CĂ©cile, La Suricate đŸŸ

LES HISTOIRES DE CECILE

Suricate mignon

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Suricate pour toujours !

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Je m’appelle CĂ©cile et je suis nĂ©e Ă  Madagascar, plus prĂ©cisĂ©ment Ă  Namakia.

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Interview sur Madagascar

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Carte de Madagascar

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Je suis passionnée par mon ßle natale et par les passions suivantes :

  • Le monde du cinĂ©ma et des musiques de films,
  • Le monde des chats,
  • L’Ă©criture : j’aime parler de mon enfance Ă  travers des anecdotes et inventer des petites histoires au grĂ© de mon imagination.

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Voici mes blogs concernant mes différentes passions :

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Vous trouverez dans ce blog mes souvenirs d’enfance ainsi que des histoires que j’aime inventer…

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Merci Ă  vous ! et bonne lecture.

CĂ©cile

CECILE CEC ILES

 

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Le Lion et la Gazelle : Suite 8

 

Allez ! Il Ă©tait grand temps pour elle de partir d’ici !

Elle regarda encore une derniĂšre fois son ami endormi puis lui adressa un au-revoir de la patte avant d’emprunter un petit chemin de terre cachĂ© parmi les hautes herbes touffues.

Elle commença Ă  trottiner puis Ă  courir. L’air Ă©tait frais et elle pouvait dĂ©jĂ  entendre le bruit incessant des insectes nocturnes. Heureusement que la lumiĂšre du soleil Ă©tait encore prĂ©sente sinon elle aurait sans doute paniquĂ©.

Elle courait en ne sachant pas trop oĂč elle allait. Seul son instinct la guiderait. Elle le suivrait et verrait bien oĂč celui-ci la mĂšnerait.

À un moment donnĂ©, elle accĂ©lĂ©ra davantage la cadence de sa course tout en faisant des bonds de deux mĂštres, histoire de se redonner un peu de courage car elle se sentait terriblement seule. Une situation pas des plus rassurante se dit-elle inquiĂšte mais elle ferait tout pour rester positive.

Elle courait toujours Ă  pleine vitesse, en espĂ©rant grandement tomber sur quelques congĂ©nĂšres bienveillants mais pour l’instant, c’Ă©tait plutĂŽt le No Animals land. Il n’y avait pas Ăąme qui vive aux alentours. Un peu comme si tous les herbivores de la Savane s’Ă©taient tous donnĂ© le mot pour se cacher oĂč encore se barricader Ă  l’intĂ©rieur de leurs terriers.

Mon Dieu ! s’effraya t-elle tout Ă  coup. Et si jamais, j’avais le malheur de tomber sur une de ces cruelles hyĂšnes ou encore un de ces fĂ©roces Lions ? Pourvu que non ! Car ce serait le pire des scĂ©narios pour moi ! D’autant plus que cela m’Ă©tonnerait trĂšs fort que je puisse Ă  nouveau tomber sur un Lion aussi gentil que Masoandro…

La Gazelle avait peur. L’idĂ©e de rencontrer sur son chemin un de ces malveillants prĂ©dateurs l’horrifia de plus en plus.

J’espĂšre toutefois que la chance sera encore de mon cĂŽtĂ© se dit-elle en tentant d’effacer toutes ces idĂ©es noires qui encombraient son esprit.

Dans son interminable course, elle n’arrivait mĂȘme plus Ă  reconnaĂźtre les lieux qui l’entourait. Elle comprit alors qu’elle venait de se retrouver dans un autre territoire de la Savane. Un territoire inconnu beaucoup plus dĂ©sertique et nettement moins hospitalier. Une terre dont elle n’avait encore jamais mis les pattes


Et voilà ! se dit-elle, stressĂ©e et apeurĂ©e. Je me retrouve perdue au milieu de nulle part, toute seule et pire encore, je pourrais Ă  tout moment me faire attaquer et dĂ©vorer par n’importe quel prĂ©dateur. Le vrai cauchemar que je voulais Ă©viter et dont je suis Ă  prĂ©sent confrontĂ©e !

Mon Dieu ! aidez-moi !  supplia t-elle, dĂ©sespĂ©rĂ©e. Elle voulait tant que sa priĂšre soit entendue et exaucĂ©e


Elle courait toujours en quatriĂšme vitesse lorsque soudainement elle crut apercevoir au loin un troupeau d’animaux. Elle plissa les yeux pour s’en assurer et constata avec plaisir qu’elle n’avait point rĂȘvĂ©. Il y avait bien un troupeau lĂ -bas. Mais lequel exactement ?

Sans plus tarder, son infaillible longue vue intĂ©grĂ©e Ă  son regard perçant commença Ă  l’analyser. Et quelques secondes suffirent


« AllĂ©luia ! » s’Ă©cria t-elle de joie tant elle Ă©tait ravie de revoir des animaux de son espĂšce. Ils n’Ă©taient certes pas trĂšs nombreux, juste une vingtaine mais cela suffit Ă  sĂ©curiser d’emblĂ©e son esprit.

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La lumiĂšre rougeoyante du soleil Ă©tait en train de faiblir. BientĂŽt, elle ne tarderait pas Ă  disparaĂźtre pour laisser place Ă  la nuit.

Elle courait toujours Ă  perdre haleine, impatiente de rejoindre le troupeau de Gazelles et de se retrouver parmi elles.

Plus que quelques mÚtres !

Victoire ! Elle venait enfin d’arriver !

TrĂšs essoufflĂ©e, elle avait aussi trĂšs mal aux pattes mais qu’importe puisque dĂ©sormais elle ne serait plus seule. Elle essaya de retrouver sa respiration. Heureusement que l’air frais Ă©tait lĂ  pour l’y aider.

Quelques minutes aprĂšs, elle se rapprocha d’un peu plus du troupeau. Celui-ci se trouvait Ă  prĂ©sent Ă  quatre ou cinq mĂštres d’elle.

À partir de ce moment-lĂ , elle commença Ă  stresser. Elle apprĂ©hendait leurs rĂ©actions Ă©tant donnĂ© qu’elle restait avant tout une Ă©trangĂšre. Toutefois, elle espĂ©rait grandement qu’ils l’accepteraient dans leur communautĂ© car elle savait qu’il Ă©tait risquĂ©, voire dangereux de s’aventurer seul dans les terres arides et sauvages de la Savane.

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Le soleil ne s’Ă©tait pas encore tout Ă  fait couchĂ©. Sa chaude lumiĂšre orangĂ©e continuait d’illuminer le nouveau territoire oĂč elle se trouvait.

Mais, qu’attendaient-ils tous pour la regarder ? se demanda t-elle un brin agacĂ©e.

Aucune Gazelle ne semblait vouloir lui prĂȘter attention. C’Ă©tait comme si elle restait totalement invisible. Ce qui ne prĂ©sageait rien de bon se dit-elle inquiĂšte.

Hey ! faillit-elle subitement leur crier.  Mais elle prĂ©fĂ©ra rester muette au risque de se faire rabrouer par l’un d’entre eux.

DĂ©couragĂ©e, elle baissa alors la tĂȘte et regarda ses pattes avants qui la faisaient terriblement souffrir. Hors de question qu’elle rebroussa chemin pour aller vers je ne sais quel autre territoire se dit-elle Ă©nervĂ©e. Elle avait tant couru qu’elle Ă©tait maintenant fourbue. Sans compter que la nuit ne tarderait pas elle non plus Ă  tomber.

Je finirai bien par me faire accepter se dit-elle alors avec colĂšre. En tout cas, je n’aurai certainement pas fait tout ce chemin pour rien !

DĂ©cidĂ©ment ! Il n’y avait pas que les prĂ©dateurs qui Ă©taient impitoyables ! Les Gazelles, aussi, semblait-il


DĂ©terminĂ©e, elle releva la tĂȘte, prĂȘte Ă  affronter quiconque voudrait la rejeter oĂč encore lui marcher sur les pattes !

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Pendant qu’elle ruminait, elle ne s’Ă©tait pas aperçu qu’un beau et jeune mĂąle de son Ăąge Ă©tait en train de l’observer. Il Ă©tait pour ainsi dire le seul de sa communautĂ© Ă  l’avoir remarquĂ©e. Et lĂ , il ne cessait de la regarder avec beaucoup d’insistance.

Il Ă©tait semble t-il hypnotisĂ© et subjuguĂ© par la beautĂ© de Tsara. Ses grands yeux noirs tĂ©nĂ©breux n’arrivaient plus Ă  se dĂ©tacher d’elle…

Elle, par contre, tourmentĂ©e par son souhait de vouloir Ă  tout prix se faire accepter, ne faisait pas du tout attention Ă  lui…

Alors que Lui, davantage troublĂ©, Ă©tait en train de tomber sous son charme…

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Le soleil venait à présent de se coucher. Il avait emporté avec lui sa jolie lumiÚre jaune orangée tandis que la lune était en train de le remplacer, inondant de sa blanche clarté toute la savane.

Tsara en fut soulagĂ©e car elle dĂ©testait la nuit noire. Et mĂȘme si sa vue perçante Ă©quipĂ©e d’infra-rouge ultra perfectionnĂ©e Ă©tait capable de visionner tout et n’importe quoi dans l’obscuritĂ© la plus totale, elle prĂ©fĂ©rait nettement l’éclatante blancheur de la pleine lune.

Et ce soir, elle était particuliÚrement magnifique ! se dit-elle, admirative.

Par contre, en ce qui concernait toutes ces Gazelles qui faisaient exprĂšs de l’ignorer depuis le dĂ©but de son arrivĂ©e, il Ă©tait clair que celles-ci ne souhaitaient pas l’intĂ©grer dans leur communautĂ©. C’était du moins, ce qu’elle en dĂ©duisit avec une certaine tristesse.

« Mais elles ne savent pas encore qui je suis ! » se dit-elle outrĂ©e et rĂ©voltĂ©e. Je ne suis peut-ĂȘtre pas la bienvenue parmi elles mais je n’ai pas encore dit mon dernier mot. Et lĂ , il est grand temps que je me manifeste !

Au mĂȘme moment oĂč elle allait s’apprĂȘter Ă  crier un tonitruant « HĂ© Ho ! » Ă  toute l’assemblĂ©e, c’est alors que son regard croisa celui du beau mĂąle.

Et quel regard ! Il n’Ă©tait pourtant pas un Lion et cependant celui-ci la dĂ©vorait littĂ©ralement des yeux


GĂȘnĂ©e et quelque peu intimidĂ©e, elle baissa aussitĂŽt les siens. Lorsqu’elle les releva, les yeux noirs tĂ©nĂ©breux Ă©taient toujours fixĂ©s sur elle. Qu’était-il en train de se passer ? se demanda t-elle tout Ă  coup.

Soudainement, le temps venait de s’arrĂȘter. Elle n’entendait mĂȘme plus le vacarme incessant des insectes nocturnes. Seuls les battements de son cƓur rĂ©sonnaient Ă  l’intĂ©rieur de sa poitrine.  

C’est alors qu’elle se souvint de ce que son ami le Roi lui avait dit concernant sa « nouvelle vie » 

À ce moment-lĂ , elle n’avait pas voulu le croire et pourtant, une fois de plus, il avait vu juste…

Celle-ci Ă©tait en train de s’avancer vers elle et venait Ă  cet instant mĂȘme de lui adresser le plus merveilleux des sourires…

FIN

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Le Lion et la Gazelle : Suite 7

 

D’une voix faible et fatiguĂ©e, il lui dit :

« Tsara
 Tu es là
 Je suis si content de te revoir »

« Oh ! Moi aussi Masoandro, si tu savais… Mais je vois que tu es gravement blessé »

« Oui, le combat fut rude. Mais je t’en prie, ne pleure plus »

« Mais je suis si inquiĂšte pour toi… Dis ? Tu t’en sortiras, n’est-ce pas ? »

Le Roi Ă©tait si fier d’avoir pu rencontrer une telle Gazelle sur son chemin. À cet instant-lĂ , elle Ă©tait si touchante et si douce qu’il en Ă©tait dĂ©sarmé 

Il lui répondit alors :

« J’ai perdu beaucoup de sang ma Tsara »

« Mais les Rangers vont venir te soigner et aprÚs tu verras, tu iras bien mieux »

« Hélas, ce sera déjà trop tard »

« Mais ce n’est pas possible ! Pourquoi dis-tu ça ? » s’Ă©cria t-elle, la voix brisĂ©e.

« C’Ă©tait mon destin
 Mais je suis fier de t’avoir protĂ©gĂ©e en tuant mon pire ennemi »

« Mais tu ne peux pas partir
 C’est trop tĂŽt » sanglota t-elle, les yeux imbibĂ©s de larmes.

« Mon heure est venue… Mon fils aĂźnĂ© me succĂ©dera et toi tu m’accompagneras dans mes derniers instants »

En entendant cela, la Gazelle fut davantage chavirĂ©e de chagrin et pleura de plus belle. Ce n’Ă©tait pas possible qu’il parte comme ça ! Leur rencontre avait Ă©tĂ© si exceptionnelle, si unique. Cela ne pouvait pas se terminer ainsi


Masoandro voyait bien qu’elle Ă©tait extrĂȘmement bouleversĂ©e. Il aurait tant voulu alors que leur histoire se termina autrement mais tel Ă©tait son destin et il ne pouvait pas le changer


Et puis, Ă  prĂ©sent, il Ă©tait rĂ©signĂ© de s’en aller


RĂ©signĂ© et serein d’avoir pu accomplir de si belles choses dans sa vie de Lion. Des choses qu’il n’oublierait jamais et qui lui revinrent immĂ©diatement en mĂ©moire.

Pour commencer : Avoir eu la chance de connaĂźtre le grand amour avec la Lionne de ses rĂȘves. Puis, au cours de leur union, avoir eu le bonheur d’ĂȘtre pĂšre de deux merveilleux Lionceaux. Et ensuite, cerise sur le gĂąteau, avoir eu l’immense privilĂšge d’ĂȘtre Roi de la Savane durant cinq belles annĂ©es. Et enfin, le meilleur pour la fin, avoir eu la chanceuse opportunitĂ© de connaĂźtre une Gazelle telle que Tsara.

Il ne pouvait donc en vouloir Ă  son destin. En tout cas, c’est ainsi qu’il voyait les choses et cela apaisait son esprit…

Tout le monde meurt bien un jour, d’une maniĂšre oĂč d’une autre se dit-il en haletant davantage. Et pour lui, c’Ă©tait aujourd’hui


D’ailleurs, il sentait dĂ©jĂ  la Mort approcher. Il avait beaucoup plus de mal Ă  respirer. C’Ă©tait donc le dĂ©but du signe de la fin. Alors sans plus tarder, d’une voix presque Ă©teinte, il dit Ă  la Gazelle :

« Tsara
 Je ne vais pas tarder Ă  mourir »

« Nooonn ! » cria t-elle aussitĂŽt dans un long sanglot en secouant la tĂȘte de droite Ă  gauche.

« Tu dois l’accepter ma Tsara. Mais avant de partir, j’aimerais revoir ton sourire »

Totalement bouleversĂ©e et ressentant elle aussi la fin de vie de son ami, elle essaya du mieux qu’elle pu de se ressaisir en refoulant ses larmes mais ce n’Ă©tait pas si facile tant elle avait de chagrin.  Pourquoi fallait-il que le destin lui enlĂšve son ami ? Un ami qu’elle aurait tant voulu alors connaĂźtre davantage…

C’est vrai qu’ils avaient manquĂ© de temps mais elle remerciait le Ciel d’avoir pu rencontrer un Lion aussi exceptionnel que Masoandro.

C’est alors qu’elle s’arrĂȘta de pleurer. Elle voulait offrir au Roi sans plus tarder ce qu’il souhaitait d’elle. TrĂšs Ă©mue et chamboulĂ©e, elle lui adressa un timide sourire tremblotant. Ce ne fut pas simple mais elle tenait avant tout Ă  lui faire plaisir.

Puis, elle rapprocha son museau tout prĂšs du sien et commença du bout de sa truffe Ă  lui caresser les longs poils du pourtour de sa tĂȘte en faisant des mouvements de va-et-vient trĂšs doux. Quelle chance avait t-elle alors de pouvoir faire un tel geste sur un animal rĂ©putĂ© pour ĂȘtre autant fĂ©roce qu’indomptable. Mais pas en ce qui concernait son ami Masoandro qui lui, Ă©tait vraiment bien diffĂ©rent de tous les autres lions de son espĂšce.

Un Lion au cƓur tendre se dit-elle en continuant de lui caresser affectueusement sa si longue et soyeuse criniùre.

Elle ressentait que ses caresses lui procuraient un certain bien-ĂȘtre. Un peu comme si celles-ci arrivaient Ă  apaiser la douleur de sa blessure.

Ensuite, elle se mit Ă  lĂ©cher le contour de son Ɠil droit avec beaucoup de douceur comme s’il s’agissait d’un membre de sa famille. D’ailleurs, en faisant ce geste tendre, de nouvelles larmes lui vinrent aussitĂŽt. Cela lui rappelait les inoubliables instants « cĂąlins » qu’elle recevait de sa famille. Des cĂąlins qu’elle donnait maintenant Ă  son tour Ă  son ami Masoandro.

Son cƓur Ă©tait si lourd aujourd’hui mais elle se devait de rester forte pour soutenir son ami jusqu’au bout. Elle n’oubliait pas non plus de lui sourire car elle voulait qu’il garde d’elle une belle image apaisante.

Une image qu’elle souhaita Ă©galement accompagner d’une lettre qu’elle venait tout juste de rĂ©diger dans sa tĂȘte.

D’une voix tremblante, elle lui adressa ces quelques mots :

« Masoandro
 Tu auras Ă©tĂ© ma plus belle rencontre de la Savane. Jamais, je ne t’oublierai. Tu resteras pour toujours mon meilleur ami. Celui qui a su me parler. Celui qui a su me protĂ©ger. Tu es vraiment un Lion exceptionnel et tu resteras Ă  jamais dans mon cƓur de Gazelle. Tu vas quitter ta terre natale aujourd’hui mais sache que tu ne seras pas seul pour ton grand voyage vers le Paradis. Ta famille est lĂ  aussi. Tout prĂšs de toi. Ils sont tous lĂ  et ils t’aiment fort »

Les grands yeux jaunes clairs Ă©taient en train de la regarder avec beaucoup d’intensitĂ© lorsqu’elle ajouta dans un dĂ©chirant sanglot :

« Et moi aussi, je suis lĂ  pour toi. Je t’aime mon ami. Tu peux partir en paix Ă  prĂ©sent »

En entendant ces mots, une larme coula de l’Ɠil droit du Roi. Lui aussi ne l’oublierait jamais. Elle aura Ă©tĂ© aujourd’hui son dernier plus beau rayon de soleil.

Il ne voulait pas encore s’en aller mais son cƓur Ă©tait si fatiguĂ©. Les battements de celui-ci devenaient de plus en plus faibles et irrĂ©guliers. Il avait Ă©normĂ©ment de mal Ă  respirer. C’Ă©tait le signe de son dĂ©part imminent. Mais avant de quitter sa terre natale, il avait encore besoin de dire une derniĂšre chose Ă  la Gazelle. Une chose qui lui tenait Ă  cƓur…

Luttant dĂ©sespĂ©rĂ©ment contre son manque de respiration, c’est alors qu’il lui murmura dans un dernier soupir :

« Je t’aime mon amie »

Les beaux et grands yeux jaunes si lumineux venaient de s’Ă©teindre. Ils Ă©taient devenus fixes, sans plus la moindre vie


La tĂȘte du Roi s’inclina alors sur le cĂŽtĂ© gauche de son poitrail puis reposa doucement sur un confortable oreiller d’herbes hautes comme s’il allait s’apprĂȘter Ă  dormir. Dormir d’un long sommeil profond et Ă©ternel.

En larmes, Tsara regardait son ami. Elle savait que les anges ne tarderaient plus Ă  venir le chercher alors elle lĂ©cha Ă  nouveau pour la toute derniĂšre fois le contour de son Ɠil droit tout en lui berçant de jolis mots doux Ă  l’oreille. De tendres mots d’amitiĂ© qu’elle savait qu’il entendrait encore


Soudain, l’Ăąme de Masoandro se souleva peu Ă  peu de son corps jusqu’Ă  finir par totalement s’en dĂ©tacher. Elle Ă©tait Ă  prĂ©sent en suspension dans les airs, en train de regarder Tsara. Elle imprĂ©gnait dans sa mĂ©moire, cette derniĂšre image si Ă©mouvante d’elle. Quelques minutes aprĂšs, elle se volatilisa comme dans un rĂȘve


Elle venait de rejoindre la lumiĂšre du Paradis tandis que les grands yeux jaunes clairs si lumineux continueraient, eux, d’illuminer de leurs intenses clartĂ©s leur terre natale, la Savane


Tels des anges gardiens, ils continueraient de protéger cette Terre sacrée ainsi que leur chÚre famille bien aimée


Sans oublier de veiller avec une attention toute particuliÚre sur leur petite protégée : Tsara, la Gazelle.

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Tsara leva la tĂȘte vers le ciel et admira sa chatoyante couleur jaune orangĂ©e.

« Qu’est-ce que c’est beau ! » s’exclama t-elle tout haut.

Sans doute qu’Ă  cet instant prĂ©cis, Masoandro devait certainement se trouver lĂ -haut, dans toute cette immensitĂ© en train de l’observer de ses grands et beaux yeux jaunes clairs. L’observer pour continuer Ă  la protĂ©ger comme il l’avait si bien fait sur Terre.

Elle Ă©tait toujours en train d’admirer le ciel lorsqu’elle s’intrigua de sa si belle couleur chaude qui Ă©trangement, Ă©tait apparue au mĂȘme moment oĂč son ami venait de rejoindre le Paradis. Sans doute Ă©tait-ce le plus grand des hasards oĂč tout simplement le destin du Roi de devoir quitter sa Terre natale dans la magnificence de ce soleil couchant. Quoi qu’il en soit, cela ressemblait fortement Ă  un signe. Un signe en relation avec son prĂ©nom solaire « Masoandro » qui sans nul doute voulait signifier que son Ă©clatante aura continuerait toujours d’illuminer de mille feux la belle Savane.

Ah ! Quel merveilleux signe ! se dit-elle alors dans un sourire.

DĂ©cidĂ©ment ! Masoandro n’Ă©tait vraiment pas un Lion comme les autres…

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Elle dĂ©tourna son regard du ciel puis s’attarda Ă  nouveau sur la dĂ©pouille du Roi. À le voir ainsi allongĂ©, on aurait dit qu’il dormait paisiblement. Qu’il Ă©tait encore vivant. Si bien, qu’elle ne put s’empĂȘcher de verser d’autres larmes d’Ă©motion.

Elle aurait tant aimĂ© alors rester encore auprĂšs de lui pour le veiller mais il Ă©tait prĂ©fĂ©rable qu’elle ne s’attarda pas plus longtemps ici. Elle risquait d’attirer l’attention de quelques prĂ©dateurs et ça il valait mieux l’Ă©viter. Sans oublier que le soleil ne tarderait pas lui non plus Ă  bientĂŽt se cacher.

Pour l’instant, se tranquillisa t-elle, celui-ci Ă©clairait encore de sa chaude et chaleureuse lumiĂšre les hautes herbes de la Savane tout en redonnant davantage d’Ă©clat et de vie au pelage fauve du Roi endormi.

Tout Ă©tait magnifiquement aurĂ©olĂ© d’une douce luminositĂ© rougeoyante et apaisante. Une atmosphĂšre des plus agrĂ©able qui apaisa le cƓur si triste de la Gazelle. Un moment idĂ©al pour adresser un dernier message Ă  son dĂ©funt ami.

La tĂȘte penchĂ©e au dessus de lui, c’est alors qu’elle lui dit avec beaucoup d’Ă©motion :

« Masoandro, je n’oublierai jamais notre incroyable rencontre. Ni la naissance de notre belle amitiĂ©. Ni ta loyautĂ©. Ni ta force et ton courage d’avoir tuĂ© ce lion pour me protĂ©ger. Sois certain que rien ne sera oubliĂ©. Je te le promets. Adieu, mon ami »

Suite Ă  ces mots, elle se pencha sur la dĂ©pouille du Roi et dĂ©posa un doux baiser sur sa truffe. Le premier et le dernier qu’elle lui offrait avant de devoir le quitter.

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Le Lion et la Gazelle : Suite 6

 

Tsara priait pour que Masoandro s’en sorte sain et sauf. D’ailleurs, ce ne fut qu’Ă  cet instant lĂ , qu’elle rĂ©alisa que le Roi comptait beaucoup pour elle. Qu’il Ă©tait devenu comme un ami


Étrange que de dire cela se dit-elle et pourtant c’Ă©tait bien le mot « ami » qui lui Ă©tĂ© venu instantanĂ©ment Ă  l’esprit…

Finalement, Masoandro n’avait pas eu si tort que ça lorsqu’il lui avait dit que dĂ©sormais ils avaient un lien tous les deux. Jamais auparavant elle n’aurait cru cela possible mais Ă  prĂ©sent elle savait que ce lien existait rĂ©ellement


Et un tel lien ne se renouvellerait sans doute plus jamais dans l’histoire de la Savane alors il en restait d’autant plus prĂ©cieux Ă  ses yeux…

VoilĂ  pourquoi elle redoutait tant qu’il puisse lui arriver quelque chose de grave.

« Pourvu qu’il s’en sorte ! » ne cessait-elle de se rĂ©pĂ©ter dans sa tĂȘte tout en observant avec angoisse le fĂ©roce combat qui Ă©tait loin d’ĂȘtre terminé 

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Le combat durait dĂ©jĂ  depuis une bonne trentaine de minutes sans qu’aucun des deux rivaux ne soit mis Ă  terre. Ni l’un ni l’autre n’Ă©tait prĂȘt Ă  abdiquer. Tous deux Ă©taient tenaces. Mais lequel des deux achĂšverait l’autre ?

EssoufflĂ©, Masoandro continuait inlassablement de donner de grands et fĂ©roces coups de pattes Ă  son adversaire. Certes, il commençait Ă  fatiguer mais Ă©tait loin d’abandonner le combat. Plus dĂ©terminĂ© que jamais, il ferait tout pour remporter la victoire. Il le devait Ă  sa communautĂ© mais aussi et avant tout pour protĂ©ger la Gazelle.

Sans doute Ă©tait-il moins endurant que son ennemi mais il savait de par sa grande expĂ©rience de combattant donner d’incisifs coups lĂ  oĂč il fallait. Et ça, ce n’Ă©tait pas rien ! D’ailleurs, son jeune ennemi peinait quelque peu Ă  lui rendre la pareille


Un bon point pour moi se dit alors Masoandro pour se redonner du courage. Mais attention, le jeune Lion savait aussi ĂȘtre extrĂȘmement virulent avec ses attaques sournoises pas toujours Ă©videntes Ă  Ă©viter. Il fallait donc qu’il sache anticiper tel un boxeur en faisant preuve d’autant de rapiditĂ© et d’agilitĂ© que lui.

Mais le problĂšme majeur qui lui faisait dĂ©jĂ  dĂ©faut Ă©tait bien son essoufflement, sans doute liĂ© Ă  son Ăąge. Un inconvĂ©nient de taille qu’il avait du mal Ă  gĂ©rer et qu’il ne pouvait hĂ©las plus ignorer. Pour l’instant, il tenait encore bon mais pour combien de temps ? Car contrairement Ă  lui, le jeune Lion Ă©tait loin d’ĂȘtre essoufflĂ©.

« Il faut pourtant que je tienne » se dit-il en reprenant trĂšs vite une grande inspiration d’air frais. Il en valait de son honneur de Lion et de sa fiertĂ© de Roi mais aussi de son amitiĂ© naissante avec la petite Gazelle qu’il souhaitait prĂ©server


De son cĂŽtĂ©, Ratsy Fanahy savait aussi rendre les coups mais avec plus ou moins de difficultĂ©s par rapport Ă  son rival. Il manquait clairement d’expĂ©rience mais qu’importe puisqu’il avait la jeunesse et l’endurance pour lui. Deux atouts non nĂ©gligeables se dit-il en Ă©vitant de justesse un fĂ©roce coup de griffes de Masoandro.

Ses rĂ©flexes Ă©tant au taquet, il Ă©tait toujours d’attaque pour plusieurs rings d’affilĂ©s sans mĂȘme se fatiguer. Son point sans doute le plus fort comparĂ© au vieux Masoandro qui lui, Ă©tait dĂ©jĂ  tout essoufflĂ© se moqua t-il en tentant de lui mordre l’oreille droite.

Et il savait jouer avec les nerfs du Roi en lui faisant subir quelques attaques surprises bien ciblĂ©es. Il faut dire qu’il Ă©tait si rapide. Tant mieux d’ailleurs ! Le titre de Grand Roi des Steppes d’Afrique deviendrait alors sa plus grande rĂ©compense. Il en Ă©tait persuadĂ©.

Mais pour l’heure, ce bougre de Masoandro ne manquait pas de punch ! Et il fallait bien avouer qu’il Ă©tait plutĂŽt bon pour son Ăąge ! Un vrai coriace se dit Ratsy Fanahy en Ă©vitant Ă  nouveau un redoutable coup de griffes manquant de le rendre borgne.

Mais il trouvait que ce combat manquait cruellement de mordant. Qu’il devenait mĂȘme assez lassant et pire sĂ©rieusement ennuyeux avec toutes ces rĂ©pliques de coups de griffes rĂ©pĂ©tĂ©es. Elle avaient un peu trop durĂ©es et il fallait grandement changer tout ça…

Et pour ce faire, il venait d’échafauder dans son cerveau diabolique un autre plan d’attaque. Un plan d’attaque nettement plus vicieux avec davantage de sang versĂ© car il trouvait que son rival n’en Ă©tait pas assez maculĂ©. Et l’action devrait se faire tout de suite et maintenant !

Vite, la gueule grande ouverte, il se jeta subitement sur Masoandro et mordit avec une extrĂȘme fĂ©rocitĂ© un cĂŽtĂ© de son   flanc droit sans une seule fois desserrer les mĂąchoires. Et l’acharnement fut tel qu’en dĂ©chirant les tissus de sa peau, un grand lambeau de chair s’arracha aussitĂŽt laissant place Ă  une plaie bĂ©ante sanguinolente d’oĂč commença Ă  goutter le sang. D’abord faiblement puis beaucoup plus abondamment. Ce qui ne prĂ©sageait rien de bon…

Sur le coup, Masoandro ne ressentit pas tout de suite la douleur tant il avait Ă©tĂ© surpris par cette virulente attaque. Mais Ă  prĂ©sent, celle-ci devenait lancinante jusqu’Ă  le faire atrocement souffrir.

Et c’Ă©tait une vĂ©ritable torture qu’il Ă©tait en train d’endurer mais il ne voulait surtout pas le faire montrer Ă  son adversaire qui aurait Ă©tĂ© alors bien trop ravi. C’est pourquoi, il feignait de ne pas avoir mal.

Cette fois-ci, il venait de s’ĂȘtre fait avoir comme un bleu et il avait beaucoup de mal Ă  accuser le coup. La douleur Ă©tait vraiment insupportable mais l’humiliation, elle, Ă©tait bien pire


Tout se bouscula alors dans sa tĂȘte. Ce n’Ă©tait pas possible qu’il en soit arrivĂ© lĂ  face Ă  cette ordure de Ratsy Fanahy !

Inconcevable mĂȘme ! s’enragea t-il intĂ©rieurement avec beaucoup de colĂšre.

Mais Ă  en juger le pelage de son flanc droit dĂ©jĂ  maculĂ© d’une large aurĂ©ole de sang, nul doute que le destin ne voulait pas ĂȘtre de son cĂŽtĂ©. Une seule morsure de Ratsy Fanahy et le voilĂ  dans une bien cruelle posture ! Et pourtant le destin ne pouvait pas le laisser tomber comme ça !

Hors de question que Ratsy Fanahy devienne Roi ! s’insurgea t-il en soutenant le regard de son ennemi jurĂ©.

Il puiserait encore dans ses derniĂšres forces mais n’abandonnerait certainement pas le combat. L’enjeu Ă©tait beaucoup trop important. Et lĂ , il devait agir maintenant avant qu’il ne soit trop tard. DĂ©jĂ  qu’il avait perdu beaucoup de sang…

Si le destin osait le mettre de cĂŽtĂ©, ses ancĂȘtres, eux, le soutiendrait. Il en Ă©tait persuadé 

C’est alors que dans un ultime effort, Masoandro se jeta brutalement sur son adversaire et le mordit sauvagement Ă  la jugulaire avec une redoutable fĂ©rocitĂ©. Si redoutable que le rĂ©sultat fut Ă  la hauteur de ce qu’il espĂ©rait.

Une grande giclée de sang jaillit instantanément de la gorge de Ratsy Fanahy et celui-ci commença à se tordre de douleur en émettant de longs rugissements enragés.

Masoandro l’avait mordu prĂ©cisĂ©ment lĂ  oĂč il fallait et cela le rendait fou de rage de s’ĂȘtre fait avoir. Il ne cessait de se contorsionner dans tous les sens tant il souffrait le martyre. Et vu le flot de sang qui coulait de la   principale artĂšre de son cou, la faucheuse ne tarderait plus Ă  venir l’emmener avec elle dans l’au-delĂ . Son rĂȘve de grandeur partirait alors en fumĂ©e et ça il n’arrivait pas Ă  l’ingurgiter


Alors, histoire de se venger avant de s’en aller, il tenta d’adresser un dernier mot assassin Ă  son rival mais il en fut totalement incapable Ă  cause de sa fichue entaille Ă  la gorge. Cet idiot de Masoandro l’avait eu en beautĂ© et il ne pouvait que s’incliner…

Oui, l’impitoyable Ratsy Fanahy venait de perdre. Mais Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre Roi, il rejoindrait certainement l’enfer, lĂ  oĂč Ă©tait sa vraie place…

Finalement, je n’aurai pas tout perdu se dit-il en esquissant un dernier rictus crispé 

Masoandro était en train de le regarder souffrir sans la moindre pitié et avait hùte que le chapitre du cruel « Ratsy Fanahy » soit enfin clos.

Quelques minutes aprĂšs, ce fut dans un dernier rĂąle que le jeune Lion s’Ă©croula de tout son long dans les hautes herbes, la gueule entrouverte pleine de sang et le regard fixe. Il venait de rejoindre les tĂ©nĂšbres et de maniĂšre fulgurante.

« Tu as Ă©chouĂ© Ratsy Fanahy. Tu n’as pas rĂ©ussi Ă  me dĂ©trĂŽner » lui adressa alors le Roi dans un ultime adieu avant de se dĂ©tourner de lui pour aller s’allonger lĂ -bas, un peu plus loin dans les hautes herbes. Il Ă©tait extrĂȘmement Ă©puisé 

****

Tsara fit un bond de deux mĂštres sur place tant elle Ă©tait heureuse ! Le Lion Ă  la criniĂšre volumineuse et donc son ami venait d’achever d’une seule morsure fatale le mĂ©chant Lion.

« Hourra ! » s’Ă©cria t-elle de joie.

Allez ! Il fallait maintenant qu’elle aille vite le rejoindre. Sans plus attendre, elle fit un sprint dans le sens inverse qu’elle avait dĂ©jĂ  parcouru tout en faisant des bonds de deux mĂštres. Elle avait hĂąte de fĂ©liciter le Roi mais surtout de le remercier pour ce qu’il venait encore de faire pour elle. Une fois de plus il avait su la protĂ©ger.

Quel Lion incroyable ! se dit-elle en souriant.

Elle gambadait gaiement tant elle Ă©tait heureuse que tout se termina comme elle l’avait souhaitĂ©.

Vite ! Vite ! Plus que quelques mÚtres et elle serait bientÎt auprÚs de son ami.

Ça y est ! Elle venait enfin d’arriver sur le lieu oĂč s’Ă©tait dĂ©roulĂ© le si fĂ©roce combat. Elle scruta des yeux les alentours et vit Ă  quelques mĂštres d’elle, cachĂ©e dans les hautes herbes, la dĂ©pouille du mĂ©chant Lion.

Soudain, elle fut parcourue de frissons en repensant Ă  ce qu’il serait advenue d’elle si Masoandro n’avait pas Ă©tĂ© lĂ  pour la protĂ©ger.

Je n’aurais probablement plus Ă©tĂ© de ce monde se dit-elle en ne quittant pas des yeux le cadavre dont venait Ă  l’instant de se rapprocher un vautour aux grandes ailes dĂ©ployĂ©es. Quelques secondes aprĂšs, armĂ© de son bec crochu, il commençait dĂ©jĂ  Ă  arracher avec acharnement des petits lambeaux de chair de la gorge du jeune lion mort.

« Berk ! Je ne veux surtout pas voir ça ! » murmura t-elle avant de vite dĂ©tourner la tĂȘte.

Mais oĂč Ă©tait donc passĂ© Masoandro ? se demanda t-elle en parcourant de son regard perçant l’immense champ d’herbes hautes. Pourtant, il ne pouvait pas ĂȘtre bien loin…

AllĂ©luia ! C’est alors qu’elle le vit enfin. Il se trouvait juste Ă  quelques mĂštres de lĂ , allongĂ© sur le cĂŽtĂ© gauche de son flanc, dans une zone oĂč l’herbe Ă©tait davantage plus haute. D’ailleurs, elle aurait trĂšs bien pu ne jamais le voir tant celle-ci le dissimulait si bien.

C’est alors qu’elle courut vite vers lui. Lorsqu’elle se retrouva enfin Ă  ses cĂŽtĂ©s, elle constata que ses yeux Ă©taient fermĂ©s comme s’il Ă©tait en train de somnoler. Elle s’approcha davantage de lui et crut dĂ©faillir en voyant la large plaie bĂ©ante qui se trouvait au milieu de son flanc droit. Et celle-ci n’Ă©tait pas du tout belle Ă  voir avec tout ce sang noirĂątre sĂ©chĂ© qui la recouvrait. D’ailleurs, quelques mouches attirĂ©es sans doute par l’odeur vinrent s’y dĂ©poser. BouleversĂ©e, elle les chassa aussitĂŽt d’un revers de patte.

Mon Dieu ! Il y avait beaucoup trop de sang ! Et vu l’aspect de la blessure, cela devait ĂȘtre trĂšs grave s’angoissa t-elle, les yeux au bord des larmes.

Comment le destin pouvait-il leur faire ça ? Pourquoi s’en prendre Ă  ce Roi qui avait pourtant tout fait pour la protĂ©ger ? Elle se sentit Ă  la fois coupable et impuissante…

« Tout ça est de ma faute ! » se dit-elle en commençant à pleurer silencieusement.

Et maintenant, le Roi devait Ă©normĂ©ment souffrir Ă  cause de cette blessure qui normalement n’aurait jamais dĂ» exister si le destin aurait bien fait les choses.

Ce n’est pas juste ! s’insurgea t-elle en regardant avec compassion le Roi endormi.

À le voir ainsi, les yeux fermĂ©s, c’Ă©tait un peu comme s’il Ă©tait en paix. Si bien, qu’elle n’avait pas trop envie de le rĂ©veiller. D’autant plus, qu’il n’avait toujours pas remarquĂ© sa prĂ©sence. Mais elle avait tant besoin de revoir ses grands yeux jaunes clairs ainsi que d’entendre sa voix pour se rassurer qu’elle finit par l’appeler tout doucement :

« Masoandro
 C’est moi
 Je suis là »

Le Roi ne s’Ă©tait pas rendu compte qu’il s’Ă©tait assoupi. Et durant ce laps de temps qui lui avait paru interminable, il avait mĂȘme rĂȘvĂ©. Un bien joli rĂȘve d’ailleurs, dans lequel se trouvait la petite Gazelle en train de rire aux Ă©clats en sa compagnie.

Et lĂ , il lui semblait bien avoir entendu sa jolie voix. Pour s’en assurer, il ouvrit doucement les yeux et la vit aussitĂŽt. Elle avait la tĂȘte penchĂ©e sur lui et Ă©tait en train de pleurer Ă  chaudes larmes.

Qu’il Ă©tait heureux de revoir sa petite frimousse ! Par contre, elle, semblait malheureuse comme les pierres avec ses yeux noyĂ©s de larmes


Oh non ! se dit-il alors. Cela devait ĂȘtre dĂ» Ă  cause de sa vilaine blessure. Et voilĂ  pourquoi elle Ă©tait autant chagrinĂ©e. Il aurait tant souhaitĂ© alors effacer l’Ă©pisode de la morsure fatale de Ratsy Fanahy. Mais hĂ©las, il n’avait pas le pouvoir de remonter le temps


Ah ! Qu’il aurait bien aimĂ© revoir les jolis yeux noirs rieurs de Tsara sans larmes. Il fallait absolument qu’il la rĂ©conforte.

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Le Lion et la Gazelle : Suite 5

 

Il plissa alors davantage les yeux afin de s’assurer qu’il n’avait pas rĂȘvĂ© mais ce n’était pas si Ă©vident Ă  cause de la forte luminositĂ© du soleil.

Les yeux toujours étrécis, il essayait tant bien que mal de distinguer « la chose » bien camouflée dans les hautes herbes.

Quelques minutes aprÚs, le mystÚre fut levé lorsque celle-ci se mit brusquement à remuer.

AffolĂ©, les battements de cƓur de Masoandro se mirent Ă  battre Ă  tout rompre. Sa vue perçante ne l’avait pas trompĂ©. Il s’agissait bien de l’oreille d’un animal


« Oh non ! Pas ça ! » faillit-il crier tant il était paniqué.

À cet instant-lĂ , l’oreille ronde au revers noir venait Ă  nouveau de remuer tentant de chasser une autre mouche qui lui tournait autour.

Masoandro crut dĂ©faillir. Non pas qu’il soit peureux, loin de lĂ , mais plutĂŽt inquiet pour la Gazelle. Car il n’y avait plus le moindre doute ! Il s’agissait bien d’un Lion et il se tenait lĂ , bien cachĂ©, parmi les hautes herbes en train de les Ă©pier. Depuis combien de temps ? Ça, il l’ignorait mais sans doute depuis un certain moment. Ce qui l’horrifia davantage.

Vite ! Les sens en alerte, il Ă©difia dans sa tĂȘte en quelques fractions de secondes le plan de sauvetage le plus appropriĂ© pour protĂ©ger Tsara. Il n’Ă©tait sans doute plus aussi intrĂ©pide qu’autrefois mais il avait encore gardĂ© de trĂšs bons rĂ©flexes pour son Ăąge alors il ferait tout voire l’impossible pour maintenir sa protĂ©gĂ©e saine et sauve. Tel Ă©tait son objectif et il s’y tiendrait jusqu’au bout.

Sans plus attendre une minute de plus, il bondit en avant tel un boulet de canon, contourna la Gazelle en veillant Ă  ne pas la heurter puis se posta rapidement juste derriĂšre elle, face Ă  son ennemi.

Sa grande masse corporelle faisant office de bouclier, il serait ainsi plus amĂšne de la protĂ©ger contre toute Ă©ventuelle attaque surprise de l’intrus.

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« Mince ! Trop tard ! » grogna Ratsy Fanahy.

Cet imbĂ©cile de Masoandro venait Ă  l’instant de le repĂ©rer et se tenait maintenant face Ă  lui prĂȘt Ă  dĂ©fendre sa chĂšre Gazelle.

« Pas grave » se dit-il dans un rictus.

De toute façon, il aurait tĂŽt ou tard cette fichue Herbivore alors autant se charger d’abord d’Ă©liminer le Roi comme ça il obtiendrait aussitĂŽt son propre couronnement tant espĂ©rĂ©. Et finalement, ce ne serait pas plus mal.

Sans plus attendre, il se leva des hautes herbes et fixa droit dans les yeux Masoandro. Le duel pouvait commencer.

Ses babines se retroussĂšrent juste assez pour impressionner son rival et lui faire montrer qu’il n’Ă©tait plus le jeune Lion d’autrefois. Non, il Ă©tait pire


Un Lion qui avait gagnĂ© en puissance musculaire. Un Lion devenu autant cruel qu’il ne l’Ă©tait dĂ©jĂ  et tout ça grĂące au bannissement qu’il avait subi et qui n’avait fait que l’endurcir d’annĂ©es en annĂ©es. Et donc, un mal pour un bien se moqua t-il intĂ©rieurement tout en toisant du regard le Roi.

Maintenant que le destin lui donnait l’opportunitĂ© de se venger alors il ne se ferait pas prier. D’autant plus que ce Masoandro de malheur avait dĂ©jĂ  bien trop longtemps rĂ©gnĂ©. Mais dĂ©sormais ce ne serait plus si important que ça puisqu’il ne tarderait pas Ă  rejoindre bientĂŽt l’au-delĂ .

Tuer Ă©tant comme une seconde nature pour lui, il s’acharnerait encore et encore jusqu’Ă  ce que le sang de ce maudit Roi coule Ă  flot.

D’ailleurs, Ă  compter d’aujourd’hui, son nouveau slogan serait le suivant : « Tuer pour mieux rĂ©gner »

Un jour Ă  marquer d’une pierre blanche…

Et pour parfaire son meurtre, il avait déjà tout orchestré dans son cerveau diabolique.

En premier lieu, faire un brin de causette avec le Roi. Mais pourquoi faire ? La raison Ă©tait pourtant Ă©vidente. Afin qu’il ne puisse garder en mĂ©moire que ses derniĂšres paroles assassines Ă  Lui et non celles si doucereuses de cette idiote de Gazelle.

En deuxiĂšme lieu, se jeter sur lui en ne boudant pas son plaisir de le faire atrocement souffrir jusqu’Ă  ce qu’il succombe dans une lente agonie.

Et enfin, parce qu’il fallait tout de mĂȘme garder le meilleur pour la fin. DĂ©vorer bien sauvagement la petite Gazelle aux os si fins et si croustillants.

Un joli programme en perspective se dit Ratsy Fanahy dans un sourire machiavĂ©lique qu’il adressa directement au Roi avant de s’avancer enfin vers lui


****

De son cĂŽtĂ©, Tsara tremblait de tous ses membres tant elle ne s’Ă©tait pas attendu Ă  ce que le Roi bondisse aussi brusquement. En fait, elle n’avait absolument rien vu venir…

Mais qu’était-il en train de se passer ? se demanda t-elle trĂšs affolĂ©e et apeurĂ©e.

Le Roi avait dĂ» trĂšs certainement voir quelque chose de terrible et c’est pourquoi il s’Ă©tait Ă©lancĂ© si brutalement sans mĂȘme avoir pris le temps de l’avertir.

À prĂ©sent, elle pouvait sentir le pelage de sa grande masse corporelle derriĂšre elle, tout contre elle et cela la rassura un peu. Mais juste un peu seulement car elle restait terriblement inquiĂšte


Tous deux se tournaient le dos et ce n’Ă©tait pas si Ă©vident pour elle de ne devoir plus le voir. Elle aurait tant voulu alors se retourner pour voir ce qui se passait mais elle avait si peur de faire le moindre geste qu’elle y renonça. Et pas mĂȘme lui adresser un seul mot de peur de le dĂ©concentrer.

Ses muscles Ă©taient crispĂ©s. Elle Ă©tait si angoissĂ©e. Mais que faire ? Alors, elle restait figĂ©e sur place, paralysĂ©e, attendant un signe du Roi. Un petit signe de sa part qui lui redonnerait espoir…

En vain
 Toujours rien…

De son cĂŽtĂ©, Masoandro ne quittait pas des yeux l’intrus. Tout se bousculait dans sa tĂȘte car il s’inquiĂ©tait beaucoup pour la Gazelle. Ce qu’il voulait lui, c’Ă©tait avant tout la mettre hors de danger. Car une chose Ă©tait certaine, en restant ici Ă  ses cĂŽtĂ©s, elle devenait son talon d’Achille et pire encore, une proie facile pour son ennemi. Une situation des plus bancale qui le mettait en porte Ă  faux surtout s’il tenait Ă  rester bien concentrĂ© et combatif au moment oĂč il devrait affronter son adversaire. Il Ă©tait donc primordial pour lui de mettre toutes les chances de son cĂŽtĂ©. Et pour ce faire, il avait un plan…

Gardant toujours un Ɠil sur l’intrus, il tourna lĂ©gĂšrement sa tĂȘte de biais afin de ne pas Ă©veiller les soupçons de celui-ci puis chuchota tout doucement Ă  l’oreille gauche de la Gazelle :

« Tsara ! Cours droit devant toi sans t’arrĂȘter !  Maintenannnnnt !! »

En entendant le murmure d’alerte de Mr Lion, elle fut Ă  la fois paniquĂ©e et chamboulĂ©e. Ce qu’il venait de lui souffler signifiait qu’il y avait un grave danger, qu’il Ă©tait crucial qu’elle l’Ă©coute Ă  la lettre sans se poser de questions.

PartagĂ©e entre la peur et le remord de devoir le laisser seul, elle hĂ©sita encore quelques secondes puis courut sur le champ aussi vite qu’elle put droit devant elle sans mĂȘme une seule fois se retourner.

Tout en courant, le remord la submergea tout Ă  coup. Comment avait-elle pu s’enfuir comme ça en le laissant tout seul ? Seul avec cet espĂšce d’animal qui devait ĂȘtre trĂšs certainement un Lion


Mais qu’est-ce qu’une Gazelle comme elle aurait-elle pu faire alors pour l’aider ? Pas grand-chose


C’est pourquoi elle continuait de courir comme il le lui avait recommandĂ©. Courir droit devant elle sans s’arrĂȘter.

En pleine course, elle accĂ©lĂ©rera davantage la cadence tout en faisant des bonds de deux mĂštres. Elle courait si vite qu’Ă  un moment donnĂ©, elle crut que son cƓur allait exploser tant celui-ci battait beaucoup trop fort. Il faut dire aussi qu’elle avait si peur.

D’ailleurs, dans sa course effrĂ©nĂ©e, elle ne voyait mĂȘme plus les alentours de la Savane. Il n’y avait plus qu’elle et le vent ne formant alors plus qu’un lorsqu’elle faisait ses bonds de deux mĂštres. Un peu comme s’il la soutenait davantage en l’air pour l’aider Ă  ĂȘtre plus lĂ©gĂšre qu’elle ne l’Ă©tait. Et c’est vrai qu’Ă  ce moment si dramatique de sa vie, il Ă©tait devenu son meilleur alliĂ©. Au moins, avec lui, elle n’avait pas trop l’impression d’ĂȘtre seule. Quoique Ă  cet instant prĂ©cis, elle aurait prĂ©fĂ©rĂ© se retrouver tout prĂšs de Mr Lion


Soudain, alors qu’elle courait toujours Ă  perdre haleine, elle vit un Ă©norme baobab se dresser droit devant elle. Le premier qu’elle rencontrait car dans ce territoire aride de la Savane, la vĂ©gĂ©tation Ă©tait quasi inexistante.

Fallait-il alors qu’elle le contourna pour continuer son interminable course oĂč plutĂŽt qu’elle s’arrĂȘta ici afin de se cacher derriĂšre lui pour voir ce que devenait Mr Lion ? Car oui, elle s’inquiĂ©tait de plus en plus pour lui. Pourtant, il lui avait bien recommandĂ© de ne pas s’arrĂȘter. Mais c’Ă©tait plus fort qu’elle. Elle avait besoin de savoir ce qu’il devenait alors contre toute attente elle dĂ©cida de se cacher derriĂšre l’énormissime baobab et commença Ă  observer au   loin.

Elle Ă©tait trĂšs Ă©loignĂ©e du lieu oĂč se trouvait Mr Lion mais grĂące Ă  sa vue perçante de Gazelle c’Ă©tait un peu comme si elle voyait Ă  travers la lentille de verre d’une longue-vue. Une longue-vue lui permettant alors d’avoir une vision nettement plus rapprochĂ©e de tout ce qui se trouvait si loin d’elle.

Et ce qu’elle vit Ă  travers celle-ci lui glaça le sang jusqu’Ă  la pĂ©trifier. Elle Ă©tait en train d’assister en direct Ă  la plus terrifiante et Ă  la plus sauvage de toutes les scĂšnes du rĂšgne animal de la Savane. Celle d’un combat Ă  mort…

Un combat Ă  mort d’une extrĂȘme violence entre deux forces de la nature.

****

Un petit retour en arriĂšre avant le duel Ă  mort des deux lions, juste au moment oĂč la Gazelle venait de s’enfuir…

****

Ratsy Fanahy vit soudainement courir la petite Gazelle Ă  toutes vitesses droit devant elle. Elle faisait un vĂ©ritable sprint et bientĂŽt elle se retrouverait si loin de ses griffes acĂ©rĂ©es qu’il ne saurait mĂȘme plus oĂč elle est. Mais qu’importe, ce n’Ă©tait pas la patience qui lui manquait alors il finirait bien par la retrouver puis par la tuer bien sauvagement avant de la dĂ©vorer tranquillement sous un arbre. Et donc, inutile de se prendre la tĂȘte avec elle se dit-il en bĂąillant.

Pour l’heure, il avait mieux Ă  faire…

Et pourquoi ne pas dĂ©clencher le premier les hostilitĂ©s ? C’est ce qu’il savait faire de mieux dans la vie. Et lĂ , c’Ă©tait plutĂŽt de bon augure…

Il s’avança davantage du Roi qui ne bougeait toujours pas le moindre muscle si bien qu’on aurait dit qu’il Ă©tait devenu une vĂ©ritable statue de marbre. Sans doute Ă©tait-ce une de ses tactiques pour impressionner ses adversaires avant de les combattre mais en ce qui le concernait lui, elle ne fonctionnait point du tout. Bien au contraire, elle l’amusait


C’est fou comme Masoandro Ă©tait tendu ! Alors pour le dĂ©tendre un peu oĂč plutĂŽt pour un peu plus le narguer, il lui lança en ricanant :

« Comme on se retrouve Masoandro ! Ça faisait longtemps, n’est-ce pas ? »

« J’aurais prĂ©fĂ©rĂ© ne plus jamais revoir ta sale tĂȘte » rĂ©torqua immĂ©diatement le Roi.

« Rhooo
 À ce point là ? Tu me fais de la peine. Pourtant, moi, je suis ravi de te revoir »

« C’est ça ! Je vais te croire ! »

« Et pourtant c’est vrai. Quoique, peut-ĂȘtre que j’exagĂšre un tantinet.  Bon, allez… Venons en aux festivitĂ©s que j
 »

« ArrĂȘte immĂ©diatement ton cirque ! » coupa aussitĂŽt le Roi d’une voix cinglante.

« Rhooo ! T’es vraiment pas drĂŽle ! »

« On n’est pas lĂ  pour rigoler ! » rĂ©pliqua t-il excĂ©dĂ©.

« Toujours aussi sĂ©rieux Ă  c’que j’vois. Bon, je reprends puisque tu m’as coupĂ©. Primo, je me ferai un plaisir de te tuer.  Secondo
 Eh bien je pense que tu dois t’en douter. Je m’occuperai de ta chĂšre petite Gazelle »

« Tu ne lui feras rien du tout car c’est moi qui te tuerai avant ! »

« Oh la la ! Mais tu t’entends mon pov’ vieux ? Aurais-tu oubliĂ© de quoi je suis capable ? »

« Justement ! Il est temps que tu payes pour tes crimes ! »

« Ah ! Ah ! Ah ! Laisse moi rire ! Tu crois vraiment ĂȘtre de taille face Ă  moi ? »

« Plus que tu ne le crois Charogne ! »

« Ok Looser ! Mais avant de rejoindre ta tombe, j’aimerais te demander une derniĂšre petite chose. Je peux ? »

« Crache ton venin Vermine ! Qu’on en finisse ! »

« Comment se fait-il que tu puisses parler Ă  un bifteck ? Je n’arrive pas Ă  te comprendre et je dois bien avouer que cela m’intrigue »

« C’est bien normal vu que tu as tuĂ© trois des nĂŽtres, espĂšce d’assassin ! »

« Ah ! ça ? C’Ă©tait juste une nĂ©cessitĂ©. Tu vas pas en faire tout un plat. T’es bien rancunier dis-moi »

« Sale ordure ! Il est temps d’en finir avec toi maintenant ! »

« Héééé ! On s’calme ! J’vois que t’es mĂ©ga furax ! Et tout ça pour une petite Gazelle de rien du tout ? J’en reviens pas »

« ArrĂȘte de parler moulin Ă  vent ! Et viens plutĂŽt te mesurer Ă  moi ! »

« Ok ! Roi de Pacotille ! Je suis tout Ă  fait d’accord avec toi ! Et comme le vent tourne en ma faveur alors prĂ©pare toi Ă  me cĂ©der ta place ! »

« Jamais !! »

« C’est c’qu’on verra ! » grogna fĂ©rocement Ratsy Fanahy en se jetant subitement toutes griffes dehors droit sur lui.

Masoandro rĂ©pliqua alors aussitĂŽt en lui assenant un magistral coup de patte Ă  la gorge d’oĂč jaillit instantanĂ©ment une giclĂ©e de sang.

« Arghh ! Tu perds rien pour attendre sale vieillard ! » rugissa fortement Ratsy Fanahy, les yeux emplis de fureur.

Le combat ne faisait que commencer mais il promettait d’ĂȘtre sanglant…

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Le Lion et la Gazelle : Suite 4

 

Sans plus attendre, il s’extirpa de sa cachette et se tapit dans les hautes herbes jusqu’Ă  s’y fondre totalement comme s’il venait d’enfiler une tenue de camouflage puis commença Ă  marcher lentement. Inutile de se mettre Ă  courir : il avait tout son temps


Lentement mais sĂ»rement il avançait Ă  pas de loup parmi les hautes herbes. Tel un tueur Ă  gage, il n’avait qu’une seule et unique obsession en tĂȘte : tuer le Roi mais aussi la petite Gazelle qui l’accompagnait. Et rien ni personne ne l’arrĂȘterait pas mĂȘme tous les Lions de la Savane qui avaient osĂ© le bannir Ă  jamais de leurs clans. Non, car il Ă©tait avant tout Ratsy Fanahy l’implacable et impitoyable machine de guerre Ă©crasant tout sur son passage sans la moindre pitiĂ© afin d’obtenir tout ce qu’il convoitait. Et lĂ , le titre de grand Roi des Steppes d’Afrique n’attendait plus que lui. C’est pourquoi il prendrait un malin plaisir Ă  faire souffrir comme il se doit ses deux victimes afin de pleinement savourer en retour l’éclatant rayonnement de son futur couronnement.

Toujours bien dissimulĂ© dans les hautes herbes, il avançait encore et encore tout en mesurant ses pas afin de ne pas se faire entendre de la Gazelle. Car oui, un simple froissement d’herbes aurait risquĂ© d’alerter son ouĂŻe si fine et ça, il en Ă©tait hors de question !

Il continuait toujours d’avancer Ă  pas de loup. BientĂŽt, il se retrouverait tout prĂšs de ses proies et rien que d’y penser il Ă©tait dĂ©jĂ  tout excitĂ©.

Enfin ! Objectif atteint ! Il Ă©tait Ă  prĂ©sent Ă  trois ou quatre mĂštres d’elles et trĂšs prĂ©cisĂ©ment juste derriĂšre la petite Gazelle. Et rien que de la voir de dos, ses sens en furent tout Ă©moustillĂ©s.

« Miam miam !! » chuchota t-il faiblement entre ses longs crocs bien aiguisés.

Il avait hĂąte de mordre avec fĂ©rocitĂ© dans sa chair si tendre et moelleuse. Oui, hĂąte d’entendre le doux bruit de ses os se briser puis se broyer sous l’impact de ses crocs d’acier…

Sa langue rĂąpeuse claquait dĂ©jĂ  Ă  l’idĂ©e de sentir bientĂŽt le goĂ»t du sang chaud et salĂ© se rĂ©pandre par grandes giclĂ©es Ă  l’intĂ©rieur de sa gueule.

« Hummm
 Quel dĂ©lice ! » pensa t-il alors avec perversitĂ©.

Si bien que de longs filets de bave commencĂšrent Ă  pendre de chaque cĂŽtĂ©s de ses babines. L’adrĂ©naline montait en lui tel un embrasement de feux de forĂȘts. Rien ne l’arrĂȘterait ! D’ailleurs, l’attaque surprise Ă©tait plus qu’imminente !

Mais avant toute chose, il avait encore envie d’Ă©couter juste par curiositĂ© la petite conversation insignifiante de ces deux-lĂ . Certes, des plus ennuyeuse Ă  mourir mais qu’importe puisqu’il avait tout son temps.

« Autant leur laisser un ultime sursis de vie » se dit-il en esquissant un petit rictus machiavĂ©lique qui en disait long…

           ****

Comme pour la conforter dans son choix, le soleil venait d’inonder de clartĂ© les grands yeux jaunes clairs de Mr Lion.

Des yeux qui ne mentaient pas. Des yeux emplis de sincĂ©ritĂ© profonde qui ne l’effrayaient plus


Des yeux qui venaient Ă  cet instant de lui ĂŽter tous doutes aux questions qu’elle se posait encore.

C’est alors qu’elle lui demanda :

« Lion, est-ce que ta proposition tient toujours ? »

Surpris mais ravi, le Roi s’empressa de lui rĂ©pondre :

« Mais bien-sûr Gazelle ! »

« Alors je l’accepte Lion »

Mr Lion n’en revint pas. La Gazelle Ă©tait dĂ©cidĂ©ment trĂšs surprenante mais ce n’Ă©tait pas pour lui dĂ©plaire.

« J’en suis trĂšs heureux Gazelle ! Mais dis-moi qu’est-ce qui t’a fait changĂ©e d’avis ? »

« Je me suis dit que tout compte fait j’avais ma place dans cette savane »

« Et tu as bien raison Gazelle ! »

Mais elle ne lui avait pas entiÚrement tout dit. Du moins, pas ce qui la poussait véritablement à vouloir rester en vie. Alors elle décida de le mettre dans la confidence en toute sincérité.

« Pour tout avouer Lion, si je fais ce choix c’est avant tout pour ma famille. Car je suis leur relĂšve et que je me dois de rester en vie pour eux, pour tout ce qu’ils m’ont apportĂ© et transmis dans la vie »

« Et c’est une trĂšs belle raison Gazelle »

« Je le pense aussi. Et puis je les aimais tant ! »

« Et je suis certain qu’ils doivent ĂȘtre fiers de ta dĂ©cision »

Repenser Ă  sa famille fut trĂšs Ă©mouvant pour elle mais elle se devait d’avancer pour pouvoir continuer Ă  nouveau le cours de sa vie.

Et comme Elle et Mr Lion n’allaient plus tarder Ă  devoir se quitter, elle souhaita Ă©galement que leur histoire qui avait mal dĂ©butĂ©e se termina sur une note un peu plus gaie afin que tous deux ne puissent en garder que le meilleur.

Elle lui dit alors d’un ton enjoué :

« Et puis comme ça, je continuerai à vous faire courir »

« Nous faire courir ? » l’interrogea t-il aussitĂŽt.

« Ben oui Lion ! Ne sais-tu donc pas que les Gazelles peuvent courir à plus de 100 km/h ? »

Mr Lion Ă©tait heureux de dĂ©couvrir une autre Gazelle. Une Gazelle qui prenait Ă  prĂ©sent le ton de la plaisanterie alors qu’elle avait tant souffert en perdant tous les siens. Mais comme elle ne manquait pas de courage ni de dĂ©termination, il Ă©tait maintenant persuadĂ© qu’elle saurait mieux que quiconque affronter tous les dĂ©boires de la vie.

À son tour, il lui rĂ©pondit d’un ton amusĂ© :

« Ah ça ! Pour courir, je sais fort bien que vous ĂȘtes des championnes en la matiĂšre ! »

« Eh oui Lion ! Sans oublier nos bonds de deux mĂštres qui ont tendance Ă  vous dĂ©courager et mĂȘme Ă  vous fatiguer ! »

« Fort bien Gazelle ! Il est vrai que vous ĂȘtes de vĂ©ritables coriaces pour nous distancer ! »

« Ben, il vaudrait mieux si on ne veut pas se faire dévorer par vous ! » ricana t-elle aussitÎt.

« Tu es vraiment Ă©patante Gazelle ! Je suis si content de t’avoir connu »

« Pareil pour moi Lion ! »

En effet, elle aussi l’Ă©tait car il avait su avec patience lui faire ouvrir les yeux sur certaines choses qu’elle ignorait. GrĂące Ă  lui, elle avait appris que la vie valait d’ĂȘtre vĂ©cue et ce malgrĂ© les pires chagrins endurĂ©s.

Et cette vie se dit la Gazelle, elle ne devait surtout plus la gĂącher mais au contraire l’apprĂ©cier Ă  sa juste valeur.

Ainsi, en lui ayant Ă©pargnĂ© la vie, Mr Lion lui avait permis de renaĂźtre. Une chose qu’elle n’oublierait jamais
 Non jamais


Sans plus attendre, elle souhaita le lui dire de vive voix :

« Lion, je voulais te dire une chose »

« Je t’écoute Gazelle »

« VoilĂ . Alors que bien d’autres Lions n’auraient pas hĂ©sitĂ© Ă  me tuer, toi, tu as souhaitĂ© me laisser en vie. C’est un geste que je n’oublierai jamais. Et je tenais encore Ă  te remercier »

Mr Lion fut trĂšs touchĂ© d’entendre ces mots Ă  son Ă©gard et faillit mĂȘme verser sa petite larme d’émotion mais prĂ©fĂ©ra se contrĂŽler car il restait avant tout un Lion. Et mĂȘme si Ă  cet instant-lĂ , il avait peut-ĂȘtre tort de penser ainsi


« Merci ma chĂšre Gazelle. C’est trĂšs gentil de me dire cela. Moi aussi, j’aimerais te dire une chose »

« Je t’écoute Lion »

« GrĂące Ă  toi, j’ai appris aujourd’hui ce que voulait dire le mot conscience. Cela m’a permis d’ouvrir les yeux sur ton espĂšce. Si je n’étais pas tombĂ© sur toi, jamais je ne l’aurai su. Alors, merci Ă  toi de t’ĂȘtre trouvĂ©e sur mon chemin »

« Oh ! Merci Lion. J’en suis flattĂ©e. Il est vrai que je n’aurais jamais cru que cela puisse ĂȘtre possible »

« Et pourtant, tu y es arrivĂ© ! Tu es l’unique Gazelle de la Savane Ă  avoir rĂ©ussi cet exploit »

« Alors j’en suis fiĂšre Lion »

« Tu peux l’ĂȘtre Gazelle. Et permets-moi aussi de te souhaiter une trĂšs longue vie ici dans notre rĂ©serve »

« Merci beaucoup Lion ! Sois certain que j’y veillerai car je sais dĂ©sormais ĂŽ combien la vie est prĂ©cieuse »

****

Ratsy Fanahy Ă©tait au bord de l’apoplexie.

« Mais quelle farce ! » pesta t-il tout doucement afin de ne pas se faire entendre.

Un lion souhaitant qu’une Gazelle reste le plus longtemps possible en vie ! C’Ă©tait Ă  peine croyable et pourtant c’Ă©tait bien ce que venait de dire cet idiot de Masoandro Ă  la petite Gazelle.

« Ça surpasse la folie ou encore la bĂȘtise ! » maugrĂ©a t-il rageusement tant il Ă©tait excĂ©dĂ© d’entendre de telles stupiditĂ©s de la part d’un Lion et qui plus est d’un soit-disant Roi des Steppes d’Afrique.

Et de plus, le voilĂ  en train d’affirmer dur comme fer qu’il Ă©tait Ă  prĂ©sent dotĂ© d’une conscience grĂące Ă  cette herbivore !

Un Lion dotĂ© d’une conscience pour contrĂŽler ses envies de tueries ? Du jamais vu ! Et du grand n’importe quoi !

Est-ce que Masoandro serait devenu complĂštement fou ? En tout cas, Ă  l’Ă©couter, on dirait bien que oui


Mais qu’importe ! De toute façon, il en aurait bientĂŽt terminĂ© avec cette sale vermine alors autant le laisser encore discuter avec la petite Gazelle qui, elle non plus, ne tarderait pas Ă  devenir son festin de Roi.

Et quoi de mieux que de fĂȘter son couronnement en dĂ©vorant un met bien goĂ»teux et savoureux se dit-il dans un rictus des plus diabolique.

****

Il Ă©tait temps pour eux deux de se dire adieu. Mais ni l’un, ni l’autre, n’Ă©tait encore prĂȘt Ă  se sĂ©parer.

Il faut dire aussi que jamais pareil cas n’avait encore existĂ© dans l’histoire de la Savane


La rencontre d’un Lion et d’une Gazelle, deux espĂšces si diffĂ©rentes en train de discuter ensemble et mĂȘme de finir par s’entendre aurait pu paraĂźtre totalement impossible et pourtant cela s’Ă©tait bel et bien produit ici dans cette rĂ©serve.

Mais ne dit-on pas que les plus belles choses ont toujours une fin ? Et là, il était grand temps pour eux de conclure leur histoire.

Mais avant de se séparer, Mr Lion souhaitait savoir une toute derniÚre chose sur la petite Herbivore :

« Gazelle ! J’aimerais beaucoup savoir ton prĂ©nom »

La Gazelle en fut ravie. D’autant plus qu’elle Ă©tait fiĂšre de son nom qui d’aprĂšs ses parents symbolisait la grĂące et la beautĂ©.

« Je m’appelle Tsara »

« TrĂšs joli nom ! Tu peux ĂȘtre certaine Tsara que je me souviendrai longtemps de toi »

« Merci beaucoup Lion ! Et toi ? Quel est le tien ? »

« Mon nom est Masoandro. Ce qui signifie Soleil dans ma communauté »

« Soleil ? » s’Ă©tonna t-elle. « C’est Ă©trange que tu dises cela »

« Pourquoi ? »

« Tout Ă  l’heure, son Ă©clatante lumiĂšre s’était reflĂ©tĂ© dans tes yeux et Ă  partir de ce moment-lĂ , j’avais fait le choix de vouloir rester en vie »

Wahou ! Masoandro ne savait plus oĂč se mettre. Jamais encore on ne lui avait fait un tel compliment et encore moins une Gazelle.

« Merci Tsara. Ce que tu viens de me dire me touche beaucoup »

Soudain, au mĂȘme moment oĂč il venait de prononcer ces paroles, Masoandro cru apercevoir Ă  quelques mĂštres derriĂšre la Gazelle, juste Ă  sa droite, parmi les hautes herbes jaunies de la Savane, l’oreille dressĂ©e d’un animal.

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Le Lion et la Gazelle : Suite 3

 

Ignorant le sarcasme que Mr Lion venait de lui asséner sans doute par amertume à cause de la perte de son frÚre, elle décida pour apaiser les tensions de lui poser une autre question sur les braconniers :

« Mais que faut-il faire pour arrĂȘter ces criminels ? »

Mr Lion constata qu’elle n’avait pas voulu revenir sur sa derniĂšre rĂ©plique assassine et lui en fut reconnaissant. D’autant plus qu’il l’avait aussitĂŽt regrettĂ©e. DĂ©cidĂ©ment ! Cette Gazelle-lĂ  lui plaisait de plus en plus.

Sans plus attendre, il lui répondit :

« D’aprĂšs certains humains protecteurs de notre faune, il y aurait des solutions possibles »

« Mais lesquelles ? » demanda t-elle, intriguée.

« Des drÎnes ou encore des satellites capables de détecter les moindres activités suspectes de notre réserve »

« Mais qu’est-ce qu’ils attendent alors pour mettre tout ça en place ? »

« Ça demande trop d’argent et personne n’est prĂȘt Ă  investir dans un tel projet »

« Mais alors les braconniers continueront toujours de vous massacrer ? »

« C’est comme ça Gazelle ! On ne peut pas lutter contre la loi des humains ! N’oublions pas que nous ne sommes que des animaux »

RĂ©voltĂ©e, la Gazelle avait envie de vomir. Mais comment la race humaine pouvait-elle restĂ©e de marbre sans mĂȘme rien faire ? Cela la dĂ©passait.

Mr Lion voyait bien qu’elle n’Ă©tait pas indiffĂ©rente Ă  leur sort et cela le rĂ©confortait de plus en plus. Profitant de la situation, c’est alors qu’il lui dit :

« Vois-tu maintenant le vrai visage des Humains Gazelle ? En tout cas pour certains d’entre eux »

« Oui et tout ça m’écoeure » lui rĂ©pondit-elle aussitĂŽt.

Satisfait de sa rĂ©ponse, il Ă©tait temps pour Lui de lui dire ce qu’il espĂ©rait enfin d’elle.

« Gazelle, sais-tu maintenant pourquoi j’ai tenu Ă  te parler de tout ça ? »

Bien-sĂ»r qu’elle le savait. La race humaine Ă©tait capable de monstruositĂ©s inimaginables et ce malgrĂ© leurs propres consciences ! En fait, c’Ă©tait comme s’ils en Ă©taient totalement dĂ©nuĂ©s puisqu’ils n’hĂ©sitaient pas Ă  tuer juste pour de l’argent, juste pour leurs plaisirs oĂč pire encore, les deux Ă  la fois.

C’est alors qu’elle se rappela d’une anecdote que sa Grand-mĂšre maternelle lui avait un jour racontĂ© lorsqu’elle Ă©tait enfant. Une anecdote assez particuliĂšre qui venait de lui revenir en tĂȘte et qui parlait justement d’humains.

D’aprĂšs sa Grand-mĂšre, certains d’entre eux adoraient les chasser en leur tirant dessus Ă  coup de fusil comme des lapins. D’aprĂšs elle aussi, ils aimaient bien faire ça juste pour leurs bons plaisirs et peut-ĂȘtre mĂȘme par perversitĂ© de vouloir faire du mal Ă  un animal.

TrÚs curieuse sur le sujet, elle lui avait alors demandé :

« Mais pourquoi nous font-ils ça Grand-mÚre ? »

« Mais pour notre chair, mon enfant »

« Quoi ?! Mais comment ça ? » s’Ă©tait-elle alors Ă©criĂ©e tant elle avait Ă©tĂ© choquĂ©e d’entendre une telle ignominie. Et sa Grand-mĂšre lui avait ensuite avouĂ© sans complaisance :

« Ils disent que notre chair cuisinée en méchoui est un pur régal pour leurs papilles »

En entendant cela, elle avait bien failli vomir mais sa Grand-mĂšre l’avait tant cĂąlinĂ© et rassurĂ© qu’elle n’avait alors rien rĂ©gurgitĂ©.

Et aujourd’hui, ce Lion venait de lui rĂ©vĂ©ler d’autres vĂ©ritĂ©s qu’elle ignorait totalement. Des vĂ©ritĂ©s qui la rendaient malades et mĂȘme si celles-ci ne concernaient que ses ennemis les Lions. Des Lions qu’elle voyait aujourd’hui autrement…

Soudain, elle repensa Ă  la proposition du Roi. Fallait-il qu’elle l’accepta ?

Elle se remĂ©mora alors le dĂ©but de leur histoire. Le fameux moment oĂč elle n’avait pas hĂ©sitĂ© Ă  le dĂ©fier car elle souhaitait l’affronter plutĂŽt que de le fuir. Et tout ça dans un seul but : Se donner la mort. Aurait-elle dĂ» alors restĂ©e figĂ©e sur place et attendre que celle-ci vienne la frapper ?

Mr Lion avait vu juste.  Son impulsivitĂ© ayant pris le dessus, voici ce qu’elle avait engendré : un retournement de situation qu’elle n’avait alors pas prĂ©vu. Et elle Ă©tait bien obligĂ©e d’admettre sa part de responsabilitĂ©.

Alors ? Que fallait-il qu’elle fasse maintenant ? Accepter de rester en vie ou persister Ă  vouloir mourir ?

Comme s’il venait d’entendre ses pensĂ©es, c’est alors que Mr Lion rĂ©pondit Ă  sa place :

« Tu dois rester en vie, Gazelle. Tu es si combative, si dĂ©terminĂ©e et si tenace. Ce serait vraiment dommage de t’en aller comme ça »

       ****

Un jeune lion qui passait par là crut entendre des voix et se cacha trÚs rapidement derriÚre un immense tronc de baobab afin de ne pas se faire repérer.

De lĂ  oĂč il se trouvait, il ne pouvait entendre clairement tout ce qui se disait mais qu’importe, il finirait bien par le savoir lorsqu’il s’en rapprocherait davantage.

Ainsi, bien cachĂ© derriĂšre son poste d’observation, les yeux extrĂȘmement Ă©trĂ©cis, il Ă©piait les deux silhouettes Ă©loignĂ©es pas si facile que ça Ă  distinguer tant la luminositĂ© du soleil Ă©tait intense Ă  cette heure de la journĂ©e.

Mais Ă  force de persĂ©vĂ©rance, il fini par reconnaĂźtre l’une d’entre elles et failli mĂȘme s’étrangler en ingurgitant sa salive de travers.

Et il n’y avait aucun doute lĂ -dessus ! Il s’agissait bien du Grand Roi des Steppes d’Afrique ! Celui dont il mĂ©prisait tant et qui Ă©tait en grande discussion avec une Gazelle.

Un duo des plus improbable en train de papoter ensemble ! Incroyable mais vrai ! Si bien que le jeune Lion eut beaucoup de mal Ă  avaler la pilule…

« Quoi !? Une Gazelle !? » maugrĂ©a t-il entre ses longs crocs prĂȘts Ă  en dĂ©coudre tant il Ă©tait furibond.

Une haine profonde commença alors Ă  s’emparer de lui. Comment se pouvait-il qu’un Lion puisse discuter avec sa proie ? C’Ă©tait totalement insensĂ© et inimaginable ! Et pourtant, cela se produisait bel et bien devant ses yeux emplis de fureur.

« Sale traßtre !! » vociféra le jeune Lion dans un murmure à peine audible.

« Immonde Vermine ! » surenchérissa t-il. « Tu ne perds rien pour attendre ! »

Tout en les Ă©piant, sa haine ne faisait que dĂ©cupler et elle n’Ă©tait point prĂȘte de faiblir.

C’est alors qu’il se remĂ©mora son passĂ© lorsqu’un dĂ©nommé : « Masoandro » ĂągĂ© de 6 ans avait osĂ© lui voler la vedette en devenant Roi de la Savane Ă  l’unanimitĂ© et ce pour une durĂ©e aussi longtemps qu’il vivrait. Et dĂ©jĂ , cinq longues annĂ©es s’Ă©taient Ă©coulĂ©es


Bien trop longues Ă  son goĂ»t pesta t-il avec rancƓur car oui, c’Ă©tait Lui qui aurait dĂ» ĂȘtre choisi pour gouverner le Royaume et non cet infĂąme scĂ©lĂ©rat ! Mais tous les Lions et Lionnes de cette rĂ©serve en avaient dĂ©cidĂ© autrement en prĂ©fĂ©rant Ă©lire Ă  sa place cet imbĂ©cile de Masoandro qui selon eux Ă©tait un brave et honnĂȘte Lion dĂ©jĂ  prĂ©destinĂ© Ă  ĂȘtre Roi de par son prĂ©nom solaire.

Par contre, ce qu’ils ignoraient tous encore Ă©tait que son nom Ă  Lui Ă©tait vĂ©ritablement celui de la trempe des Rois. Un prĂ©nom en deux mots : « Ratsy Fanahy », nettement plus singulier, plus racĂ© et clairement destinĂ© Ă  ĂȘtre bien plus qu’un simple Lion ordinaire. Un prĂ©nom d’une grande envergure mĂ©ritant d’ĂȘtre cĂ©lĂšbre mais qui fort heureusement l’était dĂ©jĂ  un peu puisqu’à l’heure actuelle celui-ci Ă©tait   hautement craint et redoutĂ© au sein de sa communautĂ©.

Car oui, il avait dĂ©jĂ  sur sa conscience trois crimes qu’il avait commis sans le moindre Ă©tat d’Ăąme ni remords durant la troisiĂšme annĂ©e de rĂšgne du Roi Masoandro.

Trois jeune lions qui Ă©taient pourtant ses amis d’enfance et qu’il n’avait pas hĂ©sitĂ© une seule seconde Ă  sauvagement assassiner afin de leur dĂ©rober les carcasses de viande de Gazelle qu’ils venaient Ă  peine de chasser pour leur dĂ©jeuner.

En fait, il avait commis ces horribles meurtres juste parce qu’il n’avait pas voulu se donner la peine de courir aprĂšs du gibier et qu’il avait prĂ©fĂ©rĂ© se servir tel un Barbare sanguinaire en usant de la force et de la violence.

Son slogan Ă©tant d’ailleurs celui-ci :

« Permis de tuer afin d’assouvir tous mes pĂ©chĂ©s »

C’Ă©tait du moins ce qu’il avait expliquĂ© pour sa dĂ©fense lors de son jugement devant toute l’assemblĂ©e de sa communautĂ© qui avait alors dĂ©cidĂ© Ă  l’unanimitĂ© et avec l’assentiment du Roi de le bannir Ă  vie de leur clan.

« GrossiĂšre erreur de votre part Ă  tous ! Et surtout Ă  toi Masoandro ! Je jure de me venger ! » leur avait-il alors hurlĂ© d’un air mauvais et menaçant avant de quitter les lieux sur le champ et de s’exiler dans un autre territoire de la RĂ©serve.

Mais contrairement Ă  ce qu’ils auraient pu tous croire, ce bannissement n’avait pas rĂ©ussi Ă  le faire sombrer ni mĂȘme Ă  le tuer Ă  petit feu. Il   n’avait fait qu’accroĂźtre sa haine envers le Roi et renforçait davantage son projet machiavĂ©lique de vouloir le dĂ©trĂŽner. Car il en Ă©tait intimement persuadĂ©, Lui seul Ă©tait le digne hĂ©ritier de ce vaste royaume et non cet imbĂ©cile de Masoandro.

Un Masoandro bien trop vieux pour rĂ©gner puisque celui-ci Ă©tait dĂ©jĂ  ĂągĂ© de 11 ans alors que Lui n’en avait Ă  peine que 7.

« Une sacrée différence ! » se dit-il dans un sourire sardonique.

Il Ă©tait donc grand temps pour Lui de rĂ©aliser enfin son rĂȘve de grandeur.

C’est alors qu’il se remĂ©mora la premiĂšre loi de la Savane. Celle qui Ă©tait gravĂ©e dans la pierre d’un Ă©norme menhir se trouvant juste Ă  l’entrĂ©e de la RĂ©serve et qui stipulait ceci :

« Celui qui veut dĂ©fier le Roi en a le droit. Pour cela, il devra alors le tuer. Une fois cet acte accompli, il deviendra incontestablement Ă  son tour Roi de la Savane et ce aussi longtemps qu’il vivra jusqu’Ă  ce que Mort s’ensuive »

Telles Ă©taient les conditions pour devenir Roi de la Savane et elles lui convenaient parfaitement.

D’ailleurs, il Ă©tait plus que temps pour lui de faire changer au plus vite les mentalitĂ©s de ce Royaume car tous les Lions et Lionnes de cette rĂ©serve aimaient beaucoup trop Masoandro. Ils avaient tant de respect pour Lui que cela en devenait Ă©coeurant.

« Mais bientĂŽt ton rĂšgne s’achĂšvera » se dit le jeune Lion dans un sourire narquois.

« Qui te tuera prendra ta place illico presto Masoandro ! Et ce sera Moi ! » grogna t-il l’instant d’aprĂšs dans une grimace ressemblant fortement Ă  celle de la hyĂšne.

Et ce jour venait enfin d’arriver pour lui d’éliminer le Lion qu’il dĂ©testait le plus au monde. Ainsi, il assouvirait enfin sa grande soif de vengeance restĂ©e bien trop longtemps enterrĂ©e dans les profondeurs terrestres de cet immense Royaume qu’il considĂ©rait dĂ©jĂ  comme Ă©tant le sien.

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Le Lion et la Gazelle : Suite 2

 

Mlle Gazelle Ă©tait au bord de l’explosion. Elle avait Ă  nouveau envie de se dĂ©fouler sur lui, de lui cracher tout son mĂ©pris, toute sa haine mais prĂ©fĂ©ra finalement s’en abstenir. Elle avait un objectif Ă  atteindre et ce ne serait certainement pas Lui qui dĂ©ciderait du cours de son destin ! Hors de question ! Alors, pour l’amadouer, elle  adopta un comportement un peu plus aimable.

« Lion, j’ai moi aussi une chose Ă  te dire »

DĂ©contenancĂ© et assez mĂ©fiant, Mr Lion se demanda si ce serait quelque chose de bon vu qu’elle venait de couper court Ă  leur conversation. Mais sa curiositĂ© l’emportant, il avait plutĂŽt hĂąte de l’entendre.

« Voilà. Je ne peux pas mettre de cÎté le fait que tu ais souhaité me laisser la vie sauve et je tenais à te remercier »

Surpris et flattĂ©, Mr Lion bomba le poitrail. C’Ă©tait la premiĂšre fois que la Gazelle lui disait une parole gentille et il en Ă©tait trĂšs heureux.

« De rien Gazelle. C’Ă©tait mon souhait et je n’ai aucun regret de l’avoir fait »

« Oui, je te l’accorde. Cependant, j’ai une requĂȘte »

« De quoi s’agit-il ? » demanda t-il un peu inquiet.

« Tu m’as dit tout Ă  l’heure que je t’avais changĂ©. C’est bien ça ? »

« Oui, c’est exact Gazelle »

« On est d’accord sur ce point. Je t’ai changĂ©, tu m’as changĂ©e. Mais comme tu le sais, j’ai perdu toute ma famille »

« Oui et j’en suis encore navré »

« Oui, tu l’es mais vois-tu, en ce qui me concerne la vie ne m’intĂ©resse plus »

Mr Lion comprit alors oĂč elle voulait en venir et en fut trĂšs abattu.

« Ah non !! Je refuse de te tuer Gazelle ! » s’Ă©cria t-il soudainement, bien dĂ©terminĂ© Ă  lui ĂŽter cette idĂ©e morbide de la tĂȘte.

« Et pourquoi donc ?! Puisque, moi je souhaite mourir !! » lui rĂ©torqua t-elle avec vĂ©hĂ©mence, espĂ©rant le faire changer d’avis.

« Je ne peux plus faire ça Gazelle ! En tout cas, pas avec toi ! »

« Ah oui ? Et avec une autre ? Tu le ferais sans hésitation ? »

« Oui, parce que je reste avant tout un Lion. Mais en ce qui te concerne, je ne veux plus te tuer »

« Et pourquoi donc ? » insista t-elle, trÚs agacée.

« Parce que c’est comme ça ! J’ai Ă©tabli un lien avec toi maintenant »

« Un lien ?? Mais je te rappelle que je reste avant tout ton bifteck ! »

« ArrĂȘte de dire ça ! Tu es devenue bien plus pour moi »

« Tu te fiches de moi ? Je suis une Herbivore pacifiste et toi un Carnivore meurtrier ! On n’a rien en commun ! »

« Je le sais bien mais je ne veux pas pour autant te tuer. C’est comme ça ! Accepte tout simplement de rester en vie »

Mais elle ne le souhaitait pas et en avait assez qu’il veuille Ă  tout prix diriger sa ligne de conduite. DĂ©terminĂ©e Ă  le faire changer d’avis, elle dĂ©cida alors de changer de tactique.

« Et si subitement je me mettais Ă  courir comme j’aurai dĂ» le faire lorsque je t’avais aperçu la premiĂšre fois ? »

Mr Lion expira fortement. Dieu, qu’elle Ă©tait agaçante ! Elle voulait encore tout remettre en question !  

« Cela n’y changerait rien Gazelle. Mais tu ne comprends pas que c’est toi qui a changĂ© le cours de l’histoire ? »

« Hein ?? Mais alors si je comprends bien tout est de ma faute ? »

« Non. Je n’ai pas dit ça. Tu dois juste admettre que plus rien ne pourra ĂȘtre comme avant »

« Mais alors je n’aurais jamais dĂ» te dĂ©fier ! Je regrette de l’avoir fait ! »

« Non, Gazelle ! Tu as eu raison d’agir ainsi. Et puis je te rĂ©pĂšte que ce n’Ă©tait ni calculĂ© ni prĂ©mĂ©dité »

« Le crois-tu vraiment ? »

« Oui, absolument. Je dirai qu’à ce moment-lĂ , ce fut ton impulsivitĂ© qui entra en ligne de compte »

Mlle Gazelle admit une fois de plus que ce lion avait raison. Cependant, une question lui taraudait encore l’esprit.

« Mais pourquoi tiens-tu absolument à ce que je reste en vie ? »

« Parce que tu es unique Gazelle et que tu mérites de vivre. Tu as ta place dans cette Savane »

« Et mes parents ? Et ma petite sƓur ? Eux, ne l’avaient pas peut-ĂȘtre ? »

« Mais bien-sĂ»r que si ! Je n’ai pas dit ça ! »

« Et pourtant, Ă  t’entendre, on dirait que tu t’en fiches qu’ils soient morts ! »

« Pas du tout ! J’en suis parfaitement conscient mais je pense aussi qu’ils n’auraient pas voulu que tu te donnes la mort. Ils auraient souhaitĂ© au contraire que tu vives ! J’en suis persuadĂ© Gazelle ! »

ExcĂ©dĂ©e, la Gazelle en avait marre qu’il se prenne pour le bon Samaritain.

« Tu n’es pas logique Lion ! »

« Pourquoi dis-tu ça ? »

« Tu me dis que tu as maintenant une conscience. C’est bien ce que tu affirmes ? »

« Oui »

« Alors, dĂ©sormais, tu ne tueras plus aucune proie. C’est bien ça ? »

Toujours autant incisive cette Gazelle ! Elle ne manquait pas de mordant et savait avec finesse et intelligence le mettre toujours devant le fait accompli.

« MĂȘme si je le voudrais bien Gazelle, je ne le pourrais pas puisque je reste avant tout un Carnivore »

« J’en Ă©tais persuadĂ©e !! » s’écria t-elle, agacĂ©e. En fait, tu n’as pas changĂ© et tu ne changeras jamais ! »

« Et pourtant si ! » se dĂ©fendit-il. « Je te rappelle que j’aurais pu te tuer mais que je ne l’ai pas fait »

« Et alors ? Tu voudrais peut-ĂȘtre une mĂ©daille pour ça ? »

« Je ne demande rien. Je dis juste que pour la premiĂšre fois de ma vie, je sais ce que veut dire le mot conscience. Avant, je l’ignorais »

« Tant mieux pour toi ! »

« Mais pourquoi es-tu si en colÚre Gazelle ? »

« Et tu oses en plus me le demander ? »

« Je souhaite tout simplement que tu vives. OĂč est le mal ? »

« OĂč est le mal ?! » lui cria t-elle furieuse et rĂ©voltĂ©e. « HĂ© oh !! Aurais-tu oubliĂ© ta vraie nature d’assassin ? Elle reprendra vite le dessus. Alors, dis-moi, Ă  quoi elle te servira ta fichue conscience ? »

« Elle me rendra meilleur ! »

« Hein ?! Mais qu’est-ce que tu racontes ? »

« Avant, je tuais mes proies sans le moindre Ă©tat d’Ăąme. DĂ©sormais, ce ne sera plus le cas »

« Ah oui ? Tu leur feras une priÚre avant de les tuer ? » répliqua t-elle.

« Non, mais je leur serai reconnaissant d’ĂȘtre toujours en vie grĂące Ă  elles »

« Ben, voyons. C’est facile pour toi de dire ça. Et nous, les herbivores ? On n’a pas notre mot Ă  dire dans tout ça ? »

Mr Lion savait pertinemment qu’elle avait raison. C’Ă©tait un fait. Tous deux n’Ă©taient pas du tout sur le mĂȘme pied d’Ă©galitĂ©. L’un Ă©tait carnassier et l’autre herbivore. Deux espĂšces totalement diffĂ©rentes surtout en ce qui concernait leurs besoins nutritionnels. Une situation des plus complexe qu’il ne pouvait pas balayer d’un simple revers de patte. Et le dĂ©bat promettait d’ĂȘtre conflictuel puisque Lui ne pouvait pas se passer de viande et qu’Elle restait inoffensive en mangeant du vĂ©gĂ©tal (herbes, feuilles et graminĂ©s). Cependant, il espĂ©rait qu’elle veuille bien rentrer dans son raisonnement de Lion afin qu’elle puisse mieux le comprendre sachant bien-sĂ»r d’avance qu’elle serait difficile Ă  convaincre.

Il aurait tant voulu alors qu’elle cesse de lui jeter constamment la pierre en le traitant de meurtrier. Car oui, cela le blessait. Mais comment s’entendre lorsqu’on est diamĂ©tralement opposĂ©s ? Alors pour sa dĂ©fense, il dĂ©cida de lui Ă©noncer quelques arguments tangibles qu’elle serait amĂšne de juger librement par elle-mĂȘme.

« Les humains tuent et mangent des animaux pour leurs propres plaisirs gustatifs »

« Oui, mais pas tous ! » contrecarra la Gazelle.

« Oui, c’est vrai mais tu es d’accord avec moi qu’ils ont tous une conscience »

« Oui, puisque ce sont des humains »

« Et pourtant, une grande majoritĂ© d’entre eux mange de la viande alors qu’ils pourraient trĂšs bien s’en abstenir »

« Oui, trĂšs juste » admit-elle. « Mais je sais aussi qu’il y en a beaucoup qui nous protĂšgent. Comme dans cette rĂ©serve oĂč nous vivons. Tu ne peux pas nier que cet endroit nous permet de prĂ©server notre espĂšce »

« Oui, tu as raison. Mais lĂ , n’est pas le sujet Gazelle »

« Et c’est quoi le sujet ? Accepter de se faire dĂ©vorer par vous, les Lions ? Alors Ă  tout prendre je prĂ©fĂšre les humains »

« Oui, mais Ă  la diffĂ©rence des Humains, moi, je ne tue pas pour le plaisir. Je tue uniquement pour ma survie car je ne peux pas faire autrement. Les Humains, eux, ont le choix d’arrĂȘter de tuer et de manger des animaux. Moi, pas »

Un point pour Mr Lion ! Et voilà ! Il venait de tout dire en une seule phrase mais il semblait oublier à qui il avait à faire.

« Et donc, pour rĂ©sumer, tu as le droit de nous dĂ©vorer, nous, les Gazelles. C’est bien ça ta conclusion ? »

« Je reconnais que nous ne sommes pas égaux sur ce point. Mais que faire ? »

« Il y a pourtant une solution »

« Mais laquelle ? »

« Devenir herbivore comme nous, les Gazelles »

« Mais tu sais fort bien que c’est du domaine de l’impossible ! » rĂ©crimina t-il.

« Je me doutais bien de ta rĂ©ponse. Alors, arrĂȘte de te cacher derriĂšre ta soit-disant conscience ! »

« Je ne me cache pas ! » s’Ă©cria t-il, vexĂ©.

« Tu te trouves toujours des tas d’excuses. N’empĂȘche que tu restes avant tout un meurtrier ! »

« Je dirai alors que je suis comme tes amis les humains. Tu sais, ceux qui aiment manger de la viande »

« Tout ce que je sais, moi, c’est que ma famille a Ă©tĂ© dĂ©cimĂ©e par ton espĂšce et non par eux ! » hurla t-elle, les yeux rĂ©vulsĂ©s.

« Un point pour toi Gazelle ! Mais moi, je ne tue pas pour le plaisir. Eux, oui ! »

L’ambiance devenait de plus en plus Ă©lectrique. Tous deux restaient campĂ©s sur leurs positions et la guerre Ă©tait Ă  nouveau dĂ©clarĂ©e.

N’ayant pas dit son dernier mot, Mlle Gazelle attisa davantage les flammes de leur discorde :

 « Tu méprises tant les humains et pourtant eux aussi protÚgent ton espÚce ! »

« Ah oui ? Et que dis-tu des braconniers qui nous déciment juste pour avoir nos dents et nos griffes ! »

La Gazelle s’en Ă©tonna. Mr Lion venait subitement de lui ĂŽter les mots de la bouche.

« Eh oui Gazelle ! Voici l’autre face du genre humain. Ils arrachent nos dents et nous tranchent les pattes juste pour satisfaire leurs plaisirs et s’enrichir »

La Gazelle s’horrifia d’apprendre que ce genre d’humain puisse exister. Qu’ils puissent s’en prendre Ă  des animaux avec une telle cruautĂ© la sidĂ©rait. Et surtout, pourquoi s’en prenaient-ils aux Lions qui pourtant ne reprĂ©sentaient aucune menace envers eux ? Pourquoi leur faire subir de telles atrocitĂ©s ? Elle ne comprenait pas…

Soudain, elle se posa mille et une questions sur le genre humain. Ils Ă©taient donc pire que les lions puisqu’ils tuaient sans aucune raison valable. Tout se bouscula alors dans sa tĂȘte. Elle, qui jusque-lĂ  mĂ©prisait au plus haut point la race des Lions se surprit pour la premiĂšre fois de sa vie Ă  les comprendre et mĂȘme Ă  avoir de la compassion pour eux.

« J’ignorais que ton espĂšce subissait autant d’atrocitĂ©s de la part des humains » reconnut-elle, affligĂ©e.

« Ah ! Si tu savais Gazelle… Avant, ils nous traquaient pour nos peaux mais c’Ă©tait si compliquĂ© pour eux de les transporter clandestinement d’un pays Ă  l’autre qu’ils ont prĂ©fĂ©rĂ© nos dents et nos griffes nettement plus facile Ă  dissimuler »

« Mais que font-ils de vos dents et de vos griffes ? » l’interrogea t-elle, intriguĂ©e.

« Elles leur servent Ă  fabriquer des bijoux, des pendentifs ainsi que des amulettes qu’ils vendront ensuite au marchĂ© noir pour satisfaire certains touristes. Et bien-sĂ»r, tout ça dans un seul but ! Se faire de l’argent ! »

« Mais c’est horrible ! » s’Ă©cria la Gazelle, rĂ©voltĂ©e.

« Oui, c’est moche ! Mais ce n’est pas tout. Ils sont aussi persuadĂ©s que nos dents les protĂšgeront de tous maux y compris de toutes sortes de maladies. En fait, selon eux, ce serait un remĂšde miracle bien plus efficace qu’un mĂ©dicament. Une sorte de potion magique qui les rendrait invincibles »

« Mais c’est du grand n’importe quoi ! Comment peuvent-ils penser ça ? »

« Ben, c’est comme ça que rĂ©flĂ©chissent certains Humains Gazelle »

La Gazelle était à nouveau perdue et ne savait plus trop quoi penser des nouvelles révélations que Mr Lion venait de lui énoncer.

C’est alors qu’elle lui posa une autre question qui la turlupinait :

« Mais comment font les braconniers pour vous tuer ? On est pourtant bien protégés dans cette réserve. Je ne comprends pas »

Mr Lion fut extrĂȘmement touchĂ© qu’elle s’intĂ©ressa Ă  leur sort alors qu’elle venait de perdre tous les siens Ă  cause de sa propre espĂšce Ă  lui. Cela confirmait vĂ©ritablement qu’elle Ă©tait unique et incomparable.

Ravi d’ĂȘtre en compagnie d’une telle bonne Ăąme, c’est alors qu’il lui rĂ©pondit :

« TrĂšs bonne question Gazelle ! Je vais enfin pouvoir te prouver qu’ici, on n’est pas si bien protĂ©gĂ©s que ça »

« Je suis impatiente de t’entendre Lion »

« Alors voilĂ . DĂ©sormais, les braconniers emploient une nouvelle mĂ©thode infaillible pour Ă©viter d’attirer l’attention des Rangers. Je le sais parce que mon jeune frĂšre est mort Ă  cause de ça »

La Gazelle fut trĂšs Ă©tonnĂ©e d’apprendre que le frĂšre de Mr Lion fut tuĂ© Ă  cause d’humains. Jamais elle n’aurait cru cela possible auparavant. En fait, au fur et Ă  mesure de leurs discussions, elle dĂ©couvrait avec effarement que les lions Ă©taient autant des proies faciles que les Gazelles.

« Je suis désolée pour ton frÚre Lion » lui dit-elle aussitÎt.

« Cela remonte Ă  deux ans Gazelle et depuis j’ai fait mon deuil mais c’est vrai que ce fut trĂšs dur pour moi de le perdre de cette façon »

« Mais de quelle façon est-il mort ? » demanda t-elle, intriguée.

« En mangeant une carcasse de viande empoisonnée par ces criminels ! »

« Quoi ?! Mais c’est affreux ! » s’exclama t-elle, scandalisĂ©e.

« Oui. Et ce fut terrible pour moi de voir mon frĂšre se tordre de douleur sans mĂȘme pouvoir l’aider. Lui qui Ă©tait si fort et si intrĂ©pide ! Il est parti comme ça en quelques minutes en souffrant atrocement »

« Et tout ça Ă  cause de ce fichu poison qu’il a ingĂ©rĂ© Ă  son insu ? »

« Oui, Gazelle »

« Mais comment se fait-il que les Rangers n’aient pu empĂȘcher cet acte criminel ? »

« Tu sais, c’est immense ici ! Il y a prĂšs d’un million d’hectares et ils ne peuvent pas ĂȘtre partout ! »

Ayant perdu son frĂšre de cette cruelle façon, la Gazelle se dit alors que Mr Lion devait toujours ĂȘtre trĂšs prudent y compris son propre clan qu’il avait dĂ» trĂšs certainement mettre au courant afin qu’ils ne puissent plus jamais tomber dans le piĂšge machiavĂ©lique des braconniers. En fait, tous les Lions de cette rĂ©serve devaient ĂȘtre forcĂ©ment sur leurs gardes. Impossible donc pour eux de tomber dans le panneau se dit-elle. C’Ă©tait du moins ce qu’elle croyait avant de lui poser la question.

« Je suppose que ton espÚce doit éviter bien soigneusement de manger ces carcasses de viande empoisonnées ? »

« Eh bien, dĂ©trompe-toi Gazelle. Beaucoup d’entre nous se font encore bĂȘtement avoir. Soit parce qu’ils avaient faim, soit parce qu’ils l’ignoraient encore »

« Ah bon ?? » s’Ă©tonna t-elle.

« Eh oui Gazelle ! Mais cela devrait sans doute te réjouir » ajouta t-il alors avec sarcasme.

« Pourquoi dis-tu ça ? »

« Tout simplement parce que si ça continue comme ça, le braconnage finira par nous faire totalement disparaĂźtre de la surface de la terre. Mais disons que pour vous les Herbivores, vous pourrez alors ĂȘtre enfin en paix »

Mr Lion n’avait pas si tort que ça. Sans doute que sa race finirait par s’éclipser Ă  jamais du rĂšgne animal sauvage. Mais contrairement Ă  ce qu’il pensait, ce n’Ă©tait plus ce qu’elle souhaitait. Et mĂȘme si au fond d’elle, elle l’avait toujours secrĂštement voulu depuis qu’elle Ă©tait toute jeune. Il faut dire aussi que sa vie d’herbivore n’Ă©tait pas non plus de tout repos Ă  cause d’eux. Devoir rester constamment sur ses gardes ou encore devoir courir en quatriĂšme vitesse dĂšs leurs moindres attaques surprise n’Ă©tait pas si facile Ă  gĂ©rer ou Ă  supporter. Sans oublier qu’elle venait aussi de perdre toute sa famille Ă  cause d’eux. Il Ă©tait donc lĂ©gitime qu’elle les haĂŻsse autant. Mais bizarrement depuis que Mr Lion venait de lui rĂ©vĂ©ler toutes ces affreuses vĂ©ritĂ©s sur les Humains, elle ne souhaitait plus leur extermination. Et mĂȘme si ceux-ci restaient indĂ©niablement de redoutables prĂ©dateurs pour elle et tous ses congĂ©nĂšres. Sans doute Ă©tait-elle folle de penser ainsi mais c’Ă©tait pourtant son nouveau point de vue sur les Lions.

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