bon pour lui…Lui, tr√®s content maintenant… »

Apr√®s avoir dit au revoir √† cette femme que je n’aimais pas du tout,¬†mon p√®re et moi, nous rend√ģmes tr√®s vite chez nous, avec notre merveilleuse d√©couverte.
Mon petit fr√®re ne s’√©tait m√™me pas rendu compte de notre absence tellement il √©tait absorb√© par ses ch√®res fourmis !
Je vins vers lui et lui dit :

« Regarde Olivier, ce qu’on a trouv√© Papa et moi ! t’as vu ? C’est un petit chaton »

Olivier qui √©tait accroupi, se leva et regarda la petite boule de poil qui ne cessait de se contorsionner dans mes mains pour pouvoir s’enfuir.

« Wahou ! Mais vous l’avez trouv√© o√Ļ ? C’est vrai qu’il ressemble beaucoup √† Minith ! Il fait que cracher ! »

« C’est gr√Ęce √† C√©cile ! » dit mon p√®re. « Elle a tout fait pour qu’on aille retrouver le chat que je pensais avoir √©cras√© sur la route. Le chat √©tait toujours l√† mais √† un moment donn√©, il a failli s’√©chapper √† l’int√©rieur d’un √©gout. Heureusement que C√©cile √©tait l√† pour l’emp√™cher d’aller plus loin sinon on ne l’aurait plus jamais retrouv√© ! »

 » Wahou ! C’est vrai C√©cile ? Va vite le faire montrer √† Maman maintenant…Vite, d√©p√™che toi… »

Aussit√īt dit et aussit√īt fait. Je me retrouvai donc en un rien de temps √† l’int√©rieur de notre maison, faisant montrer √† Maman et √† notre domestique « Mamadou » notre jolie d√©couverte…
Mamadou dit en s’√©criant √† Maman :

« Madame ! Ce chat, il ressemble trop √† Minith ! C’est vrai, regarde Madame…Lui, trop beau comme Minith… »

Maman lui répondit :

« C’est vrai Mamadou ! Ce chaton ressemble vraiment beaucoup √† Minith ! Mais dis moi C√©cile, c’est un m√Ęle ou une femelle ? Il faudrait v√©rifier. Tu peux me le donner, s’il te pla√ģt ? Je vais voir si c’est une fille ou un gar√ßon »

Je tendis le chat √† ma m√®re puis celle-√ßi commen√ßa √† bien l’observer. Au bout de quelques secondes, elle nous dit √† moi et √† Mamadou :

« C’est bien une femelle ! ah ! Je suis vraiment contente. En plus, elle est tr√®s belle ! Elle a la m√™me couleur que Minith. Son pelage est tigr√©. Il faudra bien la laver car elle est tr√®s sale »

Et ce fut ainsi que « notre belle d√©couverte » devint notre jolie « Minouchkaya ».

Elle resta aupr√®s de nous durant des ann√©es et des ann√©es, voyageant √† nos c√īt√©s, traversant les fronti√®res et toujours en nous apportant beaucoup de joie et de bonheur. Et au cours de ces ann√©es, elle nous donna √©galement de bien jolies port√©es de chatons pour notre plus grand plaisir.

Cette jolie petit rouquine aux yeux verts fut un v√©ritable don du ciel car elle rempla√ßa pour ainsi dire notre si douce Minith qui √©tait atteinte (√† cette √©poque l√†) d’un cancer g√©n√©ralis√© et qui mourut quelques temps plus tard, apr√®s que l’on eut d√©couvert Minouchkaya.

Maman pleura beaucoup Minith car elle l’adorait plus que tout mais elle pressentait aussi depuis pas mal de temps qu’elle aurait eu une autre chatte qui aurait √©t√© sa r√©plique exacte mais en plus costaude et que sa rempla√ßante aurait v√©cue bien plus longtemps qu’elle…

Tout cela pour vous dire que ce jour l√† o√Ļ j’avais bien observ√© mon p√®re ; et bien, je pense que c’√©tait un jour b√©ni des Dieux car gr√Ęce √† moi, je donnais √† ma douce Mamounette, l’opportunit√© et le bonheur d’avoir une seconde petite Minith…

Et qui sait ? Peut-√™tre que c’√©tait tout simplement la r√©incarnation de Minith et que c’√©tait la providence qui nous l’apportait comme √ßa, afin d’apaiser la perte de notre regrett√©e Minith, par je ne sais quel miracle de la vie…

Un bien joli miracle et une bien jolie anecdote que je souhaitais absolument vous raconter…