Catégorie : Chapitre 3 : Confessions

Voici le chapitre N°3 : « Confessions » de « La dernière danse de la lune »

La dernière danse de la lune : Chapitre 3 : Confessions

la derniere danse de la lune

 

Elisa fouilla rapidement dans son grand sac qu’elle portait toujours en bandoulière et trouva enfin sa fameuse lampe de poche étanche.

Dès lors qu’elle l’enclencha, la lumière fut tellement puissante qu’elle suffit à éclairer tout l’ensemble de l’unique grande pièce de la cabane qui devait bien faire dans les 20 m².

A l’intérieur, tout était rustique et entièrement en bois : de l’habillage des murs, sol et plafond jusqu’au mobilier.
Au milieu du mur du fond, une petite fenêtre à un ventail sans rideau avait son volet fermé ; ce qui expliquait pourquoi il faisait si sombre ici. A sa droite, tronaît une grande et haute armoire en bois massif à trois portes avec deux tiroirs côte à côte au niveau du bas.

Au dessus de celle-çi, on pouvait aperçevoir un amoncellement de diverses choses indéfinissables ainsi que deux grands chandeliers à plusieurs branches, accompagnés de leurs bougies.
Contre le mur de gauche, à côté d’un balai brosse, étaient appuyés l’un sur l’autre deux lits de camp pliables qui prenaient pas mal de place tant ils étaient grands.

Au centre de la pièce se trouvait une grande table rectangulaire habillée d’une nappe en tissu à petites fleurs, entourée de quatre chaises en bois avec assises en paille. Et au milieu de celle-çi reposait le fameux sac à dos de Batisto.

Tamara s’en rapprocha et commença à ouvrir l’une des deux petites poches extérieures mais n’y trouva rien. Elle ouvrit alors la deuxième poche puis s’exclama :

« Elle est là ! Je l’ai trouvée ! On va pouvoir enfin s’enfermer à clef ! »

****

Elisa était à présent en train d’éclairer la serrure de la porte d’entrée afin que Tamara puisse y insérer la fameuse clef.
Une fois que celle-çi l’eut fermée à double tour, elles se retrouvèrent enfin dans un espace clos et à l’abri de tout danger en attendant la suite des évènements…

« Voilà c’est fait Elisa ! On est en sécurité maintenant ! Du moins, pour l’instant mais c’est bien mieux que si on était dehors… »

Le seul inconvénient restait toutefois l’éclairage qui était assez faible et ce malgré le puissant faisceau lumineux de la lampe de poche d’Elisa qui de toute façon ne pourrait pas marcher indéfiniment étant donné que celle-çi fonctionnait avec des piles.

« Je ne pourrai pas laisser allumée ma lampe de poche trop longtemps sinon les piles finiront par s’épuiser » fit-elle remarquer. « Il faudrait nous éclairer avec autre chose. J’ai vu qu’il y avait deux chandeliers au dessus de l’armoire » ajouta t-elle en éclairant le sommet du meuble.

« Oui, vous avez raison mais il y a mieux que ça ! Vous pouvez m’éclairer la troisième porte de l’armoire s’il vous plaît ? Normalement, ils doivent toujours y être…Du moins, je l’espère… »

Elisa s’exécuta tandis que Tamara était déjà en train d’ouvrir la porte en question puis commençait à balayer de sa main droite le dessus de la première étagère du haut, à la recherche des objets qu’elle avait en tête.

« Voilà ce qu’il nous faut ! je viens de les retrouver ! » s’écria t-elle.

Tamara venait d’attraper par leur anses deux lanternes en métal ajouré. Elle les porta jusqu’à la table puis les déposa au milieu de celle-çi près du sac à dos de Batisto. L’intérieur de chacune d’elles comportait une grosse bougie fixée sur un socle.

« Vous pouvez encore m’éclairer Elisa ? Je me souviens qu’il y avait un briquet rangé ici » dit-elle en désignant du doigt le tiroir de droite du bas de l’armoire.

Pendant qu’Elisa l’éclairait à nouveau, Tamara ouvrit le tiroir et commença à chercher des yeux le dit briquet. Au bout de quelques instants, elle finit par le trouver.

« Ah le voici ! Je me disais bien qu’il se trouvait là. Voilà Elisa ! on va pouvoir enfin allumer nos lanternes ! »

Mais la joie de Tamara fut de courte durée lorsqu’elle s’aperçut que le réservoir de celui-çi était vide.

« Mince alors ! c’est vraiment pas de chance ! il n’y a plus de gaz dans le réservoir. Il est complètement à sec ! et en plus il n’y en a pas d’autres, à part celui-là ! Oh noonn ! dit-elle en pestant.

« Moi j’ai un briquet ! » s’empressa de dire Elisa. « Il est à l’intérieur de mon sac de plage. Enfin, normalement…Attendez, je vais le chercher »

« C’est pas vrai ? Incroyable ! Vous avez un briquet dans votre sac ? En tout cas, si vous l’aviez vraiment, vous nous sauveriez une fois de plus la vie, ma chère Elisa ! » dit-elle en lui pressant gentiment l’épaule.

Alléluia ! se dit Elisa avec un petit sourire de satisfaction lorsqu’elle mit enfin la main sur son fameux briquet qu’elle venait de retrouver parmi toutes ses affaires. C’était un cadeau publicitaire de l’hôtel « Paradise Beach » où elle avait séjourné et qu’elle avait trouvé posé sur une des tables basses de sa chambre. Elle se souvenait encore avoir hésité à le prendre avec elle, lors de son périple en catamaran.

A présent, elle pouvait encore se féliciter de l’avoir entre ses mains étant donné qu’à cet instant précis, il lui serait très utile.
Comme quoi, un simple petit briquet très ordinaire fut-il ; pouvait bien faire des miracles en redonnant un peu d’espoir et de la lumière à deux jeunes femmes en détresse…

****

Grâce aux deux lanternes, la pièce baignait dans un halo de lumière et semblait beaucoup plus chaleureuse qu’auparavant.

Elisa, assise sur une des chaises, observait Tamara debout, face à la table, en train de fouiller à l’intérieur du sac à dos de Batisto.

Que pouvait bien t-elle chercher ? se demanda t’elle. Sans doute une arme quelconque ou encore un objet qui leur serait utile.
Au bout d’un instant, Tamara finit par dire d’un air dépité :

« Il n’y a vraiment rien d’intéressant dans ce sac ! »

Cela se voyait qu’elle fulminait intérieurement mais qu’elle essayait de garder son calme. Elle fusillait du regard le sac à dos et semblait ne plus pouvoir supporter sa vue. Nerveusement elle se gratta la tête puis décida de le déposer sur le plancher à côté des deux lits de camps. Elle lui jeta un dernier coup d’oeil sans doute en le maudissant de tous les noms puis vint s’asseoir à son tour, juste en face d’Elisa.

« J’ai perdu mon temps. Je n’ai rien trouvé dans le sac de cette ordure à part quelques babioles inutiles » ajouta t-elle.

« Oui, j’ai vu. On se débrouillera autrement… » dit Elisa en baillant.

« Vous êtes fatiguée ? Vous voulez peut-être un peu vous allonger ? ils sont très confortables, vous savez » dit Tamara en regardant en direction des lits.

« Non, merci mais c’est gentil de me l’avoir proposé. Je pense que je n’arriverai pas à fermer l’oeil. Je suis beaucoup trop angoissée pour dormir »

« C’est pareil pour moi et même si je me sens tout de même assez fatiguée. Je dois bien avouer que cette marche dans la forêt m’a littéralement épuisée »

« Oui, moi aussi. D’ailleurs, j’ai détesté marcher dans cette fichue forêt » dit Elisa avec mépris.

« Oui, vous avez bien raison. Une fichue forêt ! comme vous dîtes. Des bestioles de partout avec une chaleur suffocante et insupportable. Et puis sans oublier cette moiteur qui n’en finissait pas…Oui, c’est certain, c’était loin d’être une promenade des plus agréables »

Elisa repensa soudainement à la grande araignée noire qui avait failli lui tomber dessus. Brrr…, rien que d’y penser, elle fut parcourue de frissons. Mais la scène la plus horrible était bien celle du cadavre au fond du précipice. Elle le revoyait encore très clairement avec cet étrange pique qui lui transperçait le dos. L’auréole de sang qui maculait son t-shirt.Tout ce sang autour de lui et les débris éparpillés un peu partout…

Les images sordides ne cessaient de lui envahir l’esprit, lui donnant le tournis tel un manège qui n’en finirait pas de tournoyer sans fin…

Et puis il y avait aussi ce type qui était caché là, quelque-part en train de sûrement les épier tout en attendant le bon moment pour s’en prendre à elles…

Elisa se massa la tempe droite. Elle commençait à avoir un début de mal de tête. Cela ne lui était plus jamais arrivé et ce depuis pas mal de temps déjà, si ce n’est lorsqu’un jour elle avait reçu un coup de téléphone de sa meilleure amie de l’époque qui avait osé lui annoncer tout bonnement qu’elle ne voulait plus de leur amitié en inventant un prétexte des plus médiocres. Un mauvais jour qui avait particulièrement marqué au fer rouge Elisa. Mais avec le temps, elle avait réussi à effaçer cette infâme trahison.

Aujourd’hui, le mal de tête qui s’insinuait lentement et douloureusement tel un poison violent à l’intérieur de sa boîte crânienne ne ressemblait en rien à celui qu’elle avait subi à l’époque à cause de sa fausse amie. Non, il était bien pire…

Et il ne faisait qu’empirer, s’amplifier davantage au fur et à mesure qu’elle s’inquiétait de sa situation. Une situation que personne ne voudrait vivre. Oui, la pire des situations…et qui surpassait de loin ce fameux jour de trahison. Une trahison qui à ses yeux devenait à l’heure d’aujourd’hui totalement anodine, ridicule et même risible.

Par contre ce qu’elle était en train de vivre à Diamond était un véritable cauchemar… Oui, un cauchemar qui n’en finissait pas…

****

Elisa ne pouvait s’empêcher de ressasser en boucle toutes ces images. Elles martelaient sa tête sans répit ; jaillissant par intermittence tels des éclairs qui zèbreraient un ciel d’un noir intense…Oui, noir comme les yeux de Tamara…

« Comment vous sentez-vous Elisa ? ça n’a pas l’air d’aller ? »

La voix de Tamara l’empêcha d’aller plus loin dans sa réflexion tel un rappel à l’ordre qui la fit immédiatement revenir à la réalité.

Une réalité qui ne présageait rien de bon d’ailleurs, puisqu’elles étaient enfermées à l’intérieur d’une cabane, certes éclairée par deux bougies mais qui était perdue au milieu d’une forêt épaisse avec un maniaque caché quelque part pour noircir le tableau.

Qu’allaient-elles devenir en fin de compte ? Elisa ne cessait d’angoisser. Reprenant peu à peu ses esprits, elle essaya tant bien que mal de masquer ses craintes et finit par répondre à Tamara :

« Je vais bien. Ne vous inquiétez pas. Je repensais juste à tous ces évènements que nous venions de vivre »

« Je suis vraiment désolée Elisa… »

Tamara semblait réellement confuse et observait Elisa avec inquiétude.
Elisa massait à présent sa tempe gauche en espérant que ce fichu mal de tête finirait bien par se dissiper. Elle souffrait mais ne voulait surtout pas l’avouer à Tamara car elle en avait assez de se plaindre. D’ailleurs, elle cessa immédiatement de se masser les tempes car cela ne servait strictement à rien.

Tamara l’observait toujours. Alors, pour ne pas éveiller sa curiosité concernant le mal de tête qui la rongeait, elle répliqua :

« Non, Tamara, ne vous excusez pas. Arrêtez de le faire, s’il vous plaît. C’est vous qui êtes plus à plaindre que moi. Je voudrais tellement qu’on puisse se sortir de cet enfer. Je me sens juste désemparée et impuissante. Je me demande aussi combien de temps nous allons devoir rester ici et c’est vrai que je ne cesse de penser à cet individu mais ça va aller, rassurez-vous. J’ai juste peur qu’il s’en prenne à nous. C’est tout »

« Oui, moi aussi j’ai peur de ce sale type mais cette cabane a l’air très solide. Il ne pourra pas s’en prendre à nous comme ça ! et puis nous sommes deux ! Il faudra donc rester ici toute la nuit jusqu’au lever du jour puis on verra bien ce qu’on pourra faire demain »

« Oui, vous avez raison. Faisons comme ça… »

« Au fait, quelle heure est-il s’il vous plaît ? »

Elisa regarda sa montre dont les aiguilles étaient devenues phosphorescentes.

« Il est 19H15 »

« Je pensais qu’il était beaucoup plus tard que ça. On devra donc attendre longtemps ici mais que voulez-vous, c’est bien mieux que d’être dehors »

« Oui, vous avez raison et même si je ne peux m’empêcher d’avoir peur, je vais essayer de faire la part des choses. Après tout, nous n’avons pas le choix. J’espère seulement que tout se passera bien et qu’on s’en sortira »

« Oui, il faut y croire ma chère Elisa. Vous verrez, on s’en sortira »

Elisa l’a regarda quelque peu perplexe ne sachant quoi ajouter de plus. Elle trouvait que Tamara ne manquait pas de courage étant donné qu’elle avait perdu son mari de la manière la plus épouvantable qu’il soit. Mais où pouvait bien t-elle trouver encore cette énergie d’y croire encore et de penser qu’elles se sortiraient de cette galère ? Elle semblait si sûre d’elle.

Elisa constata que par rapport à sa compagne d’infortune, elle avait tendance à trop vite se laisser abattre.

« Oui, et on fera tout pour ça Elisa ! Croyez moi ! » ajouta Tamara. « Vous savez, ces ordures m’ont détruite de l’intérieur en tuant mon mari mais je vous promets que la crapule qui est toujours en vie ou pas d’ailleurs, n’arrivera pas à avoir notre âme. Non, il ne fera rien de tel car on l’en empêchera vous et moi. N’est-ce pas Elisa ? Et on se battra pour ça »

« Oui, je suis d’accord avec vous Tamara »

Elisa essayait d’y croire mais elle avait encore quelques doutes à ce sujet. Comment feraient-elles pour s’en sortir face à cet individu qui avait tué de sang froid un homme. Et comment feraient-elles pour quitter cette île ? Que de questions et cet horrible mal de tête qui n’en finissait pas…

Soudain, Tamara la brusqua dans ses pensées :

« Et sinon, pour parler un peu d’autre chose, comment trouvez-vous cette cabane, Elisa ? Elle n’est pas trop mal, je trouve. Mon mari et moi l’adorions. Et vous ? qu’en pensez-vous ? » demanda t-elle tout en dessinant avec son index des cercles imaginaires sur la nappe de la table.

Elisa ne lui répondit pas tout de suite tant elle fut surprise par sa question quelque peu incongrue. Certes, cette cabane avait un certain charme mais elle n’était pas du tout disposée à parler de ses qualités ou inconvénients vu les circonstances actuelles.

Non ! Elle, tout ce dont elle avait envie, c’était de fuir cet endroit de malheur au plus vite et que ce fichu mal de crâne s’arrête définitivement.
Tamara voulait certainement détendre l’atmosphère en abordant un tel sujet mais elle n’était vraiment pas d’humeur à entrer dans ce genre de conversation.

Décidément, les deux jeunes femmes ne se ressemblaient pas du tout, point de vue caractère. L’une était forte et déterminée avec un mental d’acier alors que l’autre doutait toujours et restait perpétuellement sur ses gardes.

Elisa finit par lui répondre :

« Eh bien dans d’autres circonstances, j’aurais sans doute apprécié de séjourner ici mais là, je reste inquiète. Désolée de me répéter… »

« Non, vous n’avez pas à vous excuser Elisa. Vous avez toutes les raisons de l’être. C’est certain que nous ne sommes pas sereines vu les circonstances mais au moins on est en sécurité ici. Dehors, il doit faire nuit noire. Rien que d’y penser je me dis qu’on a bien fait de s’enfermer dans cette cabane. Pas vous ? »

« Si, je suis tout à fait d’accord avec vous »

Elisa décida de ne plus partager ses inquiétudes avec Tamara. Cela ne servait à rien de propager son angoisse et de l’attiser davantage par des paroles négatives.

« Je peux vous poser une question Elisa ? »

« Oui, biensûr »

« Pourquoi êtes-vous venue ici à Diamond et toute seule ? »

« Je ne suis pas venue seule. J’étais accompagnée de mon Guide touristique »

« Oui certes, mais pourquoi venir ici sans être accompagnée d’un ami ou d’une amie par exemple ? »

« Tout simplement parce que je voulais faire ce voyage en solitaire. C’était mon rêve de jouer en quelque sorte les Robinson Crusoé durant deux jours dans une petite île déserte et éloignée de tout. Et je dois bien avouer que Diamond était parfaite pour ça mis à part les affreux drames qui s’y sont déroulés. Le Guide m’en parlait tellement comme si c’était un joyau de la nature que je n’ai pas hésité et que je me suis lancée. Mais jamais je n’aurais cru un seul instant qu’il y aurait eu un meurtre ici, ni que mon guide en aurait été l’instigateur. J’étais loin de m’imaginer tout ça sinon il est clair que je serais restée bien tranquillement dans mon hôtel à continuer mes vacances »

Les grands yeux noirs en amande de Tamara ne cessaient de la fixer comme si elle essayait de trouver une vérité au fin fond de son esprit. Mais laquelle au juste ?

« Je vous comprends Elisa. Je suis navrée encore pour tout ça »

« Non, ne le soyez pas. Vous et moi ne pouvions pas savoir que ces guides étaient des meurtriers… »

« Oui, c’est juste. Mais je vous ai tout de même entraîné dans cette galère »

« N’y pensez plus. Ce n’est pas de votre faute Tamara »

Tamara se mordit la lèvre inférieure en signe d’acquiescement puis baissa les yeux comme si elle avait honte.

Elisa essayait de la rassurer mais elle savait aussi au fond d’elle même qu’elle n’aurait jamais voulu rencontrer Tamara sur son chemin vu tous les problèmes qu’il y avait autour de cette femme et quand bien même qu’elle soit une innocente victime.

Etait-ce humain de penser de la sorte ? Pourquoi est-ce que subitement elle avait de telles pensées envers cette femme ? était-ce à cause de ce terrible mal de tête qui la mettait à fleur de peau ? ou tout simplement parce qu’elle se sentait prise au piège et qu’elle aurait bien voulu que tout ce cauchemar se volatilise comme par magie. Mais malheureusement, elle ne pouvait pas remonter dans le temps et gommer en un claquement de doigt cette rencontre…C’était son destin d’être tombée sur Tamara.

Elle ne pouvait pas non plus lui avouer cette vérité. Elle ne pouvait que la cacher au fin fond de son esprit et se taire. En somme, il ne lui restait plus que la résignation et la fatalité.

« J’aurai une autre question à vous poser Elisa »

Tamara venait de relever les yeux et à présent elle la regardait intensément comme si elle essayait de sonder son esprit. Ce qui perturba quelque peu Elisa.

« Allez-y, je vous écoute »

« Je me rappelle que vous m’aviez dit que vous aviez fait de la plongée sous-marine avec ce Philippo avant de débarquer à Diamond »

« Oui c’est vrai » dit Elisa en se demandant où elle voulait bien en venir.

« Voilà, je voulais juste savoir si vous aviez remarqué quelque chose chez lui qui ne tournait pas rond. Un élément quelconque qui aurait permis d’en déduire qu’il était une personne bizarre »

« Non, je suis vraiment désolée de vous dire ça Tamara mais il n’y avait rien de tel chez lui qui aurait pu présager quoi que ce soit de bizarre. Il semblait tout à fait normal. Il n’avait pas un comportement étrange, bien au contraire. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas comment il a pu faire toutes ces atrocités. C’est vrai que ça restera toujours un mystère pour moi »

« Oui, moi aussi je me le demande encore, vous savez. C’est pareil en ce qui concerne cette ordure de Batisto. Jamais je n’aurais cru qu’il était un tueur. Je me rappelle encore de lui. Il semblait être une personne honnête et gentille mais je me trompais. Il était tout le contraire. Je suis tellement dégoûtée. Et dire que j’étais venue ici avec mon mari pour notre voyage de noces. Je ne peux m’empêcher de penser que tout ce qui est arrivé est de ma faute… »

« Mais pourquoi dîtes-vous ça ? rien n’est de votre faute Tamara. Encore une fois, vous ne pouviez pas prévoir tout ce qui allait se passer ici. En aucun cas vous ne devez vous sentir coupable, je vous assure »

« Si justement, puisque c’est moi qui ait eu l’idée de faire cette escapade à Diamond. Je regrette tellement maintenant… » dit-elle les larmes aux yeux.

En regardant les larmes qui coulaient le long de ses joues, Elisa regretta subitement d’avoir eu de mauvaises pensées envers elle. Les yeux noirs en amande semblaient si tristes à cet instant là qu’elle en éprouva une profonde compassion.

« Je vous en prie Tamara, ne pleurez pas. Je trouve que vous êtes une personne tellement courageuse. C’est grâce à vous si on se retrouve dans cette cabane et en sécurité. Vous avez eu raison de nous emmener jusqu’ici ! et je suis certaine que votre mari aurait été fier de vous. Je le pense très sincèrement… »

« Merci Elisa de me réconforter comme vous le faîtes. Vous êtes si gentille avec moi. Moi aussi je trouve que vous êtes courageuse. Vous m’avez fait confiance. Vous savez, ce n’est pas tout le monde qui aurait pu s’aventurer dans cette forêt tout en sachant qu’il y a un tueur qui s’y cache quelque part. Vous m’avez beaucoup soutenu depuis que je vous ai rencontrée sur la plage et je ne l’oublierai jamais. Merci pour tout ça » dit-elle tout en reniflant.

Elisa lui adressa un large sourire. Un sourire sincère qui se voulait être réconfortant. Oui, un sourire d’espoir destiné à une jeune femme qui avait vécu un horrible drame.

Elisa ne s’en était pas aperçu mais son terrible mal de tête s’était totalement dissipé. Sans doute parce qu’elle avait un peu relâché la pression et qu’elle reprenait peu à peu confiance en elle.
Elle avait à nouveau un espoir qui semblait germer dans son esprit si torturé.
Oui, un ultime espoir de se sortir de cet enfer. Et pour ce faire elle aurait besoin de l’aide de Tamara alors autant s’en faire une alliée et chasser toutes ces idées noires qui ne menaient à rien.

A présent, elle se sentait un peu plus forte et voulait encore croire à sa bonne étoile qui ne l’avait jamais abandonnée en cas de coup dur…

« Tamara ? »

« Oui ? » répondit Tamara en essuyant ses larmes avec ses doigts.

« J’aimerais moi aussi vous remercier et vous dire que vous êtes une personne bien »

« Vous le pensez réellement ? »

« Oui, très sincèrement. Et je tenais à vous dire également que je vous apprécie et que je suis certaine qu’on s’en sortira » dit-elle dans un large sourire.

« Moi aussi, je vous apprécie Elisa. Merci de me dire ça. Je suis très touchée. Oui, on fera tout pour s’en sortir » lui répondit Tamara en lui rendant le sien.

****

En pleine nuit, au coeur de la forêt de Diamond.
A l’intérieur de la cabane, les deux jeunes femmes étaient toujours en train de discuter en attendant le lever du jour.

Le cadran de la montre d’Elisa indiquait qu’il était exactement 20H00. Comme le temps était long ! se dit-elle. Elle était fatiguée et commençait à avoir un peu sommeil mais heureusement que Tamara était là pour alimenter la conversation.

« Elisa ? Je pourrais vous poser une question un peu plus personnelle ? »

« Oui, biensûr »

« Vous n’avez pas de petit ami ? Je vous pose cette question un peu indiscrète par rapport à ce que vous m’avez dit tout à l’heure. Vous savez, que vous souhaitiez faire ce voyage en solitaire… »

« Oui, vous avez raison. Si, j’en avais un avant mais je l’ai quitté. C’était il y environ 1 an. On n’était plus du tout sur la même longueur d’onde lui et moi. Disons qu’on n’était pas faits l’un pour l’autre, tout simplement. Mais c’est de l’histoire ancienne à présent. Et puis je n’ai aucun regret et c’est ce qui compte finalement. Et vous ? si je puis me permettre, avec Juanes ? Vous vous connaissiez depuis longtemps avant de vous être mariés ? »

« Oui, depuis déjà cinq ans. C’est lui qui un beau jour, m’a dit qu’il voulait se marier avec moi. Je ne courrais pas après le mariage mais à force qu’il m’en persuade, je me suis dit pourquoi pas ? Et puis il y tenait tellement alors on s’est marié le 15 décembre dernier. La cérémonie s’était déroulée dans une magnifique cathédrale en plein centre-ville d’Epicéa. Et pour cette grande occasion, je portais une jolie robe blanche toute en dentelle. J’étais très belle et lui tellement élégant dans son beau costume tout neuf. Oui, ce fut un très beau mariage. Un véritable conte de fée que je n’oublierai jamais… » dit-elle avec beaucoup d’émotion dans la voix.

« Je n’en doute pas. Vous deviez former un bien joli couple »

« Oui un très beau couple… » soupira t-elle en regardant les yeux dans le vague, les deux flammes des bougies qui ne cessaient de danser.

En voyant sa tristesse, Elisa préféra changer de sujet.

« Je voulais savoir Tamara, vous habitez à Epicéa ? »

« Oui depuis ma plus tendre enfance. D’ailleurs c’est là-bas que j’avais rencontré mon mari. Et vous ? »

« Je ne vis pas à Epicéa, c’est pourquoi j’y suis venue en vacances. J’habite à Antinéa, là ou vit ma famille. Vous connaissez cette province ? »

« Oui très bien. C’est agréable de vivre là-bas. Mais il est vrai que je préfère la côte. J’aime l’océan »

« Moi aussi j’aime la mer… » dit Elisa en repensant à sa promenade sur l’immense plage de sable blanc de Diamond.

Soudain, une des deux bougies s’éteignit faisant apparaître une fine volute de fumée blanchâtre qui s’éleva en serpentin dans l’air…

**** 

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