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Son plus beau cadeau sur Terre 🎁 La suite…

L’hypnotisant et chaleureux feu de cheminĂ©e avec ses braises crĂ©pitantes et rougeoyantes dans son Ăątre.

Oh ! Rien que d’y penser, elle avait presque hĂąte !

Oui, un bon feu de cheminĂ©e qui lui rĂ©chaufferait le cƓur et l’ñme durant l’hiver.

Entendre le doux son du bois craquer au contact des flammes dansantes et lumineuses lui ferait trĂšs certainement oublier sa forĂȘt enchantĂ©e


L’oublier un temps soit peu, c’est vrai, mais pas dans ses rĂȘves nocturnes pendant que la neige se mettrait Ă  tomber dehors et finirait par la recouvrir intĂ©gralement d’un joli manteau d’une blancheur immaculĂ©e…

Voilà tout ce dont à quoi ce buffet en pin massif lui faisait penser


À toutes ces belles choses qui la rendaient infiniment heureuse…

Ah ! qu’elle aurait aimĂ©, Ă  cet instant prĂ©cis, se retrouver dans sa merveilleuse forĂȘt !

Mais cela n’aurait pas Ă©tĂ© raisonnable, Ă©tant donnĂ© qu’il avait bien trop plu.

Tout ne serait donc qu’humiditĂ© et rien que d’y penser Mira en fut Ă©cƓurĂ©e !

Non, il Ă©tait plus sage d’attendre que celle-ci redevienne bien sĂšche comme elle l’Ă©tait il n’y a pas si longtemps.

« Peut-ĂȘtre aprĂšs demain et biensĂ»r Ă  condition que Maman ne soit pas lĂ  » se dit-elle tout en baillant.

****

Mira attendait toujours bien sagement que sa Maman revienne mais elle trouvait que le temps Ă©tait de plus en plus long et commençait sĂ©rieusement Ă  s’inquiĂ©ter de son absence prolongĂ©e.

Soudain, elle sursauta en entendant :

« Cou-cou ! Cou-cou ! Cou-cou ! »

Le bruit provenait de l’horloge en bois qui se trouvait juste au-dessus de la porte de la cuisine.

CentrĂ©e au beau milieu de celle-ci ; une petite porte arrondie venait Ă  peine de s’ouvrir laissant surgir un oiseau qu’elle connaissait fort bien et qui avait le don de l’horripiler.

Il s’agissait de « Canari », le fameux oiseau de malheur qui se cachait Ă  l’intĂ©rieur et qui rĂ©apparaissait de temps en temps quand cela lui chantait.

Et lĂ , il Ă©tait en train de siffloter gaiement dans un son particuliĂšrement aigu qui l’agaçait :

« Cou-cou ! Cou-cou ! Cou-cou ! »

Elle le regarda d’un air mauvais et mĂ©prisant :

« Mais tais-toi donc le Canari ! Pfff ! Oh la la ! On a compris le message ! Il est telle heure ! Et alors ? C’est pas la fin du monde que je sache ! » lui lança t-elle rageuse avec cette irrĂ©sistible envie de lui arracher le bec en deux temps trois mouvements pour qu’il puisse se taire une bonne fois pour toutes.

« Cou-cou ! Cou-cou ! » continua de chanter le petit oiseau sans vergogne.

Il venait d’annoncer qu’il Ă©tait exactement 17H00.

Mira avait toujours aimĂ© cette bonne vieille horloge en bois qui devait trĂšs certainement dater de l’avant guerre.

Les jolies arabesques qui y Ă©taient gravĂ©es lui donnaient une allure des plus singuliĂšre et d’une rare authenticitĂ©.

C’Ă©tait vraiment une magnifique horloge !

Par contre, le petit ĂȘtre arrogant qui se renfermait dans ses entrailles n’avait pas le moins du monde sa grĂące.

À dire vrai, elle le dĂ©testait.

Certes, c’Ă©tait peut-ĂȘtre un bel oiseau avec son plumage jaune poussin des plus rayonnant mais elle n’arrivait plus Ă  supporter son sempiternel « Cou-cou » lui sortant de son minuscule bec orange vif.

Deux couleurs des plus criardes qui se voyaient Ă  des kilomĂštres Ă  la ronde !

C’est pourquoi elle aimait bien se moquer de lui en l’appelant : Canari.

Quant Ă  ses petits yeux noirs vifs et malicieux ; ils semblaient toujours la narguer lorsqu’il jaillissait subrepticement de son antre fermĂ©e Ă  double tour.

Sans doute qu’il se sentait Ă  l’abri, lĂ  haut, Ă  l’intĂ©rieur de son refuge et qu’il savait fort bien que Mira n’aurait pas pu lui faire quoi que ce soit


Ah ! Comme elle aurait voulu l’attraper pour lui rĂ©gler enfin son compte !

Oui ! Pour toutes ces fois oĂč il avait eu l’audace de la faire sursauter en lui chantant Ă  tue tĂȘte ses infernales coucous rĂ©pĂ©titifs


« Cou-cou ! Cou-cou ! »

Mais il ne perdait rien pour attendre celui-là


Un beau jour, elle se vengerait. Elle ne savait pas encore par quel moyen mais elle finirait bien par trouver…

Elle l’observa encore. C’est fou comme il avait l’air vivant, lĂ  haut sur son perchoir en train de lui chanter la sĂ©rĂ©nade !

C’en Ă©tait presque bluffant !

Monsieur Canari faisait son intĂ©ressant. Son grand show. Il devait trĂšs certainement se prendre pour Monsieur Rossignol alors qu’il avait une voix stridente de crĂ©celle !

Mira ne le dĂ©testait pas tant que ça


Non, c’Ă©tait bien pire. Elle le haĂŻssait !

Elle Ă©tait pourtant habituĂ©e Ă  le voir quotidiennement et ce depuis pas mal d’annĂ©es dĂ©jĂ  mais bizarrement, elle ne s’Ă©tait point faites Ă  son chant.

Non, celui-lĂ , elle n’arrivait toujours pas Ă  l’ingurgiter


Cependant, elle reconnaissait qu’il accomplissait fort bien son travail d’annonceur


Ah ça oui ! Et ce durant ces 5 annĂ©es oĂč elle avait habitĂ© ici.

Et d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, jamais encore il n’avait eu la moindre extinction de voix


Non ! Une vraie machine de guerre ce Canari lĂ  ! Et biensĂ»r n’ayant pas la moindre pitiĂ© pour ses oreilles fines et si dĂ©licates.

Elle avait bien essayĂ© de se faire Ă  son chant oĂč encore de contrĂŽler ses sursauts lorsqu’il entonnait ses horribles coucou mais elle avait fini par jeter l’Ă©ponge…

C’Ă©tait tout bonnement impossible !

Résultat des courses : elle détestait toujours autant sa voix et continuait à tressaillir lorsque le volatile en bois sortait de sa cachette tel un clown machiavélique.

Dieu qu’elle le mĂ©prisait !

Mira l’observait encore lorsque soudain la petite porte en bois se referma enfin sur lui.

« Pfff, il Ă©tait temps ! » soupira t-elle en regardant les grandes aiguilles noires de l’horloge.

Elles annonçaient qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  17H15.

« Mais que pouvait bien faire Laura ? Elle n’Ă©tait toujours pas revenue » s’inquiĂ©ta t-elle en tournant la tĂȘte vers la porte d’entrĂ©e du salon.

****

Mira commençait à avoir une petite faim alors elle franchit le seuil de la cuisine dont la porte était restée grande ouverte.

Immédiatement, elle remarqua au loin une petite assiette garnie de madeleines dorées qui reposait sur la table centrale.

Juste Ă  cĂŽtĂ© de celle-ci se trouvait un bol Ă  anse accompagnĂ© d’une petite cuillĂšre Ă  cafĂ©.

Mira n’aimait pas trop les madeleines car elles avaient tendance Ă  lui coller au palais et puis il faut dire aussi que ce n’Ă©tait pas trop sa tasse de thĂ©.

Son intĂ©rĂȘt se porta donc sur le bol en porcelaine blanc Ă  gros pois rouges.

Que pouvait bien t-il contenir ? se demanda t-elle en ne le quittant pas de ses yeux perçants.

Sa curiositĂ© grandissait au fur et Ă  mesure qu’elle se rapprochait de la grande table.

Ses narines sentirent les effluves d’un parfum vanillĂ©.

Se pourrait-il que Laura lui ai préparé son dessert préféré ?

Une bonne et onctueuse crĂšme dessert Ă  la vanille ?

Hum ! Rien que d’y songer, Mira Ă©tait dĂ©jĂ  toute excitĂ©e Ă  l’idĂ©e qu’elle le dĂ©gusterait dans quelques secondes.

Un exquis dessert lacté rien que pour elle ! Elle en avait de la chance !

Et sa Maman avait bien veillĂ© Ă  le sortir du frigo Ă  l’avance car elle savait que Mira aimait le manger Ă  tempĂ©rature ambiante et non glacĂ©e.

Le goĂ»t s’en trouvait bien meilleur.

Décidément, elle avait vraiment une Maman en or.

C’Ă©tait donc ça la fameuse surprise que Laura lui avait concoctĂ©e ?

Pourtant, elle aurait jurĂ© que sa Maman lui avait bien dit qu’elle lui ramĂšnerait un cadeau en revenant de ses courses.

Mira plissa les yeux de contentement.

Se pourrait-il alors qu’il y ait une deuxiĂšme surprise ?

Elle s’apprĂȘtait Ă  dĂ©guster sa gourmandise lorsque soudain, elle entendit un drĂŽle de bruit qui provenait du salon.

Ah ! Non ! Personne n’avait le droit de la dĂ©ranger lorsqu’elle Ă©tait Ă  table !

« Fichu bruit ! Va t’en ! Et laisse moi savourer ce dĂ©licieux met »

Mira se pourlĂ©cha les babines, prĂȘte Ă  attaquer son savoureux dessert.

« Crrr, crrr, crrr »

Oh non ! Le bruit de tout Ă  l’heure venait encore de recommencer et cette fois-çi il ne s’arrĂȘtait plus.

« Ah ! Mais c’est pas vrai ça ! Je ne peux vraiment pas ĂȘtre tranquille aujourd’hui ! »

À contre cƓur elle laissa son assiette de cĂŽtĂ© et retourna vite sur ses pas.

Du seuil de la cuisine elle inspecta de ses yeux d’aigle le vaste salon.

« Crrr, crrr, crrr »

Le bruit s’intensifiait davantage. C’Ă©tait un peu comme un grattement Ă  une porte mais elle n’arrivait pas Ă  dĂ©celer de quoi il s’agissait exactement.

À l’affĂ»t et aux aguets, elle avança Ă  pas de loup Ă  l’intĂ©rieur du salon tout en scrutant les alentours mais ce n’Ă©tait pas si Ă©vident que ça vu qu’il faisait Ă  nouveau sombre ici.

Nous Ă©tions en plein mois d’octobre et le soleil se couchait beaucoup plus tĂŽt.

BientĂŽt il ne tarderait plus Ă  faire nuit noire.

« Crrr, crrr, crrr »

Les sens en alerte, Mira Ă©piait les moindres recoins de la piĂšce.

« Crrrr, crrr, crrr »

Par moment, le grattement s’interrompait, rendant alors difficile la recherche de sa provenance.

« Crrr, crrr, crrr »

« Ah la la ! Fichu bruit ! Mais oĂč te caches tu ? » s’agaça Mira.

Soudain AllĂ©luia ! Elle cru voir quelque chose bouger lĂ -bas, lĂ  oĂč Ă©tait placĂ© son fauteuil.

Vite, sans plus attendre, elle couru en sa direction puis au dernier moment décida de se positionner juste derriÚre lui afin de mieux épier la chose qui remuait.

Ses yeux verts n’Ă©taient plus que deux fentes extrĂȘmement Ă©trĂ©cis Ă  force de scruter dans la pĂ©nombre les contours de cette Ă©trangetĂ©.

Une étrangeté qui avait dû ressentir sa présence car à cet instant précis, elle ne bougea plus du tout.

Sans doute, avait-elle entendu Mira


« Mince alors ! Allez ! Gratte encore saleté ! Pourquoi tu bouges plus ? » marmonna t-elle entre ses dents.

Soudain, la bestiole recommença innocemment sa petite besogne sans prĂȘter attention Ă  Mira qui Ă©tait Ă  prĂ©sent juste derriĂšre elle.

Les yeux toujours Ă©trĂ©cis Ă  l’extrĂȘme, Mira reconnut enfin le petit animal.

« Quoi ! ? Ce n’Ă©tait qu’une vulgaire souris ! ? » s’indigna t-elle courroucĂ©e et prĂȘte Ă  lui bondir dessus.

Tout ce raffut n’était dĂ» qu’à une insignifiante petite souris ?

Une souris blanche qui Ă©tait en train de gratter frĂ©nĂ©tiquement avec ses pattes avant un coin fissurĂ© de la plinthe en bois du mur de droite. Celui-lĂ  mĂȘme oĂč se trouvait Ă  quelques centimĂštres son fauteuil en velours.

À l’attaaaaaque !!

Toutes griffes dehors, Mira bondit en avant tel un boulet de canon mais au moment oĂč elle allait se jeter sur le rongeur ; celui-ci se faufila aussi vite que l’Ă©clair par un petit trou attenant Ă  l’Ă©troite fissure qu’il n’avait pas eu le temps d’Ă©largir.

« Oh non ! SaletĂ© va ! T’as rĂ©ussi Ă  ĂȘtre plus rapide que moi ! » pesta t-elle dĂ©pitĂ©e d’avoir pu manquer son coup.

Et dire qu’elle avait Ă©tĂ© Ă  deux doigts de lui rĂ©gler son compte !

« Une vraie Speedy Gonzales ! celle-là ! » admit-elle avec une certaine fascination.

« Mais tu ne perds rien pour attendre ! » souffla t-elle sournoisement.

« En plus tu as osĂ© faire ta petite cachette juste Ă  cĂŽtĂ© de mon fauteuil. Ah la la ! Grave erreur, vilaine souris ! » s’insurgea t-elle en regardant d’un Ɠil l’intĂ©rieur du trou par lequel le rongeur s’Ă©tait introduit si lĂąchement.

Mais hélas, celui-ci semblait totalement vide.

Speedy Gonzales s’Ă©tait bel et bien volatilisĂ©e.

Elle avait dĂ» trĂšs certainement emprunter une des nombreuses galeries creusĂ©es par elle oĂč ses congĂ©nĂšres.

Car s’il y en avait une ; il devait alors y en avoir plusieurs


Elle prendrait alors son temps et un malin plaisir Ă  les pourchasser l’une aprĂšs l’autre…

En tous cas, Ă  l’avenir, elle resterait vigilante car elle dĂ©testait que des intrus envahissent son territoire.

Speedy Gonzales et le Canari ne perdaient rien pour attendre…

Mira regarda autour d’elle.

Avec la venue impromptue de cette souris, elle ne s’Ă©tait pas aperçu que le salon Ă©tait Ă  prĂ©sent plongĂ© dans le noir.

Elle ne craignait point la nuit mais elle commençait à se faire du mauvais sang pour sa Maman.

Elle jeta un Ɠil Ă  la porte d’entrĂ©e qui Ă©tait toujours obstinĂ©ment fermĂ©e


Mais que pouvait bien faire Laura Ă  cette heure si tardive ?

Pour passer le temps, elle décida de rester encore quelques instants devant le trou de la plinthe, histoire de voir si la souris finirait bien par en ressortir.

Mais Speedy Gonzales Ă©tait loin d’ĂȘtre bĂȘte.

Ce soir, il Ă©tait Ă©vident qu’elle ne montrerait plus le bout de son museau.

Mira devait se résigner.

Elle commença Ă  bĂąiller d’ennui et repensa Ă  nouveau aux douces paroles de sa Maman :

« Je te ramÚnerai une petite surprise ma Mira ! Sois bien sage surtout ! »

Les rĂ©pĂ©ter inlassablement dans sa tĂȘte lui permettaient de se rassurer et mĂȘme si elle commençait Ă  redouter le pire.

« Pourvu que sa Maman n’ait pas eu un accident sur la route » se demanda t-elle trĂšs inquiĂšte.

Mais il ne fallait surtout pas qu’elle perde les pĂ©dales.

Et pour cela, il valait mieux qu’elle resta positive en se disant que Laura ne tarderait plus Ă  revenir.

Soudain, elle repensa Ă  son onctueuse crĂšme dessert qu’elle avait bien failli oublier Ă  cause de la satanĂ©e Speedy Gonzales.

Celle-ci lui redonnerait du baume au cƓur concernant son inquiĂ©tude pour sa Maman et lui permettrait Ă©galement d’oublier le fĂącheux petit incident qu’elle avait eu avec le rongeur.

****

Mira venait Ă  peine de terminer sa dĂ©licieuse crĂšme dessert Ă  la vanille lorsqu’elle repensa encore aux paroles de Laura :

« Je reviendrai avec une petite surprise pour toi ma Chérie. Sois bien sage surtout ! »

VoilĂ  ce qu’elle lui avait dit avant de refermer derriĂšre elle, la lourde porte d’entrĂ©e en bois massif.

Elle ne pouvait s’empĂȘcher de se la ressasser en boucle.

Elle revoyait aussi l’image de son doux visage souriant avec ce joli foulard rose pastel nouĂ© autour de son cou dĂ©licatement parfumĂ©.

Un parfum aux notes florales emportĂ© dans le sillage du vent frais de cet aprĂšs-midi lĂ  et que Mira n’avait point oubliĂ©.

À cette pensĂ©e, elle eut une boule dans la gorge. Sa Maman lui manquait…

Soudainement, elle entendit le Canari chanter :

« Cou-cou ! Cou-cou ! »

Elle sursauta mais bizarrement ne lui en voulut pas.

Cet oiseau de malheur rompait le silence de plomb qui régnait dans la vaste maison et cela la rassurait.

Et mĂȘme si son « Cou-cou » Ă©tait dĂ©testable ; elle lui en Ă©tait quand mĂȘme reconnaissante


Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, elle mourait d’envie de lui arracher le bec !

Ce n’Ă©tait plus le cas maintenant. Le Canari Ă©tait devenu son ami.

Il venait d’annoncer qu’il Ă©tait exactement 19H00.

Son inquiétude redoubla.

Jamais encore sa Maman n’Ă©tait arrivĂ©e en retard. Elle respectait toujours ses promesses…

Mais que faisait-elle alors ?

Elle regarda par la baie vitrĂ©e. Le jardin Ă©tait dans l’obscuritĂ© totale et il n’y avait pas Ăąme qui vive.

Sa Maman ne donnait pas de cours le samedi au lycĂ©e et c’est pour cela qu’elle profitait toujours de ce jour pour faire ses courses.

« Maman ! Reviens moi ! S’il te plaĂźt ! »

Elle faisait cet ultime vƓu tout en regardant le ciel noir opaque dĂ©nuĂ© d’Ă©toiles


Soudain, elle entendit un cliquetis Ă  la porte.

Incroyable mais vrai ! Sa demande avait-elle été exaucée ? !

Vite, le cƓur battant et sans plus attendre, elle courut vers la porte et attendit.

Son impatience la rendait fébrile et trÚs nerveuse.

Subitement, la porte s’ouvrit enfin en grand, laissant apparaĂźtre sa douce et belle Maman qui lui lança :

« Coucou ma chĂ©rie ! Oui, je sais, je suis trĂšs en retard. Attends, je vais allumer. On n’y voit strictement rien ici ! »

Le grand lustre du salon s’illumina immĂ©diatement, Ă©clairant toute la piĂšce d’une intense lumiĂšre qui faisait plaisir Ă  voir.

Ainsi, le salon retrouvait enfin son cÎté chaleureux et sécurisant.

« Oh ma Chérie ! Tu as dû avoir peur toute seule ici dans le noir. Je suis vraiment désolée »

Laura dĂ©posa son gros sac de provisions sur le carrelage puis s’empressa de fermer Ă  clef la lourde porte en bois.

Elle se retourna et regarda Mira avec une extrĂȘme douceur dans le regard.

« Tu sais, je m’inquiĂ©tais pour toi ma Mira. Te savoir toute seule ici me tracassait. Mais je suis heureuse de te retrouver enfin. Allez, viens me faire un cĂąlin »

Tout en s’accroupissant, elle tendit les bras vers elle mais Mira ne broncha pas.

Elle restait immobile sans ciller.

« Que se passe-t-il ma Chérie ? Tu me boudes ? »

Le regard vert de Mira était réprobateur.

« Ah ! Je vois ! Tu m’en veux toujours. Mais tu sais ce n’est pas entiĂšrement de ma faute. Il y avait beaucoup de monde au supermarchĂ© et lorsque je conduisais sur la route qui mĂšne chez nous ; j’ai dĂ» faire un dĂ©tour Ă  cause d’un grave accident »

Les yeux verts de Mira s’arrondirent d’Ă©tonnement.

Mais alors l’absence prolongĂ©e de sa Maman Ă©tait donc dĂ» Ă  cause de toutes ces choses ?

« Tu m’en veux toujours ? » questionna Laura avec un petit sourire enjĂŽleur.

Avec de tels arguments ! Grand Dieu ! Biensûr que non ! Alors, contre toute attente, elle se précipita avec hùte vers sa Maman puis se caressa immédiatement tout contre elle en faisant ses pattes de velours.

« Oooh ! Ma jolie Mira ! » s’exclama Laura avec une certaine Ă©motion dans la voix.

Mira ronronnait de plaisir en ne cessant de se caresser contre elle.

« Mais toi aussi Maman ! Tu m’as manquĂ©e » miaula t-elle d’une petite voix en la dĂ©vorant des yeux.

« Oh ! J’aime quand tu me fais des cĂąlins comme ça ma Mira ! »

Laura lui caressa affectueusement la tĂȘte puis passa sa main sous son ventre tout blanc et si soyeux. Elle savait que Mira aimait bien qu’on le lui caresse en faisant de grands vas et vient.

Mira ronronnait de plus belle. Elle Ă©tait vraiment au septiĂšme ciel.

Laura lui fit ensuite un petit bisou sur le bout du nez.

« Ah ! mais j’allais oublier ta surprise ! » s’Ă©cria t-elle subitement.

« Attends, je vais la chercher dans le sac » ajouta t-elle en se relevant.

Quelques secondes plus tard, elle tenait dans sa main droite un sachet brillant qui ressemblait Ă  un gros paquet de chips.

Mira le reconnut immĂ©diatement avec son logo si particulier qui reprĂ©sentait l’empreinte d’un coussinet fĂ©lin.

« Tiens ! Regarde ! C’est pour toi ma Mira ! » s’enthousiasma Laura en commençant Ă  l’agiter de haut en bas.

« Tu reconnais ce bruit ? »

Bien Ă©videment qu’elle le reconnaissait !

Et quand bien mĂȘme il y aurait eu tout un tas de vacarme autour ; elle l’aurait encore reconnu entre mille


Mira ne cessa de le fixer de ses grands yeux verts en amande pendant que sa Maman continuait de le lui agiter sous le nez.

« Quel son merveilleux ! » miaula t-elle en ne le quittant pas des yeux.

Sa Maman venait de lui offrir un trĂšs joli cadeau : ses croquettes favorites d’aprĂšs le coussinet dorĂ© qui Ă©tait dessinĂ© dessus.

Sa marque prĂ©fĂ©rĂ©e ! Les savoureuses et fondantes croquettes de bƓuf aux lĂ©gumes verts dont elle raffolait tant.

Mira ronronna de plus belle Ă  l’idĂ©e de bientĂŽt les croquer


Mais elle ne ronronnait pas que pour elles


Est-ce que Laura s’Ă©tait aperçu qu’elle s’Ă©tait beaucoup inquiĂ©tĂ© pour elle ?

Et se doutait-elle un seul instant de l’immense amour qu’elle lui portait ?

Un amour qui surpassait tout le confort dont elle bénéficiait ici dans cette maison.

Un amour dĂ©bordant qui ne pouvait ĂȘtre comblĂ© et rassasiĂ© juste par des croquettes aussi affriolantes soient-elles.

Un amour qu’elle avait besoin de transmettre car elle n’Ă©tait peut-ĂȘtre qu’une chatte de gouttiĂšre, un fĂ©lin ronronnant Ă  la moindre caresse ou victuaille ; elle n’en restait pas moins un ĂȘtre vivant avec un cƓur rempli de sentiments Ă  l’intĂ©rieur.

Un cƓur qui n’oublierait jamais ce jour ou Laura l’avait adoptĂ©e un certain mois de juillet de l’annĂ©e 2013 Ă  la SPA ; juste en Ă©tant attirĂ©e par ses miaulements de dĂ©sespoir, sans mĂȘme la voir !

Ce jour oĂč elle Ă©tait encore tenue prisonniĂšre dans l’une de ces cages, enfermĂ©e Ă  double tour avec cinq autres amies comme elle qui attendaient en vain de se faire adopter mais sans aucun succĂšs.

Ce jour oĂč pourtant une certaine Laura avait su remarquer la dĂ©tresse dans sa voix Ă©raillĂ©e, Ă  force de miauler.

Ce jour qui avait changé irrémédiablement sa vie


Une complainte que Laura avait su Ă©couter et qui l’avait alors guidĂ©e et menĂ©e jusqu’Ă  elle.

Elle, la chatte de gouttiùre aux yeux verts


Et le coup de cƓur fut rĂ©ciproque. Aussi bien pour l’une que pour l’autre


Une rencontre qui Ă©tait sans doute Ă©crite


Le plus beau jour de sa vie…

Un jour Ă  jamais gravĂ© dans son petit cƓur de fĂ©lin.

Un cƓur qui avait enfin trouvĂ© sa Maman.

Une merveilleuse Maman qui l’avait sauvĂ©e et aimĂ©e de toute ses forces d’un amour inconditionnel


Un amour qui durerait encore et encore…

Son plus beau cadeau sur Terre…

 

Son plus beau cadeau sur Terre đŸŽ

Mira s’Ă©tait endormie dans le large fauteuil en velours si doux et si confortable qui se trouvait tout prĂšs de la grande baie vitrĂ©e.

À travers celle-ci, on pouvait voir un immense et magnifique jardin dont la pelouse venait tout juste d’ĂȘtre tondue il y a Ă  peine deux jours et qui Ă©tait Ă  prĂ©sent toute imbibĂ©e d’eau Ă  cause de l’interminable pluie.

Tout était redevenu calme dehors et peu à peu les petits moineaux revenaient se poser gaiement sur les branches dénudées des grands amandiers.
En haut de leurs cimes et par certaines ramifications de leurs branchages ; on pouvait remarquer quelques nids détruits.

Il faut dire que la tempĂȘte avait Ă©tĂ© d’une rare violence… Elle n’avait rien Ă©pargnĂ©…

Pourtant, Ă  voir les moineaux sautiller de branches en branches tout en piaffant entre eux ; ils ne semblaient guĂšre rancuniers au saccage de leurs petites demeures.

Sans doute que dans leurs langages d’oiseaux, ils prĂ©voyaient dĂ©jĂ  d’en reconstruire de nouvelles.

Par moment, ils venaient s’abreuvoir ou encore s’amuser dans les quelques flaques d’eau un peu boueuses qui s’étaient formĂ©es tels des petits cratĂšres dans les zones clairsemĂ©es de la pelouse.

Finalement, la pluie tant mĂ©prisĂ©e leur avait apportĂ©e de l’eau pour se dĂ©saltĂ©rer mais aussi la joie de pouvoir faire la toilette de leurs plumages.

Et c’était un spectacle des plus merveilleux que celui de pouvoir les observer en train de dĂ©ployer leurs petites ailes et secouer avec frĂ©nĂ©sie leurs plumes faisant alors jaillir d’innombrables gouttelettes d’eau autour d’eux.

Les moineaux avaient enfin retrouvĂ© leur joie de vivre comme si la tempĂȘte n’était jamais apparue


Mais ce n’Ă©tait hĂ©las pas le cas le cas pour tout le monde


Au centre du jardin, Ă  l’intĂ©rieur d’un pourtour de galets blancs ; de hauts rosiers buissons de couleur rouge-Bordeaux avaient perdu de leurs splendeurs Ă  cause des incessantes bourrasques de vent qui sans vergogne, les avaient entiĂšrement dĂ©pouillĂ©es de leurs si jolies et gracieuses pĂ©tales.

Elles s’étaient envolĂ©es de part et d’autre du jardin et reposaient de-ci de-lĂ  sur l’immense pelouse telles de belles endormies.

Elles avaient Ă©tĂ© arrachĂ©es de force Ă  leur mĂšre nourriciĂšre et ne tarderaient pas Ă  s’abĂźmer puis Ă  se flĂ©trir au fil des heures.

Mais pour l’instant, leur couleur rouge si profonde offrait un contraste des plus ravissant et romantique sur la vaste pelouse verte pomme.

La rageuse tempĂȘte n’avait pas rĂ©ussi Ă  dĂ©truire la magnificence de ce lieu habituellement si charmant par temps radieux


Les oiseaux tout comme les vĂ©gĂ©taux semblaient vouloir oublier ses terribles affres en continuant leur vie bien paisible tout en attendant avec une certaine impatience la venue de « Monsieur Soleil » qui les rĂ©chaufferait de bon cƓur de ses ardents et lumineux rayons.

****

La pluie s’était arrĂȘtĂ©e de tomber depuis dĂ©jĂ  quelques bonnes heures mais toujours pas de Monsieur soleil Ă  l’horizon…

Pourtant Ă  cet instant mĂȘme, le ciel venait de changer de nuance et sa couleur si grise de tout Ă  l’heure s’était alors transformĂ©e en un joli bleu gris parsemĂ© de gros nuages effilochĂ©s.

Des nuages qui n’allaient pas tarder Ă  s’Ă©vaporer selon les dires de l’annonce mĂ©tĂ©orologique diffusĂ©e hier soir Ă  la tĂ©lĂ©vision.

Cependant, Monsieur Soleil se faisait encore attendre et ne daignait toujours pas pointer le bout de son nez…

Que Diable attendait-il pour faire son entrée ?

Soudain, ĂŽ Miracle ! les premiers rayons apparurent et commencĂšrent Ă  traverser les vitres des deux grandes fenĂȘtres du salon ainsi que celle de la baie vitrĂ©e ; caressant au passage, la tĂȘte de Mira qui reposait sur l’un des accoudoirs moelleux du fauteuil.

La douce lumiĂšre s’insinua davantage Ă  l’intĂ©rieur de la piĂšce, la rendant alors beaucoup plus spacieuse et conviviale.

Elle finit ensuite par se projeter avec fougue sur les jolies courbes anatomiques de Mira et s’y attarda longuement en y faisant une jolie danse d’ondulation.

Elle explorait ainsi ce corps endormi en ne cessant d’y dessiner Ă  l’infini de douces vagues tels des tatouages Ă©phĂ©mĂšres.

Elle aimait jouer avec les sens de Mira mais que cherchait-elle exactement ?

Mira ne le savait que trop bien et faisait semblant de ne pas comprendre…

Elle ressentait les chaudes caresses des rayons du soleil lui réchauffer le corps mais elle ne voulait pas encore lui céder
 Pas tout de suite
 Pas maintenant


De son cĂŽtĂ© Mademoiselle LumiĂšre mettait du cƓur Ă  l’ouvrage en se faisant de plus en plus pressante et insistante


Elle jouait de plus belle avec Mira


Brusquement, comme si une mouche venait de la piquer ; elle fini par se lasser de ce petit jeu et dĂ©cida de terminer son incessante danse lumineuse en s’installant sur le bout de son nez ; obligeant ainsi cette derniĂšre Ă  ouvrir peu Ă  peu ses grands yeux verts en amande.

La lumiĂšre fut si forte que Mira dut les plisser afin de les accoutumer Ă  son intense luminosité 

Il faut dire que depuis pas mal d’heures dĂ©jĂ , il avait fait trĂšs sombre dans cette piĂšce.

Elle se souvenait encore des myriades de gouttelettes de pluie qui n’avaient eu de cesse de se projeter avec fracas contre les vitres des deux fenĂȘtres ainsi que sur celle de la baie vitrĂ©e lui donnant alors un lĂ©ger mal de tĂȘte suivi d’une irrĂ©sistible envie de dormir et de rejoindre sans plus tarder son cher fauteuil si douillet.

Mais le soleil venait Ă  prĂ©sent la dĂ©ranger juste pour la rĂ©veiller alors qu’elle ; elle voulait encore et encore dormir telle une Belle au bois dormant.

« Soleil ! va-t’en ! Tu aurais dĂ» venir avant
 C’est trop tard maintenant ! Je ne veux plus sortir de mon fauteuil si doux et si moelleux
 Et puis tu as beau ĂȘtre le maĂźtre de l’univers que cela n’y changerait rien alors laisse-moi tranquille »

Mais Mademoiselle Lumiùre lui chuchota à l’oreille :

« Tu dois te lever Mira ! Tu as des choses à faire. Et puis, tu as suffisamment dormi, ne trouves-tu pas petite flemmarde ? »

« Non, non
 Pourquoi viens-tu me rĂ©veiller ? Va-t’en ! J’étais en train de faire un merveilleux rĂȘve
 Oh ! Et puis tu m’énerves ! OK ! Tu as encore gagnĂ© ! »

Sortant enfin de sa léthargie, Mira finit par ouvrir en grand ses jolis yeux verts irisés de constellations ambrées qui se voyaient davantage avec la lumiÚre du soleil.

Elle se leva de son fauteuil et s’Ă©tira longuement Ă  cause des courbatures qu’elle avait attrapĂ©es Ă  force d’ĂȘtre restĂ©e trop longtemps endormie dans la mĂȘme position.

À chaque fin de repas, elle avait pour habitude de faire une sieste.

C’Ă©tait pour ainsi dire, le meilleur moment de toutes ses journĂ©es mais aujourd’hui, son sommeil n’avait pas Ă©tĂ© rĂ©parateur Ă  cause du vacarme de cette fichue pluie qui lui avait donnĂ© un terrible mal de tĂȘte avant de s’endormir.

Et le comble de tout, c’est que celle-ci n’avait eu de cesse de tomber depuis 11 heures du matin jusqu’Ă  15H30 ; de quoi la mettre de trĂšs mauvaise humeur…

Mais fort heureusement, elle ne le resterait pas bien longtemps vu qu’elle Ă©tait d’une nature toujours trĂšs gaie et optimiste.

Elle fit un long bĂąillement Ă  s’en dĂ©faire la mĂąchoire mais c’était beaucoup plus pour exprimer son agacement que celui d’une fatigue quelconque puisqu’elle n’avait point sommeil Ă  cet instant-lĂ .

Monsieur soleil avait osé lui envoyer une de ses fidÚles servitrices pour la réveiller.

Et bien entendu, Mademoiselle LumiĂšre n’avait pas hĂ©sitĂ© la moindre seconde Ă  s’exĂ©cuter illico presto…

Elle, toujours prĂ©sente et si dĂ©vouĂ©e Ă  son poste depuis des millions et des millions d’annĂ©es devait trĂšs certainement trouver un certain plaisir non dissimulĂ© Ă  vouloir rĂ©veiller le monde entier.

Sa tĂąche quotidienne d’illuminer de mille feux notre planĂšte lui tenait tant Ă  cƓur qu’il ne valait mieux pas lui rĂ©sister


Et puis, de toute façon, elle avait l’art et la maniĂšre de savoir se faire respecter…

C’est pourquoi Mira ne lui en voulut plus du tout et quand bien mĂȘme son sommeil n’avait pas Ă©tĂ© rĂ©parateur ; eh bien, elle ferait avec


Monsieur Soleil n’avait donc pas eu si tort que ça de lui envoyer sa fidĂšle compĂšre pour la dĂ©loger de son fauteuil sinon qui d’autre l’aurait fait ?

Décidément, ces deux-là étaient trÚs complémentaires ! Et il savaient remplir leur rÎle à la perfection : lui, de tourner autour de notre bonne vieille planÚte terre et elle, de nous propager de ses intenses faisceaux lumineux.

Ainsi, grĂące Ă  l’éclat de leur rayonnement, le monde s’en trouvait heureux.

En conclusion, nous ne ferions pas grand-chose sans eux…

C’est pourquoi Mira se sentit Ă  prĂ©sent d’humeur plus guillerette et prĂȘte Ă  affronter cette fin d’aprĂšs-midi.

Elle s’étira encore tout en regardant le salon qui Ă©tait devenu nettement plus lumineux ; semblant alors reprendre enfin vie.

****

Mira avait toujours aimé cette piÚce qui ne manquait jamais de luminosité par temps radieux.

Par contre, par temps de pluie, le salon s’habillait alors d’une lugubre et austĂšre apparence qu’elle dĂ©testait au plus haut point ; lui faisant un tantinet peur et sursauter au moindre bruit.

Elle avait toujours eu une sainte horreur de la pluie et ce, depuis sa plus tendre enfance !

Mira s’Ă©tira une derniĂšre fois puis regarda par la baie vitrĂ©e l’immense pelouse qui Ă©tait toujours autant imbibĂ©e d’eau.

Elle leva les yeux au ciel et constata qu’il avait pris une jolie teinte d’un bleu limpide, sans le moindre nuages.

« Quel bien joli ciel ! » se dit-elle en ne se lassant pas de l’admirer.

Le fameux proverbe : « AprÚs la pluie vient le beau temps » était bien vrai.

La preuve Ă©tait devant ses yeux Ă©bahis.

Elle l’admira encore quelques instants puis dĂ©cida de s’extirper avec hĂąte de son fauteuil. Elle avait des tas de choses Ă  faire…

Finalement, cette fin de journĂ©e ne serait pas si morose que ça se dit-elle tout en marchant et en regardant autour d’elle.

Elle repensa alors Ă  Laura qui lui avait dit juste aprĂšs le repas de ce midi, qu’elle irait faire des courses mais qu’elle ne tarderait pas pour revenir.

Elle se souvenait également que celle-çi lui avait promis une petite surprise dÚs son retour. Mais laquelle au juste ?

Mira n’aimait pas trop les surprises et elle bouillonnait dĂ©jĂ  d’impatience de revoir au plus vite sa maman.

Mais en attendant celle-çi, que pourrait t-elle bien faire d’intĂ©ressant ?

Elle l’ignorait encore mais trouverait bien une idĂ©e d’ici lĂ …

****

Mira avait toujours aimé cette grande et belle demeure située en pleine campagne.

Elle Ă©tait certes assez Ă©loignĂ©e de la ville mais pas si isolĂ©e que ça par rapport au voisinage bienveillant qui l’entourait.

Oui, Mira Ă©tait vraiment heureuse de vivre ici.

Et parmi toutes les piÚces de la maison ; elle avait une nette préférence pour le grand salon.

C’Ă©tait son endroit favori.

Il faut dire que sa Maman Laura l’avait dĂ©corĂ© avec beaucoup de goĂ»t en agrĂ©mentant chaque pan de mur, de jolis tableaux d’aquarelles.

Ses propres Ɠuvres qu’elle aimait peindre durant ses heures de loisir car oui ; en dehors de son mĂ©tier de professeure de Français, Laura Ă©tait aussi une artiste peintre extrĂȘmement douĂ©e.

Mira ne se lassait jamais de regarder ses toiles tant elles Ă©taient belles.

Soudain, elle fut prise d’Ă©motion lorsque son regard s’attarda sur l’une d’entre elles.

Celle qu’elle prĂ©fĂ©rait le plus


Celle qui la représentait et dont elle était si admirative


Il s’agissait de son propre portrait.

Mira se souvenait encore de ce merveilleux jour oĂč Laura Ă©tait devenue sa mĂšre adoptive.

Il y avait 5 ans de ça.

5 ans de pur bonheur se dit-elle en admirant le tableau.

Une toile que sa douce et si belle Maman avait peint en son honneur pour lui dire Ă  quel point elle l’aimait de tout son cƓur et de toute son Ăąme.

La toile Ă©tait si bien rĂ©ussie que Mira avait l’impression de se voir dedans comme dans un miroir tant la ressemblance Ă©tait frappante.

Sa Maman avait su la dessiner et l’immortaliser telle qu’elle Ă©tait…

Oui, elle Ă©tait vraiment fiĂšre de ce tableau…

Elle avait eu beaucoup de chance de tomber sur une Maman telle que Laura


Et pour tout l’or du monde, elle n’en aurait souhaitĂ© une autre car oui, sa Laura Ă©tait un ĂȘtre unique et Ă  part


Cinq belles annĂ©es qu’elle grandissait et Ă©voluait Ă  ses cĂŽtĂ©s, entourĂ©e de plein d’amour.

Un amour pur et sincĂšre dont elle avait cruellement manquĂ© autrefois mais qui aujourd’hui comblait son cƓur.

Un amour si profond qu’elle avait fini par oublier les maltraitances subies dans son passĂ©…

Un passĂ© dĂ©sormais rĂ©volu car aujourd’hui, elle Ă©tait pleinement heureuse et Ă©panouie…

****

Mira sentit une agréable odeur de fraßcheur vivifiante.

Elle provenait du mobilier en bois de pin massif qui se trouvait dans le salon.

Il sentait agrĂ©ablement bon l’odeur des pins comme si on se retrouvait Ă  l’intĂ©rieur de l’une de ces forĂȘts enivrantes et revigorantes capables de libĂ©rer votre esprit.

Une odeur certes piquante et quelque peu entĂȘtante mais que Mira aimait respirer Ă  pleins poumons.

D’ailleurs, il n’y avait pas qu’elle qui apprĂ©ciait ces effluves mentholĂ©es.

Les rares convives qui passaient Ă  la maison aimaient aussi l’humer tout en faisant quelques remarques agrĂ©able Ă  son sujet :

« Hum, quelle agrĂ©able senteur Laura ! On se croirait dans une forĂȘt de pins tellement c’est vivifiant ! »

Ils pensaient alors que cette forte odeur de rĂ©sine devait sans aucun doute provenir de bougies d’ambiance alors qu’il n’en Ă©tait absolument rien.

Et c’est lĂ  que quelque peu amusĂ©e, Laura leur rĂ©pondait toujours invariablement ceci :

« Il s’agit de mes meubles et non de bougies parfumĂ©es. Ils sont tous en bois de pin »

S’ensuivait alors un petit silence d’Ă©tonnement rapidement rompu par quelques exclamations :

« Mais ce n’est pas possible !! Tu plaisantes ? Ça sent tellement bon. Tu en es certaine ? »

Et à son tour, elle leur rétorquait de son joli sourire un brin moqueur :

« C’est pourtant bien vrai. Et pour faire perdurer leur odeur si plaisante ; j’utilise une cire d’abeille liquide Ă  base d’huile essentielle de pin pour bien les nourrir et les faire briller. VoilĂ  le secret. Ni plus ni moins »

Mira aimait alors voir l’expression de leurs visages dubitatifs comme s’ils ne croyaient pas du tout Ă  ce que venait de leur rĂ©vĂ©ler sa Maman.

Et cela l’amusait d’autant plus lorsque venait le moment fatidique oĂč ils se rapprochaient du grand buffet en pin pour pouvoir le renifler de trĂšs prĂšs ; histoire de vĂ©rifier ses dires…

Oui, cela l’amusait toujours beaucoup


****

Mira s’approcha du grand buffet en pin et commença Ă  l’humer intensĂ©ment.

Elle ne pouvait s’empĂȘcher de faire ce petit rituel Ă  chaque fois qu’elle passait par ici, avant de franchir le seuil de la cuisine.

Elle le respira de trĂšs prĂšs et trĂšs longuement.

Cette effluve lui rappelait toujours celle de la forĂȘt qui se trouvait Ă  quelques mĂštres de leur demeure.

Quelques fois et lorsque Laura n’Ă©tait pas lĂ  ; elle aimait bien s’y aventurer tout en sachant que c’Ă©tait un lieu qui lui Ă©tait interdit.

En effet, Laura l’avait souvent mise en garde Ă  ce sujet, lui rĂ©pĂ©tant inlassablement les mĂȘme paroles :

« Je te prĂ©viens encore Mira ! Tu ne dois pas aller dans cette forĂȘt ! C’est bien trop dangereux et tu pourrais t’y perdre. Pourtant, je suis certaine que tu me dĂ©sobĂ©iras encore. Mais, tu ne devrais pas faire ça. J’espĂšre que tu ne le feras plus et que tu resteras bien sagement ici chez nous sinon je dirais Ă  Madame Sanchez de te garder chez elle »

Oh non ! Surtout pas Madame Sanchez !

Mira n’aimait pas du tout cette vieille dame avec sa grosse voix Ă©raillĂ©e d’ancienne fumeuse qui la faisait toujours peur.

Mais ce qu’elle dĂ©testait par-dessus tout Ă©tait bien lorsqu’elle celle-ci la prenait dans ses bras pour lui faire des cĂąlins…

Elle avait alors l’impression de littĂ©ralement Ă©touffer sous ces innombrables baisers baveux


Berk ! Elle n’aimait pas ça du tout !

Non, par pitiĂ© ! Surtout pas Madame Sanchez qui Ă©tait Ă  son goĂ»t bien trop dĂ©bordante d’amour envers elle


Certes, elle Ă©tait trĂšs gentille mais elle n’aimait pas son cĂŽtĂ© envahissant et disons-le trop Ă©touffant.

Madame Sanchez était une vieille dame ùgée de 90 ans qui vivait seule dans une grande demeure qui se trouvait non loin de la leur.

Elle n’avait plus aucune famille mais fort heureusement pas mal d’amis du voisinage y compris sa Maman venaient rĂ©guliĂšrement lui rendre quelques petites visites pour lui changer les idĂ©es et prendre de ses nouvelles.

À ces moments là, elle semblait alors beaucoup plus gaie.

Cependant, la solitude devait parfois la peser et c’est pourquoi elle avait autant besoin de transmettre son amour à tous ceux qui la cîtoyaient


Mira compatissait et avait de la peine pour elle alors elle acceptait sans trop rechigner ses bisous baveux ainsi que ses petites mignardises bien trop sucrés.

Elle savait aussi que Madame Sanchez adorait s’occuper d’elle


NĂ©anmoins, elle n’aimait pas du tout rester en sa compagnie car elle s’ennuyait Ă  mourir dans sa vieille maison et ce malgrĂ© la distrayante balançoire qui se trouvait dans son jardin.

Non ! Rien n’y faisait ! C’Ă©tait comme ça


Et Laura ne le savait que trop bien alors pourquoi lui infliger un tel chantage Ă  chaque fois qu’elle s’absentait de la maison ?

Certes, la forĂȘt lui Ă©tait interdite mais pourquoi en faire toute une histoire surtout qu’elle Ă©tait trĂšs dĂ©gourdie pour son Ăąge et pas du tout du genre Ă  se laisser influencer par n’importe qui et n’importe quoi…

Alors pourquoi ne pas lui faire tout simplement confiance ?

De toute façon, elle persisterait Ă  aller dans sa forĂȘt et ce malgrĂ© les nombreuses recommandations de Laura.

Ce n’Ă©tait sans doute pas trĂšs prudent de sa part, mais elle aimait le goĂ»t du risque et de l’aventure alors pourquoi s’en priverait-elle ?

Et puis c’Ă©tait aussi de son Ăąge de faire des petites bĂȘtises, non ? !

Elle ne voulait surtout pas vieillir sans les avoir commises sinon elle le regretterai trĂšs certainement…

Et puis cela lui faisait le plus grand bien de s’Ă©loigner de temps en temps de cette maison et de son jardin, si immense soit-il.

Car oui ! Mira aimait se sentir libre !

Libre comme l’Ă©tait le vent ou encore ces moineaux qui piaffaient gaiement entre eux sur les branches des grands amandiers


Elle avait besoin de cette liberté pour se sentir exister


Et la forĂȘt exaltait tous ses sens. Elle s’y sentait bien.

Elle aimait s’y balader mais toujours avec une certaine prudence car elle Ă©tait peut-ĂȘtre une grande aventureuse mais pas non plus une irresponsable inconsciente…

Elle savait fort bien que sa douce Maman Ă©tait une personne trĂšs inquiĂšte alors elle ne tenterait jamais le diable car elle l’aimait bien trop pour agir inconsidĂ©rĂ©ment


Mais Laura ne lui faisait pas encore entiĂšrement confiance. Elle l’a traitĂ©e toujours comme un bĂ©bé 

Son « petit bĂ©bĂ© » comme elle aimait l’appeler affectueusement


Mira aimait bien ce petit surnom mais elle ne le trouvait pas en accord avec sa personnalité intrépide.

De toute façon, personne ne pouvait lui mettre d’entraves pas mĂȘme sa bien-aimĂ©e Maman


C’est pourquoi, elle agirait toujours derriĂšre son dos durant ses absences pour pouvoir enfin partir en vadrouille.

Ben quoi ? Avait-elle le choix ?

Et il fallait qu’elle en profita encore car l’automne ne tarderait plus Ă  arriver


Elle s’en Ă©tait bien rendue compte avec l’interminable pluie d’aujourd’hui.

Elle savait alors qu’elle serait bien obligĂ©e de ralentir ses cadences d’aventuriĂšre dans sa forĂȘt ĂŽ combien si captivante car le temps hivernal deviendrait aussitĂŽt un obstacle avec son incessante et perpĂ©tuelle humiditĂ©.

L’insidieux froid que Mira dĂ©testait tant l’empĂȘcherait de faire ses petites escapades


Comme le temps deviendrait alors trop long durant cette période !

Mais elle finit par se rassurer en se souvenant d’une belle image qui lui revint en mĂ©moire.

LA SUITE…

Concours d’Ă©criture : Le message đŸ“–

J’ai participĂ© Ă  un concours d’Ă©criture qui avait Ă©tĂ© proposĂ© par le site The Millennials stories et je dois bien avouer qu’au dĂ©but j’Ă©tais un peu intimidĂ©e par ce genre de dĂ©fi puis je me suis dis : « Pourquoi pas ? ». 

J’ai dĂ©jĂ  participĂ© Ă  des concours d’Ă©criture mais pas avec des images comme support.

J’espĂšre que j’aurai relevĂ© le dĂ©fi ! car j’ai vraiment apprĂ©ciĂ© y participer.

C’Ă©tait un peu comme un jeu… Une envie de me dĂ©passer…

Merci encore Ă  toi Andy !

Voici les images que j’ai choisi d’utiliser pour construire mon histoire : elles m’ont beaucoup inspirĂ©es. Elles proviennent de l’article d’Andy qui parle de son fameux : Concours d’Ă©criture

En espérant que vous apprécierez lire mon histoire qui porte le titre suivant :

LE MESSAGE : 

23H45. Jessica dormait Ă  poings fermĂ©s dans son lit. Elle Ă©tait en train de rĂȘver Ă  son chat « Tootsy » qu’elle avait perdu tragiquement, il y a trois ans, Ă©crasĂ© sur la route, tout prĂšs de sa maison de campagne, par un de ces chauffards inconscients sans scrupules, avides de vitesses et se fichant bien d’îter une vie animale


Elle le revoyait avec une nettetĂ© prĂ©cise dans diverses scĂšnes qu’elle avait toujours gardĂ© en mĂ©moire et qu’elle n’avait jamais oubliĂ© malgrĂ© le temps passĂ©.

TantĂŽt il Ă©tait en train de se caresser contre ses jambes tout en faisant ses pattes de velours, tantĂŽt il ronronnait trĂšs bruyamment lorsqu’elle lui caressait son ventre d’un blanc immaculĂ©.

Toutes ces images ne cessaient de tourner en boucle et la rendaient infiniment heureuse comme si son chat n’avait jamais quittĂ© cette terre, qu’il Ă©tait toujours lĂ , bien vivant, tout prĂšs d’elle, dans sa chambre, en train de dormir paisiblement dans le fameux fauteuil qui lui Ă©tait attitrĂ© et qu’elle avait surnommĂ© « Petit Prince » tant elle l’adorait.

Un fauteuil dont le revĂȘtement de velours si doux et si moelleux avait le don de le rendre totalement dingue lorsqu’à peine, il s’y s’allongeait et qu’il se mettait alors dans sa position prĂ©fĂ©rĂ©e : celle de l’escargot tout en mordillant avec dĂ©lectation le tissu de velours bleu turquoise.

Et bien entendu comme tous les chats, il lui arrivait Ă©galement d’y planter ses petites griffes acĂ©rĂ©es avec un certain plaisir non dissimulĂ© tant il se sentait dans une totale plĂ©nitude.

Comme Tootsy lui manquait ! Et le revoir ainsi, allongé dans son fauteuil, en train de la regarder intensément avec ses si jolis yeux jaunes la faisaient littéralement fondre.

Elle s’avança vers lui et commença Ă  lui caresser la tĂȘte tout en lui murmurant des mots doux.

Sous l’effet de ses caresses, Tootsy s’étira puis se mit soudainement Ă  miauler trois fois. Habituellement, elle aurait fait semblant de comprendre ce qu’il pouvait bien vouloir lui dire mais lĂ , dans son rĂȘve, il n’était pas nĂ©cessaire de le faire puisque comme par magie, ses miaulements se traduisirent instantanĂ©ment dans sa langue humaine. Et voici ce qu’elle entendit :

« Maman, tu me manques beaucoup
 »

Jessica fut un peu surprise de l’entendre parler ainsi mais nĂ©anmoins ravie car ce n’est pas si frĂ©quent de pouvoir enfin comprendre les miaulements de son chat. Sans plus attendre, elle lui rĂ©pondit :

« Moi aussi, mon bĂ©bĂ©, tu me manques Ă©normĂ©ment, j’espĂšre que tu le sais
 »

« Oui, je le sais Maman. C’est pourquoi, j’ai voulu te voir ce soir pour te dire aussi que je t’aimerai toujours
 »

« Oh ! Comme tu es mignon ! Moi aussi, je t’aimerai toujours mon Tootsy
 »

C’est alors qu’il rapprocha son museau tout blanc de ses longs cheveux cuivrĂ©s qui se balançaient juste devant sa truffe ; les renifla avec insistance un petit moment car il aimait bien sentir leurs parfums qui embaumaient le shampooing Ă  la fleur de TiarĂ© puis commença Ă  mordiller leurs pointes avec espiĂšglerie.

Tootsy adorait jouer avec ses cheveux et Jessica le savait bien, c’est pourquoi, elle faisait exprĂšs de les laisser tomber en cascade sur le sommet de son crĂąne tout en leur faisant faire des mouvements de va et vient Ă  l’aide de sa main, lui balayant ainsi l’extrĂ©mitĂ© de son museau ; si bien, que cela avait tendance Ă  le rendre complĂ©tement fou et plus joueur que jamais.

Ensuite, tout en ronronnant, il terminait son jeu de mĂąchouillage capillaire en lĂ©chant le bout de ses doigts avec sa petite langue rose si rĂąpeuse et si chatouilleuse, qu’elle ne pouvait s’empĂȘcher de rire aux Ă©clats.

À ces moments-lĂ , elle aurait voulu figer le temps et garder pour toujours son chat Ă  ses cĂŽtĂ©s mais

elle savait bien que ce n’était pas possible


Cependant, tout Ă©tait possible dans son rĂȘve alors elle en profitait au maximum tout en espĂ©rant que celui-ci durerait le plus longtemps possible.

Mais ne dit-on pas que jamais rien ne dure ici-bas ?

Subitement, la derniĂšre image de son chat lui lĂ©chant le bout des doigts commença Ă  se flouter puis Ă  s’estomper de plus en plus jusqu’à totalement disparaĂźtre derriĂšre un gros nuage sombre.

« Non, ne t’en va pas, reste encore prĂšs de moi Tootsy
 » murmura-t-elle dans son rĂȘve.

Mais le nuage noir venait de tout effacer laissant place Ă  prĂ©sent, Ă  un vaste dĂ©sert aride inondĂ© d’une lumiĂšre blanche blafarde qui lui aveuglait les yeux.

Elle porta alors sa main droite en visiĂšre de façon Ă  se les protĂ©ger des Ă©blouissants rayons ardant du soleil puis se mit Ă  regarder autour d’elle.

Il n’y avait pas la moindre vĂ©gĂ©tation ; juste le dĂ©sert sablonneux qui n’en finissait pas et elle, toute seule en train d’errer…

Le soleil tapait fort ; il lui brĂ»lait la peau et l’air Ă©tait lourd.

Fort heureusement, une lĂ©gĂšre brise venait de temps en temps lui caresser le visage, lui procurant ainsi un certain bien-ĂȘtre qui lui donnait la sensation de rester fraĂźche et de ne pas trop transpirer vu qu’il faisait une chaleur insoutenable ici.

Comme elle Ă©tait pieds nus, elle pouvait ressentir la chaleur du sable chaud Ă  chacun de ses pas mais ce n’était pas si dĂ©sagrĂ©able vu qu’il n’était pas non plus brĂ»lant.

Ici, il n’y avait pas Ăąme qui vive. Tout Ă©tait cruellement dĂ©sertique. Le paysage ne se rĂ©sumait qu’à une vaste terre sans limite, de couleur ocre, accompagnĂ©e de hautes dunes sablonneuses de-ci delĂ  avec pour unique toile de fond un ciel bleu pĂąle sans nuages d’oĂč irradiait un soleil d’un jaune vif beaucoup trop Ă©clatant qui lui faisait mal aux yeux.

Et il faisait extrĂȘmement chaud. Une chaleur exubĂ©rante mais supportable grĂące aux quelques coups de vent intermittents qui au passage venaient lui Ă©bouriffer les cheveux et lui faire le plus grand bien.

Pour l’instant, Jessica n’éprouvait pas encore l’envie de boire mais cela ne tarderait pas arriver vu les rayons persistants de ce soleil implacable.

Elle marchait tranquillement sans trop savoir oĂč elle allait quand soudain le ciel commença Ă  s’obscurcir.

« Tiens, que se passe-t-il ? » se demanda-t-elle en le scrutant des yeux.

Quelques secondes aprĂšs, elle compris qu’il s’agissait d’une Ă©clipse solaire. Tout en se protĂ©geant les yeux, elle regarda en direct le soleil se voiler partiellement puis passer Ă  l’état d’éclipse totale rendant alors ces lieux des plus lugubre ; ce qui dĂ©stabilisa Jessica qui avait une sainte horreur de la nuit.

Jusque-lĂ , jamais encore elle n’avait assistĂ© Ă  ce type de phĂ©nomĂšne, mais elle savait bien qu’il fallait Ă©viter de regarder une Ă©clipse sans lunettes de protection alors elle prĂ©fĂ©ra baisser les yeux et attendre que le soleil revienne.

« Alors tu reviens ou pas ? » s’agaça t-elle tout en jetant furtivement un Ɠil au ciel qui Ă©tait toujours autant obscurci.

Mais au lieu que celui-ci rĂ©apparaisse ; Jessica remarqua qu’il venait subitement de se dissimuler derriĂšre les dunes de sable ocre.

« Eh ! Mais qu’est-ce que ça veut dire ? » s’écria-t-elle toute dĂ©contenancĂ©e.

Normalement, ce genre de phénomÚne ne se produisait jamais aprÚs une éclipse et le soleil aurait dû revenir alors que là, il avait totalement disparu.

Quant au ciel obscur, il était à nouveau redevenu clair et avait repris sa couleur initiale bleue azur comme lors de son arrivée dans ce désert.

« Ce n’est pas possible que le ciel soit redevenu bleu ! puisque le soleil n’est plus lĂ  ! Et pourquoi s’est-il dĂ©jĂ  couchĂ© ? Mais que se passe-t-il ici ? » s’exclama t-elle tout haut.

Mais ce qui la rendit encore plus perplexe, c’est qu’il ne faisait pas nuit. Or, la nuit aurait dĂ» tomber depuis dĂ©jĂ  longtemps puisque le soleil s’Ă©tait couchĂ©. Tout ceci n’était vraiment pas normal.

Soudain, sous ses yeux ébahis, le ciel bleu azur changea brusquement de couleur et se métamorphosa en un ciel bleu violet pour se teindre finalement en une couleur mauve profonde.

Jamais encore, Jessica n’avait assistĂ© Ă  un tel spectacle et ce, en quelques fractions de secondes seulement…

« Comme tout est Ă©trange ici ! » murmura-t-elle dans un souffle. « C’est Ă  n’y rien comprendre mais je dois bien reconnaĂźtre que ce ciel est vraiment magnifique. Je n’en avais jamais vu de semblable sur terre » s’extasia t-elle en admirant avec Ă©merveillement ce ciel qui semblait sortir tout droit d’un film de science-fiction.

Le paysage semblait alors beaucoup plus insolite comme si elle se trouvait dans un autre monde. Une autre dimension. Un lieu irrĂ©el mais si beau qu’elle en Ă©tait subjuguĂ©e et totalement fascinĂ©e au point mĂȘme de ne plus craindre de se retrouver toute seule ici.

Les cheveux Ă©pars et vĂȘtue d’une simple et longue tunique noire en satin qui volait au moindre coup de vent, Jessica marchait au hasard, sans trop savoir oĂč elle allait mais elle ne se sentait plus autant perdue qu’auparavant.

Elle dĂ©couvrait ce nouveau monde avec beaucoup de curiositĂ© tout en se demandant oĂč tout cela la mĂšnerait.

Et de toute façon, maintenant qu’elle Ă©tait ici, elle voulait aller jusqu’au bout de cette aventure incongrue et ne surtout pas retourner en arriĂšre. Il fallait au contraire, qu’elle avance.

Elle regarda Ă  nouveau le ciel. Il venait Ă  l’instant mĂȘme de changer de nuance. Il s’était Ă  prĂ©sent teintĂ© d’une jolie couleur mauve claire dans lequel venait de s’incruster par myriades des Ă©toiles multicolores qui commencĂšrent Ă  briller par intermittence ; ce qui la fit immĂ©diatement penser aux guirlandes lumineuses que l’on accrochait aux branches du sapin de NoĂ«l.

« Vraiment magnifique ! » s’émerveilla t-elle Ă  haute voix.

Elle venait de s’arrĂȘter de marcher et admirait toute la magnificence de ce ciel Ă©toilĂ© qui s’étendait Ă  l’infini. Il Ă©tait si spĂ©cial et tellement original, qu’elle en restait Ă©blouie.

« Dieu, que c’est beau ! » s’exclama t-elle en ayant presque les larmes aux yeux.

Ce ciel teintĂ© de mauve et envahit d’étoiles multicolores contrastait littĂ©ralement avec cet immense dĂ©sert de couleur ocre et totalement dĂ©pouillĂ© de vĂ©gĂ©tations. Et s’il fallait choisir entre le ciel et la terre ; son choix Ă©tait dĂ©jĂ  fait. Il faut dire que ce dĂ©sert n’était guĂšre accueillant tant il Ă©tait triste et fade


Regarder ce ciel lui faisait le plus grand bien. Il lui permettait d’oublier le cĂŽtĂ© sinistre de ces lieux ternes, sans vie et sans couleurs.

Ce ciel portait en lui toute la lumiùre dont elle avait besoin et lui redonnait de l’espoir.

Quant Ă  la nuit, elle ne semblait pas exister dans ce nouveau monde ; ce qui arrangeait bien Jessica qui la dĂ©testait au plus haut point. Elle avait toujours eu peur de la nuit. La nuit avait tendance Ă  lui faire perdre ses points de repĂšre. La nuit rendait tout diffĂ©rent. Et puis dans la nuit, on n’y voit strictement rien. Alors, qu’ici, le ciel restait perpĂ©tuellement inondĂ© d’une douce lumiĂšre, lui permettant ainsi de voir tout ce qui l’entourait comme si elle Ă©tait toujours en plein jour.

Cette lumiĂšre n’était ni jaune, ni blanche, ni blafarde ; elle restait d’une jolie couleur mauve tamisĂ©e rendant alors l’atmosphĂšre bien plus chaleureuse. Un peu comme si on se retrouvait dans une bulle de protection ou encore Ă  l’intĂ©rieur du ventre de sa mĂšre.

Et au milieu de ce triste désert inconnu, Jessica évoluait tranquillement tout en admirant ce ciel mauve étoilé qui lui redonnait du courage.

Au fond d’elle, elle espĂ©rait que cette aventure la conduirait vers un heureux dĂ©nouement.

Mais le seul inconvĂ©nient perturbateur qui commença Ă  se faire ressentir fut bien la soif. Elle lui brĂ»lait et assĂ©chait la gorge, l’empĂȘchant ainsi de dĂ©glutir convenablement et finissant par lui provoquer de terribles quintes de toux assez fatigantes.

À cet instant-lĂ , elle ne put s’empĂȘcher d’imaginer une paisible oasis se dressant droit devant elle, avec, posĂ© en son centre, sur une table basse, un grand verre de coca-cola bien glacĂ©, agrĂ©mentĂ© d’un zeste de citron vert car c’est ainsi qu’elle l’apprĂ©ciait et qui n’attendait qu’elle. Elle prenait alors le verre tout enveloppĂ© de condensation dĂ©goulinante et se mettait Ă  le boire goulument d’un trait. Et lĂ , enfin ! Sa soif Ă©tait Ă©tanchĂ©e.

Afin de rĂ©aliser son vƓu de dĂ©saltĂ©ration, elle se mit Ă  fermer les yeux et attendit quelques instants avant de les rouvrir. Mais une fois les yeux ouverts, elle ne vit strictement rien. Pas le moindre verre d’eau ni de boisson gazeuse ne s’était matĂ©rialisĂ©e devant elle alors elle prĂ©fĂ©ra oublier cette pensĂ©e et se concentrer plutĂŽt sur sa marche.

Et le temps s’écoula, s’égrĂšna sous cette Ă©crasante chaleur


Elle marchait toujours sans but prĂ©cis dans cet immense dĂ©sert lorsque soudain elle crut apercevoir au loin une silhouette allongĂ©e qui semblait porter quelque chose de trĂšs brillant devant elle mais de lĂ  oĂč elle se trouvait, elle n’arrivait pas Ă  voir clairement de quoi il s’agissait exactement.

Elle se frotta les yeux pour voir si elle n’avait pas Ă©tĂ© victime d’une hallucination Ă  cause de sa fatigue mais quand elle regarda Ă  nouveau au loin, la silhouette se profilait toujours. Ce n’était donc pas une hallucination


Un peu interloquée et ne sachant quoi faire face à cette inopinée présence, elle se demanda avec une certaine inquiétude si elle devait attendre sa venue ou au contraire la fuir.

La panique s’insinua en elle, entraünant ainsi de multiples questions qui commencùrent à lui envahir l’esprit :

Est-ce que cette soudaine apparition venue de nulle part Ă©tait humaine comme elle ? Et dans ce cas-lĂ , Ă©tait-ce un homme ou une femme ? Et le plus important de tout : est-ce qu’il ou elle lui voudrait du bien ou du mal ?

Mais Ă  peine s’était-elle posĂ©e toutes ces questions que l’étrange silhouette allongĂ©e vola subitement dans les airs et se dirigea droit vers elle telle une fusĂ©e.

« Mon Dieu ! » s’écria Jessica en sursautant. Trop tard ! DĂ©sormais, elle ne pouvait plus fuir


Instinctivement, elle ferma les yeux pensant ainsi qu’elle pourrait peut-ĂȘtre effacer cette vision et mĂȘme si cela n’avait rien donnĂ© tout Ă  l’heure concernant son souhait de dĂ©saltĂ©ration. Elle se concentra et compta alors jusqu’à 10 dans sa tĂȘte et lorsqu’elle arriva enfin au chiffre fatidique, les rouvrit aussitĂŽt s’attendant Ă  voir un monstre en face d’elle…

À sa grande surprise, ce qu’elle vit ne ressembla en rien Ă  un monstre mais plutĂŽt Ă  une Ă©trange jeune femme souriante qui tenait entre ses mains un Ă©norme globe terrestre tout illuminĂ© qui lui mangeait pratiquement tout le devant du corps.

Comme elle venait d’atterrir tel un boulet de canon ; elle Ă©tait encore toute aurĂ©olĂ©e d’un Ă©pais nuage de poussiĂšre de sable blanc mais peu Ă  peu, il finit par se dissiper permettant ainsi Ă  Jessica de pouvoir mieux distinguer ses traits.

La jeune femme accentua davantage son sourire comme pour lui faire montrer qu’elle n’était pas son ennemie ; ce qui la rassura grandement.

Cependant, il y avait quelque chose qui clochait chez elle. Elle ne semblait pas tout Ă  fait humaine par rapport Ă  quelques particularitĂ©s physiques qu’elle venait de remarquer.

En effet, mis Ă  part leurs formes en amande, ses grands yeux noirs frangĂ©s de cils Ă©pais ne ressemblaient pas Ă  ceux d’un humain. Ils Ă©taient d’un noir profond trĂšs opaque semblable Ă  de l’encre de chine et totalement dĂ©nuĂ©s d’iris, de pupilles ainsi que de sclĂšre : la fameuse membrane qui forme le « blanc » de l’Ɠil et que tout ĂȘtre humain bien constituĂ© a Ă  sa naissance. Mais lĂ , en leur absence, le regard de cette jeune femme Ă©tait des plus troublant et mystĂ©rieux ; voire presque rebutant tant leur noirceur profonde Ă©tait Ă©nigmatique.

Quant Ă  ses doigts dĂ©mesurĂ©s qui maintenaient l’énorme globe terrestre Ă  hauteur de sa poitrine ; ils Ă©taient palmĂ©s avec de longs ongles noirs recourbĂ©s si pointus qu’ils faisaient penser aux griffes acĂ©rĂ©es des grands fĂ©lins mais en beaucoup plus redoutables. C’était d’ailleurs, ce qu’il y a avait de plus effrayant chez elle ; si bien, que Jessica prĂ©fĂ©ra ne pas trop s’y attarder sous peine de paniquer.

Jessica continua son inspection physique.

La jeune femme avait de longs cheveux raides de couleur mauve striĂ©s de jolis reflets violet qui lui tombaient de chaque cĂŽtĂ©s du visage jusqu’aux Ă©paules ainsi qu’une Ă©paisse frange lisse qui lui arrivait au ras des sourcils. Une chevelure des plus originale que Jessica n’avait encore jamais vu sur terre et qu’elle trouvait plutĂŽt jolie. Toutefois, elle se demandait si leur texture ressemblait Ă  celles des humains. Il lui semblait que oui mais elle n’en Ă©tait pas sĂ»r.

Enfin, son visage poudrĂ© de blanc Ă  outrance et rehaussĂ© de rose Ă  joues nacrĂ© bien prononcĂ© ressemblait au maquillage si particulier des Geisha tandis que ses lĂšvres pulpeuses Ă©taient peintes d’un rouge vif brillant qui jurait avec la blancheur de son teint.

À force de l’observer, Jessica finit par en dĂ©duire que cette Ă©trange jeune femme devait ĂȘtre une extra-terrestre vu les traits physiques quelque peu hĂ©tĂ©roclites qui la caractĂ©risait.

Quant au reste de son anatomie : bras, jambes et pieds ; ils Ă©taient comme ceux des humains.

Ses bras Ă©taient revĂȘtus de longues manches chauve-souris de couleur noir qui lui retombaient le long des coudes Ă  cause du globe qu’elle portait.

Sa jupe noire moulante qui lui arrivait au-dessous des genoux laissait apparaĂźtre de jolies jambes fuselĂ©es avec des pieds nus dont les ongles avaient la mĂȘme couleur que celles de ses mains.

Par contre, elle ne pouvait pas encore voir l’ensemble de son corps Ă  cause de l’énormissime globe terrestre qu’elle tenait toujours contre elle, entre ses mains et qui lui cachait tout le devant de la poitrine jusqu’à la taille.

Mis Ă  part les yeux d’un noir opaque sans sclĂšre ainsi que les doigts dĂ©mesurĂ©s aux longs ongles noirs crochus ; Jessica n’était pas trop effrayĂ©e par cette jeune femme venue d’ailleurs ; sans doute parce qu’elle arborait constamment un sourire sur son visage impassible et qu’elle semblait ĂȘtre pacifiste envers elle.

Alors, pour briser la glace, elle décida de lui rendre le sien puis lui demanda :

« Comment vous appelez-vous ? »

La jeune femme ne cilla pas. Elle restait imperturbable et sans aucune rĂ©action. Ses grands yeux noirs vides d’expression ne cessaient de la fixer et pas un seul mot ne sortit de sa bouche. Elle semblait ailleurs…

Soudain, Jessica ouvrit les yeux grands comme des soucoupes.

Les longs cheveux raides et mauves de la jeune femme venaient subitement de se soulever tout seuls et commencĂšrent Ă  s’onduler tels des serpents, dans un mouvement rĂ©gulier, tout autour de son visage.

« Eh ! Mais comment faites-vous ça ? » s’écria Jessica, les yeux Ă©carquillĂ©s.

Toujours en apesanteur, les longs cheveux ne cessaient de s’onduler et de s’entremĂȘler entre eux lorsque soudain ils s’élevĂšrent dans leurs totalitĂ©s au-dessus de sa tĂȘte et restĂšrent ainsi suspendus dans les airs tout en continuant leurs jolies danses d’ondulation.

HypnotisĂ©e et sans voix devant ce phĂ©nomĂšne capillaire des plus insolite, Jessica n’en revenait pas de ce qu’elle voyait : les cheveux bougeaient rĂ©ellement tout seuls.

La chevelure mauve semblait ĂȘtre vivante.

Quel étrange phénomÚne ! se dit-elle intérieurement, totalement subjuguée.

Les cheveux continuaient toujours de s’onduler en apesanteur lorsque brusquement ils se figĂšrent et restĂšrent ainsi immobiles durant quelques minutes avant de finir par retomber lentement, mĂšches aprĂšs mĂšches avec dĂ©licatesse sur les fines Ă©paules drapĂ©es de noir de la jeune femme.

Comme par enchantement, ils avaient repris leur apparence de raideur bien lisse et encadraient Ă  nouveau le contour de son visage comme si aucune manifestation ne s’était passĂ©e.

« Mais comment avez-vous fait ça ?? » s’écria Ă  nouveau Jessica en espĂ©rant que la jeune femme finirait bien par lui rĂ©pondre.

Mais la jeune femme restait toujours autant imperturbable comme si elle n’entendait pas Jessica. Elle gardait ce mĂȘme sourire figĂ© qui ne l’avait jamais quittĂ© depuis qu’elles s’étaient rencontrĂ©es.

« RĂ©pondez-moi s’il vous plaĂźt
 » insista-t-elle.

Mais la jeune femme ne daignait toujours pas ouvrir les lĂšvres.

Mais pourquoi diable ne voulait-elle pas lui rĂ©pondre ? Était-elle muette ? Et pourquoi ce sourire perpĂ©tuel sur son visage ? s’interrogea t-elle.

« Vous ĂȘtes muette ? C’est pour ça que vous ne me parlez pas ? » questionna Jessica avec une pointe d’agacement dans la voix.

Brusquement, le globe que tenait la jeune femme entre ses mains se mit Ă  vibrer et Ă  briller plus intensĂ©ment. La lumiĂšre jaune qui l’enveloppait devint alors beaucoup plus incandescente et irradiante tel un soleil brillant de mille feux.

Ce fut à ce moment-là que la jeune femme émit enfin son premier son tout en gardant son perpétuel sourire :

« Bonjour Jessica ! Je suis Cortana. Je suis venue de trÚs loin pour vous dire un message »

« Me dire un message ? Mais de quoi me parlez-vous ? Et pourquoi ce globe bouge comme ça. Qu’est-ce qui se passe ? »

À prĂ©sent, le globe tressautait vigoureusement comme s’il allait exploser d’une minute Ă  l’autre. Manifestement, la jeune femme faisait beaucoup d’efforts pour pouvoir le maintenir tout contre elle afin qu’il ne lui Ă©chappa pas des mains. Ses longs doigts aux ongles noirs si pointus Ă©taient tendus Ă  l’excĂšs et semblaient se distendre tellement ils luttaient et rĂ©sistaient contre les tressautements violents.

Cependant, son visage n’exprimait aucune crispation d’effort et gardait toujours le mĂȘme sourire figĂ© comme si de rien n’Ă©tait.

De son cĂŽtĂ©, Jessica ne quittait pas des yeux le globe qui semblait ĂȘtre enragĂ©.

Soudain, son incandescente lumiĂšre devint brutalement aveuglante ; si bien qu’elle dĂ» fermer les yeux.

C’est alors que la jeune femme sortit à nouveau de son mutisme :

« Ne vous inquiĂ©tez pas Jessica. Ce globe qui reprĂ©sente votre planĂšte Terre n’explosera pas. Les violentes vibrations qui le secouent ainsi que la forte lumiĂšre aveuglante qui l’entoure ne sont que les manifestations d’un signe. Ce signe nous indique qu’il sera bientĂŽt prĂȘt Ă  vous transmettre le message dont je vous parlais tout Ă  l’heure. Moi, je ne suis que son intermĂ©diaire. N’ayez crainte, Jessica ; les deux manifestations vont bientĂŽt s’arrĂȘter. Gardez les yeux fermĂ©s et attendez mon signal »

Quelque peu dĂ©contenancĂ©e, Jessica s’exĂ©cuta et attendit.

Entre les mains de la jeune femme, le globe continuait toujours de vibrer avec violence lorsque soudain il s’arrĂȘta brutalement de bouger et resta totalement immobile.

Sa lumiĂšre aveuglante diminua peu Ă  peu d’intensitĂ© jusqu’à s’éteindre complĂ©tement, laissant place Ă  un globe qui Ă©tait devenu tout terne.

Il ne semblait plus ĂȘtre en vie.

À prĂ©sent, il avait pris une couleur grisĂątre et on pouvait voir sur son pourtour, sculptĂ©s en relief, les diffĂ©rents continents de la planĂšte Terre.

« Maintenant, Vous pouvez rĂ©ouvrir les yeux Jessica. Les manifestations viennent de s’arrĂȘter »

Jessica ouvrit aussitĂŽt les yeux et revit la fameuse boule terrestre qui lui avait tant fait peur tout Ă  l’heure et qui semblait s’ĂȘtre enfin calmĂ©e maintenant. Elle constata qu’elle n’était plus illuminĂ©e de son incandescente lumiĂšre si aveuglante et qu’elle avait pris une teinte grise.

« Le globe est devenu tout terne et il ne bouge plus du tout » dit-elle en regardant Cortana.

« Oui, comme je vous l’avais dit prĂ©cĂ©demment. Cette couleur grise est le processus normal qui fait suite aux deux manifestations. Et dans une trentaine de minutes, il vous annoncera enfin votre message »

« Mais de quel message s’agit-il ? »

« Je sais que tout cela doit vous paraßtre incongru mais je vous en prie, faites-moi confiance »

« Mais dans ce cas lĂ , est-ce que je peux vous poser d’autres questions ? »

« Oui, si cela peut vous aider à vous mettre en confiance »

« Heu
. Tout d’abord, qui ĂȘtes-vous exactement ? Une sorte d’extra-terrestre ? »

« Comme je vous l’ai dit tout Ă  l’heure, je m’appelle Cortana. Je suis effectivement une extra-terrestre mais je n’aime pas ce terme que je trouve pĂ©joratif et galvaudĂ©. Plus exactement, je suis une humanoĂŻde mais lĂ  encore, je prĂ©fĂšre dire que je suis une humaine tout comme vous mais avec quelques diffĂ©rences que vous avez dĂ» remarquer par rapport Ă  mes yeux, mes mains ainsi que mes cheveux. Toutes ces diffĂ©rences qui font que je suis un ĂȘtre exceptionnel, unique et Ă  part » ajouta-t-elle fiĂšrement dans un large sourire qui fit apparaĂźtre pour la premiĂšre fois une rangĂ©e de dents d’une Ă©clatante blancheur.

« Oui, j’ai vu tout Ă  l’heure que vos cheveux volaient dans les airs ! Jamais encore, je n’avais assistĂ© Ă  un tel phĂ©nomĂšne… »

« Oui, je sais. Je vous dois quelques explications Ă  ce sujet. Tout Ă  l’heure, mes cheveux Ă©taient en apesanteur parce qu’ils Ă©taient en connexion avec le globe. À ce moment-lĂ , je ne pouvais pas encore vous parler car j’étais concentrĂ©e et en communion avec eux. Mes cheveux sont ultra sensibles et lorsqu’ils ressentent n’importe quelle manifestation ou Ă©vĂšnement Ă  venir, ils me l’annoncent en faisant des mouvement d’ondulation »

« Ils vous prĂ©disent donc l’avenir ? »

« Oui, en quelque sorte mais juste en ce qui concerne les manifestations de la nature. Par exemple, si jamais il y avait un sĂ©isme ou encore un tsunami ; mes cheveux seraient capables de me l’annoncer deux ou trois jours Ă  l’avance afin que je m’y attende et que je puisse trouver des solutions pour sauver l’humanitĂ© et mĂȘme si malheureusement on ne peut jamais Ă©viter les pertes »

« wahou ! En effet, des cheveux pareils, ce n’est pas courant ! Mais lĂ , il me semble qu’ils bougeaient Ă  cause de ce globe terrestre. Pourquoi ? »

« Ce globe reprĂ©sente la nature de votre planĂšte Terre. Il n’est donc pas ordinaire car il est vivant. C’est un peu comme si vous aviez lĂ , juste devant vos yeux votre propre planĂšte en miniature et que vous pourriez enfin voir tout ce qu’il y a Ă  l’intĂ©rieur »

« Ah d’accord, je comprends mieux… D’oĂč ce mystĂ©rieux message qui m’est destinĂ© ? »

« En effet, vous comprenez vite Jessica
 Avez-vous d’autres questions ? »

« Heu… »

Jessica voulait connaĂźtre le mystĂšre de ses yeux noirs mais elle n’osait pas lui poser la question. Ce fut Cortana qui la devança comme si elle lisait dans ses pensĂ©es telle une tĂ©lĂ©pathe.

« N’avez-vous pas des questions au sujet de la particularitĂ© de mes yeux ? Ils doivent vous paraĂźtre affreux et effrayants. Sans parler de mes mains
 »

Jessica fut surprise par les paroles négatives de la jeune femme mais soulagée que ce fut elle qui engagea la discussion à ce sujet


« Eh bien, il est vrai qu’ils ne sont pas communs mais j’aimerais beaucoup que vous m’en parliez »

« TrĂšs bien, je vous remercie. Mes yeux sont entiĂšrement colorĂ©s en noir parce qu’ils sont dotĂ©s d’un filtre protecteur qui me protĂšgent des rayons ultraviolets nocifs du soleil ainsi que de toutes sources de lumiĂšres agressives ou aveuglantes tel que ce globe par exemple. Ce filtre est un vĂ©ritable bouclier. Ainsi, je suis totalement immunisĂ©e du vieillissement oculaire ainsi que de toutes sortes de maladies de l’Ɠil »

« Wahou ! En effet, vos yeux sont vraiment exceptionnels. Je comprends mieux à présent, leurs couleurs si noires. Et vos mains ? »

« Mes mains sont démesurées pour pouvoir porter toutes sortes de choses trÚs lourdes ou trÚs volumineuses et sans en subir les conséquences. Par exemple, je serais capable de porter une masse de 500 kg sans aucune difficulté et sans le moindre effort. Quant à mes longues griffes ; elles me permettent de pouvoir me défendre de toutes agressions physiques. Ainsi, grùce à elles, je ne crains strictement rien »

« Wahou ! Je suis vraiment bluffĂ©e ! Vous ĂȘtes vraiment exceptionnelle comme personne ! »

« Merci, Jessica. Je suis heureuse que vous pensiez cela. Avez-vous d’autres questions Ă  me poser ? »

« Oui. Heu
 Avant que l’on se rencontre tout Ă  l’heure ; je vous avais vu voler dans le ciel comme si vous Ă©tiez une vĂ©ritable fusĂ©e. Comment est-ce possible ? »

Cortana accentua davantage son sourire laissant apparaĂźtre Ă  nouveau ses dents d’une extrĂȘme blancheur.

« Eh bien, mon espĂšce est capable de voler comme vos machines volantes ou encore comme un oiseau. J’ai Ă©galement la possibilitĂ© de choisir ma vitesse de vol selon mes dĂ©sirs. Tous les humains de mon espĂšce sont dotĂ©s de ce pouvoir surnaturel. C’est ainsi que nous sommes nĂ©s »

« wahou ! Vos pouvoirs sont vraiment extraordinaires ! Comme ça doit ĂȘtre merveilleux de pouvoir voler comme un oiseau
 Mais, je voulais vous demander
 Est-ce que vous ĂȘtes nombreux dans votre espĂšce ? »

« Oui, mais pas suffisamment. Actuellement, nous avons atteint le nombre de 5000 Uranusiens. Comme vous pouvez le constater, nous ne sommes pas aussi nombreux que votre planÚte Terre »

« Uranusien ?? » questionna Jessica, les sourcils froncés.

« Oui, Uranusien. LĂ  aussi, je vous dois quelques explications. Alors tout d’abord, je ne viens pas de ce dĂ©sert qui fait parti de la planĂšte « Strangia ». Strangia est une planĂšte inhabitĂ©e qui ne possĂšde aucune ressource naturelle pour pouvoir y vivre. Moi, je viens d’une autre planĂšte qui s’appelle « Uranus ». C’est une planĂšte gĂ©ante qui possĂšde toutes les ressources naturelles dont nous avons besoin contrairement Ă  Strangia »

« D’oĂč le terme Uranusien » enchaĂźna Jessica. « Vous ĂȘtes donc originaire d’Uranus ? »

« Oui, c’est bien ça. Et nous avons aussi des clans au sein de notre espĂšce. Moi, je fais partie du clan des Verseau. C’est une communautĂ© rĂ©volutionnaire qui mĂšne le combat de protĂ©ger les Humains de toutes les catastrophes naturelles qui menaceraient votre planĂšte Terre comme par exemple : les inondations, les feux de forĂȘts, les sĂ©ismes, ect
 C’est notre principale cause. Et biensĂ»r, nous avons aussi la facultĂ© de pouvoir vous annoncer des messages par le biais de notre globe terrestre »

« Wahou ! Vraiment impressionnant ! Et ces messages que vous transmettez, sont-ils bons ou mauvais ? »

« Ils sont toujours porteurs d’espoir et embellissent en gĂ©nĂ©ral votre vie de terriens car nous sommes infiniment respectueux de votre espĂšce. Nous sommes des idĂ©alistes ouverts d’esprits qui acceptons la diffĂ©rence. Nous sommes totalement dĂ©nuĂ©s de mĂ©chancetĂ©. D’ailleurs, dans notre planĂšte, il n’y a ni meurtres ni corruptions »

« Vous en avez de la chance ! HĂ©las, ce n’est pas le cas, pour nous les terriens. Notre humanitĂ© a pas mal de dĂ©fauts
 »

« C’est vrai, mais il y a aussi des exceptions et vous en faĂźtes partie »

« Merci de me dire ça, Cortana mais je pense ne pas ĂȘtre parfaite non plus
 »

« Tout un chacun a ses dĂ©fauts. Personne n’est parfait mais je sais lire en vous comme dans un livre ouvert. Vous avez beaucoup de qualitĂ©s que vous ignorez »

« Ah bon ? Je ne sais pas
 Peut-ĂȘtre… »

« Si, croyez-moi
 »

Jessica trouvait que les paroles de cette Ă©trange jeune femme Ă©taient sages et pleines d’esprit. Elle commençait Ă  lui faire davantage confiance et mĂȘme Ă  l’apprĂ©cier


Peut-ĂȘtre qu’en fin de compte, elle lui ouvrirait l’esprit sur certaines choses de la vie et que c’Ă©tait Ă©crit dans son destin de tomber sur elle, dans ce dĂ©sert…

Cependant, il y avait encore une question qui la turlupinait Ă  son sujet…

« Tout Ă  l’heure, vous avez mentionnĂ© que dans votre planĂšte, vous ne connaissiez ni le meurtre, ni la corruption
 »

« Oui, c’est vrai »

« Mais alors pourquoi est-ce que vous avez de telles griffes aux doigts ? »

Cortana regarda une de ses mains qui maintenait le globe. Son regard semblait lointain comme si cette question l’avait dĂ©rangĂ©e..

« Excusez-moi Cortana. Je n’aurais jamais dĂ» vous poser cette question et
 »

« Mais non, pas du tout » coupa t-elle aussitÎt en la fixant à nouveau de ses grands yeux noirs opaques.

« Votre question est trĂšs pertinente et je vais y rĂ©pondre. Il est vrai que ces ongles sont assez effrayants mais c’est ainsi que nous sommes nĂ©s. Nous ne pouvons pas les couper ni mĂȘme les raccourcir car ils sont en acier. Ces griffes nous servent Ă  nous protĂ©ger des terriens qui nous voudraient du mal et uniquement dans ce cas-lĂ  »

« Je vois… DĂ©solĂ©e pour cette question… Je comprends mieux Ă  prĂ©sent
 »

« Il n’y a pas de mal Jessica. C’est bien que vous m’ayez posĂ© cette question. Au moins, vous arriverez Ă  mieux connaĂźtre mon espĂšce. Avez-vous d’autres questions ? »

« Heu
 Que va-t-il se passer maintenant ? Il s’est dĂ©jĂ  Ă©coulĂ© 30 minutes, je pense… »

« Oui, c’est exact. Le globe va bientĂŽt vous annoncer votre message. Mais avant tout, pourriez-vous vous rapprocher un peu plus prĂšs de lui ? Rassurez-vous, il ne vous fera aucun mal »

Jessica hĂ©sita quelques secondes puis finit par se rapprocher du globe terrestre qui se mit subitement Ă  clignoter d’une incandescente lumiĂšre rouge.

« Que se passe-t-il !! » s’écria-t-elle paniquĂ©e.

« Ne vous inquiĂ©tez pas. C’est tout Ă  fait normal. À prĂ©sent, regardez bien le globe et ne dĂźtes plus un mot. C’est important que vous suiviez mes consignes. Entendu ? »

« Entendu »

Entre les mains de Cortana, le globe terrestre clignota encore 3 fois de suite de la mĂȘme incandescente lumiĂšre rouge puis se mit soudainement Ă  vibrer. À ce moment-lĂ , Cortana retira ses mains de celui-ci et fit un pas en arriĂšre tout en ne le quittant pas des yeux.

Comme par magie, le globe resta suspendu en apesanteur et totalement immobile.

L’instant d’aprĂšs, il se mit Ă  tourner lentement sur lui-mĂȘme dans le sens des aiguilles d’une montre sous le regard hypnotisĂ©e de Jessica qui n’en loupait pas une miette


Incroyable ! se dit-elle tout en se demandant comment il pouvait rester ainsi en apesanteur et pourquoi s’Ă©tait-il mis soudainement Ă  tournoyer


Cortana observait également la rotation du globe. Elle semblait concentrée.

Brusquement, le globe s’arrĂȘta de tournoyer et s’immobilisa net. Qu’allait-il bien se passer maintenant ? s’inquiĂ©ta Jessica qui n’en pouvait plus de ce suspens.

Soudainement, un phénomÚne des plus étrange commença à se produire devant ses yeux ébahis.

Les continents sculptĂ©s en relief venaient de se surĂ©lever simultanĂ©ment et s’étaient ainsi dĂ©tachĂ© de leurs ocĂ©ans respectifs.

Toujours tenue en haleine, Jessica ne quittait pas des yeux le globe.

Brusquement, le continent africain se surĂ©leva davantage et prit alors une hauteur bien plus Ă©levĂ©e que tous les autres continents avant de commencer Ă  s’illuminer progressivement d’une douce lumiĂšre verte qui devint finalement verte fluo.

Ainsi, L’Afrique et la grande Ăźle de Madagascar se diffĂ©renciaient de tous les autres continents qui avaient gardĂ© leur mĂȘme couleur grisĂątre.

Encore un phénomÚne des plus étrange se dit intérieurement Jessica mais néanmoins trÚs beau.

Cortana et elle suivaient des yeux l’Ă©volution de ce globe qui n’Ă©tait vraiment pas ordinaire.

Soudainement, L’Afrique qui Ă©tait tout illuminĂ©e de vert fluo se dĂ©tacha complĂ©tement de la boule terrestre telle une piĂšce de puzzle que l’on retirerait de son support et tomba sur le sable, juste aux pieds de Jessica.

En touchant le sol sablonneux, la piĂšce de puzzle de L’Afrique quitta aussitĂŽt sa lumiĂšre verte fluo et repris sa couleur grisĂątre du dĂ©but.

InterloquĂ©e, Jessica la regarda quelques secondes avant de jeter un regard interrogateur Ă  Cortana qui n’avait pas quittĂ© son sourire lĂ©gendaire.

« Il s’agit de la premiĂšre interprĂ©tation de votre message » lui dit-elle en pointant du doigt la piĂšce de puzzle qui reposait sur le sable. « Il vous en reste encore une » ajouta t-elle.

« Encore une ?? » s’exclama Jessica.

« Oui. Ensuite, vous devrez rassembler les 2 interprétations pour pouvoir composer votre message »

« Mais je ne comprends pas. Je devrais donc deviner de quel message il s’agit ? »

« Oui, c’est tout Ă  fait ça. Je n’ai pas voulu vous en faire part tout Ă  l’heure car je savais que cela vous aurait tracassĂ©. Mais ne vous inquiĂ©tez pas Jessica, je suis certaine que vous finirez par trouver de quoi il s’agit »

« C’est donc un jeu de rĂ©bus ? Mais pourquoi tant de mystĂšre et ne pas tout simplement me rĂ©vĂ©ler directement ce fameux message ? »

« Tout ceci ne vient pas de moi Jessica mais du globe terrestre. Il vous suffit de jouer le jeu et tout se passera bien. Toute chose ne vient pas toujours Ă  vous d’un seul claquement de doigt. Parfois les difficultĂ©s ont leurs avantages. Elles vous permettent de vous rĂ©vĂ©ler. Je suis certaine que tout se passera bien. Croyez moi et ayez confiance »

Jessica fit la moue puis fini par acquiescer d’un signe de tĂȘte.

« Alors, pour l’instant, ne vous occupez pas de la piĂšce de puzzle de L’Afrique » dit Cortana. « Laissez-la, telle qu’elle est, posĂ©e sur le sable et venez plutĂŽt regarder d’un peu plus prĂšs le globe terrestre »

Jessica s’exĂ©cuta sans rechigner.

À prĂ©sent, elle se trouvait trĂšs proche du globe qui Ă©tait toujours en apesanteur.

En l’observant, elle remarqua du premier coup d’Ɠil, sur son pourtour, la prĂ©sence d’une ouverture assez profonde qui avait la forme et les contours de L’Afrique. Elle compris aussitĂŽt qu’il s’agissait de l’emplacement oĂč Ă©tait positionnĂ©e la piĂšce de puzzle qui s’Ă©tait brusquement Ă©jectĂ©e tout Ă  l’heure. À sa place, il y avait un trou assez large dans lequel on pourrait aisĂ©ment y plonger une main.

En ne le quittant pas des yeux, elle demanda Ă  Cortana :

« Il y a une ouverture Ă  l’emplacement de L’Afrique et je voudrais savoir si je peux y plonger ma main… »

« Oui, allez-y Jessica. Vous ĂȘtes sur la bonne voie »

Sans plus attendre, Jessica plongea sa main droite Ă  l’intĂ©rieur du large trou. Ses doigts rencontrĂšrent alors quelque chose de plus ou moins dur mais elle ne savait pas trop de quoi il s’agissait. À force de le triturer du bout des doigts, elle en dĂ©duisit que cela pouvait ĂȘtre sans doute une petite carte plastifiĂ©e. Pour en avoir le cƓur net, elle essaya d’attraper l’objet entre son index et son majeur mais Ă  chaque fois il lui glissait des doigts. Elle souffla d’agacement. DĂ©cidĂ©ment, ce satanĂ© message Ă©tait sacrĂ©ment coriace. Elle ne se dĂ©couragea pas et se concentra Ă  nouveau. Quelques minutes s’écoulĂšrent.

« AllĂ©luia !! Je l’ai enfin !!! » s’écria-t-elle de joie.

« Ravie de l’entendre Jessica. Vous devrez garder pour vous ce qu’il y a d’écrit sur cette carte et en aucun cas me le divulguer. C’est une des rĂšgles du jeu du globe terrestre »

« OK, j’ai bien compris »

Avec hĂąte, Jessica regarda la petite carte qu’elle tenait dans sa main. Il s’agissait d’une carte de visite plastifiĂ©e de couleur bleue ciel. Sur le recto Ă©tait reprĂ©sentĂ©e l’image d’un trĂšfle Ă  4 feuilles tandis que sur le verso, on pouvait lire en lettres majuscules et caractĂšre gras le mot suivant : « RUOSIS »

Jessica rĂ©pĂ©ta plusieurs fois le mot « RUOSIS » dans sa tĂȘte pour voir si quelque chose lui reviendrait Ă  l’esprit mais pour l’instant, il n’y avait rien de bien concluant.

« Je verrai ça plus tard » murmura t-elle entre ses dents. « Et je finirai bien par trouver… » ajouta t-elle dans son for intĂ©rieur tout en retournant la carte entre ses doigts.

Cortana s’avança doucement vers elle avec cet Ă©ternel sourire sur les lĂšvres. Jessica la regarda en coin.

Visiblement, elle avait l’air de vouloir lui dire quelque chose alors elle dĂ©posa prestement la carte de visite sur le sable juste Ă  cotĂ© de la piĂšce de puzzle de L’Afrique et attendit que Cortana se rapprocha d’elle.

Sans son Ă©normissime globe terrestre qui lui mangeait entiĂšrement le buste jusqu’Ă  la taille ; Jessica pouvait enfin voir l’ensemble de son corps qui Ă©tait revĂȘtu d’un haut noir tout simple ainsi que d’une jupe noire moulante qui lui allait fort bien. HabillĂ©e ainsi, elle avait une certaine allure et ressemblait beaucoup Ă  une humaine. C’Ă©tait vraiment une jolie jeune femme se dit-elle mis Ă  part ses grandes mains dĂ©mesurĂ©es armĂ©es de griffes. Mais depuis leur rencontre, elle avait fini par s’y habituer.

« Vous vouliez me dire quelque chose ? » s’empressa t-elle de lui demander avec un petit sourire.

« Oui, en effet Jessica. Ma mission auprĂšs de vous est terminĂ©e et Ă  prĂ©sent je dois rejoindre ma planĂšte oĂč les miens m’attendent »

« Vous devez déjà partir ? Mais que ferais-je ici sans vous, dans ce désert ? »

« Vous ne serez pas longtemps seule. Une autre personne se manifestera une fois que je serai partie et une surprise vous attendra »

« Une autre personne ?? Et une surprise ?? » s’exclama Jessica.

« Oui. Je vous en parlerai avant mon départ. Mais avant cela, je voulais vous remercier Jessica »

« Me remercier ? »

« Oui. Parce que vous ĂȘtes quelqu’un de bien et que vous avez su me faire confiance. Vous vous ĂȘtes intĂ©ressĂ©e Ă  mes origines, Ă  mon peuple
 Tout ceci m’a beaucoup touchĂ©e
 C’est pourquoi, je tenais Ă  vous remercier »

« Merci de me dire ça. Moi aussi, je tenais Ă  vous remercier car vous m’avez appris beaucoup de choses que je n’oublierai jamais. Vous ĂȘtes Ă©galement quelqu’un de bien »

« Merci Jessica »

« Merci à vous »

« À prĂ©sent Jessica, si vous le voulez bien, je dois vous informer de ce qui se passera aprĂšs mon dĂ©part. Vous ĂȘtes prĂȘte Ă  Ă©couter bien attentivement mes consignes ? »

« Oui, je vous écoute »

« Lorsque je quitterai ces lieux, un homme tombera du ciel. Ce sera un Android ou si vous voulez un robot humanoĂŻde. Il viendra Ă  vous et vous demandera de lui remettre les interprĂ©tations que vous avez en votre possession : la piĂšce de puzzle de L’Afrique ainsi que la carte que vous avez trouvĂ© Ă  l’intĂ©rieur du globe terrestre. Vous devrez les lui remettre. Ensuite, concernant ces 2 interprĂ©tations, il vous posera quelques questions dont j’ignore totalement. Une fois que vous y aurez rĂ©pondu, il se passera un phĂ©nomĂšne et Ă  partir de ce moment lĂ , vous dĂ©couvrirez enfin votre surprise. VoilĂ , je vous ai tout dit »

« Mais de quel phĂ©nomĂšne s’agit-il ? »

« Je ne peux vous le dire Jessica. Je suis désolée. Mais ne vous inquiétez pas, tout se passera bien »

« Alors, je vous fais confiance
 Heu, j’aurai une derniĂšre question s’il vous plaĂźt »

« Allez-y. Je vous écoute »

« VoilĂ , ne le prenez surtout pas mal mais je voudrais savoir pourquoi vous avez constamment un sourire sur votre visage depuis que l’on s’est rencontrĂ©es ? »

« Vous ĂȘtes trĂšs observatrice Jessica. Cela vous a-t-il ennuyĂ©e ou agacĂ©e ? »

« Non, pas du tout mais je dois bien avouĂ© que cela m’avait un peu dĂ©routĂ©e au dĂ©but. Un sourire est plutĂŽt agrĂ©able Ă  regarder. Mais c’est juste, que vous n’aviez que cette expression sur le visage depuis notre rencontre alors cela a fini par attiser ma curiositĂ© ; d’oĂč ma question »

« Et c’est une question trĂšs pertinente. Je vais vous en donner la raison. J’ai toujours ce sourire parce que dans ma communautĂ©, nous ne connaissons ni la tristesse, ni la souffrance. Ainsi, nous sommes toujours heureux et c’est pourquoi nous souhaitons faire montrer cette belle image de nous vis-Ă -vis de vous les Terriens. D’oĂč ce sourire constant sur notre visage. C’est une conception que nous avons adoptĂ©e et que nous souhaitons perdurer »

« C’est une belle conception, je trouve. Merci pour cette explication Cortana »

« Merci Ă  vous Jessica. À prĂ©sent, je dois vous quitter. J’ai Ă©tĂ© trĂšs heureuse de faire votre connaissance. Je comprends tout Ă  fait qu’au dĂ©but, vous ayez eu peur de moi lors de notre rencontre. Surtout ne changez rien, Jessica. Vous ĂȘtes quelqu’un de bien et de bien belles choses vous attendent encore sur votre Terre, sachez-le »

« Merci Cortana »

« Merci Ă  vous. Je suis navrĂ©e mais il est temps que je m’en aille maintenant. Je vous dis donc au-revoir et peut-ĂȘtre Ă  bientĂŽt. Et n’oubliez pas tout ce que je viens de vous dire »

« Promis. Au-revoir Cortana ! »

Dans le dĂ©sert inondĂ© d’une douce lumiĂšre mauve, les deux jeunes femmes Ă©taient en train de se dire au-revoir. À proximitĂ© d’elles, le globe terrestre Ă©tait toujours en apesanteur et totalement immobile.

L’instant Ă©tait trĂšs Ă©mouvant, si bien que Jessica ne put s’empĂȘcher d’avoir quelques larmes aux yeux.

Elle n’aurait jamais crĂ» dans sa vie pouvoir tomber sur une telle personne dans ce dĂ©sert immense.

Une personne qui au prime abord lui avait fait peur mais qui par la suite lui avait donné une belle leçon de vie.

Une personne venue d’ailleurs qui avait de bien belles valeurs. Une rencontre unique et des plus improbable qu’elle n’oublierai jamais.

« Au-revoir Cortana ! Et merci pour tout »

« Au-revoir Jessica »

Suite Ă  ces mots, Cortana s’avança vers le globe terrestre et le prit Ă  nouveau entre ses si grandes mains puis tourna la tĂȘte en direction de Jessica pour lui adresser un dernier au-revoir avec le plus beau des sourires.

Jessica lui rendit le sien avec une certaine Ă©motion…

À cet instant prĂ©cis, elle pensa qu’elle n’oublierai jamais ce visage si souriant


Leurs regards se croisùrent pour la derniùre fois


À prĂ©sent, Cortana Ă©tait en train de se concentrer tout en regardant le ciel mauve Ă©toilĂ©. Ça y est, elle Ă©tait fin prĂȘte Ă  partir pour rejoindre sa planĂšte Uranus oĂč tous ses congĂ©nĂšres l’attendaient.

L’air triste, Jessica la suivait du regard. Une larme venait de couler sur sa joue.

Le globe terrestre entre ses mains ; les pieds de Cortana commencĂšrent Ă  se surĂ©lever lentement du sol sablonneux jusqu’Ă  ne plus le toucher puis se retrouvĂšrent en apesanteur, Ă  quelques mĂštre au-dessus de Jessica.

Elle se concentra quelques secondes avant de subitement se propulser vers le haut telle une fusée et fendre les airs à une vitesse vertigineuse.

En un clignement d’Ɠil, elle venait de totalement disparaĂźtre…

Dans le ciel mauve Ă©toilĂ©, seule la trace d’une longue traĂźnĂ©e blanche et vaporeuse pouvait encore tĂ©moigner de son passage Ă©clair mais dans quelques minutes, elle aussi ne tarderait pas Ă  s’effacer


Cortana était bel et bien partie et Jessica se retrouverait à nouveau seule dans ce vaste désert aride.

Elle dĂ©tourna son regard du ciel puis ramassa sur le sable la piĂšce de puzzle ainsi que la carte de visite qu’elle rangea directement Ă   l’intĂ©rieur de la grande poche avant de sa longue tunique. Comme la piĂšce du puzzle Ă©tait beaucoup trop grande ; elle dĂ©passa lĂ©gĂšrement de sa poche.

À cet instant prĂ©cis, elle ne savait pas trop quoi faire alors elle dĂ©cida de marcher comme elle l’avait fait au dĂ©but de son aventure.

Le temps s’écoula sans que rien ne se passa.

Les rayons ardents du soleil Ă©taient peut-ĂȘtre absents mais la chaleur, elle ; Ă©tait toujours autant omniprĂ©sente


Les coups de vents s’étaient attĂ©nuĂ© et se faisaient de plus en plus rare.

Tout en marchant, Jessica jetait de temps en temps un regard furtif au ciel mais aucun homme robot ne semblait vouloir en tomber


Lorsqu’elle Ă©tait en compagnie de Cortana elle n’avait plus du tout Ă©prouvĂ© cette soif qui l’avait tant gĂȘnĂ©e lors de sa marche Ă  travers ce dĂ©sert mais voilĂ  qu’Ă  prĂ©sent, cela lui reprenait
 Mais pourquoi donc ?

Elle avait de nouveau cette folle envie de boire un grand verre de coca-cola bien glacĂ© tellement son gosier Ă©tait sec alors qu’en la prĂ©sence de Cortana, pas du tout


Comme tout cela Ă©tait Ă©trange et incomprĂ©hensible…

C’était un point dont elle n’arrivait pas encore Ă  Ă©claircir et qui l’agaçait car cette soif l’empĂȘchait de bien terminer son aventure…

Elle commençait Ă  se dĂ©courager lorsque soudain elle entendit un son qui provenait du ciel. Le son s’amplifia de plus en plus. Il s’agissait d’une mĂ©lodie. Une musique qu’elle connaissait bien et qu’elle aimait particuliĂšrement. Elle l’écouta tout en scrutant le ciel mauve Ă©toilĂ©.

Comme cette musique Ă©tait belle ! Mais comment diable avait-t-elle pu surgir de ce ciel ? Il n’y avait point d’appareils pour pouvoir la transmettre. Encore une fois, une bizarrerie de ce dĂ©sert


Elle s’était arrĂȘtĂ© de marcher et Ă©coutait la douce mĂ©lodie en ne cessant de scruter les moindres recoins du ciel. Toujours pas d’homme robot…

Elle avait parlĂ© trop vite. Soudain la musique s’arrĂȘta. Au milieu du ciel, surgi comme par enchantement, le fameux Android. Mais ce qui Ă©tait encore plus bizarre, c’est qu’il n’avait pas de tĂȘte.

Elle ne s’attendait vraiment pas Ă  ça et fut quelque peu dĂ©contenancĂ©e. Encore une fois, il faudrait qu’elle fasse avec et qu’elle accepta cette bizarrerie hĂ©tĂ©roclite
 De toute façon, elle n’avait guĂšre le choix


L’homme android tenait Ă  la main droite un grand parapluie ouvert de couleur rouge qui lui permettait de voler et de descendre du ciel avec plus ou moins de rapiditĂ© selon les caprices du vent.

Ainsi, il Ă©voluait tranquillement dans les airs telle la cĂ©lĂšbre Mary Poppins et n’allait plus tarder Ă  atterrir.

Au fur et Ă  mesure qu’il se rapprochait davantage d’elle et du sol sablonneux ; Jessica lui trouva une allure des plus austĂšre mais nĂ©anmoins trĂšs Ă©lĂ©gante. Il portait un costume trois piĂšces de couleur sombre avec une cravate qui semblait ĂȘtre grise ainsi que des chaussures noires.

Elle avait vraiment hĂąte de se retrouver enfin face Ă  lui mais avait tout de mĂȘme une certaine apprĂ©hension vu qu’il n’avait pas de tĂȘte.

De toute façon, elle le saurait bien assez vite vu que dans une poignĂ©e de quelques secondes il toucherait bientĂŽt le sol


Ce qui fut le cas…

L’homme Android venait d’atterrir en douceur dans un nuage de poussiùre sous le regard quelque peu inquiet de Jessica.

Soudain, les rebords du tissu de son parapluie se mirent étrangement à brûler.

« Votre parapluie est en train de brûler ! » lui cria t-elle affolée.

L’Android qui tenait toujours dans sa main droite la poignĂ©e de son parapluie, ne rĂ©agissa pas. Il faut dire qu’il n’avait ni tĂȘte, ni oreilles
 La communication promettait d’ĂȘtre compliquĂ©e


« Votre parapluie ! Il est train de brûler ! » répéta-t-elle en criant un peu plus fort.

À prĂ©sent, les petites flammĂšches Ă©taient devenue de grandes flammes et elles lĂ©chaient dangereusement une large moitiĂ© du tissu du parapluie. BientĂŽt elles finiraient par l’envahir totalement.

Prise de panique, Jessica allait de nouveau crier trùs fort lorsque soudainement, L’homme Android lança à quelques mùtres de lui le parapluie en flamme.

L’avait-il entendu ? Un peu abasourdie, Jessica regarda cet Ă©trange homme sans tĂȘte qui Ă  prĂ©sent, marchait d’un pas dĂ©cidĂ© vers elle.

Pendant ce temps lĂ , non loin d’eux, le parapluie continuait toujours de se consumer et au bout de quelques secondes, il ne resta de lui qu’une carcasse noircie et fumante qui reposait sur le sable ocre.

L’Homme se retrouva maintenant face Ă  elle.

« Je vous avais bien entendu Jessica » dit-il subitement. « Je savais parfaitement que mon parapluie Ă©tait en train de brĂ»ler et je l’aurai Ă©videmment jetĂ©. C’est toujours ainsi, lorsque nous venons Ă  Strangia. Les parapluies finissent par s’enflammer » continua-t-il dans une voix qui semblait sourire.

Un Android qui fait maintenant de l’humour se dit Jessica en virant les yeux au ciel. J’aurai vraiment tout vu dans ce dĂ©sert…

Un peu perplexe, Jessica regarda l’homme sans tĂȘte en se demandant d’oĂč pouvait bien sortir le son de sa voix. En l’observant, elle remarqua que son cou Ă©tait fermĂ© Ă  l’horizontal d’un couvercle rond qui semblait ĂȘtre de l’acier.

« Vous me paraissez un peu perdue et inquiĂšte » dit L’Android d’un ton amusĂ©. « Mais rassurez-vous, tout se passera bien » ajouta t-il.

Jessica ne savait quoi lui répondre.

Voyant qu’elle restait sans voix, L’Android continua sur le mĂȘme ton :

« Avant que vous ne me posiez la question qui vous taraude l’esprit ma chĂšre Jessica, je prĂ©fĂšre anticiper. VoilĂ , en ce qui concerne ma voix ; elle provient de l’intĂ©rieur de mon cou. C’est une sorte de boĂźtier Ă©lectronique implantĂ©e sur la paroi de ma gorge et qui me permet de parler mais aussi d’entendre. Ainsi je peux engager une conversation et Ă©couter tous types de sons. Maintenant, en ce qui concerne mes yeux, vous ne pourrez pas les voir non plus. Ils se trouvent sur ma gorge et non Ă  l’intĂ©rieur de celle-ci. Ce sont des lentilles oculaires ultra perfectionnĂ©es et invisibles Ă  l’Ɠil nu qui me permettent de voir mais aussi de mĂ©moriser tout ce que je regarde par des images photographiques que j’ai la possibilitĂ© d’enregistrer via mon disque dur interne qui se situe Ă  l’intĂ©rieur de mon corps »

« wahou !! J’avoue que je n’en reviens pas ! Et donc vous m’entendez et vous me voyez ? »

« Oui, tout Ă  fait. Et je peux vous dire que ma vue est excellente et que mon ouĂŻe est trĂšs fine. Tout Ă  l’heure, je vous ai vu virer les yeux au ciel »

« Wahou !! Tout Ă  fait surprenant ! Je suis dĂ©solĂ©e pour tout Ă  l’heure
 »

« Il n’y a pas de souci. Il faut dire que vous ne vous attendiez pas Ă  tomber sur un Android sans tĂȘte »

« Oui, c’est vrai. Mais en ce qui concerne votre adorat ? Vu que vous n’avez pas de nez. Comment avez-vous su que votre parapluie brĂ»lait ? »

« Il est vrai que je n’ai pas de nez et donc aucun sens de l’odorat mais je possĂšde un dĂ©tecteur de fumĂ©es Ă  l’intĂ©rieur de mon cou qui me prĂ©vient en cas d’Ă©ventuelles fumĂ©es d’incendie ou encore chimiques. Le dĂ©tecteur me renseigne Ă©galement sur la nature de l’incendie. C’est pourquoi, tout Ă  l’heure, je savais que c’Ă©tait mon parapluie qui brĂ»lait. De toute façon, Ă  chaque fois que je viens ici, c’est comme ça Ă  cause de l’air qui est trop chaud
 »

« Ah, d’accord
 Je comprends mieux. Votre crĂ©ateur vous a bien conçu »

« Oui, c’est vrai. Et vous savez, j’Ă©prouve Ă©galement certaines Ă©motions comme les humains. Je peux faire de l’humour, ĂȘtre triste ou encore avoir peur. Pas mal d’émotions en somme qui font parti de ma base de donnĂ©e informatisĂ©e mais par contre je ne connais pas le sentiment amoureux. Cela n’a pas Ă©tĂ© inclus dans ma programmation lors de ma crĂ©ation. Ce qui veut dire, que je ne serai jamais totalement comme vous ou encore Cortana »

« Vous connaissez Cortana ? Elle m’a parlĂ© de vous avant son dĂ©part »

« Oui, je la connais. Mais que depuis une trentaine de minutes seulement »

« Comment ça ? Je ne comprends pas »

« Eh bien, je l’ai rencontrĂ© dans le ciel lors de mon voyage en parapluie. J’avais pour mission de visiter une planĂšte inconnue lorsque je suis tombĂ©e sur elle par hasard. Nous nous sommes alors entretenu ensembles durant quelques instants. Et au cours de cet entretien, elle m’a donnĂ© quelques instructions Ă  votre sujet puis nous nous sommes quittĂ©. Et me voici ici, maintenant avec vous »

« Et donc, elle vous a transmis ses instructions. Quelles sont-elles ? »

« Avant d’en arriver lĂ , je tiens tout d’abord Ă  me prĂ©senter. Je me nomme Titanium. Je suis un Android homme, entiĂšrement conçu et crĂ©Ă© par les Uranusiens. Ma fonction principale est de visiter les planĂštes inexplorĂ©es et inhabitĂ©es afin d’y dĂ©couvrir Ă©ventuellement des vies extra-terrestre diffĂ©rentes de celle du peuple Uranusien et dans le mĂȘme temps, d’y dĂ©couvrir Ă©galement des ressources naturelles qui y seraient cachĂ©es. J’ai pour instruction ensuite de rapporter sur la planĂšte Uranus mes prĂ©lĂšvements d’échantillons organiques afin de les faire analyser ainsi que toutes mes recherches effectuĂ©es sous forme de films vidĂ©os et de photographies. En quelque sorte, on peut dire que je suis un explorateur du futur »

« C’est un travail passionnant que vous avez. Mais ce n’est pas trop risquĂ© d’aller explorer tout seul ces planĂštes inconnues ? Vous pourriez tomber sur un alien dangereux par exemple »

« Eh bien, cela dĂ©pend des planĂštes biensĂ»r. Mais pour l’instant je ne suis jamais tombĂ© sur un alien. Et puis je n’y vais pas toujours seul. Parfois, je peux y aller en binĂŽme selon les directives de mes crĂ©ateurs et le type de mission. Mais je dois avouer que j’aime effectuer mon travail en solitaire ; cela ne me pose aucun problĂšme »

« Et il y en a beaucoup des comme vous ? »

« Non, nous ne sommes que 4  sur la planÚte Uranus »

« Mais sans tĂȘte ? Avec les mĂȘme particularitĂ©s physique que vous ? »

« Oui, exactement pareil et du mĂȘme sexe. Nous sommes Ă©galement habillĂ©s de la mĂȘme façon »

« Et vous ĂȘtes construit Ă  partir de quelle matiĂšre ? »

« De l’acier, du verre, du mĂ©tal et des fils Ă©lectroniques. On ressemble un peu Ă  des ordinateurs hybrides »

« Mais pourquoi avez-vous Ă©tĂ© conçu sans tĂȘte ? »

En entendant la question, Titanium se mit Ă  rire.

« Eh bien
 Je savais que vous finiriez par me poser cette question et c’est bien normal, d’ailleurs. Nous avons Ă©tĂ© conçu ainsi pour crĂ©er un effet de surprise oĂč encore attiser la curiositĂ©. En n’ayant pas de tĂȘte, nous dĂ©stabilisons tout ĂȘtre vivant et forcĂ©ment nos adversaires oĂč ennemis si jamais nous en croisions sur notre route lors de nos explorations dans les planĂštes inconnues. De cette maniĂšre, nous nous protĂ©geons et nous anticipons tous les mauvais coups. N’avoir pas de tĂȘte comme vous les humains ou encore les Uranusiens est en quelque sorte notre force et notre diffĂ©rence »

« Je comprends et je dois bien reconnaĂźtre que cette diffĂ©rence n’est vraiment pas commune. Bravo Ă  votre concepteur qui a eu une idĂ©e trĂšs originale »

« Merci Jessica. Cortana ne s’était pas trompĂ© sur vous en me disant que vous Ă©tiez une personne tolĂ©rante et ouverte d’esprit »

« Elle vous a dit ça ? »

« Oui et elle a rajouté également que vous étiez une personne bien »

« J’en suis touchĂ©e et je dirais la mĂȘme chose sur elle. C’est une personne qui a beaucoup de sagesse. Mais dites-moi, jamais encore vous ne l’aviez rencontrĂ© sur la planĂšte Uranus ? »

« Non, jamais. Mais vous savez, on ne se connaĂźt pas tous Ă  Uranus. C’est une grande planĂšte »

« Oui, c’est vrai, vous avez raison
 »

« À prĂ©sent Jessica, si vous n’y voyez pas d’inconvĂ©nient, j’aimerais passer Ă  la mission « MESSAGE » Ă  laquelle je suis chargĂ©. C’est ainsi que Cortana l’a nommĂ©e. Peut-on commencer ? »

« Oui, biensĂ»r
 Allez-y »

« TrĂšs bien. Voici les instructions : PremiĂšrement, vous devez me remettre les 2 interprĂ©tations et une fois que ce sera fait, en deuxiĂšme Ă©tape, je vous poserai quelques questions Ă  ce sujet. Vous ĂȘtes prĂȘte ? »

« Oui, je suis prĂȘte »

« Pouvez-vous me remettre les 2 interprĂ©tations s’il vous plaĂźt ? »

« Oui, attendez »

Jessica sortit les 2 interprĂ©tations de la grande poche de sa tunique puis les tendit Ă  Titanium qui les prit l’une aprĂšs l’autre.

Ainsi la piĂšce de puzzle de L’Afrique se retrouva dans sa main droite tandis que l’autre maintenait la carte de visite.

Soudain, la plaque d’acier ronde qui recouvrait le dessus de son cou Ă  l’horizontal s’ouvrit telles les portes d’un ascenseur et laissa apparaĂźtre un vĂ©ritable trou bĂ©ant qui ressemblait Ă  un gros tuyau ouvert Ă  son embout.

Comme elle Ă©tait Ă  sa hauteur et juste en face de lui ; elle put voir aisĂ©ment ce qu’il y avait Ă  l’intĂ©rieur de ce gros tuyau. Sur les parois, il y avait tout un tas d’enchevĂȘtrement de fils Ă©lectroniques tandis qu’au centre, il n’y avait rien du tout.

Soudain, sous ses yeux Ă©bahis, elle vit les deux mains de Titanium se lever au-dessus de son cou et jeter simultanĂ©ment la piĂšce de puzzle ainsi que la carte de visite Ă  l’intĂ©rieur de celui-ci.

Les 2 interprĂ©tations venaient d’ĂȘtre engouffrĂ©es comme si elles avaient Ă©tĂ© littĂ©ralement avalĂ©es…

« Voici, c’est fait » dit Titanium. « À prĂ©sent, je vais vous poser quelques questions. Vous ĂȘtes prĂȘte Jessica ? »

Jessica se remit un peu de ses Ă©motions. Ce n’Ă©tait pas si Ă©vident de devoir revenir Ă  la rĂ©alitĂ© aprĂšs ce qu’elle venait de voir…

« Oui, je
 Enfin, oui, je suis prĂȘte » balbutia t-elle.

L’Android, lui, semblait imperturbable et continuait sa mission.

« Pouvez-vous me dire tout ce qui vous vient en tĂȘte concernant l’une de ces interprĂ©tations s’il vous plaĂźt ? Vous commencez par celle que vous voulez »

« Heu
 Oui
 Eh bien
 Je vous parlerai de la piĂšce de puzzle qui reprĂ©sente l’Afrique. Je ne sais pas si cela a un rapport quelconque mais bon je me lance. Autrefois, je faisais pas mal d’expatriations Ă  l’étranger et notamment en Afrique. Peut-ĂȘtre que cela a un lien avec le message que je dois recevoir. VoilĂ , c’est tout ce que je peux vous dire Ă  ce sujet »

« TrĂšs bien. Pour l’instant, vous vous en sortez plutĂŽt bien Jessica. Bon, maintenant, parlez moi de la seconde interprĂ©tation. Dites-moi tout ce qui vous passe par la tĂȘte. Je vous Ă©coute »

« Eh bien
 Il s’agit d’une carte de visite de couleur bleue ciel. Sur le recto, je me souviens qu’il y avait le dessin d’un trĂšfle Ă  4 feuilles. Pour moi, le trĂšfle est synonyme de chance et de porte bonheur. Sinon, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais dire de plus Ă  ce sujet. Par contre, je me souviens que sur le verso de la carte, il y avait Ă©crit en lettre majuscules et caractĂšre gras le mot : RUOSIS. Mais que vous dire lĂ -dessus ? Pendant que je marchais dans le dĂ©sert, je me suis beaucoup triturĂ© le cerveau en ce qui concernait cet Ă©trange mot et Ă  force de chercher en inversant les lettres de leur place, j’ai rĂ©ussi Ă  trouver le nom d’un animal et je pens
 »

« Stooop !! ArrĂȘtez-vous !! Ne me dĂźtes pas le nom de cet animal ! » cria subitement L’Android comme si une mouche venait de le piquer.

« Mais pourquoi ? » s’Ă©cria Jessica. « Je ne sais mĂȘme pas si j’ai trouvĂ© le mot juste » ajouta t-elle.

« Je peux vous affirmez que vous avez trouvĂ© le mot juste. Maintenant, ma mission est presque terminĂ©e. Écoutez bien la suite des instructions. Vous ĂȘtes prĂȘte ? »

« Oui, je crois »

« TrĂšs bien. Allons y. Dans un premier temps, vous devrez bien fermer vos yeux puis dans un deuxiĂšme temps, vous devrez crier trĂšs fort le mot : RUOSIS en le rĂ©pĂ©tant 3 fois d’affilĂ©e tout en pensant dans votre tĂȘte au nom de cet animal que vous m’avez dit avoir trouvĂ©. Une fois que vous aurez fait Ă  la lettre toutes ces instructions ; il se passera un phĂ©nomĂšne et Ă  partir de ce moment-lĂ , vous dĂ©couvrirez enfin votre surprise comme vous l’avait annoncĂ© Cortana »

« Heu
 Excusez-moi. Avant de faire tout ceci ; il y a un point sur lequel j’aimerais revenir. Il s’agit du message. Au cours de mon aventure, le globe terrestre m’avait transmis 2 interprĂ©tations que je devais dĂ©coder pour trouver le message qui m’était  destinĂ© mais le problĂšme c’est que je n’ai toujours pas trouvĂ© de quoi il s’agissait. J’ai eu beau chercher mais en vain. Connaissez-vous ce fameux message qui m’est destinĂ© ? »

« Non, je ne connais pas ce message Jessica. C’est Ă  vous de le dĂ©couvrir. Soyez certaine que je suis vraiment dĂ©solĂ© de ne pas pouvoir vous aider mais ce sont les rĂšgles du globe terrestre »

« Bon, tanpis
 Ce n’est pas grave. Je me dĂ©brouillerai. DĂ©solĂ©e de vous avoir retardĂ© »

« Il n’y a pas de mal Jessica. Je suis certain que vous trouverez bientĂŽt la rĂ©ponse Ă  cette Ă©nigme »

« Je l’espĂšre aussi »

« Pouvons-nous continuer la mission ? »

« Oui. Alors je rĂ©capitule pour ne pas me tromper. Je dois bien fermer les yeux et crier fort le mot : RUOSIS en le rĂ©pĂ©tant 3 fois d’affilĂ©e tout en pensant au nom de l’animal que j’ai trouvĂ©. C’est bien ça ? »

« Oui, c’est bien ça Jessica. Et ne trichez pas au moment de fermer les yeux. Vous devrez les garder bien fermĂ©s. C’est trĂšs important, sinon vous gĂącheriez tout. D’accord ? »

« Je ne tricherai pas. Je vous le promet »

« TrĂšs bien, je suis heureux de l’entendre. Avant de poursuivre, je voulais vous dire que j’ai Ă©tĂ© trĂšs heureux de faire votre connaissance Jessica. Et enfin, j’espĂšre que votre surprise vous plaira »

« Merci beaucoup. Moi aussi j’ai Ă©tĂ© contente de vous connaĂźtre. Et en ce qui concerne la surprise, j’ai hĂąte de la dĂ©couvrir »

« Alors, ne tardons plus ! Lorsque je crierai TOP ! Vous y allez. Compris ? »

« OK, j’ai bien compris »

Quelques secondes s’écoulĂšrent lorsque soudain elle entendit le fameux TOP ! Vite, elle ferma bien les yeux et suivi les instructions Ă  la lettre.

Les paupiĂšres toujours closes, elle se demandait Ă  quel moment elle pourrait enfin les rouvrir. Pour plus de sĂ©curitĂ©, elle prĂ©fĂ©ra attendre quelques instants. Son cƓur battait la chamade et sa respiration Ă©tait saccadĂ©e. Qu’allait-il bien se passer ?

N’y tenant plus et estimant qu’elle avait suffisamment laissĂ© de temps s’écouler, elle ouvrit aussitĂŽt les yeux. Et ce qu’elle vit la stupĂ©fia


« Oh Mon Dieu ! »s’écria t-elle, une main recouvrant sa bouche tellement son Ă©motion Ă©tait forte.

L’homme robot avait totalement disparu. À sa place, sur le sable, se trouvait une petite boule blanche qui remuait un peu. C’était un petit chaton tout blanc qui Ă©tait dressĂ© sur ses quatre pattes et qui semblait un peu perdu.

Rapidement, elle s’approcha de lui, se pencha et le prit avec douceur dans ses bras.

« Comme tu es beau ! Fais-moi voir tes jolis yeux » s’extasia t-elle en rapprochant son visage de sa petite tĂȘte blanche.

Le chaton avait des yeux d’un bleu magnifique Ă  faire fondre n’importe quel ĂȘtre humain y compris ceux qui n’aimaient pas les chats.

Quant Ă  son pelage Ă  poils courts, il Ă©tait d’un blanc immaculĂ©.

Soudain, il fit un petit miaulement si faible que Jessica aurait pu ne pas l’entendre si elle n’avait pas rapprochĂ© son visage tout prĂšs de son museau.

Visiblement, il avait un peu peur d’elle alors pour le rassurer, elle lui caressa sa petite tĂȘte toute blanche tout en lui murmurant des mots doux.

« Ne t’inquiĂšte pas mon joli chaton. N’ai pas peur, maman est lĂ  pour te protĂ©ger »

« Miaou, miaou » miaula le chaton qui à présent la fixait de ses petits yeux bleus en amande.

« Tu es si mignon. Je ne m’attendais pas du tout Ă  toi. Quelle Belle surprise »

Elle fit un petit bisou sur le bout de sa petite truffe rose qui Ă©tait bien fraĂźche et un peu humide ; signe qu’il se portait bien et qu’il Ă©tait en bonne santĂ©.

« Oh ! Je t’aime dĂ©jĂ , toi »

« Miaou » miaula Ă  nouveau le chaton qui avait Ă  prĂ©sent appuyĂ© sa tĂȘte dans le creux de son avant bras repliĂ©. Il avait trouvĂ© une place confortable et semblait beaucoup plus apaisĂ©.

Ses petits yeux Ă©taient fermĂ©s et il commençait Ă  s’assoupir paisiblement.

Avec tendresse, elle regarda ce petit ĂȘtre qui ne tarderait pas Ă  s’endormir. Il faut dire que c’était encore un bĂ©bĂ© et qu’à cet Ăąge-lĂ , les chatons dormaient beaucoup.

Son ventre doux et soyeux reposant sur son avant bras ; elle pouvait ressentir toute sa chaleur corporelle ainsi que les battements rĂ©guliers de son cƓur.

À ce moment-lĂ , elle ne put s’empĂȘcher de penser au passĂ© et revit son chat Tootsy lorsqu’il n’était qu’un bĂ©bĂ© et qu’il s’endormait alors dans ses bras tout comme celui-ci.

Elle souria puis caressa lĂ©gĂšrement de son index le sommet de sa petite tĂȘte blanche qui Ă©tait toujours enfouie dans le creux de son avant bras. Il dormait dĂ©jĂ  Ă  poing fermĂ©s.

****

La chanson du réveil de son smartphone entonna bruyamment « MYTH » de Beach House suivi quelques secondes aprÚs, de la douce voix robotisée féminine qui annonça : Il est 7H00.

La chanson reprit alors son cours. Cet air la mettait gĂ©nĂ©ralement toujours de bonne humeur et lui donnait l’envie de croquer la vie Ă  pleine dent.

Assise sur le rebord de son lit, elle attendit de retrouver ses esprits puis prit son smartphone qui reposait sur sa table de nuit. Elle ouvrit son Ă©tui portefeuille puis toucha de son index la croix qui s’affichait sur l’écran pour Ă©teindre la musique.

Au mĂȘme moment, elle aperçu tout Ă  fait en haut de l’écran les derniĂšres notifications qui s’affichaient. Elle soupira. Il y avait encore de nombreux messages. Trop de messages. Elle prendrait le temps de les lire plus tard. Pour l’instant, elle immergeait de son rĂ©veil matinal


Elle bailla longuement tout en s’étirant les bras et regarda Ă  travers les persiennes, le soleil qui brillait dĂ©jĂ . Elle aimait la saison de l’étĂ© car le soleil se levait toujours tĂŽt contrairement Ă  l’hiver qui retardait son arrivĂ©e. De toute façon, elle avait toujours dĂ©testĂ© l’hiver car la nuit tombait beaucoup trop vite Ă  cette pĂ©riode de l’annĂ©e ; ne laissant alors pas beaucoup de temps au soleil de pouvoir illuminer notre terre.

Le soleil lui rappelait son passĂ© d’expatriation Ă  l’étranger. Il lui faisait du bien et la rĂ©conciliait avec sa nouvelle vie en France. Il Ă©tait tout simplement sa source lumineuse dont elle ne pouvait se passer.

Comme elle était en congés, elle profiterait encore de cette belle matinée.

Et aujourd’hui, elle avait prĂ©vu de s’occuper des fleurs de son jardin. Il fallait impĂ©rativement qu’elle arracha toutes les mauvaises herbes qui les avaient envahi et cela promettait d’ĂȘtre une tĂąche des plus laborieuse. Mais comme elle adorait ses rosiers, elle le ferait sans protester.

Tout en prenant son petit dĂ©jeuner elle repensa Ă  son rĂȘve d’hier soir. Elle se souvenait avoir rĂȘvĂ© Ă  son chat Tootsy ainsi qu’à un immense dĂ©sert.

Un dĂ©sert dans lequel elle avait assistĂ© Ă  pas mal d’évĂ©nements inattendus et quelque peu incongru. Un dĂ©sert aride et si chaud qu’elle se souvenait avoir eu envie de boire Ă  chaque fois, un grand verre de coca-cola tellement son gosier Ă©tait sec.

Mais ce qu’elle avait le plus aimĂ© dans son rĂȘve avait bien Ă©tĂ© la sĂ©quence de la rencontre avec une jeune femme extra-terrestre qui avait su la mettre en confiance par sa grande gentillesse et son sourire permanent. Elle revoyait encore quelques bribes d’elle ainsi que du globe terrestre qu’elle tenait entre ses mains. Mais c’était Ă  peu prĂšs tout ce dont elle se souvenait.

Il lui semblait aussi qu’il y avait une histoire qui tournait autour d’un certain message qu’on devait lui transmettre ; mais lĂ  aussi ça restait vague. Par contre, elle se souvenait trĂšs clairement de la fin de son rĂȘve.

Il s’agissait d’un adorable chaton tout blanc avec de jolis yeux bleus qui ressemblait beaucoup Ă  son chat Tootsy mis Ă  part les yeux biensĂ»r…

Le petit dĂ©jeuner terminĂ©, Jessica sortit enfin dehors, une casquette de baseball sur la tĂȘte car les rayons du soleil promettaient de s’intensifier davantage au fur et Ă  mesure que la matinĂ©e avancerait.

Soudain, elle se souvint qu’elle devait absolument jeter les 3 gros sacs de poubelle qu’elle avait laissĂ© Ă  l’intĂ©rieur de son garage. Et comme elle ne voulait pas s’en charger plus tard, elle dĂ©cida de s’en occuper maintenant pour Ă©viter de le faire aprĂšs son travail de jardinage.

Sans plus attendre, elle s’empressa d’aller les chercher. Mais en en prenant un par son lien, elle trouva qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  trĂšs lourd alors elle prĂ©fĂ©ra abandonner les deux autres, le temps de jeter celui-ci.

Habituellement, elle Ă©tait tout Ă  fait capable d’en porter au moins deux Ă  la fois pour s’éviter de faire trop d’aller et retour entre sa maison et l’emplacement des bennes Ă  ordures mais lĂ , elle Ă©tait obligĂ©e de n’en porter qu’un Ă  cause de la douleur de son poignet qu’elle s’était froissĂ© il y a trois jours en Ă©laguant ses cerisiers.

Elle soupira d’agacement car elle serait obligĂ©e de faire trois aller-retour ; ce qui ne l’arrangeait pas du tout.

Comme elle Ă©tait tĂȘtue et quelque peu fainĂ©ante, elle essaya d’en porter deux Ă  la fois Ă  l’aide de sa main gauche mais constata trĂšs vite que ce n’était pas possible alors elle dĂ» se rĂ©signer Ă  n’en porter qu’un et devoir effectuer sans marmonner ses satanĂ©es aller-retour puisqu’elle n’avait guĂšre le choix.

Les quatre bennes Ă  ordures se trouvaient Ă  plusieurs mĂštres de sa maison ; alignĂ©es en bordure de la route principale oĂč son chat Tootsy s’était fait Ă©crasĂ© il y trois ans par un fichu chauffard qui n’avait mĂȘme pas daignĂ© s’arrĂȘter pour au moins dĂ©placer la petite dĂ©pouille et la mettre sur le bas-cĂŽtĂ©.

En regardant la route, elle se souvint encore du petit corps sans vie Ă©claboussĂ© de sang qui se trouvait au milieu de la route et qu’elle venait Ă  peine de dĂ©couvrir en allant justement jeter ses poubelles aux alentours de 8H00 du matin. Un horrible matin d’hiver qu’elle n’avait pas pu oublier et qui par moment lui revenait encore Ă  l’esprit.

Depuis, elle avait bien essayĂ© d’oublier cet affreux Ă©pisode de sa vie mais de temps en temps, et trĂšs prĂ©cisĂ©ment lorsqu’elle allait jeter ses poubelles, elle y repensait.

Le chemin qui allait de sa maison aux bennes Ă  ordures Ă©tait relativement loin mais elle ne se dĂ©couragea pas pour autant. Et puis le soleil Ă©tait lĂ  pour lui rĂ©chauffer le cƓur ainsi que les petits oiseaux qui chantaient gaiement dans les hauts arbres des jardins environnants.

Elle venait dĂ©jĂ  de terminer de faire deux aller-retour et se rĂ©jouissait Ă  l’avance d’en finir avec ce labeur qui n’était pas du tout sa tasse de thĂ©.

« Ouf ! Ce sera bientÎt terminé ! » soupira t-elle.

Le dernier sac de poubelle en main, elle marchait tranquillement sur le petit chemin de terre qui menait aux bennes Ă  ordures lorsqu’elle aperçu au loin un homme qui venait Ă  peine de sortir de sa voiture qui Ă©tait garĂ©e sur le bas-cĂŽtĂ© de la route, tout prĂšs de la premiĂšre benne.

Sa casquette de baseball lui cachait le visage et il semblait trĂšs pressĂ© vu la maniĂšre dont il venait de se dĂ©barrasser en vitesse de la boĂźte en carton qu’il tenait entre ses mains.

D’ailleurs, Ă  peine, Jessica venait d’arriver prĂšs des bennes qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  reparti dans un crissement de pneu.

Encore un de ses fous qui devrait Ă©viter de conduire se dit-elle en s’approchant de la premiĂšre benne.

Elle souleva son couvercle d’oĂč se dĂ©gagea une forte odeur nausĂ©abonde.

« Berk ! Dieu que ça pue ! »

Vite, elle jeta rapidement son sac Ă  l’intĂ©rieur. Mais avant de refermer le couvercle, elle cru entendre un petit bruit. Vu que la benne Ă©tait trop haute, elle se hissa sur la pointe des pieds tout en maintenant de sa main gauche le couvercle ouvert. Elle bloqua sa respiration tant l’odeur Ă©tait nausĂ©abonde et commença Ă  regarder Ă  l’intĂ©rieur. Elle ne vit rien de particulier Ă  part d’innombrables poubelles et une boĂźte de carton qui se trouvait juste au-dessus de toutes ces ordures. Elle attendit quelques secondes mais le fameux bruit qu’elle avait pourtant cru entendre ne rĂ©apparu plus.

Alors qu’elle s’apprĂȘtait Ă  fermer le couvercle, c’est alors qu’elle l’entendit Ă  nouveau et cette fois-ci de maniĂšre plus distincte. Cela ressemblait fortement Ă  un bruit Ă©touffĂ© d’un animal comme un rĂąle et il semblait provenir de la boĂźte en carton…

Vite, sans plus attendre, elle tendit le bras pour pouvoir l’attraper tout en tenant de sa main gauche le couvercle de la benne.

Ce ne fut pas simple, surtout d’une seule main mais comme elle Ă©tait tenace, elle finit par y arriver et rĂ©ussit enfin Ă  extirper la fameuse boĂźte de la benne Ă  ordures.

À prĂ©sent, elle la tenait bien fermement entre ses mains. Il s’agissait plus prĂ©cisĂ©ment d’une boĂźte Ă  chaussures pour hommes vu la paire de mocassins qui Ă©tait reprĂ©sentĂ©e dessus.

La boĂźte Ă©tait enroulĂ©e de gros ruban adhĂ©sif marron et elle semblait trĂšs lĂ©gĂšre. Pourtant, il y avait bien un animal Ă  l’intĂ©rieur vu qu’elle entendait par moment des bruits de frottements comme si celui-ci remuait. Par contre, elle n’entendit plus le rĂąle de tout Ă  l’heure..

Vite, elle s’accroupissa et dĂ©posa la boĂźte de carton sur le sol gravillonnĂ© puis Ă  l’aide de ses ongles tenta de retirer une Ă  une les bandes adhĂ©sives ; ce qui ne fut pas une tĂąche facile sans l’usage d’un objet coupant mais Ă  force de persĂ©vĂ©rance, elle fini par y arriver.

Ça y est, elle venait de terminer de retirer tous les adhĂ©sifs.

Avec hĂąte, elle retira enfin le couvercle de la boĂźte Ă  chaussures et ce qu’elle vit la fit presque tomber Ă  la renverse tant elle ne s’y attendait pas.

Un petit chaton tout blanc et tout frĂȘle aux yeux bleus la regardait. Il tremblait de tout son corps tellement il avait peur et son pelage Ă©tait rempli d’une fine poussiĂšre qui ressemblait Ă  de la terre.

Le contour de ses si jolis yeux Ă©taient vraiment sales. Cela se voyait qu’on ne s’était pas du tout occupĂ© de lui pendant un certain temps.

Elle déposa son index sur le bout de sa truffe. Fort heureusement, elle était humide et fraßche.

« Ouf
 » soupira Jessica rassurĂ©e.

C’était dĂ©jĂ  ça, vu que ce petit chaton Ă©tait tout maigre. Quelqu’un s’Ă©tait amusĂ© Ă  le maltraiter…

Soudain, elle se rappela le gars qui avait jeté la boßte de carton dans la benne.

Quel immonde fumier ! S’en prendre Ă  un animal sans dĂ©fense. Pourquoi, ne pas tout simplement le faire adopter plutĂŽt que de le jeter comme une vieille chaussette. Les personnes de son espĂšce ne devraient pas exister. Ils devraient au contraire en finir avec eux-mĂȘmes au lieu de s’acharner sur des animaux.

Vite, sans attendre une minute de plus, elle dĂ©cida de ramener chez elle sa petite merveille Ă  l’intĂ©rieur de cet immonde carton qui aurait pu l’Ă©touffer et qu’elle piĂ©tinerait bien volontiers mais plus tard


Tout le long de son trajet qui menait Ă  sa maison, elle repensa Ă  son rĂȘve d’hier soir. Elle venait de se souvenir du fameux message que le globe terrestre devait lui transmettre.

S’agissait-il de cet adorable chat qu’elle venait de rĂ©cupĂ©rer Ă  l’intĂ©rieur de la benne Ă  ordures ?

Il semblait que oui lorsqu’elle regarda les jolis yeux bleus qui ne cessaient de la fixer.

Soudain, elle se rappela de certains bribes de son rĂȘve qu’elle avait oubliĂ© et qui venaient Ă  l’instant de lui revenir en tĂȘte.

Les mots « RUOSIS », « AFRIQUE » et « TREFLE » clignotÚrent dans son esprit tels les ampoules lumineuses de Noël.

« Mais biensĂ»r ! » s’exclama t-elle tout haut.

Tout concordait parfaitement.

La piĂšce de puzzle de L’Afrique correspondait au premier chat qu’elle avait eu pour la premiĂšre fois en GuinĂ©e Ă  Conakry.

En ce qui concernait le trĂšfle qui Ă©tait dessinĂ© sur le recto de la carte de visite ; cela voulait dire qu’elle aurait bientĂŽt eu la chance et le bonheur d’avoir un chat.

Quant au mot RUOSIS qui Ă©tait Ă©crit en lettre majuscules et caractĂšres gras sur le verso de la carte ; il fallait tout simplement inverser les lettres et les mettre dans le bon ordre afin d’obtenir le nom d’un petit rongeur qui n’Ă©tait autre que la souris.

Tout le monde sait trĂšs bien que les chats aiment bien leur courir aprĂšs juste pour s’amuser ou encore dans le pire des cas, les attraper pour les manger
.

C’est alors qu’un large sourire Ă©claira le visage de Jessica.

À prĂ©sent, le soleil ne serait plus le seul Ă  lui rĂ©chauffer le cƓur.

DĂ©sormais, cette adorable merveille qui venait de lui tomber du ciel serait son plus grand bonheur


Tel Ă©tait le message qui lui Ă©tait destiné 

FIN

Pour l’Ă©ternitĂ© 🕯

Pour l’éternitĂ©

Les os restaient sous l’ocĂ©an depuis d’innombrables annĂ©es,

Ne voulant pas encore remonter Ă  la surface pour respirer,

Les os se nourrissaient encore des larmes salées,

VersĂ©es par des ĂȘtres tristes et abandonnĂ©s,

Refoulés du pied et ignorés.

Les os se durcissaient mais vivaient,

Ne voulant toujours pas remonter Ă  la surface pour s’époumoner.

Ils souhaitaient s’enchaüner à jamais,

Au fond de l’ocĂ©an qui semblait les aimer,

Car ils ne voulaient pas encore se dessĂ©cher et s’effriter.

Ils voulaient se nourrir des larmes salées et rejetées,

Et restaient ainsi Ă  jamais,

À s’abandonner pour jouer Ă  leurs tours et sans dĂ©tours,

Avec toutes ces raies qui ondulaient,

Telles de majestueuses majestés,

Devant leurs yeux émerveillés,

Venant les envelopper, les caresser et leur chuchoter de tendres mots doux,

EntremĂȘlĂ©s d’algues vaporeuses et floues,

Ondulantes danseuses qui effaçeraient tout,

Car elles savaient les comprendre et les rassurer,

En absorbant telles des Ă©ponges,

Leurs troubles songes tourmentés,

Et leur avouer dans le creux de leurs oreilles décharnées,

Qu’ils n’étaient pas les seuls abandonnĂ©s,

Et que leur mÚre nourriciÚre « La Mer » était là,

Pour engloutir leur désarroi,

Et qu’ils devaient se laisser aller Ă  la dĂ©rive,

Pour mieux vivre.

Alors les os se dirent que tout compte fait,

L’ocĂ©an pourrait enfin les aider Ă  surmonter,

Toutes ces tempĂȘtes dĂ©chaĂźnĂ©es qui s’étaient accumulĂ©es,

Telles des baleines échouées sur la plage esseulée,

Pitoyablement ignorées par tous ces humains inhumains ne daignant pas leur tendre la main.

Alors les os se dirent que tout compte fait,

PlutÎt que de rester sur cette plage abandonnée,

Ils se devaient de toujours garder le cap et se relever,

Pour remonter à la surface et regarder en face tous ces cƓurs de glace,

Ces navires bondés qui passaient et repassaient devant leur nez pour juste les narguer.

Tous ces infĂąmes sans Ăąmes,

Qui semblaient ignorer qu’ici-bas,

Gisaient ça et là dans un infini oubli,

Des dĂ©bris d’os brisĂ©s par la vie,

D’un squelette endormi,

Appartenant sans nul doute à une personne chavirée,

Qui gouttes aprĂšs gouttes, larmes aprĂšs larmes,

Cette naufragĂ©e d’un monde sans pitiĂ©,

Venait de se jeter sans le moindre regret,

Dans cet océan de quiétude qui remplirait enfin sa solitude.

Cette solitude qui la pesait depuis tant d’annĂ©es,

Et que seul l’ocĂ©an viendrait effacer Ă  coup de grandes et hautes vagues,

Toutes ces attaques de pirates,

Ces envahisseurs des Mers qui voulaient la réduire en poussiÚre,

Ce vague à l’ñme qui la rongeait,

Et qui finirait bien par se désagréger, se dissiper et se cacher,

Au fond d’un coffre Ă  trĂ©sors,

Parmi les innombrables piùces d’or,

Pour ne plus jamais en ressortir,

Et ce jusqu’à la mort,

Prisonnier Ă  jamais et empĂȘchĂ©,

De détruire sa bien aimée,

Car lui seul, savait la protéger de tous ces empoisonneurs nés,

Tous ces requins qui voulaient la dévorer sans aucune pitié.

Tous ces ĂȘtres nuisibles de la terre,

Ces cƓurs de pierre,

Ces lĂąches avides de guerre,

Qui mĂȘme au-delĂ  des frontiĂšres,

Voulaient d’un coup de rĂ©volver,

Ou encore d’un coup d’épĂ©e,

Lui assener le coup de grĂące tant convoitĂ© pour l’achever,

Avec cette ultime grimace sur leur visages dĂ©formĂ©s d’aliĂ©nĂ©s,

Qui lui diraient dans un éclat de rire prolongé :

« Le pire viendra à venir,

Alors, ne veux-tu pas en finir ? »

Elle avait bien essayé de se camoufler derriÚre le déguisement de ce poisson clown que tout le monde appréciait,

Mais finalement, ce costume l’avait lassĂ©e et Ă©coeurĂ©e,

Alors elle voulait s’en dĂ©barrasser Ă  tout jamais,

En nageant au fin fond de ces abßmes si froids mais délicats,

Dont elle n’aurait en aucun cas,

ÉchangĂ© sa place de Reine,

Dans cet arĂšne sous-marin,

Qui lui avait tendu la main,

Et qui la considérait enfin,

Comme une sirĂšne, une Reine.

Et bientĂŽt elle chanterait sa douce mĂ©lodie du bonheur qui lui tenait tant Ă  cƓur,

Sans ce soucier de tous ces infĂąmes,

Ces voleurs d’ñmes,

Qui n’oseraient plus la juger et la jeter au banc des accusĂ©s.

Être enfin libĂ©rĂ©e de toutes ces chaĂźnes qui encombraient encore ses poignets.

Être enfin libre et sereine,

Dans cet océan de candeur et de douceur,

Qui connaissait dĂ©jĂ  par cƓur,

Son joli chant de sirĂšne,

Trop longtemps refoulé,

Par les remous agités de tous ces navires qui osaient lui lancer :

« ArrĂȘte de chanter ! On en a assez ! Tu nous donnes la migraine avec ton chant de sirĂšne ! »

Mais l’ocĂ©an n’allait pas tarder Ă  les entraĂźner dans son terrible tourbillon,

Car il Ă©tait furibond,

Que l’on puisse s’attaquer Ă  sa bien aimĂ©e.

Et bientÎt tous ces navires bondés,

Qui n’avaient eu de cesse de pourchasser son adorĂ©e,

Se retrouveraient confrontés à sa colÚre légendaire,

Pour disparaĂźtre Ă  jamais de cette terre.

Car l’ocĂ©an Ă©tait venu la sauver,

De ce monde de cruautés,

De cette suffocante cage de verre et d’acier,

Qui l’avait trop longtemps retenue prisonniùre.

Et que pour s’en dĂ©faire,

Elle avait écouté ses conseils avisés.

Et aujourd’hui,

Elle avait décidé de se noyer et de se fondre en lui,

De se jeter Ă  corps perdu,

Et de goĂ»ter le sel de cet inconnu dont elle s’était toujours dĂ©fendu,

Pour trouver enfin la lumiĂšre,

La réponse à sa priÚre,

Et se dĂ©tacher Ă  tout jamais de cet obscuritĂ© qui l’avait fragilisĂ©e,

Pour rejoindre avec délectation,

Ces profondeurs qui l’attiraient avec passion,

Et dans lesquelles elle venait de plonger avec volupté,

En plein cƓur de cette puretĂ© inĂ©galĂ©e,

Limpide Ă  souhait,

Qui ne la décevrait jamais.

Pour vivre enfin son conte de fées,

En s’ancrant à jamais tel un rocher,

Dans ces profondeurs inexplorées.

Car la tentation l’avait gagnĂ©e,

Et que son cƓur venait d’ĂȘtre happĂ© et scellĂ© Ă  tout jamais,

À son ocĂ©an bien aimĂ©,

Et ce pour l’éternitĂ©…

****

Un poĂšme de CĂ©cile La Suricate.

MĂ©tamorphose 🩋

0a16

Je me souviens encore d’un joli souvenir de mon enfance passĂ©e en GuinĂ©e Ă  Conakry. C’Ă©tait dans les annĂ©es 88 et j’avais 11 ans. Mon petit frĂšre, quant Ă  lui Ă©tait ĂągĂ© de 10 ans.

Maman adorait nous faire dĂ©couvrir tout ce qui Ă©tait en relation avec la nature : aussi bien dans le domaine vĂ©gĂ©tal qu’animal.

Depuis que nous vivions en Guinée, nous avions déjà appris pas mal de choses sur ces divers sujets et je dois bien avouer que nous aimions bien les découvrir au fur et à mesure car en matiÚre de bestioles, la Guinée en regorgeait de toutes sortes.

Et il ne fallait pas aller bien loin pour pouvoir les observer.

En effet, le jardin de notre maison de fonction Ă©tait un vĂ©ritable sanctuaire pour dĂ©nicher diverses espĂšces d’insectes…

Mon frĂšre et moi Ă©tions Ă  un Ăąge oĂč nous voulions tout savoir sur le rĂšgne animal et vĂ©gĂ©tal. Quoique pour ma part, je prĂ©fĂ©rais de loin les vĂ©gĂ©taux…

Par contre, mon frĂšre lui, aimait bien les deux (le monde vĂ©gĂ©tal et animal) et en savait dĂ©jĂ  un rayon par rapport Ă  moi car il se documentait beaucoup concernant ces deux sujets qu’il affectionnait particuliĂšrement.

****

L’expĂ©rience :

Ce jour-lĂ , je m’en souviens encore comme si c’Ă©tait hier. Maman voulait nous faire montrer une petite expĂ©rience qu’elle avait faites dĂ©jĂ  elle-mĂȘme lorsqu’elle Ă©tait enfant et qu’elle vivait Ă  Madagascar Ă  Namakia.

A cette Ă©poque lĂ , elle avait Ă  peu prĂšs le mĂȘme Ăąge que nous et aimait bien explorer la nature et ses insectes environnants.

Il fut donc primordial pour elle de nous faire montrer Ă  son tour, ladite expĂ©rience et je dois bien avouer que nous Ă©tions dĂ©jĂ  trĂšs excitĂ©s et impatients, mon frĂšre et moi, de pouvoir enfin la dĂ©couvrir…

Avant de nous entraĂźner dehors, elle prit une grosse boĂźte d’allumettes vide qu’elle transporta avec elle et nous dit qu’elle en aurait besoin au moment voulu.

boite

****

Exploration dans notre jardin :

Maman, mon petit frĂšre et moi sortĂźmes donc dehors et nous retrouvĂąmes dans notre charmant jardin puis elle nous dit sans plus attendre qu’elle Ă©tait Ă  la recherche d’une chenille Ă  papillons pour pouvoir rĂ©aliser sa fameuse expĂ©rience.

Au bout de quelques instants, elle finit par en trouver une qui Ă©tait collĂ©e Ă  l’envers sur une des feuilles d’un petit arbuste.

papillon cocon

Elle commença alors Ă  la dĂ©coller tout doucement car elle Ă©tait fragile et qu’il ne fallait pas trop la manipuler avec les doigts puis, une fois dĂ©collĂ©e de sa feuille, elle la dĂ©posa bien dĂ©licatement Ă  l’intĂ©rieur de la boĂźte d’allumettes qu’elle tenait toujours dans sa main.

La chenille en question s’Ă©tait dĂ©jĂ  enroulĂ©e dans son cocon de soie et remuait encore lĂ©gĂšrement Ă  l’intĂ©rieur de celui-çi car elle n’Ă©tait pas tout Ă  fait arrivĂ©e au stade de sa transformation en chrysalide.

En effet, maman voulait tout d’abord nous faire dĂ©couvrir l’Ă©volution de celle-çi lorsqu’elle s’Ă©tait Ă  peine enturbannĂ©e dans son fil de soie.

C’est pourquoi, elle avait fait exprĂšs de la choisir Ă  ce stade de mutation afin que nous puissions observer par la suite, chaque dĂ©tail de sa future transformation…

****

Petite parenthĂšse : La chenille :

papillon guinée

La chenille est la larve éruciforme des papillons. Certains hyménoptÚres dont les larves ressemblent beaucoup à celles des lépidoptÚres sont appelées fausse-chenille.

La chenille, une fois arrivĂ©e Ă  son plein dĂ©veloppement, s’enveloppe dans un cocon afin de se transformer en chrysalide qui va Ă  son tour devenir l’insecte adulte.

Seules certaines espĂšces de chenille tissent autour d’elles un vĂ©ritable cocon pour se mettre Ă  l’abri en vue de leur nymphose (la nymphose Ă©tant le passage Ă  l’Ă©tat de nymphe, que l’on appelle chrysalide chez les papillons).

chenille pour papy

D’autres se contentent de se fixer Ă  un support par une ceinture de soie, fil sĂ©crĂ©tĂ© de la mĂȘme maniĂšre, mais en faible quantitĂ©.

D’autres encore s’enterrent dans l’humus Ă  faible profondeur, dans une loge plus ou moins soyeuse : c’est le cas de la plupart des Sphinx.

chenille chenille

  1. TĂȘte 
  2. Thorax
  3. Abdomen
  4. Segment
  5. Corne post-abdominale
  6. Fausses pattes
  7. Stigmate
  8. Pattes
  9. PiĂšces buccales

****

Observation de la bestiole :

En ce qui concernait notre petite expĂ©rience, notre chenille avait d’ores et dĂ©jĂ  tissĂ© autour d’elle son fameux cocon (pas dans son intĂ©gralitĂ©) si particulier qui Ă©tait encore transparent et pas tout Ă  fait opaque puisqu’on pouvait encore la voir Ă  l’intĂ©rieur.

En effet, je pouvais aperçevoir son Ă©trange petite tĂȘte ainsi que son corps de couleur vert clair qui continuait Ă  se mouvoir dans sa fine enveloppe blanchĂątre.

A l’intĂ©rieur de son fin cocon, la bestiole semblait tout droit venir de la planĂšte Mars tellement elle avait un drĂŽle d’aspect. On aurait dit un petit alien…

Cela me faisait bizarre de pouvoir l’observer ainsi en direct, sur toutes les coutures et non dans un documentaire animalier.

C’Ă©tait bien plus intĂ©ressant et je dois bien avouer assez fascinant de la regarder et de la jauger dans les moindres dĂ©tails.

Elle paraissait Ă  la fois forte et fragile : d’une part Ă  cause de son cocon dont elle Ă©tait prisonniĂšre mais d’autre part, bien vivace lorsque qu’elle remuait de temps en temps Ă  l’intĂ©rieur de celui-çi.

En somme, ce petit ĂȘtre si bizarre et si petit soit-il avait dĂ©jĂ  une certaine force de caractĂšre qui ne nous laissait pas indiffĂ©rent, mon frĂšre et moi.

Elle avait rĂ©ussi Ă  attiser notre grande curiositĂ© et nous Ă©tions dĂ©jĂ  trĂšs impressionnĂ©s par elle…

Mais il n’empĂȘche qu’elle me faisait Ă©galement un peu peur Ă©tant donnĂ© que je n’aimais pas trop le monde des insectes…

****

La bestiole dans sa boĂźte d’allumettes :

Notre petite trouvaille Ă  l’intĂ©rieur de sa boĂźte d’allumettes lĂ©gĂšrement entrouverte ; maman, mon petit frĂšre et moi rentrĂąmes Ă  nouveau Ă  l’intĂ©rieur de notre maison.

Maman dĂ©posa la boĂźte sur l’une des Ă©tagĂšres du grand buffet de notre salon. Ainsi, nous pourrions voir facilement l’Ă©volution de la fameuse chenille lorsque nous le souhaiterions…

« VoilĂ  les enfants. Vous avez vu que la chenille remuait encore Ă  l’intĂ©rieur de son cocon. Ensuite, de plus en plus, elle va le consolider pour se transformer enfin en une chrysalide » dit-elle en nous souriant.

Olivier Ă©tait beaucoup plus curieux que moi et lui demanda presque aussitĂŽt :

« Maman ? Est-ce que la chenille va bien respirer ? »

« Mais oui Olivier. Regarde, j’ai laissĂ© entrouverte la boĂźte pour justement qu’elle ait son oxygĂšne. Ne t’inquiĂšte pas. Tout ira bien pour elle jusqu’Ă  ce qu’elle se transforme en chrysalide »

« Chouette ! On verra toute sa transformation alors ? » dit-il dans un large sourire.

« Eh oui mon Coco ! Toi et ta soeur pourrez voir toute son Ă©volution en direct. Ce sera bien mieux qu’un documentaire tĂ©lĂ©visĂ© ! »

En ce qui me concernait, je n’osais pas trop toucher la boĂźte oĂč Ă©tait logĂ©e cette Ă©trange bestiole mais cela m’intĂ©ressait tout de mĂȘme. Il est vrai que je n’aimais pas trop le monde des insectes mais en ce qui concernait celle-çi, j’avais envie de connaĂźtre son Ă©volution.

Et puis maman m’avait assurĂ© que la bestiole en question ne pourrait guĂšre s’enfuir vu que la boĂźte d’allumettes n’Ă©tait que lĂ©gĂšrement entrouverte. D’ailleurs, en voyant mon air inquiet, maman se mit Ă  rire.

« Mais ne t’inquiĂšte pas CĂ©cile ! Tu vois bien que cette chenille est enroulĂ©e dans son cocon. En plus, bientĂŽt elle ne bougera plus du tout. Crois-moi, tu ne risques rien. Et lorsqu’elle commençera Ă  sortir de son cocon, maman t’a dĂ©jĂ  dit qu’on irait ensemble dehors pour qu’elle puisse dĂ©ployer ses ailes. D’accord ? Tu es rassurĂ©e maintenant ma Poupoule ? »

« Oui, maman » dis-je dans un timide sourire quelque peu crispĂ©.

****

Olivier, contrairement Ă  moi Ă©tait fou de joie. De temps en temps il ne pouvait pas s’empĂȘcher de regarder par l’ouverture de la boĂźte pour y observer notre petite chenille.

Une fois qu’il l’avait pour la Ă©niĂšme fois observĂ©e sur toutes les coutures ; il revenait alors en sautillant vers moi qui Ă©tait sagement installĂ©e dans le canapĂ© du salon en train de jouer Ă  un jeu vidĂ©o puis invariablement il me disait avec beaucoup d’enthousiasme :

« CĂ©cile ! J’ai encore regardĂ© la chenille. Elle remue toujours un peu. J’ai hĂąte qu’elle devienne une chrysalide comme maman nous a dit »

Sachant qu’il affectionnait particuliĂšrement le monde des insectes, je lui demandais alors :

« Et tu sais ce que c’est une chrysalide ? »

« BiensĂ»r. Maman nous a dĂ©jĂ  expliquĂ©. Et puis j’ai aussi appris en lisant mon magazine « Sciences et vies Junior ». Tu sais, c’est trop incroyable ces bĂȘtes lĂ  ! Moi, en tout cas je les aime bien. Et toi ? »

« Oui ça va. De toute façon, maman a dit que la chenille ne pouvait pas s’enfuir de la boĂźte… » dis-je avec une pointe d’apprĂ©hension dans la voix.

« Pfff ! N’importe quoi ! Tu vas pas avoir peur aussi de cette chenille ! BientĂŽt, elle ne pourra plus bouger du tout. Et puis maman nous a dit qu’elle ne voulait pas qu’elle sorte totalement de sa chrysalide lorsqu’elle deviendra un papillon. T’as rien Ă  craindre du tout CĂ©cile ! Je t’assure ! T’es trop inquiĂšte toi ! Allez, viens la voir de plus prĂšs avec moi » dit-il en m’attrapant dĂ©jĂ  par le bras.

« Oui ! Attends, j’Ă©teins d’abord mon jeu vidĂ©o puis je viens tout de suite la voir avec toi » dis-je un peu Ă  contre-coeur.

****

Quelques instants aprĂšs, j’Ă©tais Ă  ses cĂŽtĂ©s en train d’observer l’Ă©trange bestiole qui n’Ă©tait vraiment pas jolie…

Quant Ă  mon frĂšre, lui, il semblait totalement sous le charme de ladite bĂ©bĂȘte. Il en Ă©tait littĂ©ralement fascinĂ©.

papillon vert

J’aimais bien le regarder en train de s’extasier et s’exclamer au sujet de celle-çi. Il faut dire qu’il adorait tout ce qui se rapportait Ă  la nature. Tout l’intriguait Ă  ce sujet. Le monde des insecte l’Ă©merveillait. A ce sujet, il ressemblait Ă©normĂ©ment Ă  maman lorsqu’elle avait son Ăąge. Il Ă©tait d’ailleurs autant curieuse qu’elle et voulait toujours tout savoir et plus particuliĂšrement sur ces chĂšres insectes…

Oui, j’aimais bien le regarder en train d’observer notre chenille. C’est pourquoi il est tellement facile pour moi de vous raconter dans les moindres dĂ©tails ce joli souvenir de mon enfance.

Pendant qu’il observait la bestiole, moi, j’immortalisais cet instant dans un coin de ma tĂȘte tout en ne sachant pas qu’un beau jour j’aurais souhaitĂ© le retranscrire Ă  l’Ă©crit et qui plus est dans le vaste monde du virtuel.

Et puis, comme je vous l’avais dĂ©jĂ  dit dans un de mes nombreux articles de souvenirs, Olivier ne m’avait jamais fait un sale petit tour de gamin comme le font certains petits frĂšres envers leurs soeurs.

Non, je dois bien avouer qu’il n’Ă©tait pas du tout comme ça. Il savait que j’avais peur des insectes et que j’en avais une sainte horreur ; d’ailleurs il s’en moquait parfois mais jamais il n’allait plus loin que ça en m’en lançant une sur moi par exemple. Non, et fort heureusement d’ailleurs, sinon je n’aurais guĂšre apprĂ©ciĂ© et cela aurait valu Ă  mes yeux, d’ĂȘtre une trahison, ni plus, ni moins !

Bref, j’Ă©tais surtout intriguĂ©e par mon jeune frĂšre.

Le voir autant passionnĂ© par ces Ă©tranges bestioles me sidĂ©rait quelque peu mais je finissais par m’y adapter. Sans doute Ă©tait-ce dĂ©jĂ  l’amour inconditionnel d’une soeur aĂźnĂ©e envers son petit frĂšre car il faut bien que je l’avoue, j’Ă©tait totalement attendrie par lui.

C’Ă©tait disons plutĂŽt lui qui me fascinait autant que la petite bestiole.

Et vous me diriez alors pourquoi ? Tout simplement parce que d’une part je l’aimais et que d’autre part, je le trouvais trĂšs dĂ©brouillard pour son jeune Ăąge et trĂšs vif d’esprit.

C’Ă©tait dĂ©jĂ  un vĂ©ritable trombe de l’air qui adorait explorer, s’aventurer, trifouiller, fouiner sans peurs ni craintes dans Ă  peu prĂšs tout et n’importe quoi… Un vrai petit aventurier qui Ă©tait avide de savoir et de tout connaĂźtre sur notre belle et si vaste nature…

J’Ă©tais tout l’inverse, c’est pourquoi je l’admirais tant car contrairement Ă  lui, je n’Ă©tais pas une fanatique de la nature et encore moins des insectes…

Non, moi c’Ă©tait de grimper sur MON MANGUIER VOYAGEUR , de me jucher sur la plus haute des branches afin d’admirer le ciel, les nuages, les oiseaux, l’ocĂ©an, les vagues, ressentir le vent, laisser les rayons du soleil me chauffer le visage et le corps et observer de temps en temps, mon cher petit frĂšre en train de jouer en bas sur la terre ferme avec tous ces Ă©tranges insectes…

fourmi noire

 

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Je lui laissai bien volontiers ce plaisir et prĂ©fĂ©rais le regarder du haut de mon arbre, en train de s’extasier sur telle ou telle espĂšce d’insecte qu’il venait de dĂ©nicher…

A le voir ainsi si dĂ©brouillard et si mĂ©ticuleux avec ces bĂ©bĂȘtes, je me disais souvent au plus profond de moi-mĂȘme qu’il Ă©tait l’aĂźnĂ© et que moi, j’Ă©tais sa petit soeur… Je ne ne sais pas pourquoi mais je le pensais rĂ©ellement Ă  cette Ă©poque lĂ . Il semblait si sĂ©rieux et attentionnĂ© envers la nature qui l’entourait alors que moi j’en Ă©tais parfaitement dĂ©sinvolte.

Ce n’Ă©tait pas pĂ©joratif pour moi de penser que j’Ă©tais sa petite soeur, bien au contraire puisque cela me rĂ©confortait de le savoir diffĂ©rent de moi. De le savoir si audacieux et si aventureux…

Tout ceci pour vous dire que notre chenille Ă©tait certes une formidable dĂ©couverte mais dĂ©couvrir le cĂŽtĂ© explorateur de mon jeune frĂšre l’Ă©tait tout autant…

****

Quelques jours aprĂšs (disons 5 jours plus tard), notre fameuse chenille ne bougeait plus du tout comme si celle-çi Ă©tait morte mais ce n’Ă©tait pas du tout le cas.

En fait, son enveloppe corporelle avait totalement changĂ©e d’aspect et de couleur. Elle semblait plus solide qu’avant et sa teinte Ă©tait entre le marron et le beige clair.

marron beige chrysalide

Olivier en était davantage fasciné car il savait que bientÎt la chrysalide deviendrait un majestueux papillon.

Il trĂ©pignait d’impatience et ne cessait de me rĂ©pĂ©ter :

« T’as vu CĂ©cile ! ça y est ! c’est comme maman nous a dit ! BientĂŽt, elle va dĂ©chirer sa chrysalide. J’ai trop hĂąte ! et toi ? »

« Moi aussi » dis-je dans un petit sourire.

Je ne sais pas pourquoi mais Ă  cet instant prĂ©cis oĂč je lui parlais, j’Ă©tais vraiment sincĂšre. J’avais hĂąte Ă©galement de voir enfin l’envolĂ©e de cette bestiole.

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Petite parenthĂšse : La chrysalide :

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Chez les insectes holomĂ©taboles (c’est-Ă -dire aux mĂ©tamorphoses complĂštes, par exemple les papillons et les abeilles), qui effectuent deux mues de mĂ©tamorphose, la chrysalide est le stade de dĂ©veloppement intermĂ©diaire entre la larve et l’adulte.

Les chrysalides durcissent et changent de couleur. Les papillons selon les espĂšces se mĂ©tamorphosent au bout d’une semaine.

Quelques heures avant l’émergence du papillon, l’enveloppe de la chrysalide devient transparente chez certaines espĂšces et laisse apparaĂźtre les couleurs des papillons.

Lorsque les segments abdominaux se distendent, l’émergence est imminente. Un autre nom pour dĂ©signer ce stade intermĂ©diaire est la nymphe.

chrysalide papillon

Une des caractĂ©ristiques de la nymphe est qu’elle ne se nourrit pas (ses piĂšces buccales et son tube digestif subissent aussi une mĂ©tamorphose importante) et qu’elle vit sur ses rĂ©serves.

La nymphe des lĂ©pidoptĂšres est souvent appelĂ©e chrysalide. La nymphe peut, selon les espĂšces, ĂȘtre protĂ©gĂ©e par un cocon.

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La métamorphose :

Voici une vidĂ©o intĂ©ressante sur la mutation d’une chenille Ă  papillon : ici, il s’agit du Papillon Monarque.

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Deux jours plus tard, maman s’Ă©cria :

« Regardez les enfants ! Venez voir ! Vite ! La bĂȘte est en train de crever son enveloppe. Vous voyez, regardez bien »

Je n’en revenais pas et je dois bien avouer que j’en fus littĂ©ralement subjuguĂ©e.

En effet, l’Ă©trange bĂȘte semblait pousser avec sa tĂȘte la fibre du cocon dans lequel elle Ă©tait enfermĂ©e.

De nouveau (comme au tout dĂ©but, oĂč maman l’avait dĂ©collĂ©e de sa feuille), l’insecte bougeait Ă  l’intĂ©rieur de son enveloppe qui Ă©tait trĂšs Ă©paisse et opaque.

Sous nos yeux d’enfants Ă©merveillĂ©s et fascinĂ©s, la vie naissait.

Un petit ĂȘtre voulait sortir de sa prison qui l’avait pourtant protĂ©gĂ©e jusqu’alors car il Ă©tait tout simplement dĂ©sireux de connaĂźtre la libertĂ©…

Du coin de l’oeil, j’observais Ă©galement mon petit frĂšre et j’Ă©tais heureuse de le voir heureux…

« Regarde maman, il vient de passer sa trompe. Il va pas tarder Ă  sortir de sa chrysalide. Hein, pas vrai maman ? »

trompe papillon

« Oui, mon Coco ! Effectivement. D’ailleurs, nous allons vite aller dehors, maintenant. Venez, suivez-moi. Vite, il va pas tarder Ă  sortir entiĂšrement de son cocon »

Maman transporta avec elle la boĂźte d’allumettes dont elle avait retirĂ© complĂštement le couvercle et sortit rapidement dehors avec nous, Ă  ses cĂŽtĂ©s.

****

L’envolĂ©e majestueuse :

le papillon et son cocon

A présent, le papillon dont les ailes étaient froissées et fripées ne tarderait plus à sortir de son épais cocon.

Il se dĂ©battait tant bien que mal mais s’arrĂȘtait de temps en temps car il Ă©tait encore faible.

Il se tortillait dans tous les sens et ne cessait de fissurer son cocon à force de se débattre.

Les antennes de sa tĂȘte Ă©taient d’ores et dĂ©jĂ  sorties Ă  l’extĂ©rieur ainsi que ses ailes et bientĂŽt la coque si Ă©paisse de son enveloppe ne tarderait pas Ă  se dĂ©tacher de son abdomen.

« Maman ! CĂ©cile ! Regardez ! ça y est ! il vient de sortir totalement de son cocon ! Vous avez vu ?? Wahou ! Il est trop beau ! T’as vu les couleurs de ses ailes CĂ©cile ? » s’exclama Olivier en me les montrant du doigt.

« Oui. Ses ailes sont jolies » rĂ©pondis-je tout bas, sous le coup de l’Ă©motion et de la fascination.

****

Maman Ă©tait vraiment heureuse de nous faire dĂ©couvrir en direct ce qu’elle mĂȘme avait vĂ©cu des annĂ©es auparavant lorsqu’elle n’Ă©tait qu’une enfant.

« Vous voyez les enfants. VoilĂ  ce que Maman avait vu lorsqu’elle Ă©tait petite fille Ă  Madagascar et dont je vous parlais Ă  chaque fois Ă  Sausset-Les-Pins. C’est beau, non ? »

« Oh oui Maman ! » rĂ©pondit aussitĂŽt mon petit frĂšre qui ne cessait de sourire tellement il Ă©tait Ă©merveillĂ©.

« Il va bientĂŽt s’envoler Maman ? »demandais-je un peu intriguĂ©e.

« Oui, ma Poupoule. Il ne va plus tarder »

J’Ă©tais aux anges de voir ma mĂšre et mon petit frĂšre si complices vu qu’ils aimaient bien les papillons puis spontanĂ©ment je fis une bise Ă  Maman comme pour la remercier de cet instant, de ce partage qu’elle venait de nous faire vivre.

« VoilĂ  ! il va s’envoler ! » s’exclama Olivier en tapant dans ses mains.

« Oui, mon Coco ! Il va s’envoler, maintenant » dit Maman, les yeux brillants de joie.

A cet instant prĂ©cis, Olivier ne put s’empĂȘcher d’effleurer les ailes du papillon.

« Ses ailes sont douces » chuchota t-il.

Et Ă  peine eut-il prononcĂ© cette phrase, que le papillon Ă©tira ses ailes et commença Ă  voleter maladroitement vers la branche la plus basse d’un arbuste.

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Il s’y posa dessus puis commença Ă  se faire une petite toilette Ă  l’aide de ses longues pattes qu’il ne cessait de mouvoir vers sa petite tĂȘte.

envol du papillon

Au bout de quelques instants, il quitta sa branche puis vola davantage plus haut jusqu’Ă  ce qu’on ne puisse plus l’aperçevoir du tout.

En effet, il venait de voler par dessus le haut mur de clÎture alvéolé qui faisait face à la mer.

Sans doute avait-il Ă©tĂ© attirĂ© par l’ocĂ©an. Nul ne le saura jamais.

Quoi qu’il en soit, nous avions assistĂ© en direct, mon frĂšre et moi Ă  sa majestueuse envolĂ©e vers le vaste monde.

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****

Un spectacle magnifique de la nature que je tenais Ă  vous dĂ©crire dans les moindres dĂ©tails Ă  travers cet article et que je n’oublierai jamais.

LĂ©on

Je me souviens encore d’un trĂšs joli souvenir de la GuinĂ©e lorsque nous habitions encore, ma famille et moi dans notre charmante villa situĂ©e en bord de mer, Ă  l’avenue Madina Corniche, dans la Capitale de la GuinĂ©e, Ă  Conakry…

****

Mon frĂšre « Olivier » aimait beaucoup s’amuser Ă  explorer notre jardin car je dois dire qu’il y avait une multitude de toutes sortes d’insectes trĂšs insolites et Ă©tant donnĂ© qu’il avait une passion certaine pour les fourmis ; il aimait bien Ă©galement observer d’autres spĂ©cimens d’insectes pour son plus grand plaisir !

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Pour ma part, je n’aimais pas du tout le monde des insectes mais alors pas du tout, Ă  part peut-ĂȘtre pour les fourmis ou encore les coccinelles mais c’est tout !

Un jour, pendant que je jouais avec nos deux chiens Urs et Biciline ainsi que nos 3 chats, Olivier m’interpella et me demanda de le suivre car il avait quelque-chose Ă  me faire montrer.

Je le suivis avec pas mal d’inquiĂ©tude, non pas que je me mĂ©fiais de lui car je dois bien avouer que jamais il ne m’avait jouĂ© un sale petit tour comme certains petits frĂšres osent le faire par sadisme envers leurs soeurs.

Non, bien au contraire, Olivier ne m’avait jamais fait quoi que ce soit pour m’effrayer en me lançant un insecte sur moi par exemple, non jamais et tant mieux d’ailleurs !

Par contre, le seul inconvĂ©nient chez lui, Ă©tait que si jamais je voulais qu’il Ă©crabouille vite fait bien fait une mante religieuse (j’ai horreur de ces sales bestioles) qui osait se mettre en travers de mon chemin, il ne le faisait jamais car il estimait que chaque insecte mĂ©ritait de vivre et donc il prenait l’insecte en question et le jetait un peu plus loin afin que celui-çi puisse continuer sa petite vie…

Eh oui ! il Ă©tait trĂšs respectueux de la nature et du monde des insectes, pour mon plus grand malheur ! (Je veux parler des insectes bien entendu)

Ce fut donc avec une lĂ©gĂšre apprĂ©hension que je suivis mon petit frĂšre en me demandant tout de mĂȘme ce qu’il allait bien me faire montrer ; sans doute le fameux QG de ces chĂšres fourmis…

Enfin arrivĂ©s sur le fameux lieu oĂč se trouvait ladite chose, Olivier me dit :

« Viens avec moi CĂ©cile. Allez viens. Suis-moi et accroupis toi derriĂšre ce petit arbuste. Regarde lĂ -bas… Tu as vu ?? »

Une fois m’ĂȘtre accroupie, je regardai dans la direction qu’il me dĂ©signait du doigt.

Et ce fut Ă  ce moment lĂ  que j’aperçus une bien Ă©trange bestiole que je n’avais jusqu’alors pas encore remarquĂ©e dans notre jardin car cela ne faisait pas trĂšs longtemps que nous vivions en GuinĂ©e. Et donc, nous n’avions pas encore fait suffisamment le tour de toutes ces charmantes bĂ©bĂȘtes…

Cette bestiole lĂ , semblait venir tout droit de l’Ăšre prĂ©historique tellement elle Ă©tait diffĂ©rente de tous les insectes que j’avais jusque lĂ  dĂ©jĂ  vu dans ma vie d’enfant. Et il se trouvait que cet extraordinaire animal Ă©tait lĂ , juste devant mes yeux, Ă  quelques mĂštres seulement de moi…

Vraiment incroyable une telle dĂ©couverte ! et qui plus est dans notre jardin…

****

Puis, avec un petit sourire en coin, Olivier me dit :

« T’as vu ?? C’est la premiĂšre fois que je vois un tel spĂ©cimen. Il est beau, non ? Tu as vu ses pattes ? Et sa tĂȘte ? Trop bizarre, hein ?? »

« Oui c’est vrai, tu as raison » lui rĂ©pondis-je. « J’avais jamais vu une telle bestiole ! Elle fait un peu peur. Mais qu’est-ce qu’il fait lĂ  ?? » ajoutai-je avec curiositĂ©.

Le grand lĂ©zard venait de boire une petite lampĂ©e d’eau d’une petite flaque boueuse (la veille, il y avait eu une forte pluie) puis il enfouit sa drĂŽle de tĂȘte prĂ©historique dans un petit trou qui devait ĂȘtre assez profond car Ă  prĂ©sent, je ne voyais plus que ses deux pattes arriĂšres griffues ainsi que sa si longue queue…

C’est alors que mon frĂšre me dit :

« Ă§a fait un moment que je l’observe et j’ai vu qu’il n’arrĂȘtait pas de sortir des trucs ronds et blancs du petit trou ; sans doute des oeufs et qu’il les crevait ensuite avec ses pattes de devant pour manger ce qu’il y a dedans. Je pense que ce doit ĂȘtre un mĂąle sinon il aurait pas manger ses propres oeufs si c’Ă©taient les siens… »

« Mais Ă  qui sont les oeufs alors ? demandai-je. « Berk, il est dĂ©gueulasse en tout cas. Pourquoi il mange ça ?? Il est mĂ©chant, je trouve. Il tue des bĂ©bĂ©s »

« Mais c’est la nature CĂ©cile ! Tu peux pas empĂȘcher ça. Je pense que les oeufs appartiennent Ă  la femelle lĂ©zard qui lui ressemble un peu, sauf que j’ai remarquĂ© qu’elle est beaucoup plus petite que lui. Je l’ai vu tout Ă  l’heure avant de voir le grand mĂąle et elle mettait souvent sa tĂȘte Ă  l’intĂ©rieur du petit trou mais je sais pas trop ce qu’elle y faisait. Puis ensuite, j’ai vu le grand lĂ©zard qui venait tout prĂšs du trou pendant que la femelle Ă©tait partie. Et c’est lĂ  que j’ai mieux observĂ© le manĂšge du mĂąle et que j’ai voulu que tu vois ça. Depuis tout Ă  l’heure, il a dĂ©jĂ  mangĂ© 3 oeufs »

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« Mais tu le laisses faire ? Pourquoi ?? Et la femelle ?? Qu’est-ce qu’elle fait ?? pourquoi elle revient pas ?? »

« Mais elle Ă©tait revenue tout Ă  l’heure. Sauf que le mĂąle lui barrait la route qui mĂšne Ă  ses oeufs et il avait l’air de la menacer alors elle s’est enfuit quelque part et depuis elle n’est plus revenue. Mais je voulais faire quelque-chose, c’est pour ça que je t’ai appelĂ©. Tu veux que je te dise mon plan ? »

« Mais c’est quoi comme plan ?? Qu’est-ce que tu veux faire ? Dis-moi… »

Avec de nouveau ce petit sourire que je lui connaissais si bien ; il me dit :

« VoilĂ , j’aimerais l’attraper et le placer Ă  l’intĂ©rieur de la gloriette. Ensuite, on pourrait lui donner Ă  manger, prendre soin de lui et mieux l’observer. Tu sais, c’est rare une bĂȘte comme ça ! Moi, en tout cas, j’aimerais bien le faire et toi ?? »

« Eh bien, je sais pas trop… Il fait un peu peur quand mĂȘme. Comment on ferait pour l’attraper ? En plus, il a des griffes. Je sais pas trop… Tu crois vraiment qu’il faudrait faire ça ?? »

« Mais oui, pourquoi pas ?? Allez CĂ©cile ! N’aie pas peur. Je suis lĂ . Regarde, j’ai dĂ©jĂ  cette ficelle en raphia que je viens de faire un noeud coulant pour pouvoir l’attraper. Toi, tu prendras ce bĂąton pour l’empĂȘcher de fuir et alors il sera pris au piĂšge ici mĂȘme. C’est le lieu idĂ©al pour l’attraper, je trouve… »

****

En effet, nous nous trouvions dans l’allĂ©e principale qui menait Ă  notre jardin avec des murs en vis Ă  vis.

Il y avait le haut mur de clĂŽture qui se trouvait Ă  notre gauche et dont le dessus Ă©tait parsemĂ© de bris de verres (pour dissuader les voleurs de le franchir) ; quant Ă  notre droite, il y avait le mur de notre propre maison qui longeait notre allĂ©e ; oĂč se trouvait trĂšs prĂ©cisĂ©ment notre « Grand LĂ©zard »…

AussitĂŽt dit, aussitĂŽt fait, nous dĂ©cidĂąmes de mettre Ă  exĂ©cution notre plan machiavĂ©lique…

****

Mon frĂšre rĂ©ussit tant bien que mal Ă  capturer l’Ă©trange animal en lui passant la corde au cou pendant que moi je tapais trĂšs fort sur le sol de l’allĂ©e avec mon bĂąton afin qu’il ne puisse pas se frayer un passage et s’enfuir entre nos jambes.

AcculĂ© au mur de notre maison, le lĂ©zard Ă©tait bel et bien pris au piĂšge tandis que mon frĂšre Ă©tait en train de bien lui nouer le collier autour de son cou tout en veillant Ă  ne pas trop le lui serrer trop fortement afin que celui-çi n’en soit pas gĂȘnĂ©.

Enfin capturĂ©, notre trophĂ©e se trouvait Ă  prĂ©sent Ă  l’intĂ©rieur de notre gloriette, en train de ne cesser de glisser sur le carrelage Ă  cause de ses pattes griffues qui n’adhĂ©raient pas bien Ă  la surface trop lisse de celui-çi. Il essayait en vain de courir pour pouvoir s’enfuir mais sans succĂšs…

Le grand lĂ©zard Ă©tait attachĂ© de maniĂšre Ă  ce qu’il ne puisse pas s’enfuir de la gloriette pour aller dans le jardin mais il avait assez de laisse et suffisamment d’espace pour pouvoir marcher et se dĂ©gourdir les pattes.

Quelques temps plus tard, à force de glisser sur le carrelage, il commençait Ă  se fatiguer et sĂ»rement Ă  rĂ©aliser qu’il n’arriverait pas Ă  se sauver.

C’est alors qu’il finit par se calmer et donc Ă  ne plus se rebeller ; ce qui nous permĂźmes Ă  mon frĂšre et Ă  moi de pouvoir faire enfin, plus ample connaissance avec notre nouvel hĂŽte que nous avions dĂ©cidĂ© de baptiser : « LĂ©on ».

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Léon, le lézard géant :

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Petite parenthĂšse : « Le Crotaphytus collaris » :

Le Crotaphytus collaris est une espĂšce de sauriens de la famille des Crotaphytidae.

Ce lĂ©zard atteint environ 30 centimĂštres (queue comprise). Il a une large tĂȘte, des membres bien dĂ©veloppĂ©s avec des doigts longs et pourvus de griffes. Le corps est assez aplati et large.

Le Crotaphytus collaris possĂšde un collier noir autour du cou, caractĂ©ristique. La tĂȘte du mĂąle peut ĂȘtre jaune ou orange vif. Le reste de la livrĂ©e est colorĂ©e, avec une dominance de bleu azur, vert – gris, parsemĂ©e de taches jaunes ou grisĂątres. Cette livrĂ©e peut ĂȘtre assez variĂ©e selon les sous-espĂšces.

La femelle prĂ©sente en gĂ©nĂ©ral des couleurs plus ternes dans les bruns, sauf lorsqu’elle est en pĂ©riode de ponte, oĂč apparaissent des tĂąches et des traits rouge-orangĂ© sur la gorge et le flanc.

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Cela faisait dĂ©jĂ  pas mal de jours que LĂ©on vivait chez nous dans notre gloriette et je dois bien avouer que mon frĂšre et moi avions commencĂ© Ă  nous y attacher trĂšs fortement…

Pour ainsi dire, il Ă©tait devenu la mascotte de la maison et mĂȘme si au dĂ©but nos parents n’Ă©taient pas tout Ă  fait d’accord sur le principe de sa captivitĂ©, ils finirent par nous laisser faire, vu que Maman connaissait parfaitement ce genre de jeu qu’elle avait pratiquait elle-mĂȘme durant sa jeunesse, sauf qu’Ă  la seule diffĂ©rence prĂšs, c’est qu’elle n’avait encore jamais gardĂ© en captivitĂ© un lĂ©zard mais plutĂŽt jouer avec eux…

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Au fil des jours qui passaient, LĂ©on Ă©tait devenu trĂšs gentil et il aimait bien qu’on lui donne toutes sortes de nourritures : Des petits insectes tels que des vers de terre, des sauterelles, des mantes religieuses gĂ©antes (cela ne lui faisait pas peur de gober de trĂšs gros insectes vu que sa gueule Ă©tait dĂ©mesurĂ©e) que je chargeais bien volontiers mon petit frĂšre de les lui donner, vu que j’avais une trouille bleue de tous ces insectes et encore plus des mantes religieuses ! Quelle horreur ! 

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Pour ma part, j’aimais bien lui donner des petites feuilles de salade que Maman me donnait lorsqu’elle faisait de la salade verte pour ses repas…

Bref, mon frĂšre et moi, nous occupions fort bien de notre petit LĂ©on…

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Et comme on l’avait attrapĂ© durant nos congĂ©s de scolaritĂ©, on prenait bien soin de lui dĂšs le lever du matin jusqu’en fin d’aprĂšs-midi. On adorait jouer avec lui, le nourrir ou encore le caresser…

Il est vrai qu’en ce qui me concernait, je n’avais jamais osĂ© lui caresser la tĂȘte ou encore le ventre et je prĂ©fĂ©rais de loin que ce soit mon petit frĂšre qui lui fasse ce genre de soin.

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Mais ça n’empĂȘchait pas que je l’aimais bien notre lĂ©zard mĂȘme si celui-çi avait une tĂȘte un peu Ă©trange et qu’il ressemblait quelque peu Ă  un tyrannosaure rex de la prĂ©histoire, certes en version miniature et en beaucoup moins fĂ©roce ou effrayant que l’original… Je le trouvais tout de mĂȘme assez mignon !

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Et ce fut donc durant prĂšs de 2 semaines que nous gardĂąmes en captivitĂ© notre petit LĂ©on que nous aimions tant…

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Mais un jour, mon frĂšre et moi dĂ©cidĂąmes qu’il fallait le remettre en libertĂ© car nous avions remarquĂ© que de plus en plus, il y avait d’autres lĂ©zards de son espĂšce qui venaient lui rendre visite par curiositĂ© ou qui venaient lui chercher querelle…

Et comme il Ă©tait attachĂ© par une corde, il ne pouvait pas bien se dĂ©fendre face Ă  ses dĂ©tracteurs qui n’hĂ©sitaient pas Ă  s’attaquer Ă  lui en le mordant, lui laissant au passage quelques vilaines petites cicatrices sur le corps…

De plus, mon frĂšre et moi n’Ă©tions pas non plus 24 h/24 Ă  le protĂ©ger car nous avions aussi d’autres occupations et ce fut donc en parti Ă  cause de toutes ces raisons, que nous dĂ©cidĂąmes un beau jour, de le relĂącher afin qu’il redevienne libre comme il l’Ă©tait autrefois…

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La liberté de Léon :

Ce jour lĂ , chose trĂšs rarissime dans le domaine de nos amis les lĂ©zard, Monsieur LĂ©on ne voulait plus du tout nous quitter et ce malgrĂ© que mon frĂšre lui eut retirĂ© son collier…

Il s’Ă©tait trop habituĂ© Ă  nous et il restait plantĂ© lĂ , Ă  nous regarder de ses petits yeux noirs en amande, comme s’il nous disait :

« Mais je ne veux pas partir ! Je veux rester avec vous ! S’il vous plaĂźt, laissez-moi avec vous ! Je vous aime bien, moi… »

Mon frĂšre et moi Ă©tions trĂšs tristes de le laisser partir mais on voulait vraiment qu’il retrouve sa libertĂ©…

Alors d’un geste de la main, on lui faisait signe de s’en aller et on lui disait :

« Allez LĂ©on ! Il faut que tu partes maintenant. Tu verras, tu seras trĂšs heureux en libertĂ©. Allez, vas-y petit LĂ©on. Va retrouver ta libertĂ©. On ne t’oubliera jamais gentil petit LĂ©on…On t’aime, tu sais… »

Au bout d’un certain temps, il inclina la tĂȘte comme s’il avait compris notre message puis il nous regarda pour la derniĂšre fois de ses Ă©tranges petits yeux malicieux puis s’enfuya Ă  toutes pattes Ă  travers une des alvĂ©oles de notre mur de clĂŽture qui donnait sur la plage…

Et hop ! en un rien de temps, il s’Ă©tait retrouvĂ© Ă  l’extĂ©rieur de notre jardin, cĂŽtĂ© plage ; l’endroit mĂȘme oĂč tous ses amis les lĂ©zards de son espĂšce, aimaient bien rĂ©chauffer leur corps au soleil et qui devaient trĂšs certainement l’attendre Ă  ce moment-lĂ …

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Et voilà que notre ami Léon était bel et bien parti pour de nouvelles aventures.

Des aventures qui n’appartiendraient qu’Ă  lui…

DĂ©sormais, nous n’aurions plus jamais le plaisir et le privilĂšge de pouvoir observer notre petit lĂ©zard…

Mais c’Ă©tait notre souhait ! alors nous n’avions aucun regret Ă  ce sujet !

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LĂ©on fut donc le seul et dernier des lĂ©zards de son espĂšce Ă  ĂȘtre restĂ© en captivitĂ© chez nous et Ă©galement le seul Ă  ĂȘtre observĂ© de trĂšs prĂšs durant plusieurs jours…

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Pour toutes celles ou tous ceux qui se demanderaient si un jour, mon frĂšre et moi Ă©tions tombĂ©s par hasard sur notre petit LĂ©on ; la rĂ©ponse sera nĂ©gative…

LĂ©on avait quelques particularitĂ©s physiques telles que de longues balafres sur ses flancs ainsi qu’une tĂȘte bien spĂ©cifique que l’on aurait pu reconnaĂźtre entre mille parmi tous ses congĂ©nĂšres…

Non, notre LĂ©on ne revint plus jamais chez nous mais cela ne nous attristĂąmes pas ; bien au contraire, puisque nous nous disions qu’il devait sans doute couler des jours heureux ailleurs, avec ses amis(es) les lĂ©zards de son espĂšce…

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C’Ă©tait l’histoire de LĂ©on, notre lĂ©zard gĂ©ant que je voulais absolument vous raconter car il faisait parti de l’un de mes plus beaux souvenirs passĂ©s en GuinĂ©e lorsque j’avais 10 ans. Un Ăąge oĂč l’on est intrĂ©pide et que la dĂ©couverte est trĂšs enrichissante…

Un amour de chat

Par un beau jour de semaine ; mes parents, mon frĂšre et moi Ă©tions allĂ©s au restaurant « Chez Papy »…
Et comme Ă  notre accoutumĂ©e, mon frĂšre et moi avions commandĂ© le mĂȘme menu dont nous raffolions particuliĂšrement….
Alors que nous mangions tranquillement ; le neveu de « Papy » vint nous annoncer que sa chatte venait d’avoir une portĂ©e de 6 chatons (les chatons avaient 2 semaines) et qu’il souhaitait en faire adopter quelques uns….

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Ma Maman fut trĂšs intĂ©rĂ©ssĂ©e par cette proposition et demanda au Neveu, qu’elle souhaitait juste en adopter 3, si c’Ă©tait possible…
Le Neveu lui dit que c’Ă©tait tout Ă  fait possible et qu’il suffisait juste qu’elle choisisse les coloris des pelages des 3 chatons…
En effet sur les 6 chatons ; le Neveu nous dit qu’ils y en avaient 3 qui Ă©taient particuliĂšrement beaux ; dont 1 mĂąle qui Ă©tait tout blanc, 1 autre mĂąle qui Ă©tait tout noir avec les 4 pattes blanches (comme si il avait enfilĂ© des chaussettes) et enfin une femelle qui avait une robe de couleur tigrĂ©e rouquine…
Le Neveu insista beaucoup sur le fait que ces 3 chatons Ă©taient vraiment trĂšs mignons (par rapport aux autres chatons de la portĂ©e) et que chacun avaient une trĂšs belle robe…
Il ne pouvait pas nous les faire montrer car ils Ă©taient chez lui, dans sa maison, mais il promit Ă  ma mĂšre qu’elle n’en serait vraiment pas déçue, bien au contraire….
Ma mĂšre qui aimait dĂ©jĂ  beaucoup les chats, lui fit entiĂšrement confiance…
Puis le Neveu lui dit : « Vous verrez Madame, vos enfants aimeront beaucoup ces petits chatons…ils sont si mignons…Vous pourrez par exemple les prendre demain si vous le souhaitez… »
Mon frĂšre et moi Ă©tions tous les deux tout excitĂ©s et nous regardĂąmes Maman en lui disant : « Oh oui, Maman !!! ce serait bien pour demain !!! »
Maman nous regarda Ă  son tour, en souriant et nous dit : « Mais oui pourquoi pas !!!… »
Puis Maman s’adressa Ă  nouveau au Neveu de « Papy » et lui dit : »Oui, ce serait parfait pour demain…On pourrait faire venir notre chauffeur le matin par exemple…et il viendrait ici au restaurant pour rĂ©cupĂ©rer les chatons…qu’en pensez-vous ? »
Le Neveu lui dit : »Mais biensĂ»r, pas de problĂšme…Vous ferez donc venir votre chauffeur, le matin vers 10 heures car je serais lĂ  en cuisine avec mon oncle…Je mettrai donc les 3 chatons dans un carton afin qu’ils ne s’Ă©chappent pas et je remettrai le carton Ă  votre chauffeur…VoilĂ  Madame….en tout cas je vous remercie de bien vouloir les adopter…et je suis sĂ»r qu’ils seront trĂšs heureux chez vous et que vos enfants s’occuperont bien d’eux…N’est-ce pas les enfants ? »
Le Neveu nous regarda avec un large sourire puis mon frĂšre et moi, on s’empressa de lui dire en choeur : « Oui !!! merci beaucoup Monsieur… »
« Mais de rien les enfants, c’est un plaisir pour moi… » dit-il en souriant…
Et inutile de vous dire que mon frĂšre et moi Ă©tions vraiment trĂšs impatient d’arriver dĂ©jĂ  au lendemain…

L’arrivĂ©e de la boĂźte en carton :
Momo, notre chauffeur, tapa Ă  la porte fenĂȘtre du salon et nous dit Ă  travers la baie vitrĂ©e : « Les enfants, vous pouvez dire Ă  Madame, que j’ai la boĂźte en carton avec les chats Ă  l’intĂ©rieur ?…Merci… »
Je lui rĂ©pondis avec excitation : « Oui, oui, attends je vais vite aller lui dire… »
Je courus et me prĂ©cipitai vers la chambre de mes parents car Maman s’y trouvait Ă  l’intĂ©rieur….
J’ouvris la porte de la chambre et lui dit : « Maman, Maman, ça y est, Momo vient de revenir avec les chatons !!! on va vite les voir, tu viens ? »
Maman me dit « Mais biensĂ»r, attends, je viens tout de suite…. »

Les 3 adorables chatons :
Le carton Ă©tait posĂ© Ă  mĂȘme le sol (de la vĂ©randa abritĂ©e de notre maison) et on pouvait y entendre, Ă  l’intĂ©rieur, des petits miaulements…
Maman dit Ă  mon frĂšre et Ă  moi : « Allez, les enfants…Ouvrez le carton, maintenant… »
Nous ouvrĂźmes le carton et subitement, un petit chaton tout blanc sauta dans mes bras…

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Je m’en souviens encore comme si c’Ă©tait hier…
Ce chaton s’Ă©tait littĂ©rallement jetĂ© dans mes bras comme s’il me disait : « Je veux ĂȘtre ton chat, CĂ©cile… »
Je le soulevai et le serrai tout contre moi en disant Ă  ma mĂšre et Ă  mon petit frĂšre : « Je voudrais qu’il soit mon chat, il est trop beau…Il est tout blanc et sa queue est toute noire….Maman, Olivier…il sera mon chat, hein ? »
Mon frĂšre ne m’Ă©coutait pas du tout…et il tenait lui aussi dans ses bras, le second chaton noir et blanc dont le nez Ă©tait tout noir…

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Au bout d’un instant, mon petit frĂšre dit Ă  ma mĂšre et Ă  moi : »Maman, CĂ©cile, j’aime beaucoup ce chaton…Ses pattes sont toutes blanches comme s’ils portaient des chaussettes et en plus son nez est trĂšs spĂ©cial…Il est tout noir… »
Ma mĂšre ne fit pas attention Ă  ce que disait mon petit frĂšre car elle avait entendu un petit miaulement qui provenait de la boĂźte en carton…
Elle s’approcha de la boĂźte et se pencha en avant afin de regarder Ă  l’intĂ©rieur…
En effet, Ă  l’intĂ©rieur, se trouvait encore cachĂ©, dans un coin du carton ; le dernier chaton qui n’Ă©tait autre qu’une petite femelle toute tigrĂ©e couleur rouquine…
Cette petite derniĂšre Ă©tait la plus sage des trois chatons et elle paraissait plus intimidĂ©e que les deux autres ; si bien que lorsque ma mĂšre la prit dans ses bras, elle nous dit Ă  moi et Ă  mon frĂšre : « Les enfants, cette petite tigrĂ©e sera Ă  moi…J’aime beaucoup sa robe…elle est vraiment trĂšs belle… »
Puis ma mĂšre nous dit : « Alors toi CĂ©cile, le chaton blanc sera Ă  toi et toi, Olivier, le chat noir et blanc sera Ă  toi…Quant Ă  moi, voici ma petite tigrĂ©e toute mignonne… »
Et ce fut donc, par cette belle matinĂ©e que nous reçûmes, ma mĂšre, mon petit frĂšre et moi, de bien jolis prĂ©sents, tels que ces 3 adorables chatons…
Les jour suivant, ma mĂšre nous aida Ă  trouver des prĂ©noms Ă  nos chatons…
Elle finit d’ailleurs, par nous trouver de bien jolis prĂ©noms qui allaient parfaitement avec ces adorables petites boules de poils…

Nos 3 chats : Pussy-Cat, Mitsou et Minith :

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Et ce fut ainsi que « Pussy-Cat » (mon chat), Mitsou (le chat de mon frĂšre) et Minith (la chatte de ma Maman) furent partis de notre vie durant plusieurs annĂ©es, pour notre plus grand bonheur…