La derni√®re danse de la lune : Chapitre 3 : Confessions

la derniere danse de la lune

 

Elisa fouilla rapidement dans son grand sac qu’elle portait toujours en bandouli√®re et trouva enfin sa fameuse lampe de poche √©tanche.

D√®s lors qu’elle l’enclencha, la lumi√®re fut tellement puissante qu’elle suffit √† √©clairer tout l’ensemble de l’unique grande pi√®ce de la cabane qui devait bien faire dans les 20 m¬≤.

A l’int√©rieur, tout √©tait rustique et enti√®rement en bois : de l’habillage des murs, sol et plafond jusqu’au mobilier.
Au milieu du mur du fond, une petite fen√™tre √† un ventail sans rideau avait son volet ferm√© ; ce qui expliquait pourquoi il faisait si sombre ici. A sa droite, trona√ģt une grande et haute armoire en bois massif √† trois portes avec deux tiroirs c√īte √† c√īte au niveau du bas.

Au dessus de celle-çi, on pouvait aperçevoir un amoncellement de diverses choses indéfinissables ainsi que deux grands chandeliers à plusieurs branches, accompagnés de leurs bougies.
Contre le mur de gauche, √† c√īt√© d’un balai brosse, √©taient appuy√©s l’un sur l’autre deux lits de camp pliables qui prenaient pas mal de place tant ils √©taient grands.

Au centre de la pi√®ce se trouvait une grande table rectangulaire habill√©e d’une nappe en tissu √† petites fleurs, entour√©e de quatre chaises en bois avec assises en paille. Et au milieu de celle-√ßi reposait le fameux sac √† dos de Batisto.

Tamara s’en rapprocha et commen√ßa √† ouvrir l’une des deux petites poches ext√©rieures mais n’y trouva rien. Elle ouvrit alors la deuxi√®me poche puis s’exclama :

« Elle est l√† ! Je l’ai trouv√©e ! On va pouvoir enfin s’enfermer √† clef ! »

****

Elisa √©tait √† pr√©sent en train d’√©clairer la serrure de la porte d’entr√©e afin que Tamara puisse y ins√©rer la fameuse clef.
Une fois que celle-√ßi l’eut ferm√©e √† double tour, elles se retrouv√®rent enfin dans un espace clos et √† l’abri de tout danger en attendant la suite des √©v√®nements…

« Voil√† c’est fait Elisa ! On est en s√©curit√© maintenant ! Du moins, pour l’instant mais c’est bien mieux que si on √©tait dehors… »

Le seul inconv√©nient restait toutefois l’√©clairage qui √©tait assez faible et ce malgr√© le puissant faisceau lumineux de la lampe de poche d’Elisa qui de toute fa√ßon ne pourrait pas marcher ind√©finiment √©tant donn√© que celle-√ßi fonctionnait avec des piles.

« Je ne pourrai pas laisser allum√©e ma lampe de poche trop longtemps sinon les piles finiront par s’√©puiser » fit-elle remarquer. « Il faudrait nous √©clairer avec autre chose. J’ai vu qu’il y avait deux chandeliers au dessus de l’armoire » ajouta t-elle en √©clairant le sommet du meuble.

« Oui, vous avez raison mais il y a mieux que √ßa ! Vous pouvez m’√©clairer la troisi√®me porte de l’armoire s’il vous pla√ģt ? Normalement, ils doivent toujours y √™tre…Du moins, je l’esp√®re… »

Elisa s’ex√©cuta tandis que Tamara √©tait d√©j√† en train d’ouvrir la porte en question puis commen√ßait √† balayer de sa main droite le dessus de la premi√®re √©tag√®re du haut, √† la recherche des objets qu’elle avait en t√™te.

« Voil√† ce qu’il nous faut ! je viens de les retrouver ! » s’√©cria t-elle.

Tamara venait d’attraper par leur anses deux lanternes en m√©tal ajour√©. Elle les porta jusqu’√† la table puis les d√©posa au milieu de celle-√ßi pr√®s du sac √† dos de Batisto. L’int√©rieur de chacune d’elles comportait une grosse bougie fix√©e sur un socle.

« Vous pouvez encore m’√©clairer Elisa ? Je me souviens qu’il y avait un briquet rang√© ici » dit-elle en d√©signant du doigt le tiroir de droite du bas de l’armoire.

Pendant qu’Elisa l’√©clairait √† nouveau, Tamara ouvrit le tiroir et commen√ßa √† chercher des yeux le dit briquet. Au bout de quelques instants, elle finit par le trouver.

« Ah le voici ! Je me disais bien qu’il se trouvait l√†. Voil√† Elisa ! on va pouvoir enfin allumer nos lanternes ! »

Mais la joie de Tamara fut de courte dur√©e lorsqu’elle s’aper√ßut que le r√©servoir de celui-√ßi √©tait vide.

« Mince alors ! c’est vraiment pas de chance ! il n’y a plus de gaz dans le r√©servoir. Il est compl√®tement √† sec ! et en plus il n’y en a pas d’autres, √† part celui-l√† ! Oh noonn ! dit-elle en pestant.

« Moi j’ai un briquet ! » s’empressa de dire Elisa. « Il est √† l’int√©rieur de mon sac de plage. Enfin, normalement…Attendez, je vais le chercher »

« C’est pas vrai ? Incroyable ! Vous avez un briquet dans votre sac ? En tout cas, si vous l’aviez vraiment, vous nous sauveriez une fois de plus la vie, ma ch√®re Elisa ! » dit-elle en lui pressant gentiment l’√©paule.

All√©luia ! se dit Elisa avec un petit sourire de satisfaction lorsqu’elle mit enfin la main sur son fameux briquet qu’elle venait de retrouver parmi toutes ses affaires. C’√©tait un cadeau publicitaire de l’h√ītel « Paradise Beach » o√Ļ elle avait s√©journ√© et qu’elle avait trouv√© pos√© sur une des tables basses de sa chambre. Elle se souvenait encore avoir h√©sit√© √† le prendre avec elle, lors de son p√©riple en catamaran.

A pr√©sent, elle pouvait encore se f√©liciter de l’avoir entre ses mains √©tant donn√© qu’√† cet instant pr√©cis, il lui serait tr√®s utile.
Comme quoi, un simple petit briquet tr√®s ordinaire fut-il ; pouvait bien faire des miracles en redonnant un peu d’espoir et de la lumi√®re √† deux jeunes femmes en d√©tresse…

****

Gr√Ęce aux deux lanternes, la pi√®ce baignait dans un halo de lumi√®re et semblait beaucoup plus chaleureuse qu’auparavant.

Elisa, assise sur une des chaises, observait Tamara debout, face √† la table, en train de fouiller √† l’int√©rieur du sac √† dos de Batisto.

Que pouvait bien t-elle chercher ? se demanda t’elle. Sans doute une arme quelconque ou encore un objet qui leur serait utile.
Au bout d’un instant, Tamara finit par dire d’un air d√©pit√© :

« Il n’y a vraiment rien d’int√©ressant dans ce sac ! »

Cela se voyait qu’elle fulminait int√©rieurement mais qu’elle essayait de garder son calme. Elle fusillait du regard le sac √† dos et semblait ne plus pouvoir supporter sa vue. Nerveusement elle se gratta la t√™te puis d√©cida de le d√©poser sur le plancher √† c√īt√© des deux lits de camps. Elle lui jeta un dernier coup d’oeil sans doute en le maudissant de tous les noms puis vint s’asseoir √† son tour, juste en face d’Elisa.

« J’ai perdu mon temps. Je n’ai rien trouv√© dans le sac de cette ordure √† part quelques babioles inutiles » ajouta t-elle.

« Oui, j’ai vu. On se d√©brouillera autrement… » dit Elisa en baillant.

« Vous √™tes fatigu√©e ? Vous voulez peut-√™tre un peu vous allonger ? ils sont tr√®s confortables, vous savez » dit Tamara en regardant en direction des lits.

« Non, merci mais c’est gentil de me l’avoir propos√©. Je pense que je n’arriverai pas √† fermer l’oeil. Je suis beaucoup trop angoiss√©e pour dormir »

« C’est pareil pour moi et m√™me si je me sens tout de m√™me assez fatigu√©e. Je dois bien avouer que cette marche dans la for√™t m’a litt√©ralement √©puis√©e »

« Oui, moi aussi. D’ailleurs, j’ai d√©test√© marcher dans cette fichue for√™t » dit Elisa avec m√©pris.

« Oui, vous avez bien raison. Une fichue for√™t ! comme vous d√ģtes. Des bestioles de partout avec une chaleur suffocante et insupportable. Et puis sans oublier cette moiteur qui n’en finissait pas…Oui, c’est certain, c’√©tait loin d’√™tre une promenade des plus agr√©ables »

Elisa repensa soudainement √† la grande araign√©e noire qui avait failli lui tomber dessus. Brrr…, rien que d’y penser, elle fut parcourue de frissons. Mais la sc√®ne la plus horrible √©tait bien celle du cadavre au fond du pr√©cipice. Elle le revoyait encore tr√®s clairement avec cet √©trange pique qui lui transper√ßait le dos. L’aur√©ole de sang qui maculait son t-shirt.Tout ce sang autour de lui et les d√©bris √©parpill√©s un peu partout…

Les images sordides ne cessaient de lui envahir l’esprit, lui donnant le tournis tel un man√®ge qui n’en finirait pas de tournoyer sans fin…

Et puis il y avait aussi ce type qui √©tait cach√© l√†, quelque-part en train de s√Ľrement les √©pier tout en attendant le bon moment pour s’en prendre √† elles…

Elisa se massa la tempe droite. Elle commen√ßait √† avoir un d√©but de mal de t√™te. Cela ne lui √©tait plus jamais arriv√© et ce depuis pas mal de temps d√©j√†, si ce n’est lorsqu’un jour elle avait re√ßu un coup de t√©l√©phone de sa meilleure amie de l’√©poque qui avait os√© lui annoncer tout bonnement qu’elle ne voulait plus de leur amiti√© en inventant un pr√©texte des plus m√©diocres. Un mauvais jour qui avait particuli√®rement marqu√© au fer rouge Elisa. Mais avec le temps, elle avait r√©ussi √† effa√ßer cette inf√Ęme trahison.

Aujourd’hui, le mal de t√™te qui s’insinuait lentement et douloureusement tel un poison violent √† l’int√©rieur de sa bo√ģte cr√Ęnienne ne ressemblait en rien √† celui qu’elle avait subi √† l’√©poque √† cause de sa fausse amie. Non, il √©tait bien pire…

Et il ne faisait qu’empirer, s’amplifier davantage au fur et √† mesure qu’elle s’inqui√©tait de sa situation. Une situation que personne ne voudrait vivre. Oui, la pire des situations…et qui surpassait de loin ce fameux jour de trahison. Une trahison qui √† ses yeux devenait √† l’heure d’aujourd’hui totalement anodine, ridicule et m√™me risible.

Par contre ce qu’elle √©tait en train de vivre √† Diamond √©tait un v√©ritable cauchemar… Oui, un cauchemar qui n’en finissait pas…

****

Elisa ne pouvait s’emp√™cher de ressasser en boucle toutes ces images. Elles martelaient sa t√™te sans r√©pit ; jaillissant par intermittence tels des √©clairs qui z√®breraient un ciel d’un noir intense…Oui, noir comme les yeux de Tamara…

« Comment vous sentez-vous Elisa ? √ßa n’a pas l’air d’aller ? »

La voix de Tamara l’emp√™cha d’aller plus loin dans sa r√©flexion tel un rappel √† l’ordre qui la fit imm√©diatement revenir √† la r√©alit√©.

Une r√©alit√© qui ne pr√©sageait rien de bon d’ailleurs, puisqu’elles √©taient enferm√©es √† l’int√©rieur d’une cabane, certes √©clair√©e par deux bougies mais qui √©tait perdue au milieu d’une for√™t √©paisse avec un maniaque cach√© quelque part pour noircir le tableau.

Qu’allaient-elles devenir en fin de compte ? Elisa ne cessait d’angoisser. Reprenant peu √† peu ses esprits, elle essaya tant bien que mal de masquer ses craintes et finit par r√©pondre √† Tamara :

« Je vais bien. Ne vous inqui√©tez pas. Je repensais juste √† tous ces √©v√®nements que nous venions de vivre »

« Je suis vraiment d√©sol√©e Elisa… »

Tamara semblait réellement confuse et observait Elisa avec inquiétude.
Elisa massait √† pr√©sent sa tempe gauche en esp√©rant que ce fichu mal de t√™te finirait bien par se dissiper. Elle souffrait mais ne voulait surtout pas l’avouer √† Tamara car elle en avait assez de se plaindre. D’ailleurs, elle cessa imm√©diatement de se masser les tempes car cela ne servait strictement √† rien.

Tamara l’observait toujours. Alors, pour ne pas √©veiller sa curiosit√© concernant le mal de t√™te qui la rongeait, elle r√©pliqua :

« Non, Tamara, ne vous excusez pas. Arr√™tez de le faire, s’il vous pla√ģt. C’est vous qui √™tes plus √† plaindre que moi. Je voudrais tellement qu’on puisse se sortir de cet enfer. Je me sens juste d√©sempar√©e et impuissante. Je me demande aussi combien de temps nous allons devoir rester ici et c’est vrai que je ne cesse de penser √† cet individu mais √ßa va aller, rassurez-vous. J’ai juste peur qu’il s’en prenne √† nous. C’est tout »

« Oui, moi aussi j’ai peur de ce sale type mais cette cabane a l’air tr√®s solide. Il ne pourra pas s’en prendre √† nous comme √ßa ! et puis nous sommes deux ! Il faudra donc rester ici toute la nuit jusqu’au lever du jour puis on verra bien ce qu’on pourra faire demain »

« Oui, vous avez raison. Faisons comme √ßa… »

« Au fait, quelle heure est-il s’il vous pla√ģt ? »

Elisa regarda sa montre dont les aiguilles étaient devenues phosphorescentes.

« Il est 19H15 »

« Je pensais qu’il √©tait beaucoup plus tard que √ßa. On devra donc attendre longtemps ici mais que voulez-vous, c’est bien mieux que d’√™tre dehors »

« Oui, vous avez raison et m√™me si je ne peux m’emp√™cher d’avoir peur, je vais essayer de faire la part des choses. Apr√®s tout, nous n’avons pas le choix. J’esp√®re seulement que tout se passera bien et qu’on s’en sortira »

« Oui, il faut y croire ma ch√®re Elisa. Vous verrez, on s’en sortira »

Elisa l’a regarda quelque peu perplexe ne sachant quoi ajouter de plus. Elle trouvait que Tamara ne manquait pas de courage √©tant donn√© qu’elle avait perdu son mari de la mani√®re la plus √©pouvantable qu’il soit. Mais o√Ļ pouvait bien t-elle trouver encore cette √©nergie d’y croire encore et de penser qu’elles se sortiraient de cette gal√®re ? Elle semblait si s√Ľre d’elle.

Elisa constata que par rapport √† sa compagne d’infortune, elle avait tendance √† trop vite se laisser abattre.

« Oui, et on fera tout pour √ßa Elisa ! Croyez moi ! » ajouta Tamara. « Vous savez, ces ordures m’ont d√©truite de l’int√©rieur en tuant mon mari mais je vous promets que la crapule qui est toujours en vie ou pas d’ailleurs, n’arrivera pas √† avoir notre √Ęme. Non, il ne fera rien de tel car on l’en emp√™chera vous et moi. N’est-ce pas Elisa ? Et on se battra pour √ßa »

« Oui, je suis d’accord avec vous Tamara »

Elisa essayait d’y croire mais elle avait encore quelques doutes √† ce sujet. Comment feraient-elles pour s’en sortir face √† cet individu qui avait tu√© de sang froid un homme. Et comment feraient-elles pour quitter cette √ģle ? Que de questions et cet horrible mal de t√™te qui n’en finissait pas…

Soudain, Tamara la brusqua dans ses pensées :

« Et sinon, pour parler un peu d’autre chose, comment trouvez-vous cette cabane, Elisa ? Elle n’est pas trop mal, je trouve. Mon mari et moi l’adorions. Et vous ? qu’en pensez-vous ? » demanda t-elle tout en dessinant avec son index des cercles imaginaires sur la nappe de la table.

Elisa ne lui r√©pondit pas tout de suite tant elle fut surprise par sa question quelque peu incongrue. Certes, cette cabane avait un certain charme mais elle n’√©tait pas du tout dispos√©e √† parler de ses qualit√©s ou inconv√©nients vu les circonstances actuelles.

Non ! Elle, tout ce dont elle avait envie, c’√©tait de fuir cet endroit de malheur au plus vite et que ce fichu mal de cr√Ęne s’arr√™te d√©finitivement.
Tamara voulait certainement d√©tendre l’atmosph√®re en abordant un tel sujet mais elle n’√©tait vraiment pas d’humeur √† entrer dans ce genre de conversation.

D√©cid√©ment, les deux jeunes femmes ne se ressemblaient pas du tout, point de vue caract√®re. L’une √©tait forte et d√©termin√©e avec un mental d’acier alors que l’autre doutait toujours et restait perp√©tuellement sur ses gardes.

Elisa finit par lui répondre :

« Eh bien dans d’autres circonstances, j’aurais sans doute appr√©ci√© de s√©journer ici mais l√†, je reste inqui√®te. D√©sol√©e de me r√©p√©ter… »

« Non, vous n’avez pas √† vous excuser Elisa. Vous avez toutes les raisons de l’√™tre. C’est certain que nous ne sommes pas sereines vu les circonstances mais au moins on est en s√©curit√© ici. Dehors, il doit faire nuit noire. Rien que d’y penser je me dis qu’on a bien fait de s’enfermer dans cette cabane. Pas vous ? »

« Si, je suis tout √† fait d’accord avec vous »

Elisa d√©cida de ne plus partager ses inqui√©tudes avec Tamara. Cela ne servait √† rien de propager son angoisse et de l’attiser davantage par des paroles n√©gatives.

« Je peux vous poser une question Elisa ? »

« Oui, biens√Ľr »

« Pourquoi √™tes-vous venue ici √† Diamond et toute seule ? »

« Je ne suis pas venue seule. J’√©tais accompagn√©e de mon Guide touristique »

« Oui certes, mais pourquoi venir ici sans √™tre accompagn√©e d’un ami ou d’une amie par exemple ? »

« Tout simplement parce que je voulais faire ce voyage en solitaire. C’√©tait mon r√™ve de jouer en quelque sorte les Robinson Cruso√© durant deux jours dans une petite √ģle d√©serte et √©loign√©e de tout. Et je dois bien avouer que Diamond √©tait parfaite pour √ßa mis √† part les affreux drames qui s’y sont d√©roul√©s. Le Guide m’en parlait tellement comme si c’√©tait un joyau de la nature que je n’ai pas h√©sit√© et que je me suis lanc√©e. Mais jamais je n’aurais cru un seul instant qu’il y aurait eu un meurtre ici, ni que mon guide en aurait √©t√© l’instigateur. J’√©tais loin de m’imaginer tout √ßa sinon il est clair que je serais rest√©e bien tranquillement dans mon h√ītel √† continuer mes vacances »

Les grands yeux noirs en amande de Tamara ne cessaient de la fixer comme si elle essayait de trouver une vérité au fin fond de son esprit. Mais laquelle au juste ?

« Je vous comprends Elisa. Je suis navr√©e encore pour tout √ßa »

« Non, ne le soyez pas. Vous et moi ne pouvions pas savoir que ces guides √©taient des meurtriers… »

« Oui, c’est juste. Mais je vous ai tout de m√™me entra√ģn√© dans cette gal√®re »

« N’y pensez plus. Ce n’est pas de votre faute Tamara »

Tamara se mordit la l√®vre inf√©rieure en signe d’acquiescement puis baissa les yeux comme si elle avait honte.

Elisa essayait de la rassurer mais elle savait aussi au fond d’elle m√™me qu’elle n’aurait jamais voulu rencontrer Tamara sur son chemin vu tous les probl√®mes qu’il y avait autour de cette femme et quand bien m√™me qu’elle soit une innocente victime.

Etait-ce humain de penser de la sorte ? Pourquoi est-ce que subitement elle avait de telles pens√©es envers cette femme ? √©tait-ce √† cause de ce terrible mal de t√™te qui la mettait √† fleur de peau ? ou tout simplement parce qu’elle se sentait prise au pi√®ge et qu’elle aurait bien voulu que tout ce cauchemar se volatilise comme par magie. Mais malheureusement, elle ne pouvait pas remonter dans le temps et gommer en un claquement de doigt cette rencontre…C’√©tait son destin d’√™tre tomb√©e sur Tamara.

Elle ne pouvait pas non plus lui avouer cette vérité. Elle ne pouvait que la cacher au fin fond de son esprit et se taire. En somme, il ne lui restait plus que la résignation et la fatalité.

« J’aurai une autre question √† vous poser Elisa »

Tamara venait de relever les yeux et à présent elle la regardait intensément comme si elle essayait de sonder son esprit. Ce qui perturba quelque peu Elisa.

« Allez-y, je vous √©coute »

« Je me rappelle que vous m’aviez dit que vous aviez fait de la plong√©e sous-marine avec ce Philippo avant de d√©barquer √† Diamond »

« Oui c’est vrai » dit Elisa en se demandant o√Ļ elle voulait bien en venir.

« Voil√†, je voulais juste savoir si vous aviez remarqu√© quelque chose chez lui qui ne tournait pas rond. Un √©l√©ment quelconque qui aurait permis d’en d√©duire qu’il √©tait une personne bizarre »

« Non, je suis vraiment d√©sol√©e de vous dire √ßa Tamara mais il n’y avait rien de tel chez lui qui aurait pu pr√©sager quoi que ce soit de bizarre. Il semblait tout √† fait normal. Il n’avait pas un comportement √©trange, bien au contraire. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas comment il a pu faire toutes ces atrocit√©s. C’est vrai que √ßa restera toujours un myst√®re pour moi »

« Oui, moi aussi je me le demande encore, vous savez. C’est pareil en ce qui concerne cette ordure de Batisto. Jamais je n’aurais cru qu’il √©tait un tueur. Je me rappelle encore de lui. Il semblait √™tre une personne honn√™te et gentille mais je me trompais. Il √©tait tout le contraire. Je suis tellement d√©go√Ľt√©e. Et dire que j’√©tais venue ici avec mon mari pour notre voyage de noces. Je ne peux m’emp√™cher de penser que tout ce qui est arriv√© est de ma faute… »

« Mais pourquoi d√ģtes-vous √ßa ? rien n’est de votre faute Tamara. Encore une fois, vous ne pouviez pas pr√©voir tout ce qui allait se passer ici. En aucun cas vous ne devez vous sentir coupable, je vous assure »

« Si justement, puisque c’est moi qui ait eu l’id√©e de faire cette escapade √† Diamond. Je regrette tellement maintenant… » dit-elle les larmes aux yeux.

En regardant les larmes qui coulaient le long de ses joues, Elisa regretta subitement d’avoir eu de mauvaises pens√©es envers elle. Les yeux noirs en amande semblaient si tristes √† cet instant l√† qu’elle en √©prouva une profonde compassion.

« Je vous en prie Tamara, ne pleurez pas. Je trouve que vous √™tes une personne tellement courageuse. C’est gr√Ęce √† vous si on se retrouve dans cette cabane et en s√©curit√©. Vous avez eu raison de nous emmener jusqu’ici ! et je suis certaine que votre mari aurait √©t√© fier de vous. Je le pense tr√®s sinc√®rement… »

« Merci Elisa de me r√©conforter comme vous le fa√ģtes. Vous √™tes si gentille avec moi. Moi aussi je trouve que vous √™tes courageuse. Vous m’avez fait confiance. Vous savez, ce n’est pas tout le monde qui aurait pu s’aventurer dans cette for√™t tout en sachant qu’il y a un tueur qui s’y cache quelque part. Vous m’avez beaucoup soutenu depuis que je vous ai rencontr√©e sur la plage et je ne l’oublierai jamais. Merci pour tout √ßa » dit-elle tout en reniflant.

Elisa lui adressa un large sourire. Un sourire sinc√®re qui se voulait √™tre r√©confortant. Oui, un sourire d’espoir destin√© √† une jeune femme qui avait v√©cu un horrible drame.

Elisa ne s’en √©tait pas aper√ßu mais son terrible mal de t√™te s’√©tait totalement dissip√©. Sans doute parce qu’elle avait un peu rel√Ęch√© la pression et qu’elle reprenait peu √† peu confiance en elle.
Elle avait à nouveau un espoir qui semblait germer dans son esprit si torturé.
Oui, un ultime espoir de se sortir de cet enfer. Et pour ce faire elle aurait besoin de l’aide de Tamara alors autant s’en faire une alli√©e et chasser toutes ces id√©es noires qui ne menaient √† rien.

A pr√©sent, elle se sentait un peu plus forte et voulait encore croire √† sa bonne √©toile qui ne l’avait jamais abandonn√©e en cas de coup dur…

« Tamara ? »

« Oui ? » r√©pondit Tamara en essuyant ses larmes avec ses doigts.

« J’aimerais moi aussi vous remercier et vous dire que vous √™tes une personne bien »

« Vous le pensez r√©ellement ? »

« Oui, tr√®s sinc√®rement. Et je tenais √† vous dire √©galement que je vous appr√©cie et que je suis certaine qu’on s’en sortira » dit-elle dans un large sourire.

« Moi aussi, je vous appr√©cie Elisa. Merci de me dire √ßa. Je suis tr√®s touch√©e. Oui, on fera tout pour s’en sortir » lui r√©pondit Tamara en lui rendant le sien.

****

En pleine nuit, au coeur de la forêt de Diamond.
A l’int√©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes √©taient toujours en train de discuter en attendant le lever du jour.

Le cadran de la montre d’Elisa indiquait qu’il √©tait exactement 20H00. Comme le temps √©tait long ! se dit-elle. Elle √©tait fatigu√©e et commen√ßait √† avoir un peu sommeil mais heureusement que Tamara √©tait l√† pour alimenter la conversation.

« Elisa ? Je pourrais vous poser une question un peu plus personnelle ? »

« Oui, biens√Ľr »

« Vous n’avez pas de petit ami ? Je vous pose cette question un peu indiscr√®te par rapport √† ce que vous m’avez dit tout √† l’heure. Vous savez, que vous souhaitiez faire ce voyage en solitaire… »

« Oui, vous avez raison. Si, j’en avais un avant mais je l’ai quitt√©. C’√©tait il y environ 1 an. On n’√©tait plus du tout sur la m√™me longueur d’onde lui et moi. Disons qu’on n’√©tait pas faits l’un pour l’autre, tout simplement. Mais c’est de l’histoire ancienne √† pr√©sent. Et puis je n’ai aucun regret et c’est ce qui compte finalement. Et vous ? si je puis me permettre, avec Juanes ? Vous vous connaissiez depuis longtemps avant de vous √™tre mari√©s ? »

« Oui, depuis d√©j√† cinq ans. C’est lui qui un beau jour, m’a dit qu’il voulait se marier avec moi. Je ne courrais pas apr√®s le mariage mais √† force qu’il m’en persuade, je me suis dit pourquoi pas ? Et puis il y tenait tellement alors on s’est mari√© le 15 d√©cembre dernier. La c√©r√©monie s’√©tait d√©roul√©e dans une magnifique cath√©drale en plein centre-ville d’Epic√©a. Et pour cette grande occasion, je portais une jolie robe blanche toute en dentelle. J’√©tais tr√®s belle et lui tellement √©l√©gant dans son beau costume tout neuf. Oui, ce fut un tr√®s beau mariage. Un v√©ritable conte de f√©e que je n’oublierai jamais… » dit-elle avec beaucoup d’√©motion dans la voix.

« Je n’en doute pas. Vous deviez former un bien joli couple »

« Oui un tr√®s beau couple… » soupira t-elle en regardant les yeux dans le vague, les deux flammes des bougies qui ne cessaient de danser.

En voyant sa tristesse, Elisa préféra changer de sujet.

« Je voulais savoir Tamara, vous habitez √† Epic√©a ? »

« Oui depuis ma plus tendre enfance. D’ailleurs c’est l√†-bas que j’avais rencontr√© mon mari. Et vous ? »

« Je ne vis pas √† Epic√©a, c’est pourquoi j’y suis venue en vacances. J’habite √† Antin√©a, l√† ou vit ma famille. Vous connaissez cette province ? »

« Oui tr√®s bien. C’est agr√©able de vivre l√†-bas. Mais il est vrai que je pr√©f√®re la c√īte. J’aime l’oc√©an »

« Moi aussi j’aime la mer… » dit Elisa en repensant √† sa promenade sur l’immense plage de sable blanc de Diamond.

Soudain, une des deux bougies s’√©teignit faisant appara√ģtre une fine volute de fum√©e blanch√Ętre qui s’√©leva en serpentin dans l’air…

**** 

27 réflexions sur “La derni√®re danse de la lune : Chapitre 3 : Confessions

  1. Et bien, C√©cile, je dois te remercier pour ce chapitre qui m’a permis de faire quelque chose de ma soir√©e, surtout que je n’arrive actuellement pas moi-m√™me √† √©crire quoique ce soit…

    C’√©tait un tr√®s bon chapitre, o√Ļ les deux femmes se livrent l’une √† l’autre. Elles se r√©p√©taient parfois la m√™me chose (avec leurs angoisses), mais c’est normal.

    Ca m’a juste l√©g√®rement perturb√© que tu passes d’un point de vue √† la premi√®re personne du singulier, √† un point de vue externe. Mais ce n’est qu’un d√©tail ūüôā

    Je suis extr√™mement curieuse de lire la suite de cette aventure ūüôā

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    1. Merci pour ton commentaire Alessandra. Ne t’inqui√®te pas en ce qui te concerne : moi m√™me je suis d√©j√† pass√©e par l√†. Tu as tous mes encouragements ! Merci encore de ton int√©r√™t pour mon histoire. Oui, tu en sauras davantage en ce qui concerne ces deux jeunes femmes. A tr√®s bient√īt et h√Ęte de te lire √©galement ! Gros bisous √† toi. Passe une bonne semaine.

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  2. Il est vrai que malgr√© la perte de son mari, Tamara a l’air plus forte et √©trangement plus courageuse qu’Elisa. Ce qui perso, me fait toujours un peu douter d’elle. Epic√©a, Antin√©a … jolis noms de ville, fruits de ton imagination ou existent-elles vraiment ? Texte soign√© qui a retenu toute mon attention : )

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    1. Coucou ma Belette ador√©e ! Contente que tu ais lu la suite de mon histoire. √ßa me fait tr√®s plaisir. Merci pour ton commentaire. Pour r√©pondre √† ta question : c’est le fruit de mon imagination. Je voulais que les noms de ces villes se terminent avec la lettre A. Merci pour tes compliments qui me touchent beaucoup ! Je t’embrasse bien fort ma Belette Mauricienne l√©zardant au soleil ! gros bisous

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  3. Bonsoir ch√®re C√©cilia, je n’ai pas confiance en Tamara, il y a quelque chose d’√©trange qui entoure cette femme.
    J’ai √©t√© tr√®s heureuse de lire ce deuxi√®me chapitre, j’attends la suite avec impatience, je t’embrasse, bonne semaine, merci pour ce bon moment, fanfan

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  4. Alors, alors… J’ai mis un peu de temps √† venir, mais j’aime bien prendre mon temps quand je fais une lecture. J’ai donc plusieurs remarques dans mon sac, j’esp√®re que tu es pr√™te, C√©cile.

    1 – Le souvenir de sa meilleure amie (√† Elisa) qui l’a trahie auparavant, j’avais l’impression que le d√©tail √©tait parachut√© mais peut-√™tre qu’il aura une incidence par la suite sur l’histoire d’Elisa ?

    2 – Mon b√©mol pour ce chapitre : les dialogues se r√©p√®tent trop. Effectivement, ce chapitre nous enferme dans un huis clos mais √ßa tourne en rond quand elles se r√©p√®tent la m√™me histoire sur leurs guides tueurs, sur la cabane et les √©v√©nements dramatiques. Plusieurs fois, les m√™mes phrases reviennent. Mais c’est mon sentiment apr√®s tout ūüôā

    3 – Les (tr√®s) bonnes choses : le huis clos de la cabane. Qui permet enfin de faire une pause et de nous retrouver dans l’intimit√© des personnages. Tu dilates tr√®s bien le temps. On a l’impression que des heures s’√©coulent alors que ce n’est seulement qu’une ou deux tout au plus. Le mal de t√™te d’Elisa est convaincant et ses angoisses marchent bien sur nous, je trouve. Et pour finir, le sentiment de malaise sur Tamara. Ses r√©actions sont contradictoires, je pense que c’est voulu, et pour le coup √ßa renforce davantage son ambiguit√©. Continue de jouer avec √ßa, j’aime me faire mal ahaha.

    4 – Quelques erreurs de syntaxe ou de frappe :
    réèllement > réellement
    je vous ai rencontréE
    Au jour d’aujourd’hui > √† l’heure d’aujourd’hui plut√īt
    Il √©tait bien « plus pire » > il √©tait bien pire

    Au plaisir de te lire encore ! En fait, ne finis pas trop vite ton histoire, j’ai envie de savourer son √©volution encore un peu…
    Belle journée
    AF

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    1. Merci pour ton commentaire Andy. En ce qui concerne les dialogues qui se r√©p√®tent : j’ai voulu faire montrer la peur d’Elisa. Pour les petites erreurs de syntaxe : je ferais la correction, merci de les avoir signal√©es. Et ne t’inqui√®te pas : l’histoire est loin d’√™tre termin√©e ! Tu en sauras davantage dans le prochain chapitre ! Belle soir√©e et √† bient√īt Andy !

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