La derniĂšre danse de la lune : Chapitre 3 : Confessions

la derniere danse de la lune

 

Elisa fouilla rapidement dans son grand sac qu’elle portait toujours en bandouliĂšre et trouva enfin sa fameuse lampe de poche Ă©tanche.

DĂšs lors qu’elle l’enclencha, la lumiĂšre fut tellement puissante qu’elle suffit Ă  Ă©clairer tout l’ensemble de l’unique grande piĂšce de la cabane qui devait bien faire dans les 20 mÂČ.

A l’intĂ©rieur, tout Ă©tait rustique et entiĂšrement en bois : de l’habillage des murs, sol et plafond jusqu’au mobilier.
Au milieu du mur du fond, une petite fenĂȘtre Ă  un ventail sans rideau avait son volet fermĂ© ; ce qui expliquait pourquoi il faisait si sombre ici. A sa droite, tronaĂźt une grande et haute armoire en bois massif Ă  trois portes avec deux tiroirs cĂŽte Ă  cĂŽte au niveau du bas.

Au dessus de celle-çi, on pouvait aperçevoir un amoncellement de diverses choses indéfinissables ainsi que deux grands chandeliers à plusieurs branches, accompagnés de leurs bougies.
Contre le mur de gauche, Ă  cĂŽtĂ© d’un balai brosse, Ă©taient appuyĂ©s l’un sur l’autre deux lits de camp pliables qui prenaient pas mal de place tant ils Ă©taient grands.

Au centre de la piĂšce se trouvait une grande table rectangulaire habillĂ©e d’une nappe en tissu Ă  petites fleurs, entourĂ©e de quatre chaises en bois avec assises en paille. Et au milieu de celle-çi reposait le fameux sac Ă  dos de Batisto.

Tamara s’en rapprocha et commença Ă  ouvrir l’une des deux petites poches extĂ©rieures mais n’y trouva rien. Elle ouvrit alors la deuxiĂšme poche puis s’exclama :

« Elle est lĂ  ! Je l’ai trouvĂ©e ! On va pouvoir enfin s’enfermer Ă  clef ! »

****

Elisa Ă©tait Ă  prĂ©sent en train d’Ă©clairer la serrure de la porte d’entrĂ©e afin que Tamara puisse y insĂ©rer la fameuse clef.
Une fois que celle-çi l’eut fermĂ©e Ă  double tour, elles se retrouvĂšrent enfin dans un espace clos et Ă  l’abri de tout danger en attendant la suite des Ă©vĂšnements…

« VoilĂ  c’est fait Elisa ! On est en sĂ©curitĂ© maintenant ! Du moins, pour l’instant mais c’est bien mieux que si on Ă©tait dehors… »

Le seul inconvĂ©nient restait toutefois l’Ă©clairage qui Ă©tait assez faible et ce malgrĂ© le puissant faisceau lumineux de la lampe de poche d’Elisa qui de toute façon ne pourrait pas marcher indĂ©finiment Ă©tant donnĂ© que celle-çi fonctionnait avec des piles.

« Je ne pourrai pas laisser allumĂ©e ma lampe de poche trop longtemps sinon les piles finiront par s’Ă©puiser » fit-elle remarquer. « Il faudrait nous Ă©clairer avec autre chose. J’ai vu qu’il y avait deux chandeliers au dessus de l’armoire » ajouta t-elle en Ă©clairant le sommet du meuble.

« Oui, vous avez raison mais il y a mieux que ça ! Vous pouvez m’Ă©clairer la troisiĂšme porte de l’armoire s’il vous plaĂźt ? Normalement, ils doivent toujours y ĂȘtre…Du moins, je l’espĂšre… »

Elisa s’exĂ©cuta tandis que Tamara Ă©tait dĂ©jĂ  en train d’ouvrir la porte en question puis commençait Ă  balayer de sa main droite le dessus de la premiĂšre Ă©tagĂšre du haut, Ă  la recherche des objets qu’elle avait en tĂȘte.

« VoilĂ  ce qu’il nous faut ! je viens de les retrouver ! » s’Ă©cria t-elle.

Tamara venait d’attraper par leur anses deux lanternes en mĂ©tal ajourĂ©. Elle les porta jusqu’Ă  la table puis les dĂ©posa au milieu de celle-çi prĂšs du sac Ă  dos de Batisto. L’intĂ©rieur de chacune d’elles comportait une grosse bougie fixĂ©e sur un socle.

« Vous pouvez encore m’Ă©clairer Elisa ? Je me souviens qu’il y avait un briquet rangĂ© ici » dit-elle en dĂ©signant du doigt le tiroir de droite du bas de l’armoire.

Pendant qu’Elisa l’Ă©clairait Ă  nouveau, Tamara ouvrit le tiroir et commença Ă  chercher des yeux le dit briquet. Au bout de quelques instants, elle finit par le trouver.

« Ah le voici ! Je me disais bien qu’il se trouvait lĂ . VoilĂ  Elisa ! on va pouvoir enfin allumer nos lanternes ! »

Mais la joie de Tamara fut de courte durĂ©e lorsqu’elle s’aperçut que le rĂ©servoir de celui-çi Ă©tait vide.

« Mince alors ! c’est vraiment pas de chance ! il n’y a plus de gaz dans le rĂ©servoir. Il est complĂštement Ă  sec ! et en plus il n’y en a pas d’autres, Ă  part celui-lĂ  ! Oh noonn ! dit-elle en pestant.

« Moi j’ai un briquet ! » s’empressa de dire Elisa. « Il est Ă  l’intĂ©rieur de mon sac de plage. Enfin, normalement…Attendez, je vais le chercher »

« C’est pas vrai ? Incroyable ! Vous avez un briquet dans votre sac ? En tout cas, si vous l’aviez vraiment, vous nous sauveriez une fois de plus la vie, ma chĂšre Elisa ! » dit-elle en lui pressant gentiment l’Ă©paule.

AllĂ©luia ! se dit Elisa avec un petit sourire de satisfaction lorsqu’elle mit enfin la main sur son fameux briquet qu’elle venait de retrouver parmi toutes ses affaires. C’Ă©tait un cadeau publicitaire de l’hĂŽtel « Paradise Beach » oĂč elle avait sĂ©journĂ© et qu’elle avait trouvĂ© posĂ© sur une des tables basses de sa chambre. Elle se souvenait encore avoir hĂ©sitĂ© Ă  le prendre avec elle, lors de son pĂ©riple en catamaran.

A prĂ©sent, elle pouvait encore se fĂ©liciter de l’avoir entre ses mains Ă©tant donnĂ© qu’Ă  cet instant prĂ©cis, il lui serait trĂšs utile.
Comme quoi, un simple petit briquet trĂšs ordinaire fut-il ; pouvait bien faire des miracles en redonnant un peu d’espoir et de la lumiĂšre Ă  deux jeunes femmes en dĂ©tresse…

****

GrĂące aux deux lanternes, la piĂšce baignait dans un halo de lumiĂšre et semblait beaucoup plus chaleureuse qu’auparavant.

Elisa, assise sur une des chaises, observait Tamara debout, face Ă  la table, en train de fouiller Ă  l’intĂ©rieur du sac Ă  dos de Batisto.

Que pouvait bien t-elle chercher ? se demanda t’elle. Sans doute une arme quelconque ou encore un objet qui leur serait utile.
Au bout d’un instant, Tamara finit par dire d’un air dĂ©pitĂ© :

« Il n’y a vraiment rien d’intĂ©ressant dans ce sac ! »

Cela se voyait qu’elle fulminait intĂ©rieurement mais qu’elle essayait de garder son calme. Elle fusillait du regard le sac Ă  dos et semblait ne plus pouvoir supporter sa vue. Nerveusement elle se gratta la tĂȘte puis dĂ©cida de le dĂ©poser sur le plancher Ă  cĂŽtĂ© des deux lits de camps. Elle lui jeta un dernier coup d’oeil sans doute en le maudissant de tous les noms puis vint s’asseoir Ă  son tour, juste en face d’Elisa.

« J’ai perdu mon temps. Je n’ai rien trouvĂ© dans le sac de cette ordure Ă  part quelques babioles inutiles » ajouta t-elle.

« Oui, j’ai vu. On se dĂ©brouillera autrement… » dit Elisa en baillant.

« Vous ĂȘtes fatiguĂ©e ? Vous voulez peut-ĂȘtre un peu vous allonger ? ils sont trĂšs confortables, vous savez » dit Tamara en regardant en direction des lits.

« Non, merci mais c’est gentil de me l’avoir proposĂ©. Je pense que je n’arriverai pas Ă  fermer l’oeil. Je suis beaucoup trop angoissĂ©e pour dormir »

« C’est pareil pour moi et mĂȘme si je me sens tout de mĂȘme assez fatiguĂ©e. Je dois bien avouer que cette marche dans la forĂȘt m’a littĂ©ralement Ă©puisĂ©e »

« Oui, moi aussi. D’ailleurs, j’ai dĂ©testĂ© marcher dans cette fichue forĂȘt » dit Elisa avec mĂ©pris.

« Oui, vous avez bien raison. Une fichue forĂȘt ! comme vous dĂźtes. Des bestioles de partout avec une chaleur suffocante et insupportable. Et puis sans oublier cette moiteur qui n’en finissait pas…Oui, c’est certain, c’Ă©tait loin d’ĂȘtre une promenade des plus agrĂ©ables »

Elisa repensa soudainement Ă  la grande araignĂ©e noire qui avait failli lui tomber dessus. Brrr…, rien que d’y penser, elle fut parcourue de frissons. Mais la scĂšne la plus horrible Ă©tait bien celle du cadavre au fond du prĂ©cipice. Elle le revoyait encore trĂšs clairement avec cet Ă©trange pique qui lui transperçait le dos. L’aurĂ©ole de sang qui maculait son t-shirt.Tout ce sang autour de lui et les dĂ©bris Ă©parpillĂ©s un peu partout…

Les images sordides ne cessaient de lui envahir l’esprit, lui donnant le tournis tel un manĂšge qui n’en finirait pas de tournoyer sans fin…

Et puis il y avait aussi ce type qui Ă©tait cachĂ© lĂ , quelque-part en train de sĂ»rement les Ă©pier tout en attendant le bon moment pour s’en prendre Ă  elles…

Elisa se massa la tempe droite. Elle commençait Ă  avoir un dĂ©but de mal de tĂȘte. Cela ne lui Ă©tait plus jamais arrivĂ© et ce depuis pas mal de temps dĂ©jĂ , si ce n’est lorsqu’un jour elle avait reçu un coup de tĂ©lĂ©phone de sa meilleure amie de l’Ă©poque qui avait osĂ© lui annoncer tout bonnement qu’elle ne voulait plus de leur amitiĂ© en inventant un prĂ©texte des plus mĂ©diocres. Un mauvais jour qui avait particuliĂšrement marquĂ© au fer rouge Elisa. Mais avec le temps, elle avait rĂ©ussi Ă  effaçer cette infĂąme trahison.

Aujourd’hui, le mal de tĂȘte qui s’insinuait lentement et douloureusement tel un poison violent Ă  l’intĂ©rieur de sa boĂźte crĂąnienne ne ressemblait en rien Ă  celui qu’elle avait subi Ă  l’Ă©poque Ă  cause de sa fausse amie. Non, il Ă©tait bien pire…

Et il ne faisait qu’empirer, s’amplifier davantage au fur et Ă  mesure qu’elle s’inquiĂ©tait de sa situation. Une situation que personne ne voudrait vivre. Oui, la pire des situations…et qui surpassait de loin ce fameux jour de trahison. Une trahison qui Ă  ses yeux devenait Ă  l’heure d’aujourd’hui totalement anodine, ridicule et mĂȘme risible.

Par contre ce qu’elle Ă©tait en train de vivre Ă  Diamond Ă©tait un vĂ©ritable cauchemar… Oui, un cauchemar qui n’en finissait pas…

****

Elisa ne pouvait s’empĂȘcher de ressasser en boucle toutes ces images. Elles martelaient sa tĂȘte sans rĂ©pit ; jaillissant par intermittence tels des Ă©clairs qui zĂšbreraient un ciel d’un noir intense…Oui, noir comme les yeux de Tamara…

« Comment vous sentez-vous Elisa ? ça n’a pas l’air d’aller ? »

La voix de Tamara l’empĂȘcha d’aller plus loin dans sa rĂ©flexion tel un rappel Ă  l’ordre qui la fit immĂ©diatement revenir Ă  la rĂ©alitĂ©.

Une rĂ©alitĂ© qui ne prĂ©sageait rien de bon d’ailleurs, puisqu’elles Ă©taient enfermĂ©es Ă  l’intĂ©rieur d’une cabane, certes Ă©clairĂ©e par deux bougies mais qui Ă©tait perdue au milieu d’une forĂȘt Ă©paisse avec un maniaque cachĂ© quelque part pour noircir le tableau.

Qu’allaient-elles devenir en fin de compte ? Elisa ne cessait d’angoisser. Reprenant peu Ă  peu ses esprits, elle essaya tant bien que mal de masquer ses craintes et finit par rĂ©pondre Ă  Tamara :

« Je vais bien. Ne vous inquiĂ©tez pas. Je repensais juste Ă  tous ces Ă©vĂšnements que nous venions de vivre »

« Je suis vraiment dĂ©solĂ©e Elisa… »

Tamara semblait réellement confuse et observait Elisa avec inquiétude.
Elisa massait Ă  prĂ©sent sa tempe gauche en espĂ©rant que ce fichu mal de tĂȘte finirait bien par se dissiper. Elle souffrait mais ne voulait surtout pas l’avouer Ă  Tamara car elle en avait assez de se plaindre. D’ailleurs, elle cessa immĂ©diatement de se masser les tempes car cela ne servait strictement Ă  rien.

Tamara l’observait toujours. Alors, pour ne pas Ă©veiller sa curiositĂ© concernant le mal de tĂȘte qui la rongeait, elle rĂ©pliqua :

« Non, Tamara, ne vous excusez pas. ArrĂȘtez de le faire, s’il vous plaĂźt. C’est vous qui ĂȘtes plus Ă  plaindre que moi. Je voudrais tellement qu’on puisse se sortir de cet enfer. Je me sens juste dĂ©semparĂ©e et impuissante. Je me demande aussi combien de temps nous allons devoir rester ici et c’est vrai que je ne cesse de penser Ă  cet individu mais ça va aller, rassurez-vous. J’ai juste peur qu’il s’en prenne Ă  nous. C’est tout »

« Oui, moi aussi j’ai peur de ce sale type mais cette cabane a l’air trĂšs solide. Il ne pourra pas s’en prendre Ă  nous comme ça ! et puis nous sommes deux ! Il faudra donc rester ici toute la nuit jusqu’au lever du jour puis on verra bien ce qu’on pourra faire demain »

« Oui, vous avez raison. Faisons comme ça… »

« Au fait, quelle heure est-il s’il vous plaĂźt ? »

Elisa regarda sa montre dont les aiguilles Ă©taient devenues phosphorescentes.

« Il est 19H15 »

« Je pensais qu’il Ă©tait beaucoup plus tard que ça. On devra donc attendre longtemps ici mais que voulez-vous, c’est bien mieux que d’ĂȘtre dehors »

« Oui, vous avez raison et mĂȘme si je ne peux m’empĂȘcher d’avoir peur, je vais essayer de faire la part des choses. AprĂšs tout, nous n’avons pas le choix. J’espĂšre seulement que tout se passera bien et qu’on s’en sortira »

« Oui, il faut y croire ma chĂšre Elisa. Vous verrez, on s’en sortira »

Elisa l’a regarda quelque peu perplexe ne sachant quoi ajouter de plus. Elle trouvait que Tamara ne manquait pas de courage Ă©tant donnĂ© qu’elle avait perdu son mari de la maniĂšre la plus Ă©pouvantable qu’il soit. Mais oĂč pouvait bien t-elle trouver encore cette Ă©nergie d’y croire encore et de penser qu’elles se sortiraient de cette galĂšre ? Elle semblait si sĂ»re d’elle.

Elisa constata que par rapport Ă  sa compagne d’infortune, elle avait tendance Ă  trop vite se laisser abattre.

« Oui, et on fera tout pour ça Elisa ! Croyez moi ! » ajouta Tamara. « Vous savez, ces ordures m’ont dĂ©truite de l’intĂ©rieur en tuant mon mari mais je vous promets que la crapule qui est toujours en vie ou pas d’ailleurs, n’arrivera pas Ă  avoir notre Ăąme. Non, il ne fera rien de tel car on l’en empĂȘchera vous et moi. N’est-ce pas Elisa ? Et on se battra pour ça »

« Oui, je suis d’accord avec vous Tamara »

Elisa essayait d’y croire mais elle avait encore quelques doutes Ă  ce sujet. Comment feraient-elles pour s’en sortir face Ă  cet individu qui avait tuĂ© de sang froid un homme. Et comment feraient-elles pour quitter cette Ăźle ? Que de questions et cet horrible mal de tĂȘte qui n’en finissait pas…

Soudain, Tamara la brusqua dans ses pensées :

« Et sinon, pour parler un peu d’autre chose, comment trouvez-vous cette cabane, Elisa ? Elle n’est pas trop mal, je trouve. Mon mari et moi l’adorions. Et vous ? qu’en pensez-vous ? » demanda t-elle tout en dessinant avec son index des cercles imaginaires sur la nappe de la table.

Elisa ne lui rĂ©pondit pas tout de suite tant elle fut surprise par sa question quelque peu incongrue. Certes, cette cabane avait un certain charme mais elle n’Ă©tait pas du tout disposĂ©e Ă  parler de ses qualitĂ©s ou inconvĂ©nients vu les circonstances actuelles.

Non ! Elle, tout ce dont elle avait envie, c’Ă©tait de fuir cet endroit de malheur au plus vite et que ce fichu mal de crĂąne s’arrĂȘte dĂ©finitivement.
Tamara voulait certainement dĂ©tendre l’atmosphĂšre en abordant un tel sujet mais elle n’Ă©tait vraiment pas d’humeur Ă  entrer dans ce genre de conversation.

DĂ©cidĂ©ment, les deux jeunes femmes ne se ressemblaient pas du tout, point de vue caractĂšre. L’une Ă©tait forte et dĂ©terminĂ©e avec un mental d’acier alors que l’autre doutait toujours et restait perpĂ©tuellement sur ses gardes.

Elisa finit par lui répondre :

« Eh bien dans d’autres circonstances, j’aurais sans doute apprĂ©ciĂ© de sĂ©journer ici mais lĂ , je reste inquiĂšte. DĂ©solĂ©e de me rĂ©pĂ©ter… »

« Non, vous n’avez pas Ă  vous excuser Elisa. Vous avez toutes les raisons de l’ĂȘtre. C’est certain que nous ne sommes pas sereines vu les circonstances mais au moins on est en sĂ©curitĂ© ici. Dehors, il doit faire nuit noire. Rien que d’y penser je me dis qu’on a bien fait de s’enfermer dans cette cabane. Pas vous ? »

« Si, je suis tout Ă  fait d’accord avec vous »

Elisa dĂ©cida de ne plus partager ses inquiĂ©tudes avec Tamara. Cela ne servait Ă  rien de propager son angoisse et de l’attiser davantage par des paroles nĂ©gatives.

« Je peux vous poser une question Elisa ? »

« Oui, biensĂ»r »

« Pourquoi ĂȘtes-vous venue ici Ă  Diamond et toute seule ? »

« Je ne suis pas venue seule. J’Ă©tais accompagnĂ©e de mon Guide touristique »

« Oui certes, mais pourquoi venir ici sans ĂȘtre accompagnĂ©e d’un ami ou d’une amie par exemple ? »

« Tout simplement parce que je voulais faire ce voyage en solitaire. C’Ă©tait mon rĂȘve de jouer en quelque sorte les Robinson CrusoĂ© durant deux jours dans une petite Ăźle dĂ©serte et Ă©loignĂ©e de tout. Et je dois bien avouer que Diamond Ă©tait parfaite pour ça mis Ă  part les affreux drames qui s’y sont dĂ©roulĂ©s. Le Guide m’en parlait tellement comme si c’Ă©tait un joyau de la nature que je n’ai pas hĂ©sitĂ© et que je me suis lancĂ©e. Mais jamais je n’aurais cru un seul instant qu’il y aurait eu un meurtre ici, ni que mon guide en aurait Ă©tĂ© l’instigateur. J’Ă©tais loin de m’imaginer tout ça sinon il est clair que je serais restĂ©e bien tranquillement dans mon hĂŽtel Ă  continuer mes vacances »

Les grands yeux noirs en amande de Tamara ne cessaient de la fixer comme si elle essayait de trouver une vérité au fin fond de son esprit. Mais laquelle au juste ?

« Je vous comprends Elisa. Je suis navrĂ©e encore pour tout ça »

« Non, ne le soyez pas. Vous et moi ne pouvions pas savoir que ces guides Ă©taient des meurtriers… »

« Oui, c’est juste. Mais je vous ai tout de mĂȘme entraĂźnĂ© dans cette galĂšre »

« N’y pensez plus. Ce n’est pas de votre faute Tamara »

Tamara se mordit la lĂšvre infĂ©rieure en signe d’acquiescement puis baissa les yeux comme si elle avait honte.

Elisa essayait de la rassurer mais elle savait aussi au fond d’elle mĂȘme qu’elle n’aurait jamais voulu rencontrer Tamara sur son chemin vu tous les problĂšmes qu’il y avait autour de cette femme et quand bien mĂȘme qu’elle soit une innocente victime.

Etait-ce humain de penser de la sorte ? Pourquoi est-ce que subitement elle avait de telles pensĂ©es envers cette femme ? Ă©tait-ce Ă  cause de ce terrible mal de tĂȘte qui la mettait Ă  fleur de peau ? ou tout simplement parce qu’elle se sentait prise au piĂšge et qu’elle aurait bien voulu que tout ce cauchemar se volatilise comme par magie. Mais malheureusement, elle ne pouvait pas remonter dans le temps et gommer en un claquement de doigt cette rencontre…C’Ă©tait son destin d’ĂȘtre tombĂ©e sur Tamara.

Elle ne pouvait pas non plus lui avouer cette vérité. Elle ne pouvait que la cacher au fin fond de son esprit et se taire. En somme, il ne lui restait plus que la résignation et la fatalité.

« J’aurai une autre question Ă  vous poser Elisa »

Tamara venait de relever les yeux et à présent elle la regardait intensément comme si elle essayait de sonder son esprit. Ce qui perturba quelque peu Elisa.

« Allez-y, je vous Ă©coute »

« Je me rappelle que vous m’aviez dit que vous aviez fait de la plongĂ©e sous-marine avec ce Philippo avant de dĂ©barquer Ă  Diamond »

« Oui c’est vrai » dit Elisa en se demandant oĂč elle voulait bien en venir.

« VoilĂ , je voulais juste savoir si vous aviez remarquĂ© quelque chose chez lui qui ne tournait pas rond. Un Ă©lĂ©ment quelconque qui aurait permis d’en dĂ©duire qu’il Ă©tait une personne bizarre »

« Non, je suis vraiment dĂ©solĂ©e de vous dire ça Tamara mais il n’y avait rien de tel chez lui qui aurait pu prĂ©sager quoi que ce soit de bizarre. Il semblait tout Ă  fait normal. Il n’avait pas un comportement Ă©trange, bien au contraire. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas comment il a pu faire toutes ces atrocitĂ©s. C’est vrai que ça restera toujours un mystĂšre pour moi »

« Oui, moi aussi je me le demande encore, vous savez. C’est pareil en ce qui concerne cette ordure de Batisto. Jamais je n’aurais cru qu’il Ă©tait un tueur. Je me rappelle encore de lui. Il semblait ĂȘtre une personne honnĂȘte et gentille mais je me trompais. Il Ă©tait tout le contraire. Je suis tellement dĂ©goĂ»tĂ©e. Et dire que j’Ă©tais venue ici avec mon mari pour notre voyage de noces. Je ne peux m’empĂȘcher de penser que tout ce qui est arrivĂ© est de ma faute… »

« Mais pourquoi dĂźtes-vous ça ? rien n’est de votre faute Tamara. Encore une fois, vous ne pouviez pas prĂ©voir tout ce qui allait se passer ici. En aucun cas vous ne devez vous sentir coupable, je vous assure »

« Si justement, puisque c’est moi qui ait eu l’idĂ©e de faire cette escapade Ă  Diamond. Je regrette tellement maintenant… » dit-elle les larmes aux yeux.

En regardant les larmes qui coulaient le long de ses joues, Elisa regretta subitement d’avoir eu de mauvaises pensĂ©es envers elle. Les yeux noirs en amande semblaient si tristes Ă  cet instant lĂ  qu’elle en Ă©prouva une profonde compassion.

« Je vous en prie Tamara, ne pleurez pas. Je trouve que vous ĂȘtes une personne tellement courageuse. C’est grĂące Ă  vous si on se retrouve dans cette cabane et en sĂ©curitĂ©. Vous avez eu raison de nous emmener jusqu’ici ! et je suis certaine que votre mari aurait Ă©tĂ© fier de vous. Je le pense trĂšs sincĂšrement… »

« Merci Elisa de me rĂ©conforter comme vous le faĂźtes. Vous ĂȘtes si gentille avec moi. Moi aussi je trouve que vous ĂȘtes courageuse. Vous m’avez fait confiance. Vous savez, ce n’est pas tout le monde qui aurait pu s’aventurer dans cette forĂȘt tout en sachant qu’il y a un tueur qui s’y cache quelque part. Vous m’avez beaucoup soutenu depuis que je vous ai rencontrĂ©e sur la plage et je ne l’oublierai jamais. Merci pour tout ça » dit-elle tout en reniflant.

Elisa lui adressa un large sourire. Un sourire sincĂšre qui se voulait ĂȘtre rĂ©confortant. Oui, un sourire d’espoir destinĂ© Ă  une jeune femme qui avait vĂ©cu un horrible drame.

Elisa ne s’en Ă©tait pas aperçu mais son terrible mal de tĂȘte s’Ă©tait totalement dissipĂ©. Sans doute parce qu’elle avait un peu relĂąchĂ© la pression et qu’elle reprenait peu Ă  peu confiance en elle.
Elle avait à nouveau un espoir qui semblait germer dans son esprit si torturé.
Oui, un ultime espoir de se sortir de cet enfer. Et pour ce faire elle aurait besoin de l’aide de Tamara alors autant s’en faire une alliĂ©e et chasser toutes ces idĂ©es noires qui ne menaient Ă  rien.

A prĂ©sent, elle se sentait un peu plus forte et voulait encore croire Ă  sa bonne Ă©toile qui ne l’avait jamais abandonnĂ©e en cas de coup dur…

« Tamara ? »

« Oui ? » rĂ©pondit Tamara en essuyant ses larmes avec ses doigts.

« J’aimerais moi aussi vous remercier et vous dire que vous ĂȘtes une personne bien »

« Vous le pensez rĂ©ellement ? »

« Oui, trĂšs sincĂšrement. Et je tenais Ă  vous dire Ă©galement que je vous apprĂ©cie et que je suis certaine qu’on s’en sortira » dit-elle dans un large sourire.

« Moi aussi, je vous apprĂ©cie Elisa. Merci de me dire ça. Je suis trĂšs touchĂ©e. Oui, on fera tout pour s’en sortir » lui rĂ©pondit Tamara en lui rendant le sien.

****

En pleine nuit, au coeur de la forĂȘt de Diamond.
A l’intĂ©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes Ă©taient toujours en train de discuter en attendant le lever du jour.

Le cadran de la montre d’Elisa indiquait qu’il Ă©tait exactement 20H00. Comme le temps Ă©tait long ! se dit-elle. Elle Ă©tait fatiguĂ©e et commençait Ă  avoir un peu sommeil mais heureusement que Tamara Ă©tait lĂ  pour alimenter la conversation.

« Elisa ? Je pourrais vous poser une question un peu plus personnelle ? »

« Oui, biensĂ»r »

« Vous n’avez pas de petit ami ? Je vous pose cette question un peu indiscrĂšte par rapport Ă  ce que vous m’avez dit tout Ă  l’heure. Vous savez, que vous souhaitiez faire ce voyage en solitaire… »

« Oui, vous avez raison. Si, j’en avais un avant mais je l’ai quittĂ©. C’Ă©tait il y environ 1 an. On n’Ă©tait plus du tout sur la mĂȘme longueur d’onde lui et moi. Disons qu’on n’Ă©tait pas faits l’un pour l’autre, tout simplement. Mais c’est de l’histoire ancienne Ă  prĂ©sent. Et puis je n’ai aucun regret et c’est ce qui compte finalement. Et vous ? si je puis me permettre, avec Juanes ? Vous vous connaissiez depuis longtemps avant de vous ĂȘtre mariĂ©s ? »

« Oui, depuis dĂ©jĂ  cinq ans. C’est lui qui un beau jour, m’a dit qu’il voulait se marier avec moi. Je ne courrais pas aprĂšs le mariage mais Ă  force qu’il m’en persuade, je me suis dit pourquoi pas ? Et puis il y tenait tellement alors on s’est mariĂ© le 15 dĂ©cembre dernier. La cĂ©rĂ©monie s’Ă©tait dĂ©roulĂ©e dans une magnifique cathĂ©drale en plein centre-ville d’EpicĂ©a. Et pour cette grande occasion, je portais une jolie robe blanche toute en dentelle. J’Ă©tais trĂšs belle et lui tellement Ă©lĂ©gant dans son beau costume tout neuf. Oui, ce fut un trĂšs beau mariage. Un vĂ©ritable conte de fĂ©e que je n’oublierai jamais… » dit-elle avec beaucoup d’Ă©motion dans la voix.

« Je n’en doute pas. Vous deviez former un bien joli couple »

« Oui un trĂšs beau couple… » soupira t-elle en regardant les yeux dans le vague, les deux flammes des bougies qui ne cessaient de danser.

En voyant sa tristesse, Elisa préféra changer de sujet.

« Je voulais savoir Tamara, vous habitez Ă  EpicĂ©a ? »

« Oui depuis ma plus tendre enfance. D’ailleurs c’est lĂ -bas que j’avais rencontrĂ© mon mari. Et vous ? »

« Je ne vis pas Ă  EpicĂ©a, c’est pourquoi j’y suis venue en vacances. J’habite Ă  AntinĂ©a, lĂ  ou vit ma famille. Vous connaissez cette province ? »

« Oui trĂšs bien. C’est agrĂ©able de vivre lĂ -bas. Mais il est vrai que je prĂ©fĂšre la cĂŽte. J’aime l’ocĂ©an »

« Moi aussi j’aime la mer… » dit Elisa en repensant Ă  sa promenade sur l’immense plage de sable blanc de Diamond.

Soudain, une des deux bougies s’Ă©teignit faisant apparaĂźtre une fine volute de fumĂ©e blanchĂątre qui s’Ă©leva en serpentin dans l’air…

**** 

27 réflexions sur “La derniĂšre danse de la lune : Chapitre 3 : Confessions

  1. Et bien, CĂ©cile, je dois te remercier pour ce chapitre qui m’a permis de faire quelque chose de ma soirĂ©e, surtout que je n’arrive actuellement pas moi-mĂȘme Ă  Ă©crire quoique ce soit…

    C’Ă©tait un trĂšs bon chapitre, oĂč les deux femmes se livrent l’une Ă  l’autre. Elles se rĂ©pĂ©taient parfois la mĂȘme chose (avec leurs angoisses), mais c’est normal.

    Ca m’a juste lĂ©gĂšrement perturbĂ© que tu passes d’un point de vue Ă  la premiĂšre personne du singulier, Ă  un point de vue externe. Mais ce n’est qu’un dĂ©tail 🙂

    Je suis extrĂȘmement curieuse de lire la suite de cette aventure 🙂

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    1. Merci pour ton commentaire Alessandra. Ne t’inquiĂšte pas en ce qui te concerne : moi mĂȘme je suis dĂ©jĂ  passĂ©e par lĂ . Tu as tous mes encouragements ! Merci encore de ton intĂ©rĂȘt pour mon histoire. Oui, tu en sauras davantage en ce qui concerne ces deux jeunes femmes. A trĂšs bientĂŽt et hĂąte de te lire Ă©galement ! Gros bisous Ă  toi. Passe une bonne semaine.

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  2. Il est vrai que malgrĂ© la perte de son mari, Tamara a l’air plus forte et Ă©trangement plus courageuse qu’Elisa. Ce qui perso, me fait toujours un peu douter d’elle. EpicĂ©a, AntinĂ©a … jolis noms de ville, fruits de ton imagination ou existent-elles vraiment ? Texte soignĂ© qui a retenu toute mon attention : )

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    1. Coucou ma Belette adorĂ©e ! Contente que tu ais lu la suite de mon histoire. ça me fait trĂšs plaisir. Merci pour ton commentaire. Pour rĂ©pondre Ă  ta question : c’est le fruit de mon imagination. Je voulais que les noms de ces villes se terminent avec la lettre A. Merci pour tes compliments qui me touchent beaucoup ! Je t’embrasse bien fort ma Belette Mauricienne lĂ©zardant au soleil ! gros bisous

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  3. Bonsoir chĂšre CĂ©cilia, je n’ai pas confiance en Tamara, il y a quelque chose d’Ă©trange qui entoure cette femme.
    J’ai Ă©tĂ© trĂšs heureuse de lire ce deuxiĂšme chapitre, j’attends la suite avec impatience, je t’embrasse, bonne semaine, merci pour ce bon moment, fanfan

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  4. Alors, alors… J’ai mis un peu de temps Ă  venir, mais j’aime bien prendre mon temps quand je fais une lecture. J’ai donc plusieurs remarques dans mon sac, j’espĂšre que tu es prĂȘte, CĂ©cile.

    1 – Le souvenir de sa meilleure amie (Ă  Elisa) qui l’a trahie auparavant, j’avais l’impression que le dĂ©tail Ă©tait parachutĂ© mais peut-ĂȘtre qu’il aura une incidence par la suite sur l’histoire d’Elisa ?

    2 – Mon bĂ©mol pour ce chapitre : les dialogues se rĂ©pĂštent trop. Effectivement, ce chapitre nous enferme dans un huis clos mais ça tourne en rond quand elles se rĂ©pĂštent la mĂȘme histoire sur leurs guides tueurs, sur la cabane et les Ă©vĂ©nements dramatiques. Plusieurs fois, les mĂȘmes phrases reviennent. Mais c’est mon sentiment aprĂšs tout 🙂

    3 – Les (trĂšs) bonnes choses : le huis clos de la cabane. Qui permet enfin de faire une pause et de nous retrouver dans l’intimitĂ© des personnages. Tu dilates trĂšs bien le temps. On a l’impression que des heures s’Ă©coulent alors que ce n’est seulement qu’une ou deux tout au plus. Le mal de tĂȘte d’Elisa est convaincant et ses angoisses marchent bien sur nous, je trouve. Et pour finir, le sentiment de malaise sur Tamara. Ses rĂ©actions sont contradictoires, je pense que c’est voulu, et pour le coup ça renforce davantage son ambiguitĂ©. Continue de jouer avec ça, j’aime me faire mal ahaha.

    4 – Quelques erreurs de syntaxe ou de frappe :
    réÚllement > réellement
    je vous ai rencontréE
    Au jour d’aujourd’hui > Ă  l’heure d’aujourd’hui plutĂŽt
    Il Ă©tait bien « plus pire » > il Ă©tait bien pire

    Au plaisir de te lire encore ! En fait, ne finis pas trop vite ton histoire, j’ai envie de savourer son Ă©volution encore un peu…
    Belle journée
    AF

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    1. Merci pour ton commentaire Andy. En ce qui concerne les dialogues qui se rĂ©pĂštent : j’ai voulu faire montrer la peur d’Elisa. Pour les petites erreurs de syntaxe : je ferais la correction, merci de les avoir signalĂ©es. Et ne t’inquiĂšte pas : l’histoire est loin d’ĂȘtre terminĂ©e ! Tu en sauras davantage dans le prochain chapitre ! Belle soirĂ©e et Ă  bientĂŽt Andy !

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