√Čtiquette : nuit

Son plus beau cadeau sur Terre ūüéĀ La suite…

L’hypnotisant et chaleureux feu de chemin√©e avec ses braises cr√©pitantes et rougeoyantes dans son √Ętre.

Oh ! Rien que d’y penser, elle avait presque h√Ęte !

Oui, un bon feu de chemin√©e qui lui r√©chaufferait le cŇďur et l‚Äô√Ęme durant l’hiver.

Entendre le doux son du bois craquer au contact des flammes dansantes et lumineuses lui ferait très certainement oublier sa forêt enchantée…

L’oublier un temps soit peu, c’est vrai, mais pas dans ses r√™ves nocturnes pendant que la neige se mettrait √† tomber dehors et finirait par la recouvrir int√©gralement d’un joli manteau d‚Äôune blancheur immacul√©e…

Voilà tout ce dont à quoi ce buffet en pin massif lui faisait penser…

√Ä toutes ces belles choses qui la rendaient infiniment heureuse…

Ah ! qu’elle aurait aim√©, √† cet instant pr√©cis, se retrouver dans sa merveilleuse for√™t !

Mais cela n’aurait pas √©t√© raisonnable, √©tant donn√© qu’il avait bien trop plu.

Tout ne serait donc qu’humidit√© et rien que d‚Äôy penser Mira en fut √©cŇďur√©e !

Non, il √©tait plus sage d’attendre que celle-ci redevienne bien s√®che comme elle l’√©tait il n’y a pas si longtemps.

¬ę Peut-√™tre apr√®s demain et biens√Ľr √† condition que Maman ne soit pas l√† ¬Ľ se dit-elle tout en baillant.

****

Mira attendait toujours bien sagement que sa Maman revienne mais elle trouvait que le temps √©tait de plus en plus long et commen√ßait s√©rieusement √† s’inqui√©ter de son absence prolong√©e.

Soudain, elle sursauta en entendant :

¬ę Cou-cou ! Cou-cou ! Cou-cou ! ¬Ľ

Le bruit provenait de l’horloge en bois qui se trouvait juste au-dessus de la porte de la cuisine.

Centr√©e au beau milieu de celle-ci ; une petite porte arrondie venait √† peine de s’ouvrir laissant surgir un oiseau qu’elle connaissait fort bien et qui avait le don de l‚Äôhorripiler.

Il s’agissait de ¬ę Canari ¬Ľ, le fameux oiseau de malheur qui se cachait √† l’int√©rieur et qui r√©apparaissait de temps en temps quand cela lui chantait.

Et là, il était en train de siffloter gaiement dans un son particulièrement aigu qui l’agaçait :

¬ę Cou-cou ! Cou-cou ! Cou-cou ! ¬Ľ

Elle le regarda d’un air mauvais et m√©prisant :

¬ę Mais tais-toi donc le Canari ! Pfff ! Oh la la ! On a compris le message ! Il est telle heure ! Et alors ? C’est pas la fin du monde que je sache ! ¬Ľ lui lan√ßa t-elle rageuse avec cette irr√©sistible envie de lui arracher le bec en deux temps trois mouvements pour qu‚Äôil puisse se taire une bonne fois pour toutes.

¬ę Cou-cou ! Cou-cou ! ¬Ľ continua de chanter le petit oiseau sans vergogne.

Il venait d’annoncer qu’il √©tait exactement 17H00.

Mira avait toujours aim√© cette bonne vieille horloge en bois qui devait tr√®s certainement dater de l’avant guerre.

Les jolies arabesques qui y √©taient grav√©es lui donnaient une allure des plus singuli√®re et d’une rare authenticit√©.

C’√©tait vraiment une magnifique horloge !

Par contre, le petit √™tre arrogant qui se renfermait dans ses entrailles n’avait pas le moins du monde sa gr√Ęce.

À dire vrai, elle le détestait.

Certes, c’√©tait peut-√™tre un bel oiseau avec son plumage jaune poussin des plus rayonnant mais elle n‚Äôarrivait plus √† supporter son sempiternel ¬ę Cou-cou ¬Ľ lui sortant de son minuscule bec orange vif.

Deux couleurs des plus criardes qui se voyaient à des kilomètres à la ronde !

C’est pourquoi elle aimait bien se moquer de lui en l’appelant : Canari.

Quant √† ses petits yeux noirs vifs et malicieux ; ils semblaient toujours la narguer lorsqu’il jaillissait subrepticement de son antre ferm√©e √† double tour.

Sans doute qu’il se sentait √† l’abri, l√† haut, √† l’int√©rieur de son refuge et qu’il savait fort bien que Mira n’aurait pas pu lui faire quoi que ce soit‚Ķ

Ah ! Comme elle aurait voulu l’attraper pour lui r√©gler enfin son compte !

Oui ! Pour toutes ces fois o√Ļ il avait eu l’audace de la faire sursauter en lui chantant √† tue t√™te ses infernales coucous r√©p√©titifs‚Ķ

¬ę Cou-cou ! Cou-cou ! ¬Ľ

Mais il ne perdait rien pour attendre celui-là…

Un beau jour, elle se vengerait. Elle ne savait pas encore par quel moyen mais elle finirait bien par trouver…

Elle l’observa encore. C’est fou comme il avait l’air vivant, l√† haut sur son perchoir en train de lui chanter la s√©r√©nade !

C’en était presque bluffant !

Monsieur Canari faisait son int√©ressant. Son grand show. Il devait tr√®s certainement se prendre pour Monsieur Rossignol alors qu’il avait une voix stridente de cr√©celle !

Mira ne le détestait pas tant que ça…

Non, c’√©tait bien pire. Elle le ha√Įssait !

Elle √©tait pourtant habitu√©e √† le voir quotidiennement et ce depuis pas mal d’ann√©es d√©j√† mais bizarrement, elle ne s’√©tait point faites √† son chant.

Non, celui-l√†, elle n’arrivait toujours pas √† l‚Äôingurgiter‚Ķ

Cependant, elle reconnaissait qu’il accomplissait fort bien son travail d‚Äôannonceur‚Ķ

Ah √ßa oui ! Et ce durant ces 5 ann√©es o√Ļ elle avait habit√© ici.

Et d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, jamais encore il n’avait eu la moindre extinction de voix‚Ķ

Non ! Une vraie machine de guerre ce Canari l√† ! Et biens√Ľr n’ayant pas la moindre piti√© pour ses oreilles fines et si d√©licates.

Elle avait bien essay√© de se faire √† son chant o√Ļ encore de contr√īler ses sursauts lorsqu’il entonnait ses horribles coucou mais elle avait fini par jeter l’√©ponge…

C’√©tait tout bonnement impossible !

Résultat des courses : elle détestait toujours autant sa voix et continuait à tressaillir lorsque le volatile en bois sortait de sa cachette tel un clown machiavélique.

Dieu qu’elle le m√©prisait !

Mira l’observait encore lorsque soudain la petite porte en bois se referma enfin sur lui.

¬ę Pfff, il √©tait temps ! ¬Ľ soupira t-elle en regardant les grandes aiguilles noires de l’horloge.

Elles annon√ßaient qu’il √©tait d√©j√† 17H15.

¬ę Mais que pouvait bien faire Laura ? Elle n’√©tait toujours pas revenue ¬Ľ s‚Äôinqui√©ta t-elle en tournant la t√™te vers la porte d’entr√©e du salon.

****

Mira commençait à avoir une petite faim alors elle franchit le seuil de la cuisine dont la porte était restée grande ouverte.

Immédiatement, elle remarqua au loin une petite assiette garnie de madeleines dorées qui reposait sur la table centrale.

Juste √† c√īt√© de celle-ci se trouvait un bol √† anse accompagn√© d’une petite cuill√®re √† caf√©.

Mira n’aimait pas trop les madeleines car elles avaient tendance √† lui coller au palais et puis il faut dire aussi que ce n’√©tait pas trop sa tasse de th√©.

Son intérêt se porta donc sur le bol en porcelaine blanc à gros pois rouges.

Que pouvait bien t-il contenir ? se demanda t-elle en ne le quittant pas de ses yeux perçants.

Sa curiosit√© grandissait au fur et √† mesure qu’elle se rapprochait de la grande table.

Ses narines sentirent les effluves d’un parfum vanill√©.

Se pourrait-il que Laura lui ai préparé son dessert préféré ?

Une bonne et onctueuse crème dessert à la vanille ?

Hum ! Rien que d’y songer, Mira √©tait d√©j√† toute excit√©e √† l’id√©e qu’elle le d√©gusterait dans quelques secondes.

Un exquis dessert lacté rien que pour elle ! Elle en avait de la chance !

Et sa Maman avait bien veill√© √† le sortir du frigo √† l’avance car elle savait que Mira aimait le manger √† temp√©rature ambiante et non glac√©e.

Le go√Ľt s’en trouvait bien meilleur.

Décidément, elle avait vraiment une Maman en or.

C’√©tait donc √ßa la fameuse surprise que Laura lui avait concoct√©e ?

Pourtant, elle aurait jur√© que sa Maman lui avait bien dit qu’elle lui ram√®nerait un cadeau en revenant de ses courses.

Mira plissa les yeux de contentement.

Se pourrait-il alors qu’il y ait une deuxi√®me surprise ?

Elle s’appr√™tait √† d√©guster sa gourmandise lorsque soudain, elle entendit un dr√īle de bruit qui provenait du salon.

Ah ! Non ! Personne n’avait le droit de la d√©ranger lorsqu’elle √©tait √† table !

¬ę Fichu bruit ! Va t’en ! Et laisse moi savourer ce d√©licieux met ¬Ľ

Mira se pourlécha les babines, prête à attaquer son savoureux dessert.

¬ę Crrr, crrr, crrr ¬Ľ

Oh non ! Le bruit de tout √† l’heure venait encore de recommencer et cette fois-√ßi il ne s’arr√™tait plus.

¬ę Ah ! Mais c’est pas vrai √ßa ! Je ne peux vraiment pas √™tre tranquille aujourd’hui ! ¬Ľ

√Ä contre cŇďur elle laissa son assiette de c√īt√© et retourna vite sur ses pas.

Du seuil de la cuisine elle inspecta de ses yeux d’aigle le vaste salon.

¬ę Crrr, crrr, crrr ¬Ľ

Le bruit s’intensifiait davantage. C’√©tait un peu comme un grattement √† une porte mais elle n’arrivait pas √† d√©celer de quoi il s’agissait exactement.

√Ä l’aff√Ľt et aux aguets, elle avan√ßa √† pas de loup √† l’int√©rieur du salon tout en scrutant les alentours mais ce n’√©tait pas si √©vident que √ßa vu qu’il faisait √† nouveau sombre ici.

Nous √©tions en plein mois d’octobre et le soleil se couchait beaucoup plus t√īt.

Bient√īt il ne tarderait plus √† faire nuit noire.

¬ę Crrr, crrr, crrr ¬Ľ

Les sens en alerte, Mira épiait les moindres recoins de la pièce.

¬ę Crrrr, crrr, crrr ¬Ľ

Par moment, le grattement s’interrompait, rendant alors difficile la recherche de sa provenance.

¬ę Crrr, crrr, crrr ¬Ľ

¬ę Ah la la ! Fichu bruit ! Mais o√Ļ te caches tu ? ¬Ľ s’aga√ßa Mira.

Soudain All√©luia ! Elle cru voir quelque chose bouger l√†-bas, l√† o√Ļ √©tait plac√© son fauteuil.

Vite, sans plus attendre, elle couru en sa direction puis au dernier moment décida de se positionner juste derrière lui afin de mieux épier la chose qui remuait.

Ses yeux verts n’√©taient plus que deux fentes extr√™mement √©tr√©cis √† force de scruter dans la p√©nombre les contours de cette √©tranget√©.

Une √©tranget√© qui avait d√Ľ ressentir sa pr√©sence car √† cet instant pr√©cis, elle ne bougea plus du tout.

Sans doute, avait-elle entendu Mira…

¬ę Mince alors ! Allez ! Gratte encore salet√© ! Pourquoi tu bouges plus ? ¬Ľ marmonna t-elle entre ses dents.

Soudain, la bestiole recommença innocemment sa petite besogne sans prêter attention à Mira qui était à présent juste derrière elle.

Les yeux toujours √©tr√©cis √† l’extr√™me, Mira reconnut enfin le petit animal.

¬ę Quoi ! ? Ce n’√©tait qu‚Äôune vulgaire souris ! ? ¬Ľ s‚Äôindigna t-elle courrouc√©e et pr√™te √† lui bondir dessus.

Tout ce raffut n‚Äô√©tait d√Ľ qu‚Äô√† une insignifiante petite souris ?

Une souris blanche qui √©tait en train de gratter fr√©n√©tiquement avec ses pattes avant un coin fissur√© de la plinthe en bois du mur de droite. Celui-l√† m√™me o√Ļ se trouvait √† quelques centim√®tres son fauteuil en velours.

√Ä l’attaaaaaque !!

Toutes griffes dehors, Mira bondit en avant tel un boulet de canon mais au moment o√Ļ elle allait se jeter sur le rongeur ; celui-ci se faufila aussi vite que l’√©clair par un petit trou attenant √† l’√©troite fissure qu’il n’avait pas eu le temps d’√©largir.

¬ę Oh non ! Salet√© va ! T’as r√©ussi √† √™tre plus rapide que moi ! ¬Ľ pesta t-elle d√©pit√©e d’avoir pu manquer son coup.

Et dire qu’elle avait √©t√© √† deux doigts de lui r√©gler son compte !

¬ę Une vraie Speedy Gonzales ! celle-l√† ! ¬Ľ admit-elle avec une certaine fascination.

¬ę Mais tu ne perds rien pour attendre ! ¬Ľ souffla t-elle sournoisement.

¬ę En plus tu as os√© faire ta petite cachette juste √† c√īt√© de mon fauteuil. Ah la la ! Grave erreur, vilaine souris ! ¬Ľ s’insurgea t-elle en regardant d’un Ňďil l’int√©rieur du trou par lequel le rongeur s’√©tait introduit si l√Ęchement.

Mais hélas, celui-ci semblait totalement vide.

Speedy Gonzales s’√©tait bel et bien volatilis√©e.

Elle avait d√Ľ tr√®s certainement emprunter une des nombreuses galeries creus√©es par elle o√Ļ ses cong√©n√®res.

Car s’il y en avait une ; il devait alors y en avoir plusieurs‚Ķ

Elle prendrait alors son temps et un malin plaisir √† les pourchasser l’une apr√®s l’autre…

En tous cas, √† l’avenir, elle resterait vigilante car elle d√©testait que des intrus envahissent son territoire.

Speedy Gonzales et le Canari ne perdaient rien pour attendre…

Mira regarda autour d’elle.

Avec la venue impromptue de cette souris, elle ne s’√©tait pas aper√ßu que le salon √©tait √† pr√©sent plong√© dans le noir.

Elle ne craignait point la nuit mais elle commençait à se faire du mauvais sang pour sa Maman.

Elle jeta un Ňďil √† la porte d’entr√©e qui √©tait toujours obstin√©ment ferm√©e‚Ķ

Mais que pouvait bien faire Laura à cette heure si tardive ?

Pour passer le temps, elle décida de rester encore quelques instants devant le trou de la plinthe, histoire de voir si la souris finirait bien par en ressortir.

Mais Speedy Gonzales √©tait loin d’√™tre b√™te.

Ce soir, il √©tait √©vident qu’elle ne montrerait plus le bout de son museau.

Mira devait se résigner.

Elle commen√ßa √† b√Ęiller d’ennui et repensa √† nouveau aux douces paroles de sa Maman :

¬ę Je te ram√®nerai une petite surprise ma Mira ! Sois bien sage surtout ! ¬Ľ

Les répéter inlassablement dans sa tête lui permettaient de se rassurer et même si elle commençait à redouter le pire.

¬ę Pourvu que sa Maman n’ait pas eu un accident sur la route ¬Ľ se demanda t-elle tr√®s inqui√®te.

Mais il ne fallait surtout pas qu’elle perde les p√©dales.

Et pour cela, il valait mieux qu’elle resta positive en se disant que Laura ne tarderait plus √† revenir.

Soudain, elle repensa √† son onctueuse cr√®me dessert qu’elle avait bien failli oublier √† cause de la satan√©e Speedy Gonzales.

Celle-ci lui redonnerait du baume au cŇďur concernant son inqui√©tude pour sa Maman et lui permettrait √©galement d’oublier le f√Ęcheux petit incident qu’elle avait eu avec le rongeur.

****

Mira venait √† peine de terminer sa d√©licieuse cr√®me dessert √† la vanille lorsqu’elle repensa encore aux paroles de Laura :

¬ę Je reviendrai avec une petite surprise pour toi ma Ch√©rie. Sois bien sage surtout ! ¬Ľ

Voil√† ce qu’elle lui avait dit avant de refermer derri√®re elle, la lourde porte d’entr√©e en bois massif.

Elle ne pouvait s’emp√™cher de se la ressasser en boucle.

Elle revoyait aussi l’image de son doux visage souriant avec ce joli foulard rose pastel nou√© autour de son cou d√©licatement parfum√©.

Un parfum aux notes florales emport√© dans le sillage du vent frais de cet apr√®s-midi l√† et que Mira n’avait point oubli√©.

√Ä cette pens√©e, elle eut une boule dans la gorge. Sa Maman lui manquait…

Soudainement, elle entendit le Canari chanter :

¬ę Cou-cou ! Cou-cou ! ¬Ľ

Elle sursauta mais bizarrement ne lui en voulut pas.

Cet oiseau de malheur rompait le silence de plomb qui régnait dans la vaste maison et cela la rassurait.

Et m√™me si son ¬ę Cou-cou ¬Ľ √©tait d√©testable ; elle lui en √©tait quand m√™me reconnaissante‚Ķ

Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, elle mourait d’envie de lui arracher le bec !

Ce n’√©tait plus le cas maintenant. Le Canari √©tait devenu son ami.

Il venait d‚Äôannoncer qu’il √©tait exactement 19H00.

Son inquiétude redoubla.

Jamais encore sa Maman n’√©tait arriv√©e en retard. Elle respectait toujours ses promesses…

Mais que faisait-elle alors ?

Elle regarda par la baie vitr√©e. Le jardin √©tait dans l’obscurit√© totale et il n’y avait pas √Ęme qui vive.

Sa Maman ne donnait pas de cours le samedi au lyc√©e et c’est pour cela qu’elle profitait toujours de ce jour pour faire ses courses.

¬ę Maman ! Reviens moi ! S’il te pla√ģt ! ¬Ľ

Elle faisait cet ultime vŇďu tout en regardant le ciel noir opaque d√©nu√© d’√©toiles‚Ķ

Soudain, elle entendit un cliquetis à la porte.

Incroyable mais vrai ! Sa demande avait-elle été exaucée ? !

Vite, le cŇďur battant et sans plus attendre, elle courut vers la porte et attendit.

Son impatience la rendait fébrile et très nerveuse.

Subitement, la porte s’ouvrit enfin en grand, laissant appara√ģtre sa douce et belle Maman qui lui lan√ßa :

¬ę Coucou ma ch√©rie ! Oui, je sais, je suis tr√®s en retard. Attends, je vais allumer. On n‚Äôy voit strictement rien ici ! ¬Ľ

Le grand lustre du salon s’illumina imm√©diatement, √©clairant toute la pi√®ce d‚Äôune intense lumi√®re qui faisait plaisir √† voir.

Ainsi, le salon retrouvait enfin son c√īt√© chaleureux et s√©curisant.

¬ę Oh ma Ch√©rie ! Tu as d√Ľ avoir peur toute seule ici dans le noir. Je suis vraiment d√©sol√©e ¬Ľ

Laura d√©posa son gros sac de provisions sur le carrelage puis s’empressa de fermer √† clef la lourde porte en bois.

Elle se retourna et regarda Mira avec une extrême douceur dans le regard.

¬ę Tu sais, je m’inqui√©tais pour toi ma Mira. Te savoir toute seule ici me tracassait. Mais je suis heureuse de te retrouver enfin. Allez, viens me faire un c√Ęlin ¬Ľ

Tout en s’accroupissant, elle tendit les bras vers elle mais Mira ne broncha pas.

Elle restait immobile sans ciller.

¬ę Que se passe-t-il ma Ch√©rie ? Tu me boudes ? ¬Ľ

Le regard vert de Mira était réprobateur.

¬ę Ah ! Je vois ! Tu m’en veux toujours. Mais tu sais ce n’est pas enti√®rement de ma faute. Il y avait beaucoup de monde au supermarch√© et lorsque je conduisais sur la route qui m√®ne chez nous ; j’ai d√Ľ faire un d√©tour √† cause d’un grave accident ¬Ľ

Les yeux verts de Mira s‚Äôarrondirent d’√©tonnement.

Mais alors l’absence prolong√©e de sa Maman √©tait donc d√Ľ √† cause de toutes ces choses ?

¬ę Tu m’en veux toujours ? ¬Ľ questionna Laura avec un petit sourire enj√īleur.

Avec de tels arguments ! Grand Dieu ! Biens√Ľr que non ! Alors, contre toute attente, elle se pr√©cipita avec h√Ęte vers sa Maman puis se caressa imm√©diatement tout contre elle en faisant ses pattes de velours.

¬ę Oooh ! Ma jolie Mira ! ¬Ľ s’exclama Laura avec une certaine √©motion dans la voix.

Mira ronronnait de plaisir en ne cessant de se caresser contre elle.

¬ę Mais toi aussi Maman ! Tu m’as manqu√©e ¬Ľ miaula t-elle d’une petite voix en la d√©vorant des yeux.

¬ę Oh ! J’aime quand tu me fais des c√Ęlins comme √ßa ma Mira ! ¬Ľ

Laura lui caressa affectueusement la t√™te puis passa sa main sous son ventre tout blanc et si soyeux. Elle savait que Mira aimait bien qu’on le lui caresse en faisant de grands vas et vient.

Mira ronronnait de plus belle. Elle était vraiment au septième ciel.

Laura lui fit ensuite un petit bisou sur le bout du nez.

¬ę Ah ! mais j’allais oublier ta surprise ! ¬Ľ s’√©cria t-elle subitement.

¬ę Attends, je vais la chercher dans le sac ¬Ľ ajouta t-elle en se relevant.

Quelques secondes plus tard, elle tenait dans sa main droite un sachet brillant qui ressemblait à un gros paquet de chips.

Mira le reconnut imm√©diatement avec son logo si particulier qui repr√©sentait l’empreinte d’un coussinet f√©lin.

¬ę Tiens ! Regarde ! C’est pour toi ma Mira ! ¬Ľ s’enthousiasma Laura en commen√ßant √† l‚Äôagiter de haut en bas.

¬ę Tu reconnais ce bruit ? ¬Ľ

Bien √©videment qu’elle le reconnaissait !

Et quand bien m√™me il y aurait eu tout un tas de vacarme autour ; elle l’aurait encore reconnu entre mille‚Ķ

Mira ne cessa de le fixer de ses grands yeux verts en amande pendant que sa Maman continuait de le lui agiter sous le nez.

¬ę Quel son merveilleux ! ¬Ľ miaula t-elle en ne le quittant pas des yeux.

Sa Maman venait de lui offrir un tr√®s joli cadeau : ses croquettes favorites d’apr√®s le coussinet dor√© qui √©tait dessin√© dessus.

Sa marque pr√©f√©r√©e ! Les savoureuses et fondantes croquettes de bŇďuf aux l√©gumes verts dont elle raffolait tant.

Mira ronronna de plus belle √† l’id√©e de bient√īt les croquer‚Ķ

Mais elle ne ronronnait pas que pour elles…

Est-ce que Laura s’√©tait aper√ßu qu’elle s’√©tait beaucoup inqui√©t√© pour elle ?

Et se doutait-elle un seul instant de l’immense amour qu’elle lui portait ?

Un amour qui surpassait tout le confort dont elle bénéficiait ici dans cette maison.

Un amour débordant qui ne pouvait être comblé et rassasié juste par des croquettes aussi affriolantes soient-elles.

Un amour qu’elle avait besoin de transmettre car elle n’√©tait peut-√™tre qu’une chatte de goutti√®re, un f√©lin ronronnant √† la moindre caresse ou victuaille ; elle n‚Äôen restait pas moins un √™tre vivant avec un cŇďur rempli de sentiments √† l’int√©rieur.

Un cŇďur qui n’oublierait jamais ce jour ou Laura l’avait adopt√©e un certain mois de juillet de l’ann√©e 2013 √† la SPA ; juste en √©tant attir√©e par ses miaulements de d√©sespoir, sans m√™me la voir !

Ce jour o√Ļ elle √©tait encore tenue prisonni√®re dans l’une de ces cages, enferm√©e √† double tour avec cinq autres amies comme elle qui attendaient en vain de se faire adopter mais sans aucun succ√®s.

Ce jour o√Ļ pourtant une certaine Laura avait su remarquer la d√©tresse dans sa voix √©raill√©e, √† force de miauler.

Ce jour qui avait changé irrémédiablement sa vie…

Une complainte que Laura avait su √©couter et qui l’avait alors guid√©e et men√©e jusqu’√† elle.

Elle, la chatte de gouttière aux yeux verts…

Et le coup de cŇďur fut r√©ciproque. Aussi bien pour l’une que pour l’autre‚Ķ

Une rencontre qui était sans doute écrite…

Le plus beau jour de sa vie…

Un jour √† jamais grav√© dans son petit cŇďur de f√©lin.

Un cŇďur qui avait enfin trouv√© sa Maman.

Une merveilleuse Maman qui l’avait sauv√©e et aim√©e de toute ses forces d’un amour inconditionnel‚Ķ

Un amour qui durerait encore et encore…

Son plus beau cadeau sur Terre…

 

Son plus beau cadeau sur Terre ūüéĀ

Mira s’√©tait endormie dans le large fauteuil en velours si doux et si confortable qui se trouvait tout pr√®s de la grande baie vitr√©e.

√Ä travers celle-ci, on pouvait voir un immense et magnifique jardin dont la pelouse venait tout juste d’√™tre tondue il y a √† peine deux jours et qui √©tait √† pr√©sent toute imbib√©e d‚Äôeau √† cause de l’interminable pluie.

Tout était redevenu calme dehors et peu à peu les petits moineaux revenaient se poser gaiement sur les branches dénudées des grands amandiers.
En haut de leurs cimes et par certaines ramifications de leurs branchages ; on pouvait remarquer quelques nids détruits.

Il faut dire que la temp√™te avait √©t√© d’une rare violence… Elle n’avait rien √©pargn√©…

Pourtant, à voir les moineaux sautiller de branches en branches tout en piaffant entre eux ; ils ne semblaient guère rancuniers au saccage de leurs petites demeures.

Sans doute que dans leurs langages d’oiseaux, ils prévoyaient déjà d’en reconstruire de nouvelles.

Par moment, ils venaient s’abreuvoir ou encore s’amuser dans les quelques flaques d’eau un peu boueuses qui s’étaient formées tels des petits cratères dans les zones clairsemées de la pelouse.

Finalement, la pluie tant méprisée leur avait apportée de l’eau pour se désaltérer mais aussi la joie de pouvoir faire la toilette de leurs plumages.

Et c‚Äô√©tait un spectacle des plus merveilleux que celui de pouvoir les observer en train de d√©ployer leurs petites ailes et secouer avec fr√©n√©sie leurs plumes faisant alors jaillir d‚Äôinnombrables gouttelettes d‚Äôeau autour d’eux.

Les moineaux avaient enfin retrouvé leur joie de vivre comme si la tempête n’était jamais apparue…

Mais ce n’√©tait h√©las pas le cas le cas pour tout le monde‚Ķ

Au centre du jardin, à l’intérieur d’un pourtour de galets blancs ; de hauts rosiers buissons de couleur rouge-Bordeaux avaient perdu de leurs splendeurs à cause des incessantes bourrasques de vent qui sans vergogne, les avaient entièrement dépouillées de leurs si jolies et gracieuses pétales.

Elles s’étaient envolées de part et d’autre du jardin et reposaient de-ci de-là sur l’immense pelouse telles de belles endormies.

Elles avaient √©t√© arrach√©es de force √† leur m√®re nourrici√®re et ne tarderaient pas √† s‚Äôab√ģmer puis √† se fl√©trir au fil des heures.

Mais pour l’instant, leur couleur rouge si profonde offrait un contraste des plus ravissant et romantique sur la vaste pelouse verte pomme.

La rageuse tempête n’avait pas réussi à détruire la magnificence de ce lieu habituellement si charmant par temps radieux…

Les oiseaux tout comme les v√©g√©taux semblaient vouloir oublier ses terribles affres en continuant leur vie bien paisible tout en attendant avec une certaine impatience la venue de ¬ę Monsieur Soleil ¬Ľ qui les r√©chaufferait de bon cŇďur de ses ardents et lumineux rayons.

****

La pluie s‚Äô√©tait arr√™t√©e de tomber depuis d√©j√† quelques bonnes heures mais toujours pas de Monsieur soleil √† l‚Äôhorizon…

Pourtant à cet instant même, le ciel venait de changer de nuance et sa couleur si grise de tout à l’heure s’était alors transformée en un joli bleu gris parsemé de gros nuages effilochés.

Des nuages qui n’allaient pas tarder √† s’√©vaporer selon les dires de l‚Äôannonce m√©t√©orologique diffus√©e hier soir √† la t√©l√©vision.

Cependant, Monsieur Soleil se faisait encore attendre et ne daignait toujours pas pointer le bout de son nez…

Que Diable attendait-il pour faire son entrée ?

Soudain, √ī Miracle ! les premiers rayons apparurent et commenc√®rent √† traverser les vitres des deux grandes fen√™tres du salon ainsi que celle de la baie vitr√©e ; caressant au passage, la t√™te de Mira qui reposait sur l’un des accoudoirs moelleux du fauteuil.

La douce lumière s’insinua davantage à l’intérieur de la pièce, la rendant alors beaucoup plus spacieuse et conviviale.

Elle finit ensuite par se projeter avec fougue sur les jolies courbes anatomiques de Mira et s’y attarda longuement en y faisant une jolie danse d‚Äôondulation.

Elle explorait ainsi ce corps endormi en ne cessant d’y dessiner à l’infini de douces vagues tels des tatouages éphémères.

Elle aimait jouer avec les sens de Mira mais que cherchait-elle exactement ?

Mira ne le savait que trop bien et faisait semblant de ne pas comprendre…

Elle ressentait les chaudes caresses des rayons du soleil lui réchauffer le corps mais elle ne voulait pas encore lui céder… Pas tout de suite… Pas maintenant…

De son c√īt√© Mademoiselle Lumi√®re mettait du cŇďur √† l‚Äôouvrage en se faisant de plus en plus pressante et insistante‚Ķ

Elle jouait de plus belle avec Mira…

Brusquement, comme si une mouche venait de la piquer ; elle fini par se lasser de ce petit jeu et décida de terminer son incessante danse lumineuse en s’installant sur le bout de son nez ; obligeant ainsi cette dernière à ouvrir peu à peu ses grands yeux verts en amande.

La lumière fut si forte que Mira dut les plisser afin de les accoutumer à son intense luminosité…

Il faut dire que depuis pas mal d’heures déjà, il avait fait très sombre dans cette pièce.

Elle se souvenait encore des myriades de gouttelettes de pluie qui n’avaient eu de cesse de se projeter avec fracas contre les vitres des deux fen√™tres ainsi que sur celle de la baie vitr√©e lui donnant alors un l√©ger mal de t√™te suivi d’une irr√©sistible envie de dormir et de rejoindre sans plus tarder son cher fauteuil si douillet.

Mais le soleil venait à présent la déranger juste pour la réveiller alors qu’elle ; elle voulait encore et encore dormir telle une Belle au bois dormant.

¬ę Soleil ! va-t‚Äôen ! Tu aurais d√Ľ venir avant‚Ķ C‚Äôest trop tard maintenant ! Je ne veux plus sortir de mon fauteuil si doux et si moelleux‚Ķ Et puis tu as beau √™tre le ma√ģtre de l‚Äôunivers que cela n‚Äôy changerait rien alors laisse-moi tranquille ¬Ľ

Mais Mademoiselle Lumière lui chuchota à l’oreille :

¬ę Tu dois te lever Mira ! Tu as des choses √† faire. Et puis, tu as suffisamment dormi, ne trouves-tu pas petite flemmarde ? ¬Ľ

¬ę Non, non‚Ķ Pourquoi viens-tu me r√©veiller ? Va-t‚Äôen ! J‚Äô√©tais en train de faire un merveilleux r√™ve‚Ķ Oh ! Et puis tu m‚Äô√©nerves ! OK ! Tu as encore gagn√© ! ¬Ľ

Sortant enfin de sa léthargie, Mira finit par ouvrir en grand ses jolis yeux verts irisés de constellations ambrées qui se voyaient davantage avec la lumière du soleil.

Elle se leva de son fauteuil et s’√©tira longuement √† cause des courbatures qu’elle avait attrap√©es √† force d‚Äô√™tre rest√©e trop longtemps endormie dans la m√™me position.

À chaque fin de repas, elle avait pour habitude de faire une sieste.

C’√©tait pour ainsi dire, le meilleur moment de toutes ses journ√©es mais aujourd’hui, son sommeil n’avait pas √©t√© r√©parateur √† cause du vacarme de cette fichue pluie qui lui avait donn√© un terrible mal de t√™te avant de s‚Äôendormir.

Et le comble de tout, c’est que celle-ci n’avait eu de cesse de tomber depuis 11 heures du matin jusqu’√† 15H30 ; de quoi la mettre de tr√®s mauvaise humeur…

Mais fort heureusement, elle ne le resterait pas bien longtemps vu qu’elle était d’une nature toujours très gaie et optimiste.

Elle fit un long b√Ęillement √† s‚Äôen d√©faire la m√Ęchoire mais c‚Äô√©tait beaucoup plus pour exprimer son agacement que celui d‚Äôune fatigue quelconque puisqu‚Äôelle n‚Äôavait point sommeil √† cet instant-l√†.

Monsieur soleil avait osé lui envoyer une de ses fidèles servitrices pour la réveiller.

Et bien entendu, Mademoiselle Lumi√®re n’avait pas h√©sit√© la moindre seconde √† s’ex√©cuter illico presto…

Elle, toujours présente et si dévouée à son poste depuis des millions et des millions d’années devait très certainement trouver un certain plaisir non dissimulé à vouloir réveiller le monde entier.

Sa t√Ęche quotidienne d’illuminer de mille feux notre plan√®te lui tenait tant √† cŇďur qu‚Äôil ne valait mieux pas lui r√©sister‚Ķ

Et puis, de toute fa√ßon, elle avait l‚Äôart et la mani√®re de savoir se faire respecter…

C’est pourquoi Mira ne lui en voulut plus du tout et quand bien même son sommeil n’avait pas été réparateur ; eh bien, elle ferait avec…

Monsieur Soleil n‚Äôavait donc pas eu si tort que √ßa de lui envoyer sa fid√®le comp√®re pour la d√©loger de son fauteuil sinon qui d’autre l‚Äôaurait fait ?

D√©cid√©ment, ces deux-l√† √©taient tr√®s compl√©mentaires ! Et il savaient remplir leur r√īle √† la perfection : lui, de tourner autour de notre bonne vieille plan√®te terre et elle, de nous propager de ses intenses faisceaux lumineux.

Ainsi, gr√Ęce √† l‚Äô√©clat de leur rayonnement, le monde s’en trouvait heureux.

En conclusion, nous ne ferions pas grand-chose sans eux…

C’est pourquoi Mira se sentit à présent d’humeur plus guillerette et prête à affronter cette fin d’après-midi.

Elle s’étira encore tout en regardant le salon qui était devenu nettement plus lumineux ; semblant alors reprendre enfin vie.

****

Mira avait toujours aimé cette pièce qui ne manquait jamais de luminosité par temps radieux.

Par contre, par temps de pluie, le salon s’habillait alors d’une lugubre et aust√®re apparence qu’elle d√©testait au plus haut point ; lui faisant un tantinet peur et sursauter au moindre bruit.

Elle avait toujours eu une sainte horreur de la pluie et ce, depuis sa plus tendre enfance !

Mira s’√©tira une derni√®re fois puis regarda par la baie vitr√©e l’immense pelouse qui √©tait toujours autant imbib√©e d’eau.

Elle leva les yeux au ciel et constata qu’il avait pris une jolie teinte d’un bleu limpide, sans le moindre nuages.

¬ę Quel bien joli ciel ! ¬Ľ se dit-elle en ne se lassant pas de l’admirer.

Le fameux proverbe : ¬ę Apr√®s la pluie vient le beau temps ¬Ľ √©tait bien vrai.

La preuve était devant ses yeux ébahis.

Elle l‚Äôadmira encore quelques instants puis d√©cida de s’extirper avec h√Ęte de son fauteuil. Elle avait des tas de choses √† faire…

Finalement, cette fin de journ√©e ne serait pas si morose que √ßa se dit-elle tout en marchant et en regardant autour d’elle.

Elle repensa alors √† Laura qui lui avait dit juste apr√®s le repas de ce midi, qu’elle irait faire des courses mais qu’elle ne tarderait pas pour revenir.

Elle se souvenait également que celle-çi lui avait promis une petite surprise dès son retour. Mais laquelle au juste ?

Mira n’aimait pas trop les surprises et elle bouillonnait d√©j√† d’impatience de revoir au plus vite sa maman.

Mais en attendant celle-√ßi, que pourrait t-elle bien faire d’int√©ressant ?

Elle l’ignorait encore mais trouverait bien une id√©e d’ici l√†…

****

Mira avait toujours aimé cette grande et belle demeure située en pleine campagne.

Elle était certes assez éloignée de la ville mais pas si isolée que ça par rapport au voisinage bienveillant qui l’entourait.

Oui, Mira était vraiment heureuse de vivre ici.

Et parmi toutes les pièces de la maison ; elle avait une nette préférence pour le grand salon.

C’√©tait son endroit favori.

Il faut dire que sa Maman Laura l’avait d√©cor√© avec beaucoup de go√Ľt en agr√©mentant chaque pan de mur, de jolis tableaux d’aquarelles.

Ses propres Ňďuvres qu’elle aimait peindre durant ses heures de loisir car oui ; en dehors de son m√©tier de professeure de Fran√ßais, Laura √©tait aussi une artiste peintre extr√™mement dou√©e.

Mira ne se lassait jamais de regarder ses toiles tant elles étaient belles.

Soudain, elle fut prise d’√©motion lorsque son regard s’attarda sur l’une d’entre elles.

Celle qu’elle pr√©f√©rait le plus‚Ķ

Celle qui la représentait et dont elle était si admirative…

Il s’agissait de son propre portrait.

Mira se souvenait encore de ce merveilleux jour o√Ļ Laura √©tait devenue sa m√®re adoptive.

Il y avait 5 ans de ça.

5 ans de pur bonheur se dit-elle en admirant le tableau.

Une toile que sa douce et si belle Maman avait peint en son honneur pour lui dire √† quel point elle l’aimait de tout son cŇďur et de toute son √Ęme.

La toile √©tait si bien r√©ussie que Mira avait l’impression de se voir dedans comme dans un miroir tant la ressemblance √©tait frappante.

Sa Maman avait su la dessiner et l‚Äôimmortaliser telle qu’elle √©tait…

Oui, elle √©tait vraiment fi√®re de ce tableau…

Elle avait eu beaucoup de chance de tomber sur une Maman telle que Laura…

Et pour tout l’or du monde, elle n’en aurait souhait√© une autre car oui, sa Laura √©tait un √™tre unique et √† part‚Ķ

Cinq belles ann√©es qu’elle grandissait et √©voluait √† ses c√īt√©s, entour√©e de plein d’amour.

Un amour pur et sinc√®re dont elle avait cruellement manqu√© autrefois mais qui aujourd’hui comblait son cŇďur.

Un amour si profond qu’elle avait fini par oublier les maltraitances subies dans son pass√©…

Un pass√© d√©sormais r√©volu car aujourd’hui, elle √©tait pleinement heureuse et √©panouie…

****

Mira sentit une agr√©able odeur de fra√ģcheur vivifiante.

Elle provenait du mobilier en bois de pin massif qui se trouvait dans le salon.

Il sentait agr√©ablement bon l’odeur des pins comme si on se retrouvait √† l‚Äôint√©rieur de l’une de ces for√™ts enivrantes et revigorantes capables de lib√©rer votre esprit.

Une odeur certes piquante et quelque peu entêtante mais que Mira aimait respirer à pleins poumons.

D’ailleurs, il n’y avait pas qu’elle qui appr√©ciait ces effluves menthol√©es.

Les rares convives qui passaient à la maison aimaient aussi l’humer tout en faisant quelques remarques agréable à son sujet :

¬ę Hum, quelle agr√©able senteur Laura ! On se croirait dans une for√™t de pins tellement c’est vivifiant ! ¬Ľ

Ils pensaient alors que cette forte odeur de r√©sine devait sans aucun doute provenir de bougies d’ambiance alors qu’il n’en √©tait absolument rien.

Et c’est l√† que quelque peu amus√©e, Laura leur r√©pondait toujours invariablement ceci :

« Il s’agit de mes meubles et non de bougies parfum√©es. Ils sont tous en bois de pin ¬Ľ

S‚Äôensuivait alors un petit silence d’√©tonnement rapidement rompu par quelques exclamations :

¬ę Mais ce n’est pas possible !! Tu plaisantes ? √áa sent tellement bon. Tu en es certaine ? ¬Ľ

Et à son tour, elle leur rétorquait de son joli sourire un brin moqueur :

¬ę C’est pourtant bien vrai. Et pour faire perdurer leur odeur si plaisante ; j’utilise une cire d’abeille liquide √† base d’huile essentielle de pin pour bien les nourrir et les faire briller. Voil√† le secret. Ni plus ni moins ¬Ľ

Mira aimait alors voir l‚Äôexpression de leurs visages dubitatifs comme s’ils ne croyaient pas du tout √† ce que venait de leur r√©v√©ler sa Maman.

Et cela l’amusait d’autant plus lorsque venait le moment fatidique o√Ļ ils se rapprochaient du grand buffet en pin pour pouvoir le renifler de tr√®s pr√®s ; histoire de v√©rifier ses dires…

Oui, cela l’amusait toujours beaucoup‚Ķ

****

Mira s’approcha du grand buffet en pin et commen√ßa √† l’humer intens√©ment.

Elle ne pouvait s’emp√™cher de faire ce petit rituel √† chaque fois qu’elle passait par ici, avant de franchir le seuil de la cuisine.

Elle le respira de très près et très longuement.

Cette effluve lui rappelait toujours celle de la forêt qui se trouvait à quelques mètres de leur demeure.

Quelques fois et lorsque Laura n’√©tait pas l√† ; elle aimait bien s’y aventurer tout en sachant que c’√©tait un lieu qui lui √©tait interdit.

En effet, Laura l’avait souvent mise en garde √† ce sujet, lui r√©p√©tant inlassablement les m√™me paroles :

« Je te pr√©viens encore Mira ! Tu ne dois pas aller dans cette for√™t ! C’est bien trop dangereux et tu pourrais t’y perdre. Pourtant, je suis certaine que tu me d√©sob√©iras encore. Mais, tu ne devrais pas faire √ßa. J’esp√®re que tu ne le feras plus et que tu resteras bien sagement ici chez nous sinon je dirais √† Madame Sanchez de te garder chez elle ¬Ľ

Oh non ! Surtout pas Madame Sanchez !

Mira n’aimait pas du tout cette vieille dame avec sa grosse voix √©raill√©e d‚Äôancienne fumeuse qui la faisait toujours peur.

Mais ce qu’elle d√©testait par-dessus tout √©tait bien lorsqu’elle celle-ci la prenait dans ses bras pour lui faire des c√Ęlins…

Elle avait alors l’impression de litt√©ralement √©touffer sous ces innombrables baisers baveux‚Ķ

Berk ! Elle n’aimait pas ça du tout !

Non, par piti√© ! Surtout pas Madame Sanchez qui √©tait √† son go√Ľt bien trop d√©bordante d’amour envers elle‚Ķ

Certes, elle √©tait tr√®s gentille mais elle n’aimait pas son c√īt√© envahissant et disons-le trop √©touffant.

Madame Sanchez √©tait une vieille dame √Ęg√©e de 90 ans qui vivait seule dans une grande demeure qui se trouvait non loin de la leur.

Elle n’avait plus aucune famille mais fort heureusement pas mal d’amis du voisinage y compris sa Maman venaient r√©guli√®rement lui rendre quelques petites visites pour lui changer les id√©es et prendre de ses nouvelles.

À ces moments là, elle semblait alors beaucoup plus gaie.

Cependant, la solitude devait parfois la peser et c‚Äôest pourquoi elle avait autant besoin de transmettre son amour √† tous ceux qui la c√ītoyaient‚Ķ

Mira compatissait et avait de la peine pour elle alors elle acceptait sans trop rechigner ses bisous baveux ainsi que ses petites mignardises bien trop sucrés.

Elle savait aussi que Madame Sanchez adorait s’occuper d’elle‚Ķ

N√©anmoins, elle n’aimait pas du tout rester en sa compagnie car elle s’ennuyait √† mourir dans sa vieille maison et ce malgr√© la distrayante balan√ßoire qui se trouvait dans son jardin.

Non ! Rien n’y faisait ! C’√©tait comme √ßa‚Ķ

Et Laura ne le savait que trop bien alors pourquoi lui infliger un tel chantage √† chaque fois qu’elle s’absentait de la maison ?

Certes, la for√™t lui √©tait interdite mais pourquoi en faire toute une histoire surtout qu’elle √©tait tr√®s d√©gourdie pour son √Ęge et pas du tout du genre √† se laisser influencer par n’importe qui et n’importe quoi…

Alors pourquoi ne pas lui faire tout simplement confiance ?

De toute façon, elle persisterait à aller dans sa forêt et ce malgré les nombreuses recommandations de Laura.

Ce n’√©tait sans doute pas tr√®s prudent de sa part, mais elle aimait le go√Ľt du risque et de l’aventure alors pourquoi s’en priverait-elle ?

Et puis c’√©tait aussi de son √Ęge de faire des petites b√™tises, non ? !

Elle ne voulait surtout pas vieillir sans les avoir commises sinon elle le regretterai tr√®s certainement…

Et puis cela lui faisait le plus grand bien de s’√©loigner de temps en temps de cette maison et de son jardin, si immense soit-il.

Car oui ! Mira aimait se sentir libre !

Libre comme l’√©tait le vent ou encore ces moineaux qui piaffaient gaiement entre eux sur les branches des grands amandiers‚Ķ

Elle avait besoin de cette liberté pour se sentir exister…

Et la for√™t exaltait tous ses sens. Elle s’y sentait bien.

Elle aimait s’y balader mais toujours avec une certaine prudence car elle √©tait peut-√™tre une grande aventureuse mais pas non plus une irresponsable inconsciente…

Elle savait fort bien que sa douce Maman √©tait une personne tr√®s inqui√®te alors elle ne tenterait jamais le diable car elle l’aimait bien trop pour agir inconsid√©r√©ment‚Ķ

Mais Laura ne lui faisait pas encore enti√®rement confiance. Elle l’a trait√©e toujours comme un b√©b√©‚Ķ

Son ¬ę petit b√©b√© ¬Ľ comme elle aimait l’appeler affectueusement‚Ķ

Mira aimait bien ce petit surnom mais elle ne le trouvait pas en accord avec sa personnalité intrépide.

De toute façon, personne ne pouvait lui mettre d’entraves pas même sa bien-aimée Maman…

C’est pourquoi, elle agirait toujours derri√®re son dos durant ses absences pour pouvoir enfin partir en vadrouille.

Ben quoi ? Avait-elle le choix ?

Et il fallait qu’elle en profita encore car l’automne ne tarderait plus √† arriver‚Ķ

Elle s’en √©tait bien rendue compte avec l‚Äôinterminable pluie d’aujourd’hui.

Elle savait alors qu’elle serait bien oblig√©e de ralentir ses cadences d‚Äôaventuri√®re dans sa for√™t √ī combien si captivante car le temps hivernal deviendrait aussit√īt un obstacle avec son incessante et perp√©tuelle humidit√©.

L’insidieux froid que Mira détestait tant l’empêcherait de faire ses petites escapades…

Comme le temps deviendrait alors trop long durant cette période !

Mais elle finit par se rassurer en se souvenant d’une belle image qui lui revint en m√©moire.

LA SUITE…

La derni√®re danse de la lune : Chapitre 4 : La faille

la derniere danse de la lune

 

« Oups ! √ßa devait arriver ! Attendez je vais en allumer une autre » s’empressa de dire Tamara.

En effet, les bougies n’avaient eu de cesse de se consumer et on voyait √† pr√©sent un amas de cire blanche biscornu qui s’√©tait form√© sur chacun des deux socles.

C’√©tait le t√©moignage du temps qui avait pass√© se dit Elisa en regardant Tamara qui √©tait d√©j√† en train d’allumer la m√®che d’une autre bougie √† l’aide de son fameux briquet provenant de l’H√ītel Paradise Beach.

Elle venait de prendre une autre bougie √† l’int√©rieur d’un¬†des tiroirs du bas de l’armoire et avait bien pr√©cis√© qu’il y en avait encore tout un stock entier et que si jamais l’une d’elles venait √† nouveau √† s’√©teindre, elles n’auraient aucun souci √† se faire de ce c√īt√© l√†.

« Tant mieux ! » s’√©tait dit Elisa dans son for int√©rieur car les bougies lui procuraient un certain r√©confort qu’elle n’√©tait pas encore pr√™te √† voir dispara√ģtre et surtout pas en cette longue nuit interminable.

Elle aimait bien sentir cette odeur de bougie qui br√Ľle. Cette effluve si particuli√®re qui envahissait toute la pi√®ce, lui rappelant de lointains souvenirs de son enfance.

Oui, de biens jolis instants qu’elle aurait bien aim√© pouvoir un jour raconter √† l’homme de sa vie ainsi qu’√† ses futurs enfants car elle comptait bien se sortir de cette impasse…

A force d’attendre dans cette cabane, elle avait retrouv√© en elle un nouvel espoir ; sans doute gr√Ęce √† la pr√©sence de Tamara qui avait r√©ussi √† d√©tendre l’atmosph√®re par ses multiples et diverses questions.

Et plus que jamais, elle voulait retourner √† sa vie d’avant et vivre sa continuit√©.

En tous les cas, il √©tait hors de question que son destin ne se termine de mani√®re tragique et qui plus est dans une √ģle perdue, √©loign√©e de tout.

Non, pas question ! et même si cet individu était là, tapi quelque part dans le noir de cette forêt lugubre, elle était fermement décidée à tout faire pour déjouer ses pièges car elle avait en elle cette rage de vivre !
Et m√™me si le pire devait arriver, elle ne flancherait pas car son ma√ģtre mot √©tait inlassablement le m√™me « VIVRE ».

« Vivre ou survivre » se dit-elle tout en regardant les deux longues flammes des bougies qui dansaient gaiement au moindre mouvement de l’air, faisant appara√ģtre leurs ombres chinoises d√©mesur√©es sur un pan du mur en bois de la cabane.

****

21H00. A l’int√©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes tuaient le temps en discutant de tout et de rien.

Soudain, le hululement strident d’une chouette vint troubler leurs conversations.

Et √† en juger le son qui √©tait tout proche, le rapace nocturne devait probablement se trouver non loin de la cabane, juch√© sur une des branches des nombreux arbres qui l’entouraient.

C’√©tait bien la premi√®re fois qu’Elisa entendait ce type de son en direct. Biens√Ľr, comme tout le monde elle l’avait d√©j√† entendu √† la t√©l√©vision, dans certains films d’angoisse mais de l√† √† l’entendre d’aussi pr√®s et si clairement, c’√©tait totalement diff√©rent.

Dans d’autres circonstances, sa curiosit√© l’aurait emport√©e et elle n’aurait pas h√©sit√© une seule seconde √† sortir dehors et ce, m√™me en pleine nuit pour aller voir la fameuse chouette ou le hibou.

Tiens, c’est vrai √ßa ! se demanda t-elle subitement. S’agissait-il d’une chouette ou d’un hibou ? Elle n’avait jamais su les distinguer tant ils se ressemblaient beaucoup en apparence. Pourtant, en regardant un jour un documentaire t√©l√©vis√© sur ces √©tranges oiseaux, elle avait appris qu’on pouvait les reconna√ģtre gr√Ęce √† la sp√©cificit√© de leur t√™te.

En effet, le hibou avait de petites touffes de plumes de chaque c√īt√© de celle-√ßi que l’on appelait « aigrettes » tandis que la chouette n’avait rien de semblable.
Elisa se massa la tempe droite. Comment pouvait-elle songer √† ce documentaire √† l’heure actuelle ?

Soudain, comme pour la rappeler √† l’ordre, le rapace nocturne se mit √† nouveau √† hululer.

Nerveusement, elle se mordit la l√®vre inf√©rieure pendant que Tamara, elle de son c√īt√©, semblait √™tre la recherche du fameux cri d’oiseau, en tournant lentement sa t√™te de gauche √† droite.
Elisa ferma les paupi√®res pour humecter ses yeux tellement ils √©taient secs et les rouvrit presque aussit√īt lorsqu’elle entendit une troisi√®me fois le hululement strident de la chouette.

D’un geste machinal, elle regarda sa montre : il √©tait exactement 21H30.

On aurait dit que le temps faisait expr√®s de se rallonger se dit-elle tout en se mordillant l’ongle de son pouce droit. Elle commen√ßait s√©rieusement √† en avoir marre de cette attente interminable et souhaitait d√©j√† √™tre au lendemain.

« Vous entendez la chouette qui hulule ? » dit subitement Tamara en la fixant de ses grands yeux noirs brillants.

« Oui » r√©pondit Elisa.

« J’ai toujours trouv√© cet oiseau fascinant »

« Fascinant ? et en quoi ? »

« Eh bien, d√©j√† il est nocturne, un peu comme la chauve-souris et il ne chasse que la nuit. Ensuite, j’aime bien lorsqu’il hulule. Je ne sais pas pourquoi mais je trouve que ces oiseaux ont un c√īt√© myst√©rieux. En fin de compte, ce sont des solitaires. Par contre, je n’ai jamais su diff√©rencier la chouette du hibou. Et vous ? Vous connaissez leurs diff√©rences ? »

Elisa n’avait pas trop envie d’aborder le sujet de ces volatiles qui contrairement √† Tamara, ne les trouvait pas autant fascinants que √ßa, alors pour couper court √† la conversation, elle lui r√©pondit :

« Non, je n’en sais rien du tout »

« Vous semblez agac√©e Elisa. A moins que je ne me trompe ? » dit-elle en la scrutant avec un petit sourire en coin.

« Oui d√©sol√©e, je suis un peu √©nerv√©e par le temps qui passe mais ne faites pas attention √† mon humeur, c’est passager »

« Vous en avez marre d’attendre ? » questionna Tamara en accentuant davantage son demi-sourire qui semblait moqueur.

« Oui. J’aurais pr√©f√©r√© qu’il fasse d√©j√† jour. C’est tellement insupportable d’attendre comme √ßa »

« Pour combien de temps d√©j√† deviez vous s√©journer dans cette √ģle ? » demanda Tamara en lissant sa longue queue de cheval brune.

« Justement, c’est pourquoi je suis tant impatiente. Je ne devais rester ici que deux jours et une nuit. Normalement, demain apr√®s-midi j’√©tais cens√©e quitter Diamond dans les alentours de 15H00 »

« Mais c’est une bonne nouvelle √ßa ! s’√©cria Tamara dans un large sourire.

« Oui, c’est vrai. Mais je trouve que c’est encore trop loin »

« Oui, certes. Mais lorsqu’ils s’aper√ßevront que vous ne reviendrez toujours pas ; enfin je veux parler de l’h√ītel o√Ļ vous s√©journiez. Je suis certaine qu’ils enverront des secours. Vous ne pensez pas ? »

Elisa n’avait eu de cesse de penser d√©j√† √† ce sc√©nario mais le temps semblait se rallonger avant d’en arriver √† un tel cas de figure.

« Oui, vous avez sans doute raison » dit-elle. « De plus, je dois obligatoirement figur√©e dans leurs registres ainsi que dans leurs bases de donn√©es informatiques »

« Eh oui ! » s’empressa de rajouter Tamara. « Il faut donc toujours garder espoir et se dire que √ßa aboutira forc√©ment dans ce sens. Ils viendront donc nous chercher ! »

« Et nous quitterons enfin cet endroit de malheur ! » s’exclama Elisa en tapant du poing sur la table.

« Exactement ! » rench√©rit Tamara en souriant. « Vous voyez bien. Tout finira par s’arranger »

« J’aimerais tant revoir ma famille. Mes chers parents » dit Elisa en soupirant.

« En ce qui vous concerne, l’avenir est devant vous ma ch√®re Elisa. Vous avez de la chance d’avoir une famille qui attendra votre retour. Moi, je ne sais pas ce que je deviendrai. Je n’ai aucune famille. J’ai perdu mon mari. On venait √† peine de se marier. A croire que cela ne devait pas durer… » dit-elle m√©lancoliquement.

C’√©tait un fait ind√©niable, le retour de Tamara √† Epic√©a serait bien diff√©rent du sien. Sa situation √©tait beaucoup plus √† plaindre…

« Je suis vraiment d√©sol√©e Tamara »

« Non c’est moi. Je ne devrais pas parler comme √ßa. Ce n’est pas de votre faute. C’est juste que je suis devenue am√®re » dit-elle, les yeux dans le vague, en regardant les flammes danser avec fr√©n√©sie.

Subitement, Tamara venait de changer de comportement et semblait ailleurs comme si elle √©tait perdue dans de lointains souvenirs si bien qu’Elisa se demanda si elle n’avait pas commis une maladresse en lui faisant part de son souhait de revoir sa famille.

Tamara avait perdu l’homme de sa vie et vu la mani√®re touchante dont elle en avait parl√© lors de leurs nombreuses conversations ; il √©tait certain qu’elle resterait longtemps inconsolable. En plus, selon ses dires, elle n’avait plus aucune famille pour l’aider lorsqu’elle reviendrait √† Epic√©a. Elisa voulut la questionner √† ce sujet.

« Tamara ? √ßa va aller ? » demanda t-elle avec inqui√©tude.

« Oui √ßa ira Elisa. C’est juste un petit passage √† vide »

« Vous m’avez dit tout √† l’heure que vous n’aviez plus de famille. Je me demandais si vous vouliez un peu en parler. A moins que… »

« Non, √ßa ne me d√©range pas d’en parler. J’ai perdu mes parents lorsque j’avais 25 ans. Ils sont morts dans un grave accident de voiture. J’√©tais leur seule enfant et ils n’avaient aucun liens familiaux de leurs c√īt√©s. Heureusement, lorsque ce drame √©tait arriv√©, j’√©tais d√©j√† ind√©pendante et j’habitais dans un petit appartement du centre-ville avec un travail bien r√©mun√©r√© alors ce ne fut pas si difficile pour moi de m’en sortir toute seule question finances. Par contre, j’√©tais rong√©e de l’int√©rieur √† cause de leur disparition si brutale et longtemps j’√©tais rest√©e inconsolable. Et √† un tel point que je fus oblig√©e d’aller voir une psychologue 6 mois apr√®s leur mort »

« Oh ! je suis vraiment navr√©e Tamara. La perte tragique de vos parents. Toute cette souffrance. Vous avez d√Ľ vivre un v√©ritable calvaire. Et maintenant la mort de votre mari. Je suis tellement confuse. Vous auriez d√Ľ m’en parler avant… »

« Non, je n’aurais pas pu vous en parler avant Elisa. Je pr√©f√®re bien mieux le faire maintenant. Je vous fais beaucoup plus confiance. C’est pourquoi j’ose me d√©voiler davantage »

« Je comprends. Vous n’avez pas eu une vie facile… »

« D√©trompez-vous. Deux ans apr√®s la mort de mes parents, je rencontrais Juanes, l’homme de ma vie. Puis vous connaissez la suite… »

« Mais lorsque vous avez rencontr√© votre mari, il n’avait pas de famille, lui non plus ?

« Mais si, il en avait une. Ses parents √©taient si charmants et si gentils. Je me rappelle encore d’eux, lorsqu’ils m’avaient invit√©e dans leur grande et si belle maison √† Epic√©a. Ils m’appr√©ciaient beaucoup vous savez et ils me consid√©raient comme leur fille. Mais h√©las, quelques mois plus tard, le p√®re de Juanes mourut brusquement d’une crise cardiaque. Juanes √©tait effondr√© mais heureusement que j’√©tais l√† pour le soutenir. Puis vint le jour le plus important de ma vie : notre beau mariage du 15 d√©cembre de l’ann√©e derni√®re. La m√®re de Juanes √©tait pr√©sente lors de la c√©r√©monie mais elle √©tait d√©j√† tr√®s malade. Quelques semaines apr√®s, elle mourut d’un cancer de la gorge. Mais avant de mourir, elle m’avait confi√© que son souhait avait √©t√© exauc√© : celui d’avoir pu assister au mariage de son unique enfant et qui plus est avec une femme telle que moi car elle me disait souvent que son fils avait enfin trouv√© la perle rare. Je n’oublierai jamais ces paroles qu’elle m’avait adress√©es avant de s’√©teindre. Ce fut pour moi, l’un des plus beaux t√©moignages d’amour qu’elle ait pu me faire » dit-elle d’un air triste en √©tant accoud√©e sur la table, sa joue droite reposant dans le creux de sa main.

Quelques secondes après, elle ajouta dans un profond soupir :

« Ah oui ! et j’allais oublier de vous dire aussi que les parents de mon mari n’avaient pas de liens familiaux tout comme les miens »

« C’est vraiment triste tout ce que vous venez de me raconter Tamara… »

« Oui c’est vrai. Mais que voulez-vous ? C’√©tait mon destin de ne jamais √™tre heureuse bien longtemps. Par contre, je n’aurais jamais cru qu’on m’aurait arrach√© le coeur en tuant mon mari alors que nous √©tions en voyage de noces. Il √©tait tellement tout pour moi. J’avais v√©cu de si belles choses avec lui. Mais l√† encore, cela ne devait pas durer. Je pense que je dois √™tre maudite par ce fichu destin » dit-elle en ayant peu √† peu les yeux qui s’embu√®rent de larmes.

« Je suis tellement d√©sol√©e Tamara. Vous n’√™tes pas maudite. Il ne faut pas que vous pensiez √ßa »

« Pourtant, c’est ce qu… »

Tamara ne pu terminer sa phrase. A pr√©sent, les larmes coulaient abondamment sur ses joues sans qu’elles puissent les arr√™ter.

Elisa √©tait impuissante face √† son immense chagrin. Elle la regardait avec beaucoup de compassion ne sachant quoi lui dire pour pouvoir soulager sa peine. Cette femme avait v√©cu tellement de drames dans sa vie. Et maintenant, l’assassinat de son mari. Plus d’une personne aurait sombrer √† sa place…

Comment aider une personne dans le désarroi qui a tout perdu dans sa vie ? Quel espoir lui redonner ? Elisa hésita un instant puis se lança :

« Vous savez, c’est normal ce que vous ressentez. Vous avez le contrecoup √† pr√©sent. Mais n’oubliez pas que nous sommes devenues amies. Et d√®s que nous serons de retour √† Epic√©a, croyez-moi, vous ne serez pas seule. Je serais l√† pour vous »

Tamara releva la t√™te et regarda Elisa. Ses grands yeux noirs en amande √©taient rougi √† force d’avoir pleur√©. Elle essuya ses larmes avec le dos de sa main.

« Vous serez l√† pour moi ? » dit-elle la voix un peu enrou√©e.

« Oui. Et c’est tout √† fait normal. Nous sommes amies maintenant et je vous aiderai »

« Merci Elisa. Vous √™tes si gentille avec moi »

« Et je vous le r√©p√®te encore. Vous ne serez pas seule. Je vous le promets » dit Elisa dans un large sourire afin de lui remonter le moral.

A présent, Tamara semblait un peu plus apaisée alors Elisa en profita pour changer de sujet.

« Heu…Je saute un peu du coq √† l’√Ęne mais n’auriez-vous pas une petite faim ? √ßa pourrait peut-√™tre vous faire du bien de manger quelque-chose. Il me reste encore quelques pains aux raisins dans mon sac, si vous voulez »

« Oui je veux bien, merci » dit Tamara en se frottant les yeux. « Auriez-vous aussi un peu d’eau ? Je ne sais pas pourquoi mais j’ai la gorge tr√®s s√®che » ajouta t-elle.

« Oui, attendez. Je vais chercher tout √ßa dans mon sac »

Elisa se leva de table et commen√ßa √† fouiller √† l’int√©rieur de son sac de plage qui reposait sur le plancher, juste en dessous de la petite fen√™tre √† un ventail.

Quelques secondes apr√®s, elle revint et d√©posa sur la table le paquet de petits pains aux raisins entam√©. Avant de se rasseoir, elle tendit √† Tamara la canette de jus d’orange Minute Maid qu’elle avait jusqu’alors, bien conserv√©e dans son sac.

« Tenez, j’ai cette canette de jus d’orange si vous voulez, sauf qu’elle est chaude maintenant. On pourrait se la partager. √ßa nous donnerait un peu de tonus. A moins que vous pr√©f√©rez boire de l’eau pour accompagner vos pains aux raisins ? »

« Vous aviez cette canette de jus d’orange dans votre sac ? » s’exclama Tamara quelque peu interloqu√©e. « Wahou ! J’avoue que vous m’impressionnez vraiment Elisa ! Eh bien ce sera avec grand plaisir que je boirai ce jus d’orange avec vous. Et peu importe qu’il soit chaud ! En tout cas, je vois que vous avez beaucoup de choses int√©ressantes √† l’int√©rieur de votre sac de plage. C’est une vraie mine d’or ! »

Soudain, elle se mit √† rire aux √©clats. Elle essaya tant bien que mal de se contr√īler en plaquant sa main droite sur la bouche afin d’√©touffer son rire nerveux mais n’y arriva pas. Il devenait de plus en plus tonitruant et filtrait ais√©ment √† travers ses doigts.

« Ah ! Ah ! Ah ! » pouffa t-elle sans pouvoir s’arr√™ter. « Excusez-moi Ah ! Ah ! Ah ! Elisa ! Ah ! Ah ! Mais je dois bien…Hi Hi…avouer que…Ah ! Ah! Ah !… »

Le rire de Tamara √©tait tr√®s communicatif alors Elisa n’y r√©sista pas plus longtemps et commen√ßa √† rire √† son tour. Elle se surprit m√™me √† s’amuser de la situation en imitant la voix d’une personne tr√®s snob.

« Que voulez-vous ma ch√®re. J’ai absolument tout dans mon sac. Une vraie caverne d’Ali Baba.D’ailleurs, il est assez lourd et quelque peu encombrant mais il est vraiment indispensable ! Si, si, je vous assure. Je dirais m√™me que c’est un sac essentiel qu’il faudrait toujours avoir avec soi » dit-elle d’une voix moqueuse et enjou√©e.

Sur sa chaise, Tamara continuait toujours à se tordre de rire, en se tenant le ventre et en pointant du doigt le fameux sac qui la rendait si hilare.

Elisa riait √©galement. Elle rel√Ęchait enfin la pression et cela lui faisait le plus grand bien.

Il est vrai que c’√©tait une chose qu’elle n’avait plus jamais fait depuis un certain temps. Depuis qu’elle √©tait tomb√©e sur Tamara…

****

22H30. Il faisait nuit noire dans la for√™t de Diamond et l’apparition d’un petit vent frais fit fr√©mir les feuilles des hauts arbres environnants.

La chouette qui √©tait juch√©e sur la plus haute des branches de l’un d’eux, tourna la t√™te en direction de la cabane puis secoua ses ailes un instant avant de rester totalement immobile, les paupi√®res closes.

Pendant ce temps l√†, √† l’int√©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes ne dormaient toujours pas. Sans doute d√Ľ √† la vitamine C du jus d’orange qu’elles venaient de boire goul√Ľment il y a √† peine une heure et ce, jusqu’√† la derni√®re goutte.

Elisa soupira fortement. C’√©tait une v√©ritable torture d’attendre inlassablement. Oui une vraie goutte chinoise qui commen√ßait √† lui vriller √† nouveau le cerveau.

Rire, lui avait fait peut-√™tre le plus grand bien tout √† l’heure mais √† pr√©sent, la ritournelle de l’attente interminable faisait √† nouveau son apparition, la tuant √† petit feu.

Soudain, Tamara brisa le silence tel un couperet.

« J’ai une envie pressante » annon√ßa t-elle. « Il faut absolument que j’aille au petit coin »

Elisa fron√ßa les sourcils et fut prise de panique √† l’id√©e de devoir r√©ouvrir la porte de la cabane. Finalement, elle regrettait d√©j√† de s’√™tre plainte de l’attente interminable.

« Mais il fait nuit noire dehors ! » s’√©cria t-elle sur le ton de la d√©fensive. « Comment allez-vous faire ? Et le cingl√© qui est peut-√™tre l√† √† nous observer et √† attendre justement qu’on lui ouvre la porte »

« Je le sais bien Elisa. Mais je ne pourrais vraiment pas attendre. Je dois absolument y aller… »

« Mais vous ne pouvez pas aller dehors. Ce ne serait vraiment pas prudent. Ni pour vous, ni pour moi » r√©torqua t-elle.¬†« Attendez, il doit s√Ľrement y avoir un seau o√Ļ v… »

« Non ! » coupa brutalement Tamara. Il n’y a aucun seau ici et pas m√™me √† l’int√©rieur de cette armoire. Et je sais de quoi je parle »

« Ok ! ne vous √©nervez pas ! » dit Elisa un peu surprise par le ton que venait d’employer Tamara.

« D√©sol√©e Elisa » dit-elle en se radoucissant aussit√īt.

« C’est rien. De toute fa√ßon, ce genre de d√©sagr√©ment nous serait t√īt o√Ļ tard arriv√©, n’est-ce pas ? »

« Oui. De toute fa√ßon je ne pourrais jamais me retenir et faire √ßa ici. Jusqu’√† pr√©sent, on s’en est plut√īt bien sorti vous et moi. Alors voil√†. Ecoutez-moi bien. Dehors, il y a une cabine de toilette qui se trouve juste derri√®re la deuxi√®me cabane et qui peut se fermer √† clef. Il suffit que j’y aille vite en faisant attention puis je reviendrai sans tarder. Je suis certaine que j’y arriverai »

Elisa était perplexe mais finit par acquiescer.

« Ne vous inqui√©tez pas Elisa. Tout ira bien »

« Mais alors, il faudrait vous munir de quelque-chose pour pouvoir vous d√©fendre au cas o√Ļ cet individu serait dans les parages ! » ajouta t-elle.

« Oui vous avez raison. Attendez que je r√©fl√©chisse »

Tamara regarda autour d’elle puis s’attarda sur le balai brosse qui √©tait appuy√© contre le mur de gauche de la cabane.

« Voil√† ! j’ai trouv√© ce qui pourrait convenir » s’exclama t-elle. « Je d√©visserai le manche de ce balai brosse et comme √ßa le tour sera jou√©. Il deviendra alors une arme pour pouvoir me d√©fendre si jamais l’autre cingl√© voulait m’attaquer »

****

Quelques minutes plus tard, Tamara d√©tenait un manche √† balai qui ferait office d’arme si jamais Philippo venait l’agresser au moment o√Ļ elle se retrouverait dehors.

« Vous pensez que √ßa suffira ? » dit Elisa √† nouveau perplexe.

« Oui, √ßa ira. Le manche a l’air tr√®s costaud. C’est du solide ! Il est en bois. Par contre il me faudrait votre lampe de poche sinon je n’y verrai strictement rien dans le noir »

L’espace d’un instant, Elisa h√©sita √† lui pr√™ter sa lampe de poche mais se dit que Tamara en aurait bien plus besoin qu’elle surtout dans cette for√™t lugubre…

Sans plus attendre, elle se pr√©cipita pour aller la chercher √† l’int√©rieur de son sac.

Tout en fouillant dans ses affaires, elle aper√ßut au fond du sac, le mouchoir en tissu fleuri qui dissimulait √† l’int√©rieur, le fameux couteau Suisse que son p√®re lui avait offert pour son anniversaire.

En une fraction de seconde, elle fut tent√©e de le dire √† Tamara mais se ravisa aussit√īt.

En effet, en lui donnant sa lampe de poche, il fallait bien qu’elle ait au moins avec elle de quoi se d√©fendre si jamais elle aurait un √©ventuel probl√®me durant son absence. En r√©fl√©chissant √† ce cas de figure, Elisa pr√©f√©ra donc se taire et cacher l’existence de son arme √† Tamara m√™me si au fond d’elle, elle savait que ce n’√©tait pas tr√®s honn√™te de sa part…

Vite, elle prit alors la lampe de poche puis referma le clip de son sac.

« Tenez, prenez ma lampe de poche Tamara ! et surtout ne tardez pas pour revenir »

« Oui, je ferai vite ! Ne vous en faites pas ! Et surtout, il faudra bien refermer la porte √† clef derri√®re moi lorsque je sortirai »

« Oui, compris » dit Elisa avec contrari√©t√©.

Tamara était en train de refaire sa queue de cheval tout en souriant à Elisa.

« Je vois bien que vous √™tes tr√®s inqui√®te Elisa mais je reviendrai » dit-elle en terminant de nouer sa longue chevelure brune.¬†« Vous savez, je ne suis pas une personne qui se laissera faire si jamais cette ordure s’en prenait √† moi. Je me battrai, croyez-moi ! »

« Oui, je le sais bien mais… » balbutia Elisa en se tenant nerveusement les deux mains.

« Tout se passera bien. Faites moi confiance » ajouta t-elle d’un ton rassurant.

Subitement Elisa r√©alisa qu’elle allait se retrouver toute seule ici. Et si jamais le tueur s’en prenait √† Tamara. Mon Dieu, elle s’en voudrait de ne pas lui avoir dit qu’elle d√©tenait une arme √† l’int√©rieur de son sac.

Soudain, elle eut honte de son comportement…

Pourtant, elle avait encore la possibilit√© de se rattraper mais les mots ne sortirent pas de sa bouche au moment o√Ļ Tamara lui tournait d√©j√† le dos en marchant d’un pas d√©cid√© vers la porte…

****

Tamara se tenait √† pr√©sent devant la porte d’entr√©e, arm√©e de son manche √† balai √† la main droite et munie de la lampe de poche d’Elisa √† la main gauche.

« Ouvrez-moi s’il vous pla√ģt ! Allez ! J’y vais maintenant Elisa ! Et surtout fermez bien la porte derri√®re moi ! »

Lorsqu’Elisa lui ouvrit la porte, il faisait tellement nuit noire dehors que c’√©tait pratiquement impossible de distinguer quoi que ce soit mais d√®s lors o√Ļ Tamara enclencha la lampe de poche, tout le devant de l’√©paisse for√™t fut si bien √©clair√©e, qu’on pouvait aper√ßevoir les branchages des hauts arbres se pencher machiav√©liquement vers l’avant de la cabane, telles de grandes griffes ac√©r√©es, rendant encore plus terrifiante la v√©g√©tation qui les entourait.

Tamara se retourna et lui jeta un bref regard accompagn√© d’un petit sourire qui voulait dire qu’elle reviendrait au plus vite.

La lourde porte en bois se referma alors derri√®re elle, laissant place √† un vent l√©ger et froid qui vint s’engouffrer sournoisement √† l’int√©rieur de la cabane et √† travers le fin tissu de la tunique que portait Elisa, la faisant aussit√īt frissonner de tout son corps.

Vite, sans plus attendre elle tourna deux tours de clef dans la serrure et resta debout fig√©e √† regarder fixement la porte d’entr√©e.

Pourvu que tout aille bien se dit-elle avec beaucoup d’anxi√©t√©, tout en froissant avec nervosit√© le pan de sa tunique…

****

La derni√®re danse de la lune : Chapitre 3 : Confessions

la derniere danse de la lune

 

Elisa fouilla rapidement dans son grand sac qu’elle portait toujours en bandouli√®re et trouva enfin sa fameuse lampe de poche √©tanche.

D√®s lors qu’elle l’enclencha, la lumi√®re fut tellement puissante qu’elle suffit √† √©clairer tout l’ensemble de l’unique grande pi√®ce de la cabane qui devait bien faire dans les 20 m¬≤.

A l’int√©rieur, tout √©tait rustique et enti√®rement en bois : de l’habillage des murs, sol et plafond jusqu’au mobilier.
Au milieu du mur du fond, une petite fen√™tre √† un ventail sans rideau avait son volet ferm√© ; ce qui expliquait pourquoi il faisait si sombre ici. A sa droite, trona√ģt une grande et haute armoire en bois massif √† trois portes avec deux tiroirs c√īte √† c√īte au niveau du bas.

Au dessus de celle-çi, on pouvait aperçevoir un amoncellement de diverses choses indéfinissables ainsi que deux grands chandeliers à plusieurs branches, accompagnés de leurs bougies.
Contre le mur de gauche, √† c√īt√© d’un balai brosse, √©taient appuy√©s l’un sur l’autre deux lits de camp pliables qui prenaient pas mal de place tant ils √©taient grands.

Au centre de la pi√®ce se trouvait une grande table rectangulaire habill√©e d’une nappe en tissu √† petites fleurs, entour√©e de quatre chaises en bois avec assises en paille. Et au milieu de celle-√ßi reposait le fameux sac √† dos de Batisto.

Tamara s’en rapprocha et commen√ßa √† ouvrir l’une des deux petites poches ext√©rieures mais n’y trouva rien. Elle ouvrit alors la deuxi√®me poche puis s’exclama :

« Elle est l√† ! Je l’ai trouv√©e ! On va pouvoir enfin s’enfermer √† clef ! »

****

Elisa √©tait √† pr√©sent en train d’√©clairer la serrure de la porte d’entr√©e afin que Tamara puisse y ins√©rer la fameuse clef.
Une fois que celle-√ßi l’eut ferm√©e √† double tour, elles se retrouv√®rent enfin dans un espace clos et √† l’abri de tout danger en attendant la suite des √©v√®nements…

« Voil√† c’est fait Elisa ! On est en s√©curit√© maintenant ! Du moins, pour l’instant mais c’est bien mieux que si on √©tait dehors… »

Le seul inconv√©nient restait toutefois l’√©clairage qui √©tait assez faible et ce malgr√© le puissant faisceau lumineux de la lampe de poche d’Elisa qui de toute fa√ßon ne pourrait pas marcher ind√©finiment √©tant donn√© que celle-√ßi fonctionnait avec des piles.

« Je ne pourrai pas laisser allum√©e ma lampe de poche trop longtemps sinon les piles finiront par s’√©puiser » fit-elle remarquer. « Il faudrait nous √©clairer avec autre chose. J’ai vu qu’il y avait deux chandeliers au dessus de l’armoire » ajouta t-elle en √©clairant le sommet du meuble.

« Oui, vous avez raison mais il y a mieux que √ßa ! Vous pouvez m’√©clairer la troisi√®me porte de l’armoire s’il vous pla√ģt ? Normalement, ils doivent toujours y √™tre…Du moins, je l’esp√®re… »

Elisa s’ex√©cuta tandis que Tamara √©tait d√©j√† en train d’ouvrir la porte en question puis commen√ßait √† balayer de sa main droite le dessus de la premi√®re √©tag√®re du haut, √† la recherche des objets qu’elle avait en t√™te.

« Voil√† ce qu’il nous faut ! je viens de les retrouver ! » s’√©cria t-elle.

Tamara venait d’attraper par leur anses deux lanternes en m√©tal ajour√©. Elle les porta jusqu’√† la table puis les d√©posa au milieu de celle-√ßi pr√®s du sac √† dos de Batisto. L’int√©rieur de chacune d’elles comportait une grosse bougie fix√©e sur un socle.

« Vous pouvez encore m’√©clairer Elisa ? Je me souviens qu’il y avait un briquet rang√© ici » dit-elle en d√©signant du doigt le tiroir de droite du bas de l’armoire.

Pendant qu’Elisa l’√©clairait √† nouveau, Tamara ouvrit le tiroir et commen√ßa √† chercher des yeux le dit briquet. Au bout de quelques instants, elle finit par le trouver.

« Ah le voici ! Je me disais bien qu’il se trouvait l√†. Voil√† Elisa ! on va pouvoir enfin allumer nos lanternes ! »

Mais la joie de Tamara fut de courte dur√©e lorsqu’elle s’aper√ßut que le r√©servoir de celui-√ßi √©tait vide.

« Mince alors ! c’est vraiment pas de chance ! il n’y a plus de gaz dans le r√©servoir. Il est compl√®tement √† sec ! et en plus il n’y en a pas d’autres, √† part celui-l√† ! Oh noonn ! dit-elle en pestant.

« Moi j’ai un briquet ! » s’empressa de dire Elisa. « Il est √† l’int√©rieur de mon sac de plage. Enfin, normalement…Attendez, je vais le chercher »

« C’est pas vrai ? Incroyable ! Vous avez un briquet dans votre sac ? En tout cas, si vous l’aviez vraiment, vous nous sauveriez une fois de plus la vie, ma ch√®re Elisa ! » dit-elle en lui pressant gentiment l’√©paule.

All√©luia ! se dit Elisa avec un petit sourire de satisfaction lorsqu’elle mit enfin la main sur son fameux briquet qu’elle venait de retrouver parmi toutes ses affaires. C’√©tait un cadeau publicitaire de l’h√ītel « Paradise Beach » o√Ļ elle avait s√©journ√© et qu’elle avait trouv√© pos√© sur une des tables basses de sa chambre. Elle se souvenait encore avoir h√©sit√© √† le prendre avec elle, lors de son p√©riple en catamaran.

A pr√©sent, elle pouvait encore se f√©liciter de l’avoir entre ses mains √©tant donn√© qu’√† cet instant pr√©cis, il lui serait tr√®s utile.
Comme quoi, un simple petit briquet tr√®s ordinaire fut-il ; pouvait bien faire des miracles en redonnant un peu d’espoir et de la lumi√®re √† deux jeunes femmes en d√©tresse…

****

Gr√Ęce aux deux lanternes, la pi√®ce baignait dans un halo de lumi√®re et semblait beaucoup plus chaleureuse qu’auparavant.

Elisa, assise sur une des chaises, observait Tamara debout, face √† la table, en train de fouiller √† l’int√©rieur du sac √† dos de Batisto.

Que pouvait bien t-elle chercher ? se demanda t’elle. Sans doute une arme quelconque ou encore un objet qui leur serait utile.
Au bout d’un instant, Tamara finit par dire d’un air d√©pit√© :

« Il n’y a vraiment rien d’int√©ressant dans ce sac ! »

Cela se voyait qu’elle fulminait int√©rieurement mais qu’elle essayait de garder son calme. Elle fusillait du regard le sac √† dos et semblait ne plus pouvoir supporter sa vue. Nerveusement elle se gratta la t√™te puis d√©cida de le d√©poser sur le plancher √† c√īt√© des deux lits de camps. Elle lui jeta un dernier coup d’oeil sans doute en le maudissant de tous les noms puis vint s’asseoir √† son tour, juste en face d’Elisa.

« J’ai perdu mon temps. Je n’ai rien trouv√© dans le sac de cette ordure √† part quelques babioles inutiles » ajouta t-elle.

« Oui, j’ai vu. On se d√©brouillera autrement… » dit Elisa en baillant.

« Vous √™tes fatigu√©e ? Vous voulez peut-√™tre un peu vous allonger ? ils sont tr√®s confortables, vous savez » dit Tamara en regardant en direction des lits.

« Non, merci mais c’est gentil de me l’avoir propos√©. Je pense que je n’arriverai pas √† fermer l’oeil. Je suis beaucoup trop angoiss√©e pour dormir »

« C’est pareil pour moi et m√™me si je me sens tout de m√™me assez fatigu√©e. Je dois bien avouer que cette marche dans la for√™t m’a litt√©ralement √©puis√©e »

« Oui, moi aussi. D’ailleurs, j’ai d√©test√© marcher dans cette fichue for√™t » dit Elisa avec m√©pris.

« Oui, vous avez bien raison. Une fichue for√™t ! comme vous d√ģtes. Des bestioles de partout avec une chaleur suffocante et insupportable. Et puis sans oublier cette moiteur qui n’en finissait pas…Oui, c’est certain, c’√©tait loin d’√™tre une promenade des plus agr√©ables »

Elisa repensa soudainement √† la grande araign√©e noire qui avait failli lui tomber dessus. Brrr…, rien que d’y penser, elle fut parcourue de frissons. Mais la sc√®ne la plus horrible √©tait bien celle du cadavre au fond du pr√©cipice. Elle le revoyait encore tr√®s clairement avec cet √©trange pique qui lui transper√ßait le dos. L’aur√©ole de sang qui maculait son t-shirt.Tout ce sang autour de lui et les d√©bris √©parpill√©s un peu partout…

Les images sordides ne cessaient de lui envahir l’esprit, lui donnant le tournis tel un man√®ge qui n’en finirait pas de tournoyer sans fin…

Et puis il y avait aussi ce type qui √©tait cach√© l√†, quelque-part en train de s√Ľrement les √©pier tout en attendant le bon moment pour s’en prendre √† elles…

Elisa se massa la tempe droite. Elle commen√ßait √† avoir un d√©but de mal de t√™te. Cela ne lui √©tait plus jamais arriv√© et ce depuis pas mal de temps d√©j√†, si ce n’est lorsqu’un jour elle avait re√ßu un coup de t√©l√©phone de sa meilleure amie de l’√©poque qui avait os√© lui annoncer tout bonnement qu’elle ne voulait plus de leur amiti√© en inventant un pr√©texte des plus m√©diocres. Un mauvais jour qui avait particuli√®rement marqu√© au fer rouge Elisa. Mais avec le temps, elle avait r√©ussi √† effa√ßer cette inf√Ęme trahison.

Aujourd’hui, le mal de t√™te qui s’insinuait lentement et douloureusement tel un poison violent √† l’int√©rieur de sa bo√ģte cr√Ęnienne ne ressemblait en rien √† celui qu’elle avait subi √† l’√©poque √† cause de sa fausse amie. Non, il √©tait bien pire…

Et il ne faisait qu’empirer, s’amplifier davantage au fur et √† mesure qu’elle s’inqui√©tait de sa situation. Une situation que personne ne voudrait vivre. Oui, la pire des situations…et qui surpassait de loin ce fameux jour de trahison. Une trahison qui √† ses yeux devenait √† l’heure d’aujourd’hui totalement anodine, ridicule et m√™me risible.

Par contre ce qu’elle √©tait en train de vivre √† Diamond √©tait un v√©ritable cauchemar… Oui, un cauchemar qui n’en finissait pas…

****

Elisa ne pouvait s’emp√™cher de ressasser en boucle toutes ces images. Elles martelaient sa t√™te sans r√©pit ; jaillissant par intermittence tels des √©clairs qui z√®breraient un ciel d’un noir intense…Oui, noir comme les yeux de Tamara…

« Comment vous sentez-vous Elisa ? √ßa n’a pas l’air d’aller ? »

La voix de Tamara l’emp√™cha d’aller plus loin dans sa r√©flexion tel un rappel √† l’ordre qui la fit imm√©diatement revenir √† la r√©alit√©.

Une r√©alit√© qui ne pr√©sageait rien de bon d’ailleurs, puisqu’elles √©taient enferm√©es √† l’int√©rieur d’une cabane, certes √©clair√©e par deux bougies mais qui √©tait perdue au milieu d’une for√™t √©paisse avec un maniaque cach√© quelque part pour noircir le tableau.

Qu’allaient-elles devenir en fin de compte ? Elisa ne cessait d’angoisser. Reprenant peu √† peu ses esprits, elle essaya tant bien que mal de masquer ses craintes et finit par r√©pondre √† Tamara :

« Je vais bien. Ne vous inqui√©tez pas. Je repensais juste √† tous ces √©v√®nements que nous venions de vivre »

« Je suis vraiment d√©sol√©e Elisa… »

Tamara semblait réellement confuse et observait Elisa avec inquiétude.
Elisa massait √† pr√©sent sa tempe gauche en esp√©rant que ce fichu mal de t√™te finirait bien par se dissiper. Elle souffrait mais ne voulait surtout pas l’avouer √† Tamara car elle en avait assez de se plaindre. D’ailleurs, elle cessa imm√©diatement de se masser les tempes car cela ne servait strictement √† rien.

Tamara l’observait toujours. Alors, pour ne pas √©veiller sa curiosit√© concernant le mal de t√™te qui la rongeait, elle r√©pliqua :

« Non, Tamara, ne vous excusez pas. Arr√™tez de le faire, s’il vous pla√ģt. C’est vous qui √™tes plus √† plaindre que moi. Je voudrais tellement qu’on puisse se sortir de cet enfer. Je me sens juste d√©sempar√©e et impuissante. Je me demande aussi combien de temps nous allons devoir rester ici et c’est vrai que je ne cesse de penser √† cet individu mais √ßa va aller, rassurez-vous. J’ai juste peur qu’il s’en prenne √† nous. C’est tout »

« Oui, moi aussi j’ai peur de ce sale type mais cette cabane a l’air tr√®s solide. Il ne pourra pas s’en prendre √† nous comme √ßa ! et puis nous sommes deux ! Il faudra donc rester ici toute la nuit jusqu’au lever du jour puis on verra bien ce qu’on pourra faire demain »

« Oui, vous avez raison. Faisons comme √ßa… »

« Au fait, quelle heure est-il s’il vous pla√ģt ? »

Elisa regarda sa montre dont les aiguilles étaient devenues phosphorescentes.

« Il est 19H15 »

« Je pensais qu’il √©tait beaucoup plus tard que √ßa. On devra donc attendre longtemps ici mais que voulez-vous, c’est bien mieux que d’√™tre dehors »

« Oui, vous avez raison et m√™me si je ne peux m’emp√™cher d’avoir peur, je vais essayer de faire la part des choses. Apr√®s tout, nous n’avons pas le choix. J’esp√®re seulement que tout se passera bien et qu’on s’en sortira »

« Oui, il faut y croire ma ch√®re Elisa. Vous verrez, on s’en sortira »

Elisa l’a regarda quelque peu perplexe ne sachant quoi ajouter de plus. Elle trouvait que Tamara ne manquait pas de courage √©tant donn√© qu’elle avait perdu son mari de la mani√®re la plus √©pouvantable qu’il soit. Mais o√Ļ pouvait bien t-elle trouver encore cette √©nergie d’y croire encore et de penser qu’elles se sortiraient de cette gal√®re ? Elle semblait si s√Ľre d’elle.

Elisa constata que par rapport √† sa compagne d’infortune, elle avait tendance √† trop vite se laisser abattre.

« Oui, et on fera tout pour √ßa Elisa ! Croyez moi ! » ajouta Tamara. « Vous savez, ces ordures m’ont d√©truite de l’int√©rieur en tuant mon mari mais je vous promets que la crapule qui est toujours en vie ou pas d’ailleurs, n’arrivera pas √† avoir notre √Ęme. Non, il ne fera rien de tel car on l’en emp√™chera vous et moi. N’est-ce pas Elisa ? Et on se battra pour √ßa »

« Oui, je suis d’accord avec vous Tamara »

Elisa essayait d’y croire mais elle avait encore quelques doutes √† ce sujet. Comment feraient-elles pour s’en sortir face √† cet individu qui avait tu√© de sang froid un homme. Et comment feraient-elles pour quitter cette √ģle ? Que de questions et cet horrible mal de t√™te qui n’en finissait pas…

Soudain, Tamara la brusqua dans ses pensées :

« Et sinon, pour parler un peu d’autre chose, comment trouvez-vous cette cabane, Elisa ? Elle n’est pas trop mal, je trouve. Mon mari et moi l’adorions. Et vous ? qu’en pensez-vous ? » demanda t-elle tout en dessinant avec son index des cercles imaginaires sur la nappe de la table.

Elisa ne lui r√©pondit pas tout de suite tant elle fut surprise par sa question quelque peu incongrue. Certes, cette cabane avait un certain charme mais elle n’√©tait pas du tout dispos√©e √† parler de ses qualit√©s ou inconv√©nients vu les circonstances actuelles.

Non ! Elle, tout ce dont elle avait envie, c’√©tait de fuir cet endroit de malheur au plus vite et que ce fichu mal de cr√Ęne s’arr√™te d√©finitivement.
Tamara voulait certainement d√©tendre l’atmosph√®re en abordant un tel sujet mais elle n’√©tait vraiment pas d’humeur √† entrer dans ce genre de conversation.

D√©cid√©ment, les deux jeunes femmes ne se ressemblaient pas du tout, point de vue caract√®re. L’une √©tait forte et d√©termin√©e avec un mental d’acier alors que l’autre doutait toujours et restait perp√©tuellement sur ses gardes.

Elisa finit par lui répondre :

« Eh bien dans d’autres circonstances, j’aurais sans doute appr√©ci√© de s√©journer ici mais l√†, je reste inqui√®te. D√©sol√©e de me r√©p√©ter… »

« Non, vous n’avez pas √† vous excuser Elisa. Vous avez toutes les raisons de l’√™tre. C’est certain que nous ne sommes pas sereines vu les circonstances mais au moins on est en s√©curit√© ici. Dehors, il doit faire nuit noire. Rien que d’y penser je me dis qu’on a bien fait de s’enfermer dans cette cabane. Pas vous ? »

« Si, je suis tout √† fait d’accord avec vous »

Elisa d√©cida de ne plus partager ses inqui√©tudes avec Tamara. Cela ne servait √† rien de propager son angoisse et de l’attiser davantage par des paroles n√©gatives.

« Je peux vous poser une question Elisa ? »

« Oui, biens√Ľr »

« Pourquoi √™tes-vous venue ici √† Diamond et toute seule ? »

« Je ne suis pas venue seule. J’√©tais accompagn√©e de mon Guide touristique »

« Oui certes, mais pourquoi venir ici sans √™tre accompagn√©e d’un ami ou d’une amie par exemple ? »

« Tout simplement parce que je voulais faire ce voyage en solitaire. C’√©tait mon r√™ve de jouer en quelque sorte les Robinson Cruso√© durant deux jours dans une petite √ģle d√©serte et √©loign√©e de tout. Et je dois bien avouer que Diamond √©tait parfaite pour √ßa mis √† part les affreux drames qui s’y sont d√©roul√©s. Le Guide m’en parlait tellement comme si c’√©tait un joyau de la nature que je n’ai pas h√©sit√© et que je me suis lanc√©e. Mais jamais je n’aurais cru un seul instant qu’il y aurait eu un meurtre ici, ni que mon guide en aurait √©t√© l’instigateur. J’√©tais loin de m’imaginer tout √ßa sinon il est clair que je serais rest√©e bien tranquillement dans mon h√ītel √† continuer mes vacances »

Les grands yeux noirs en amande de Tamara ne cessaient de la fixer comme si elle essayait de trouver une vérité au fin fond de son esprit. Mais laquelle au juste ?

« Je vous comprends Elisa. Je suis navr√©e encore pour tout √ßa »

« Non, ne le soyez pas. Vous et moi ne pouvions pas savoir que ces guides √©taient des meurtriers… »

« Oui, c’est juste. Mais je vous ai tout de m√™me entra√ģn√© dans cette gal√®re »

« N’y pensez plus. Ce n’est pas de votre faute Tamara »

Tamara se mordit la l√®vre inf√©rieure en signe d’acquiescement puis baissa les yeux comme si elle avait honte.

Elisa essayait de la rassurer mais elle savait aussi au fond d’elle m√™me qu’elle n’aurait jamais voulu rencontrer Tamara sur son chemin vu tous les probl√®mes qu’il y avait autour de cette femme et quand bien m√™me qu’elle soit une innocente victime.

Etait-ce humain de penser de la sorte ? Pourquoi est-ce que subitement elle avait de telles pens√©es envers cette femme ? √©tait-ce √† cause de ce terrible mal de t√™te qui la mettait √† fleur de peau ? ou tout simplement parce qu’elle se sentait prise au pi√®ge et qu’elle aurait bien voulu que tout ce cauchemar se volatilise comme par magie. Mais malheureusement, elle ne pouvait pas remonter dans le temps et gommer en un claquement de doigt cette rencontre…C’√©tait son destin d’√™tre tomb√©e sur Tamara.

Elle ne pouvait pas non plus lui avouer cette vérité. Elle ne pouvait que la cacher au fin fond de son esprit et se taire. En somme, il ne lui restait plus que la résignation et la fatalité.

« J’aurai une autre question √† vous poser Elisa »

Tamara venait de relever les yeux et à présent elle la regardait intensément comme si elle essayait de sonder son esprit. Ce qui perturba quelque peu Elisa.

« Allez-y, je vous √©coute »

« Je me rappelle que vous m’aviez dit que vous aviez fait de la plong√©e sous-marine avec ce Philippo avant de d√©barquer √† Diamond »

« Oui c’est vrai » dit Elisa en se demandant o√Ļ elle voulait bien en venir.

« Voil√†, je voulais juste savoir si vous aviez remarqu√© quelque chose chez lui qui ne tournait pas rond. Un √©l√©ment quelconque qui aurait permis d’en d√©duire qu’il √©tait une personne bizarre »

« Non, je suis vraiment d√©sol√©e de vous dire √ßa Tamara mais il n’y avait rien de tel chez lui qui aurait pu pr√©sager quoi que ce soit de bizarre. Il semblait tout √† fait normal. Il n’avait pas un comportement √©trange, bien au contraire. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas comment il a pu faire toutes ces atrocit√©s. C’est vrai que √ßa restera toujours un myst√®re pour moi »

« Oui, moi aussi je me le demande encore, vous savez. C’est pareil en ce qui concerne cette ordure de Batisto. Jamais je n’aurais cru qu’il √©tait un tueur. Je me rappelle encore de lui. Il semblait √™tre une personne honn√™te et gentille mais je me trompais. Il √©tait tout le contraire. Je suis tellement d√©go√Ľt√©e. Et dire que j’√©tais venue ici avec mon mari pour notre voyage de noces. Je ne peux m’emp√™cher de penser que tout ce qui est arriv√© est de ma faute… »

« Mais pourquoi d√ģtes-vous √ßa ? rien n’est de votre faute Tamara. Encore une fois, vous ne pouviez pas pr√©voir tout ce qui allait se passer ici. En aucun cas vous ne devez vous sentir coupable, je vous assure »

« Si justement, puisque c’est moi qui ait eu l’id√©e de faire cette escapade √† Diamond. Je regrette tellement maintenant… » dit-elle les larmes aux yeux.

En regardant les larmes qui coulaient le long de ses joues, Elisa regretta subitement d’avoir eu de mauvaises pens√©es envers elle. Les yeux noirs en amande semblaient si tristes √† cet instant l√† qu’elle en √©prouva une profonde compassion.

« Je vous en prie Tamara, ne pleurez pas. Je trouve que vous √™tes une personne tellement courageuse. C’est gr√Ęce √† vous si on se retrouve dans cette cabane et en s√©curit√©. Vous avez eu raison de nous emmener jusqu’ici ! et je suis certaine que votre mari aurait √©t√© fier de vous. Je le pense tr√®s sinc√®rement… »

« Merci Elisa de me r√©conforter comme vous le fa√ģtes. Vous √™tes si gentille avec moi. Moi aussi je trouve que vous √™tes courageuse. Vous m’avez fait confiance. Vous savez, ce n’est pas tout le monde qui aurait pu s’aventurer dans cette for√™t tout en sachant qu’il y a un tueur qui s’y cache quelque part. Vous m’avez beaucoup soutenu depuis que je vous ai rencontr√©e sur la plage et je ne l’oublierai jamais. Merci pour tout √ßa » dit-elle tout en reniflant.

Elisa lui adressa un large sourire. Un sourire sinc√®re qui se voulait √™tre r√©confortant. Oui, un sourire d’espoir destin√© √† une jeune femme qui avait v√©cu un horrible drame.

Elisa ne s’en √©tait pas aper√ßu mais son terrible mal de t√™te s’√©tait totalement dissip√©. Sans doute parce qu’elle avait un peu rel√Ęch√© la pression et qu’elle reprenait peu √† peu confiance en elle.
Elle avait à nouveau un espoir qui semblait germer dans son esprit si torturé.
Oui, un ultime espoir de se sortir de cet enfer. Et pour ce faire elle aurait besoin de l’aide de Tamara alors autant s’en faire une alli√©e et chasser toutes ces id√©es noires qui ne menaient √† rien.

A pr√©sent, elle se sentait un peu plus forte et voulait encore croire √† sa bonne √©toile qui ne l’avait jamais abandonn√©e en cas de coup dur…

« Tamara ? »

« Oui ? » r√©pondit Tamara en essuyant ses larmes avec ses doigts.

« J’aimerais moi aussi vous remercier et vous dire que vous √™tes une personne bien »

« Vous le pensez r√©ellement ? »

« Oui, tr√®s sinc√®rement. Et je tenais √† vous dire √©galement que je vous appr√©cie et que je suis certaine qu’on s’en sortira » dit-elle dans un large sourire.

« Moi aussi, je vous appr√©cie Elisa. Merci de me dire √ßa. Je suis tr√®s touch√©e. Oui, on fera tout pour s’en sortir » lui r√©pondit Tamara en lui rendant le sien.

****

En pleine nuit, au coeur de la forêt de Diamond.
A l’int√©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes √©taient toujours en train de discuter en attendant le lever du jour.

Le cadran de la montre d’Elisa indiquait qu’il √©tait exactement 20H00. Comme le temps √©tait long ! se dit-elle. Elle √©tait fatigu√©e et commen√ßait √† avoir un peu sommeil mais heureusement que Tamara √©tait l√† pour alimenter la conversation.

« Elisa ? Je pourrais vous poser une question un peu plus personnelle ? »

« Oui, biens√Ľr »

« Vous n’avez pas de petit ami ? Je vous pose cette question un peu indiscr√®te par rapport √† ce que vous m’avez dit tout √† l’heure. Vous savez, que vous souhaitiez faire ce voyage en solitaire… »

« Oui, vous avez raison. Si, j’en avais un avant mais je l’ai quitt√©. C’√©tait il y environ 1 an. On n’√©tait plus du tout sur la m√™me longueur d’onde lui et moi. Disons qu’on n’√©tait pas faits l’un pour l’autre, tout simplement. Mais c’est de l’histoire ancienne √† pr√©sent. Et puis je n’ai aucun regret et c’est ce qui compte finalement. Et vous ? si je puis me permettre, avec Juanes ? Vous vous connaissiez depuis longtemps avant de vous √™tre mari√©s ? »

« Oui, depuis d√©j√† cinq ans. C’est lui qui un beau jour, m’a dit qu’il voulait se marier avec moi. Je ne courrais pas apr√®s le mariage mais √† force qu’il m’en persuade, je me suis dit pourquoi pas ? Et puis il y tenait tellement alors on s’est mari√© le 15 d√©cembre dernier. La c√©r√©monie s’√©tait d√©roul√©e dans une magnifique cath√©drale en plein centre-ville d’Epic√©a. Et pour cette grande occasion, je portais une jolie robe blanche toute en dentelle. J’√©tais tr√®s belle et lui tellement √©l√©gant dans son beau costume tout neuf. Oui, ce fut un tr√®s beau mariage. Un v√©ritable conte de f√©e que je n’oublierai jamais… » dit-elle avec beaucoup d’√©motion dans la voix.

« Je n’en doute pas. Vous deviez former un bien joli couple »

« Oui un tr√®s beau couple… » soupira t-elle en regardant les yeux dans le vague, les deux flammes des bougies qui ne cessaient de danser.

En voyant sa tristesse, Elisa préféra changer de sujet.

« Je voulais savoir Tamara, vous habitez √† Epic√©a ? »

« Oui depuis ma plus tendre enfance. D’ailleurs c’est l√†-bas que j’avais rencontr√© mon mari. Et vous ? »

« Je ne vis pas √† Epic√©a, c’est pourquoi j’y suis venue en vacances. J’habite √† Antin√©a, l√† ou vit ma famille. Vous connaissez cette province ? »

« Oui tr√®s bien. C’est agr√©able de vivre l√†-bas. Mais il est vrai que je pr√©f√®re la c√īte. J’aime l’oc√©an »

« Moi aussi j’aime la mer… » dit Elisa en repensant √† sa promenade sur l’immense plage de sable blanc de Diamond.

Soudain, une des deux bougies s’√©teignit faisant appara√ģtre une fine volute de fum√©e blanch√Ętre qui s’√©leva en serpentin dans l’air…

**** 

La Suricate, c’est moi !

SURICATA TENACE

Vous vous demandez encore pourquoi j’ai choisi ce petit surnom « Suricate ? »

Je ne l’ai pas choisi √† proprement dit. Il m’a √©t√© transmis par ma Maman. Elle aime bien me donner des surnoms et ce depuis que je suis toute petite.

Le petit surnom qu’elle affectionne le plus √©tant POUPOULE ! et que j’adore √©norm√©ment ! Je ne sais pas pourquoi mais cela me fait toujours fondre lorsqu’elle m’appelle ainsi !

Que voulez-vous ? je suis une incorrigible √©motive…

Suricate est un surnom qui a fait son apparition il y deux ans (en 2013), lorsque nous regardions elle et moi un documentaire animalier à la télévision concernant les suricates.

A un moment donn√©, elle m’avait lanc√© dans un grand sourire :

« C√©cile, je trouve que tu ressembles vraiment √† un Suricate ! tu es toujours √† l’aff√Ľt et soucieuse de vouloir prot√©ger ton entourage, ta famille…Tiens ! je sais maintenant ! ce sera ton nouveau petit surnom ! mais biens√Ľr celui que je t’ai donn√© Poupoule sera toujours d’actualit√©. Tu seras toujours ma Poupoule ador√©e ! et aussi ma petite Suricate, maintenant ! »

Je dois bien avouer que ce jour-l√† je l’avais regard√© avec beaucoup d’amour et de tendresse par le simple fait qu’elle ait pu penser que je ressemblais √† cette charmante bestiole !

Oui et j’√©tais fi√®re qu’elle me dise que j’avais beaucoup de points communs avec cet animal qui n’avait de cesse de vouloir prot√©ger sa famille et son territoire.

j’avais donc adopt√© avec plaisir ce nouveau petit surnom qu’elle venait de me trouver rien qu’en regardant un documentaire animalier.

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Quelques temps plus tard, ma Maman portait aussi un petit surnom que je lui avais donn√© en regardant un documentaire animalier √† la t√©l√©vision et qui n’√©tait autre que l’√©cureuil.¬†

En effet, je trouvais que ce petit rongeur lui ressemblait beaucoup par le fait qu’elle soit toujours tr√®s pr√©voyante et pr√©venante avec sa famille.

De plus, elle ne manque pas de panache ! elle sait rebondir de branches en branches, en cas de soucis !

Et tout comme l’√©cureuil elle veille √† ne jamais manquer de noisettes ou de graines, en les accumulant en profusion √† l’int√©rieur de¬†son nid (creus√© dans un tronc d’arbre) et ce avant que l’hiver n’arrive afin de ne pas √™tre prise au d√©pourvu.

J’adore l’appeler Mon petit √©cureuil car je trouve qu’elle a beaucoup de points communs avec ce petit animal si mignon.

JOLI ECUREUIL ROUX

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La Suricate, c’est moi !

SOURIS SOURIS

Aujourd’hui, plus que jamais, j’aime beaucoup ce surnom de Suricate car je trouve r√©√®llement que ce petit animal me ressemble beaucoup : il est toujours vif et aux aguets !

Mais vous vous demanderez peut-√™tre pourquoi ai-je mis autant de temps √† inscrire le surnom « SURICATE » √† l’en t√™te de mon blog ?

D√©sormais, vous connaissez d√©j√† l’origine de ce surnom mais vous ignorez encore pourquoi je me suis lanc√©e aujourd’hui √† le revendiquer.

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Voici le début de mon histoire :

Ma meilleure amie Michelle que j’ai rencontr√©e sur Twitter et qui tient √©galement un blog sur wordpress https://michellelabelette.wordpress.com/¬†a un surnom : « La Belette » qui je trouve, lui va √† merveille ! et comme je suis de nature tr√®s curieuse, j’ai lu sur internet que la ¬ę Belette ¬Ľ avait plusieurs significations et ce en plusieurs langues (j’en ai choisi deux) :

La Belette s’emploie en Fran√ßais pour d√©signer affectueusement une jeune fille ou une femme charmante et en Breton, cela veut dire belle petite b√™te.

belle belettissima

Un bien joli surnom qu’elle a choisi et qui lui va √† ravir ! vous ne trouvez pas ?

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Au fil du temps qui passait, je me suis dit pourquoi ne pas mettre en lumi√®re tout comme mon amie Michelle, mon surnom « Suricate » que je porte depuis deux ans et dont j’en suis fi√®re ?

Alors voil√† pourquoi c’est chose faite aujourd’hui.

Et je dois bien avouer que j’appr√©cie le fait de l’avoir mis enfin au devant de la sc√®ne en faisant un article aujourd’hui (Samedi 12 d√©cembre 2015)

A présent, vous savez tout à ce sujet ou presque tout !

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La Suricate que je suis :

SURICATE DEBOUT

Je suis très protectrice envers les miens et tout comme le Suricate je veille au grain en les protégeant contre toutes attaques extérieures, telle une sentinelle fidèle à son poste.

D’ailleurs, j’ai le don de savoir reconna√ģtre mes ennemis et ce m√™me s’ils portent un masque de circonstance pour me pi√©ger. En g√©n√©ral, j’ai le flair pour les d√©tecter gr√Ęce √† mon nez fin de Suricate !

méchant et fort

Eh oui ! je reste tr√®s m√©fiante m√™me si je suis une personne avenante et tr√®s spontan√©e par nature ! Disons que je t√Ęte toujours le terrain avec mes petites pattes arm√©es de griffes afin de conna√ģtre le vrai du faux ! et en g√©n√©ral, mon instinct ne me trompe jamais !

Bref, je suis une vraie Suricate ! toujours sur mes gardes mais pas que, puisque j’aime aussi prendre la vie du bon c√īt√© !

Oui, la relaxation d’une Suricate est tr√®s importante si elle veut se r√©g√©n√©rer et faire peau neuve pour avoir toujours un joli poil bien lustr√© et brillant !

Pour ce faire, la Suricate recharge pleinement ses batteries en l√©zardant au soleil l’√©t√© ou en se r√©fugiant dans son terrier bien douillet et chaud l’hiver !

SOURICAT heureux

De bons petit vers (verre) de jus de toutes sortes ainsi que de savoureux oeufs de l√©zards (mimosa) lui redonneront l’oeil vif et la truffe humide pour pouvoir √©crire ses souvenirs et ses petites nouvelles sur le sable (page wordpad) chaud de son territoire (ordinateur).

Oui, quand je vous disais que je suis une v√©ritable Suricate ! ce n’est pas pour rien !

SUSURIRI coucou

C’est pourquoi la c√©l√®bre r√©plique du film « Forrest Gump » reste toujours ma pr√©f√©r√©e et ce depuis des ann√©es :

« La vie, c’est comme une bo√ģte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber ! »

Oui, j’aime cette r√©plique car je trouve qu’elle est parfaitement en ad√©quation avec tout ce que je pense au sujet de la vie en g√©n√©ral.

En effet, elle peut avoir un go√Ľt d’amertume par certains moments ou encore √™tre savoureuse √† souhait lorsque la vie vous sourit !

Et pour terminer, je dirais que La Suricate aime aussi les cats : nos amis les chats…

D’ailleurs, je ne sais pas si vous l’avez remarqu√© mais lorsque vous inversez le mot « SURICATE », vous obtiendrez alors la phrase suivante :

CAT SURI : Cat (le chat) sourit à la vie !

Et c’est pourquoi, j’aime sourire √† la vie quoi qu’il arrive ! C’est ma force !

belle suri catsou

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Gros bisous √† toi Maman et mille mercis encore de m’avoir trouv√© ce charmant surnom qui me va si bien ! Je t’aime Mamounette !!

écureuil magique

 

Un bisou aussi tr√®s particulier √† ma tendre Michelle alias « La Belette », ma meilleure amie qui porte si bien son petit surnom et que j’adore ! Oui la moiti√© de ma plume ! Je t’embrasse affectueusement !!

belle belle belette

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Si vous ne connaissez pas bien le Suricate, voici quelques informations à son sujet :

souris cat la petite familia

Le suricate (Suricata suricatta), parfois surnomm√© ¬ę sentinelle du d√©sert ¬Ľ, est une esp√®ce de mammif√®res diurnes de la famille des Herpestidae (mangoustes) et la seule du genre Suricata.

Ce petit carnivore vit dans le sud-ouest de l’Afrique (d√©sert de Namib).

Animal tr√®s prolifique, le suricate vit en grands groupes familiaux au sein d’une colonie. Ils se r√©fugient la nuit dans de vastes terriers.

Mesurant de 30 √† 60 centim√®tres, le suricate mange entre autres des insectes, des souris, des rats, des oiseaux, des petits reptiles et des tubercules ou bulbes de plantes qu’il d√©terre avec ses pattes munies de fortes griffes non r√©tractiles de deux centim√®tres de longueur.

Ainsi, ils sont capables de déplacer leur propre poids de terre en 20 secondes.

Leur ou√Įe extr√™mement fine et leur odorat d√©velopp√©s permettent aux suricates de rep√©rer une proie sous le sable, qu’ils creusent parfois assez profond√©ment pour chercher leur nourriture.

Des ¬ę sentinelles ¬Ľ ont pour r√īle de pr√©venir les autres membres du groupe de la pr√©sence de pr√©dateur(s) par des cris sp√©cifiques.

SURICATE toujours

On a recensé 30 cris différents selon le type de danger (terrestre ou aérien) et leur éloignement.

Un cri continu indique que tout va bien. Des recherches r√©centes ont montr√© que les guetteurs √©taient des individus du groupe qui n’avaient plus faim.

Chaque surveillance dure environ une heure, pendant laquelle la sentinelle émet des cris continus à intervalles réguliers, lorsque tout va bien.

En cas de danger, il aboie ou siffle très fort. Le groupe se précipite alors chacun dans son terrier.

Les suricates ont un comportement altruiste au sein de leur colonie.

Un ou plusieurs d’entre eux surveillent en sentinelles les autres membres qui creusent ou jouent entre eux.

La chaleur du désert du Kalahari pouvant être mortelle, les parents ou leur substitut recouvrent les petits de sable pour les mettre à l’abri du soleil au cours des déplacements.

baby suricata

Les suricates peuvent se passer de boire, l’eau dont ils ont besoin leur étant fournie en quantité suffisante par les insectes et larves qu’ils mangent.

Ils partagent volontiers leur terrier avec la mangouste jaune et l’√©cureuil terrestre, esp√®ces avec lesquelles ils n’entrent pas en comp√©tition pour la nourriture.

Ils h√©bergent parfois des serpents. Cependant, ils peuvent mordre leur ¬ę invit√© ¬Ľ en cas de m√©sentente.

Les suricates sont également connus pour se livrer à des jeux de société comme des concours de lutte et de course (dans le sens course à pied).

 

 

La derni√®re danse de la lune : Chapitre 2 : La for√™t de Diamond

la derniere danse de la lune

 

A l’or√©e de la for√™t de Diamond : 14H10.

Elisa regarda une derni√®re fois derri√®re elle. Elle posa ses yeux sur le sable si blanc puis les attarda sur le ciel d’un bleu intense parsem√© de quelques nuages. Il faisait tellement beau ! On aurait dit un jour ordinaire. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, elle se promenait tranquillement sur cette plage en chantonnant son air pr√©f√©r√© sans s’imaginer un seul instant que tout ce merveilleux r√™ve se transformerait en un horrible cauchemar. C’√©tait presque irr√©aliste et insens√©.

Un bref instant elle eut une pens√©e pour ses parents en regardant la progression de deux gros nuages blancs qui se suivaient l’un derri√®re l’autre. Se pourrait-il qu’elle ne s’en sorte pas et qu’elle ne les reverrait plus jamais ? Cette id√©e la fit fr√©mir. Pourtant, il ne fallait pas qu’elle baisse les bras mais alors quel serait son destin ici √† Diamond ?

Soudain elle trouva que le nom de cette √ģle √©tait ironique. Son s√©jour ici n’avait rien d’√©clatant ni de lumineux, bien au contraire. Mais alors, quel en serait le d√©nouement ? La noirceur ou la lumi√®re ? Elisa l’ignorait encore…

A contre coeur, elle détourna son regard de cette si jolie plage puis avec force et détermination suivit Tamara sans davantage se poser de questions.

****

Toutes les deux venaient de p√©n√©trer dans les profondeurs de la jungle de « Diamond » qui paraissait √™tre inhospitali√®re tant il y faisait sombre.
Imp√©n√©trable, infranchissable et √©paisse : tels fut les adjectifs p√©joratifs qu’Elisa eut en t√™te lorsqu’elle se retrouva au coeur de cet enfer verdoyant qui √©tait envahi de lianes et de toutes sortes de v√©g√©tations luxuriantes.

Il faisait si chaud et lourd que l’air √©tait suffocant, presque irrespirable si bien qu’Elisa commen√ßait √† beaucoup transpirer et que sa tunique certes tr√®s l√©g√®re lui collait d√©j√† √† la peau. Quelle sensation d√©sagr√©able que de se sentir toute poisseuse ! se dit-elle en pestant.

Quelques moustiques virulents venaient de lui piquer les bras et les jambes et n’avaient de cesse de lui tournoyer tout autour en faisant de perp√©tuels bruits de « bzz » aigus √† ses oreilles ; ce qui devenait de plus en plus horripilant.
Elle tentait √† chaque fois de les chasser de la main mais en vain, ils revenaient toujours…

D√©cid√©ment rien n’allait sur cette √ģle !

Depuis qu’elle marchait dans cette for√™t, elle avait l’impression que le poids de son sac avait augment√© de volume alors qu’il n’en √©tait rien.

Le frottement de la bandouli√®re en nylon lui lac√©rait litt√©ralement l’√©paule droite lui causant d’affreuses douleurs qui l’√©puisaient mais elle tenait bon car il √©tait hors de question qu’elle abandonna son sac. Il y avait √† l’int√©rieur bien trop de choses importantes qui lui seraient sans doute indispensables pour la suite des √©v√®nements alors elle se devait d’√™tre courageuse et de ne surtout pas baisser les bras.

Oui, elle d√©testait au plus haut point cette for√™t car elle s’y sentait oppress√©e et mal √† l’aise mais h√©las elle n’avait pas d’autre choix que d’avan√ßer sans se plaindre.

Cela faisait d√©j√† un certain temps qu’elle et Tamara marchaient inlassablement et pourtant elles n’avaient toujours pas atteint leur objectif : celui de se rendre √† la fameuse cabane.

Il était 14H45.

****

Par certains endroits, il y avait des raies de lumi√®res qui filtraient √† travers les branchages des hauts arbres, rendant une ambiance un peu plus rassurante √† ce lieu qui n’√©tait gu√®re accueillant.

Mais malgr√© ces rares √©claboussures lumineuses, Elisa trouvait encore que cette for√™t √©tait bien trop sombre et elle regrettait d√©j√† d’avoir quitt√© la plage.

De temps √† autre, le silence de la jungle √©tait troubl√© par le bruissement des feuilles, le craquement des branches sous leurs pas ainsi que par toutes sortes de bruits d’animaux : cris d’oiseaux, coassements d’amphibiens, insectes volants, ect..

Soudain Elisa sentit le chatouillement de quelque chose qui venait de se coller sur son avant-bras gauche.

En regardant d’un peu plus pr√®s, elle constata que c’√©tait une toile d’araign√©e alors d’un revers de main et √† plusieurs reprises, elle essaya tant bien que mal de retirer les fils de soie qui √©taient √† la fois tr√®s r√©sistants et fortement √©lastiques.

Lorsqu’elle y arriva enfin et qu’elle pensait en avoir fini avec cette malencontreuse rencontre, subitement elle aper√ßut une grande araign√©e noire √† la forme allong√©e avec de tr√®s longues pattes en train de descendre de son fil provenant d’une immense toile circulaire qui devait bien atteindre dans les 2m de diam√®tre. La toile ressemblait √† s’y m√©prendre √† un hamac.

En voyant l’araign√©e qui pendait toujours sur son fil, Elisa ne pu s’emp√™cher de pousser un petit cri d’effroi puis un second lorsque celle-√ßi tomba juste √† ses pieds. Pour √©viter qu’elle ne lui grimpa dessus, elle eut un mouvement de recul puis s’√©cria avec d√©go√Ľt « Quelle horreur ! »

Elisa connaissait bien cette esp√®ce d’araign√©e qu’elle avait d√©j√† vu dans le jardin de sa maison √† Antin√©a et dont elle en avait une peur bleue. C’√©tait une N√©phile dor√©e. Une araign√©e qui √©tait certes passive et inoffensive mais dont la morsure pouvait √™tre douloureuse.

Et dire qu’elle aurait pu me tomber dessus ! se dit-elle dans son for int√©rieur mais heureusement il y eut plus de peur que de mal.
Alert√©e par les cris d’Elisa, Tamara venait de se retourner et lui demanda avec inqui√©tude :

« Que se passe t-il Elisa ? »

« D√©sol√©e, je suis tomb√©e sur une araign√©e et j’ai eu peur. Mais tout va bien √† pr√©sent »

Entre-temps, la Nephile dor√©e s’√©tait √©loign√©e en courant √† toutes pattes vers un immense arbre entour√© de lianes et venait de totalement dispara√ģtre sous des feuillages.
Après ce petit incident, les deux jeunes femmes continuèrent leur ascension vers le sommet de la montagne.

Il était 15H10.

****

Elisa se demandait encore si elles avaient eu raison de pénétrer dans cette forêt. Et si tout cela les menait au contraire vers le tueur ?
De plus, la situation ne ferait qu’empirer avec la tomb√©e de la nuit ; ce qui ne la rassura pas du tout et amplifia davantage sa peur.

Elle regarda devant elle, la longue queue de cheval noire qui se balançait de droite à gauche.
Tamara marchait d’un pas d√©cid√© et ne semblait pas autant perturb√©e qu’elle. Elle suivait son chemin et rien ne semblait pouvoir l’arr√™ter.

D’ailleurs, pas une seule fois, mis √† part l’√©pisode de l’araign√©e, elle ne s’√©tait retourn√©e pour lui demander si tout allait bien.
Etrange jeune femme se dit-elle mais elle ne pouvait pas non plus lui porter un jugement trop h√Ętif √©tant donn√© qu’elle venait de perdre son mari dans d’affreuses circonstances.

Elisa √©tait ext√©nu√©e et commen√ßait √† entendre les gargouillis de son estomac. Elle avait tr√®s faim. Et dire que pour le repas de ce midi, elle devait d√©guster de d√©licieuses langoustes au beurre d’ail et au lieu de cela, elle se retrouvait ici √† marcher sans fin. Et pour noircir le tableau, un homme dangereux se cachait quelque-part, sans doute en train de les √©pier √† cet instant m√™me.

Et de son c√īt√©, Tamara ne lui avait plus jamais adress√© la parole. Elle continait sa route sans se retourner alors n’en pouvant plus, Elisa d√©cida de briser le silence et cria √† son attention :

« Tamara ! Tamara ! Vous pouvez vous arr√™ter un instant s’il vous pla√ģt ! »

La jeune femme s’arr√™ta aussit√īt puis fit volte face.

« Que se passe-t-il encore ? » demanda t-elle avec une pointe d’agacement.

Elisa fut surprise par le ton de sa voix mais ne lui en tenu pas rigueur.

« On pourrait faire une petite pause ? Je suis morte de fatigue et j’ai faim pas vous ? J’ai des petits pains aux raisins dans mon sac. Cela ne nous prendra que quelques minutes pour les manger »

Tamara changea imm√©diatement d’attitude en lui faisant un petit sourire ; sans doute pour se rattraper du ton qu’elle avait employ√© envers elle.

« D√©sol√© Elisa. Oui, biens√Ľr on va s’arr√™ter un peu. Vous avez raison, moi aussi j’ai faim. Et puis ce ne sont pas ces quelques minutes de repos qui vont nous faire perdre du temps. On a d√©j√† bien avanc√©es »

Elisa s’empressa de fouiller dans son sac de plage et en extirpa un paquet de petits pains aux raisins.

Avec h√Ęte, elle retira l’attache du sachet puis commen√ßa √† en prendre un √† l’int√©rieur qu’elle tendit √† Tamara. Elle en reprit un autre pour elle puis sans plus attendre commen√ßa √† le d√©vorer tellement elle avait faim. Tamara n’√©tait pas en reste elle non plus, et √† peine eut-elle termin√© le sien, qu’elle en r√©clama un second. Elisa l’imita. A toutes les deux, elles avaient mang√© trois petits pains chacune tout en buvant quelques gorg√©es d’eau.

« C’√©tait tr√®s bon Elisa, merci beaucoup. Au moins, nous avons pu reprendre des forces. En plus nous ne sommes plus tr√®s loin des cabanes. Remettons nous vite en route si vous le voulez bien ! »

Sur ces mots, elle continu√®rent √† nouveau leur marche dans l’√©paisse for√™t de Diamond.
A travers les branchages des hauts arbres, on pouvait aperçevoir que le ciel changeait légèrement de nuances.

Elisa regarda sa montre. Le cadran indiquait qu’il √©tait d√©j√† 16H15.

****

Au bout d’un instant, Elisa crut entendre le ruissellement d’une eau qui coulait dans les environs.
Non elle ne r√™vait pas, c’√©tait tout proche et le bruit de l’eau s’accentuait au fur et √† mesure qu’elle et Tamara s’en rapprochait.

Soudain une image à couper le souffle leur apparut.
Elle virent droit devant elles un spectacle d’une magnificence absolue.
D’une paroi rocheuse tr√®s abrupte, jaillissait une incroyable chute d’eau qui venait se jeter en contrebas dans un grand bassin d’eau claire, l’accompagnant d’un fort bruit de percussion tellement son d√©bit √©tait fort et rapide.

De l√† o√Ļ elle se trouvait, Elisa pouvait sentir le souffle humide de la cascade lui caresser le front et les joues tout en faisant l√©g√®rement virevolter sa longue queue de cheval blonde.

Et de ce flot ininterrompu, de fines gouttelettes d’eau vinrent se projeter sur son visage et ses membres, enveloppant peu √† peu sa peau d’une fine pellicule de bruine.
C’√©tait une sensation assez agr√©able, quoique un peu trop rafra√ģchissante √† son go√Ľt surtout en cette fin de journ√©e. D’ailleurs, elle ne pu s’emp√™cher de frissonner.

C’√©tait donc lui le g√©ant de la nature de Diamond ; le fameux voile de la Mari√©e qui faisait parti des visites incontournables de cette √ģle et qu’Elisa √©tait en train d’admirer √† cet instant m√™me mais dans des circonstances pas tr√®s r√©jouissantes.

Elle se rapprocha du grand bassin, se pencha légèrement en avant et commença à le scruter dans les moindres détails lorsque Tamara lui tapota.

« C’est juste apr√®s cette chute d’eau, en montant un peu plus vers le haut, que mon mari est mort »

Les sourcils fronc√©s, Elisa n’avait pas vraiment √©cout√© ce qu’elle venait de lui dire car elle √©tait soucieuse.
En effet, elle avait beau regarder le bassin, elle ne voyait toujours pas le cadavre du Guide Batisto qui normalement, aurait d√Ľ flotter √† la surface de l’eau alors sans plus attendre, elle l’interrogea :

« Tamara, je ne vois pas le corps de Batisto ? o√Ļ est-il ? Il devrait flotter √† la surface de l’eau… »

Tamara se rapprocha davantage du bassin et commen√ßa √† l’examiner √† son tour. Ne voyant pas le corps de celui-√ßi, elle ne pu que confirmer ses propos.

« Je ne comprends vraiment pas ! Pourtant je vous assure qu’il √©tait bien dans ce bassin puisque je l’ai vu s’y noyer. J’avoue que c’est incompr√©hensible… »

« Vous √™tes certaine qu’il √©tait bien mort ? »

« Mais oui ! » dit Tamara d’un ton agac√©. « Je vous avais d√©j√† expliqu√© auparavant que j’√©tais rest√©e un long moment √† le regarder se d√©battre dans l’eau. J’ai bien vu ensuite qu’il √©tait mort puisqu’il ne bougeait plus du tout. Je vous assure que je vous dis la stricte v√©rit√© ! Vous ne me croyez pas ? »

« Eh bien…Je vous crois biens√Ľr. Mais son corps n’est pas l√†…C’est tout de m√™me √©trange… »

Elisa avait apprit au cours de ses √©tudes que lorsqu’une personne se noie et qu’elle d√©c√®de, elle coule progressivement au fond de l’eau car la densit√© d’un corps mort (poumons vides d’air) est tr√®s l√©g√®rement sup√©rieure √† celle de l’eau.

Elle savait aussi que sous l’impulsion de la putr√©faction qui provoque la formation de gaz ; cela donne au corps un poids sp√©cifique qui le fera flotter puis remonter alors progressivement √† la surface.

Il fallait √©galement mettre en compte que dans l’eau de mer, la densit√© en sel est importante, c’est pourquoi un corps remontera plus rapidement entre 3 et 7 jours par rapport √† l’eau douce entre 20 jours √† 1 mois en moyenne.

Mais dans ce cas pr√©cis, Tamara avait bien expliqu√© qu’elle avait d’abord donn√© un coup de couteau dans le ventre de Batisto avant de le pousser ensuite dans ce bassin.

Il √©tait donc bless√© et se vidait de son sang alors selon toute probabilit√©, son cadavre qui devait √™tre en √©tat de putr√©faction aurait d√Ľ remonter √† la surface √©tant donn√© qu’il s’√©tait d√©j√† √©coul√© quelques heures depuis qu’il y √©tait tomb√©.
Alors qu’en d√©duire ? se demanda t-elle en regardant Tamara qui venait de lui tourner le dos.

Est-ce que Batisto √©tait vraiment tomb√© dans ce bassin ? et si oui, il aurait d√Ľ alors flotter √† la surface de l’eau. Et si jamais il se trouvait tout simplement au fond de l’eau, alors dans ce cas-l√†, il serait pratiquement impossible d’avoir le fin mot de l’histoire, vu la profondeur de celui-√ßi.

Que de questions sans réponses ! se dit-elle.

Soudain, elle entendit des sanglots. C’√©tait Tamara qui √©tait en train de pleurer √† chaudes larmes, alors contre toute attente, elle se rapprocha d’elle et lui pressa doucement l’√©paule.

« Que vous arrive t-il Tamara ?

« Mais c’est √† cause de vous si je pleure. Vous avez l’air de douter de tout ce que je vous ai dit et √ßa me fait beaucoup de mal »

Elisa regrettait d√©j√† le fait qu’elle se soit un peu trop appesanti sur cette histoire de cadavre flottant et s’empressa de le lui dire :

« Excusez-moi Tamara. Je n’aurais pas d√Ľ autant insister. Le corps de ce Batisto doit certainement se trouver au fond de ce bassin. Je ne voudrais pas que vous pensiez que j’ai dout√© de tout ce que vous m’avez dit depuis le d√©but, bien au contraire, sinon je ne vous aurai jamais suivi dans cette for√™t. C’√©tait juste que je me posai quelques questions mais √† pr√©sent, tout va bien. Vous me croyez j’esp√®re ? »

Les yeux rougis de Tamara la fixaient avec une telle intensit√© de tristesse, qu’Elisa se savait plus o√Ļ se mettre.

« Pourtant, vous avez dout√© de moi Elisa. Je trouve √ßa dommage. Vous savez, c’est suffisamment assez dur pour moi de revenir ici, l√† o√Ļ mon mari est mort. J’aurai aim√© plus de soutien de votre part » dit-elle d’un ton larmoyant et quelque peu accusateur.

« Mais j’ai confiance en vous Tamara. C’√©tait juste une simple question que je me posai, rien de plus. Il ne faut surtout pas que vous y voyiez un quelconque reproche. Je ne vous accuse de rien. De toute fa√ßon je suis certaine que cette ordure doit se trouver au fond de ce bassin. Allez ! n’en parlons plus si vous le voulez bien. Nous devrions quitter cet endroit √† pr√©sent pour rejoindre la cabane car il se fait tard »

« D’accord, mais j’esp√®re que vous ne douterez plus de moi d√©sormais car je vous appr√©cie Elisa »

« Oui, ne vous inqui√©tez plus pour √ßa. Et comme je vous l’ai d√©j√† dit, je vous soutiendrai jusqu’au bout »

« Merci Elisa » dit Tamara en prenant un pan de sa tunique pour s’essuyer les yeux.

Décidément Elisa manquait de tact envers cette pauvre jeune femme mais désormais elle ferait attention.
Et puis de toute fa√ßon, elle n’avait pas le choix, il fallait bien qu’elle lui fasse confiance alors sans r√©fl√©chir davantage elle essaya de mettre en arri√®re plan, cette histoire de cadavre flottant m√™me si ce point restait tout de m√™me un myst√®re incompr√©hensible…

****

Quelques minutes plus tard, les deux jeunes femmes se retrouv√®rent c√īte √† c√īte devant le vertigineux pr√©cipice que Tamara avait d√©crit et qui se trouvait non loin des deux cabanes.

Tout √† fait en bas, une vision d’horreur : on pouvait aper√ßevoir dans de hautes herbes tout pr√®s d’un amoncellement de pierres, le corps d’un homme qui gisait face contre terre, dans une mare de sang noir√Ętre avec pr√®s de lui, un sac √©ventr√© et tout autour, toutes sortes de d√©bris d’objets indescriptibles.

Son dos √©tait transper√ß√© d’un long pique et au niveau de sa perforation, il y avait une large aur√©ole de sang qui maculait son t-shirt bleu ciel.

Elisa n’avait encore jamais vu un cadavre de sa vie et surtout pas dans un tel √©tat : il s’agissait tout de m√™me d’un meurtre perp√©tr√© par deux hommes sans scrupules.

Soudain elle fut prise de spasmes et faillit vomir mais elle réussit tant bien que mal à se ressaisir.
De son c√īt√©, Tamara les bras crois√©s avait les yeux riv√©s sur son d√©funt mari et ne semblait avoir aucune r√©action. Que pouvait bien t-elle ressentir en le revoyant ainsi ? se demanda t-elle avec une certaine inqui√©tude.

****

Il commen√ßait √† se faire tard et le ciel s’assombrissait de plus en plus.
Le soleil ne tarderait pas à décliner.
Il était exactement 17H20.

Les deux jeunes femmes √©taient toujours en train d’observer le cadavre qui se trouvait au fond du ravin lorsqu’Elisa souhaita en savoir davantage concernant l’√©trange pique qui √©tait plant√© dans le dos de celui-√ßi.

« Tamara ? vous voyez ce que je vois » dit-elle en pointant du doigt le cadavre. « Il a un pique ou une sorte de lance qui lui transper√ße le dos. Vous savez de quoi il s’agit ? »

Tamara plissa les yeux et commença à scruter davantage le cadavre de son mari.

« Oui vous avez raison, je ne me rappelai pas du tout qu’il avait ce pique dans le dos » dit-elle h√©b√©t√©e. « Maintenant que vous m’en parlez…Je sais que lorsque votre guide me battait, je n’avais pas pu voir ce que Batisto lui faisait subir. Il a du sans doute le lui enfoncer lorsque j’√©tais √©vanouie. Mais par contre je ne sais vraiment pas de quel genre de pique il s’agit »

« Ok. De toute fa√ßon on n’aura jamais le fin de mot de cette histoire puisque comme vous d√ģtes, vous √©tiez √©vanouie au moment o√Ļ ces hommes ont tu√© votre mari. Par contre, j’avais une derni√®re question Tamara »

« Oui allez y. Je vous √©coute »

« C’√©tait le sac √† dos de votre mari que je vois l√† ? »

« Oui, effectivement. Il en avait un avec tous nos affaires dedans. Moi, par contre, j’avais d√©cid√© de ne rien porter car j’ai des probl√®mes de dos »

« Ah d’accord ! Mais tous ces d√©bris de couleur vert que je vois autour de lui, vous savez ce que c’est ? On aurait dit des morceaux de plastique mais je n’en suis pas certaine. Et vous ? Qu’en pensez-vous ? »

« Oui, je sais ce que c’est. C’est notre glaci√®re. Elle √©tait de couleur verte clair. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi elle se trouve au fond de ce ravin. Ces hommes l’auraient jet√©e mais pour quelle raison ? Il y avait juste des aliments et des bouteilles d’eau √† l’int√©rieur. C’est bizarre je trouve… »

« Oui, vous avez raison. Mais pourquoi auraient-ils fait √ßa alors ? C’est √©trange tout de m√™me… »

D√©cid√©ment, il y avait bien trop de myst√®res dans cette for√™t qui restaient en suspens et sans r√©ponses ; ce qui n’√©tait pas du tout √©vident pour Elisa de ne pas pouvoir les √©lucider et devoir en fin de compte les accepter tels quels sans broncher…

« Elisa? Vous m’√©coutez ? Vous semblez ailleurs… »

« Heu…Excusez-moi…Vous disiez ? »

« Je disais que nous sommes √† quelques m√®tres des cabanes. Nous devrions quitter cet endroit maintenant. J’ai du mal √†… »

Elisa regarda Tamara qui avait des larmes aux yeux et comprit une fois de plus qu’elle venait √† nouveau d’√™tre maladroite.

« Je suis vraiment d√©sol√©e Tamara. Oui biens√Ľr, je comprends. Quittons cet endroit au plus vite »

« Ce n’est pas grave Elisa. Si je pleure ce n’est pas parce que j’ai vu son cadavre au fond de ce pr√©cipice m√™me si biens√Ľr cela m’a fait beaucoup de mal de le revoir dans cet √©tat…Non, je repensai plut√īt √† notre arriv√©e sur cette √ģle, que nous √©tions tellement heureux lui et moi mais c’est si loin tout √ßa. N’en parlons plus. Je pr√©f√®rerais quitter cet endroit au plus vite. Les cabanes se trouvent √† quelques m√®tres seulement mais on ne peux pas les voir d’ici √† cause des arbres et de la v√©g√©tation. D√©p√™chons-nous s’il vous pla√ģt. Il se fait tard et la nuit ne va pas tarder √† tomber »

« Oui, allons-y ! » dit Elisa qui √©tait partag√©e entre la tristesse pour Tamara et l’espoir de rejoindre enfin les cabanes.

****

Toutes les deux se dirigeaient avec h√Ęte vers les deux cabanes qui √©taient plac√©es, l’une derri√®re l’autre, avec un grand espace de v√©g√©tation entre les deux.

« Enfin ! voici les fameuses cabanes » se dit Elisa qui voulait au plus vite s’engouffrer √† l’int√©rieur de l’une d’elles. C’est vrai qu’elles √©taient vraiment bien cach√©es et personne n’aurait pu se douter un seul instant, qu’il y en avait deux ici √† part les connaisseurs de cette √ģle.

L’ossature des cabanes (murs et charpentes) √©tait enti√®rement construite en bois ainsi que la couverture de leurs toits (tuiles en bois). Tamara n’avait pas menti lorsqu’elle avait pr√©cis√© leur rusticit√©s et biens√Ľr, elles √©taient con√ßues sans eau, ni √©lectricit√©.

****

La premi√®re cabane dont avait parl√© Tamara √©tait effectivement rest√©e entrouverte mais impossible de savoir s’il y avait quelqu’un ou pas √† l’int√©rieur.
Pour en avoir le coeur net, Tamara insista pour s’y rendre seule afin de v√©rifier si celle-√ßi √©tait vraiment inoccup√©e.

Pendant ce temps, Elisa l’attendait, cach√©e derri√®re un √©norme tronc d’arbre tout en observant les alentours.
Tamara se retrouva enfin devant la fa√ßade de celle-√ßi, pr√®s de sa porte d’entr√©e puis y donna un magistral coup de pied. Elle s’ouvrit alors davantage mais il faisait tellement sombre √† l’int√©rieur que c’√©tait difficile de distinguer quoi que ce soit.

Arm√©e d’un long b√Ęton en bois qu’elle venait de trouver par terre, Tamara commen√ßa √† franchir le seuil de la porte et tout en avan√ßant √† petits pas, le brandit en faisant de grands va-et-vient de droite √† gauche comme si elle se battait contre une personne mais invisible.

Elle renouvella ce geste plusieurs fois tout en frappant le sol, le mobilier et les objets qui se trouvaient dans les alentours puis constatant qu’il n’y avait vraiment personne, se retourna et cria tr√®s fort √† l’attention d’Elisa :

« Il n’y a personne ! Venez Elisa ! D√©p√™chez-vous ! » dit-elle avec un grand sourire de satisfaction.

Elisa n’avait eu de cesse de l’observer et ce fut avec un grand soulagement qu’elle accueillit la bonne nouvelle. « Tant mieux » se dit-elle en soupirant.

Par contre, en ce qui concernait l’individu en question ; elle se posait toujours d’innombrables questions √† son sujet. Qu’√©tait-il r√©ellement devenu ? Il √©tait bless√©. Aurait-il pu alors dans ce cas l√†, succomber √† ses blessures ? Mais ce n’√©tait qu’une hypoth√®se.

Et si jamais, il √©tait plut√īt cach√© quelque-part ici √† les √©pier. Pourtant elle n’avait rien remarqu√© √† moins qu’elle n’ait pas fait suffisamment attention. A cette id√©e, elle se mit √† fr√©mir et sans plus tarder, courut tr√®s vite vers la cabane o√Ļ Tamara l’attendait sur le seuil de la porte avec beaucoup d’impatience.

« Venez Elisa ! rentrons enfin √† l’int√©rieur. Heu…Dites-moi, vous n’auriez pas √† tout hasard de quoi nous √©clairer ? On ne voit pas grand chose √† l’int√©rieur »

« Oui j’ai ce qu’il faut » r√©pondit Elisa avec un premier petit sourire rempli d’espoir.

Il était exactement 17H55 et dans quelques minutes il ferait nuit noire dans la lugubre forêt de Diamond.

****

La derni√®re danse de la lune : Chapitre 1 : Elisa

la derniere danse de la lune

 

Elisa marchait le long de la plage de sable fin tout en chantonnant son air pr√©f√©r√© : « Wonderful life » du chanteur Black.
Une bien jolie chanson qui √©tait tout √† fait en ad√©quation avec ce moment de pur bonheur qu’elle √©tait en train de savourer sans se soucier du temps qui passe.

Ce fameux temps qui nous fait tant d√©faut dans notre monde moderne actuel et qui nous emp√™che d’appr√©cier les joies simples de la vie.
Elisa avait conscience qu’elle avait beaucoup de chance d’√™tre ici ; seule au monde (enfin presque) et loin de tout.

Elle avait enfin r√©alis√© son r√™ve : celui de se promener bien tranquillement sur cette immense plage d√©serte car jamais, auparavant elle n’aurait cru cela possible et pourtant c’√©tait bel et bien r√©el et ce pour son plus grand plaisir.
Et comme le disait si bien la chanson : la vie est merveilleuse !

****

Elle se souvenait encore de son inoubliable p√©riple en catamaran avant de d√©barquer ici sur cette jolie petite √ģle qui portait le nom de « Diamond » en raison de la puret√© de son lagon et de son sable si blanc.

La veille, elle se trouvait √† Bambousya (un village touristique et baln√©aire de la c√īte ouest de l’√ģle Epic√©a) dans un charmant h√ītel-restaurant, le « Paradise Beach » situ√© en bordure de mer avec un acc√®s direct sur une plage priv√©e.

L’h√ītel disposait de 40 chambres √©quip√©es de la climatisation, minibar, t√©l√©phone, ect, sans oublier l’acc√®s gratuit √† internet, ce qui n’√©tait pas n√©gligeable √©tant donn√© qu’Elisa avait du mal √† vivre sans son smartphone ou sa tablette.
Mais pas pour aujourd’hui o√Ļ elle avait bien volontiers ranger toutes ces technologies modernes dans le placard de sa chambre afin de profiter pleinement de ce moment de libert√© et d’√©vasion !

Et puis de toute fa√ßon, la petite √ģle « Diamond » √©tait situ√©e dans une zone blanche donc il n’y avait pas de r√©seau internet et encore moins de wifi.

****

Le « Paradise Beach » proposait diverses activit√©s tels que : Golf, bodyboard, Planche √† voile, Kayak , Voile, Sentier de randonn√©e √† pied ou √† bicyclette, Parachutisme ascensionnel, Cours de golf y compris des excursions en bateau (catamaran ou grands voiliers) tout autour de la c√īte, vers de magnifiques √ģlots.

Son Guide touristique qui s’appelait Philippo lui avait d√©crit qu’il y avait pr√®s d’une centaine de petits √ģlots dont certains √©taient proches de la c√īte et d’autres plus loin et plus difficiles d’acc√®s et que quelques-uns d’entre eux seulement √©taient des r√©serves naturelles avec une faune end√©mique exceptionnelle o√Ļ l’on pouvait y croiser quelques sp√©cimens d’animaux tout en se baladant.

Leurs eaux cristallines √©taient id√©ales pour y faire de la plong√©e en apn√©e ou encore du scooter sous-marin avait-il pr√©cis√©. Plusieurs activit√©s s’offraient aux touristes s’ils le d√©siraient car tout √©tait possible selon lui si l’on souhaitait r√©aliser un r√™ve bien pr√©cis.

D’ailleurs, il lui avait fortement conseill√© de visiter l’un d’entre eux : « Diamond », r√©put√© pour √™tre plus au calme car moins fr√©quent√© et qui d’apr√®s lui √©tait un v√©ritable paradis terrestre qu’elle ne serait pas pr√®s d’oublier et que l’occasion ne se pr√©senterait pas deux fois si elle voulait en avoir plein la vue et vivre enfin une aventure extraordinaire √† la Robinson Cruso√©.
En effet, un bien joli programme en perspective…

Elisa avait donc fait son choix : elle avait opt√© pour deux jours et une nuit √† Diamond en incluant les d√©jeuners/d√ģners, pique-niques, barbecues y compris quelques activit√©s telles que : Kayak, plong√©e sous-marine dans l’oc√©an Pacifique, farnientes et balades dans l’√ģlot inhabit√©.

Le p√©riple s’effectuerait en catamaran de croisi√®re priv√©e en compagnie de son Guide Philippo qui serait le navigateur.
Mais ce qui l’enthousiasmait le plus dans toute cette exp√©dition de r√™ve √©tait de dormir une nuit dans une cabane qui se trouvait en haut d’une montagne, au coeur de la for√™t luxuriante de Diamond et √† quelques m√®tres d’une chute d’eau qui portait le nom du « Voile de la Mari√©e » et qui d’apr√®s son Guide √©tait d’une beaut√© exceptionnelle √† couper le souffle.

****

Et voici qu’elle √©tait en train de marcher sur cette magnifique plage de sable fin qui ressemblait √† de la poudre de diamant tellement son √©clat √©tait intense et d’un blanc immacul√©.
Diamond portait vraiment bien son nom ! Tout √©tait sublime ici. Un vrai paysage de carte postale et d’un calme olympien…

Le soleil √©tait √† son z√©nith, il lui mordait la peau mais qu’importe puisqu’elle avait pris le soin de bien s’enduir le corps et le visage de protection solaire qui sentait agr√©ablement bon la fleur de Tiar√©.
De plus, elle portait une casquette et par dessus son maillot de bain deux pièces, une tunique de plage en voile soyeux de couleur bleue ciel, agrémentée de manches courtes chauve-souris joliment fendues sur les épaules.

Cette tenue fluide et a√©rienne √©tait bien appropri√©e √† la chaleur intense d’aujourd’hui.
Et pour ne pas d√©plaire, il y avait m√™me une l√©g√®re brise qui venait lui caresser le visage, les cheveux ; ce qui rendait agr√©able sa marche, sous le soleil ardent de cette belle matin√©e de ce samedi 26 Ao√Ľt 2015.

****

Cela faisait d√©j√† une bonne vingtaine de minutes qu’elle se promenait tranquillement sur cette plage et pas un seul chat √† l’horizon.
Son Guide Philippo ne lui avait pas menti ; cette petite √ģle √©tait encore m√©connue des touristes car difficile d’acc√®s et seuls les insulaires et les guides exp√©riment√©s tel que lui pouvaient conna√ģtre cet endroit b√©ni des Dieux !

Elisa ne regrettait vraiment pas cette excursion ; elle se sentait bien ici, elle était heureuse et parfaitement en osmose avec la nature.

****

Philippo ne tarderait pas √† la rejoindre, il √©tait rest√© sur le catamaran qui √©tait amarr√© non loin d’ici afin d’y prendre quelques √©quipements pour cette nuit et ramener le repas et les boissons pour le d√©jeuner de ce midi.

Le menu pr√©vu par le restaurant de l’H√ītel √©tait des plus all√©chants :

РSalade de crudités variées et sambos au poisson,
– Langoustes grill√©es au beurre d’ail accompagn√©es de riz blanc, de curry de courgettes et d’aubergines avec du bon pili-pili (piment). Et pour terminer ce repas, en guise de dessert : Des bananes flamb√©es au Rhum des √ģles avec boules de glace au coco. Un vrai festin !

****

Elisa avait h√Ęte de d√©jeuner car elle commen√ßait √† avoir faim.
Elle regarda sa montre bracelet waterproof qui avait √©t√© d’une tr√®s grande √©tanch√©it√© lorsqu’elle avait fait de la plong√©e sous-marine il y a une heure de temps d√©j√†, en compagnie de son Guide.

Il était 10H55.
Elle s’arr√™ta un instant, se retourna, mit sa main en visi√®re √† cause du soleil √©blouissant et regarda au loin.
Elle avait d√Ľ beaucoup marcher car elle ne voyait plus du tout le catamaran. Mais que pouvait bien faire Philippo ? Il n’√©tait toujours pas revenu la rejoindre.

Sans doute qu’elle s’inqui√©tait pour rien. Il n’allait plus tarder √† pr√©sent alors en attendant son retour, Elisa d√©cida de faire une petite halte ici.
Elle d√©posa son sac de plage qu’elle portait en bandouli√®re puis en extirpa une grande serviette qu’elle √©tala sur le sable chaud.
Avant de s’allonger dessus, elle fouilla √† nouveau dans celui-√ßi et en sortit une petite bouteille d’eau dont elle but quelques gorg√©es qui la d√©salt√©r√®rent aussit√īt tellement c’√©tait bien frais.

Jamais elle n’aurait pu faire ce petit voyage sans son fid√®le sac de plage. En effet, il y avait pas mal de choses qu’elle avait transport√©es √† l’int√©rieur : une petite glaci√®re isotherme souple contenant trois petites bouteilles d’eau glac√©es et une canette de jus d’orange Minute Maid, un paquet d’une dizaine de petits pains aux raisins qu’elle avait achet√© ce matin √† la p√Ętisserie de l’H√ītel, ses tennis pour la promenade de tout √† l’heure dans la for√™t tropicale de Diamond pour y voir « le voile de la mari√©e », sa grande serviette √©ponge et une autre plus petite pour s’essuyer apr√®s ses baignades, un maillot de bain une pi√®ce de couleur bleu marine, des v√™tements de rechange, un gros tube de cr√®me solaire, une trousse de toilette et sans oublier sa grosse lampe de poche √©tanche pour ce soir.

Et pour je ne sais quelle raison, elle avait aussi pr√©vu d’emmener avec elle, un briquet offert par l’h√ītel (non pas qu’elle fumait, bien au contraire mais juste au cas o√Ļ) ainsi que son couteau Suisse 21 pi√®ces multifonctions ultra compact que son p√®re lui avait offert pour son anniversaire, il y a 6 mois de √ßa et qu’elle avait dissimul√© dans un mouchoir en tissu fleuri afin de le prot√©ger des intemp√©ries. Un accessoire id√©al pour les d√©placements en ext√©rieur lui avait-il soulign√©. Elle le revoyait encore en train de lui rab√Ęcher, dans un large sourire :

« Et surtout ne te d√©place jamais sans lui, il pourrait t’√™tre utile et ce √† n’importe quelle occasion. C’est un couteau magique qui te simplifiera la vie…Je t’assure Elisa ! Prends en bien soin »

Et elle lui répondait invariablement :

« Oui, d’accord Papa c’est not√© ! Je le garderai bien pr√©cieusement avec moi et je l’emm√®nerai partout o√Ļ j’irais… »

Et c’est ce qu’elle avait fait aujourd’hui.
De toute fa√ßon ses parents lui avaient appris √† devenir une personne tr√®s pr√©voyante et ce depuis sa plus tendre enfance alors disons que c’√©tait presque inn√© chez elle de se d√©placer avec pas mal de choses dans son sac afin de ne rien manquer.

Et comme disait un certain proverbe : « Mieux vaut trop que pas assez ».
C’est pourquoi, m√™me si son guide √©tait chevronn√© dans son domaine et qu’il avait tout pr√©vu pour ces deux jours, elle pr√©f√©rait faire confiance √† son instinct.

Quoique pour l’instant tout allait pour le mieux ; pas le moindre nuage en vu, au sens propre comme au sens figur√©.
Tout s’√©tait parfaitement bien d√©roul√© jusqu’√† pr√©sent ; alors aucune inqui√©tude √† avoir se dit Elisa en esquissant un demi-sourire.

****

Allong√©e sur sa serviette, sa casquette √† visi√®re lui couvrant le visage ; Elisa ferma les paupi√®res et commen√ßa √† s’endormir tout en √©coutant paisiblement le doux murmure du vent et le ressac incessant de la mer.
Et le temps s’√©coula, s’√©grena…
Elisa venait de s’assoupir et n’avait pas vu le temps passer…

Il était déjà 12H15.

****

Soudain, des petites gouttes d’eau froides lui tomb√®rent sur la jambe et le pied droit.
Oh non ! Se pourrait-il qu’il pleuve ?? Pourtant il faisait un temps si radieux !
Que c’√©tait d√©sagr√©able ! Si bien qu’Elisa commen√ßa √† se r√©veiller peu √† peu.

Elle retira sa casquette qui lui bouchait la vue puis avec effroi et stup√©faction vit une jeune femme qui se tenait l√†, debout juste √† c√īt√© d’elle, le dos l√©g√®rement courb√© en avant avec de longs cheveux noirs √©parses et d√©goulinants d’eau…

La jeune femme grelottait de froid ; sans doute d√Ľ √† cause de l’humidit√© de ses v√™tements qui lui collaient √† la peau.
Elle avait le visage tuméfié avec un énorme bleu violacé sur le front et des traces de griffures sur la joue gauche.
Un petit filet de sang lui coulait le long de la narine droite jusqu’au menton et ses grands yeux noirs √©taient rougis par des larmes incessantes.

Elle portait un t-shirt blanc cass√©, d√©chir√© √† l’encolure et t√Ęch√© d’aur√©oles de sang d√©lav√© au niveau du ventre. Son bermuda bleu ciel √©tait macul√© de traces de sang comme si elle s’√©tait essuy√© les mains dessus quant √† ses baskets, on ne distinguait plus vraiment leurs couleurs tellement elles √©taient sales.

Elle √©tait vraiment dans un piteux √©tat et n’arr√™tait pas de pleurer.
Elisa se redressa rapidement √† l’aide de ses coudes et se mit debout face √† la jeune femme puis lui demanda :

« Que vous est-il arriv√©e ? vous √™tes bless√©e…qui vous a fait √ßa ? »

« J’√©tais dans la montagne l√†-bas, avec mon mari et… »

La jeune femme renifla puis d’un revers de main essuya le petit √©coulement de sang qui lui sortait de sa narine droite. Les mots ne sortaient plus de sa bouche et elle semblait t√©tanis√©e alors Elisa s’approcha davantage d’elle et lui pressa gentiment l’√©paule pour l’encourager √† parler.

« Continuez, je vous prie…Que s’est-il pass√© ? »

La jeune femme cessa de pleurer et dit d’une voix √©teinte :

« On √©tait dans cette for√™t l√†-bas… »

Elle désigna du doigt une étendue de verdure luxuriante qui se trouvait au loin, juste après la plage.

« J’√©tais en train de pr√©parer des sandwichs. On se trouvait pr√®s de notre cabane. Mon mari discutait avec notre Guide Batisto et je coupai du pain. Soudain, j’ai vu un homme qui venait vers nous. Il √©tait sorti de nulle part et il avait l’air tr√®s mena√ßant. J’ai cri√© tr√®s fort pour avertir mon mari et Batisto mais subitement je ne sais pas pourquoi notre Guide s’en ait pris √† mon mari. Il le battait tellement fort qu’il s’est retrouv√© par terre. Batisto n’arr√™tait pas de lui taper dessus sans fin. Oh mon Dieu ! mon pauvre mari ! Je le voyais qu’il souffrait mais j’√©tais impuissante, incapable de l’aider. J’√©tais terrifi√©e. Subitement, l’autre homme s’est retrouv√© pr√®s de moi. Je ne l’avais pas vu venir car j’√©tais pr√©occup√©e par mon mari. J’ai tent√© de m’enfuir mais il m’a rattrap√©. Ensuite, il n’a pas arr√™t√© de me battre ; il me donnait de violent coups sur tout le corps mais le pire fut lorsqu’il me donna un violent coup de poing au front. Je pense que j’ai d√Ľ m’√©vanouir car je ne me souviens plus de rien. je ne sais plus ce qui s’est pass√© en ce qui concerne mon mari. Et je…. »

La jeune femme s’arr√™ta de parler. Des larmes lui coulaient √† nouveau le long de ses joues et tout son corps √©tait secou√© de tremblements tellement elle devait avoir froid mais malgr√© le choc qu’elle avait subi, elle continua son histoire :

« Lorsque j’ai repris connaissance et que je me suis relev√©, j’ai vu √† nouveau cet inconnu qui m’avait frapp√©. Il riait avec notre Guide mais par contre je ne voyais plus nulle part mon mari. J’avais tr√®s mal √† la t√™te. Je titubais puis √† un moment donn√© j’ai vu par terre mon couteau de cuisine alors je m’en suis vite empar√© et je l’ai cach√© derri√®re mon dos. C’est alors que Batisto s’est avanc√© vers moi. Il n’arr√™tait pas de rire puis il m’a dit qu’il avait tu√© mon mari et qu’il avait ador√© lui faire du mal. Il me disait que mon Mari avait cri√© comme une gonzesse. Ce sont ses propres mots. Cette ordure me d√©bitait √ßa avec le plus grand m√©pris alors comme j’avais beaucoup de haine √† ce moment l√† et qu’il se rapprochait de plus en plus de moi, je n’ai pas h√©sit√©, je me suis jet√©e sur lui et je lui ai enfonc√© le couteau dans le ventre, au plus profond que j’ai pu puis je l’ai vite retir√© pour le garder avec moi. Il a cri√© tr√®s fort et ensuite il est tomb√© par terre. L’autre type a vu son acolyte au sol et il a couru vers moi. J’√©tais effray√©e. J’ai tent√© de me sauver mais il a finit par me rattraper et il m’a donn√© une grande gifle. J’avais tr√®s mal mais je ne sais comment et par quel miracle j’ai r√©ussi √† lui donner un coup de pied dans les parties. C’est √† ce moment l√† que j’ai vite ramass√© le couteau que j’avais perdu et lorsqu’il s’est approch√© √† nouveau de moi, je le lui ai enfonc√© dans la poitrine. L’homme criait de rage et il m’insultait en me regardant d’un air mena√ßant. Puis il a retir√© le couteau qui √©tait toujours plant√© dans sa poitrine et l’a jet√© par terre. Il y avait une grosse t√Ęche de sang sur son t-shirt. Je me souviens ensuite qu’il m’avait menac√© en me disant qu’il reviendrait me tuer puis il a couru et a disparu dans la for√™t. Depuis, je ne l’ai plus jamais revu. Je ne sais pas ce qu’il est devenu mais j’aurais voulu qu’il meurt … »

Elisa en avait la chair de poule. Ce que venait de vivre cette jeune femme était insoutenable.

« Mon Dieu ! Mais c’est terrible ce que vous venez de vivre ! C’est inimaginable ! Je suis vraiment d√©sol√©e. Et qu’est devenu votre Mari ? Et ce guide qui l’avait battu ? »

La jeune femme continua son histoire :

« Lorsque cet homme qui m’avait frapp√© s’est sauv√©, j’ai essay√© de rechercher Batisto car je ne le voyais plus nulle part alors je suis all√©e vers la chute d’eau qui se trouve √† quelques m√®tres des deux cabanes. C’est l√† que je l’ai revu. Il rampait tout pr√®s du bassin de la cascade. Je l’ai vu se redresser et marcher avec difficult√© vers l’avant de la for√™t ; il voulait sans doute s’enfuir lui aussi comme l’avait fait son acolyte, alors sans h√©siter, je me suis pr√©cipit√© vers lui et je l’ai violemment pouss√© dans le bassin. Il est tomb√© dedans et lorsque je me suis rapproch√©, j’ai vu qu’il se d√©battait dans l’eau pendant un certain temps puis plus rien. J’ai constat√© alors qu’il √©tait mort. »

Elisa n’en revenait toujours pas. Quelle √©pouvantable histoire !!

« Et donc ce Batisto s’est noy√© dans ce bassin. Mais en ce qui concerne votre mari ? qu’est-il devenu ? »

« Mon mari est mort et je… »

« Mon Dieu ! ce n’est pas possible ! Mais o√Ļ l’avez-vous retrouv√© ? » dit Elisa totalement affar√©e.

« Je l’ai cherch√© partout et j’ai fini par tomber sur une de ses baskets que j’ai trouv√© √† c√īt√© d’un ravin, pas tr√®s loin de notre cabane. C’est l√† que j’ai revu mon mari au fond de ce pr√©cipice. Il y avait plein de sang autour de lui…
« Mon Dieu ! mais c’est abominable ! Je suis tellement d√©sol√©e que vous ayez perdu votre mari… »

Elisa √©tait abasourdie par ce qu’elle venait d’entendre. Elle commen√ßait √† avoir de plus en plus peur mais elle ne pouvait pas se permettre de perdre son sang-froid face √† cette jeune femme qui √©tait en √©tat de choc et de d√©tresse. Alors elle se ressaisit et lui demanda :

« Comment vous appelez-vous ? »

« Tamara »

« Moi c’est Elisa. Encore d√©sol√©e Tamara de vous rencontrer ainsi, en de telles circonstances. C’est si triste pour votre mari. Vous √©tiez ici en excursion ? »

« Oui, mon mari Juanes et moi √©tions venus ici pour notre voyage de noces. Je ne comprends pas pourquoi il y a eu tout √ßa. J’ai tout perdu √† cause de ces deux hommes. Ces monstres… »

Elisa n’avait plus de mots et ne savait comment consoler la jeune femme qui avait tellement subi alors elle fouilla dans son sac de plage et en sorti une petite serviette qu’elle tendit √† la jeune femme.

« Tenez, vous devriez vous essuyer. Vous √™tes tremp√©e. Vous devez avoir froid. J’ai aussi des v√™tements de rechange. Vous devriez retirer les v√ītres et enfiler ceci. Je pense qu’elle vous ira »

« Merci. C’est vrai que j’ai froid… »

La jeune femme s’ex√©cuta. Elle retira son t-shirt t√Ęch√© de sang ainsi que son bermuda qu’elle jeta en boule, √† ses pieds. Elle √©tait en petite tenue mais ne semblait pas trop √™tre g√™n√©e devant Elisa. Elle commen√ßa √† s’essuyer fr√©n√©tiquement le corps puis les cheveux.

En la regardant faire, Elisa remarqua qu’elle avait quelques bleus au niveau de la poitrine et des √©paules. Ces individus avaient d√Ľ beaucoup la brutaliser d’o√Ļ l’apparition de ces marques. Cette femme avait vraiment beaucoup souffert mais elle avait r√©ussi √† se d√©fendre face √† ces deux tortionnaires et Elisa trouvait qu’elle avait eu beaucoup de cran et de courage pour se sortir de cet enfer.

Lorsque Tamara eut terminé de se sécher, elle enfila la tunique en voile imprimée de couleur fushia qui ressemblait à celle que portait Elisa à la seule différence du coloris.
En les voyant habill√©es ainsi, on aurait dit deux soeurs jumelles √† part que l’une √©tait blonde √† la peau claire et l’autre brune √† la peau ambr√©e.

« Vous √™tes plus au sec ainsi et la tunique vous va bien » lui dit Elisa. Elle s’approcha de Tamara et lui toucha doucement le front.

« Est-ce que c’est encore douloureux ? »

« Un peu, mais √ßa va. Et je me sens beaucoup mieux dans ce v√™tement. Merci beaucoup Elisa »

« De rien. Et votre nez ? J’ai vu que vous saigniez tout √† l’heure… »

« Non, ce n’est rien. J’ai parfois des saignements de nez et ce depuis mon enfance mais √ßa n’a rien √† voir avec ces sales brutes. Mais √ßa va maintenant, je ne saigne plus du tout »

« Alors je suis rassur√©e »

Elisa avait remarqué que les cheveux de Tamara étaient très emmêlés alors elle lui proposa son peigne à larges dents pour les discipliner.

« Auriez-vous aussi un √©lastique pour que je puisse les attacher ? Je ne les supporte plus comme √ßa » demanda Tamara, tout en coiffant sa longue chevelure √©b√®ne.

« Oui, biens√Ľr »

Elisa fouilla dans sa trousse de toilette et en sorti un chouchou en velours noir.

« Tenez, c’est un chouchou. Je n’ai pas d’√©lastique »

« √ßa ira tr√®s bien. Merci Elisa »

Tamara √©tait en train de nouer ses cheveux en une haute queue de cheval. Coiff√©e ainsi, elle √©tait compl√®tement diff√©rente. Cela lui donnait un air dynamique et encore plus combatif que jamais, pr√™te √† affronter n’importe quel adversaire. Du moins, c’est l’apparence que lui donnait cette nouvelle coiffure. En l’observant dans les d√©tails, Elisa avait encore une question qui lui br√Ľlait les l√®vres ; un √©l√©ment qu’elle n’arrivait pas √† comprendre, alors elle se lan√ßa :

« Je me posais une question Tamara… »

« Oui, allez-y »

« Pourquoi √©tiez-vous toute tremp√©e lorsque vous √™tes venue vers moi ? »

« Heu…Oui c’est vrai, j’ai oubli√© de vous dire. Lorsque j’ai vu mon mari en bas dans le pr√©cipice avec tout ce sang autour de lui, je ne pouvais plus supporter d’avoir le sang de ces sales types sur les mains alors j’ai d√©cid√© d’aller me les laver √† la cascade. En marchant, j’ai aper√ßu mon couteau de cuisine par terre qui √©tait plein de sang alors je l’ai ramass√© puis je me suis dirig√© √† la source de la cascade. Je me suis d’abord lav√© les mains puis j’ai commenc√© √† rincer la lame du couteau. Mais c’est √† ce moment l√† que je n’ai pas fait attention et que j’ai gliss√©. J’ai perdu l’√©quilibre et je suis tomb√©e dans le bassin o√Ļ se trouvait le cadavre de cette ordure de Batisto. Heureusement, j’ai r√©ussi √† me sortir de l√† tant bien que mal car le bassin est tr√®s profond. J’√©tais enti√®rement mouill√©e et je venais de perdre mon couteau alors j’ai voulu quitter cet endroit de malheur au plus vite. Au cours de mon trajet pour retourner √† la plage, j’avais beaucoup transpir√© et je me sentais toute poisseuse et sale, alors lorsque je me suis retrouv√© face √† la mer, j’ai vite retir√© mes baskets et sans r√©fl√©chir je me suis jet√© √† l’eau. Je voulais me laver de toute cette crasse. Et c’est vrai qu’√† un moment donn√©, lorsque je nageais sous l’eau, j’ai repens√© √† mon mari. J’√©tais √† nouveau boulevers√©e et tr√®s en col√®re. Alors j’ai voulu mourir…mais… »

Les yeux de Tamara √©taient embu√©s de larmes qu’elle ne pouvait r√©fr√©ner. Emue par ce qu’elle venait de lui r√©v√©ler, Elisa eut un geste de tendresse envers elle. Elle lui prit les mains et les enserra tout doucement dans les siennes puis constatant qu’elle ne portait pas d’alliance, elle ne pu s’emp√™cher de lui dire :

« Je viens de remarquer que vous ne portez pas d’alliance √† votre doigt ? »

Tamara regarda un instant sa main gauche qui √©tait effectivement d√©nud√©e. Elle resta un instant sans voix comme si elle se sentait fautive puis se remit √† pleurer si bien qu’Elisa regrettait d√©j√† de lui avoir pos√© cette question.

« Vous allez trouver √ßa compl√®tement idiot de ma part mais je vous assure que c’est la v√©rit√©. Lorsque je prends ma douche, j’ai pour habitude de retirer ma bague pour ne pas l’ab√ģmer. Mais cette fois-√ßi j’ai d√Ľ oublier de la remettre √† mon doigt. La bague est donc rest√©e chez nous dans notre maison √† Antin√©a. Biens√Ľr lorsque mon mari et moi sommes venus √† Diamond, je m’en suis aper√ßu mais c’√©tait d√©j√† trop tard. Vous pensez que c’√©tait un mauvais pr√©sage ? C’est vrai maintenant que j’y pense. Comment ai-je pu oublier mon alliance… » dit-elle les yeux noy√©s de larmes.

« Non, Tamara. Ne vous m√©prenez pas. Si je vous ai pos√© cette question, ce n’est pas pour vous accabler. Vous ne devez pas vous sentir coupable par rapport √† cette bague, cela n’a rien √† voir du tout ! C’√©tait juste un oubli. Rien de plus. Ce n’√©tait en aucun cas un mauvais pr√©sage comme vous venez de le dire. Non, rien de cela. Et puis, vous ne pouviez pas pr√©voir ce qui allait se passer sur cette √ģle »

« Je ne sais pas mais tout ce que je sais, c’est que j’ai perdu mon mari… »

« Oui et c’est vraiment tragique ce que vous avez v√©cu mais je vous en prie Tamara, chassez de votre esprit cette histoire de mauvais pr√©sage. Vous n’y √™tes absolument pour rien. Et moi, je suis l√† avec vous. Et je voulais vous dire aussi que lorsque vous m’avez racont√© tout √† l’heure que vous vouliez vous suicider, eh bien, j’ai √©t√© tr√®s √©mue d’apprendre cela. Je suis sinc√®re Tamara. Et sachez une chose, votre mari n’aurait jamais voulu que vous fassiez ce geste. Vous √™tes en vie et c’est tout ce qui compte. Vous m’avez entendu ? Vous √™tes une personne tr√®s forte. Et vous avez tout mon soutien »

« Merci Elisa. Vous √™tes si gentille avec moi. Mais vous savez, c’est gr√Ęce √† vous si je ne suis pas pass√©e √† l’acte »

« Gr√Ęce √† moi ? »

« Oui, gr√Ęce √† vous. Lorsque je nageais sous l’eau et que je suis remont√©e √† la surface pour reprendre une derni√®re fois mon souffle, j’ai remarqu√© au loin une petite t√Ęche bleue sur la plage. Je n’en croyais pas mes yeux alors je suis vite sortie de l’eau, j’ai enfil√© mes baskets et j’ai couru sans m’arr√™ter vers cette t√Ęche. Puis au fur et √† mesure que je m’en rapprochai, j’ai constat√© que c’√©tait bien une personne qui √©tait allong√©e sur une serviette. Et √† partir de ce moment l√†, vous ne pouvez pas savoir √† quel point ce fut une v√©ritable d√©livrance pour moi lorsque je suis tomb√©e sur vous et qui plus est une femme. Je n’aurais sans doute pas eu confiance si j’√©tais tomb√©e sur un homme. C’est pourquoi je tenais √† vous remercier Elisa. Encore merci d’√™tre l√† et de me soutenir »

« Mais c’est tout √† fait normal Tamara. Et je vous soutiendrai encore jusqu’au bout »

****

Elisa jeta un bref coup d’oeil √† sa montre. Il √©tait d√©j√† 13H20.

Les sourcils fronc√©s, elle regarda au loin l’imposante montagne qui se dressait juste apr√®s la plage puis avec une certaine anxi√©t√© dans la voix, s’empressa de dire √† Tamara :

« Je voulais vous demander. En ce qui concerne l’homme qui s’est enfui. Il pourrait revenir ici pour nous faire du mal ? Il doit sans doute nous √©pier au moment m√™me o√Ļ nous parlons. Vous ne pensez pas ? Et si jamais il vous avez suivi ? »

« Non, il ne m’a pas suivi et j’en suis certaine car je n’ai eu de cesse de regarder autour de moi avant de venir sur cette plage »

Pourtant, il y avait quelque-chose qui clochait se dit Elisa dans son for int√©rieur. Une chose qui la tracassait encore. Mais quoi donc ? Soudain elle fut prise de panique. Elle l’avait compl√®tement oubli√©. C’√©tait son Guide Philippo. Mais qu’√©tait-il devenu depuis tout ce temps ??

Avec affolement, elle fit part de son inquiétude à Tamara et sans plus attendre commença à lui raconter le début de son histoire :
« Moi aussi j’√©tais en excursion sur cette √ģle. Mais avant de me retrouver ici √† Diamond, j’√©tais en catamaran avec mon Guide.

C’est lui qui naviguait le bateau et au cours de notre p√©riple, on avait fait de la plong√©e sous-marine ensemble. Ensuite on a d√©barqu√© sur cette plage, il a amarr√© le bateau puis il m’a dit que je pouvais aller me promener un peu plus loin si je le souhaitai pendant qu’il d√©chargerait nos affaires. Je me suis donc balad√© puis j’ai d√©cid√© de m’allonger un peu en l’attendant. Je me suis endormie et vous √™tes apparu. Et depuis notre rencontre, je n’ai plus jamais revu mon Guide qui s’appelle Philippo…Je me dema.. »

Soudain Tamara lui coupa la parole.

« Vous d√ģtes qu’il s’appelait Philippo ? Ce pr√©nom me dit vaguement quelque-chose. C’est encore flou mais il me semble que j’ai entendu ce pr√©nom lorsque j’√©tais √©vanouie. J’entendais des bribes de voix. Oui, j’en suis certaine maintenant. Je me souviens de ce pr√©nom… »

Elisa n’osait y croire. L’id√©e m√™me de penser que Philippo pouvait avoir un lien avec toute cette sordide histoire lui fit dresser les cheveux sur la t√™te. Pour en avoir le coeur net elle posa la question cruciale qui √©clairerait enfin sa lanterne :

« Vous souvenez-vous des v√™tements que cet homme portait ? »

« oui, je m’en souviens clairement » s’empressa de dire Tamara. « Il portait un t-shirt jaune avec une inscription dessus. Attendez, √ßa va me revenir. Oui voil√†, c’√©tait √©crit : Black and White »

Mon Dieu ! c’√©tait donc son Guide Philippo. Elle n’en croyait toujours pas ses oreilles et pourtant c’√©tait bien lui. Il n’y avait plus aucun doute l√†-dessus. Elisa en avait la naus√©e.

« C’est bien lui » dit-elle avec d√©go√Ľt. « C’est mon Guide. Il portait effectivement un t-shirt de cette couleur avec l’inscription que vous venez de mentionner : Black and White. Mon Dieu, et dire que j’avais fait de la plong√©e avec lui. Il semblait si gentil. C’est totalement insens√© ! Mais pourquoi aurait-il fait tout √ßa ? »

« Je ne sais pas. Mais en tous cas, il avait l’air de bien conna√ģtre notre guide Batisto. Je me rappelle encore de leurs satan√©s rires !! Moi aussi je n’aurais jamais cru que notre Guide nous aurait fait du mal. Et comme vous d√ģtes, lui aussi il paraissait √™tre tr√®s gentil. Les apparences sont parfois trompeuses. On croit conna√ģtre une personne mais c’est tout l’inverse et j’en sais quelque-chose. A cause de ces deux hommes, j’ai tout perdu. Finalement, mon mari et moi n’aurions jamais d√Ľ venir sur cette fichue √ģle de malheur. Il serait encore en vie maintenant. Je regrette tellement qu’on soit venus ici ! »

« Vous avez raison Tamara. A cause d’eux, vous avez perdu votre mari. C’est tellement horrible ce que vous avez v√©cu ! Qu’allons nous faire maintenant ? On se retrouve toutes les deux seules sur cette √ģle perdue. Qu’allons-nous devenir ? Qui va venir nous sortir de l√† ? »

« Je ne sais pas Elisa mais on va tout faire pour pouvoir s’en sortir. Et puis heureusement nous sommes deux »

« Oui, c’est vrai mais ce n’est pas rassurant avec ce sale type qui est dans les parages. J’ai quand m√™me peur. Vous auriez un plan en t√™te pour se sortir de cette gal√®re ? »

« Oui j’ai un plan qui pourrait √™tre possible. D√ģtes-moi, quelle heure est-il ? »

Elisa regarda sa montre. Et dire qu’en venant sur cette √ģle, elle se disait qu’elle oublierait les heures qui passent ; eh bien ce n’√©tait plus le cas √† pr√©sent, au contraire le temps √©tait compt√© plus que jamais…

« Il est exactement 14H00 »

« Il faudrait quitter cet endroit au plus vite » dit Tamara.

« Mais pour aller o√Ļ ? »

Tamara regarda la for√™t luxuriante qui √©tait √† environ 3 kilom√®tres de l√† o√Ļ elles se trouvaient puis elle dit :

« Je pense qu’on devrait aller l√†-bas dans la for√™t. Ici on est trop en vue. Et la nuit va vite tomber. En haut de cette montagne, il y a deux cabanes qui se trouvent l’une √† c√īt√© de l’autre. La deuxi√®me qui √©tait juste derri√®re la premi√®re √©tait ferm√©e √† clef car elle √©tait inoccup√©e. Mon mari et moi dormions dans la premi√®re cabane. Ces cabanes sont des sortes de refuge pour les rares touristes qui s√©journent ici. On pourrait vous et moi, s’enfermer √† clef dans la cabane que je connais. Je me souviens que la porte d’entr√©e √©tait rest√©e entrouverte avant que les deux hommes nous attaquent mon mari et moi. Je le sais car j’√©tais en train de pr√©parer des sandwichs et que je faisais des all√©es et venues entre la cabane et l’ext√©rieur. Moi, je ne vois que cette solution pour nous prot√©ger de cet homme »

« Mais o√Ļ se trouve cette clef pour pouvoir s’enfermer dans cette cabane ? »

« Lorsque mon mari et moi dormions dans la cabane, nous nous y enfermions √† clef pendant que Batisto de son c√īt√© dormait sous sa tente √† quelques m√®tres de nous. Je me rappelle que tous les matins, il avait pour habitude de nous r√©clamer √† chaque fois la clef de notre cabane et j’avais remarqu√© qu’il la rangeait toujours dans l’une des poches ext√©rieures de son sac √† dos. Et quand votre guide nous avait agress√©, le sac se trouvait √† l’int√©rieur de notre cabane. Il √©tait pos√© sur la table √† manger. Et je suis certaine qu’il doit toujours y √™tre. Il faudrait absolument mettre la main dessus et r√©cup√©rer la fameuse clef. Et √† ce moment l√†, on serait sauv√©es vous et moi ! Du moins, on serait beaucoup plus en s√©curit√© qu’√† l’ext√©rieur. Je ne vois que cette solution pour l’instant. Ensuite, on verra bien ce qu’on pourra faire pour la suite des √©v√®nements »

« Mais, vous oubliez un d√©tail Tamara ? Et si jamais ce Philippo √©tait revenu sur ses pas pendant que vous √™tes venue sur cette plage ? Il pourrait alors se trouver dans cette cabane et avoir la fameuse clef avec lui ! C’est vraiment trop dangereux et risqu√© d’aller l√†-bas ! »

« Oui c’est vrai que c’est risqu√© ! Mais nous n’avons pas le choix ! On ne peut pas rester ici ind√©finiment. Personne ne viendra nous chercher. Mon mari et moi avions opt√© pour 4 jours d’excursion √† Diamond et depuis notre arriv√©e ici, nous n’y avons dormi que 2 nuits. Alors vous comprendrez que dans l’imm√©diat, personne ne viendra s’inqui√©ter de notre sort. Et en ce qui vous concerne, c’est pareil puisque vous venez √† peine de d√©barquer aujourd’hui sur cette √ģle. Rappelez-moi Elisa, vous deviez s√©journer ici durant combien de jours ? »

« 2 jours et 1 nuit » dit-elle avec amertume.

« Vous voyez bien ! Personne ne viendra nous sauver avant ! Croyez-moi Elisa, il faut absolument rejoindre cette cabane si on veut s’en sortir ! »

Elisa constata avec effroi, qu’effectivement personne ne viendrait les secourir tant que ces jours d’excursions n’auraient pas √©t√© √©coul√©s. Et donc cette nuit promettait d’√™tre longue et angoissante…

« Qu’en pensez-vous Elisa ? Il faut se d√©cider maintenant. Le temps est compt√© ! »

« Vous avez sans doute raison mais c’est effrayant de savoir que ce type est toujours l√† quelque part… »

« Oui, c’est vrai. Mais il est bless√© √† la poitrine et il perdait d√©j√† beaucoup de sang lorsque je l’ai vu s’enfuir. Il est donc en √©tat de faiblesse. Et n’oubliez pas, nous sommes deux ! On a un avantage sur lui ! on pourra mieux se d√©fendre si jamais √ßa tournait mal »

Elisa √©tait tout de m√™me perplexe mais ce que disait Tamara n’√©tait pas d√©nu√© de sens, bien au contraire. En effet, comme elle venait de le souligner √† l’instant, Philippo √©tait bless√© mais elle ne savait pas pourquoi, elle avait tout de m√™me peur de devoir s’aventurer dans cette for√™t.

« Et si on tentait d’aller plut√īt l√† o√Ļ le catamaran est amarr√© ? » dit-elle.

« Surtout pas ! et pour y faire quoi ? Il pourrait m√™me d√©j√† y √™tre pendant que nous discutons. De plus on n’y serait pas √† l’abri vous et moi. Il faut au contraire partir d’ici et se diriger vers la cabane o√Ļ l’on pourrait s’y enfermer √† clef. On y serait beaucoup plus en s√©curit√©. Je vous assure. Et comme je vous l’ai d√©j√† dit, je connais bien l’endroit »

« D’accord, vous devez sans doute avoir raison. Il vaut mieux s’en tenir √† votre plan. Je pense effectivement qu’on serait beaucoup plus en s√©curit√© √† l’int√©rieur de la cabane »

« Oui, je le pense aussi. Il vaut mieux se d√©p√™cher Elisa car la nuit tombe vite ici. Ne perdons plus un instant. Allons-y »

Sur les conseils de Tamara, Elisa √©changea sa paire de tongues par ses tennis puis ramassa le reste de ses affaires qu’elle rangea √† l’int√©rieur de son sac de plage. Elle √©tait fin pr√™te mais elle avait peur. Pourtant, il fallait bien qu’elle fasse confiance √† Tamara qui avait l’air d’√™tre une personne combative et tr√®s d√©termin√©e. Ce qui √©tait rassurant en un sens mais voil√† elle doutait encore et ne pouvait s’emp√™cher d’avoir de l’appr√©hension.

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Et voici que les deux jeunes femmes couraient vers la grande étendue de forêt verdoyante qui se trouvait droit devant elles.

Tamara avait pr√©venu Elisa que la cabane se trouvait tout de m√™me assez loin et qu’il faudrait acc√©l√©rer le pas afin de ne pas se faire prendre par la nuit.
Et c’est ce qu’elles faisaient √† cet instant l√†. Courir sans s’arr√™ter.

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Enfin arriv√©es √† l’or√©e de la for√™t, toutes deux s’immobilis√®rent.

Elles √©taient essouffl√©es par leur course alors avant de continuer leur chemin, Elisa proposa √† Tamara de boire un peu d’eau afin de reprendre des forces.
Une fois après avoir étanché leur soif, elles étaient prêtes à se remettre en route.

« Allons-y Elisa !! et surtout faites attention o√Ļ vous mettrez les pieds. C’est assez caillouteux par certains endroits… »

« OK. Merci Tamara. Je ferai attention »

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