Catégorie : Guerre ethnique au Tchad en 1990

Un souvenir douloureux de la guerre ethnique au Tchad…

Guerre ethnique au Tchad en 1990

Le Tchad :

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Le Tchad est un pays d’Afrique Centrale sans accès à la mer, situé au sud de la Libye, à l’est du Niger et du Nigeria, au nord du Cameroun et de la République centrafricaine et à l’ouest du Soudan.

Géographiquement et culturellement, le Tchad constitue un point de passage entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire.
Sa capitale est N’Djamena.

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Histoire du Tchad :

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Voici le Président du Tchad : Idriss Déby

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Le Tchad, qui a fait partie des possessions Africaines de la France jusqu’en 1960, a subi 3 décennies de guerre ethnique ainsi que des invasions par la Libye avant de retrouver une certaine paix en 1990.

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Voici des Goranes

Une paix qui ne dura hélas pas très longtemps…

Je vais d’ailleurs vous raconter un bien mauvais souvenir que j’ai vécu (ma famille et moi) et dont je n’oublierai jamais…

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Voici mon histoire : Guerre ethnique :

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Par une belle matinée ensoleillée (nous étions le 2 Décembre 1990 et j’étais alors âgée de 13 ans) nous reçûmes un appel téléphonique nous annonçant qu’il y avait des rebelles qui venaient d’envahir N’Djamena pour prendre le pouvoir…

C’était un coup d’état qui avait été organisé par surprise sous le commandement du Général Idriss Déby afin de ne pas éveiller les soupçons du Président Tchadien de l’époque : Hissène Habré, son ancien compagnon d’armes…

Ainsi, avec l’appui de la France, le Général Idriss Déby voulait chasser Hissène Habré de son pouvoir…

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N’Djamena était donc assiégé par des rebelles (Goranes) qui voulaient renverser l’actuel gouvernement d’Hissène Habré et placer au pouvoir leur Général Idriss Déby en tant que nouveau Président de la République Tchadienne.

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Petite parenthèse :

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Voici Idriss Déby

Idriss Déby Itno, né en 1952 à Berdoba (au sud-est de Fada) est un homme politique Tchadien.

Le 2 décembre 1990, avec l’appui de la France, il chasse du pouvoir son ancien compagnon d’armes Hissène Habré après une période de lutte armée menée à partir du Soudan et le remplace le 4 décembre avec le titre de président du Conseil d’État.

Il est ensuite désigné « Président de la république du Tchad » le 28 février 1991, après l’adoption de la Charte nationale).

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J’en reviens donc à mon histoire…

Comme tout coup d’état Africain, ce fut la panique générale…

Après cet appel téléphonique, mes parents, mon frère et moi, dûmes préparer nos bagages et prendre l’essentiel sans trop se charger.

Ce que nous fîmes assez rapidement car il fallait au plus vite quitter notre maison de fonction afin de rejoindre un îlot (une maison réquisitionnée sous le commandement de l’armée de Terre Française « Epervier » et qui y regroupait une petite minorité d’expatriés Français tout comme nous…)

Les bagages faits et nos 3 chats installés dans leur sacs de voyage respectifs, nous partîmes direction cet îlot, en voiture.

Au cours de notre trajet, nous nous retrouvâmes subitement nez à nez devant un tank de l’armée Française et je peux vous dire que la vision de cet énorme engin fut très impressionnante car son canon était tourné en notre direction…

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L’espace d’un instant je crus défaillir tellement j’avais peur…

Tout de même, ce n’est pas tous les jours que l’on se retrouve face à face devant un tank…

Et pourtant ma famille et moi en faisions l’horrible expérience.

J’en garde d’ailleurs un très mauvais souvenir…

Mis à part cette mauvaise rencontre lors de notre trajet, nous trouvâmes enfin l’adresse de l’îlot.

Une fois notre voiture garée dans le jardin de celui-çi, tout près du portail (nous n’avions pas le choix puisqu’il y avait déjà un bon nombre de voitures qui étaient garées en épis) ; nous décidâmes de laisser nos 3 chats et nos valises à l’intérieur de notre véhicule.

Mes parents décidèrent de sortir nos chats de leur sacs de voyage afin qu’ils puissent se sentir plus à l’aise et ouvrirent également un petit peu les fenêtres arrières de la voiture afin qu’ils puissent mieux respirer.

Ensuite, tous les 4, nous rejoignîmes le petit groupe d’expatriés qui se trouvait déjà à l’intérieur de l’îlot.

Une fois à l’intérieur, les heures passèrent et passèrent sans que quiconque ne vienne nous sauver.

Ma famille et moi étions très inquiets car on avait l’impression d’être abandonnés et vraiment coupés du monde…

C’était interminable cette attente et cela était dû en grande partie à cause de la mauvaise stratégie de l’armée de terre Française et du Quai d’Orsay (le Ministère des affaires étrangères).

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Le temps passait irrémédiablement lorsque soudain 2 goranes (des rebelles Tchadiens) armés de leur kalachnikov et muni d’un pistolet, firent irruption dans le jardin en réclamant qu’ils voulaient juste une voiture (afin de pouvoir s’enfuir de N’Djamena, selon les dires du gardien de jour Tchadien de la maison).

photo-280085-LEt malheureusement, comme notre voiture se trouvait être garée près du portail, vous devinez alors la suite…

Pourtant, il y avait bien un autre véhicule garé tout près de notre voiture et ce, juste en face du portail et qui se trouvait être un 4X4 tout terrain…

Ce 4X4 était vide, c’est à dire : sans aucun bagage et qui plus est sans animaux…

Mes parents ne voulaient pas donner leur voiture pour les simples et uniques raisons qu’il y avait tous nos bagages ainsi que nos chats qui étaient restés à l’intérieur.

Mes parents ont tout fait pour faire entendre raison à ce propriétaire du 4X4 (qui était également le propriétaire de la maison) mais celui-çi ne voulait en aucun cas donner son véhicule car il avait peur et qu’il était tout bonnement un lâche…

Je me souviens encore de cet homme et père de famille qui se fichait totalement de notre sort…

Ce jour-là, je me suis même dis que c’était un être immonde, égoiste et totalement indigne qui aurait du alors se retrouver à notre place à cet instant là… Oui, une situation des plus affreuses qu’il aurait du subir lui aussi…

D’ailleurs, si jamais il lisait cet article (que je souhaite), je tenais à lui dire ceci :

« Vous étiez une véritable ordure ce jour-là ! Oui une lamentable ordure ! Et vous vous étiez comporté comme un lâche ! Comment avez-vous pu oser ne pas donner votre 4X4 rutilant à ces deux Goranes ? Hein ? Pourquoi ? La réponse est évidente. Vous ne vouliez pas donner votre voiture toute neuve ! Allez au diable ! espèce de sale crétin ! »

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Malgré un dialogue sans fin à bâtons rompus (vraiment pitoyable et grotesque) avec cet homme dénué d’intelligence et de bon sens (pour lui faire soit disant entendre raison) ; mes parents durent se résoudre au pire ; donner leur voiture car les rebelles commençaient à s’impatienter.

C’est alors que mon père prit ses clefs de voiture et sortit dehors.

Ma mère le suivit afin de pouvoir sauver toutes nos affaires ainsi que nos chats dans le cas ou les rebelles leur donneraient peut-être cette éventuelle possibilité (Ce que ma mère et mon père espéraient vraiment).

Mon père essaya donc d’expliquer (par des gestes) aux goranes qu’il voulait récupérer ses valises ainsi que ses chats.

Ceux-çi ne s’y opposèrent pas mais ils voulaient en contrepartie, que mes parents se dépêchent au plus vite afin qu’ils puissent quitter les lieux.

Vu leur excitation et leur impatience, cela se voyait qu’ils voulaient fuir au plus vite N’Djamena à cause de l’arrivée des troupes du Général Idriss Déby.

Mais là encore, mes parents n’eurent pas de chance…

En effet, mon père n’arrivait pas ouvrir la portière avant (droite) à cause de la serrure qui était défectueuse et qui devait normalement être réparée dans les jours à venir. C’était vraiment pas de chance !

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Mon père dut batailler tant bien que mal avec cette satanée serrure mais heureusement, la portière finit enfin par céder !

Mais c’était sans compter sur ces rebelles qui commençaient de plus en plus à s’exciter et à s’énerver davantage…

L’un deux commença à hurler en un dialecte incompréhensible car il pensait que mon père avait fait exprès de leur faire cette ruse afin qu’ils ne puissent pas voler sa voiture.

C’était un regrettable mauvais coup du sort qui s’acharnait une fois de plus contre nous…

De là ou je me trouvais, (derrière la grande baie vitrée du salon de la maison) je pouvais voir très nettement toute la scène et je peux vous dire que jamais je n’avais eu autant peur de ma vie…

C’était horrible de voir mes parents confrontés à ces sales brutes de rebelles…

Je m’imaginais le pire et je n’avais pas si tort que ça…

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Le gorane qui n’arrêtait pas de hurler et qui avait les yeux injectés de sang car il était sans aucun doute drogué, pointa subitement le canon de son pistolet dans le dos de ma mère qui essayait de sauver nos 3 chats et quelques uns de nos bagages.

Si vous vous souvenez bien, mes parents avaient décidé de laisser nos chats en dehors de leurs sacs de voyage afin qu’ils puissent se sentir plus à l’aise à l’intérieur de notre voiture. Eh bien, heureusement qu’ils avaient eu cette idée…

Deux chats avaient pu s’échapper de la voiture grâce à ma mère qui les avait libérés en dégrafant leurs laisses qui étaient attachées autour de leur cou et qui les empêchaient littéralement de pouvoir se mouvoir et donc de s’enfuir…

Puis avec rage et détermination, elle les avait rapidement repoussés vers l’extérieur de l’habitacle afin qu’ils puissent enfin se sortir de ce piège…

C’est vrai que ma mère avait fait preuve de beaucoup de sang froid ce jour-là car ces deux chats auraient pu ne jamais s’en sortir si elle ne les avait pas détachés de leurs laisses…

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Voici Minouchkaya (Vous savez, celle que j’avais sauvée in extrémis en Guinée à Conakry)

Et donc, une fois délivrés, nos deux chats se mirent à courir très vite vers les buissons du jardin, tellement ils étaient effrayés.

Toujours avec autant de sans-froid, ma mère essaya de sauver tant bien que mal mon chaton blanc « Snoopy » qui s’était caché sous le siège avant du véhicule tellement il avait eu peur des Goranes mais hélas, elle ne parvint pas à le délivrer car il était également prisonnier de sa laisse qui l’empêchait de pouvoir se mouvoir et donc de s’enfuir de cet enfer.

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Voici mon petit Snoopy…

Mais à ce moment là, ma mère ne se doutait pas une seule seconde que le Gorane drogué, la visait dans le dos avec son arme à feu…

C’est alors que mon père qui avait observé les intentions de ce gorane fit un geste héroique…

Sans plus attendre, il tapa très fort sur le canon de la kalachnikov afin de rabaisser l’arme au sol et de détourner la trajectoire de la balle. Le canon se rabattit violemment contre le sol au même moment où ce gorane (drogué) avait appuyé sur la gâchette.

Soudain, j’entendis une déflagration. Un bruit terrible et affreux, me laissant paralysée sur place…

La balle tirée de la kalachnikov venait de tomber au sol. Cette ordure de rebelle avait manqué son sale coup…

Par son geste, mon père avait sauvé la vie de ma mère…

Mais hélas, il fut légèrement blessé au niveau du ventre car la chaleur du bout du canon de la kalachnikov avait littéralement transpercée sa chemise et donc égratigné au passage sa peau, faisant apparaître au bout de quelques instants, une petite auréole de sang qui maculait sa chemise.

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En voyant cette scène, je décidai de sortir de la maison car j’étais affolée et très inquiète.

Je sortis donc de la maison en courant...

Mais heureusement, une des personnes qui se trouvait à l’intérieur stoppa ma course en me saisissant par la taille.

L’homme me plaqua contre lui et me dit tout doucement qu’il ne fallait plus que je fasse aucun geste…

En me stoppant dans ma course, j’eu le souffle coupé et ne pu m’empêcher de pleurer (pas à cause de la douleur mais par le fait que j’étais morte d’inquiétude pour mes parents).

Le geste de ce monsieur m’avait tout simplement sauvé la vie car à ce moment là, le deuxième gorane me visait de loin avec sa kalachnikov…

Mon petit frère qui se trouvait à l’intérieur de la maison était très angoissé car il venait de voir toute la scène.

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Je regardais mes parents au loin et je me disais que c’était la fin du monde…

Le Gorane qui m’avait visé, attrapa brusquement le bras de son acolyte… Je crois bien qu’il essayait de le résonner.

La situation les échappait.

Et c’était une certitude, mes parents ne pourraient pas sauver l’intégralité de leurs affaires, restées dans le coffre de leur voiture. 

D’ailleurs, l’instant d’après, les goranes se précipitèrent à l’intérieur du véhicule et s’enfuyèrent en roulant à grande vitesse, ne laissant apparaître derrière eux, qu’un épais nuage de poussière de terre rouge…

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Ma mère était sous le choc ainsi que mon père…

Ils étaient désemparés et perdus… Nous avions absolument tout perdu…

Nous n’avions plus aucun bagage (les bijoux en or de ma mère qui étaient des souvenirs de Madagascar et d’Afrique se trouvaient dans une de nos valises et ce fut un véritable crève-coeur pour elle de savoir que ses biens les plus précieux furent entre les mains d’immondes salopards).

Mais dans ce terrible malheur, nous avions la chance d’avoir toujours nos deux chats qui avaient pu être sauvés grâce à Maman…

Hélas, ce ne fut pas le cas de mon chaton (que j’aimais tant) « Snoopy » qui était resté coincé sous le siège avant, côté conducteur de notre voiture…

J’imagine que ces ordures ont du l’abattre en le faisant souffrir (je ne sais de quelle manière mais jusqu’à aujourd’hui je préfère ne pas trop y penser) vu que c’étaient des sanguinaires !

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Mais ce que j’ai retenu le plus de cette atroce journée dont je ne cesserai jamais de me la remémorer avec beaucoup d’émotion et de tristesse ; c’est que nous avions frôlé la mort de très près et que dans cet infernal chaos, nous avions eu l’immense chance de pouvoir rester en vie tous les 4…

Cela aurait pu mal se terminer mais je remercie encore le ciel d’avoir épargné nos vies… Qu’il ne soit rien arrivé à ma mère, ni à mon père (juste une légère blessure due à la brûlure de la chaleur du canon de la Kalachnikov) et ni à mon petit frère !

Certes, on nous avait volé tous nos souvenirs de Madagascar et d’Afrique ainsi que nos biens les plus précieux ; sans oublier la perte de mon chaton mais dans tout ce drame, nous étions encore en vie et c’est ce qui est l’essentiel à retenir finalement…

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En conclusion de mon histoire, je terminerai mon récit en vous disant ceci :

« La vie est ce qu’il y a de plus beau et de plus important sur cette terre… Elle n’a pas de prix… Elle est très précieuse et plus que jamais, elle vaut d’être vécue…

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