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La neige ❄

En cette fin de soirĂ©e du Vendredi 23/12/16, je viens de crĂ©er un poĂšme dont le titre est : « La neige ».

J’Ă©tais trĂšs inspirĂ©e ce soir (sans doute le rĂ©veillon de demain qui me met dĂ©jĂ  en joie) alors je me suis lancĂ©e et voici le rĂ©sultat que vous pourrez Ă©couter et/ou lire simultanĂ©ment.

Je vous souhaite encore de trĂšs belles fĂȘtes de NoĂ«l ! Soyez heureux et profitez de ces instants magiques et si chaleureux !

Je vous embrasse bien fort !

CĂ©cile 😚

                           ****

La neige :

Le vent balaye les feuilles mortes,

Qui s’étaient accumulĂ©es devant ma porte.

Avant de sortir,

Je noue une Ă©charpe autour de mon cou,

Et une fois dehors,

C’est alors,

Qu’une bise glaciale vient se dĂ©poser sur mes joues,

Ne tardant pas Ă  les faire rosir,

Telles deux pétales de rose,

Ressemblant Ă  une amoureuse transie,

Dans le cƓur si froid de cet hiver glacial et rugueux.

Alors pour mieux me couvrir,

Je dĂ©cide d’enfiler mon bonnet de laine ainsi que mes mitaines.

Et là enfin, une douce chaleur m’envahit


Quelques instants plus tard, je marche sans but précis,

Sur ce chemin enneigé,

JonchĂ© de feuilles mortes prĂšs d’une source gelĂ©e.

Cet endroit est un véritable sanctuaire de beauté.

Soudain, j’entends un oiseau chanter.

Je m’arrĂȘte de marcher pour le chercher des yeux,

Mais semble t-il, il s’est dĂ©jĂ  envolĂ©,

Vers d’autres contrĂ©es,

Alors je continue mon périple à travers le bois silencieux.

J’aime cette plĂ©nitude, cette solitude,

Je m’y sens libre et sereine.

Toute cette nature blanche m’émerveille.

Ce décor bucolique,

Ce froid intense et polaire,

M’enveloppe agrĂ©ablement dans le tourbillon magique,

De son air vivifiant et piquant,

Revigorant mon corps ; stimulant mon esprit vagabondant.

Oui, tout n’est que magie ici.

La neige d’un blanc immaculĂ©,

Restant figĂ©e dans le profond silence de la forĂȘt,

Si cristalline et cristallisante Ă  souhait,

Telle une belle endormie,

D’une douceur infinie…

Je resterai bien ici toute une vie,

À contempler ce magnifique tableau,

Ce fabuleux manteau neigeux,

Opaque et scintillant,

Mais je sais fort bien que tout ceci,

Ne durera qu’un temps,

Alors je profite de ces quelques instants,

Pour me vider la tĂȘte et la remplir de bonheur et de douceur,

Car je sais fort bien que tout ceci,

N’est qu’éphĂ©mĂšre…

Mais qu’importe ! J’hume à plein poumon encore et encore ce grand air,

Glacé et si léger,

Qui m’emporte vers d’autres cieux,

Un monde radieux…

Pour fuir un temps, tous ces hyùnes, ces loups remplis de haine


Et m’envelopper sans fin et avec voluptĂ© dans ce blanc manteau si douillet,

Que je ne voudrais plus jamais quitter.

CĂ©cile

                               ****

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Voici la vidéo de ma voix enregistrée dans youtube :

 

La derniĂšre danse de la lune : Chapitre 4 : La faille

la derniere danse de la lune

 

« Oups ! ça devait arriver ! Attendez je vais en allumer une autre » s’empressa de dire Tamara.

En effet, les bougies n’avaient eu de cesse de se consumer et on voyait Ă  prĂ©sent un amas de cire blanche biscornu qui s’Ă©tait formĂ© sur chacun des deux socles.

C’Ă©tait le tĂ©moignage du temps qui avait passĂ© se dit Elisa en regardant Tamara qui Ă©tait dĂ©jĂ  en train d’allumer la mĂšche d’une autre bougie Ă  l’aide de son fameux briquet provenant de l’HĂŽtel Paradise Beach.

Elle venait de prendre une autre bougie Ă  l’intĂ©rieur d’un des tiroirs du bas de l’armoire et avait bien prĂ©cisĂ© qu’il y en avait encore tout un stock entier et que si jamais l’une d’elles venait Ă  nouveau Ă  s’Ă©teindre, elles n’auraient aucun souci Ă  se faire de ce cĂŽtĂ© lĂ .

« Tant mieux ! » s’Ă©tait dit Elisa dans son for intĂ©rieur car les bougies lui procuraient un certain rĂ©confort qu’elle n’Ă©tait pas encore prĂȘte Ă  voir disparaĂźtre et surtout pas en cette longue nuit interminable.

Elle aimait bien sentir cette odeur de bougie qui brûle. Cette effluve si particuliÚre qui envahissait toute la piÚce, lui rappelant de lointains souvenirs de son enfance.

Oui, de biens jolis instants qu’elle aurait bien aimĂ© pouvoir un jour raconter Ă  l’homme de sa vie ainsi qu’Ă  ses futurs enfants car elle comptait bien se sortir de cette impasse…

A force d’attendre dans cette cabane, elle avait retrouvĂ© en elle un nouvel espoir ; sans doute grĂące Ă  la prĂ©sence de Tamara qui avait rĂ©ussi Ă  dĂ©tendre l’atmosphĂšre par ses multiples et diverses questions.

Et plus que jamais, elle voulait retourner Ă  sa vie d’avant et vivre sa continuitĂ©.

En tous les cas, il était hors de question que son destin ne se termine de maniÚre tragique et qui plus est dans une ßle perdue, éloignée de tout.

Non, pas question ! et mĂȘme si cet individu Ă©tait lĂ , tapi quelque part dans le noir de cette forĂȘt lugubre, elle Ă©tait fermement dĂ©cidĂ©e Ă  tout faire pour dĂ©jouer ses piĂšges car elle avait en elle cette rage de vivre !
Et mĂȘme si le pire devait arriver, elle ne flancherait pas car son maĂźtre mot Ă©tait inlassablement le mĂȘme « VIVRE ».

« Vivre ou survivre » se dit-elle tout en regardant les deux longues flammes des bougies qui dansaient gaiement au moindre mouvement de l’air, faisant apparaĂźtre leurs ombres chinoises dĂ©mesurĂ©es sur un pan du mur en bois de la cabane.

****

21H00. A l’intĂ©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes tuaient le temps en discutant de tout et de rien.

Soudain, le hululement strident d’une chouette vint troubler leurs conversations.

Et Ă  en juger le son qui Ă©tait tout proche, le rapace nocturne devait probablement se trouver non loin de la cabane, juchĂ© sur une des branches des nombreux arbres qui l’entouraient.

C’Ă©tait bien la premiĂšre fois qu’Elisa entendait ce type de son en direct. BiensĂ»r, comme tout le monde elle l’avait dĂ©jĂ  entendu Ă  la tĂ©lĂ©vision, dans certains films d’angoisse mais de lĂ  Ă  l’entendre d’aussi prĂšs et si clairement, c’Ă©tait totalement diffĂ©rent.

Dans d’autres circonstances, sa curiositĂ© l’aurait emportĂ©e et elle n’aurait pas hĂ©sitĂ© une seule seconde Ă  sortir dehors et ce, mĂȘme en pleine nuit pour aller voir la fameuse chouette ou le hibou.

Tiens, c’est vrai ça ! se demanda t-elle subitement. S’agissait-il d’une chouette ou d’un hibou ? Elle n’avait jamais su les distinguer tant ils se ressemblaient beaucoup en apparence. Pourtant, en regardant un jour un documentaire tĂ©lĂ©visĂ© sur ces Ă©tranges oiseaux, elle avait appris qu’on pouvait les reconnaĂźtre grĂące Ă  la spĂ©cificitĂ© de leur tĂȘte.

En effet, le hibou avait de petites touffes de plumes de chaque cĂŽtĂ© de celle-çi que l’on appelait « aigrettes » tandis que la chouette n’avait rien de semblable.
Elisa se massa la tempe droite. Comment pouvait-elle songer Ă  ce documentaire Ă  l’heure actuelle ?

Soudain, comme pour la rappeler Ă  l’ordre, le rapace nocturne se mit Ă  nouveau Ă  hululer.

Nerveusement, elle se mordit la lĂšvre infĂ©rieure pendant que Tamara, elle de son cĂŽtĂ©, semblait ĂȘtre la recherche du fameux cri d’oiseau, en tournant lentement sa tĂȘte de gauche Ă  droite.
Elisa ferma les paupiĂšres pour humecter ses yeux tellement ils Ă©taient secs et les rouvrit presque aussitĂŽt lorsqu’elle entendit une troisiĂšme fois le hululement strident de la chouette.

D’un geste machinal, elle regarda sa montre : il Ă©tait exactement 21H30.

On aurait dit que le temps faisait exprĂšs de se rallonger se dit-elle tout en se mordillant l’ongle de son pouce droit. Elle commençait sĂ©rieusement Ă  en avoir marre de cette attente interminable et souhaitait dĂ©jĂ  ĂȘtre au lendemain.

« Vous entendez la chouette qui hulule ? » dit subitement Tamara en la fixant de ses grands yeux noirs brillants.

« Oui » rĂ©pondit Elisa.

« J’ai toujours trouvĂ© cet oiseau fascinant »

« Fascinant ? et en quoi ? »

« Eh bien, dĂ©jĂ  il est nocturne, un peu comme la chauve-souris et il ne chasse que la nuit. Ensuite, j’aime bien lorsqu’il hulule. Je ne sais pas pourquoi mais je trouve que ces oiseaux ont un cĂŽtĂ© mystĂ©rieux. En fin de compte, ce sont des solitaires. Par contre, je n’ai jamais su diffĂ©rencier la chouette du hibou. Et vous ? Vous connaissez leurs diffĂ©rences ? »

Elisa n’avait pas trop envie d’aborder le sujet de ces volatiles qui contrairement Ă  Tamara, ne les trouvait pas autant fascinants que ça, alors pour couper court Ă  la conversation, elle lui rĂ©pondit :

« Non, je n’en sais rien du tout »

« Vous semblez agacĂ©e Elisa. A moins que je ne me trompe ? » dit-elle en la scrutant avec un petit sourire en coin.

« Oui dĂ©solĂ©e, je suis un peu Ă©nervĂ©e par le temps qui passe mais ne faites pas attention Ă  mon humeur, c’est passager »

« Vous en avez marre d’attendre ? » questionna Tamara en accentuant davantage son demi-sourire qui semblait moqueur.

« Oui. J’aurais prĂ©fĂ©rĂ© qu’il fasse dĂ©jĂ  jour. C’est tellement insupportable d’attendre comme ça »

« Pour combien de temps dĂ©jĂ  deviez vous sĂ©journer dans cette Ăźle ? » demanda Tamara en lissant sa longue queue de cheval brune.

« Justement, c’est pourquoi je suis tant impatiente. Je ne devais rester ici que deux jours et une nuit. Normalement, demain aprĂšs-midi j’Ă©tais censĂ©e quitter Diamond dans les alentours de 15H00 »

« Mais c’est une bonne nouvelle ça ! s’Ă©cria Tamara dans un large sourire.

« Oui, c’est vrai. Mais je trouve que c’est encore trop loin »

« Oui, certes. Mais lorsqu’ils s’aperçevront que vous ne reviendrez toujours pas ; enfin je veux parler de l’hĂŽtel oĂč vous sĂ©journiez. Je suis certaine qu’ils enverront des secours. Vous ne pensez pas ? »

Elisa n’avait eu de cesse de penser dĂ©jĂ  Ă  ce scĂ©nario mais le temps semblait se rallonger avant d’en arriver Ă  un tel cas de figure.

« Oui, vous avez sans doute raison » dit-elle. « De plus, je dois obligatoirement figurĂ©e dans leurs registres ainsi que dans leurs bases de donnĂ©es informatiques »

« Eh oui ! » s’empressa de rajouter Tamara. « Il faut donc toujours garder espoir et se dire que ça aboutira forcĂ©ment dans ce sens. Ils viendront donc nous chercher ! »

« Et nous quitterons enfin cet endroit de malheur ! » s’exclama Elisa en tapant du poing sur la table.

« Exactement ! » renchĂ©rit Tamara en souriant. « Vous voyez bien. Tout finira par s’arranger »

« J’aimerais tant revoir ma famille. Mes chers parents » dit Elisa en soupirant.

« En ce qui vous concerne, l’avenir est devant vous ma chĂšre Elisa. Vous avez de la chance d’avoir une famille qui attendra votre retour. Moi, je ne sais pas ce que je deviendrai. Je n’ai aucune famille. J’ai perdu mon mari. On venait Ă  peine de se marier. A croire que cela ne devait pas durer… » dit-elle mĂ©lancoliquement.

C’Ă©tait un fait indĂ©niable, le retour de Tamara Ă  EpicĂ©a serait bien diffĂ©rent du sien. Sa situation Ă©tait beaucoup plus Ă  plaindre…

« Je suis vraiment dĂ©solĂ©e Tamara »

« Non c’est moi. Je ne devrais pas parler comme ça. Ce n’est pas de votre faute. C’est juste que je suis devenue amĂšre » dit-elle, les yeux dans le vague, en regardant les flammes danser avec frĂ©nĂ©sie.

Subitement, Tamara venait de changer de comportement et semblait ailleurs comme si elle Ă©tait perdue dans de lointains souvenirs si bien qu’Elisa se demanda si elle n’avait pas commis une maladresse en lui faisant part de son souhait de revoir sa famille.

Tamara avait perdu l’homme de sa vie et vu la maniĂšre touchante dont elle en avait parlĂ© lors de leurs nombreuses conversations ; il Ă©tait certain qu’elle resterait longtemps inconsolable. En plus, selon ses dires, elle n’avait plus aucune famille pour l’aider lorsqu’elle reviendrait Ă  EpicĂ©a. Elisa voulut la questionner Ă  ce sujet.

« Tamara ? ça va aller ? » demanda t-elle avec inquiĂ©tude.

« Oui ça ira Elisa. C’est juste un petit passage Ă  vide »

« Vous m’avez dit tout Ă  l’heure que vous n’aviez plus de famille. Je me demandais si vous vouliez un peu en parler. A moins que… »

« Non, ça ne me dĂ©range pas d’en parler. J’ai perdu mes parents lorsque j’avais 25 ans. Ils sont morts dans un grave accident de voiture. J’Ă©tais leur seule enfant et ils n’avaient aucun liens familiaux de leurs cĂŽtĂ©s. Heureusement, lorsque ce drame Ă©tait arrivĂ©, j’Ă©tais dĂ©jĂ  indĂ©pendante et j’habitais dans un petit appartement du centre-ville avec un travail bien rĂ©munĂ©rĂ© alors ce ne fut pas si difficile pour moi de m’en sortir toute seule question finances. Par contre, j’Ă©tais rongĂ©e de l’intĂ©rieur Ă  cause de leur disparition si brutale et longtemps j’Ă©tais restĂ©e inconsolable. Et Ă  un tel point que je fus obligĂ©e d’aller voir une psychologue 6 mois aprĂšs leur mort »

« Oh ! je suis vraiment navrĂ©e Tamara. La perte tragique de vos parents. Toute cette souffrance. Vous avez dĂ» vivre un vĂ©ritable calvaire. Et maintenant la mort de votre mari. Je suis tellement confuse. Vous auriez dĂ» m’en parler avant… »

« Non, je n’aurais pas pu vous en parler avant Elisa. Je prĂ©fĂšre bien mieux le faire maintenant. Je vous fais beaucoup plus confiance. C’est pourquoi j’ose me dĂ©voiler davantage »

« Je comprends. Vous n’avez pas eu une vie facile… »

« DĂ©trompez-vous. Deux ans aprĂšs la mort de mes parents, je rencontrais Juanes, l’homme de ma vie. Puis vous connaissez la suite… »

« Mais lorsque vous avez rencontrĂ© votre mari, il n’avait pas de famille, lui non plus ?

« Mais si, il en avait une. Ses parents Ă©taient si charmants et si gentils. Je me rappelle encore d’eux, lorsqu’ils m’avaient invitĂ©e dans leur grande et si belle maison Ă  EpicĂ©a. Ils m’apprĂ©ciaient beaucoup vous savez et ils me considĂ©raient comme leur fille. Mais hĂ©las, quelques mois plus tard, le pĂšre de Juanes mourut brusquement d’une crise cardiaque. Juanes Ă©tait effondrĂ© mais heureusement que j’Ă©tais lĂ  pour le soutenir. Puis vint le jour le plus important de ma vie : notre beau mariage du 15 dĂ©cembre de l’annĂ©e derniĂšre. La mĂšre de Juanes Ă©tait prĂ©sente lors de la cĂ©rĂ©monie mais elle Ă©tait dĂ©jĂ  trĂšs malade. Quelques semaines aprĂšs, elle mourut d’un cancer de la gorge. Mais avant de mourir, elle m’avait confiĂ© que son souhait avait Ă©tĂ© exaucĂ© : celui d’avoir pu assister au mariage de son unique enfant et qui plus est avec une femme telle que moi car elle me disait souvent que son fils avait enfin trouvĂ© la perle rare. Je n’oublierai jamais ces paroles qu’elle m’avait adressĂ©es avant de s’Ă©teindre. Ce fut pour moi, l’un des plus beaux tĂ©moignages d’amour qu’elle ait pu me faire » dit-elle d’un air triste en Ă©tant accoudĂ©e sur la table, sa joue droite reposant dans le creux de sa main.

Quelques secondes aprĂšs, elle ajouta dans un profond soupir :

« Ah oui ! et j’allais oublier de vous dire aussi que les parents de mon mari n’avaient pas de liens familiaux tout comme les miens »

« C’est vraiment triste tout ce que vous venez de me raconter Tamara… »

« Oui c’est vrai. Mais que voulez-vous ? C’Ă©tait mon destin de ne jamais ĂȘtre heureuse bien longtemps. Par contre, je n’aurais jamais cru qu’on m’aurait arrachĂ© le coeur en tuant mon mari alors que nous Ă©tions en voyage de noces. Il Ă©tait tellement tout pour moi. J’avais vĂ©cu de si belles choses avec lui. Mais lĂ  encore, cela ne devait pas durer. Je pense que je dois ĂȘtre maudite par ce fichu destin » dit-elle en ayant peu Ă  peu les yeux qui s’embuĂšrent de larmes.

« Je suis tellement dĂ©solĂ©e Tamara. Vous n’ĂȘtes pas maudite. Il ne faut pas que vous pensiez ça »

« Pourtant, c’est ce qu… »

Tamara ne pu terminer sa phrase. A prĂ©sent, les larmes coulaient abondamment sur ses joues sans qu’elles puissent les arrĂȘter.

Elisa Ă©tait impuissante face Ă  son immense chagrin. Elle la regardait avec beaucoup de compassion ne sachant quoi lui dire pour pouvoir soulager sa peine. Cette femme avait vĂ©cu tellement de drames dans sa vie. Et maintenant, l’assassinat de son mari. Plus d’une personne aurait sombrer Ă  sa place…

Comment aider une personne dans le désarroi qui a tout perdu dans sa vie ? Quel espoir lui redonner ? Elisa hésita un instant puis se lança :

« Vous savez, c’est normal ce que vous ressentez. Vous avez le contrecoup Ă  prĂ©sent. Mais n’oubliez pas que nous sommes devenues amies. Et dĂšs que nous serons de retour Ă  EpicĂ©a, croyez-moi, vous ne serez pas seule. Je serais lĂ  pour vous »

Tamara releva la tĂȘte et regarda Elisa. Ses grands yeux noirs en amande Ă©taient rougi Ă  force d’avoir pleurĂ©. Elle essuya ses larmes avec le dos de sa main.

« Vous serez lĂ  pour moi ? » dit-elle la voix un peu enrouĂ©e.

« Oui. Et c’est tout Ă  fait normal. Nous sommes amies maintenant et je vous aiderai »

« Merci Elisa. Vous ĂȘtes si gentille avec moi »

« Et je vous le rĂ©pĂšte encore. Vous ne serez pas seule. Je vous le promets » dit Elisa dans un large sourire afin de lui remonter le moral.

A présent, Tamara semblait un peu plus apaisée alors Elisa en profita pour changer de sujet.

« Heu…Je saute un peu du coq Ă  l’Ăąne mais n’auriez-vous pas une petite faim ? ça pourrait peut-ĂȘtre vous faire du bien de manger quelque-chose. Il me reste encore quelques pains aux raisins dans mon sac, si vous voulez »

« Oui je veux bien, merci » dit Tamara en se frottant les yeux. « Auriez-vous aussi un peu d’eau ? Je ne sais pas pourquoi mais j’ai la gorge trĂšs sĂšche » ajouta t-elle.

« Oui, attendez. Je vais chercher tout ça dans mon sac »

Elisa se leva de table et commença Ă  fouiller Ă  l’intĂ©rieur de son sac de plage qui reposait sur le plancher, juste en dessous de la petite fenĂȘtre Ă  un ventail.

Quelques secondes aprĂšs, elle revint et dĂ©posa sur la table le paquet de petits pains aux raisins entamĂ©. Avant de se rasseoir, elle tendit Ă  Tamara la canette de jus d’orange Minute Maid qu’elle avait jusqu’alors, bien conservĂ©e dans son sac.

« Tenez, j’ai cette canette de jus d’orange si vous voulez, sauf qu’elle est chaude maintenant. On pourrait se la partager. ça nous donnerait un peu de tonus. A moins que vous prĂ©fĂ©rez boire de l’eau pour accompagner vos pains aux raisins ? »

« Vous aviez cette canette de jus d’orange dans votre sac ? » s’exclama Tamara quelque peu interloquĂ©e. « Wahou ! J’avoue que vous m’impressionnez vraiment Elisa ! Eh bien ce sera avec grand plaisir que je boirai ce jus d’orange avec vous. Et peu importe qu’il soit chaud ! En tout cas, je vois que vous avez beaucoup de choses intĂ©ressantes Ă  l’intĂ©rieur de votre sac de plage. C’est une vraie mine d’or ! »

Soudain, elle se mit Ă  rire aux Ă©clats. Elle essaya tant bien que mal de se contrĂŽler en plaquant sa main droite sur la bouche afin d’Ă©touffer son rire nerveux mais n’y arriva pas. Il devenait de plus en plus tonitruant et filtrait aisĂ©ment Ă  travers ses doigts.

« Ah ! Ah ! Ah ! » pouffa t-elle sans pouvoir s’arrĂȘter. « Excusez-moi Ah ! Ah ! Ah ! Elisa ! Ah ! Ah ! Mais je dois bien…Hi Hi…avouer que…Ah ! Ah! Ah !… »

Le rire de Tamara Ă©tait trĂšs communicatif alors Elisa n’y rĂ©sista pas plus longtemps et commença Ă  rire Ă  son tour. Elle se surprit mĂȘme Ă  s’amuser de la situation en imitant la voix d’une personne trĂšs snob.

« Que voulez-vous ma chĂšre. J’ai absolument tout dans mon sac. Une vraie caverne d’Ali Baba.D’ailleurs, il est assez lourd et quelque peu encombrant mais il est vraiment indispensable ! Si, si, je vous assure. Je dirais mĂȘme que c’est un sac essentiel qu’il faudrait toujours avoir avec soi » dit-elle d’une voix moqueuse et enjouĂ©e.

Sur sa chaise, Tamara continuait toujours Ă  se tordre de rire, en se tenant le ventre et en pointant du doigt le fameux sac qui la rendait si hilare.

Elisa riait Ă©galement. Elle relĂąchait enfin la pression et cela lui faisait le plus grand bien.

Il est vrai que c’Ă©tait une chose qu’elle n’avait plus jamais fait depuis un certain temps. Depuis qu’elle Ă©tait tombĂ©e sur Tamara…

****

22H30. Il faisait nuit noire dans la forĂȘt de Diamond et l’apparition d’un petit vent frais fit frĂ©mir les feuilles des hauts arbres environnants.

La chouette qui Ă©tait juchĂ©e sur la plus haute des branches de l’un d’eux, tourna la tĂȘte en direction de la cabane puis secoua ses ailes un instant avant de rester totalement immobile, les paupiĂšres closes.

Pendant ce temps lĂ , Ă  l’intĂ©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes ne dormaient toujours pas. Sans doute dĂ» Ă  la vitamine C du jus d’orange qu’elles venaient de boire goulĂ»ment il y a Ă  peine une heure et ce, jusqu’Ă  la derniĂšre goutte.

Elisa soupira fortement. C’Ă©tait une vĂ©ritable torture d’attendre inlassablement. Oui une vraie goutte chinoise qui commençait Ă  lui vriller Ă  nouveau le cerveau.

Rire, lui avait fait peut-ĂȘtre le plus grand bien tout Ă  l’heure mais Ă  prĂ©sent, la ritournelle de l’attente interminable faisait Ă  nouveau son apparition, la tuant Ă  petit feu.

Soudain, Tamara brisa le silence tel un couperet.

« J’ai une envie pressante » annonça t-elle. « Il faut absolument que j’aille au petit coin »

Elisa fronça les sourcils et fut prise de panique Ă  l’idĂ©e de devoir rĂ©ouvrir la porte de la cabane. Finalement, elle regrettait dĂ©jĂ  de s’ĂȘtre plainte de l’attente interminable.

« Mais il fait nuit noire dehors ! » s’Ă©cria t-elle sur le ton de la dĂ©fensive. « Comment allez-vous faire ? Et le cinglĂ© qui est peut-ĂȘtre lĂ  Ă  nous observer et Ă  attendre justement qu’on lui ouvre la porte »

« Je le sais bien Elisa. Mais je ne pourrais vraiment pas attendre. Je dois absolument y aller… »

« Mais vous ne pouvez pas aller dehors. Ce ne serait vraiment pas prudent. Ni pour vous, ni pour moi » rĂ©torqua t-elle. « Attendez, il doit sĂ»rement y avoir un seau oĂč v… »

« Non ! » coupa brutalement Tamara. Il n’y a aucun seau ici et pas mĂȘme Ă  l’intĂ©rieur de cette armoire. Et je sais de quoi je parle »

« Ok ! ne vous Ă©nervez pas ! » dit Elisa un peu surprise par le ton que venait d’employer Tamara.

« DĂ©solĂ©e Elisa » dit-elle en se radoucissant aussitĂŽt.

« C’est rien. De toute façon, ce genre de dĂ©sagrĂ©ment nous serait tĂŽt oĂč tard arrivĂ©, n’est-ce pas ? »

« Oui. De toute façon je ne pourrais jamais me retenir et faire ça ici. Jusqu’Ă  prĂ©sent, on s’en est plutĂŽt bien sorti vous et moi. Alors voilĂ . Ecoutez-moi bien. Dehors, il y a une cabine de toilette qui se trouve juste derriĂšre la deuxiĂšme cabane et qui peut se fermer Ă  clef. Il suffit que j’y aille vite en faisant attention puis je reviendrai sans tarder. Je suis certaine que j’y arriverai »

Elisa Ă©tait perplexe mais finit par acquiescer.

« Ne vous inquiĂ©tez pas Elisa. Tout ira bien »

« Mais alors, il faudrait vous munir de quelque-chose pour pouvoir vous dĂ©fendre au cas oĂč cet individu serait dans les parages ! » ajouta t-elle.

« Oui vous avez raison. Attendez que je rĂ©flĂ©chisse »

Tamara regarda autour d’elle puis s’attarda sur le balai brosse qui Ă©tait appuyĂ© contre le mur de gauche de la cabane.

« VoilĂ  ! j’ai trouvĂ© ce qui pourrait convenir » s’exclama t-elle. « Je dĂ©visserai le manche de ce balai brosse et comme ça le tour sera jouĂ©. Il deviendra alors une arme pour pouvoir me dĂ©fendre si jamais l’autre cinglĂ© voulait m’attaquer »

****

Quelques minutes plus tard, Tamara dĂ©tenait un manche Ă  balai qui ferait office d’arme si jamais Philippo venait l’agresser au moment oĂč elle se retrouverait dehors.

« Vous pensez que ça suffira ? » dit Elisa Ă  nouveau perplexe.

« Oui, ça ira. Le manche a l’air trĂšs costaud. C’est du solide ! Il est en bois. Par contre il me faudrait votre lampe de poche sinon je n’y verrai strictement rien dans le noir »

L’espace d’un instant, Elisa hĂ©sita Ă  lui prĂȘter sa lampe de poche mais se dit que Tamara en aurait bien plus besoin qu’elle surtout dans cette forĂȘt lugubre…

Sans plus attendre, elle se prĂ©cipita pour aller la chercher Ă  l’intĂ©rieur de son sac.

Tout en fouillant dans ses affaires, elle aperçut au fond du sac, le mouchoir en tissu fleuri qui dissimulait Ă  l’intĂ©rieur, le fameux couteau Suisse que son pĂšre lui avait offert pour son anniversaire.

En une fraction de seconde, elle fut tentée de le dire à Tamara mais se ravisa aussitÎt.

En effet, en lui donnant sa lampe de poche, il fallait bien qu’elle ait au moins avec elle de quoi se dĂ©fendre si jamais elle aurait un Ă©ventuel problĂšme durant son absence. En rĂ©flĂ©chissant Ă  ce cas de figure, Elisa prĂ©fĂ©ra donc se taire et cacher l’existence de son arme Ă  Tamara mĂȘme si au fond d’elle, elle savait que ce n’Ă©tait pas trĂšs honnĂȘte de sa part…

Vite, elle prit alors la lampe de poche puis referma le clip de son sac.

« Tenez, prenez ma lampe de poche Tamara ! et surtout ne tardez pas pour revenir »

« Oui, je ferai vite ! Ne vous en faites pas ! Et surtout, il faudra bien refermer la porte Ă  clef derriĂšre moi lorsque je sortirai »

« Oui, compris » dit Elisa avec contrariĂ©tĂ©.

Tamara Ă©tait en train de refaire sa queue de cheval tout en souriant Ă  Elisa.

« Je vois bien que vous ĂȘtes trĂšs inquiĂšte Elisa mais je reviendrai » dit-elle en terminant de nouer sa longue chevelure brune. « Vous savez, je ne suis pas une personne qui se laissera faire si jamais cette ordure s’en prenait Ă  moi. Je me battrai, croyez-moi ! »

« Oui, je le sais bien mais… » balbutia Elisa en se tenant nerveusement les deux mains.

« Tout se passera bien. Faites moi confiance » ajouta t-elle d’un ton rassurant.

Subitement Elisa rĂ©alisa qu’elle allait se retrouver toute seule ici. Et si jamais le tueur s’en prenait Ă  Tamara. Mon Dieu, elle s’en voudrait de ne pas lui avoir dit qu’elle dĂ©tenait une arme Ă  l’intĂ©rieur de son sac.

Soudain, elle eut honte de son comportement…

Pourtant, elle avait encore la possibilitĂ© de se rattraper mais les mots ne sortirent pas de sa bouche au moment oĂč Tamara lui tournait dĂ©jĂ  le dos en marchant d’un pas dĂ©cidĂ© vers la porte…

****

Tamara se tenait Ă  prĂ©sent devant la porte d’entrĂ©e, armĂ©e de son manche Ă  balai Ă  la main droite et munie de la lampe de poche d’Elisa Ă  la main gauche.

« Ouvrez-moi s’il vous plaĂźt ! Allez ! J’y vais maintenant Elisa ! Et surtout fermez bien la porte derriĂšre moi ! »

Lorsqu’Elisa lui ouvrit la porte, il faisait tellement nuit noire dehors que c’Ă©tait pratiquement impossible de distinguer quoi que ce soit mais dĂšs lors oĂč Tamara enclencha la lampe de poche, tout le devant de l’Ă©paisse forĂȘt fut si bien Ă©clairĂ©e, qu’on pouvait aperçevoir les branchages des hauts arbres se pencher machiavĂ©liquement vers l’avant de la cabane, telles de grandes griffes acĂ©rĂ©es, rendant encore plus terrifiante la vĂ©gĂ©tation qui les entourait.

Tamara se retourna et lui jeta un bref regard accompagnĂ© d’un petit sourire qui voulait dire qu’elle reviendrait au plus vite.

La lourde porte en bois se referma alors derriĂšre elle, laissant place Ă  un vent lĂ©ger et froid qui vint s’engouffrer sournoisement Ă  l’intĂ©rieur de la cabane et Ă  travers le fin tissu de la tunique que portait Elisa, la faisant aussitĂŽt frissonner de tout son corps.

Vite, sans plus attendre elle tourna deux tours de clef dans la serrure et resta debout figĂ©e Ă  regarder fixement la porte d’entrĂ©e.

Pourvu que tout aille bien se dit-elle avec beaucoup d’anxiĂ©tĂ©, tout en froissant avec nervositĂ© le pan de sa tunique…

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