Une bien jolie dĂ©couverte

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Je me rappelle encore d’un souvenir lointain qui date depuis fort longtemps : en effet, je devais bien avoir 10 ou 11 ans…
Mais je m’en souviens encore comme si c’Ă©tait hier…

Ce jour lĂ , je me trouvais dehors en compagnie de mon petit frĂšre en train de jouer avec nos chats et nos chiens.
Nous attendions l’arrivĂ©e de notre pĂšre qui ne devait pas tarder Ă  rentrer de son travail afin d’aller dĂ©jeuner en famille au restaurant chinois qui s’appelait : « Le Jardin Chinois » et qui se trouvait non loin de notre villa.

Soudain nous entendĂźmes le klaxon de notre voiture que je savais parfaitement reconnaĂźtre entre mille. C’Ă©tait Papa qui arrivait enfin de son travail.
Je regardais ma montre. Il Ă©tait exactement 12H00 pile.
Mon pĂšre gara le 4×4 dans l’allĂ©e qui menait Ă  notre jardin pendant que notre gardien de jour refermait les portes du portail.

Mon frĂšre et moi, nous prĂ©cipitĂąmes vers lui afin de lui dire bonjour et de l’embrasser chacun notre tour.

Puis mon frĂšre dĂ©cida d’aller vĂ©rifier le fameux QG de ses fourmis car Ă  cette Ă©poque lĂ , je remarquai qu’il aimait beaucoup les observer et mĂȘme leur donner Ă  manger ; voire les protĂ©ger de tous prĂ©dateurs car je crois bien qu’il devait en ĂȘtre rĂ©ellement passionnĂ© de ces insectes (une similitude que mon frĂšre avait avec notre Maman qui adorait, elle aussi, lorsqu’elle Ă©tait petite, jouer avec ces charmantes petites bestioles) par rapport Ă  moi qui prĂ©fĂ©rait de loin : les chats.

Bref, pendant que mon petit frĂšre observait ses chĂšres fourmis en train de construire leur forteresse, moi je regardais mon pĂšre du coin de l’oeil.

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AprĂšs que mon pĂšre eut demandĂ© un verre d’eau glacĂ© au domestique qui se trouvait encore Ă  l’intĂ©rieur de notre maison en train de terminer son mĂ©nage et pendant que Maman se prĂ©parait dans sa chambre pour s’apprĂȘter Ă  sortir ; je ne pouvais m’empĂȘcher de me dire rien qu’en regardant son visage qu’il avait dĂ» sĂ»rement se passer quelque-chose aujourd’hui, car il me paraissait bien absent.

Je m’asseyais donc prĂšs de lui alors qu’il Ă©tait en train de boire son verre d’eau, tranquillement installĂ© sur le petit muret de notre gloriette qui Ă©tait situĂ©e au centre de notre jardin puis je dĂ©cidai de lui poser la question qui me brĂ»lait les lĂšvres :

« Papa, tu m’as l’air bien soucieux, il s’est passĂ© quelque-chose ? on aurait dit que tu es un peu triste ? »

Papa me répondit avec un petit sourire :

 » Pourquoi tu me poses cette question ? Je vois que tu es toujours autant curieuse CĂ©cile… »

« Mais je vois bien que tu as l’air soucieux comme si tu avais fait quelque-chose…mais je sais pas quoi…Allez dis-moi…s’il te plaĂźt…s’il te plaĂźt »

« Mais je n’ai rien fait. Enfin, si…il y a quelque-chose. Tout Ă  l’heure lorsque je conduisais, j’ai failli Ă©craser un chat mais je ne sais pas vraiment si j’ai pu l’Ă©viter ou pas. Je ne sais pas du tout. Je pense peut-ĂȘtre l’avoir Ă©vitĂ© mais maintenant je n’en suis plus si sĂ»r que ça…enfin bref, j’en sais rien du tout… »

« C’est vrai ?? Mais sur quelle route tu te trouvais ? »

« C’Ă©tait tout prĂšs de notre maison. Pas loin du tout, juste sur la route Ă  double sens qui est devant chez nous, l’avenue Madina Corniche »

« Mais alors, on devrait aller voir…Peut-ĂȘtre que le chat doit ĂȘtre toujours lĂ …et s’il est blessĂ©, on pourrait le sauver. C’Ă©tait un chat, comment ? Comme nos 3 chats ? grands comme eux ? »

« Mais enfin CĂ©cile ! ce chat, mĂȘme s’il est encore vivant, il doit ĂȘtre dĂ©jĂ  trĂšs loin. C’Ă©tait un petit chat. Enfin, je sais plus. Mais on ne va pas partir lĂ  pour aller chercher un chat. Oublie ça, surtout que Maman ne va pas tarder Ă  sortir pour qu’on aille au restaurant. Laisse tomber. Je sais que tu aimes les chats mais lĂ  je t’assure, ça sert Ă  rien du tout. Allez, laisse tomber. Je n’aurais pas dĂ» t’en parler, d’ailleurs »

Je lui répondis aussitÎt, avec un certain agacement dans la voix :

« Si ! il faut qu’on y aille ! ou alors j’irais voir sans toi mais je t’en prie, viens s’il te plaĂźt ! il faut se dĂ©pĂȘcher maintenant ! »

Je l’agrippai par le bras en le tirant fortement vers moi afin qu’il se lĂšve.

« Allez viens Papa ! »

Subitement, ne pouvant plus attendre, je me mis Ă  courir vers le portail et demandai au gardien de l’ouvrir afin que je puisse sortir.

AussitĂŽt, mon pĂšre courut derriĂšre moi et cria :

« CĂ©cile ! Mais non ! oĂč vas-tu ? Reviens… »

Avant de sortir dans la rue, je lui dis de mon air le plus triste :

« Viens, on va juste aller voir Papa puis on revient. Je veux juste savoir qu’est-ce qu’est devenu ce chat… viens, s’il te plaĂźt… »

Puis mon pĂšre me suivit et nous sortĂźmes ensemble dans la rue ; la fameuse avenue qui portait le nom de « Madina Corniche » pendant que le Gardien maintenait lĂ©gĂšrement le portail entrouvert.

L’avenue grouillait de monde et il y avait un va et vient de voitures sur la grande route Ă  double sens.
Ici, c’Ă©tait loin d’ĂȘtre le havre de paix de notre maison avec tous ces bruits assourdissants.

Soudain, j’aperçus Ă  ma droite, une femme GuinĂ©Ăšnne assez forte qui Ă©tait en train de faire griller des maĂŻs au bord de la route (comme il en existe souvent ici, en GuinĂ©e) et qui venait de donner un magistral coup de pied dans l’arriĂšre train d’un tout petit chat. Sans aucun doute un chaton.

Mais de lĂ  oĂč je me trouvais, je n’arrivais pas Ă  bien distinguer la scĂšne alors je m’Ă©criai vers mon pĂšre avec pas mal d’excitation dans la voix :

« Papa ! Papa ! Je viens de voir le chat ! Je suis sĂ»re que c’est celui que tu as failli Ă©craser ! C’est lui ! Viens ! La femme vient de lui donner un coup de pied ! Oh non ! Vite, il faut y aller ! »

Je courus trĂšs vite vers la femme GuinĂ©Ăšnne qui parut trĂšs surprise de me voir lĂ  ; sans doute qu’elle n’Ă©tait pas habituĂ©e Ă  voir une petite fille « Blanche » qui Ă©tait en train de courir pour je ne sais quelle raison, sur cette avenue…

Puis la femme comprit et se mit Ă  Ă©clater de rire en regardant le petit chat qui fuyait.
Moi, de mon cĂŽtĂ©, en un clin d’oeil, j’avais aperçu la petite boule de poil de couleur tigrĂ©e rouquine qui courait en boitillant, vers une bouche d’Ă©gout.

Je courus trĂšs rapidement vers le chaton qui avait dĂ©jĂ  engouffrĂ© sa petite tĂȘte Ă  l’intĂ©rieur de l’Ă©gout (il avait pratiquement la moitiĂ© de son corps Ă  l’intĂ©rieur) puis d’un geste trĂšs rapide, j’attrapai sa queue et la tirait de toute mes forces vers moi afin que je puisse l’extirper de cet endroit si sale et puant.

Mais ce ne fut pas Ă©vident du tout car (ce n’est pas la meilleure maniĂšre qu’il soit pour attraper un chat) le chaton Ă©tait non seulement trĂšs effrayĂ© par le bruit de cette avenue si bruyante mais aussi par le sale coup de pied qu’il venait de reçevoir.

Mais je rĂ©ussis tant bien que mal Ă  l’attraper de justesse. A prĂ©sent, je le tenais bien fermement dans mes mains afin qu’il ne puisse surtout pas s’Ă©chapper.
Il Ă©tait si frĂȘle et si apeurĂ© qu’il tremblait de tout son corps dans mes bras.
Il me ragardait de ses petits yeux verts en amande et il ne cessait de cracher. Un vrai petit rebelle !

Minouchkaya :

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Voici Minouchkaya Ă  l’Ăąge adulte. Ici, elle se trouve au Tchad avec l’un de ses chatons.

Ce chaton Ă©tait tout mignon et il ressemblait Ă©trangement Ă  la chatte de ma Maman qui s’appelait « Minith » et qui Ă©tait trĂšs gravement malade.
Il ne cessait de me mordiller le bout des doigts et il sortait les griffes car il Ă©tait trĂšs apeurĂ©. Quoi de plus normal, vu qu’il n’avait plus confiance en l’ĂȘtre humain et qu’il devait penser que je voulais sans doute, lui faire du mal.

Pourtant je ne cessai de le rassurer en lui murmurant des mots doux tout prĂšs de ses petites oreilles si pointues :

« Coucou, toi ! non, non et non, tu ne m’Ă©chapperas pas. Je te tiens trĂšs bien. Tu te rends compte que tu aurais pu t’enfuir dans cet Ă©gout si sale. Non, tu ne seras plus dans la rue. Tu es sauvĂ© maintenant ! Et on ne te fera plus de mal…Eh !! tu sais que tu ressembles beaucoup Ă  Minith ! Tu le sais mon joli chaton ? Aie ! Aie ! Mais tu oses me mordre et me griffer petit rebelle ! »

Je passai devant la femme GuinĂ©Ăšnne qui venait il n’y a pas si longtemps d’Ă©clater de rire. Elle me regarda d’un air incrĂ©dule et pointa du doigt le chaton que je tenais dans les mains puis me dit :

« Ah ! Tu as trouvĂ© le chat ! Il voulait manger mon maĂŻs alors j’ai tapĂ© lui…Mais lui, il n’a plus sa maman, je crois…Tu vas prendre lui ? »

Mon pÚre qui se trouvait tout prÚs de moi, lui répondit :

« Oui, on va garder le chat mais toi pas trĂšs gentille avec le chat… »

La femme lui répondit en riant :

« Ah ! missieu ! Oui pas gentille avec lui mais vous maintenant garder lui dans votre maison…C’est bon pour lui…Lui, trĂšs content maintenant… »

AprĂšs avoir dit au revoir Ă  cette femme que je n’aimais pas du tout, mon pĂšre et moi, nous rendĂźmes trĂšs vite chez nous, avec notre merveilleuse dĂ©couverte.
Mon petit frĂšre ne s’Ă©tait mĂȘme pas rendu compte de notre absence tellement il Ă©tait absorbĂ© par ses chĂšres fourmis !
Je vins vers lui et lui dit :

« Regarde Olivier, ce qu’on a trouvĂ© Papa et moi ! t’as vu ? C’est un petit chaton »

Olivier qui Ă©tait accroupi, se leva et regarda la petite boule de poil qui ne cessait de se contorsionner dans mes mains pour pouvoir s’enfuir.

« Wahou ! Mais vous l’avez trouvĂ© oĂč ? C’est vrai qu’il ressemble beaucoup Ă  Minith ! Il fait que cracher ! »

« C’est grĂące Ă  CĂ©cile ! » dit mon pĂšre. « Elle a tout fait pour qu’on aille retrouver le chat que je pensais avoir Ă©crasĂ© sur la route. Le chat Ă©tait toujours lĂ  mais Ă  un moment donnĂ©, il a failli s’Ă©chapper Ă  l’intĂ©rieur d’un Ă©gout. Heureusement que CĂ©cile Ă©tait lĂ  pour l’empĂȘcher d’aller plus loin sinon on ne l’aurait plus jamais retrouvĂ© ! »

 » Wahou ! C’est vrai CĂ©cile ? Va vite le faire montrer Ă  Maman maintenant…Vite, dĂ©pĂȘche toi… »

AussitĂŽt dit et aussitĂŽt fait. Je me retrouvai donc en un rien de temps Ă  l’intĂ©rieur de notre maison, faisant montrer Ă  Maman et Ă  notre domestique « Mamadou » notre jolie dĂ©couverte…
Mamadou dit en s’Ă©criant Ă  Maman :

« Madame ! Ce chat, il ressemble trop Ă  Minith ! C’est vrai, regarde Madame…Lui, trop beau comme Minith… »

Maman lui répondit :

« C’est vrai Mamadou ! Ce chaton ressemble vraiment beaucoup Ă  Minith ! Mais dis moi CĂ©cile, c’est un mĂąle ou une femelle ? Il faudrait vĂ©rifier. Tu peux me le donner, s’il te plaĂźt ? Je vais voir si c’est une fille ou un garçon »

Je tendis le chat Ă  ma mĂšre puis celle-çi commença Ă  bien l’observer. Au bout de quelques secondes, elle nous dit Ă  moi et Ă  Mamadou :

« C’est bien une femelle ! ah ! Je suis vraiment contente. En plus, elle est trĂšs belle ! Elle a la mĂȘme couleur que Minith. Son pelage est tigrĂ©. Il faudra bien la laver car elle est trĂšs sale »

Et ce fut ainsi que « notre belle dĂ©couverte » devint notre jolie « Minouchkaya ».

Elle resta auprÚs de nous durant des années et des années, voyageant à nos cÎtés, traversant les frontiÚres et toujours en nous apportant beaucoup de joie et de bonheur. Et au cours de ces années, elle nous donna également de bien jolies portées de chatons pour notre plus grand plaisir.

Cette jolie petit rouquine aux yeux verts fut un vĂ©ritable don du ciel car elle remplaça pour ainsi dire notre si douce Minith qui Ă©tait atteinte (Ă  cette Ă©poque lĂ ) d’un cancer gĂ©nĂ©ralisĂ© et qui mourut quelques temps plus tard, aprĂšs que l’on eut dĂ©couvert Minouchkaya.

Maman pleura beaucoup Minith car elle l’adorait plus que tout mais elle pressentait aussi depuis pas mal de temps qu’elle aurait eu une autre chatte qui aurait Ă©tĂ© sa rĂ©plique exacte mais en plus costaude et que sa remplaçante aurait vĂ©cue bien plus longtemps qu’elle…

Tout cela pour vous dire que ce jour lĂ  oĂč j’avais bien observĂ© mon pĂšre ; et bien, je pense que c’Ă©tait un jour bĂ©ni des Dieux car grĂące Ă  moi, je donnais Ă  ma douce Mamounette, l’opportunitĂ© et le bonheur d’avoir une seconde petite Minith…

Et qui sait ? Peut-ĂȘtre que c’Ă©tait tout simplement la rĂ©incarnation de Minith et que c’Ă©tait la providence qui nous l’apportait comme ça, afin d’apaiser la perte de notre regrettĂ©e Minith, par je ne sais quel miracle de la vie…

Un bien joli miracle et une bien jolie anecdote que je souhaitais absolument vous raconter…

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3 réflexions sur “Une bien jolie dĂ©couverte

  1. Alors la GuinĂ©enne lĂ  elle a pas marquĂ© de points avec moi en chassant le chaton. Mais tu te doutais que j’allais rĂ©agir dessus aprĂšs tout ce que tu as pu lire ahah !
    Belle adoption, CĂ©cile, je ne peux qu’applaudir.
    Une bise !

    Aimé par 1 personne

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