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Son plus beau cadeau sur Terre 🎁 La suite…

L’hypnotisant et chaleureux feu de cheminĂ©e avec ses braises crĂ©pitantes et rougeoyantes dans son Ăątre.

Oh ! Rien que d’y penser, elle avait presque hĂąte !

Oui, un bon feu de cheminĂ©e qui lui rĂ©chaufferait le cƓur et l’ñme durant l’hiver.

Entendre le doux son du bois craquer au contact des flammes dansantes et lumineuses lui ferait trĂšs certainement oublier sa forĂȘt enchantĂ©e


L’oublier un temps soit peu, c’est vrai, mais pas dans ses rĂȘves nocturnes pendant que la neige se mettrait Ă  tomber dehors et finirait par la recouvrir intĂ©gralement d’un joli manteau d’une blancheur immaculĂ©e…

Voilà tout ce dont à quoi ce buffet en pin massif lui faisait penser


À toutes ces belles choses qui la rendaient infiniment heureuse…

Ah ! qu’elle aurait aimĂ©, Ă  cet instant prĂ©cis, se retrouver dans sa merveilleuse forĂȘt !

Mais cela n’aurait pas Ă©tĂ© raisonnable, Ă©tant donnĂ© qu’il avait bien trop plu.

Tout ne serait donc qu’humiditĂ© et rien que d’y penser Mira en fut Ă©cƓurĂ©e !

Non, il Ă©tait plus sage d’attendre que celle-ci redevienne bien sĂšche comme elle l’Ă©tait il n’y a pas si longtemps.

« Peut-ĂȘtre aprĂšs demain et biensĂ»r Ă  condition que Maman ne soit pas lĂ  » se dit-elle tout en baillant.

****

Mira attendait toujours bien sagement que sa Maman revienne mais elle trouvait que le temps Ă©tait de plus en plus long et commençait sĂ©rieusement Ă  s’inquiĂ©ter de son absence prolongĂ©e.

Soudain, elle sursauta en entendant :

« Cou-cou ! Cou-cou ! Cou-cou ! »

Le bruit provenait de l’horloge en bois qui se trouvait juste au-dessus de la porte de la cuisine.

CentrĂ©e au beau milieu de celle-ci ; une petite porte arrondie venait Ă  peine de s’ouvrir laissant surgir un oiseau qu’elle connaissait fort bien et qui avait le don de l’horripiler.

Il s’agissait de « Canari », le fameux oiseau de malheur qui se cachait Ă  l’intĂ©rieur et qui rĂ©apparaissait de temps en temps quand cela lui chantait.

Et lĂ , il Ă©tait en train de siffloter gaiement dans un son particuliĂšrement aigu qui l’agaçait :

« Cou-cou ! Cou-cou ! Cou-cou ! »

Elle le regarda d’un air mauvais et mĂ©prisant :

« Mais tais-toi donc le Canari ! Pfff ! Oh la la ! On a compris le message ! Il est telle heure ! Et alors ? C’est pas la fin du monde que je sache ! » lui lança t-elle rageuse avec cette irrĂ©sistible envie de lui arracher le bec en deux temps trois mouvements pour qu’il puisse se taire une bonne fois pour toutes.

« Cou-cou ! Cou-cou ! » continua de chanter le petit oiseau sans vergogne.

Il venait d’annoncer qu’il Ă©tait exactement 17H00.

Mira avait toujours aimĂ© cette bonne vieille horloge en bois qui devait trĂšs certainement dater de l’avant guerre.

Les jolies arabesques qui y Ă©taient gravĂ©es lui donnaient une allure des plus singuliĂšre et d’une rare authenticitĂ©.

C’Ă©tait vraiment une magnifique horloge !

Par contre, le petit ĂȘtre arrogant qui se renfermait dans ses entrailles n’avait pas le moins du monde sa grĂące.

À dire vrai, elle le dĂ©testait.

Certes, c’Ă©tait peut-ĂȘtre un bel oiseau avec son plumage jaune poussin des plus rayonnant mais elle n’arrivait plus Ă  supporter son sempiternel « Cou-cou » lui sortant de son minuscule bec orange vif.

Deux couleurs des plus criardes qui se voyaient Ă  des kilomĂštres Ă  la ronde !

C’est pourquoi elle aimait bien se moquer de lui en l’appelant : Canari.

Quant Ă  ses petits yeux noirs vifs et malicieux ; ils semblaient toujours la narguer lorsqu’il jaillissait subrepticement de son antre fermĂ©e Ă  double tour.

Sans doute qu’il se sentait Ă  l’abri, lĂ  haut, Ă  l’intĂ©rieur de son refuge et qu’il savait fort bien que Mira n’aurait pas pu lui faire quoi que ce soit


Ah ! Comme elle aurait voulu l’attraper pour lui rĂ©gler enfin son compte !

Oui ! Pour toutes ces fois oĂč il avait eu l’audace de la faire sursauter en lui chantant Ă  tue tĂȘte ses infernales coucous rĂ©pĂ©titifs


« Cou-cou ! Cou-cou ! »

Mais il ne perdait rien pour attendre celui-là


Un beau jour, elle se vengerait. Elle ne savait pas encore par quel moyen mais elle finirait bien par trouver…

Elle l’observa encore. C’est fou comme il avait l’air vivant, lĂ  haut sur son perchoir en train de lui chanter la sĂ©rĂ©nade !

C’en Ă©tait presque bluffant !

Monsieur Canari faisait son intĂ©ressant. Son grand show. Il devait trĂšs certainement se prendre pour Monsieur Rossignol alors qu’il avait une voix stridente de crĂ©celle !

Mira ne le dĂ©testait pas tant que ça


Non, c’Ă©tait bien pire. Elle le haĂŻssait !

Elle Ă©tait pourtant habituĂ©e Ă  le voir quotidiennement et ce depuis pas mal d’annĂ©es dĂ©jĂ  mais bizarrement, elle ne s’Ă©tait point faites Ă  son chant.

Non, celui-lĂ , elle n’arrivait toujours pas Ă  l’ingurgiter


Cependant, elle reconnaissait qu’il accomplissait fort bien son travail d’annonceur


Ah ça oui ! Et ce durant ces 5 annĂ©es oĂč elle avait habitĂ© ici.

Et d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, jamais encore il n’avait eu la moindre extinction de voix


Non ! Une vraie machine de guerre ce Canari lĂ  ! Et biensĂ»r n’ayant pas la moindre pitiĂ© pour ses oreilles fines et si dĂ©licates.

Elle avait bien essayĂ© de se faire Ă  son chant oĂč encore de contrĂŽler ses sursauts lorsqu’il entonnait ses horribles coucou mais elle avait fini par jeter l’Ă©ponge…

C’Ă©tait tout bonnement impossible !

Résultat des courses : elle détestait toujours autant sa voix et continuait à tressaillir lorsque le volatile en bois sortait de sa cachette tel un clown machiavélique.

Dieu qu’elle le mĂ©prisait !

Mira l’observait encore lorsque soudain la petite porte en bois se referma enfin sur lui.

« Pfff, il Ă©tait temps ! » soupira t-elle en regardant les grandes aiguilles noires de l’horloge.

Elles annonçaient qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  17H15.

« Mais que pouvait bien faire Laura ? Elle n’Ă©tait toujours pas revenue » s’inquiĂ©ta t-elle en tournant la tĂȘte vers la porte d’entrĂ©e du salon.

****

Mira commençait à avoir une petite faim alors elle franchit le seuil de la cuisine dont la porte était restée grande ouverte.

Immédiatement, elle remarqua au loin une petite assiette garnie de madeleines dorées qui reposait sur la table centrale.

Juste Ă  cĂŽtĂ© de celle-ci se trouvait un bol Ă  anse accompagnĂ© d’une petite cuillĂšre Ă  cafĂ©.

Mira n’aimait pas trop les madeleines car elles avaient tendance Ă  lui coller au palais et puis il faut dire aussi que ce n’Ă©tait pas trop sa tasse de thĂ©.

Son intĂ©rĂȘt se porta donc sur le bol en porcelaine blanc Ă  gros pois rouges.

Que pouvait bien t-il contenir ? se demanda t-elle en ne le quittant pas de ses yeux perçants.

Sa curiositĂ© grandissait au fur et Ă  mesure qu’elle se rapprochait de la grande table.

Ses narines sentirent les effluves d’un parfum vanillĂ©.

Se pourrait-il que Laura lui ai préparé son dessert préféré ?

Une bonne et onctueuse crĂšme dessert Ă  la vanille ?

Hum ! Rien que d’y songer, Mira Ă©tait dĂ©jĂ  toute excitĂ©e Ă  l’idĂ©e qu’elle le dĂ©gusterait dans quelques secondes.

Un exquis dessert lacté rien que pour elle ! Elle en avait de la chance !

Et sa Maman avait bien veillĂ© Ă  le sortir du frigo Ă  l’avance car elle savait que Mira aimait le manger Ă  tempĂ©rature ambiante et non glacĂ©e.

Le goĂ»t s’en trouvait bien meilleur.

Décidément, elle avait vraiment une Maman en or.

C’Ă©tait donc ça la fameuse surprise que Laura lui avait concoctĂ©e ?

Pourtant, elle aurait jurĂ© que sa Maman lui avait bien dit qu’elle lui ramĂšnerait un cadeau en revenant de ses courses.

Mira plissa les yeux de contentement.

Se pourrait-il alors qu’il y ait une deuxiĂšme surprise ?

Elle s’apprĂȘtait Ă  dĂ©guster sa gourmandise lorsque soudain, elle entendit un drĂŽle de bruit qui provenait du salon.

Ah ! Non ! Personne n’avait le droit de la dĂ©ranger lorsqu’elle Ă©tait Ă  table !

« Fichu bruit ! Va t’en ! Et laisse moi savourer ce dĂ©licieux met »

Mira se pourlĂ©cha les babines, prĂȘte Ă  attaquer son savoureux dessert.

« Crrr, crrr, crrr »

Oh non ! Le bruit de tout Ă  l’heure venait encore de recommencer et cette fois-çi il ne s’arrĂȘtait plus.

« Ah ! Mais c’est pas vrai ça ! Je ne peux vraiment pas ĂȘtre tranquille aujourd’hui ! »

À contre cƓur elle laissa son assiette de cĂŽtĂ© et retourna vite sur ses pas.

Du seuil de la cuisine elle inspecta de ses yeux d’aigle le vaste salon.

« Crrr, crrr, crrr »

Le bruit s’intensifiait davantage. C’Ă©tait un peu comme un grattement Ă  une porte mais elle n’arrivait pas Ă  dĂ©celer de quoi il s’agissait exactement.

À l’affĂ»t et aux aguets, elle avança Ă  pas de loup Ă  l’intĂ©rieur du salon tout en scrutant les alentours mais ce n’Ă©tait pas si Ă©vident que ça vu qu’il faisait Ă  nouveau sombre ici.

Nous Ă©tions en plein mois d’octobre et le soleil se couchait beaucoup plus tĂŽt.

BientĂŽt il ne tarderait plus Ă  faire nuit noire.

« Crrr, crrr, crrr »

Les sens en alerte, Mira Ă©piait les moindres recoins de la piĂšce.

« Crrrr, crrr, crrr »

Par moment, le grattement s’interrompait, rendant alors difficile la recherche de sa provenance.

« Crrr, crrr, crrr »

« Ah la la ! Fichu bruit ! Mais oĂč te caches tu ? » s’agaça Mira.

Soudain AllĂ©luia ! Elle cru voir quelque chose bouger lĂ -bas, lĂ  oĂč Ă©tait placĂ© son fauteuil.

Vite, sans plus attendre, elle couru en sa direction puis au dernier moment décida de se positionner juste derriÚre lui afin de mieux épier la chose qui remuait.

Ses yeux verts n’Ă©taient plus que deux fentes extrĂȘmement Ă©trĂ©cis Ă  force de scruter dans la pĂ©nombre les contours de cette Ă©trangetĂ©.

Une étrangeté qui avait dû ressentir sa présence car à cet instant précis, elle ne bougea plus du tout.

Sans doute, avait-elle entendu Mira


« Mince alors ! Allez ! Gratte encore saleté ! Pourquoi tu bouges plus ? » marmonna t-elle entre ses dents.

Soudain, la bestiole recommença innocemment sa petite besogne sans prĂȘter attention Ă  Mira qui Ă©tait Ă  prĂ©sent juste derriĂšre elle.

Les yeux toujours Ă©trĂ©cis Ă  l’extrĂȘme, Mira reconnut enfin le petit animal.

« Quoi ! ? Ce n’Ă©tait qu’une vulgaire souris ! ? » s’indigna t-elle courroucĂ©e et prĂȘte Ă  lui bondir dessus.

Tout ce raffut n’était dĂ» qu’à une insignifiante petite souris ?

Une souris blanche qui Ă©tait en train de gratter frĂ©nĂ©tiquement avec ses pattes avant un coin fissurĂ© de la plinthe en bois du mur de droite. Celui-lĂ  mĂȘme oĂč se trouvait Ă  quelques centimĂštres son fauteuil en velours.

À l’attaaaaaque !!

Toutes griffes dehors, Mira bondit en avant tel un boulet de canon mais au moment oĂč elle allait se jeter sur le rongeur ; celui-ci se faufila aussi vite que l’Ă©clair par un petit trou attenant Ă  l’Ă©troite fissure qu’il n’avait pas eu le temps d’Ă©largir.

« Oh non ! SaletĂ© va ! T’as rĂ©ussi Ă  ĂȘtre plus rapide que moi ! » pesta t-elle dĂ©pitĂ©e d’avoir pu manquer son coup.

Et dire qu’elle avait Ă©tĂ© Ă  deux doigts de lui rĂ©gler son compte !

« Une vraie Speedy Gonzales ! celle-là ! » admit-elle avec une certaine fascination.

« Mais tu ne perds rien pour attendre ! » souffla t-elle sournoisement.

« En plus tu as osĂ© faire ta petite cachette juste Ă  cĂŽtĂ© de mon fauteuil. Ah la la ! Grave erreur, vilaine souris ! » s’insurgea t-elle en regardant d’un Ɠil l’intĂ©rieur du trou par lequel le rongeur s’Ă©tait introduit si lĂąchement.

Mais hélas, celui-ci semblait totalement vide.

Speedy Gonzales s’Ă©tait bel et bien volatilisĂ©e.

Elle avait dĂ» trĂšs certainement emprunter une des nombreuses galeries creusĂ©es par elle oĂč ses congĂ©nĂšres.

Car s’il y en avait une ; il devait alors y en avoir plusieurs


Elle prendrait alors son temps et un malin plaisir Ă  les pourchasser l’une aprĂšs l’autre…

En tous cas, Ă  l’avenir, elle resterait vigilante car elle dĂ©testait que des intrus envahissent son territoire.

Speedy Gonzales et le Canari ne perdaient rien pour attendre…

Mira regarda autour d’elle.

Avec la venue impromptue de cette souris, elle ne s’Ă©tait pas aperçu que le salon Ă©tait Ă  prĂ©sent plongĂ© dans le noir.

Elle ne craignait point la nuit mais elle commençait à se faire du mauvais sang pour sa Maman.

Elle jeta un Ɠil Ă  la porte d’entrĂ©e qui Ă©tait toujours obstinĂ©ment fermĂ©e


Mais que pouvait bien faire Laura Ă  cette heure si tardive ?

Pour passer le temps, elle décida de rester encore quelques instants devant le trou de la plinthe, histoire de voir si la souris finirait bien par en ressortir.

Mais Speedy Gonzales Ă©tait loin d’ĂȘtre bĂȘte.

Ce soir, il Ă©tait Ă©vident qu’elle ne montrerait plus le bout de son museau.

Mira devait se résigner.

Elle commença Ă  bĂąiller d’ennui et repensa Ă  nouveau aux douces paroles de sa Maman :

« Je te ramÚnerai une petite surprise ma Mira ! Sois bien sage surtout ! »

Les rĂ©pĂ©ter inlassablement dans sa tĂȘte lui permettaient de se rassurer et mĂȘme si elle commençait Ă  redouter le pire.

« Pourvu que sa Maman n’ait pas eu un accident sur la route » se demanda t-elle trĂšs inquiĂšte.

Mais il ne fallait surtout pas qu’elle perde les pĂ©dales.

Et pour cela, il valait mieux qu’elle resta positive en se disant que Laura ne tarderait plus Ă  revenir.

Soudain, elle repensa Ă  son onctueuse crĂšme dessert qu’elle avait bien failli oublier Ă  cause de la satanĂ©e Speedy Gonzales.

Celle-ci lui redonnerait du baume au cƓur concernant son inquiĂ©tude pour sa Maman et lui permettrait Ă©galement d’oublier le fĂącheux petit incident qu’elle avait eu avec le rongeur.

****

Mira venait Ă  peine de terminer sa dĂ©licieuse crĂšme dessert Ă  la vanille lorsqu’elle repensa encore aux paroles de Laura :

« Je reviendrai avec une petite surprise pour toi ma Chérie. Sois bien sage surtout ! »

VoilĂ  ce qu’elle lui avait dit avant de refermer derriĂšre elle, la lourde porte d’entrĂ©e en bois massif.

Elle ne pouvait s’empĂȘcher de se la ressasser en boucle.

Elle revoyait aussi l’image de son doux visage souriant avec ce joli foulard rose pastel nouĂ© autour de son cou dĂ©licatement parfumĂ©.

Un parfum aux notes florales emportĂ© dans le sillage du vent frais de cet aprĂšs-midi lĂ  et que Mira n’avait point oubliĂ©.

À cette pensĂ©e, elle eut une boule dans la gorge. Sa Maman lui manquait…

Soudainement, elle entendit le Canari chanter :

« Cou-cou ! Cou-cou ! »

Elle sursauta mais bizarrement ne lui en voulut pas.

Cet oiseau de malheur rompait le silence de plomb qui régnait dans la vaste maison et cela la rassurait.

Et mĂȘme si son « Cou-cou » Ă©tait dĂ©testable ; elle lui en Ă©tait quand mĂȘme reconnaissante


Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, elle mourait d’envie de lui arracher le bec !

Ce n’Ă©tait plus le cas maintenant. Le Canari Ă©tait devenu son ami.

Il venait d’annoncer qu’il Ă©tait exactement 19H00.

Son inquiétude redoubla.

Jamais encore sa Maman n’Ă©tait arrivĂ©e en retard. Elle respectait toujours ses promesses…

Mais que faisait-elle alors ?

Elle regarda par la baie vitrĂ©e. Le jardin Ă©tait dans l’obscuritĂ© totale et il n’y avait pas Ăąme qui vive.

Sa Maman ne donnait pas de cours le samedi au lycĂ©e et c’est pour cela qu’elle profitait toujours de ce jour pour faire ses courses.

« Maman ! Reviens moi ! S’il te plaĂźt ! »

Elle faisait cet ultime vƓu tout en regardant le ciel noir opaque dĂ©nuĂ© d’Ă©toiles


Soudain, elle entendit un cliquetis Ă  la porte.

Incroyable mais vrai ! Sa demande avait-elle été exaucée ? !

Vite, le cƓur battant et sans plus attendre, elle courut vers la porte et attendit.

Son impatience la rendait fébrile et trÚs nerveuse.

Subitement, la porte s’ouvrit enfin en grand, laissant apparaĂźtre sa douce et belle Maman qui lui lança :

« Coucou ma chĂ©rie ! Oui, je sais, je suis trĂšs en retard. Attends, je vais allumer. On n’y voit strictement rien ici ! »

Le grand lustre du salon s’illumina immĂ©diatement, Ă©clairant toute la piĂšce d’une intense lumiĂšre qui faisait plaisir Ă  voir.

Ainsi, le salon retrouvait enfin son cÎté chaleureux et sécurisant.

« Oh ma Chérie ! Tu as dû avoir peur toute seule ici dans le noir. Je suis vraiment désolée »

Laura dĂ©posa son gros sac de provisions sur le carrelage puis s’empressa de fermer Ă  clef la lourde porte en bois.

Elle se retourna et regarda Mira avec une extrĂȘme douceur dans le regard.

« Tu sais, je m’inquiĂ©tais pour toi ma Mira. Te savoir toute seule ici me tracassait. Mais je suis heureuse de te retrouver enfin. Allez, viens me faire un cĂąlin »

Tout en s’accroupissant, elle tendit les bras vers elle mais Mira ne broncha pas.

Elle restait immobile sans ciller.

« Que se passe-t-il ma Chérie ? Tu me boudes ? »

Le regard vert de Mira était réprobateur.

« Ah ! Je vois ! Tu m’en veux toujours. Mais tu sais ce n’est pas entiĂšrement de ma faute. Il y avait beaucoup de monde au supermarchĂ© et lorsque je conduisais sur la route qui mĂšne chez nous ; j’ai dĂ» faire un dĂ©tour Ă  cause d’un grave accident »

Les yeux verts de Mira s’arrondirent d’Ă©tonnement.

Mais alors l’absence prolongĂ©e de sa Maman Ă©tait donc dĂ» Ă  cause de toutes ces choses ?

« Tu m’en veux toujours ? » questionna Laura avec un petit sourire enjĂŽleur.

Avec de tels arguments ! Grand Dieu ! Biensûr que non ! Alors, contre toute attente, elle se précipita avec hùte vers sa Maman puis se caressa immédiatement tout contre elle en faisant ses pattes de velours.

« Oooh ! Ma jolie Mira ! » s’exclama Laura avec une certaine Ă©motion dans la voix.

Mira ronronnait de plaisir en ne cessant de se caresser contre elle.

« Mais toi aussi Maman ! Tu m’as manquĂ©e » miaula t-elle d’une petite voix en la dĂ©vorant des yeux.

« Oh ! J’aime quand tu me fais des cĂąlins comme ça ma Mira ! »

Laura lui caressa affectueusement la tĂȘte puis passa sa main sous son ventre tout blanc et si soyeux. Elle savait que Mira aimait bien qu’on le lui caresse en faisant de grands vas et vient.

Mira ronronnait de plus belle. Elle Ă©tait vraiment au septiĂšme ciel.

Laura lui fit ensuite un petit bisou sur le bout du nez.

« Ah ! mais j’allais oublier ta surprise ! » s’Ă©cria t-elle subitement.

« Attends, je vais la chercher dans le sac » ajouta t-elle en se relevant.

Quelques secondes plus tard, elle tenait dans sa main droite un sachet brillant qui ressemblait Ă  un gros paquet de chips.

Mira le reconnut immĂ©diatement avec son logo si particulier qui reprĂ©sentait l’empreinte d’un coussinet fĂ©lin.

« Tiens ! Regarde ! C’est pour toi ma Mira ! » s’enthousiasma Laura en commençant Ă  l’agiter de haut en bas.

« Tu reconnais ce bruit ? »

Bien Ă©videment qu’elle le reconnaissait !

Et quand bien mĂȘme il y aurait eu tout un tas de vacarme autour ; elle l’aurait encore reconnu entre mille


Mira ne cessa de le fixer de ses grands yeux verts en amande pendant que sa Maman continuait de le lui agiter sous le nez.

« Quel son merveilleux ! » miaula t-elle en ne le quittant pas des yeux.

Sa Maman venait de lui offrir un trĂšs joli cadeau : ses croquettes favorites d’aprĂšs le coussinet dorĂ© qui Ă©tait dessinĂ© dessus.

Sa marque prĂ©fĂ©rĂ©e ! Les savoureuses et fondantes croquettes de bƓuf aux lĂ©gumes verts dont elle raffolait tant.

Mira ronronna de plus belle Ă  l’idĂ©e de bientĂŽt les croquer


Mais elle ne ronronnait pas que pour elles


Est-ce que Laura s’Ă©tait aperçu qu’elle s’Ă©tait beaucoup inquiĂ©tĂ© pour elle ?

Et se doutait-elle un seul instant de l’immense amour qu’elle lui portait ?

Un amour qui surpassait tout le confort dont elle bénéficiait ici dans cette maison.

Un amour dĂ©bordant qui ne pouvait ĂȘtre comblĂ© et rassasiĂ© juste par des croquettes aussi affriolantes soient-elles.

Un amour qu’elle avait besoin de transmettre car elle n’Ă©tait peut-ĂȘtre qu’une chatte de gouttiĂšre, un fĂ©lin ronronnant Ă  la moindre caresse ou victuaille ; elle n’en restait pas moins un ĂȘtre vivant avec un cƓur rempli de sentiments Ă  l’intĂ©rieur.

Un cƓur qui n’oublierait jamais ce jour ou Laura l’avait adoptĂ©e un certain mois de juillet de l’annĂ©e 2013 Ă  la SPA ; juste en Ă©tant attirĂ©e par ses miaulements de dĂ©sespoir, sans mĂȘme la voir !

Ce jour oĂč elle Ă©tait encore tenue prisonniĂšre dans l’une de ces cages, enfermĂ©e Ă  double tour avec cinq autres amies comme elle qui attendaient en vain de se faire adopter mais sans aucun succĂšs.

Ce jour oĂč pourtant une certaine Laura avait su remarquer la dĂ©tresse dans sa voix Ă©raillĂ©e, Ă  force de miauler.

Ce jour qui avait changé irrémédiablement sa vie


Une complainte que Laura avait su Ă©couter et qui l’avait alors guidĂ©e et menĂ©e jusqu’Ă  elle.

Elle, la chatte de gouttiùre aux yeux verts


Et le coup de cƓur fut rĂ©ciproque. Aussi bien pour l’une que pour l’autre


Une rencontre qui Ă©tait sans doute Ă©crite


Le plus beau jour de sa vie…

Un jour Ă  jamais gravĂ© dans son petit cƓur de fĂ©lin.

Un cƓur qui avait enfin trouvĂ© sa Maman.

Une merveilleuse Maman qui l’avait sauvĂ©e et aimĂ©e de toute ses forces d’un amour inconditionnel


Un amour qui durerait encore et encore…

Son plus beau cadeau sur Terre…

 

Son plus beau cadeau sur Terre đŸŽ

Mira s’Ă©tait endormie dans le large fauteuil en velours si doux et si confortable qui se trouvait tout prĂšs de la grande baie vitrĂ©e.

À travers celle-ci, on pouvait voir un immense et magnifique jardin dont la pelouse venait tout juste d’ĂȘtre tondue il y a Ă  peine deux jours et qui Ă©tait Ă  prĂ©sent toute imbibĂ©e d’eau Ă  cause de l’interminable pluie.

Tout était redevenu calme dehors et peu à peu les petits moineaux revenaient se poser gaiement sur les branches dénudées des grands amandiers.
En haut de leurs cimes et par certaines ramifications de leurs branchages ; on pouvait remarquer quelques nids détruits.

Il faut dire que la tempĂȘte avait Ă©tĂ© d’une rare violence… Elle n’avait rien Ă©pargnĂ©…

Pourtant, Ă  voir les moineaux sautiller de branches en branches tout en piaffant entre eux ; ils ne semblaient guĂšre rancuniers au saccage de leurs petites demeures.

Sans doute que dans leurs langages d’oiseaux, ils prĂ©voyaient dĂ©jĂ  d’en reconstruire de nouvelles.

Par moment, ils venaient s’abreuvoir ou encore s’amuser dans les quelques flaques d’eau un peu boueuses qui s’étaient formĂ©es tels des petits cratĂšres dans les zones clairsemĂ©es de la pelouse.

Finalement, la pluie tant mĂ©prisĂ©e leur avait apportĂ©e de l’eau pour se dĂ©saltĂ©rer mais aussi la joie de pouvoir faire la toilette de leurs plumages.

Et c’était un spectacle des plus merveilleux que celui de pouvoir les observer en train de dĂ©ployer leurs petites ailes et secouer avec frĂ©nĂ©sie leurs plumes faisant alors jaillir d’innombrables gouttelettes d’eau autour d’eux.

Les moineaux avaient enfin retrouvĂ© leur joie de vivre comme si la tempĂȘte n’était jamais apparue


Mais ce n’Ă©tait hĂ©las pas le cas le cas pour tout le monde


Au centre du jardin, Ă  l’intĂ©rieur d’un pourtour de galets blancs ; de hauts rosiers buissons de couleur rouge-Bordeaux avaient perdu de leurs splendeurs Ă  cause des incessantes bourrasques de vent qui sans vergogne, les avaient entiĂšrement dĂ©pouillĂ©es de leurs si jolies et gracieuses pĂ©tales.

Elles s’étaient envolĂ©es de part et d’autre du jardin et reposaient de-ci de-lĂ  sur l’immense pelouse telles de belles endormies.

Elles avaient Ă©tĂ© arrachĂ©es de force Ă  leur mĂšre nourriciĂšre et ne tarderaient pas Ă  s’abĂźmer puis Ă  se flĂ©trir au fil des heures.

Mais pour l’instant, leur couleur rouge si profonde offrait un contraste des plus ravissant et romantique sur la vaste pelouse verte pomme.

La rageuse tempĂȘte n’avait pas rĂ©ussi Ă  dĂ©truire la magnificence de ce lieu habituellement si charmant par temps radieux


Les oiseaux tout comme les vĂ©gĂ©taux semblaient vouloir oublier ses terribles affres en continuant leur vie bien paisible tout en attendant avec une certaine impatience la venue de « Monsieur Soleil » qui les rĂ©chaufferait de bon cƓur de ses ardents et lumineux rayons.

****

La pluie s’était arrĂȘtĂ©e de tomber depuis dĂ©jĂ  quelques bonnes heures mais toujours pas de Monsieur soleil Ă  l’horizon…

Pourtant Ă  cet instant mĂȘme, le ciel venait de changer de nuance et sa couleur si grise de tout Ă  l’heure s’était alors transformĂ©e en un joli bleu gris parsemĂ© de gros nuages effilochĂ©s.

Des nuages qui n’allaient pas tarder Ă  s’Ă©vaporer selon les dires de l’annonce mĂ©tĂ©orologique diffusĂ©e hier soir Ă  la tĂ©lĂ©vision.

Cependant, Monsieur Soleil se faisait encore attendre et ne daignait toujours pas pointer le bout de son nez…

Que Diable attendait-il pour faire son entrée ?

Soudain, ĂŽ Miracle ! les premiers rayons apparurent et commencĂšrent Ă  traverser les vitres des deux grandes fenĂȘtres du salon ainsi que celle de la baie vitrĂ©e ; caressant au passage, la tĂȘte de Mira qui reposait sur l’un des accoudoirs moelleux du fauteuil.

La douce lumiĂšre s’insinua davantage Ă  l’intĂ©rieur de la piĂšce, la rendant alors beaucoup plus spacieuse et conviviale.

Elle finit ensuite par se projeter avec fougue sur les jolies courbes anatomiques de Mira et s’y attarda longuement en y faisant une jolie danse d’ondulation.

Elle explorait ainsi ce corps endormi en ne cessant d’y dessiner Ă  l’infini de douces vagues tels des tatouages Ă©phĂ©mĂšres.

Elle aimait jouer avec les sens de Mira mais que cherchait-elle exactement ?

Mira ne le savait que trop bien et faisait semblant de ne pas comprendre…

Elle ressentait les chaudes caresses des rayons du soleil lui réchauffer le corps mais elle ne voulait pas encore lui céder
 Pas tout de suite
 Pas maintenant


De son cĂŽtĂ© Mademoiselle LumiĂšre mettait du cƓur Ă  l’ouvrage en se faisant de plus en plus pressante et insistante


Elle jouait de plus belle avec Mira


Brusquement, comme si une mouche venait de la piquer ; elle fini par se lasser de ce petit jeu et dĂ©cida de terminer son incessante danse lumineuse en s’installant sur le bout de son nez ; obligeant ainsi cette derniĂšre Ă  ouvrir peu Ă  peu ses grands yeux verts en amande.

La lumiĂšre fut si forte que Mira dut les plisser afin de les accoutumer Ă  son intense luminosité 

Il faut dire que depuis pas mal d’heures dĂ©jĂ , il avait fait trĂšs sombre dans cette piĂšce.

Elle se souvenait encore des myriades de gouttelettes de pluie qui n’avaient eu de cesse de se projeter avec fracas contre les vitres des deux fenĂȘtres ainsi que sur celle de la baie vitrĂ©e lui donnant alors un lĂ©ger mal de tĂȘte suivi d’une irrĂ©sistible envie de dormir et de rejoindre sans plus tarder son cher fauteuil si douillet.

Mais le soleil venait Ă  prĂ©sent la dĂ©ranger juste pour la rĂ©veiller alors qu’elle ; elle voulait encore et encore dormir telle une Belle au bois dormant.

« Soleil ! va-t’en ! Tu aurais dĂ» venir avant
 C’est trop tard maintenant ! Je ne veux plus sortir de mon fauteuil si doux et si moelleux
 Et puis tu as beau ĂȘtre le maĂźtre de l’univers que cela n’y changerait rien alors laisse-moi tranquille »

Mais Mademoiselle Lumiùre lui chuchota à l’oreille :

« Tu dois te lever Mira ! Tu as des choses à faire. Et puis, tu as suffisamment dormi, ne trouves-tu pas petite flemmarde ? »

« Non, non
 Pourquoi viens-tu me rĂ©veiller ? Va-t’en ! J’étais en train de faire un merveilleux rĂȘve
 Oh ! Et puis tu m’énerves ! OK ! Tu as encore gagnĂ© ! »

Sortant enfin de sa léthargie, Mira finit par ouvrir en grand ses jolis yeux verts irisés de constellations ambrées qui se voyaient davantage avec la lumiÚre du soleil.

Elle se leva de son fauteuil et s’Ă©tira longuement Ă  cause des courbatures qu’elle avait attrapĂ©es Ă  force d’ĂȘtre restĂ©e trop longtemps endormie dans la mĂȘme position.

À chaque fin de repas, elle avait pour habitude de faire une sieste.

C’Ă©tait pour ainsi dire, le meilleur moment de toutes ses journĂ©es mais aujourd’hui, son sommeil n’avait pas Ă©tĂ© rĂ©parateur Ă  cause du vacarme de cette fichue pluie qui lui avait donnĂ© un terrible mal de tĂȘte avant de s’endormir.

Et le comble de tout, c’est que celle-ci n’avait eu de cesse de tomber depuis 11 heures du matin jusqu’Ă  15H30 ; de quoi la mettre de trĂšs mauvaise humeur…

Mais fort heureusement, elle ne le resterait pas bien longtemps vu qu’elle Ă©tait d’une nature toujours trĂšs gaie et optimiste.

Elle fit un long bĂąillement Ă  s’en dĂ©faire la mĂąchoire mais c’était beaucoup plus pour exprimer son agacement que celui d’une fatigue quelconque puisqu’elle n’avait point sommeil Ă  cet instant-lĂ .

Monsieur soleil avait osé lui envoyer une de ses fidÚles servitrices pour la réveiller.

Et bien entendu, Mademoiselle LumiĂšre n’avait pas hĂ©sitĂ© la moindre seconde Ă  s’exĂ©cuter illico presto…

Elle, toujours prĂ©sente et si dĂ©vouĂ©e Ă  son poste depuis des millions et des millions d’annĂ©es devait trĂšs certainement trouver un certain plaisir non dissimulĂ© Ă  vouloir rĂ©veiller le monde entier.

Sa tĂąche quotidienne d’illuminer de mille feux notre planĂšte lui tenait tant Ă  cƓur qu’il ne valait mieux pas lui rĂ©sister


Et puis, de toute façon, elle avait l’art et la maniĂšre de savoir se faire respecter…

C’est pourquoi Mira ne lui en voulut plus du tout et quand bien mĂȘme son sommeil n’avait pas Ă©tĂ© rĂ©parateur ; eh bien, elle ferait avec


Monsieur Soleil n’avait donc pas eu si tort que ça de lui envoyer sa fidĂšle compĂšre pour la dĂ©loger de son fauteuil sinon qui d’autre l’aurait fait ?

Décidément, ces deux-là étaient trÚs complémentaires ! Et il savaient remplir leur rÎle à la perfection : lui, de tourner autour de notre bonne vieille planÚte terre et elle, de nous propager de ses intenses faisceaux lumineux.

Ainsi, grĂące Ă  l’éclat de leur rayonnement, le monde s’en trouvait heureux.

En conclusion, nous ne ferions pas grand-chose sans eux…

C’est pourquoi Mira se sentit Ă  prĂ©sent d’humeur plus guillerette et prĂȘte Ă  affronter cette fin d’aprĂšs-midi.

Elle s’étira encore tout en regardant le salon qui Ă©tait devenu nettement plus lumineux ; semblant alors reprendre enfin vie.

****

Mira avait toujours aimé cette piÚce qui ne manquait jamais de luminosité par temps radieux.

Par contre, par temps de pluie, le salon s’habillait alors d’une lugubre et austĂšre apparence qu’elle dĂ©testait au plus haut point ; lui faisant un tantinet peur et sursauter au moindre bruit.

Elle avait toujours eu une sainte horreur de la pluie et ce, depuis sa plus tendre enfance !

Mira s’Ă©tira une derniĂšre fois puis regarda par la baie vitrĂ©e l’immense pelouse qui Ă©tait toujours autant imbibĂ©e d’eau.

Elle leva les yeux au ciel et constata qu’il avait pris une jolie teinte d’un bleu limpide, sans le moindre nuages.

« Quel bien joli ciel ! » se dit-elle en ne se lassant pas de l’admirer.

Le fameux proverbe : « AprÚs la pluie vient le beau temps » était bien vrai.

La preuve Ă©tait devant ses yeux Ă©bahis.

Elle l’admira encore quelques instants puis dĂ©cida de s’extirper avec hĂąte de son fauteuil. Elle avait des tas de choses Ă  faire…

Finalement, cette fin de journĂ©e ne serait pas si morose que ça se dit-elle tout en marchant et en regardant autour d’elle.

Elle repensa alors Ă  Laura qui lui avait dit juste aprĂšs le repas de ce midi, qu’elle irait faire des courses mais qu’elle ne tarderait pas pour revenir.

Elle se souvenait également que celle-çi lui avait promis une petite surprise dÚs son retour. Mais laquelle au juste ?

Mira n’aimait pas trop les surprises et elle bouillonnait dĂ©jĂ  d’impatience de revoir au plus vite sa maman.

Mais en attendant celle-çi, que pourrait t-elle bien faire d’intĂ©ressant ?

Elle l’ignorait encore mais trouverait bien une idĂ©e d’ici lĂ …

****

Mira avait toujours aimé cette grande et belle demeure située en pleine campagne.

Elle Ă©tait certes assez Ă©loignĂ©e de la ville mais pas si isolĂ©e que ça par rapport au voisinage bienveillant qui l’entourait.

Oui, Mira Ă©tait vraiment heureuse de vivre ici.

Et parmi toutes les piÚces de la maison ; elle avait une nette préférence pour le grand salon.

C’Ă©tait son endroit favori.

Il faut dire que sa Maman Laura l’avait dĂ©corĂ© avec beaucoup de goĂ»t en agrĂ©mentant chaque pan de mur, de jolis tableaux d’aquarelles.

Ses propres Ɠuvres qu’elle aimait peindre durant ses heures de loisir car oui ; en dehors de son mĂ©tier de professeure de Français, Laura Ă©tait aussi une artiste peintre extrĂȘmement douĂ©e.

Mira ne se lassait jamais de regarder ses toiles tant elles Ă©taient belles.

Soudain, elle fut prise d’Ă©motion lorsque son regard s’attarda sur l’une d’entre elles.

Celle qu’elle prĂ©fĂ©rait le plus


Celle qui la représentait et dont elle était si admirative


Il s’agissait de son propre portrait.

Mira se souvenait encore de ce merveilleux jour oĂč Laura Ă©tait devenue sa mĂšre adoptive.

Il y avait 5 ans de ça.

5 ans de pur bonheur se dit-elle en admirant le tableau.

Une toile que sa douce et si belle Maman avait peint en son honneur pour lui dire Ă  quel point elle l’aimait de tout son cƓur et de toute son Ăąme.

La toile Ă©tait si bien rĂ©ussie que Mira avait l’impression de se voir dedans comme dans un miroir tant la ressemblance Ă©tait frappante.

Sa Maman avait su la dessiner et l’immortaliser telle qu’elle Ă©tait…

Oui, elle Ă©tait vraiment fiĂšre de ce tableau…

Elle avait eu beaucoup de chance de tomber sur une Maman telle que Laura


Et pour tout l’or du monde, elle n’en aurait souhaitĂ© une autre car oui, sa Laura Ă©tait un ĂȘtre unique et Ă  part


Cinq belles annĂ©es qu’elle grandissait et Ă©voluait Ă  ses cĂŽtĂ©s, entourĂ©e de plein d’amour.

Un amour pur et sincĂšre dont elle avait cruellement manquĂ© autrefois mais qui aujourd’hui comblait son cƓur.

Un amour si profond qu’elle avait fini par oublier les maltraitances subies dans son passĂ©…

Un passĂ© dĂ©sormais rĂ©volu car aujourd’hui, elle Ă©tait pleinement heureuse et Ă©panouie…

****

Mira sentit une agréable odeur de fraßcheur vivifiante.

Elle provenait du mobilier en bois de pin massif qui se trouvait dans le salon.

Il sentait agrĂ©ablement bon l’odeur des pins comme si on se retrouvait Ă  l’intĂ©rieur de l’une de ces forĂȘts enivrantes et revigorantes capables de libĂ©rer votre esprit.

Une odeur certes piquante et quelque peu entĂȘtante mais que Mira aimait respirer Ă  pleins poumons.

D’ailleurs, il n’y avait pas qu’elle qui apprĂ©ciait ces effluves mentholĂ©es.

Les rares convives qui passaient Ă  la maison aimaient aussi l’humer tout en faisant quelques remarques agrĂ©able Ă  son sujet :

« Hum, quelle agrĂ©able senteur Laura ! On se croirait dans une forĂȘt de pins tellement c’est vivifiant ! »

Ils pensaient alors que cette forte odeur de rĂ©sine devait sans aucun doute provenir de bougies d’ambiance alors qu’il n’en Ă©tait absolument rien.

Et c’est lĂ  que quelque peu amusĂ©e, Laura leur rĂ©pondait toujours invariablement ceci :

« Il s’agit de mes meubles et non de bougies parfumĂ©es. Ils sont tous en bois de pin »

S’ensuivait alors un petit silence d’Ă©tonnement rapidement rompu par quelques exclamations :

« Mais ce n’est pas possible !! Tu plaisantes ? Ça sent tellement bon. Tu en es certaine ? »

Et à son tour, elle leur rétorquait de son joli sourire un brin moqueur :

« C’est pourtant bien vrai. Et pour faire perdurer leur odeur si plaisante ; j’utilise une cire d’abeille liquide Ă  base d’huile essentielle de pin pour bien les nourrir et les faire briller. VoilĂ  le secret. Ni plus ni moins »

Mira aimait alors voir l’expression de leurs visages dubitatifs comme s’ils ne croyaient pas du tout Ă  ce que venait de leur rĂ©vĂ©ler sa Maman.

Et cela l’amusait d’autant plus lorsque venait le moment fatidique oĂč ils se rapprochaient du grand buffet en pin pour pouvoir le renifler de trĂšs prĂšs ; histoire de vĂ©rifier ses dires…

Oui, cela l’amusait toujours beaucoup


****

Mira s’approcha du grand buffet en pin et commença Ă  l’humer intensĂ©ment.

Elle ne pouvait s’empĂȘcher de faire ce petit rituel Ă  chaque fois qu’elle passait par ici, avant de franchir le seuil de la cuisine.

Elle le respira de trĂšs prĂšs et trĂšs longuement.

Cette effluve lui rappelait toujours celle de la forĂȘt qui se trouvait Ă  quelques mĂštres de leur demeure.

Quelques fois et lorsque Laura n’Ă©tait pas lĂ  ; elle aimait bien s’y aventurer tout en sachant que c’Ă©tait un lieu qui lui Ă©tait interdit.

En effet, Laura l’avait souvent mise en garde Ă  ce sujet, lui rĂ©pĂ©tant inlassablement les mĂȘme paroles :

« Je te prĂ©viens encore Mira ! Tu ne dois pas aller dans cette forĂȘt ! C’est bien trop dangereux et tu pourrais t’y perdre. Pourtant, je suis certaine que tu me dĂ©sobĂ©iras encore. Mais, tu ne devrais pas faire ça. J’espĂšre que tu ne le feras plus et que tu resteras bien sagement ici chez nous sinon je dirais Ă  Madame Sanchez de te garder chez elle »

Oh non ! Surtout pas Madame Sanchez !

Mira n’aimait pas du tout cette vieille dame avec sa grosse voix Ă©raillĂ©e d’ancienne fumeuse qui la faisait toujours peur.

Mais ce qu’elle dĂ©testait par-dessus tout Ă©tait bien lorsqu’elle celle-ci la prenait dans ses bras pour lui faire des cĂąlins…

Elle avait alors l’impression de littĂ©ralement Ă©touffer sous ces innombrables baisers baveux


Berk ! Elle n’aimait pas ça du tout !

Non, par pitiĂ© ! Surtout pas Madame Sanchez qui Ă©tait Ă  son goĂ»t bien trop dĂ©bordante d’amour envers elle


Certes, elle Ă©tait trĂšs gentille mais elle n’aimait pas son cĂŽtĂ© envahissant et disons-le trop Ă©touffant.

Madame Sanchez était une vieille dame ùgée de 90 ans qui vivait seule dans une grande demeure qui se trouvait non loin de la leur.

Elle n’avait plus aucune famille mais fort heureusement pas mal d’amis du voisinage y compris sa Maman venaient rĂ©guliĂšrement lui rendre quelques petites visites pour lui changer les idĂ©es et prendre de ses nouvelles.

À ces moments là, elle semblait alors beaucoup plus gaie.

Cependant, la solitude devait parfois la peser et c’est pourquoi elle avait autant besoin de transmettre son amour à tous ceux qui la cîtoyaient


Mira compatissait et avait de la peine pour elle alors elle acceptait sans trop rechigner ses bisous baveux ainsi que ses petites mignardises bien trop sucrés.

Elle savait aussi que Madame Sanchez adorait s’occuper d’elle


NĂ©anmoins, elle n’aimait pas du tout rester en sa compagnie car elle s’ennuyait Ă  mourir dans sa vieille maison et ce malgrĂ© la distrayante balançoire qui se trouvait dans son jardin.

Non ! Rien n’y faisait ! C’Ă©tait comme ça


Et Laura ne le savait que trop bien alors pourquoi lui infliger un tel chantage Ă  chaque fois qu’elle s’absentait de la maison ?

Certes, la forĂȘt lui Ă©tait interdite mais pourquoi en faire toute une histoire surtout qu’elle Ă©tait trĂšs dĂ©gourdie pour son Ăąge et pas du tout du genre Ă  se laisser influencer par n’importe qui et n’importe quoi…

Alors pourquoi ne pas lui faire tout simplement confiance ?

De toute façon, elle persisterait Ă  aller dans sa forĂȘt et ce malgrĂ© les nombreuses recommandations de Laura.

Ce n’Ă©tait sans doute pas trĂšs prudent de sa part, mais elle aimait le goĂ»t du risque et de l’aventure alors pourquoi s’en priverait-elle ?

Et puis c’Ă©tait aussi de son Ăąge de faire des petites bĂȘtises, non ? !

Elle ne voulait surtout pas vieillir sans les avoir commises sinon elle le regretterai trĂšs certainement…

Et puis cela lui faisait le plus grand bien de s’Ă©loigner de temps en temps de cette maison et de son jardin, si immense soit-il.

Car oui ! Mira aimait se sentir libre !

Libre comme l’Ă©tait le vent ou encore ces moineaux qui piaffaient gaiement entre eux sur les branches des grands amandiers


Elle avait besoin de cette liberté pour se sentir exister


Et la forĂȘt exaltait tous ses sens. Elle s’y sentait bien.

Elle aimait s’y balader mais toujours avec une certaine prudence car elle Ă©tait peut-ĂȘtre une grande aventureuse mais pas non plus une irresponsable inconsciente…

Elle savait fort bien que sa douce Maman Ă©tait une personne trĂšs inquiĂšte alors elle ne tenterait jamais le diable car elle l’aimait bien trop pour agir inconsidĂ©rĂ©ment


Mais Laura ne lui faisait pas encore entiĂšrement confiance. Elle l’a traitĂ©e toujours comme un bĂ©bé 

Son « petit bĂ©bĂ© » comme elle aimait l’appeler affectueusement


Mira aimait bien ce petit surnom mais elle ne le trouvait pas en accord avec sa personnalité intrépide.

De toute façon, personne ne pouvait lui mettre d’entraves pas mĂȘme sa bien-aimĂ©e Maman


C’est pourquoi, elle agirait toujours derriĂšre son dos durant ses absences pour pouvoir enfin partir en vadrouille.

Ben quoi ? Avait-elle le choix ?

Et il fallait qu’elle en profita encore car l’automne ne tarderait plus Ă  arriver


Elle s’en Ă©tait bien rendue compte avec l’interminable pluie d’aujourd’hui.

Elle savait alors qu’elle serait bien obligĂ©e de ralentir ses cadences d’aventuriĂšre dans sa forĂȘt ĂŽ combien si captivante car le temps hivernal deviendrait aussitĂŽt un obstacle avec son incessante et perpĂ©tuelle humiditĂ©.

L’insidieux froid que Mira dĂ©testait tant l’empĂȘcherait de faire ses petites escapades


Comme le temps deviendrait alors trop long durant cette période !

Mais elle finit par se rassurer en se souvenant d’une belle image qui lui revint en mĂ©moire.

LA SUITE…

Concours d’Ă©criture : Le message đŸ“–

J’ai participĂ© Ă  un concours d’Ă©criture qui avait Ă©tĂ© proposĂ© par le site The Millennials stories et je dois bien avouer qu’au dĂ©but j’Ă©tais un peu intimidĂ©e par ce genre de dĂ©fi puis je me suis dis : « Pourquoi pas ? ». 

J’ai dĂ©jĂ  participĂ© Ă  des concours d’Ă©criture mais pas avec des images comme support.

J’espĂšre que j’aurai relevĂ© le dĂ©fi ! car j’ai vraiment apprĂ©ciĂ© y participer.

C’Ă©tait un peu comme un jeu… Une envie de me dĂ©passer…

Merci encore Ă  toi Andy !

Voici les images que j’ai choisi d’utiliser pour construire mon histoire : elles m’ont beaucoup inspirĂ©es. Elles proviennent de l’article d’Andy qui parle de son fameux : Concours d’Ă©criture

En espérant que vous apprécierez lire mon histoire qui porte le titre suivant :

LE MESSAGE : 

23H45. Jessica dormait Ă  poings fermĂ©s dans son lit. Elle Ă©tait en train de rĂȘver Ă  son chat « Tootsy » qu’elle avait perdu tragiquement, il y a trois ans, Ă©crasĂ© sur la route, tout prĂšs de sa maison de campagne, par un de ces chauffards inconscients sans scrupules, avides de vitesses et se fichant bien d’îter une vie animale


Elle le revoyait avec une nettetĂ© prĂ©cise dans diverses scĂšnes qu’elle avait toujours gardĂ© en mĂ©moire et qu’elle n’avait jamais oubliĂ© malgrĂ© le temps passĂ©.

TantĂŽt il Ă©tait en train de se caresser contre ses jambes tout en faisant ses pattes de velours, tantĂŽt il ronronnait trĂšs bruyamment lorsqu’elle lui caressait son ventre d’un blanc immaculĂ©.

Toutes ces images ne cessaient de tourner en boucle et la rendaient infiniment heureuse comme si son chat n’avait jamais quittĂ© cette terre, qu’il Ă©tait toujours lĂ , bien vivant, tout prĂšs d’elle, dans sa chambre, en train de dormir paisiblement dans le fameux fauteuil qui lui Ă©tait attitrĂ© et qu’elle avait surnommĂ© « Petit Prince » tant elle l’adorait.

Un fauteuil dont le revĂȘtement de velours si doux et si moelleux avait le don de le rendre totalement dingue lorsqu’à peine, il s’y s’allongeait et qu’il se mettait alors dans sa position prĂ©fĂ©rĂ©e : celle de l’escargot tout en mordillant avec dĂ©lectation le tissu de velours bleu turquoise.

Et bien entendu comme tous les chats, il lui arrivait Ă©galement d’y planter ses petites griffes acĂ©rĂ©es avec un certain plaisir non dissimulĂ© tant il se sentait dans une totale plĂ©nitude.

Comme Tootsy lui manquait ! Et le revoir ainsi, allongé dans son fauteuil, en train de la regarder intensément avec ses si jolis yeux jaunes la faisaient littéralement fondre.

Elle s’avança vers lui et commença Ă  lui caresser la tĂȘte tout en lui murmurant des mots doux.

Sous l’effet de ses caresses, Tootsy s’étira puis se mit soudainement Ă  miauler trois fois. Habituellement, elle aurait fait semblant de comprendre ce qu’il pouvait bien vouloir lui dire mais lĂ , dans son rĂȘve, il n’était pas nĂ©cessaire de le faire puisque comme par magie, ses miaulements se traduisirent instantanĂ©ment dans sa langue humaine. Et voici ce qu’elle entendit :

« Maman, tu me manques beaucoup
 »

Jessica fut un peu surprise de l’entendre parler ainsi mais nĂ©anmoins ravie car ce n’est pas si frĂ©quent de pouvoir enfin comprendre les miaulements de son chat. Sans plus attendre, elle lui rĂ©pondit :

« Moi aussi, mon bĂ©bĂ©, tu me manques Ă©normĂ©ment, j’espĂšre que tu le sais
 »

« Oui, je le sais Maman. C’est pourquoi, j’ai voulu te voir ce soir pour te dire aussi que je t’aimerai toujours
 »

« Oh ! Comme tu es mignon ! Moi aussi, je t’aimerai toujours mon Tootsy
 »

C’est alors qu’il rapprocha son museau tout blanc de ses longs cheveux cuivrĂ©s qui se balançaient juste devant sa truffe ; les renifla avec insistance un petit moment car il aimait bien sentir leurs parfums qui embaumaient le shampooing Ă  la fleur de TiarĂ© puis commença Ă  mordiller leurs pointes avec espiĂšglerie.

Tootsy adorait jouer avec ses cheveux et Jessica le savait bien, c’est pourquoi, elle faisait exprĂšs de les laisser tomber en cascade sur le sommet de son crĂąne tout en leur faisant faire des mouvements de va et vient Ă  l’aide de sa main, lui balayant ainsi l’extrĂ©mitĂ© de son museau ; si bien, que cela avait tendance Ă  le rendre complĂ©tement fou et plus joueur que jamais.

Ensuite, tout en ronronnant, il terminait son jeu de mĂąchouillage capillaire en lĂ©chant le bout de ses doigts avec sa petite langue rose si rĂąpeuse et si chatouilleuse, qu’elle ne pouvait s’empĂȘcher de rire aux Ă©clats.

À ces moments-lĂ , elle aurait voulu figer le temps et garder pour toujours son chat Ă  ses cĂŽtĂ©s mais

elle savait bien que ce n’était pas possible


Cependant, tout Ă©tait possible dans son rĂȘve alors elle en profitait au maximum tout en espĂ©rant que celui-ci durerait le plus longtemps possible.

Mais ne dit-on pas que jamais rien ne dure ici-bas ?

Subitement, la derniĂšre image de son chat lui lĂ©chant le bout des doigts commença Ă  se flouter puis Ă  s’estomper de plus en plus jusqu’à totalement disparaĂźtre derriĂšre un gros nuage sombre.

« Non, ne t’en va pas, reste encore prĂšs de moi Tootsy
 » murmura-t-elle dans son rĂȘve.

Mais le nuage noir venait de tout effacer laissant place Ă  prĂ©sent, Ă  un vaste dĂ©sert aride inondĂ© d’une lumiĂšre blanche blafarde qui lui aveuglait les yeux.

Elle porta alors sa main droite en visiĂšre de façon Ă  se les protĂ©ger des Ă©blouissants rayons ardant du soleil puis se mit Ă  regarder autour d’elle.

Il n’y avait pas la moindre vĂ©gĂ©tation ; juste le dĂ©sert sablonneux qui n’en finissait pas et elle, toute seule en train d’errer…

Le soleil tapait fort ; il lui brĂ»lait la peau et l’air Ă©tait lourd.

Fort heureusement, une lĂ©gĂšre brise venait de temps en temps lui caresser le visage, lui procurant ainsi un certain bien-ĂȘtre qui lui donnait la sensation de rester fraĂźche et de ne pas trop transpirer vu qu’il faisait une chaleur insoutenable ici.

Comme elle Ă©tait pieds nus, elle pouvait ressentir la chaleur du sable chaud Ă  chacun de ses pas mais ce n’était pas si dĂ©sagrĂ©able vu qu’il n’était pas non plus brĂ»lant.

Ici, il n’y avait pas Ăąme qui vive. Tout Ă©tait cruellement dĂ©sertique. Le paysage ne se rĂ©sumait qu’à une vaste terre sans limite, de couleur ocre, accompagnĂ©e de hautes dunes sablonneuses de-ci delĂ  avec pour unique toile de fond un ciel bleu pĂąle sans nuages d’oĂč irradiait un soleil d’un jaune vif beaucoup trop Ă©clatant qui lui faisait mal aux yeux.

Et il faisait extrĂȘmement chaud. Une chaleur exubĂ©rante mais supportable grĂące aux quelques coups de vent intermittents qui au passage venaient lui Ă©bouriffer les cheveux et lui faire le plus grand bien.

Pour l’instant, Jessica n’éprouvait pas encore l’envie de boire mais cela ne tarderait pas arriver vu les rayons persistants de ce soleil implacable.

Elle marchait tranquillement sans trop savoir oĂč elle allait quand soudain le ciel commença Ă  s’obscurcir.

« Tiens, que se passe-t-il ? » se demanda-t-elle en le scrutant des yeux.

Quelques secondes aprĂšs, elle compris qu’il s’agissait d’une Ă©clipse solaire. Tout en se protĂ©geant les yeux, elle regarda en direct le soleil se voiler partiellement puis passer Ă  l’état d’éclipse totale rendant alors ces lieux des plus lugubre ; ce qui dĂ©stabilisa Jessica qui avait une sainte horreur de la nuit.

Jusque-lĂ , jamais encore elle n’avait assistĂ© Ă  ce type de phĂ©nomĂšne, mais elle savait bien qu’il fallait Ă©viter de regarder une Ă©clipse sans lunettes de protection alors elle prĂ©fĂ©ra baisser les yeux et attendre que le soleil revienne.

« Alors tu reviens ou pas ? » s’agaça t-elle tout en jetant furtivement un Ɠil au ciel qui Ă©tait toujours autant obscurci.

Mais au lieu que celui-ci rĂ©apparaisse ; Jessica remarqua qu’il venait subitement de se dissimuler derriĂšre les dunes de sable ocre.

« Eh ! Mais qu’est-ce que ça veut dire ? » s’écria-t-elle toute dĂ©contenancĂ©e.

Normalement, ce genre de phénomÚne ne se produisait jamais aprÚs une éclipse et le soleil aurait dû revenir alors que là, il avait totalement disparu.

Quant au ciel obscur, il était à nouveau redevenu clair et avait repris sa couleur initiale bleue azur comme lors de son arrivée dans ce désert.

« Ce n’est pas possible que le ciel soit redevenu bleu ! puisque le soleil n’est plus lĂ  ! Et pourquoi s’est-il dĂ©jĂ  couchĂ© ? Mais que se passe-t-il ici ? » s’exclama t-elle tout haut.

Mais ce qui la rendit encore plus perplexe, c’est qu’il ne faisait pas nuit. Or, la nuit aurait dĂ» tomber depuis dĂ©jĂ  longtemps puisque le soleil s’Ă©tait couchĂ©. Tout ceci n’était vraiment pas normal.

Soudain, sous ses yeux ébahis, le ciel bleu azur changea brusquement de couleur et se métamorphosa en un ciel bleu violet pour se teindre finalement en une couleur mauve profonde.

Jamais encore, Jessica n’avait assistĂ© Ă  un tel spectacle et ce, en quelques fractions de secondes seulement…

« Comme tout est Ă©trange ici ! » murmura-t-elle dans un souffle. « C’est Ă  n’y rien comprendre mais je dois bien reconnaĂźtre que ce ciel est vraiment magnifique. Je n’en avais jamais vu de semblable sur terre » s’extasia t-elle en admirant avec Ă©merveillement ce ciel qui semblait sortir tout droit d’un film de science-fiction.

Le paysage semblait alors beaucoup plus insolite comme si elle se trouvait dans un autre monde. Une autre dimension. Un lieu irrĂ©el mais si beau qu’elle en Ă©tait subjuguĂ©e et totalement fascinĂ©e au point mĂȘme de ne plus craindre de se retrouver toute seule ici.

Les cheveux Ă©pars et vĂȘtue d’une simple et longue tunique noire en satin qui volait au moindre coup de vent, Jessica marchait au hasard, sans trop savoir oĂč elle allait mais elle ne se sentait plus autant perdue qu’auparavant.

Elle dĂ©couvrait ce nouveau monde avec beaucoup de curiositĂ© tout en se demandant oĂč tout cela la mĂšnerait.

Et de toute façon, maintenant qu’elle Ă©tait ici, elle voulait aller jusqu’au bout de cette aventure incongrue et ne surtout pas retourner en arriĂšre. Il fallait au contraire, qu’elle avance.

Elle regarda Ă  nouveau le ciel. Il venait Ă  l’instant mĂȘme de changer de nuance. Il s’était Ă  prĂ©sent teintĂ© d’une jolie couleur mauve claire dans lequel venait de s’incruster par myriades des Ă©toiles multicolores qui commencĂšrent Ă  briller par intermittence ; ce qui la fit immĂ©diatement penser aux guirlandes lumineuses que l’on accrochait aux branches du sapin de NoĂ«l.

« Vraiment magnifique ! » s’émerveilla t-elle Ă  haute voix.

Elle venait de s’arrĂȘter de marcher et admirait toute la magnificence de ce ciel Ă©toilĂ© qui s’étendait Ă  l’infini. Il Ă©tait si spĂ©cial et tellement original, qu’elle en restait Ă©blouie.

« Dieu, que c’est beau ! » s’exclama t-elle en ayant presque les larmes aux yeux.

Ce ciel teintĂ© de mauve et envahit d’étoiles multicolores contrastait littĂ©ralement avec cet immense dĂ©sert de couleur ocre et totalement dĂ©pouillĂ© de vĂ©gĂ©tations. Et s’il fallait choisir entre le ciel et la terre ; son choix Ă©tait dĂ©jĂ  fait. Il faut dire que ce dĂ©sert n’était guĂšre accueillant tant il Ă©tait triste et fade


Regarder ce ciel lui faisait le plus grand bien. Il lui permettait d’oublier le cĂŽtĂ© sinistre de ces lieux ternes, sans vie et sans couleurs.

Ce ciel portait en lui toute la lumiùre dont elle avait besoin et lui redonnait de l’espoir.

Quant Ă  la nuit, elle ne semblait pas exister dans ce nouveau monde ; ce qui arrangeait bien Jessica qui la dĂ©testait au plus haut point. Elle avait toujours eu peur de la nuit. La nuit avait tendance Ă  lui faire perdre ses points de repĂšre. La nuit rendait tout diffĂ©rent. Et puis dans la nuit, on n’y voit strictement rien. Alors, qu’ici, le ciel restait perpĂ©tuellement inondĂ© d’une douce lumiĂšre, lui permettant ainsi de voir tout ce qui l’entourait comme si elle Ă©tait toujours en plein jour.

Cette lumiĂšre n’était ni jaune, ni blanche, ni blafarde ; elle restait d’une jolie couleur mauve tamisĂ©e rendant alors l’atmosphĂšre bien plus chaleureuse. Un peu comme si on se retrouvait dans une bulle de protection ou encore Ă  l’intĂ©rieur du ventre de sa mĂšre.

Et au milieu de ce triste désert inconnu, Jessica évoluait tranquillement tout en admirant ce ciel mauve étoilé qui lui redonnait du courage.

Au fond d’elle, elle espĂ©rait que cette aventure la conduirait vers un heureux dĂ©nouement.

Mais le seul inconvĂ©nient perturbateur qui commença Ă  se faire ressentir fut bien la soif. Elle lui brĂ»lait et assĂ©chait la gorge, l’empĂȘchant ainsi de dĂ©glutir convenablement et finissant par lui provoquer de terribles quintes de toux assez fatigantes.

À cet instant-lĂ , elle ne put s’empĂȘcher d’imaginer une paisible oasis se dressant droit devant elle, avec, posĂ© en son centre, sur une table basse, un grand verre de coca-cola bien glacĂ©, agrĂ©mentĂ© d’un zeste de citron vert car c’est ainsi qu’elle l’apprĂ©ciait et qui n’attendait qu’elle. Elle prenait alors le verre tout enveloppĂ© de condensation dĂ©goulinante et se mettait Ă  le boire goulument d’un trait. Et lĂ , enfin ! Sa soif Ă©tait Ă©tanchĂ©e.

Afin de rĂ©aliser son vƓu de dĂ©saltĂ©ration, elle se mit Ă  fermer les yeux et attendit quelques instants avant de les rouvrir. Mais une fois les yeux ouverts, elle ne vit strictement rien. Pas le moindre verre d’eau ni de boisson gazeuse ne s’était matĂ©rialisĂ©e devant elle alors elle prĂ©fĂ©ra oublier cette pensĂ©e et se concentrer plutĂŽt sur sa marche.

Et le temps s’écoula, s’égrĂšna sous cette Ă©crasante chaleur


Elle marchait toujours sans but prĂ©cis dans cet immense dĂ©sert lorsque soudain elle crut apercevoir au loin une silhouette allongĂ©e qui semblait porter quelque chose de trĂšs brillant devant elle mais de lĂ  oĂč elle se trouvait, elle n’arrivait pas Ă  voir clairement de quoi il s’agissait exactement.

Elle se frotta les yeux pour voir si elle n’avait pas Ă©tĂ© victime d’une hallucination Ă  cause de sa fatigue mais quand elle regarda Ă  nouveau au loin, la silhouette se profilait toujours. Ce n’était donc pas une hallucination


Un peu interloquée et ne sachant quoi faire face à cette inopinée présence, elle se demanda avec une certaine inquiétude si elle devait attendre sa venue ou au contraire la fuir.

La panique s’insinua en elle, entraünant ainsi de multiples questions qui commencùrent à lui envahir l’esprit :

Est-ce que cette soudaine apparition venue de nulle part Ă©tait humaine comme elle ? Et dans ce cas-lĂ , Ă©tait-ce un homme ou une femme ? Et le plus important de tout : est-ce qu’il ou elle lui voudrait du bien ou du mal ?

Mais Ă  peine s’était-elle posĂ©e toutes ces questions que l’étrange silhouette allongĂ©e vola subitement dans les airs et se dirigea droit vers elle telle une fusĂ©e.

« Mon Dieu ! » s’écria Jessica en sursautant. Trop tard ! DĂ©sormais, elle ne pouvait plus fuir


Instinctivement, elle ferma les yeux pensant ainsi qu’elle pourrait peut-ĂȘtre effacer cette vision et mĂȘme si cela n’avait rien donnĂ© tout Ă  l’heure concernant son souhait de dĂ©saltĂ©ration. Elle se concentra et compta alors jusqu’à 10 dans sa tĂȘte et lorsqu’elle arriva enfin au chiffre fatidique, les rouvrit aussitĂŽt s’attendant Ă  voir un monstre en face d’elle…

À sa grande surprise, ce qu’elle vit ne ressembla en rien Ă  un monstre mais plutĂŽt Ă  une Ă©trange jeune femme souriante qui tenait entre ses mains un Ă©norme globe terrestre tout illuminĂ© qui lui mangeait pratiquement tout le devant du corps.

Comme elle venait d’atterrir tel un boulet de canon ; elle Ă©tait encore toute aurĂ©olĂ©e d’un Ă©pais nuage de poussiĂšre de sable blanc mais peu Ă  peu, il finit par se dissiper permettant ainsi Ă  Jessica de pouvoir mieux distinguer ses traits.

La jeune femme accentua davantage son sourire comme pour lui faire montrer qu’elle n’était pas son ennemie ; ce qui la rassura grandement.

Cependant, il y avait quelque chose qui clochait chez elle. Elle ne semblait pas tout Ă  fait humaine par rapport Ă  quelques particularitĂ©s physiques qu’elle venait de remarquer.

En effet, mis Ă  part leurs formes en amande, ses grands yeux noirs frangĂ©s de cils Ă©pais ne ressemblaient pas Ă  ceux d’un humain. Ils Ă©taient d’un noir profond trĂšs opaque semblable Ă  de l’encre de chine et totalement dĂ©nuĂ©s d’iris, de pupilles ainsi que de sclĂšre : la fameuse membrane qui forme le « blanc » de l’Ɠil et que tout ĂȘtre humain bien constituĂ© a Ă  sa naissance. Mais lĂ , en leur absence, le regard de cette jeune femme Ă©tait des plus troublant et mystĂ©rieux ; voire presque rebutant tant leur noirceur profonde Ă©tait Ă©nigmatique.

Quant Ă  ses doigts dĂ©mesurĂ©s qui maintenaient l’énorme globe terrestre Ă  hauteur de sa poitrine ; ils Ă©taient palmĂ©s avec de longs ongles noirs recourbĂ©s si pointus qu’ils faisaient penser aux griffes acĂ©rĂ©es des grands fĂ©lins mais en beaucoup plus redoutables. C’était d’ailleurs, ce qu’il y a avait de plus effrayant chez elle ; si bien, que Jessica prĂ©fĂ©ra ne pas trop s’y attarder sous peine de paniquer.

Jessica continua son inspection physique.

La jeune femme avait de longs cheveux raides de couleur mauve striĂ©s de jolis reflets violet qui lui tombaient de chaque cĂŽtĂ©s du visage jusqu’aux Ă©paules ainsi qu’une Ă©paisse frange lisse qui lui arrivait au ras des sourcils. Une chevelure des plus originale que Jessica n’avait encore jamais vu sur terre et qu’elle trouvait plutĂŽt jolie. Toutefois, elle se demandait si leur texture ressemblait Ă  celles des humains. Il lui semblait que oui mais elle n’en Ă©tait pas sĂ»r.

Enfin, son visage poudrĂ© de blanc Ă  outrance et rehaussĂ© de rose Ă  joues nacrĂ© bien prononcĂ© ressemblait au maquillage si particulier des Geisha tandis que ses lĂšvres pulpeuses Ă©taient peintes d’un rouge vif brillant qui jurait avec la blancheur de son teint.

À force de l’observer, Jessica finit par en dĂ©duire que cette Ă©trange jeune femme devait ĂȘtre une extra-terrestre vu les traits physiques quelque peu hĂ©tĂ©roclites qui la caractĂ©risait.

Quant au reste de son anatomie : bras, jambes et pieds ; ils Ă©taient comme ceux des humains.

Ses bras Ă©taient revĂȘtus de longues manches chauve-souris de couleur noir qui lui retombaient le long des coudes Ă  cause du globe qu’elle portait.

Sa jupe noire moulante qui lui arrivait au-dessous des genoux laissait apparaĂźtre de jolies jambes fuselĂ©es avec des pieds nus dont les ongles avaient la mĂȘme couleur que celles de ses mains.

Par contre, elle ne pouvait pas encore voir l’ensemble de son corps Ă  cause de l’énormissime globe terrestre qu’elle tenait toujours contre elle, entre ses mains et qui lui cachait tout le devant de la poitrine jusqu’à la taille.

Mis Ă  part les yeux d’un noir opaque sans sclĂšre ainsi que les doigts dĂ©mesurĂ©s aux longs ongles noirs crochus ; Jessica n’était pas trop effrayĂ©e par cette jeune femme venue d’ailleurs ; sans doute parce qu’elle arborait constamment un sourire sur son visage impassible et qu’elle semblait ĂȘtre pacifiste envers elle.

Alors, pour briser la glace, elle décida de lui rendre le sien puis lui demanda :

« Comment vous appelez-vous ? »

La jeune femme ne cilla pas. Elle restait imperturbable et sans aucune rĂ©action. Ses grands yeux noirs vides d’expression ne cessaient de la fixer et pas un seul mot ne sortit de sa bouche. Elle semblait ailleurs…

Soudain, Jessica ouvrit les yeux grands comme des soucoupes.

Les longs cheveux raides et mauves de la jeune femme venaient subitement de se soulever tout seuls et commencĂšrent Ă  s’onduler tels des serpents, dans un mouvement rĂ©gulier, tout autour de son visage.

« Eh ! Mais comment faites-vous ça ? » s’écria Jessica, les yeux Ă©carquillĂ©s.

Toujours en apesanteur, les longs cheveux ne cessaient de s’onduler et de s’entremĂȘler entre eux lorsque soudain ils s’élevĂšrent dans leurs totalitĂ©s au-dessus de sa tĂȘte et restĂšrent ainsi suspendus dans les airs tout en continuant leurs jolies danses d’ondulation.

HypnotisĂ©e et sans voix devant ce phĂ©nomĂšne capillaire des plus insolite, Jessica n’en revenait pas de ce qu’elle voyait : les cheveux bougeaient rĂ©ellement tout seuls.

La chevelure mauve semblait ĂȘtre vivante.

Quel étrange phénomÚne ! se dit-elle intérieurement, totalement subjuguée.

Les cheveux continuaient toujours de s’onduler en apesanteur lorsque brusquement ils se figĂšrent et restĂšrent ainsi immobiles durant quelques minutes avant de finir par retomber lentement, mĂšches aprĂšs mĂšches avec dĂ©licatesse sur les fines Ă©paules drapĂ©es de noir de la jeune femme.

Comme par enchantement, ils avaient repris leur apparence de raideur bien lisse et encadraient Ă  nouveau le contour de son visage comme si aucune manifestation ne s’était passĂ©e.

« Mais comment avez-vous fait ça ?? » s’écria Ă  nouveau Jessica en espĂ©rant que la jeune femme finirait bien par lui rĂ©pondre.

Mais la jeune femme restait toujours autant imperturbable comme si elle n’entendait pas Jessica. Elle gardait ce mĂȘme sourire figĂ© qui ne l’avait jamais quittĂ© depuis qu’elles s’étaient rencontrĂ©es.

« RĂ©pondez-moi s’il vous plaĂźt
 » insista-t-elle.

Mais la jeune femme ne daignait toujours pas ouvrir les lĂšvres.

Mais pourquoi diable ne voulait-elle pas lui rĂ©pondre ? Était-elle muette ? Et pourquoi ce sourire perpĂ©tuel sur son visage ? s’interrogea t-elle.

« Vous ĂȘtes muette ? C’est pour ça que vous ne me parlez pas ? » questionna Jessica avec une pointe d’agacement dans la voix.

Brusquement, le globe que tenait la jeune femme entre ses mains se mit Ă  vibrer et Ă  briller plus intensĂ©ment. La lumiĂšre jaune qui l’enveloppait devint alors beaucoup plus incandescente et irradiante tel un soleil brillant de mille feux.

Ce fut à ce moment-là que la jeune femme émit enfin son premier son tout en gardant son perpétuel sourire :

« Bonjour Jessica ! Je suis Cortana. Je suis venue de trÚs loin pour vous dire un message »

« Me dire un message ? Mais de quoi me parlez-vous ? Et pourquoi ce globe bouge comme ça. Qu’est-ce qui se passe ? »

À prĂ©sent, le globe tressautait vigoureusement comme s’il allait exploser d’une minute Ă  l’autre. Manifestement, la jeune femme faisait beaucoup d’efforts pour pouvoir le maintenir tout contre elle afin qu’il ne lui Ă©chappa pas des mains. Ses longs doigts aux ongles noirs si pointus Ă©taient tendus Ă  l’excĂšs et semblaient se distendre tellement ils luttaient et rĂ©sistaient contre les tressautements violents.

Cependant, son visage n’exprimait aucune crispation d’effort et gardait toujours le mĂȘme sourire figĂ© comme si de rien n’Ă©tait.

De son cĂŽtĂ©, Jessica ne quittait pas des yeux le globe qui semblait ĂȘtre enragĂ©.

Soudain, son incandescente lumiĂšre devint brutalement aveuglante ; si bien qu’elle dĂ» fermer les yeux.

C’est alors que la jeune femme sortit à nouveau de son mutisme :

« Ne vous inquiĂ©tez pas Jessica. Ce globe qui reprĂ©sente votre planĂšte Terre n’explosera pas. Les violentes vibrations qui le secouent ainsi que la forte lumiĂšre aveuglante qui l’entoure ne sont que les manifestations d’un signe. Ce signe nous indique qu’il sera bientĂŽt prĂȘt Ă  vous transmettre le message dont je vous parlais tout Ă  l’heure. Moi, je ne suis que son intermĂ©diaire. N’ayez crainte, Jessica ; les deux manifestations vont bientĂŽt s’arrĂȘter. Gardez les yeux fermĂ©s et attendez mon signal »

Quelque peu dĂ©contenancĂ©e, Jessica s’exĂ©cuta et attendit.

Entre les mains de la jeune femme, le globe continuait toujours de vibrer avec violence lorsque soudain il s’arrĂȘta brutalement de bouger et resta totalement immobile.

Sa lumiĂšre aveuglante diminua peu Ă  peu d’intensitĂ© jusqu’à s’éteindre complĂ©tement, laissant place Ă  un globe qui Ă©tait devenu tout terne.

Il ne semblait plus ĂȘtre en vie.

À prĂ©sent, il avait pris une couleur grisĂątre et on pouvait voir sur son pourtour, sculptĂ©s en relief, les diffĂ©rents continents de la planĂšte Terre.

« Maintenant, Vous pouvez rĂ©ouvrir les yeux Jessica. Les manifestations viennent de s’arrĂȘter »

Jessica ouvrit aussitĂŽt les yeux et revit la fameuse boule terrestre qui lui avait tant fait peur tout Ă  l’heure et qui semblait s’ĂȘtre enfin calmĂ©e maintenant. Elle constata qu’elle n’était plus illuminĂ©e de son incandescente lumiĂšre si aveuglante et qu’elle avait pris une teinte grise.

« Le globe est devenu tout terne et il ne bouge plus du tout » dit-elle en regardant Cortana.

« Oui, comme je vous l’avais dit prĂ©cĂ©demment. Cette couleur grise est le processus normal qui fait suite aux deux manifestations. Et dans une trentaine de minutes, il vous annoncera enfin votre message »

« Mais de quel message s’agit-il ? »

« Je sais que tout cela doit vous paraßtre incongru mais je vous en prie, faites-moi confiance »

« Mais dans ce cas lĂ , est-ce que je peux vous poser d’autres questions ? »

« Oui, si cela peut vous aider à vous mettre en confiance »

« Heu
. Tout d’abord, qui ĂȘtes-vous exactement ? Une sorte d’extra-terrestre ? »

« Comme je vous l’ai dit tout Ă  l’heure, je m’appelle Cortana. Je suis effectivement une extra-terrestre mais je n’aime pas ce terme que je trouve pĂ©joratif et galvaudĂ©. Plus exactement, je suis une humanoĂŻde mais lĂ  encore, je prĂ©fĂšre dire que je suis une humaine tout comme vous mais avec quelques diffĂ©rences que vous avez dĂ» remarquer par rapport Ă  mes yeux, mes mains ainsi que mes cheveux. Toutes ces diffĂ©rences qui font que je suis un ĂȘtre exceptionnel, unique et Ă  part » ajouta-t-elle fiĂšrement dans un large sourire qui fit apparaĂźtre pour la premiĂšre fois une rangĂ©e de dents d’une Ă©clatante blancheur.

« Oui, j’ai vu tout Ă  l’heure que vos cheveux volaient dans les airs ! Jamais encore, je n’avais assistĂ© Ă  un tel phĂ©nomĂšne… »

« Oui, je sais. Je vous dois quelques explications Ă  ce sujet. Tout Ă  l’heure, mes cheveux Ă©taient en apesanteur parce qu’ils Ă©taient en connexion avec le globe. À ce moment-lĂ , je ne pouvais pas encore vous parler car j’étais concentrĂ©e et en communion avec eux. Mes cheveux sont ultra sensibles et lorsqu’ils ressentent n’importe quelle manifestation ou Ă©vĂšnement Ă  venir, ils me l’annoncent en faisant des mouvement d’ondulation »

« Ils vous prĂ©disent donc l’avenir ? »

« Oui, en quelque sorte mais juste en ce qui concerne les manifestations de la nature. Par exemple, si jamais il y avait un sĂ©isme ou encore un tsunami ; mes cheveux seraient capables de me l’annoncer deux ou trois jours Ă  l’avance afin que je m’y attende et que je puisse trouver des solutions pour sauver l’humanitĂ© et mĂȘme si malheureusement on ne peut jamais Ă©viter les pertes »

« wahou ! En effet, des cheveux pareils, ce n’est pas courant ! Mais lĂ , il me semble qu’ils bougeaient Ă  cause de ce globe terrestre. Pourquoi ? »

« Ce globe reprĂ©sente la nature de votre planĂšte Terre. Il n’est donc pas ordinaire car il est vivant. C’est un peu comme si vous aviez lĂ , juste devant vos yeux votre propre planĂšte en miniature et que vous pourriez enfin voir tout ce qu’il y a Ă  l’intĂ©rieur »

« Ah d’accord, je comprends mieux… D’oĂč ce mystĂ©rieux message qui m’est destinĂ© ? »

« En effet, vous comprenez vite Jessica
 Avez-vous d’autres questions ? »

« Heu… »

Jessica voulait connaĂźtre le mystĂšre de ses yeux noirs mais elle n’osait pas lui poser la question. Ce fut Cortana qui la devança comme si elle lisait dans ses pensĂ©es telle une tĂ©lĂ©pathe.

« N’avez-vous pas des questions au sujet de la particularitĂ© de mes yeux ? Ils doivent vous paraĂźtre affreux et effrayants. Sans parler de mes mains
 »

Jessica fut surprise par les paroles négatives de la jeune femme mais soulagée que ce fut elle qui engagea la discussion à ce sujet


« Eh bien, il est vrai qu’ils ne sont pas communs mais j’aimerais beaucoup que vous m’en parliez »

« TrĂšs bien, je vous remercie. Mes yeux sont entiĂšrement colorĂ©s en noir parce qu’ils sont dotĂ©s d’un filtre protecteur qui me protĂšgent des rayons ultraviolets nocifs du soleil ainsi que de toutes sources de lumiĂšres agressives ou aveuglantes tel que ce globe par exemple. Ce filtre est un vĂ©ritable bouclier. Ainsi, je suis totalement immunisĂ©e du vieillissement oculaire ainsi que de toutes sortes de maladies de l’Ɠil »

« Wahou ! En effet, vos yeux sont vraiment exceptionnels. Je comprends mieux à présent, leurs couleurs si noires. Et vos mains ? »

« Mes mains sont démesurées pour pouvoir porter toutes sortes de choses trÚs lourdes ou trÚs volumineuses et sans en subir les conséquences. Par exemple, je serais capable de porter une masse de 500 kg sans aucune difficulté et sans le moindre effort. Quant à mes longues griffes ; elles me permettent de pouvoir me défendre de toutes agressions physiques. Ainsi, grùce à elles, je ne crains strictement rien »

« Wahou ! Je suis vraiment bluffĂ©e ! Vous ĂȘtes vraiment exceptionnelle comme personne ! »

« Merci, Jessica. Je suis heureuse que vous pensiez cela. Avez-vous d’autres questions Ă  me poser ? »

« Oui. Heu
 Avant que l’on se rencontre tout Ă  l’heure ; je vous avais vu voler dans le ciel comme si vous Ă©tiez une vĂ©ritable fusĂ©e. Comment est-ce possible ? »

Cortana accentua davantage son sourire laissant apparaĂźtre Ă  nouveau ses dents d’une extrĂȘme blancheur.

« Eh bien, mon espĂšce est capable de voler comme vos machines volantes ou encore comme un oiseau. J’ai Ă©galement la possibilitĂ© de choisir ma vitesse de vol selon mes dĂ©sirs. Tous les humains de mon espĂšce sont dotĂ©s de ce pouvoir surnaturel. C’est ainsi que nous sommes nĂ©s »

« wahou ! Vos pouvoirs sont vraiment extraordinaires ! Comme ça doit ĂȘtre merveilleux de pouvoir voler comme un oiseau
 Mais, je voulais vous demander
 Est-ce que vous ĂȘtes nombreux dans votre espĂšce ? »

« Oui, mais pas suffisamment. Actuellement, nous avons atteint le nombre de 5000 Uranusiens. Comme vous pouvez le constater, nous ne sommes pas aussi nombreux que votre planÚte Terre »

« Uranusien ?? » questionna Jessica, les sourcils froncés.

« Oui, Uranusien. LĂ  aussi, je vous dois quelques explications. Alors tout d’abord, je ne viens pas de ce dĂ©sert qui fait parti de la planĂšte « Strangia ». Strangia est une planĂšte inhabitĂ©e qui ne possĂšde aucune ressource naturelle pour pouvoir y vivre. Moi, je viens d’une autre planĂšte qui s’appelle « Uranus ». C’est une planĂšte gĂ©ante qui possĂšde toutes les ressources naturelles dont nous avons besoin contrairement Ă  Strangia »

« D’oĂč le terme Uranusien » enchaĂźna Jessica. « Vous ĂȘtes donc originaire d’Uranus ? »

« Oui, c’est bien ça. Et nous avons aussi des clans au sein de notre espĂšce. Moi, je fais partie du clan des Verseau. C’est une communautĂ© rĂ©volutionnaire qui mĂšne le combat de protĂ©ger les Humains de toutes les catastrophes naturelles qui menaceraient votre planĂšte Terre comme par exemple : les inondations, les feux de forĂȘts, les sĂ©ismes, ect
 C’est notre principale cause. Et biensĂ»r, nous avons aussi la facultĂ© de pouvoir vous annoncer des messages par le biais de notre globe terrestre »

« Wahou ! Vraiment impressionnant ! Et ces messages que vous transmettez, sont-ils bons ou mauvais ? »

« Ils sont toujours porteurs d’espoir et embellissent en gĂ©nĂ©ral votre vie de terriens car nous sommes infiniment respectueux de votre espĂšce. Nous sommes des idĂ©alistes ouverts d’esprits qui acceptons la diffĂ©rence. Nous sommes totalement dĂ©nuĂ©s de mĂ©chancetĂ©. D’ailleurs, dans notre planĂšte, il n’y a ni meurtres ni corruptions »

« Vous en avez de la chance ! HĂ©las, ce n’est pas le cas, pour nous les terriens. Notre humanitĂ© a pas mal de dĂ©fauts
 »

« C’est vrai, mais il y a aussi des exceptions et vous en faĂźtes partie »

« Merci de me dire ça, Cortana mais je pense ne pas ĂȘtre parfaite non plus
 »

« Tout un chacun a ses dĂ©fauts. Personne n’est parfait mais je sais lire en vous comme dans un livre ouvert. Vous avez beaucoup de qualitĂ©s que vous ignorez »

« Ah bon ? Je ne sais pas
 Peut-ĂȘtre… »

« Si, croyez-moi
 »

Jessica trouvait que les paroles de cette Ă©trange jeune femme Ă©taient sages et pleines d’esprit. Elle commençait Ă  lui faire davantage confiance et mĂȘme Ă  l’apprĂ©cier


Peut-ĂȘtre qu’en fin de compte, elle lui ouvrirait l’esprit sur certaines choses de la vie et que c’Ă©tait Ă©crit dans son destin de tomber sur elle, dans ce dĂ©sert…

Cependant, il y avait encore une question qui la turlupinait Ă  son sujet…

« Tout Ă  l’heure, vous avez mentionnĂ© que dans votre planĂšte, vous ne connaissiez ni le meurtre, ni la corruption
 »

« Oui, c’est vrai »

« Mais alors pourquoi est-ce que vous avez de telles griffes aux doigts ? »

Cortana regarda une de ses mains qui maintenait le globe. Son regard semblait lointain comme si cette question l’avait dĂ©rangĂ©e..

« Excusez-moi Cortana. Je n’aurais jamais dĂ» vous poser cette question et
 »

« Mais non, pas du tout » coupa t-elle aussitÎt en la fixant à nouveau de ses grands yeux noirs opaques.

« Votre question est trĂšs pertinente et je vais y rĂ©pondre. Il est vrai que ces ongles sont assez effrayants mais c’est ainsi que nous sommes nĂ©s. Nous ne pouvons pas les couper ni mĂȘme les raccourcir car ils sont en acier. Ces griffes nous servent Ă  nous protĂ©ger des terriens qui nous voudraient du mal et uniquement dans ce cas-lĂ  »

« Je vois… DĂ©solĂ©e pour cette question… Je comprends mieux Ă  prĂ©sent
 »

« Il n’y a pas de mal Jessica. C’est bien que vous m’ayez posĂ© cette question. Au moins, vous arriverez Ă  mieux connaĂźtre mon espĂšce. Avez-vous d’autres questions ? »

« Heu
 Que va-t-il se passer maintenant ? Il s’est dĂ©jĂ  Ă©coulĂ© 30 minutes, je pense… »

« Oui, c’est exact. Le globe va bientĂŽt vous annoncer votre message. Mais avant tout, pourriez-vous vous rapprocher un peu plus prĂšs de lui ? Rassurez-vous, il ne vous fera aucun mal »

Jessica hĂ©sita quelques secondes puis finit par se rapprocher du globe terrestre qui se mit subitement Ă  clignoter d’une incandescente lumiĂšre rouge.

« Que se passe-t-il !! » s’écria-t-elle paniquĂ©e.

« Ne vous inquiĂ©tez pas. C’est tout Ă  fait normal. À prĂ©sent, regardez bien le globe et ne dĂźtes plus un mot. C’est important que vous suiviez mes consignes. Entendu ? »

« Entendu »

Entre les mains de Cortana, le globe terrestre clignota encore 3 fois de suite de la mĂȘme incandescente lumiĂšre rouge puis se mit soudainement Ă  vibrer. À ce moment-lĂ , Cortana retira ses mains de celui-ci et fit un pas en arriĂšre tout en ne le quittant pas des yeux.

Comme par magie, le globe resta suspendu en apesanteur et totalement immobile.

L’instant d’aprĂšs, il se mit Ă  tourner lentement sur lui-mĂȘme dans le sens des aiguilles d’une montre sous le regard hypnotisĂ©e de Jessica qui n’en loupait pas une miette


Incroyable ! se dit-elle tout en se demandant comment il pouvait rester ainsi en apesanteur et pourquoi s’Ă©tait-il mis soudainement Ă  tournoyer


Cortana observait également la rotation du globe. Elle semblait concentrée.

Brusquement, le globe s’arrĂȘta de tournoyer et s’immobilisa net. Qu’allait-il bien se passer maintenant ? s’inquiĂ©ta Jessica qui n’en pouvait plus de ce suspens.

Soudainement, un phénomÚne des plus étrange commença à se produire devant ses yeux ébahis.

Les continents sculptĂ©s en relief venaient de se surĂ©lever simultanĂ©ment et s’étaient ainsi dĂ©tachĂ© de leurs ocĂ©ans respectifs.

Toujours tenue en haleine, Jessica ne quittait pas des yeux le globe.

Brusquement, le continent africain se surĂ©leva davantage et prit alors une hauteur bien plus Ă©levĂ©e que tous les autres continents avant de commencer Ă  s’illuminer progressivement d’une douce lumiĂšre verte qui devint finalement verte fluo.

Ainsi, L’Afrique et la grande Ăźle de Madagascar se diffĂ©renciaient de tous les autres continents qui avaient gardĂ© leur mĂȘme couleur grisĂątre.

Encore un phénomÚne des plus étrange se dit intérieurement Jessica mais néanmoins trÚs beau.

Cortana et elle suivaient des yeux l’Ă©volution de ce globe qui n’Ă©tait vraiment pas ordinaire.

Soudainement, L’Afrique qui Ă©tait tout illuminĂ©e de vert fluo se dĂ©tacha complĂ©tement de la boule terrestre telle une piĂšce de puzzle que l’on retirerait de son support et tomba sur le sable, juste aux pieds de Jessica.

En touchant le sol sablonneux, la piĂšce de puzzle de L’Afrique quitta aussitĂŽt sa lumiĂšre verte fluo et repris sa couleur grisĂątre du dĂ©but.

InterloquĂ©e, Jessica la regarda quelques secondes avant de jeter un regard interrogateur Ă  Cortana qui n’avait pas quittĂ© son sourire lĂ©gendaire.

« Il s’agit de la premiĂšre interprĂ©tation de votre message » lui dit-elle en pointant du doigt la piĂšce de puzzle qui reposait sur le sable. « Il vous en reste encore une » ajouta t-elle.

« Encore une ?? » s’exclama Jessica.

« Oui. Ensuite, vous devrez rassembler les 2 interprétations pour pouvoir composer votre message »

« Mais je ne comprends pas. Je devrais donc deviner de quel message il s’agit ? »

« Oui, c’est tout Ă  fait ça. Je n’ai pas voulu vous en faire part tout Ă  l’heure car je savais que cela vous aurait tracassĂ©. Mais ne vous inquiĂ©tez pas Jessica, je suis certaine que vous finirez par trouver de quoi il s’agit »

« C’est donc un jeu de rĂ©bus ? Mais pourquoi tant de mystĂšre et ne pas tout simplement me rĂ©vĂ©ler directement ce fameux message ? »

« Tout ceci ne vient pas de moi Jessica mais du globe terrestre. Il vous suffit de jouer le jeu et tout se passera bien. Toute chose ne vient pas toujours Ă  vous d’un seul claquement de doigt. Parfois les difficultĂ©s ont leurs avantages. Elles vous permettent de vous rĂ©vĂ©ler. Je suis certaine que tout se passera bien. Croyez moi et ayez confiance »

Jessica fit la moue puis fini par acquiescer d’un signe de tĂȘte.

« Alors, pour l’instant, ne vous occupez pas de la piĂšce de puzzle de L’Afrique » dit Cortana. « Laissez-la, telle qu’elle est, posĂ©e sur le sable et venez plutĂŽt regarder d’un peu plus prĂšs le globe terrestre »

Jessica s’exĂ©cuta sans rechigner.

À prĂ©sent, elle se trouvait trĂšs proche du globe qui Ă©tait toujours en apesanteur.

En l’observant, elle remarqua du premier coup d’Ɠil, sur son pourtour, la prĂ©sence d’une ouverture assez profonde qui avait la forme et les contours de L’Afrique. Elle compris aussitĂŽt qu’il s’agissait de l’emplacement oĂč Ă©tait positionnĂ©e la piĂšce de puzzle qui s’Ă©tait brusquement Ă©jectĂ©e tout Ă  l’heure. À sa place, il y avait un trou assez large dans lequel on pourrait aisĂ©ment y plonger une main.

En ne le quittant pas des yeux, elle demanda Ă  Cortana :

« Il y a une ouverture Ă  l’emplacement de L’Afrique et je voudrais savoir si je peux y plonger ma main… »

« Oui, allez-y Jessica. Vous ĂȘtes sur la bonne voie »

Sans plus attendre, Jessica plongea sa main droite Ă  l’intĂ©rieur du large trou. Ses doigts rencontrĂšrent alors quelque chose de plus ou moins dur mais elle ne savait pas trop de quoi il s’agissait. À force de le triturer du bout des doigts, elle en dĂ©duisit que cela pouvait ĂȘtre sans doute une petite carte plastifiĂ©e. Pour en avoir le cƓur net, elle essaya d’attraper l’objet entre son index et son majeur mais Ă  chaque fois il lui glissait des doigts. Elle souffla d’agacement. DĂ©cidĂ©ment, ce satanĂ© message Ă©tait sacrĂ©ment coriace. Elle ne se dĂ©couragea pas et se concentra Ă  nouveau. Quelques minutes s’écoulĂšrent.

« AllĂ©luia !! Je l’ai enfin !!! » s’écria-t-elle de joie.

« Ravie de l’entendre Jessica. Vous devrez garder pour vous ce qu’il y a d’écrit sur cette carte et en aucun cas me le divulguer. C’est une des rĂšgles du jeu du globe terrestre »

« OK, j’ai bien compris »

Avec hĂąte, Jessica regarda la petite carte qu’elle tenait dans sa main. Il s’agissait d’une carte de visite plastifiĂ©e de couleur bleue ciel. Sur le recto Ă©tait reprĂ©sentĂ©e l’image d’un trĂšfle Ă  4 feuilles tandis que sur le verso, on pouvait lire en lettres majuscules et caractĂšre gras le mot suivant : « RUOSIS »

Jessica rĂ©pĂ©ta plusieurs fois le mot « RUOSIS » dans sa tĂȘte pour voir si quelque chose lui reviendrait Ă  l’esprit mais pour l’instant, il n’y avait rien de bien concluant.

« Je verrai ça plus tard » murmura t-elle entre ses dents. « Et je finirai bien par trouver… » ajouta t-elle dans son for intĂ©rieur tout en retournant la carte entre ses doigts.

Cortana s’avança doucement vers elle avec cet Ă©ternel sourire sur les lĂšvres. Jessica la regarda en coin.

Visiblement, elle avait l’air de vouloir lui dire quelque chose alors elle dĂ©posa prestement la carte de visite sur le sable juste Ă  cotĂ© de la piĂšce de puzzle de L’Afrique et attendit que Cortana se rapprocha d’elle.

Sans son Ă©normissime globe terrestre qui lui mangeait entiĂšrement le buste jusqu’Ă  la taille ; Jessica pouvait enfin voir l’ensemble de son corps qui Ă©tait revĂȘtu d’un haut noir tout simple ainsi que d’une jupe noire moulante qui lui allait fort bien. HabillĂ©e ainsi, elle avait une certaine allure et ressemblait beaucoup Ă  une humaine. C’Ă©tait vraiment une jolie jeune femme se dit-elle mis Ă  part ses grandes mains dĂ©mesurĂ©es armĂ©es de griffes. Mais depuis leur rencontre, elle avait fini par s’y habituer.

« Vous vouliez me dire quelque chose ? » s’empressa t-elle de lui demander avec un petit sourire.

« Oui, en effet Jessica. Ma mission auprĂšs de vous est terminĂ©e et Ă  prĂ©sent je dois rejoindre ma planĂšte oĂč les miens m’attendent »

« Vous devez déjà partir ? Mais que ferais-je ici sans vous, dans ce désert ? »

« Vous ne serez pas longtemps seule. Une autre personne se manifestera une fois que je serai partie et une surprise vous attendra »

« Une autre personne ?? Et une surprise ?? » s’exclama Jessica.

« Oui. Je vous en parlerai avant mon départ. Mais avant cela, je voulais vous remercier Jessica »

« Me remercier ? »

« Oui. Parce que vous ĂȘtes quelqu’un de bien et que vous avez su me faire confiance. Vous vous ĂȘtes intĂ©ressĂ©e Ă  mes origines, Ă  mon peuple
 Tout ceci m’a beaucoup touchĂ©e
 C’est pourquoi, je tenais Ă  vous remercier »

« Merci de me dire ça. Moi aussi, je tenais Ă  vous remercier car vous m’avez appris beaucoup de choses que je n’oublierai jamais. Vous ĂȘtes Ă©galement quelqu’un de bien »

« Merci Jessica »

« Merci à vous »

« À prĂ©sent Jessica, si vous le voulez bien, je dois vous informer de ce qui se passera aprĂšs mon dĂ©part. Vous ĂȘtes prĂȘte Ă  Ă©couter bien attentivement mes consignes ? »

« Oui, je vous écoute »

« Lorsque je quitterai ces lieux, un homme tombera du ciel. Ce sera un Android ou si vous voulez un robot humanoĂŻde. Il viendra Ă  vous et vous demandera de lui remettre les interprĂ©tations que vous avez en votre possession : la piĂšce de puzzle de L’Afrique ainsi que la carte que vous avez trouvĂ© Ă  l’intĂ©rieur du globe terrestre. Vous devrez les lui remettre. Ensuite, concernant ces 2 interprĂ©tations, il vous posera quelques questions dont j’ignore totalement. Une fois que vous y aurez rĂ©pondu, il se passera un phĂ©nomĂšne et Ă  partir de ce moment lĂ , vous dĂ©couvrirez enfin votre surprise. VoilĂ , je vous ai tout dit »

« Mais de quel phĂ©nomĂšne s’agit-il ? »

« Je ne peux vous le dire Jessica. Je suis désolée. Mais ne vous inquiétez pas, tout se passera bien »

« Alors, je vous fais confiance
 Heu, j’aurai une derniĂšre question s’il vous plaĂźt »

« Allez-y. Je vous écoute »

« VoilĂ , ne le prenez surtout pas mal mais je voudrais savoir pourquoi vous avez constamment un sourire sur votre visage depuis que l’on s’est rencontrĂ©es ? »

« Vous ĂȘtes trĂšs observatrice Jessica. Cela vous a-t-il ennuyĂ©e ou agacĂ©e ? »

« Non, pas du tout mais je dois bien avouĂ© que cela m’avait un peu dĂ©routĂ©e au dĂ©but. Un sourire est plutĂŽt agrĂ©able Ă  regarder. Mais c’est juste, que vous n’aviez que cette expression sur le visage depuis notre rencontre alors cela a fini par attiser ma curiositĂ© ; d’oĂč ma question »

« Et c’est une question trĂšs pertinente. Je vais vous en donner la raison. J’ai toujours ce sourire parce que dans ma communautĂ©, nous ne connaissons ni la tristesse, ni la souffrance. Ainsi, nous sommes toujours heureux et c’est pourquoi nous souhaitons faire montrer cette belle image de nous vis-Ă -vis de vous les Terriens. D’oĂč ce sourire constant sur notre visage. C’est une conception que nous avons adoptĂ©e et que nous souhaitons perdurer »

« C’est une belle conception, je trouve. Merci pour cette explication Cortana »

« Merci Ă  vous Jessica. À prĂ©sent, je dois vous quitter. J’ai Ă©tĂ© trĂšs heureuse de faire votre connaissance. Je comprends tout Ă  fait qu’au dĂ©but, vous ayez eu peur de moi lors de notre rencontre. Surtout ne changez rien, Jessica. Vous ĂȘtes quelqu’un de bien et de bien belles choses vous attendent encore sur votre Terre, sachez-le »

« Merci Cortana »

« Merci Ă  vous. Je suis navrĂ©e mais il est temps que je m’en aille maintenant. Je vous dis donc au-revoir et peut-ĂȘtre Ă  bientĂŽt. Et n’oubliez pas tout ce que je viens de vous dire »

« Promis. Au-revoir Cortana ! »

Dans le dĂ©sert inondĂ© d’une douce lumiĂšre mauve, les deux jeunes femmes Ă©taient en train de se dire au-revoir. À proximitĂ© d’elles, le globe terrestre Ă©tait toujours en apesanteur et totalement immobile.

L’instant Ă©tait trĂšs Ă©mouvant, si bien que Jessica ne put s’empĂȘcher d’avoir quelques larmes aux yeux.

Elle n’aurait jamais crĂ» dans sa vie pouvoir tomber sur une telle personne dans ce dĂ©sert immense.

Une personne qui au prime abord lui avait fait peur mais qui par la suite lui avait donné une belle leçon de vie.

Une personne venue d’ailleurs qui avait de bien belles valeurs. Une rencontre unique et des plus improbable qu’elle n’oublierai jamais.

« Au-revoir Cortana ! Et merci pour tout »

« Au-revoir Jessica »

Suite Ă  ces mots, Cortana s’avança vers le globe terrestre et le prit Ă  nouveau entre ses si grandes mains puis tourna la tĂȘte en direction de Jessica pour lui adresser un dernier au-revoir avec le plus beau des sourires.

Jessica lui rendit le sien avec une certaine Ă©motion…

À cet instant prĂ©cis, elle pensa qu’elle n’oublierai jamais ce visage si souriant


Leurs regards se croisùrent pour la derniùre fois


À prĂ©sent, Cortana Ă©tait en train de se concentrer tout en regardant le ciel mauve Ă©toilĂ©. Ça y est, elle Ă©tait fin prĂȘte Ă  partir pour rejoindre sa planĂšte Uranus oĂč tous ses congĂ©nĂšres l’attendaient.

L’air triste, Jessica la suivait du regard. Une larme venait de couler sur sa joue.

Le globe terrestre entre ses mains ; les pieds de Cortana commencĂšrent Ă  se surĂ©lever lentement du sol sablonneux jusqu’Ă  ne plus le toucher puis se retrouvĂšrent en apesanteur, Ă  quelques mĂštre au-dessus de Jessica.

Elle se concentra quelques secondes avant de subitement se propulser vers le haut telle une fusée et fendre les airs à une vitesse vertigineuse.

En un clignement d’Ɠil, elle venait de totalement disparaĂźtre…

Dans le ciel mauve Ă©toilĂ©, seule la trace d’une longue traĂźnĂ©e blanche et vaporeuse pouvait encore tĂ©moigner de son passage Ă©clair mais dans quelques minutes, elle aussi ne tarderait pas Ă  s’effacer


Cortana était bel et bien partie et Jessica se retrouverait à nouveau seule dans ce vaste désert aride.

Elle dĂ©tourna son regard du ciel puis ramassa sur le sable la piĂšce de puzzle ainsi que la carte de visite qu’elle rangea directement Ă   l’intĂ©rieur de la grande poche avant de sa longue tunique. Comme la piĂšce du puzzle Ă©tait beaucoup trop grande ; elle dĂ©passa lĂ©gĂšrement de sa poche.

À cet instant prĂ©cis, elle ne savait pas trop quoi faire alors elle dĂ©cida de marcher comme elle l’avait fait au dĂ©but de son aventure.

Le temps s’écoula sans que rien ne se passa.

Les rayons ardents du soleil Ă©taient peut-ĂȘtre absents mais la chaleur, elle ; Ă©tait toujours autant omniprĂ©sente


Les coups de vents s’étaient attĂ©nuĂ© et se faisaient de plus en plus rare.

Tout en marchant, Jessica jetait de temps en temps un regard furtif au ciel mais aucun homme robot ne semblait vouloir en tomber


Lorsqu’elle Ă©tait en compagnie de Cortana elle n’avait plus du tout Ă©prouvĂ© cette soif qui l’avait tant gĂȘnĂ©e lors de sa marche Ă  travers ce dĂ©sert mais voilĂ  qu’Ă  prĂ©sent, cela lui reprenait
 Mais pourquoi donc ?

Elle avait de nouveau cette folle envie de boire un grand verre de coca-cola bien glacĂ© tellement son gosier Ă©tait sec alors qu’en la prĂ©sence de Cortana, pas du tout


Comme tout cela Ă©tait Ă©trange et incomprĂ©hensible…

C’était un point dont elle n’arrivait pas encore Ă  Ă©claircir et qui l’agaçait car cette soif l’empĂȘchait de bien terminer son aventure…

Elle commençait Ă  se dĂ©courager lorsque soudain elle entendit un son qui provenait du ciel. Le son s’amplifia de plus en plus. Il s’agissait d’une mĂ©lodie. Une musique qu’elle connaissait bien et qu’elle aimait particuliĂšrement. Elle l’écouta tout en scrutant le ciel mauve Ă©toilĂ©.

Comme cette musique Ă©tait belle ! Mais comment diable avait-t-elle pu surgir de ce ciel ? Il n’y avait point d’appareils pour pouvoir la transmettre. Encore une fois, une bizarrerie de ce dĂ©sert


Elle s’était arrĂȘtĂ© de marcher et Ă©coutait la douce mĂ©lodie en ne cessant de scruter les moindres recoins du ciel. Toujours pas d’homme robot…

Elle avait parlĂ© trop vite. Soudain la musique s’arrĂȘta. Au milieu du ciel, surgi comme par enchantement, le fameux Android. Mais ce qui Ă©tait encore plus bizarre, c’est qu’il n’avait pas de tĂȘte.

Elle ne s’attendait vraiment pas Ă  ça et fut quelque peu dĂ©contenancĂ©e. Encore une fois, il faudrait qu’elle fasse avec et qu’elle accepta cette bizarrerie hĂ©tĂ©roclite
 De toute façon, elle n’avait guĂšre le choix


L’homme android tenait Ă  la main droite un grand parapluie ouvert de couleur rouge qui lui permettait de voler et de descendre du ciel avec plus ou moins de rapiditĂ© selon les caprices du vent.

Ainsi, il Ă©voluait tranquillement dans les airs telle la cĂ©lĂšbre Mary Poppins et n’allait plus tarder Ă  atterrir.

Au fur et Ă  mesure qu’il se rapprochait davantage d’elle et du sol sablonneux ; Jessica lui trouva une allure des plus austĂšre mais nĂ©anmoins trĂšs Ă©lĂ©gante. Il portait un costume trois piĂšces de couleur sombre avec une cravate qui semblait ĂȘtre grise ainsi que des chaussures noires.

Elle avait vraiment hĂąte de se retrouver enfin face Ă  lui mais avait tout de mĂȘme une certaine apprĂ©hension vu qu’il n’avait pas de tĂȘte.

De toute façon, elle le saurait bien assez vite vu que dans une poignĂ©e de quelques secondes il toucherait bientĂŽt le sol


Ce qui fut le cas…

L’homme Android venait d’atterrir en douceur dans un nuage de poussiùre sous le regard quelque peu inquiet de Jessica.

Soudain, les rebords du tissu de son parapluie se mirent étrangement à brûler.

« Votre parapluie est en train de brûler ! » lui cria t-elle affolée.

L’Android qui tenait toujours dans sa main droite la poignĂ©e de son parapluie, ne rĂ©agissa pas. Il faut dire qu’il n’avait ni tĂȘte, ni oreilles
 La communication promettait d’ĂȘtre compliquĂ©e


« Votre parapluie ! Il est train de brûler ! » répéta-t-elle en criant un peu plus fort.

À prĂ©sent, les petites flammĂšches Ă©taient devenue de grandes flammes et elles lĂ©chaient dangereusement une large moitiĂ© du tissu du parapluie. BientĂŽt elles finiraient par l’envahir totalement.

Prise de panique, Jessica allait de nouveau crier trùs fort lorsque soudainement, L’homme Android lança à quelques mùtres de lui le parapluie en flamme.

L’avait-il entendu ? Un peu abasourdie, Jessica regarda cet Ă©trange homme sans tĂȘte qui Ă  prĂ©sent, marchait d’un pas dĂ©cidĂ© vers elle.

Pendant ce temps lĂ , non loin d’eux, le parapluie continuait toujours de se consumer et au bout de quelques secondes, il ne resta de lui qu’une carcasse noircie et fumante qui reposait sur le sable ocre.

L’Homme se retrouva maintenant face Ă  elle.

« Je vous avais bien entendu Jessica » dit-il subitement. « Je savais parfaitement que mon parapluie Ă©tait en train de brĂ»ler et je l’aurai Ă©videmment jetĂ©. C’est toujours ainsi, lorsque nous venons Ă  Strangia. Les parapluies finissent par s’enflammer » continua-t-il dans une voix qui semblait sourire.

Un Android qui fait maintenant de l’humour se dit Jessica en virant les yeux au ciel. J’aurai vraiment tout vu dans ce dĂ©sert…

Un peu perplexe, Jessica regarda l’homme sans tĂȘte en se demandant d’oĂč pouvait bien sortir le son de sa voix. En l’observant, elle remarqua que son cou Ă©tait fermĂ© Ă  l’horizontal d’un couvercle rond qui semblait ĂȘtre de l’acier.

« Vous me paraissez un peu perdue et inquiĂšte » dit L’Android d’un ton amusĂ©. « Mais rassurez-vous, tout se passera bien » ajouta t-il.

Jessica ne savait quoi lui répondre.

Voyant qu’elle restait sans voix, L’Android continua sur le mĂȘme ton :

« Avant que vous ne me posiez la question qui vous taraude l’esprit ma chĂšre Jessica, je prĂ©fĂšre anticiper. VoilĂ , en ce qui concerne ma voix ; elle provient de l’intĂ©rieur de mon cou. C’est une sorte de boĂźtier Ă©lectronique implantĂ©e sur la paroi de ma gorge et qui me permet de parler mais aussi d’entendre. Ainsi je peux engager une conversation et Ă©couter tous types de sons. Maintenant, en ce qui concerne mes yeux, vous ne pourrez pas les voir non plus. Ils se trouvent sur ma gorge et non Ă  l’intĂ©rieur de celle-ci. Ce sont des lentilles oculaires ultra perfectionnĂ©es et invisibles Ă  l’Ɠil nu qui me permettent de voir mais aussi de mĂ©moriser tout ce que je regarde par des images photographiques que j’ai la possibilitĂ© d’enregistrer via mon disque dur interne qui se situe Ă  l’intĂ©rieur de mon corps »

« wahou !! J’avoue que je n’en reviens pas ! Et donc vous m’entendez et vous me voyez ? »

« Oui, tout Ă  fait. Et je peux vous dire que ma vue est excellente et que mon ouĂŻe est trĂšs fine. Tout Ă  l’heure, je vous ai vu virer les yeux au ciel »

« Wahou !! Tout Ă  fait surprenant ! Je suis dĂ©solĂ©e pour tout Ă  l’heure
 »

« Il n’y a pas de souci. Il faut dire que vous ne vous attendiez pas Ă  tomber sur un Android sans tĂȘte »

« Oui, c’est vrai. Mais en ce qui concerne votre adorat ? Vu que vous n’avez pas de nez. Comment avez-vous su que votre parapluie brĂ»lait ? »

« Il est vrai que je n’ai pas de nez et donc aucun sens de l’odorat mais je possĂšde un dĂ©tecteur de fumĂ©es Ă  l’intĂ©rieur de mon cou qui me prĂ©vient en cas d’Ă©ventuelles fumĂ©es d’incendie ou encore chimiques. Le dĂ©tecteur me renseigne Ă©galement sur la nature de l’incendie. C’est pourquoi, tout Ă  l’heure, je savais que c’Ă©tait mon parapluie qui brĂ»lait. De toute façon, Ă  chaque fois que je viens ici, c’est comme ça Ă  cause de l’air qui est trop chaud
 »

« Ah, d’accord
 Je comprends mieux. Votre crĂ©ateur vous a bien conçu »

« Oui, c’est vrai. Et vous savez, j’Ă©prouve Ă©galement certaines Ă©motions comme les humains. Je peux faire de l’humour, ĂȘtre triste ou encore avoir peur. Pas mal d’émotions en somme qui font parti de ma base de donnĂ©e informatisĂ©e mais par contre je ne connais pas le sentiment amoureux. Cela n’a pas Ă©tĂ© inclus dans ma programmation lors de ma crĂ©ation. Ce qui veut dire, que je ne serai jamais totalement comme vous ou encore Cortana »

« Vous connaissez Cortana ? Elle m’a parlĂ© de vous avant son dĂ©part »

« Oui, je la connais. Mais que depuis une trentaine de minutes seulement »

« Comment ça ? Je ne comprends pas »

« Eh bien, je l’ai rencontrĂ© dans le ciel lors de mon voyage en parapluie. J’avais pour mission de visiter une planĂšte inconnue lorsque je suis tombĂ©e sur elle par hasard. Nous nous sommes alors entretenu ensembles durant quelques instants. Et au cours de cet entretien, elle m’a donnĂ© quelques instructions Ă  votre sujet puis nous nous sommes quittĂ©. Et me voici ici, maintenant avec vous »

« Et donc, elle vous a transmis ses instructions. Quelles sont-elles ? »

« Avant d’en arriver lĂ , je tiens tout d’abord Ă  me prĂ©senter. Je me nomme Titanium. Je suis un Android homme, entiĂšrement conçu et crĂ©Ă© par les Uranusiens. Ma fonction principale est de visiter les planĂštes inexplorĂ©es et inhabitĂ©es afin d’y dĂ©couvrir Ă©ventuellement des vies extra-terrestre diffĂ©rentes de celle du peuple Uranusien et dans le mĂȘme temps, d’y dĂ©couvrir Ă©galement des ressources naturelles qui y seraient cachĂ©es. J’ai pour instruction ensuite de rapporter sur la planĂšte Uranus mes prĂ©lĂšvements d’échantillons organiques afin de les faire analyser ainsi que toutes mes recherches effectuĂ©es sous forme de films vidĂ©os et de photographies. En quelque sorte, on peut dire que je suis un explorateur du futur »

« C’est un travail passionnant que vous avez. Mais ce n’est pas trop risquĂ© d’aller explorer tout seul ces planĂštes inconnues ? Vous pourriez tomber sur un alien dangereux par exemple »

« Eh bien, cela dĂ©pend des planĂštes biensĂ»r. Mais pour l’instant je ne suis jamais tombĂ© sur un alien. Et puis je n’y vais pas toujours seul. Parfois, je peux y aller en binĂŽme selon les directives de mes crĂ©ateurs et le type de mission. Mais je dois avouer que j’aime effectuer mon travail en solitaire ; cela ne me pose aucun problĂšme »

« Et il y en a beaucoup des comme vous ? »

« Non, nous ne sommes que 4  sur la planÚte Uranus »

« Mais sans tĂȘte ? Avec les mĂȘme particularitĂ©s physique que vous ? »

« Oui, exactement pareil et du mĂȘme sexe. Nous sommes Ă©galement habillĂ©s de la mĂȘme façon »

« Et vous ĂȘtes construit Ă  partir de quelle matiĂšre ? »

« De l’acier, du verre, du mĂ©tal et des fils Ă©lectroniques. On ressemble un peu Ă  des ordinateurs hybrides »

« Mais pourquoi avez-vous Ă©tĂ© conçu sans tĂȘte ? »

En entendant la question, Titanium se mit Ă  rire.

« Eh bien
 Je savais que vous finiriez par me poser cette question et c’est bien normal, d’ailleurs. Nous avons Ă©tĂ© conçu ainsi pour crĂ©er un effet de surprise oĂč encore attiser la curiositĂ©. En n’ayant pas de tĂȘte, nous dĂ©stabilisons tout ĂȘtre vivant et forcĂ©ment nos adversaires oĂč ennemis si jamais nous en croisions sur notre route lors de nos explorations dans les planĂštes inconnues. De cette maniĂšre, nous nous protĂ©geons et nous anticipons tous les mauvais coups. N’avoir pas de tĂȘte comme vous les humains ou encore les Uranusiens est en quelque sorte notre force et notre diffĂ©rence »

« Je comprends et je dois bien reconnaĂźtre que cette diffĂ©rence n’est vraiment pas commune. Bravo Ă  votre concepteur qui a eu une idĂ©e trĂšs originale »

« Merci Jessica. Cortana ne s’était pas trompĂ© sur vous en me disant que vous Ă©tiez une personne tolĂ©rante et ouverte d’esprit »

« Elle vous a dit ça ? »

« Oui et elle a rajouté également que vous étiez une personne bien »

« J’en suis touchĂ©e et je dirais la mĂȘme chose sur elle. C’est une personne qui a beaucoup de sagesse. Mais dites-moi, jamais encore vous ne l’aviez rencontrĂ© sur la planĂšte Uranus ? »

« Non, jamais. Mais vous savez, on ne se connaĂźt pas tous Ă  Uranus. C’est une grande planĂšte »

« Oui, c’est vrai, vous avez raison
 »

« À prĂ©sent Jessica, si vous n’y voyez pas d’inconvĂ©nient, j’aimerais passer Ă  la mission « MESSAGE » Ă  laquelle je suis chargĂ©. C’est ainsi que Cortana l’a nommĂ©e. Peut-on commencer ? »

« Oui, biensĂ»r
 Allez-y »

« TrĂšs bien. Voici les instructions : PremiĂšrement, vous devez me remettre les 2 interprĂ©tations et une fois que ce sera fait, en deuxiĂšme Ă©tape, je vous poserai quelques questions Ă  ce sujet. Vous ĂȘtes prĂȘte ? »

« Oui, je suis prĂȘte »

« Pouvez-vous me remettre les 2 interprĂ©tations s’il vous plaĂźt ? »

« Oui, attendez »

Jessica sortit les 2 interprĂ©tations de la grande poche de sa tunique puis les tendit Ă  Titanium qui les prit l’une aprĂšs l’autre.

Ainsi la piĂšce de puzzle de L’Afrique se retrouva dans sa main droite tandis que l’autre maintenait la carte de visite.

Soudain, la plaque d’acier ronde qui recouvrait le dessus de son cou Ă  l’horizontal s’ouvrit telles les portes d’un ascenseur et laissa apparaĂźtre un vĂ©ritable trou bĂ©ant qui ressemblait Ă  un gros tuyau ouvert Ă  son embout.

Comme elle Ă©tait Ă  sa hauteur et juste en face de lui ; elle put voir aisĂ©ment ce qu’il y avait Ă  l’intĂ©rieur de ce gros tuyau. Sur les parois, il y avait tout un tas d’enchevĂȘtrement de fils Ă©lectroniques tandis qu’au centre, il n’y avait rien du tout.

Soudain, sous ses yeux Ă©bahis, elle vit les deux mains de Titanium se lever au-dessus de son cou et jeter simultanĂ©ment la piĂšce de puzzle ainsi que la carte de visite Ă  l’intĂ©rieur de celui-ci.

Les 2 interprĂ©tations venaient d’ĂȘtre engouffrĂ©es comme si elles avaient Ă©tĂ© littĂ©ralement avalĂ©es…

« Voici, c’est fait » dit Titanium. « À prĂ©sent, je vais vous poser quelques questions. Vous ĂȘtes prĂȘte Jessica ? »

Jessica se remit un peu de ses Ă©motions. Ce n’Ă©tait pas si Ă©vident de devoir revenir Ă  la rĂ©alitĂ© aprĂšs ce qu’elle venait de voir…

« Oui, je
 Enfin, oui, je suis prĂȘte » balbutia t-elle.

L’Android, lui, semblait imperturbable et continuait sa mission.

« Pouvez-vous me dire tout ce qui vous vient en tĂȘte concernant l’une de ces interprĂ©tations s’il vous plaĂźt ? Vous commencez par celle que vous voulez »

« Heu
 Oui
 Eh bien
 Je vous parlerai de la piĂšce de puzzle qui reprĂ©sente l’Afrique. Je ne sais pas si cela a un rapport quelconque mais bon je me lance. Autrefois, je faisais pas mal d’expatriations Ă  l’étranger et notamment en Afrique. Peut-ĂȘtre que cela a un lien avec le message que je dois recevoir. VoilĂ , c’est tout ce que je peux vous dire Ă  ce sujet »

« TrĂšs bien. Pour l’instant, vous vous en sortez plutĂŽt bien Jessica. Bon, maintenant, parlez moi de la seconde interprĂ©tation. Dites-moi tout ce qui vous passe par la tĂȘte. Je vous Ă©coute »

« Eh bien
 Il s’agit d’une carte de visite de couleur bleue ciel. Sur le recto, je me souviens qu’il y avait le dessin d’un trĂšfle Ă  4 feuilles. Pour moi, le trĂšfle est synonyme de chance et de porte bonheur. Sinon, je ne vois vraiment pas ce que je pourrais dire de plus Ă  ce sujet. Par contre, je me souviens que sur le verso de la carte, il y avait Ă©crit en lettre majuscules et caractĂšre gras le mot : RUOSIS. Mais que vous dire lĂ -dessus ? Pendant que je marchais dans le dĂ©sert, je me suis beaucoup triturĂ© le cerveau en ce qui concernait cet Ă©trange mot et Ă  force de chercher en inversant les lettres de leur place, j’ai rĂ©ussi Ă  trouver le nom d’un animal et je pens
 »

« Stooop !! ArrĂȘtez-vous !! Ne me dĂźtes pas le nom de cet animal ! » cria subitement L’Android comme si une mouche venait de le piquer.

« Mais pourquoi ? » s’Ă©cria Jessica. « Je ne sais mĂȘme pas si j’ai trouvĂ© le mot juste » ajouta t-elle.

« Je peux vous affirmez que vous avez trouvĂ© le mot juste. Maintenant, ma mission est presque terminĂ©e. Écoutez bien la suite des instructions. Vous ĂȘtes prĂȘte ? »

« Oui, je crois »

« TrĂšs bien. Allons y. Dans un premier temps, vous devrez bien fermer vos yeux puis dans un deuxiĂšme temps, vous devrez crier trĂšs fort le mot : RUOSIS en le rĂ©pĂ©tant 3 fois d’affilĂ©e tout en pensant dans votre tĂȘte au nom de cet animal que vous m’avez dit avoir trouvĂ©. Une fois que vous aurez fait Ă  la lettre toutes ces instructions ; il se passera un phĂ©nomĂšne et Ă  partir de ce moment-lĂ , vous dĂ©couvrirez enfin votre surprise comme vous l’avait annoncĂ© Cortana »

« Heu
 Excusez-moi. Avant de faire tout ceci ; il y a un point sur lequel j’aimerais revenir. Il s’agit du message. Au cours de mon aventure, le globe terrestre m’avait transmis 2 interprĂ©tations que je devais dĂ©coder pour trouver le message qui m’était  destinĂ© mais le problĂšme c’est que je n’ai toujours pas trouvĂ© de quoi il s’agissait. J’ai eu beau chercher mais en vain. Connaissez-vous ce fameux message qui m’est destinĂ© ? »

« Non, je ne connais pas ce message Jessica. C’est Ă  vous de le dĂ©couvrir. Soyez certaine que je suis vraiment dĂ©solĂ© de ne pas pouvoir vous aider mais ce sont les rĂšgles du globe terrestre »

« Bon, tanpis
 Ce n’est pas grave. Je me dĂ©brouillerai. DĂ©solĂ©e de vous avoir retardĂ© »

« Il n’y a pas de mal Jessica. Je suis certain que vous trouverez bientĂŽt la rĂ©ponse Ă  cette Ă©nigme »

« Je l’espĂšre aussi »

« Pouvons-nous continuer la mission ? »

« Oui. Alors je rĂ©capitule pour ne pas me tromper. Je dois bien fermer les yeux et crier fort le mot : RUOSIS en le rĂ©pĂ©tant 3 fois d’affilĂ©e tout en pensant au nom de l’animal que j’ai trouvĂ©. C’est bien ça ? »

« Oui, c’est bien ça Jessica. Et ne trichez pas au moment de fermer les yeux. Vous devrez les garder bien fermĂ©s. C’est trĂšs important, sinon vous gĂącheriez tout. D’accord ? »

« Je ne tricherai pas. Je vous le promet »

« TrĂšs bien, je suis heureux de l’entendre. Avant de poursuivre, je voulais vous dire que j’ai Ă©tĂ© trĂšs heureux de faire votre connaissance Jessica. Et enfin, j’espĂšre que votre surprise vous plaira »

« Merci beaucoup. Moi aussi j’ai Ă©tĂ© contente de vous connaĂźtre. Et en ce qui concerne la surprise, j’ai hĂąte de la dĂ©couvrir »

« Alors, ne tardons plus ! Lorsque je crierai TOP ! Vous y allez. Compris ? »

« OK, j’ai bien compris »

Quelques secondes s’écoulĂšrent lorsque soudain elle entendit le fameux TOP ! Vite, elle ferma bien les yeux et suivi les instructions Ă  la lettre.

Les paupiĂšres toujours closes, elle se demandait Ă  quel moment elle pourrait enfin les rouvrir. Pour plus de sĂ©curitĂ©, elle prĂ©fĂ©ra attendre quelques instants. Son cƓur battait la chamade et sa respiration Ă©tait saccadĂ©e. Qu’allait-il bien se passer ?

N’y tenant plus et estimant qu’elle avait suffisamment laissĂ© de temps s’écouler, elle ouvrit aussitĂŽt les yeux. Et ce qu’elle vit la stupĂ©fia


« Oh Mon Dieu ! »s’écria t-elle, une main recouvrant sa bouche tellement son Ă©motion Ă©tait forte.

L’homme robot avait totalement disparu. À sa place, sur le sable, se trouvait une petite boule blanche qui remuait un peu. C’était un petit chaton tout blanc qui Ă©tait dressĂ© sur ses quatre pattes et qui semblait un peu perdu.

Rapidement, elle s’approcha de lui, se pencha et le prit avec douceur dans ses bras.

« Comme tu es beau ! Fais-moi voir tes jolis yeux » s’extasia t-elle en rapprochant son visage de sa petite tĂȘte blanche.

Le chaton avait des yeux d’un bleu magnifique Ă  faire fondre n’importe quel ĂȘtre humain y compris ceux qui n’aimaient pas les chats.

Quant Ă  son pelage Ă  poils courts, il Ă©tait d’un blanc immaculĂ©.

Soudain, il fit un petit miaulement si faible que Jessica aurait pu ne pas l’entendre si elle n’avait pas rapprochĂ© son visage tout prĂšs de son museau.

Visiblement, il avait un peu peur d’elle alors pour le rassurer, elle lui caressa sa petite tĂȘte toute blanche tout en lui murmurant des mots doux.

« Ne t’inquiĂšte pas mon joli chaton. N’ai pas peur, maman est lĂ  pour te protĂ©ger »

« Miaou, miaou » miaula le chaton qui à présent la fixait de ses petits yeux bleus en amande.

« Tu es si mignon. Je ne m’attendais pas du tout Ă  toi. Quelle Belle surprise »

Elle fit un petit bisou sur le bout de sa petite truffe rose qui Ă©tait bien fraĂźche et un peu humide ; signe qu’il se portait bien et qu’il Ă©tait en bonne santĂ©.

« Oh ! Je t’aime dĂ©jĂ , toi »

« Miaou » miaula Ă  nouveau le chaton qui avait Ă  prĂ©sent appuyĂ© sa tĂȘte dans le creux de son avant bras repliĂ©. Il avait trouvĂ© une place confortable et semblait beaucoup plus apaisĂ©.

Ses petits yeux Ă©taient fermĂ©s et il commençait Ă  s’assoupir paisiblement.

Avec tendresse, elle regarda ce petit ĂȘtre qui ne tarderait pas Ă  s’endormir. Il faut dire que c’était encore un bĂ©bĂ© et qu’à cet Ăąge-lĂ , les chatons dormaient beaucoup.

Son ventre doux et soyeux reposant sur son avant bras ; elle pouvait ressentir toute sa chaleur corporelle ainsi que les battements rĂ©guliers de son cƓur.

À ce moment-lĂ , elle ne put s’empĂȘcher de penser au passĂ© et revit son chat Tootsy lorsqu’il n’était qu’un bĂ©bĂ© et qu’il s’endormait alors dans ses bras tout comme celui-ci.

Elle souria puis caressa lĂ©gĂšrement de son index le sommet de sa petite tĂȘte blanche qui Ă©tait toujours enfouie dans le creux de son avant bras. Il dormait dĂ©jĂ  Ă  poing fermĂ©s.

****

La chanson du réveil de son smartphone entonna bruyamment « MYTH » de Beach House suivi quelques secondes aprÚs, de la douce voix robotisée féminine qui annonça : Il est 7H00.

La chanson reprit alors son cours. Cet air la mettait gĂ©nĂ©ralement toujours de bonne humeur et lui donnait l’envie de croquer la vie Ă  pleine dent.

Assise sur le rebord de son lit, elle attendit de retrouver ses esprits puis prit son smartphone qui reposait sur sa table de nuit. Elle ouvrit son Ă©tui portefeuille puis toucha de son index la croix qui s’affichait sur l’écran pour Ă©teindre la musique.

Au mĂȘme moment, elle aperçu tout Ă  fait en haut de l’écran les derniĂšres notifications qui s’affichaient. Elle soupira. Il y avait encore de nombreux messages. Trop de messages. Elle prendrait le temps de les lire plus tard. Pour l’instant, elle immergeait de son rĂ©veil matinal


Elle bailla longuement tout en s’étirant les bras et regarda Ă  travers les persiennes, le soleil qui brillait dĂ©jĂ . Elle aimait la saison de l’étĂ© car le soleil se levait toujours tĂŽt contrairement Ă  l’hiver qui retardait son arrivĂ©e. De toute façon, elle avait toujours dĂ©testĂ© l’hiver car la nuit tombait beaucoup trop vite Ă  cette pĂ©riode de l’annĂ©e ; ne laissant alors pas beaucoup de temps au soleil de pouvoir illuminer notre terre.

Le soleil lui rappelait son passĂ© d’expatriation Ă  l’étranger. Il lui faisait du bien et la rĂ©conciliait avec sa nouvelle vie en France. Il Ă©tait tout simplement sa source lumineuse dont elle ne pouvait se passer.

Comme elle était en congés, elle profiterait encore de cette belle matinée.

Et aujourd’hui, elle avait prĂ©vu de s’occuper des fleurs de son jardin. Il fallait impĂ©rativement qu’elle arracha toutes les mauvaises herbes qui les avaient envahi et cela promettait d’ĂȘtre une tĂąche des plus laborieuse. Mais comme elle adorait ses rosiers, elle le ferait sans protester.

Tout en prenant son petit dĂ©jeuner elle repensa Ă  son rĂȘve d’hier soir. Elle se souvenait avoir rĂȘvĂ© Ă  son chat Tootsy ainsi qu’à un immense dĂ©sert.

Un dĂ©sert dans lequel elle avait assistĂ© Ă  pas mal d’évĂ©nements inattendus et quelque peu incongru. Un dĂ©sert aride et si chaud qu’elle se souvenait avoir eu envie de boire Ă  chaque fois, un grand verre de coca-cola tellement son gosier Ă©tait sec.

Mais ce qu’elle avait le plus aimĂ© dans son rĂȘve avait bien Ă©tĂ© la sĂ©quence de la rencontre avec une jeune femme extra-terrestre qui avait su la mettre en confiance par sa grande gentillesse et son sourire permanent. Elle revoyait encore quelques bribes d’elle ainsi que du globe terrestre qu’elle tenait entre ses mains. Mais c’était Ă  peu prĂšs tout ce dont elle se souvenait.

Il lui semblait aussi qu’il y avait une histoire qui tournait autour d’un certain message qu’on devait lui transmettre ; mais lĂ  aussi ça restait vague. Par contre, elle se souvenait trĂšs clairement de la fin de son rĂȘve.

Il s’agissait d’un adorable chaton tout blanc avec de jolis yeux bleus qui ressemblait beaucoup Ă  son chat Tootsy mis Ă  part les yeux biensĂ»r…

Le petit dĂ©jeuner terminĂ©, Jessica sortit enfin dehors, une casquette de baseball sur la tĂȘte car les rayons du soleil promettaient de s’intensifier davantage au fur et Ă  mesure que la matinĂ©e avancerait.

Soudain, elle se souvint qu’elle devait absolument jeter les 3 gros sacs de poubelle qu’elle avait laissĂ© Ă  l’intĂ©rieur de son garage. Et comme elle ne voulait pas s’en charger plus tard, elle dĂ©cida de s’en occuper maintenant pour Ă©viter de le faire aprĂšs son travail de jardinage.

Sans plus attendre, elle s’empressa d’aller les chercher. Mais en en prenant un par son lien, elle trouva qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  trĂšs lourd alors elle prĂ©fĂ©ra abandonner les deux autres, le temps de jeter celui-ci.

Habituellement, elle Ă©tait tout Ă  fait capable d’en porter au moins deux Ă  la fois pour s’éviter de faire trop d’aller et retour entre sa maison et l’emplacement des bennes Ă  ordures mais lĂ , elle Ă©tait obligĂ©e de n’en porter qu’un Ă  cause de la douleur de son poignet qu’elle s’était froissĂ© il y a trois jours en Ă©laguant ses cerisiers.

Elle soupira d’agacement car elle serait obligĂ©e de faire trois aller-retour ; ce qui ne l’arrangeait pas du tout.

Comme elle Ă©tait tĂȘtue et quelque peu fainĂ©ante, elle essaya d’en porter deux Ă  la fois Ă  l’aide de sa main gauche mais constata trĂšs vite que ce n’était pas possible alors elle dĂ» se rĂ©signer Ă  n’en porter qu’un et devoir effectuer sans marmonner ses satanĂ©es aller-retour puisqu’elle n’avait guĂšre le choix.

Les quatre bennes Ă  ordures se trouvaient Ă  plusieurs mĂštres de sa maison ; alignĂ©es en bordure de la route principale oĂč son chat Tootsy s’était fait Ă©crasĂ© il y trois ans par un fichu chauffard qui n’avait mĂȘme pas daignĂ© s’arrĂȘter pour au moins dĂ©placer la petite dĂ©pouille et la mettre sur le bas-cĂŽtĂ©.

En regardant la route, elle se souvint encore du petit corps sans vie Ă©claboussĂ© de sang qui se trouvait au milieu de la route et qu’elle venait Ă  peine de dĂ©couvrir en allant justement jeter ses poubelles aux alentours de 8H00 du matin. Un horrible matin d’hiver qu’elle n’avait pas pu oublier et qui par moment lui revenait encore Ă  l’esprit.

Depuis, elle avait bien essayĂ© d’oublier cet affreux Ă©pisode de sa vie mais de temps en temps, et trĂšs prĂ©cisĂ©ment lorsqu’elle allait jeter ses poubelles, elle y repensait.

Le chemin qui allait de sa maison aux bennes Ă  ordures Ă©tait relativement loin mais elle ne se dĂ©couragea pas pour autant. Et puis le soleil Ă©tait lĂ  pour lui rĂ©chauffer le cƓur ainsi que les petits oiseaux qui chantaient gaiement dans les hauts arbres des jardins environnants.

Elle venait dĂ©jĂ  de terminer de faire deux aller-retour et se rĂ©jouissait Ă  l’avance d’en finir avec ce labeur qui n’était pas du tout sa tasse de thĂ©.

« Ouf ! Ce sera bientÎt terminé ! » soupira t-elle.

Le dernier sac de poubelle en main, elle marchait tranquillement sur le petit chemin de terre qui menait aux bennes Ă  ordures lorsqu’elle aperçu au loin un homme qui venait Ă  peine de sortir de sa voiture qui Ă©tait garĂ©e sur le bas-cĂŽtĂ© de la route, tout prĂšs de la premiĂšre benne.

Sa casquette de baseball lui cachait le visage et il semblait trĂšs pressĂ© vu la maniĂšre dont il venait de se dĂ©barrasser en vitesse de la boĂźte en carton qu’il tenait entre ses mains.

D’ailleurs, Ă  peine, Jessica venait d’arriver prĂšs des bennes qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  reparti dans un crissement de pneu.

Encore un de ses fous qui devrait Ă©viter de conduire se dit-elle en s’approchant de la premiĂšre benne.

Elle souleva son couvercle d’oĂč se dĂ©gagea une forte odeur nausĂ©abonde.

« Berk ! Dieu que ça pue ! »

Vite, elle jeta rapidement son sac Ă  l’intĂ©rieur. Mais avant de refermer le couvercle, elle cru entendre un petit bruit. Vu que la benne Ă©tait trop haute, elle se hissa sur la pointe des pieds tout en maintenant de sa main gauche le couvercle ouvert. Elle bloqua sa respiration tant l’odeur Ă©tait nausĂ©abonde et commença Ă  regarder Ă  l’intĂ©rieur. Elle ne vit rien de particulier Ă  part d’innombrables poubelles et une boĂźte de carton qui se trouvait juste au-dessus de toutes ces ordures. Elle attendit quelques secondes mais le fameux bruit qu’elle avait pourtant cru entendre ne rĂ©apparu plus.

Alors qu’elle s’apprĂȘtait Ă  fermer le couvercle, c’est alors qu’elle l’entendit Ă  nouveau et cette fois-ci de maniĂšre plus distincte. Cela ressemblait fortement Ă  un bruit Ă©touffĂ© d’un animal comme un rĂąle et il semblait provenir de la boĂźte en carton…

Vite, sans plus attendre, elle tendit le bras pour pouvoir l’attraper tout en tenant de sa main gauche le couvercle de la benne.

Ce ne fut pas simple, surtout d’une seule main mais comme elle Ă©tait tenace, elle finit par y arriver et rĂ©ussit enfin Ă  extirper la fameuse boĂźte de la benne Ă  ordures.

À prĂ©sent, elle la tenait bien fermement entre ses mains. Il s’agissait plus prĂ©cisĂ©ment d’une boĂźte Ă  chaussures pour hommes vu la paire de mocassins qui Ă©tait reprĂ©sentĂ©e dessus.

La boĂźte Ă©tait enroulĂ©e de gros ruban adhĂ©sif marron et elle semblait trĂšs lĂ©gĂšre. Pourtant, il y avait bien un animal Ă  l’intĂ©rieur vu qu’elle entendait par moment des bruits de frottements comme si celui-ci remuait. Par contre, elle n’entendit plus le rĂąle de tout Ă  l’heure..

Vite, elle s’accroupissa et dĂ©posa la boĂźte de carton sur le sol gravillonnĂ© puis Ă  l’aide de ses ongles tenta de retirer une Ă  une les bandes adhĂ©sives ; ce qui ne fut pas une tĂąche facile sans l’usage d’un objet coupant mais Ă  force de persĂ©vĂ©rance, elle fini par y arriver.

Ça y est, elle venait de terminer de retirer tous les adhĂ©sifs.

Avec hĂąte, elle retira enfin le couvercle de la boĂźte Ă  chaussures et ce qu’elle vit la fit presque tomber Ă  la renverse tant elle ne s’y attendait pas.

Un petit chaton tout blanc et tout frĂȘle aux yeux bleus la regardait. Il tremblait de tout son corps tellement il avait peur et son pelage Ă©tait rempli d’une fine poussiĂšre qui ressemblait Ă  de la terre.

Le contour de ses si jolis yeux Ă©taient vraiment sales. Cela se voyait qu’on ne s’était pas du tout occupĂ© de lui pendant un certain temps.

Elle déposa son index sur le bout de sa truffe. Fort heureusement, elle était humide et fraßche.

« Ouf
 » soupira Jessica rassurĂ©e.

C’était dĂ©jĂ  ça, vu que ce petit chaton Ă©tait tout maigre. Quelqu’un s’Ă©tait amusĂ© Ă  le maltraiter…

Soudain, elle se rappela le gars qui avait jeté la boßte de carton dans la benne.

Quel immonde fumier ! S’en prendre Ă  un animal sans dĂ©fense. Pourquoi, ne pas tout simplement le faire adopter plutĂŽt que de le jeter comme une vieille chaussette. Les personnes de son espĂšce ne devraient pas exister. Ils devraient au contraire en finir avec eux-mĂȘmes au lieu de s’acharner sur des animaux.

Vite, sans attendre une minute de plus, elle dĂ©cida de ramener chez elle sa petite merveille Ă  l’intĂ©rieur de cet immonde carton qui aurait pu l’Ă©touffer et qu’elle piĂ©tinerait bien volontiers mais plus tard


Tout le long de son trajet qui menait Ă  sa maison, elle repensa Ă  son rĂȘve d’hier soir. Elle venait de se souvenir du fameux message que le globe terrestre devait lui transmettre.

S’agissait-il de cet adorable chat qu’elle venait de rĂ©cupĂ©rer Ă  l’intĂ©rieur de la benne Ă  ordures ?

Il semblait que oui lorsqu’elle regarda les jolis yeux bleus qui ne cessaient de la fixer.

Soudain, elle se rappela de certains bribes de son rĂȘve qu’elle avait oubliĂ© et qui venaient Ă  l’instant de lui revenir en tĂȘte.

Les mots « RUOSIS », « AFRIQUE » et « TREFLE » clignotÚrent dans son esprit tels les ampoules lumineuses de Noël.

« Mais biensĂ»r ! » s’exclama t-elle tout haut.

Tout concordait parfaitement.

La piĂšce de puzzle de L’Afrique correspondait au premier chat qu’elle avait eu pour la premiĂšre fois en GuinĂ©e Ă  Conakry.

En ce qui concernait le trĂšfle qui Ă©tait dessinĂ© sur le recto de la carte de visite ; cela voulait dire qu’elle aurait bientĂŽt eu la chance et le bonheur d’avoir un chat.

Quant au mot RUOSIS qui Ă©tait Ă©crit en lettre majuscules et caractĂšres gras sur le verso de la carte ; il fallait tout simplement inverser les lettres et les mettre dans le bon ordre afin d’obtenir le nom d’un petit rongeur qui n’Ă©tait autre que la souris.

Tout le monde sait trĂšs bien que les chats aiment bien leur courir aprĂšs juste pour s’amuser ou encore dans le pire des cas, les attraper pour les manger
.

C’est alors qu’un large sourire Ă©claira le visage de Jessica.

À prĂ©sent, le soleil ne serait plus le seul Ă  lui rĂ©chauffer le cƓur.

DĂ©sormais, cette adorable merveille qui venait de lui tomber du ciel serait son plus grand bonheur


Tel Ă©tait le message qui lui Ă©tait destiné 

FIN

La derniĂšre danse de la lune : Chapitre 3 : Confessions

la derniere danse de la lune

 

Elisa fouilla rapidement dans son grand sac qu’elle portait toujours en bandouliĂšre et trouva enfin sa fameuse lampe de poche Ă©tanche.

DĂšs lors qu’elle l’enclencha, la lumiĂšre fut tellement puissante qu’elle suffit Ă  Ă©clairer tout l’ensemble de l’unique grande piĂšce de la cabane qui devait bien faire dans les 20 mÂČ.

A l’intĂ©rieur, tout Ă©tait rustique et entiĂšrement en bois : de l’habillage des murs, sol et plafond jusqu’au mobilier.
Au milieu du mur du fond, une petite fenĂȘtre Ă  un ventail sans rideau avait son volet fermĂ© ; ce qui expliquait pourquoi il faisait si sombre ici. A sa droite, tronaĂźt une grande et haute armoire en bois massif Ă  trois portes avec deux tiroirs cĂŽte Ă  cĂŽte au niveau du bas.

Au dessus de celle-çi, on pouvait aperçevoir un amoncellement de diverses choses indéfinissables ainsi que deux grands chandeliers à plusieurs branches, accompagnés de leurs bougies.
Contre le mur de gauche, Ă  cĂŽtĂ© d’un balai brosse, Ă©taient appuyĂ©s l’un sur l’autre deux lits de camp pliables qui prenaient pas mal de place tant ils Ă©taient grands.

Au centre de la piĂšce se trouvait une grande table rectangulaire habillĂ©e d’une nappe en tissu Ă  petites fleurs, entourĂ©e de quatre chaises en bois avec assises en paille. Et au milieu de celle-çi reposait le fameux sac Ă  dos de Batisto.

Tamara s’en rapprocha et commença Ă  ouvrir l’une des deux petites poches extĂ©rieures mais n’y trouva rien. Elle ouvrit alors la deuxiĂšme poche puis s’exclama :

« Elle est lĂ  ! Je l’ai trouvĂ©e ! On va pouvoir enfin s’enfermer Ă  clef ! »

****

Elisa Ă©tait Ă  prĂ©sent en train d’Ă©clairer la serrure de la porte d’entrĂ©e afin que Tamara puisse y insĂ©rer la fameuse clef.
Une fois que celle-çi l’eut fermĂ©e Ă  double tour, elles se retrouvĂšrent enfin dans un espace clos et Ă  l’abri de tout danger en attendant la suite des Ă©vĂšnements…

« VoilĂ  c’est fait Elisa ! On est en sĂ©curitĂ© maintenant ! Du moins, pour l’instant mais c’est bien mieux que si on Ă©tait dehors… »

Le seul inconvĂ©nient restait toutefois l’Ă©clairage qui Ă©tait assez faible et ce malgrĂ© le puissant faisceau lumineux de la lampe de poche d’Elisa qui de toute façon ne pourrait pas marcher indĂ©finiment Ă©tant donnĂ© que celle-çi fonctionnait avec des piles.

« Je ne pourrai pas laisser allumĂ©e ma lampe de poche trop longtemps sinon les piles finiront par s’Ă©puiser » fit-elle remarquer. « Il faudrait nous Ă©clairer avec autre chose. J’ai vu qu’il y avait deux chandeliers au dessus de l’armoire » ajouta t-elle en Ă©clairant le sommet du meuble.

« Oui, vous avez raison mais il y a mieux que ça ! Vous pouvez m’Ă©clairer la troisiĂšme porte de l’armoire s’il vous plaĂźt ? Normalement, ils doivent toujours y ĂȘtre…Du moins, je l’espĂšre… »

Elisa s’exĂ©cuta tandis que Tamara Ă©tait dĂ©jĂ  en train d’ouvrir la porte en question puis commençait Ă  balayer de sa main droite le dessus de la premiĂšre Ă©tagĂšre du haut, Ă  la recherche des objets qu’elle avait en tĂȘte.

« VoilĂ  ce qu’il nous faut ! je viens de les retrouver ! » s’Ă©cria t-elle.

Tamara venait d’attraper par leur anses deux lanternes en mĂ©tal ajourĂ©. Elle les porta jusqu’Ă  la table puis les dĂ©posa au milieu de celle-çi prĂšs du sac Ă  dos de Batisto. L’intĂ©rieur de chacune d’elles comportait une grosse bougie fixĂ©e sur un socle.

« Vous pouvez encore m’Ă©clairer Elisa ? Je me souviens qu’il y avait un briquet rangĂ© ici » dit-elle en dĂ©signant du doigt le tiroir de droite du bas de l’armoire.

Pendant qu’Elisa l’Ă©clairait Ă  nouveau, Tamara ouvrit le tiroir et commença Ă  chercher des yeux le dit briquet. Au bout de quelques instants, elle finit par le trouver.

« Ah le voici ! Je me disais bien qu’il se trouvait lĂ . VoilĂ  Elisa ! on va pouvoir enfin allumer nos lanternes ! »

Mais la joie de Tamara fut de courte durĂ©e lorsqu’elle s’aperçut que le rĂ©servoir de celui-çi Ă©tait vide.

« Mince alors ! c’est vraiment pas de chance ! il n’y a plus de gaz dans le rĂ©servoir. Il est complĂštement Ă  sec ! et en plus il n’y en a pas d’autres, Ă  part celui-lĂ  ! Oh noonn ! dit-elle en pestant.

« Moi j’ai un briquet ! » s’empressa de dire Elisa. « Il est Ă  l’intĂ©rieur de mon sac de plage. Enfin, normalement…Attendez, je vais le chercher »

« C’est pas vrai ? Incroyable ! Vous avez un briquet dans votre sac ? En tout cas, si vous l’aviez vraiment, vous nous sauveriez une fois de plus la vie, ma chĂšre Elisa ! » dit-elle en lui pressant gentiment l’Ă©paule.

AllĂ©luia ! se dit Elisa avec un petit sourire de satisfaction lorsqu’elle mit enfin la main sur son fameux briquet qu’elle venait de retrouver parmi toutes ses affaires. C’Ă©tait un cadeau publicitaire de l’hĂŽtel « Paradise Beach » oĂč elle avait sĂ©journĂ© et qu’elle avait trouvĂ© posĂ© sur une des tables basses de sa chambre. Elle se souvenait encore avoir hĂ©sitĂ© Ă  le prendre avec elle, lors de son pĂ©riple en catamaran.

A prĂ©sent, elle pouvait encore se fĂ©liciter de l’avoir entre ses mains Ă©tant donnĂ© qu’Ă  cet instant prĂ©cis, il lui serait trĂšs utile.
Comme quoi, un simple petit briquet trĂšs ordinaire fut-il ; pouvait bien faire des miracles en redonnant un peu d’espoir et de la lumiĂšre Ă  deux jeunes femmes en dĂ©tresse…

****

GrĂące aux deux lanternes, la piĂšce baignait dans un halo de lumiĂšre et semblait beaucoup plus chaleureuse qu’auparavant.

Elisa, assise sur une des chaises, observait Tamara debout, face Ă  la table, en train de fouiller Ă  l’intĂ©rieur du sac Ă  dos de Batisto.

Que pouvait bien t-elle chercher ? se demanda t’elle. Sans doute une arme quelconque ou encore un objet qui leur serait utile.
Au bout d’un instant, Tamara finit par dire d’un air dĂ©pitĂ© :

« Il n’y a vraiment rien d’intĂ©ressant dans ce sac ! »

Cela se voyait qu’elle fulminait intĂ©rieurement mais qu’elle essayait de garder son calme. Elle fusillait du regard le sac Ă  dos et semblait ne plus pouvoir supporter sa vue. Nerveusement elle se gratta la tĂȘte puis dĂ©cida de le dĂ©poser sur le plancher Ă  cĂŽtĂ© des deux lits de camps. Elle lui jeta un dernier coup d’oeil sans doute en le maudissant de tous les noms puis vint s’asseoir Ă  son tour, juste en face d’Elisa.

« J’ai perdu mon temps. Je n’ai rien trouvĂ© dans le sac de cette ordure Ă  part quelques babioles inutiles » ajouta t-elle.

« Oui, j’ai vu. On se dĂ©brouillera autrement… » dit Elisa en baillant.

« Vous ĂȘtes fatiguĂ©e ? Vous voulez peut-ĂȘtre un peu vous allonger ? ils sont trĂšs confortables, vous savez » dit Tamara en regardant en direction des lits.

« Non, merci mais c’est gentil de me l’avoir proposĂ©. Je pense que je n’arriverai pas Ă  fermer l’oeil. Je suis beaucoup trop angoissĂ©e pour dormir »

« C’est pareil pour moi et mĂȘme si je me sens tout de mĂȘme assez fatiguĂ©e. Je dois bien avouer que cette marche dans la forĂȘt m’a littĂ©ralement Ă©puisĂ©e »

« Oui, moi aussi. D’ailleurs, j’ai dĂ©testĂ© marcher dans cette fichue forĂȘt » dit Elisa avec mĂ©pris.

« Oui, vous avez bien raison. Une fichue forĂȘt ! comme vous dĂźtes. Des bestioles de partout avec une chaleur suffocante et insupportable. Et puis sans oublier cette moiteur qui n’en finissait pas…Oui, c’est certain, c’Ă©tait loin d’ĂȘtre une promenade des plus agrĂ©ables »

Elisa repensa soudainement Ă  la grande araignĂ©e noire qui avait failli lui tomber dessus. Brrr…, rien que d’y penser, elle fut parcourue de frissons. Mais la scĂšne la plus horrible Ă©tait bien celle du cadavre au fond du prĂ©cipice. Elle le revoyait encore trĂšs clairement avec cet Ă©trange pique qui lui transperçait le dos. L’aurĂ©ole de sang qui maculait son t-shirt.Tout ce sang autour de lui et les dĂ©bris Ă©parpillĂ©s un peu partout…

Les images sordides ne cessaient de lui envahir l’esprit, lui donnant le tournis tel un manĂšge qui n’en finirait pas de tournoyer sans fin…

Et puis il y avait aussi ce type qui Ă©tait cachĂ© lĂ , quelque-part en train de sĂ»rement les Ă©pier tout en attendant le bon moment pour s’en prendre Ă  elles…

Elisa se massa la tempe droite. Elle commençait Ă  avoir un dĂ©but de mal de tĂȘte. Cela ne lui Ă©tait plus jamais arrivĂ© et ce depuis pas mal de temps dĂ©jĂ , si ce n’est lorsqu’un jour elle avait reçu un coup de tĂ©lĂ©phone de sa meilleure amie de l’Ă©poque qui avait osĂ© lui annoncer tout bonnement qu’elle ne voulait plus de leur amitiĂ© en inventant un prĂ©texte des plus mĂ©diocres. Un mauvais jour qui avait particuliĂšrement marquĂ© au fer rouge Elisa. Mais avec le temps, elle avait rĂ©ussi Ă  effaçer cette infĂąme trahison.

Aujourd’hui, le mal de tĂȘte qui s’insinuait lentement et douloureusement tel un poison violent Ă  l’intĂ©rieur de sa boĂźte crĂąnienne ne ressemblait en rien Ă  celui qu’elle avait subi Ă  l’Ă©poque Ă  cause de sa fausse amie. Non, il Ă©tait bien pire…

Et il ne faisait qu’empirer, s’amplifier davantage au fur et Ă  mesure qu’elle s’inquiĂ©tait de sa situation. Une situation que personne ne voudrait vivre. Oui, la pire des situations…et qui surpassait de loin ce fameux jour de trahison. Une trahison qui Ă  ses yeux devenait Ă  l’heure d’aujourd’hui totalement anodine, ridicule et mĂȘme risible.

Par contre ce qu’elle Ă©tait en train de vivre Ă  Diamond Ă©tait un vĂ©ritable cauchemar… Oui, un cauchemar qui n’en finissait pas…

****

Elisa ne pouvait s’empĂȘcher de ressasser en boucle toutes ces images. Elles martelaient sa tĂȘte sans rĂ©pit ; jaillissant par intermittence tels des Ă©clairs qui zĂšbreraient un ciel d’un noir intense…Oui, noir comme les yeux de Tamara…

« Comment vous sentez-vous Elisa ? ça n’a pas l’air d’aller ? »

La voix de Tamara l’empĂȘcha d’aller plus loin dans sa rĂ©flexion tel un rappel Ă  l’ordre qui la fit immĂ©diatement revenir Ă  la rĂ©alitĂ©.

Une rĂ©alitĂ© qui ne prĂ©sageait rien de bon d’ailleurs, puisqu’elles Ă©taient enfermĂ©es Ă  l’intĂ©rieur d’une cabane, certes Ă©clairĂ©e par deux bougies mais qui Ă©tait perdue au milieu d’une forĂȘt Ă©paisse avec un maniaque cachĂ© quelque part pour noircir le tableau.

Qu’allaient-elles devenir en fin de compte ? Elisa ne cessait d’angoisser. Reprenant peu Ă  peu ses esprits, elle essaya tant bien que mal de masquer ses craintes et finit par rĂ©pondre Ă  Tamara :

« Je vais bien. Ne vous inquiĂ©tez pas. Je repensais juste Ă  tous ces Ă©vĂšnements que nous venions de vivre »

« Je suis vraiment dĂ©solĂ©e Elisa… »

Tamara semblait réellement confuse et observait Elisa avec inquiétude.
Elisa massait Ă  prĂ©sent sa tempe gauche en espĂ©rant que ce fichu mal de tĂȘte finirait bien par se dissiper. Elle souffrait mais ne voulait surtout pas l’avouer Ă  Tamara car elle en avait assez de se plaindre. D’ailleurs, elle cessa immĂ©diatement de se masser les tempes car cela ne servait strictement Ă  rien.

Tamara l’observait toujours. Alors, pour ne pas Ă©veiller sa curiositĂ© concernant le mal de tĂȘte qui la rongeait, elle rĂ©pliqua :

« Non, Tamara, ne vous excusez pas. ArrĂȘtez de le faire, s’il vous plaĂźt. C’est vous qui ĂȘtes plus Ă  plaindre que moi. Je voudrais tellement qu’on puisse se sortir de cet enfer. Je me sens juste dĂ©semparĂ©e et impuissante. Je me demande aussi combien de temps nous allons devoir rester ici et c’est vrai que je ne cesse de penser Ă  cet individu mais ça va aller, rassurez-vous. J’ai juste peur qu’il s’en prenne Ă  nous. C’est tout »

« Oui, moi aussi j’ai peur de ce sale type mais cette cabane a l’air trĂšs solide. Il ne pourra pas s’en prendre Ă  nous comme ça ! et puis nous sommes deux ! Il faudra donc rester ici toute la nuit jusqu’au lever du jour puis on verra bien ce qu’on pourra faire demain »

« Oui, vous avez raison. Faisons comme ça… »

« Au fait, quelle heure est-il s’il vous plaĂźt ? »

Elisa regarda sa montre dont les aiguilles Ă©taient devenues phosphorescentes.

« Il est 19H15 »

« Je pensais qu’il Ă©tait beaucoup plus tard que ça. On devra donc attendre longtemps ici mais que voulez-vous, c’est bien mieux que d’ĂȘtre dehors »

« Oui, vous avez raison et mĂȘme si je ne peux m’empĂȘcher d’avoir peur, je vais essayer de faire la part des choses. AprĂšs tout, nous n’avons pas le choix. J’espĂšre seulement que tout se passera bien et qu’on s’en sortira »

« Oui, il faut y croire ma chĂšre Elisa. Vous verrez, on s’en sortira »

Elisa l’a regarda quelque peu perplexe ne sachant quoi ajouter de plus. Elle trouvait que Tamara ne manquait pas de courage Ă©tant donnĂ© qu’elle avait perdu son mari de la maniĂšre la plus Ă©pouvantable qu’il soit. Mais oĂč pouvait bien t-elle trouver encore cette Ă©nergie d’y croire encore et de penser qu’elles se sortiraient de cette galĂšre ? Elle semblait si sĂ»re d’elle.

Elisa constata que par rapport Ă  sa compagne d’infortune, elle avait tendance Ă  trop vite se laisser abattre.

« Oui, et on fera tout pour ça Elisa ! Croyez moi ! » ajouta Tamara. « Vous savez, ces ordures m’ont dĂ©truite de l’intĂ©rieur en tuant mon mari mais je vous promets que la crapule qui est toujours en vie ou pas d’ailleurs, n’arrivera pas Ă  avoir notre Ăąme. Non, il ne fera rien de tel car on l’en empĂȘchera vous et moi. N’est-ce pas Elisa ? Et on se battra pour ça »

« Oui, je suis d’accord avec vous Tamara »

Elisa essayait d’y croire mais elle avait encore quelques doutes Ă  ce sujet. Comment feraient-elles pour s’en sortir face Ă  cet individu qui avait tuĂ© de sang froid un homme. Et comment feraient-elles pour quitter cette Ăźle ? Que de questions et cet horrible mal de tĂȘte qui n’en finissait pas…

Soudain, Tamara la brusqua dans ses pensées :

« Et sinon, pour parler un peu d’autre chose, comment trouvez-vous cette cabane, Elisa ? Elle n’est pas trop mal, je trouve. Mon mari et moi l’adorions. Et vous ? qu’en pensez-vous ? » demanda t-elle tout en dessinant avec son index des cercles imaginaires sur la nappe de la table.

Elisa ne lui rĂ©pondit pas tout de suite tant elle fut surprise par sa question quelque peu incongrue. Certes, cette cabane avait un certain charme mais elle n’Ă©tait pas du tout disposĂ©e Ă  parler de ses qualitĂ©s ou inconvĂ©nients vu les circonstances actuelles.

Non ! Elle, tout ce dont elle avait envie, c’Ă©tait de fuir cet endroit de malheur au plus vite et que ce fichu mal de crĂąne s’arrĂȘte dĂ©finitivement.
Tamara voulait certainement dĂ©tendre l’atmosphĂšre en abordant un tel sujet mais elle n’Ă©tait vraiment pas d’humeur Ă  entrer dans ce genre de conversation.

DĂ©cidĂ©ment, les deux jeunes femmes ne se ressemblaient pas du tout, point de vue caractĂšre. L’une Ă©tait forte et dĂ©terminĂ©e avec un mental d’acier alors que l’autre doutait toujours et restait perpĂ©tuellement sur ses gardes.

Elisa finit par lui répondre :

« Eh bien dans d’autres circonstances, j’aurais sans doute apprĂ©ciĂ© de sĂ©journer ici mais lĂ , je reste inquiĂšte. DĂ©solĂ©e de me rĂ©pĂ©ter… »

« Non, vous n’avez pas Ă  vous excuser Elisa. Vous avez toutes les raisons de l’ĂȘtre. C’est certain que nous ne sommes pas sereines vu les circonstances mais au moins on est en sĂ©curitĂ© ici. Dehors, il doit faire nuit noire. Rien que d’y penser je me dis qu’on a bien fait de s’enfermer dans cette cabane. Pas vous ? »

« Si, je suis tout Ă  fait d’accord avec vous »

Elisa dĂ©cida de ne plus partager ses inquiĂ©tudes avec Tamara. Cela ne servait Ă  rien de propager son angoisse et de l’attiser davantage par des paroles nĂ©gatives.

« Je peux vous poser une question Elisa ? »

« Oui, biensĂ»r »

« Pourquoi ĂȘtes-vous venue ici Ă  Diamond et toute seule ? »

« Je ne suis pas venue seule. J’Ă©tais accompagnĂ©e de mon Guide touristique »

« Oui certes, mais pourquoi venir ici sans ĂȘtre accompagnĂ©e d’un ami ou d’une amie par exemple ? »

« Tout simplement parce que je voulais faire ce voyage en solitaire. C’Ă©tait mon rĂȘve de jouer en quelque sorte les Robinson CrusoĂ© durant deux jours dans une petite Ăźle dĂ©serte et Ă©loignĂ©e de tout. Et je dois bien avouer que Diamond Ă©tait parfaite pour ça mis Ă  part les affreux drames qui s’y sont dĂ©roulĂ©s. Le Guide m’en parlait tellement comme si c’Ă©tait un joyau de la nature que je n’ai pas hĂ©sitĂ© et que je me suis lancĂ©e. Mais jamais je n’aurais cru un seul instant qu’il y aurait eu un meurtre ici, ni que mon guide en aurait Ă©tĂ© l’instigateur. J’Ă©tais loin de m’imaginer tout ça sinon il est clair que je serais restĂ©e bien tranquillement dans mon hĂŽtel Ă  continuer mes vacances »

Les grands yeux noirs en amande de Tamara ne cessaient de la fixer comme si elle essayait de trouver une vérité au fin fond de son esprit. Mais laquelle au juste ?

« Je vous comprends Elisa. Je suis navrĂ©e encore pour tout ça »

« Non, ne le soyez pas. Vous et moi ne pouvions pas savoir que ces guides Ă©taient des meurtriers… »

« Oui, c’est juste. Mais je vous ai tout de mĂȘme entraĂźnĂ© dans cette galĂšre »

« N’y pensez plus. Ce n’est pas de votre faute Tamara »

Tamara se mordit la lĂšvre infĂ©rieure en signe d’acquiescement puis baissa les yeux comme si elle avait honte.

Elisa essayait de la rassurer mais elle savait aussi au fond d’elle mĂȘme qu’elle n’aurait jamais voulu rencontrer Tamara sur son chemin vu tous les problĂšmes qu’il y avait autour de cette femme et quand bien mĂȘme qu’elle soit une innocente victime.

Etait-ce humain de penser de la sorte ? Pourquoi est-ce que subitement elle avait de telles pensĂ©es envers cette femme ? Ă©tait-ce Ă  cause de ce terrible mal de tĂȘte qui la mettait Ă  fleur de peau ? ou tout simplement parce qu’elle se sentait prise au piĂšge et qu’elle aurait bien voulu que tout ce cauchemar se volatilise comme par magie. Mais malheureusement, elle ne pouvait pas remonter dans le temps et gommer en un claquement de doigt cette rencontre…C’Ă©tait son destin d’ĂȘtre tombĂ©e sur Tamara.

Elle ne pouvait pas non plus lui avouer cette vérité. Elle ne pouvait que la cacher au fin fond de son esprit et se taire. En somme, il ne lui restait plus que la résignation et la fatalité.

« J’aurai une autre question Ă  vous poser Elisa »

Tamara venait de relever les yeux et à présent elle la regardait intensément comme si elle essayait de sonder son esprit. Ce qui perturba quelque peu Elisa.

« Allez-y, je vous Ă©coute »

« Je me rappelle que vous m’aviez dit que vous aviez fait de la plongĂ©e sous-marine avec ce Philippo avant de dĂ©barquer Ă  Diamond »

« Oui c’est vrai » dit Elisa en se demandant oĂč elle voulait bien en venir.

« VoilĂ , je voulais juste savoir si vous aviez remarquĂ© quelque chose chez lui qui ne tournait pas rond. Un Ă©lĂ©ment quelconque qui aurait permis d’en dĂ©duire qu’il Ă©tait une personne bizarre »

« Non, je suis vraiment dĂ©solĂ©e de vous dire ça Tamara mais il n’y avait rien de tel chez lui qui aurait pu prĂ©sager quoi que ce soit de bizarre. Il semblait tout Ă  fait normal. Il n’avait pas un comportement Ă©trange, bien au contraire. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas comment il a pu faire toutes ces atrocitĂ©s. C’est vrai que ça restera toujours un mystĂšre pour moi »

« Oui, moi aussi je me le demande encore, vous savez. C’est pareil en ce qui concerne cette ordure de Batisto. Jamais je n’aurais cru qu’il Ă©tait un tueur. Je me rappelle encore de lui. Il semblait ĂȘtre une personne honnĂȘte et gentille mais je me trompais. Il Ă©tait tout le contraire. Je suis tellement dĂ©goĂ»tĂ©e. Et dire que j’Ă©tais venue ici avec mon mari pour notre voyage de noces. Je ne peux m’empĂȘcher de penser que tout ce qui est arrivĂ© est de ma faute… »

« Mais pourquoi dĂźtes-vous ça ? rien n’est de votre faute Tamara. Encore une fois, vous ne pouviez pas prĂ©voir tout ce qui allait se passer ici. En aucun cas vous ne devez vous sentir coupable, je vous assure »

« Si justement, puisque c’est moi qui ait eu l’idĂ©e de faire cette escapade Ă  Diamond. Je regrette tellement maintenant… » dit-elle les larmes aux yeux.

En regardant les larmes qui coulaient le long de ses joues, Elisa regretta subitement d’avoir eu de mauvaises pensĂ©es envers elle. Les yeux noirs en amande semblaient si tristes Ă  cet instant lĂ  qu’elle en Ă©prouva une profonde compassion.

« Je vous en prie Tamara, ne pleurez pas. Je trouve que vous ĂȘtes une personne tellement courageuse. C’est grĂące Ă  vous si on se retrouve dans cette cabane et en sĂ©curitĂ©. Vous avez eu raison de nous emmener jusqu’ici ! et je suis certaine que votre mari aurait Ă©tĂ© fier de vous. Je le pense trĂšs sincĂšrement… »

« Merci Elisa de me rĂ©conforter comme vous le faĂźtes. Vous ĂȘtes si gentille avec moi. Moi aussi je trouve que vous ĂȘtes courageuse. Vous m’avez fait confiance. Vous savez, ce n’est pas tout le monde qui aurait pu s’aventurer dans cette forĂȘt tout en sachant qu’il y a un tueur qui s’y cache quelque part. Vous m’avez beaucoup soutenu depuis que je vous ai rencontrĂ©e sur la plage et je ne l’oublierai jamais. Merci pour tout ça » dit-elle tout en reniflant.

Elisa lui adressa un large sourire. Un sourire sincĂšre qui se voulait ĂȘtre rĂ©confortant. Oui, un sourire d’espoir destinĂ© Ă  une jeune femme qui avait vĂ©cu un horrible drame.

Elisa ne s’en Ă©tait pas aperçu mais son terrible mal de tĂȘte s’Ă©tait totalement dissipĂ©. Sans doute parce qu’elle avait un peu relĂąchĂ© la pression et qu’elle reprenait peu Ă  peu confiance en elle.
Elle avait à nouveau un espoir qui semblait germer dans son esprit si torturé.
Oui, un ultime espoir de se sortir de cet enfer. Et pour ce faire elle aurait besoin de l’aide de Tamara alors autant s’en faire une alliĂ©e et chasser toutes ces idĂ©es noires qui ne menaient Ă  rien.

A prĂ©sent, elle se sentait un peu plus forte et voulait encore croire Ă  sa bonne Ă©toile qui ne l’avait jamais abandonnĂ©e en cas de coup dur…

« Tamara ? »

« Oui ? » rĂ©pondit Tamara en essuyant ses larmes avec ses doigts.

« J’aimerais moi aussi vous remercier et vous dire que vous ĂȘtes une personne bien »

« Vous le pensez rĂ©ellement ? »

« Oui, trĂšs sincĂšrement. Et je tenais Ă  vous dire Ă©galement que je vous apprĂ©cie et que je suis certaine qu’on s’en sortira » dit-elle dans un large sourire.

« Moi aussi, je vous apprĂ©cie Elisa. Merci de me dire ça. Je suis trĂšs touchĂ©e. Oui, on fera tout pour s’en sortir » lui rĂ©pondit Tamara en lui rendant le sien.

****

En pleine nuit, au coeur de la forĂȘt de Diamond.
A l’intĂ©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes Ă©taient toujours en train de discuter en attendant le lever du jour.

Le cadran de la montre d’Elisa indiquait qu’il Ă©tait exactement 20H00. Comme le temps Ă©tait long ! se dit-elle. Elle Ă©tait fatiguĂ©e et commençait Ă  avoir un peu sommeil mais heureusement que Tamara Ă©tait lĂ  pour alimenter la conversation.

« Elisa ? Je pourrais vous poser une question un peu plus personnelle ? »

« Oui, biensĂ»r »

« Vous n’avez pas de petit ami ? Je vous pose cette question un peu indiscrĂšte par rapport Ă  ce que vous m’avez dit tout Ă  l’heure. Vous savez, que vous souhaitiez faire ce voyage en solitaire… »

« Oui, vous avez raison. Si, j’en avais un avant mais je l’ai quittĂ©. C’Ă©tait il y environ 1 an. On n’Ă©tait plus du tout sur la mĂȘme longueur d’onde lui et moi. Disons qu’on n’Ă©tait pas faits l’un pour l’autre, tout simplement. Mais c’est de l’histoire ancienne Ă  prĂ©sent. Et puis je n’ai aucun regret et c’est ce qui compte finalement. Et vous ? si je puis me permettre, avec Juanes ? Vous vous connaissiez depuis longtemps avant de vous ĂȘtre mariĂ©s ? »

« Oui, depuis dĂ©jĂ  cinq ans. C’est lui qui un beau jour, m’a dit qu’il voulait se marier avec moi. Je ne courrais pas aprĂšs le mariage mais Ă  force qu’il m’en persuade, je me suis dit pourquoi pas ? Et puis il y tenait tellement alors on s’est mariĂ© le 15 dĂ©cembre dernier. La cĂ©rĂ©monie s’Ă©tait dĂ©roulĂ©e dans une magnifique cathĂ©drale en plein centre-ville d’EpicĂ©a. Et pour cette grande occasion, je portais une jolie robe blanche toute en dentelle. J’Ă©tais trĂšs belle et lui tellement Ă©lĂ©gant dans son beau costume tout neuf. Oui, ce fut un trĂšs beau mariage. Un vĂ©ritable conte de fĂ©e que je n’oublierai jamais… » dit-elle avec beaucoup d’Ă©motion dans la voix.

« Je n’en doute pas. Vous deviez former un bien joli couple »

« Oui un trĂšs beau couple… » soupira t-elle en regardant les yeux dans le vague, les deux flammes des bougies qui ne cessaient de danser.

En voyant sa tristesse, Elisa préféra changer de sujet.

« Je voulais savoir Tamara, vous habitez Ă  EpicĂ©a ? »

« Oui depuis ma plus tendre enfance. D’ailleurs c’est lĂ -bas que j’avais rencontrĂ© mon mari. Et vous ? »

« Je ne vis pas Ă  EpicĂ©a, c’est pourquoi j’y suis venue en vacances. J’habite Ă  AntinĂ©a, lĂ  ou vit ma famille. Vous connaissez cette province ? »

« Oui trĂšs bien. C’est agrĂ©able de vivre lĂ -bas. Mais il est vrai que je prĂ©fĂšre la cĂŽte. J’aime l’ocĂ©an »

« Moi aussi j’aime la mer… » dit Elisa en repensant Ă  sa promenade sur l’immense plage de sable blanc de Diamond.

Soudain, une des deux bougies s’Ă©teignit faisant apparaĂźtre une fine volute de fumĂ©e blanchĂątre qui s’Ă©leva en serpentin dans l’air…

**** 

La derniĂšre danse de la lune : Chapitre 2 : La forĂȘt de Diamond

la derniere danse de la lune

 

A l’orĂ©e de la forĂȘt de Diamond : 14H10.

Elisa regarda une derniĂšre fois derriĂšre elle. Elle posa ses yeux sur le sable si blanc puis les attarda sur le ciel d’un bleu intense parsemĂ© de quelques nuages. Il faisait tellement beau ! On aurait dit un jour ordinaire. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, elle se promenait tranquillement sur cette plage en chantonnant son air prĂ©fĂ©rĂ© sans s’imaginer un seul instant que tout ce merveilleux rĂȘve se transformerait en un horrible cauchemar. C’Ă©tait presque irrĂ©aliste et insensĂ©.

Un bref instant elle eut une pensĂ©e pour ses parents en regardant la progression de deux gros nuages blancs qui se suivaient l’un derriĂšre l’autre. Se pourrait-il qu’elle ne s’en sorte pas et qu’elle ne les reverrait plus jamais ? Cette idĂ©e la fit frĂ©mir. Pourtant, il ne fallait pas qu’elle baisse les bras mais alors quel serait son destin ici Ă  Diamond ?

Soudain elle trouva que le nom de cette Ăźle Ă©tait ironique. Son sĂ©jour ici n’avait rien d’Ă©clatant ni de lumineux, bien au contraire. Mais alors, quel en serait le dĂ©nouement ? La noirceur ou la lumiĂšre ? Elisa l’ignorait encore…

A contre coeur, elle détourna son regard de cette si jolie plage puis avec force et détermination suivit Tamara sans davantage se poser de questions.

****

Toutes les deux venaient de pĂ©nĂ©trer dans les profondeurs de la jungle de « Diamond » qui paraissait ĂȘtre inhospitaliĂšre tant il y faisait sombre.
ImpĂ©nĂ©trable, infranchissable et Ă©paisse : tels fut les adjectifs pĂ©joratifs qu’Elisa eut en tĂȘte lorsqu’elle se retrouva au coeur de cet enfer verdoyant qui Ă©tait envahi de lianes et de toutes sortes de vĂ©gĂ©tations luxuriantes.

Il faisait si chaud et lourd que l’air Ă©tait suffocant, presque irrespirable si bien qu’Elisa commençait Ă  beaucoup transpirer et que sa tunique certes trĂšs lĂ©gĂšre lui collait dĂ©jĂ  Ă  la peau. Quelle sensation dĂ©sagrĂ©able que de se sentir toute poisseuse ! se dit-elle en pestant.

Quelques moustiques virulents venaient de lui piquer les bras et les jambes et n’avaient de cesse de lui tournoyer tout autour en faisant de perpĂ©tuels bruits de « bzz » aigus Ă  ses oreilles ; ce qui devenait de plus en plus horripilant.
Elle tentait Ă  chaque fois de les chasser de la main mais en vain, ils revenaient toujours…

DĂ©cidĂ©ment rien n’allait sur cette Ăźle !

Depuis qu’elle marchait dans cette forĂȘt, elle avait l’impression que le poids de son sac avait augmentĂ© de volume alors qu’il n’en Ă©tait rien.

Le frottement de la bandouliĂšre en nylon lui lacĂ©rait littĂ©ralement l’Ă©paule droite lui causant d’affreuses douleurs qui l’Ă©puisaient mais elle tenait bon car il Ă©tait hors de question qu’elle abandonna son sac. Il y avait Ă  l’intĂ©rieur bien trop de choses importantes qui lui seraient sans doute indispensables pour la suite des Ă©vĂšnements alors elle se devait d’ĂȘtre courageuse et de ne surtout pas baisser les bras.

Oui, elle dĂ©testait au plus haut point cette forĂȘt car elle s’y sentait oppressĂ©e et mal Ă  l’aise mais hĂ©las elle n’avait pas d’autre choix que d’avançer sans se plaindre.

Cela faisait dĂ©jĂ  un certain temps qu’elle et Tamara marchaient inlassablement et pourtant elles n’avaient toujours pas atteint leur objectif : celui de se rendre Ă  la fameuse cabane.

Il Ă©tait 14H45.

****

Par certains endroits, il y avait des raies de lumiĂšres qui filtraient Ă  travers les branchages des hauts arbres, rendant une ambiance un peu plus rassurante Ă  ce lieu qui n’Ă©tait guĂšre accueillant.

Mais malgrĂ© ces rares Ă©claboussures lumineuses, Elisa trouvait encore que cette forĂȘt Ă©tait bien trop sombre et elle regrettait dĂ©jĂ  d’avoir quittĂ© la plage.

De temps Ă  autre, le silence de la jungle Ă©tait troublĂ© par le bruissement des feuilles, le craquement des branches sous leurs pas ainsi que par toutes sortes de bruits d’animaux : cris d’oiseaux, coassements d’amphibiens, insectes volants, ect..

Soudain Elisa sentit le chatouillement de quelque chose qui venait de se coller sur son avant-bras gauche.

En regardant d’un peu plus prĂšs, elle constata que c’Ă©tait une toile d’araignĂ©e alors d’un revers de main et Ă  plusieurs reprises, elle essaya tant bien que mal de retirer les fils de soie qui Ă©taient Ă  la fois trĂšs rĂ©sistants et fortement Ă©lastiques.

Lorsqu’elle y arriva enfin et qu’elle pensait en avoir fini avec cette malencontreuse rencontre, subitement elle aperçut une grande araignĂ©e noire Ă  la forme allongĂ©e avec de trĂšs longues pattes en train de descendre de son fil provenant d’une immense toile circulaire qui devait bien atteindre dans les 2m de diamĂštre. La toile ressemblait Ă  s’y mĂ©prendre Ă  un hamac.

En voyant l’araignĂ©e qui pendait toujours sur son fil, Elisa ne pu s’empĂȘcher de pousser un petit cri d’effroi puis un second lorsque celle-çi tomba juste Ă  ses pieds. Pour Ă©viter qu’elle ne lui grimpa dessus, elle eut un mouvement de recul puis s’Ă©cria avec dĂ©goĂ»t « Quelle horreur ! »

Elisa connaissait bien cette espĂšce d’araignĂ©e qu’elle avait dĂ©jĂ  vu dans le jardin de sa maison Ă  AntinĂ©a et dont elle en avait une peur bleue. C’Ă©tait une NĂ©phile dorĂ©e. Une araignĂ©e qui Ă©tait certes passive et inoffensive mais dont la morsure pouvait ĂȘtre douloureuse.

Et dire qu’elle aurait pu me tomber dessus ! se dit-elle dans son for intĂ©rieur mais heureusement il y eut plus de peur que de mal.
AlertĂ©e par les cris d’Elisa, Tamara venait de se retourner et lui demanda avec inquiĂ©tude :

« Que se passe t-il Elisa ? »

« DĂ©solĂ©e, je suis tombĂ©e sur une araignĂ©e et j’ai eu peur. Mais tout va bien Ă  prĂ©sent »

Entre-temps, la Nephile dorĂ©e s’Ă©tait Ă©loignĂ©e en courant Ă  toutes pattes vers un immense arbre entourĂ© de lianes et venait de totalement disparaĂźtre sous des feuillages.
AprĂšs ce petit incident, les deux jeunes femmes continuĂšrent leur ascension vers le sommet de la montagne.

Il Ă©tait 15H10.

****

Elisa se demandait encore si elles avaient eu raison de pĂ©nĂ©trer dans cette forĂȘt. Et si tout cela les menait au contraire vers le tueur ?
De plus, la situation ne ferait qu’empirer avec la tombĂ©e de la nuit ; ce qui ne la rassura pas du tout et amplifia davantage sa peur.

Elle regarda devant elle, la longue queue de cheval noire qui se balançait de droite à gauche.
Tamara marchait d’un pas dĂ©cidĂ© et ne semblait pas autant perturbĂ©e qu’elle. Elle suivait son chemin et rien ne semblait pouvoir l’arrĂȘter.

D’ailleurs, pas une seule fois, mis Ă  part l’Ă©pisode de l’araignĂ©e, elle ne s’Ă©tait retournĂ©e pour lui demander si tout allait bien.
Etrange jeune femme se dit-elle mais elle ne pouvait pas non plus lui porter un jugement trop hĂątif Ă©tant donnĂ© qu’elle venait de perdre son mari dans d’affreuses circonstances.

Elisa Ă©tait extĂ©nuĂ©e et commençait Ă  entendre les gargouillis de son estomac. Elle avait trĂšs faim. Et dire que pour le repas de ce midi, elle devait dĂ©guster de dĂ©licieuses langoustes au beurre d’ail et au lieu de cela, elle se retrouvait ici Ă  marcher sans fin. Et pour noircir le tableau, un homme dangereux se cachait quelque-part, sans doute en train de les Ă©pier Ă  cet instant mĂȘme.

Et de son cĂŽtĂ©, Tamara ne lui avait plus jamais adressĂ© la parole. Elle continait sa route sans se retourner alors n’en pouvant plus, Elisa dĂ©cida de briser le silence et cria Ă  son attention :

« Tamara ! Tamara ! Vous pouvez vous arrĂȘter un instant s’il vous plaĂźt ! »

La jeune femme s’arrĂȘta aussitĂŽt puis fit volte face.

« Que se passe-t-il encore ? » demanda t-elle avec une pointe d’agacement.

Elisa fut surprise par le ton de sa voix mais ne lui en tenu pas rigueur.

« On pourrait faire une petite pause ? Je suis morte de fatigue et j’ai faim pas vous ? J’ai des petits pains aux raisins dans mon sac. Cela ne nous prendra que quelques minutes pour les manger »

Tamara changea immĂ©diatement d’attitude en lui faisant un petit sourire ; sans doute pour se rattraper du ton qu’elle avait employĂ© envers elle.

« DĂ©solĂ© Elisa. Oui, biensĂ»r on va s’arrĂȘter un peu. Vous avez raison, moi aussi j’ai faim. Et puis ce ne sont pas ces quelques minutes de repos qui vont nous faire perdre du temps. On a dĂ©jĂ  bien avancĂ©es »

Elisa s’empressa de fouiller dans son sac de plage et en extirpa un paquet de petits pains aux raisins.

Avec hĂąte, elle retira l’attache du sachet puis commença Ă  en prendre un Ă  l’intĂ©rieur qu’elle tendit Ă  Tamara. Elle en reprit un autre pour elle puis sans plus attendre commença Ă  le dĂ©vorer tellement elle avait faim. Tamara n’Ă©tait pas en reste elle non plus, et Ă  peine eut-elle terminĂ© le sien, qu’elle en rĂ©clama un second. Elisa l’imita. A toutes les deux, elles avaient mangĂ© trois petits pains chacune tout en buvant quelques gorgĂ©es d’eau.

« C’Ă©tait trĂšs bon Elisa, merci beaucoup. Au moins, nous avons pu reprendre des forces. En plus nous ne sommes plus trĂšs loin des cabanes. Remettons nous vite en route si vous le voulez bien ! »

Sur ces mots, elle continuĂšrent Ă  nouveau leur marche dans l’Ă©paisse forĂȘt de Diamond.
A travers les branchages des hauts arbres, on pouvait aperçevoir que le ciel changeait légÚrement de nuances.

Elisa regarda sa montre. Le cadran indiquait qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  16H15.

****

Au bout d’un instant, Elisa crut entendre le ruissellement d’une eau qui coulait dans les environs.
Non elle ne rĂȘvait pas, c’Ă©tait tout proche et le bruit de l’eau s’accentuait au fur et Ă  mesure qu’elle et Tamara s’en rapprochait.

Soudain une image Ă  couper le souffle leur apparut.
Elle virent droit devant elles un spectacle d’une magnificence absolue.
D’une paroi rocheuse trĂšs abrupte, jaillissait une incroyable chute d’eau qui venait se jeter en contrebas dans un grand bassin d’eau claire, l’accompagnant d’un fort bruit de percussion tellement son dĂ©bit Ă©tait fort et rapide.

De lĂ  oĂč elle se trouvait, Elisa pouvait sentir le souffle humide de la cascade lui caresser le front et les joues tout en faisant lĂ©gĂšrement virevolter sa longue queue de cheval blonde.

Et de ce flot ininterrompu, de fines gouttelettes d’eau vinrent se projeter sur son visage et ses membres, enveloppant peu Ă  peu sa peau d’une fine pellicule de bruine.
C’Ă©tait une sensation assez agrĂ©able, quoique un peu trop rafraĂźchissante Ă  son goĂ»t surtout en cette fin de journĂ©e. D’ailleurs, elle ne pu s’empĂȘcher de frissonner.

C’Ă©tait donc lui le gĂ©ant de la nature de Diamond ; le fameux voile de la MariĂ©e qui faisait parti des visites incontournables de cette Ăźle et qu’Elisa Ă©tait en train d’admirer Ă  cet instant mĂȘme mais dans des circonstances pas trĂšs rĂ©jouissantes.

Elle se rapprocha du grand bassin, se pencha légÚrement en avant et commença à le scruter dans les moindres détails lorsque Tamara lui tapota.

« C’est juste aprĂšs cette chute d’eau, en montant un peu plus vers le haut, que mon mari est mort »

Les sourcils froncĂ©s, Elisa n’avait pas vraiment Ă©coutĂ© ce qu’elle venait de lui dire car elle Ă©tait soucieuse.
En effet, elle avait beau regarder le bassin, elle ne voyait toujours pas le cadavre du Guide Batisto qui normalement, aurait dĂ» flotter Ă  la surface de l’eau alors sans plus attendre, elle l’interrogea :

« Tamara, je ne vois pas le corps de Batisto ? oĂč est-il ? Il devrait flotter Ă  la surface de l’eau… »

Tamara se rapprocha davantage du bassin et commença Ă  l’examiner Ă  son tour. Ne voyant pas le corps de celui-çi, elle ne pu que confirmer ses propos.

« Je ne comprends vraiment pas ! Pourtant je vous assure qu’il Ă©tait bien dans ce bassin puisque je l’ai vu s’y noyer. J’avoue que c’est incomprĂ©hensible… »

« Vous ĂȘtes certaine qu’il Ă©tait bien mort ? »

« Mais oui ! » dit Tamara d’un ton agacĂ©. « Je vous avais dĂ©jĂ  expliquĂ© auparavant que j’Ă©tais restĂ©e un long moment Ă  le regarder se dĂ©battre dans l’eau. J’ai bien vu ensuite qu’il Ă©tait mort puisqu’il ne bougeait plus du tout. Je vous assure que je vous dis la stricte vĂ©ritĂ© ! Vous ne me croyez pas ? »

« Eh bien…Je vous crois biensĂ»r. Mais son corps n’est pas lĂ …C’est tout de mĂȘme Ă©trange… »

Elisa avait apprit au cours de ses Ă©tudes que lorsqu’une personne se noie et qu’elle dĂ©cĂšde, elle coule progressivement au fond de l’eau car la densitĂ© d’un corps mort (poumons vides d’air) est trĂšs lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă  celle de l’eau.

Elle savait aussi que sous l’impulsion de la putrĂ©faction qui provoque la formation de gaz ; cela donne au corps un poids spĂ©cifique qui le fera flotter puis remonter alors progressivement Ă  la surface.

Il fallait Ă©galement mettre en compte que dans l’eau de mer, la densitĂ© en sel est importante, c’est pourquoi un corps remontera plus rapidement entre 3 et 7 jours par rapport Ă  l’eau douce entre 20 jours Ă  1 mois en moyenne.

Mais dans ce cas prĂ©cis, Tamara avait bien expliquĂ© qu’elle avait d’abord donnĂ© un coup de couteau dans le ventre de Batisto avant de le pousser ensuite dans ce bassin.

Il Ă©tait donc blessĂ© et se vidait de son sang alors selon toute probabilitĂ©, son cadavre qui devait ĂȘtre en Ă©tat de putrĂ©faction aurait dĂ» remonter Ă  la surface Ă©tant donnĂ© qu’il s’Ă©tait dĂ©jĂ  Ă©coulĂ© quelques heures depuis qu’il y Ă©tait tombĂ©.
Alors qu’en dĂ©duire ? se demanda t-elle en regardant Tamara qui venait de lui tourner le dos.

Est-ce que Batisto Ă©tait vraiment tombĂ© dans ce bassin ? et si oui, il aurait dĂ» alors flotter Ă  la surface de l’eau. Et si jamais il se trouvait tout simplement au fond de l’eau, alors dans ce cas-lĂ , il serait pratiquement impossible d’avoir le fin mot de l’histoire, vu la profondeur de celui-çi.

Que de questions sans réponses ! se dit-elle.

Soudain, elle entendit des sanglots. C’Ă©tait Tamara qui Ă©tait en train de pleurer Ă  chaudes larmes, alors contre toute attente, elle se rapprocha d’elle et lui pressa doucement l’Ă©paule.

« Que vous arrive t-il Tamara ?

« Mais c’est Ă  cause de vous si je pleure. Vous avez l’air de douter de tout ce que je vous ai dit et ça me fait beaucoup de mal »

Elisa regrettait dĂ©jĂ  le fait qu’elle se soit un peu trop appesanti sur cette histoire de cadavre flottant et s’empressa de le lui dire :

« Excusez-moi Tamara. Je n’aurais pas dĂ» autant insister. Le corps de ce Batisto doit certainement se trouver au fond de ce bassin. Je ne voudrais pas que vous pensiez que j’ai doutĂ© de tout ce que vous m’avez dit depuis le dĂ©but, bien au contraire, sinon je ne vous aurai jamais suivi dans cette forĂȘt. C’Ă©tait juste que je me posai quelques questions mais Ă  prĂ©sent, tout va bien. Vous me croyez j’espĂšre ? »

Les yeux rougis de Tamara la fixaient avec une telle intensitĂ© de tristesse, qu’Elisa se savait plus oĂč se mettre.

« Pourtant, vous avez doutĂ© de moi Elisa. Je trouve ça dommage. Vous savez, c’est suffisamment assez dur pour moi de revenir ici, lĂ  oĂč mon mari est mort. J’aurai aimĂ© plus de soutien de votre part » dit-elle d’un ton larmoyant et quelque peu accusateur.

« Mais j’ai confiance en vous Tamara. C’Ă©tait juste une simple question que je me posai, rien de plus. Il ne faut surtout pas que vous y voyiez un quelconque reproche. Je ne vous accuse de rien. De toute façon je suis certaine que cette ordure doit se trouver au fond de ce bassin. Allez ! n’en parlons plus si vous le voulez bien. Nous devrions quitter cet endroit Ă  prĂ©sent pour rejoindre la cabane car il se fait tard »

« D’accord, mais j’espĂšre que vous ne douterez plus de moi dĂ©sormais car je vous apprĂ©cie Elisa »

« Oui, ne vous inquiĂ©tez plus pour ça. Et comme je vous l’ai dĂ©jĂ  dit, je vous soutiendrai jusqu’au bout »

« Merci Elisa » dit Tamara en prenant un pan de sa tunique pour s’essuyer les yeux.

Décidément Elisa manquait de tact envers cette pauvre jeune femme mais désormais elle ferait attention.
Et puis de toute façon, elle n’avait pas le choix, il fallait bien qu’elle lui fasse confiance alors sans rĂ©flĂ©chir davantage elle essaya de mettre en arriĂšre plan, cette histoire de cadavre flottant mĂȘme si ce point restait tout de mĂȘme un mystĂšre incomprĂ©hensible…

****

Quelques minutes plus tard, les deux jeunes femmes se retrouvÚrent cÎte à cÎte devant le vertigineux précipice que Tamara avait décrit et qui se trouvait non loin des deux cabanes.

Tout Ă  fait en bas, une vision d’horreur : on pouvait aperçevoir dans de hautes herbes tout prĂšs d’un amoncellement de pierres, le corps d’un homme qui gisait face contre terre, dans une mare de sang noirĂątre avec prĂšs de lui, un sac Ă©ventrĂ© et tout autour, toutes sortes de dĂ©bris d’objets indescriptibles.

Son dos Ă©tait transperçé d’un long pique et au niveau de sa perforation, il y avait une large aurĂ©ole de sang qui maculait son t-shirt bleu ciel.

Elisa n’avait encore jamais vu un cadavre de sa vie et surtout pas dans un tel Ă©tat : il s’agissait tout de mĂȘme d’un meurtre perpĂ©trĂ© par deux hommes sans scrupules.

Soudain elle fut prise de spasmes et faillit vomir mais elle réussit tant bien que mal à se ressaisir.
De son cÎté, Tamara les bras croisés avait les yeux rivés sur son défunt mari et ne semblait avoir aucune réaction. Que pouvait bien t-elle ressentir en le revoyant ainsi ? se demanda t-elle avec une certaine inquiétude.

****

Il commençait Ă  se faire tard et le ciel s’assombrissait de plus en plus.
Le soleil ne tarderait pas à décliner.
Il Ă©tait exactement 17H20.

Les deux jeunes femmes Ă©taient toujours en train d’observer le cadavre qui se trouvait au fond du ravin lorsqu’Elisa souhaita en savoir davantage concernant l’Ă©trange pique qui Ă©tait plantĂ© dans le dos de celui-çi.

« Tamara ? vous voyez ce que je vois » dit-elle en pointant du doigt le cadavre. « Il a un pique ou une sorte de lance qui lui transperçe le dos. Vous savez de quoi il s’agit ? »

Tamara plissa les yeux et commença à scruter davantage le cadavre de son mari.

« Oui vous avez raison, je ne me rappelai pas du tout qu’il avait ce pique dans le dos » dit-elle hĂ©bĂ©tĂ©e. « Maintenant que vous m’en parlez…Je sais que lorsque votre guide me battait, je n’avais pas pu voir ce que Batisto lui faisait subir. Il a du sans doute le lui enfoncer lorsque j’Ă©tais Ă©vanouie. Mais par contre je ne sais vraiment pas de quel genre de pique il s’agit »

« Ok. De toute façon on n’aura jamais le fin de mot de cette histoire puisque comme vous dĂźtes, vous Ă©tiez Ă©vanouie au moment oĂč ces hommes ont tuĂ© votre mari. Par contre, j’avais une derniĂšre question Tamara »

« Oui allez y. Je vous Ă©coute »

« C’Ă©tait le sac Ă  dos de votre mari que je vois lĂ  ? »

« Oui, effectivement. Il en avait un avec tous nos affaires dedans. Moi, par contre, j’avais dĂ©cidĂ© de ne rien porter car j’ai des problĂšmes de dos »

« Ah d’accord ! Mais tous ces dĂ©bris de couleur vert que je vois autour de lui, vous savez ce que c’est ? On aurait dit des morceaux de plastique mais je n’en suis pas certaine. Et vous ? Qu’en pensez-vous ? »

« Oui, je sais ce que c’est. C’est notre glaciĂšre. Elle Ă©tait de couleur verte clair. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi elle se trouve au fond de ce ravin. Ces hommes l’auraient jetĂ©e mais pour quelle raison ? Il y avait juste des aliments et des bouteilles d’eau Ă  l’intĂ©rieur. C’est bizarre je trouve… »

« Oui, vous avez raison. Mais pourquoi auraient-ils fait ça alors ? C’est Ă©trange tout de mĂȘme… »

DĂ©cidĂ©ment, il y avait bien trop de mystĂšres dans cette forĂȘt qui restaient en suspens et sans rĂ©ponses ; ce qui n’Ă©tait pas du tout Ă©vident pour Elisa de ne pas pouvoir les Ă©lucider et devoir en fin de compte les accepter tels quels sans broncher…

« Elisa? Vous m’Ă©coutez ? Vous semblez ailleurs… »

« Heu…Excusez-moi…Vous disiez ? »

« Je disais que nous sommes Ă  quelques mĂštres des cabanes. Nous devrions quitter cet endroit maintenant. J’ai du mal Ă … »

Elisa regarda Tamara qui avait des larmes aux yeux et comprit une fois de plus qu’elle venait Ă  nouveau d’ĂȘtre maladroite.

« Je suis vraiment dĂ©solĂ©e Tamara. Oui biensĂ»r, je comprends. Quittons cet endroit au plus vite »

« Ce n’est pas grave Elisa. Si je pleure ce n’est pas parce que j’ai vu son cadavre au fond de ce prĂ©cipice mĂȘme si biensĂ»r cela m’a fait beaucoup de mal de le revoir dans cet Ă©tat…Non, je repensai plutĂŽt Ă  notre arrivĂ©e sur cette Ăźle, que nous Ă©tions tellement heureux lui et moi mais c’est si loin tout ça. N’en parlons plus. Je prĂ©fĂšrerais quitter cet endroit au plus vite. Les cabanes se trouvent Ă  quelques mĂštres seulement mais on ne peux pas les voir d’ici Ă  cause des arbres et de la vĂ©gĂ©tation. DĂ©pĂȘchons-nous s’il vous plaĂźt. Il se fait tard et la nuit ne va pas tarder Ă  tomber »

« Oui, allons-y ! » dit Elisa qui Ă©tait partagĂ©e entre la tristesse pour Tamara et l’espoir de rejoindre enfin les cabanes.

****

Toutes les deux se dirigeaient avec hĂąte vers les deux cabanes qui Ă©taient placĂ©es, l’une derriĂšre l’autre, avec un grand espace de vĂ©gĂ©tation entre les deux.

« Enfin ! voici les fameuses cabanes » se dit Elisa qui voulait au plus vite s’engouffrer Ă  l’intĂ©rieur de l’une d’elles. C’est vrai qu’elles Ă©taient vraiment bien cachĂ©es et personne n’aurait pu se douter un seul instant, qu’il y en avait deux ici Ă  part les connaisseurs de cette Ăźle.

L’ossature des cabanes (murs et charpentes) Ă©tait entiĂšrement construite en bois ainsi que la couverture de leurs toits (tuiles en bois). Tamara n’avait pas menti lorsqu’elle avait prĂ©cisĂ© leur rusticitĂ©s et biensĂ»r, elles Ă©taient conçues sans eau, ni Ă©lectricitĂ©.

****

La premiĂšre cabane dont avait parlĂ© Tamara Ă©tait effectivement restĂ©e entrouverte mais impossible de savoir s’il y avait quelqu’un ou pas Ă  l’intĂ©rieur.
Pour en avoir le coeur net, Tamara insista pour s’y rendre seule afin de vĂ©rifier si celle-çi Ă©tait vraiment inoccupĂ©e.

Pendant ce temps, Elisa l’attendait, cachĂ©e derriĂšre un Ă©norme tronc d’arbre tout en observant les alentours.
Tamara se retrouva enfin devant la façade de celle-çi, prĂšs de sa porte d’entrĂ©e puis y donna un magistral coup de pied. Elle s’ouvrit alors davantage mais il faisait tellement sombre Ă  l’intĂ©rieur que c’Ă©tait difficile de distinguer quoi que ce soit.

ArmĂ©e d’un long bĂąton en bois qu’elle venait de trouver par terre, Tamara commença Ă  franchir le seuil de la porte et tout en avançant Ă  petits pas, le brandit en faisant de grands va-et-vient de droite Ă  gauche comme si elle se battait contre une personne mais invisible.

Elle renouvella ce geste plusieurs fois tout en frappant le sol, le mobilier et les objets qui se trouvaient dans les alentours puis constatant qu’il n’y avait vraiment personne, se retourna et cria trĂšs fort Ă  l’attention d’Elisa :

« Il n’y a personne ! Venez Elisa ! DĂ©pĂȘchez-vous ! » dit-elle avec un grand sourire de satisfaction.

Elisa n’avait eu de cesse de l’observer et ce fut avec un grand soulagement qu’elle accueillit la bonne nouvelle. « Tant mieux » se dit-elle en soupirant.

Par contre, en ce qui concernait l’individu en question ; elle se posait toujours d’innombrables questions Ă  son sujet. Qu’Ă©tait-il rĂ©ellement devenu ? Il Ă©tait blessĂ©. Aurait-il pu alors dans ce cas lĂ , succomber Ă  ses blessures ? Mais ce n’Ă©tait qu’une hypothĂšse.

Et si jamais, il Ă©tait plutĂŽt cachĂ© quelque-part ici Ă  les Ă©pier. Pourtant elle n’avait rien remarquĂ© Ă  moins qu’elle n’ait pas fait suffisamment attention. A cette idĂ©e, elle se mit Ă  frĂ©mir et sans plus tarder, courut trĂšs vite vers la cabane oĂč Tamara l’attendait sur le seuil de la porte avec beaucoup d’impatience.

« Venez Elisa ! rentrons enfin Ă  l’intĂ©rieur. Heu…Dites-moi, vous n’auriez pas Ă  tout hasard de quoi nous Ă©clairer ? On ne voit pas grand chose Ă  l’intĂ©rieur »

« Oui j’ai ce qu’il faut » rĂ©pondit Elisa avec un premier petit sourire rempli d’espoir.

Il Ă©tait exactement 17H55 et dans quelques minutes il ferait nuit noire dans la lugubre forĂȘt de Diamond.

****

Le papillon de la vie

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Dans l’allĂ©e d’un jardin d’Ă©den,
Une roseraie m’Ă©merveille,
Si belle, si odorante,
Aux couleurs chatoyantes.

Un univers floral merveilleux,
OĂč j’aime m’y noyer les yeux.

Belle aquarelle aux tons pastels,
Doux papillon vagabondant,
Conscient de sa métamorphose,
Et qui ose,
DĂ©fier le temps et ses tourments,
Dans le sillage hasardeux du vent.

Petit insouciant, virevoltant,
Dans ce royaume de fleurs et de fées,
JonchĂ© de pĂ©tales de roses et d’orchidĂ©es,
Tu es avide de liberté,
Et tu te moques de toutes ces épines acérées.

Tu ressembles Ă  cette envolĂ©e d’hirondelles,
Quittant leurs nids, vers l’infini,
OĂč seule, la nature serait Reine.
Et toi, Roi de la vie !

Je suis guidée par le battement de tes ailes,
Douce magie Ă©ternelle,
Sans contraintes ni querelles,
OĂč tous les rĂȘves sont exaucĂ©s,
Comme dans les contes de fées.

O doux papillon de la vie !
Petit Prince insolent,
Comme je t’envie !
Tu suis ton chemin,
Sans tracas ni tourments,
Sans peur ni noirceur,
Tu suis tout simplement ton coeur.

Semblable au lever du jour,
AurĂ©olĂ© d’amour,
Tu joues avec le temps,
Avec plaisir et délectation,
telle une rose des vents.

Urania_ripheus
PoÚme écrit et inventé par : Cécile

DĂ©couverte de Conakry

Arrivée à Conakry :
Lorsque nous nous retrouvĂąmes moi et ma famille Ă  l’intĂ©rieur de l’aĂ©roport de Conakry ; mon pĂšre cherchait des yeux notre chauffeur de voiture qui s’appelle « Momo »…

Petite parenthĂšse :
Auparavent, mon pĂšre avait dĂ©jĂ  effectuĂ© une pĂ©riode de travail (pĂ©riode d’essai de 4 mois) en tant que contrĂŽleur de gestion dans la sociĂ©tĂ© « SOGUICOM » (une sociĂ©tĂ© commerciale de transport qui Ă©tait chargĂ©e de fret aĂ©rien et de fret maritime) et c’est pourquoi il connaissait dĂ©jĂ  assez bien la ville de Conakry et ses alentours (restaurants, hĂŽtels, ect…)

Durant sa pĂ©riode d’essai, mon pĂšre habitait donc dans une maison de fonction situĂ©e en plein centre-ville de Conakry…
Dans cette maison, mon pĂšre avait du personnel dont notamment : – un cuisinier et un « boy » (un boy dĂ©signe en Afrique francophone, tout employĂ© salariĂ© de maison) et en ce qui concerne l’extĂ©rieur de celle-çi, il avait Ă©galement : 1 chauffeur de voiture, 1 gardien de jour et 1 gardien de nuit…

DĂ©couverte de Conakry :
Parmi la foule qui se trouvait Ă  l’intĂ©rieur de l’aĂ©roport ; mon pĂšre cherchait des yeux notre chauffeur « Momo »….
Puis soudain mon pĂšre s’Ă©cria en dĂ©signant une personne qui se tenait prĂšs de la porte de sortie de l’aĂ©roport : « Voici, notre chauffeur, vite allons vers lui… »
Nous allĂąmes donc vers « Momo » qui venait de nous aperçevoir et qui nous souriait au loin…
Mon pĂšre dit : « Bonjour Momo, tu vas bien ? Nous venons Ă  peine d’arriver…C’est bien que tu sois dĂ©jĂ  lĂ …je te cherchai…Je te prĂ©sente ma famille ; voici mon Ă©pouse et mes enfants… »
Ma mĂšre, mon petit frĂšre et moi le saluĂšrent puis Momo nous dit : « Bienvenue Ă  vous et bienvenue Ă  Conakry…Je suis content de connaĂźtre la petite famille de Monsieur et j’espĂšre que vous vous plairez dans notre pays, en GuinĂ©e… »
Puis aprĂšs ces paroles chaleureuses, Momo nous aida Ă  ranger nos valises ainsi que nos bagages Ă  main dans le coffre de notre voiture puis nous commençùmes Ă  entreprendre notre trajet direction notre maison de fonction…
Durant le trajet, je ne cessai de regarder tous ces beaux paysages que je n’avais jamais encore vu…
Nous Ă©tions en pĂ©riode de saison des pluies ; et le temps Ă©tait trĂšs nuageux ; ce qui rendait encore plus belle toute cette atmosphĂšre africaine…

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On aurait dit un magifique tableau enchanteur !!!
Puis Ă  un moment donnĂ©, ma mĂšre aperçu au bord de la route, des Ă©talages de fruits et de lĂ©gumes qui Ă©taient disposĂ©s sur de grandes nattes Ă  mĂȘme le sol, tels que : Mangues, ananas, goyaves, papailles, bananes, ect…
Ma mĂšre s’Ă©cria : « Regardez les enfants ; vous avez vu les mangues, les avocats ? et regardez, il y a mĂȘme des maĂźs grillĂ©s ; hum, les bons maĂźs grillĂ©s… »
C’est alors que Momo lui rĂ©pondit : « Ah oui Madame, je vois que vous connaissez bien. Monsieur m’a dit que vous Ă©tiez nĂ©e Ă  l’Ă©tranger… Ici, en GuinĂ©e, il y a beaucoup de marchands sur le bord des routes, qui vendent souvent des maĂźs grillĂ©s et toutes sortes de fruits… »
Maman lui dit : « Eh oui…effectivement, je connais bien car je suis nĂ©e Ă  Madagascar. Momo, ton pays est vraiment trĂšs beau et de plus quand je vois tous ces fruits et lĂ©gumes exotiques ; ça me rappelle vraiment mon pays natal.
Momo, tu pourrais t’arrĂȘter ici, s’il te plaĂźt ; j’aimerai acheter quelques maĂźs grillĂ©s pour les faire goĂ»ter aux enfants… »
Momo dit : « Mais biensĂ»r Madame, pas de problĂšme ; j’allais vous le proposer… »

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Une fois la voiture arrĂȘtĂ©e devant l’Ă©talage de maĂźs grillĂ©s ; ma mĂšre ouvrit sa portiĂšre et une marchande GuinĂ©enne vint Ă  elle en lui disant : « Bonjour Madame, tu veux maĂźs grillĂ©s ? Tu veux combien ? j’ai d’autres fruits aussi si tu veux…C’est pas cher… »
Ma mĂšre dit Ă  la marchande : « Je voudrais juste 3 maĂźs grillĂ©s, s’il te plaĂźt… » puis la marchande enroula alors dans du papier journal, 3 maĂźs grillĂ©s et les tendit Ă  ma mĂšre avec un large sourire.
Puis ma mĂšre rĂ©gla la marchande en lui donnant les premiers billets de banque GuinĂ©en, (le franc CFA) qu’elle dĂ©couvrait pour la premiĂšre fois…
Une fois aprĂšs avoir achetĂ© les maĂźs ; Maman nous les donna et nous continuĂąmes Ă  nouveau notre trajet vers notre maison ; direction Madina Corniche, tout en mangeant tranquillement nos fameux maĂźs qui Ă©taient vraiment trĂšs bons…
Notre maison située à Madina Corniche :

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ArrivĂ©s devant le haut portail de notre maison, Momo klaxonna 3 fois (c’Ă©tait un code pour le gardien) et le gardien de jour nous ouvrit…
Une fois la voiture garĂ©e dans l’allĂ©e ; mon pĂšre nous prĂ©senta le gardien de jour qui s’appellait « Bah » et qui avait l’air trĂšs sympathique…
Puis nous entreprĂźmes enfin de faire le tour du propriĂ©taire…
C’Ă©tait vraiment une maison magnifique et n’en parlons pas du jardin qui se trouvait en bordure de mer…
D’ailleurs, de lĂ  ou je me trouvais, je pouvais entendre le ressac…
Le jardin Ă©tait clĂŽturĂ© par de hauts murs infranchissables…
En effet, par dessus ces murs, on pouvait aperçevoir des rangĂ©es de verres de bouteilles incrustĂ©s Ă  mĂȘme le ciment afin de pouvoir dissuader les voleurs.
Le seul mur qui Ă©tait ajourĂ© et qui se trouvait ĂȘtre en façade de notre maison, donnait sur la mer…
Je dĂ©cidai alors, de m’en approcher et Ă  travers les alvĂ©oles, j’aperçu toute l’immensitĂ© de l’ocĂ©an Atlantique…
Quelle merveille !!! quel plaisir de regarder cette superbe vue et de sentir tous ces embruns…

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J’Ă©tais tout simplement sous le charme de ce magnifique spectacle et je me disais en mon fort intĂ©rieur, que j’avais Ă©normĂ©ment de chance de me retrouver ici, en famille et qui plus est dans un trĂšs beau pays tel que la GuinĂ©e…
Dans ce jardin, il y avait également, 3 immenses manguiers et une charmante gloriette qui se trouvait non loin de la véranda extérieure de notre maison.
Tout Ă©tait si beau et si parfait que j’avais l’impression de rĂȘver mais pourtant j’Ă©tais bel et bien en train de vivre ce joli rĂȘve…
AprĂšs avoir fait le tour du propriĂ©taire, nous visitĂąmes enfin l’intĂ©rieur de la maison…
Tout ce que je peux en dire en me souvenant de cette visite intĂ©rieure, c’est que je trouvai une fois de plus que tout Ă©tait parfait.
En effet, mon frĂšre et moi avions chacun notre chambre et notre salle de bain…
Alors que demander de plus ?
La chambre de mes parents se trouvait non loin de la nĂŽtre et ils avaient eux aussi leur propre salle de bain, attennante Ă  leur chambre.
Le salon Ă©tait immense et la salle Ă  manger se trouvait prĂšs de la cuisine…
La maison Ă©tait vraiment bien agencĂ©e et trĂšs agrĂ©able…
Bref tout Ă©tait parfait Ă  part quelques rĂ©novations qui Ă©taient dĂ©jĂ  prĂ©vus tels que : peinture des murs du salon et des chambres ou encore changement du carrelage de la salle Ă  manger et de la cuisine puis pose de la moquette dans les 3 chambres…
La visite de notre maison terminĂ©e, et pour nous remmettre de notre long voyage, mon pĂšre dĂ©cida de nous emmener dĂ©jeuner dans un restaurant qui Ă©tait trĂšs rĂ©putĂ© Ă  Conakry et qui s’appellait : « Chez Papy »…

Un repos bien mérité :
ArrivĂ©s au restaurant, mon pĂšre nous prĂ©senta « Papy », une figure de Conakry et qui avait la rĂ©putation de faire de la bonne cuisine…
Et je peux vous dire que cette halte au restaurant fĂ»t de trĂšs bonne augure Ă©tant donnĂ© que nous Ă©tions tous les 4 trĂšs fatiguĂ©s de notre voyage…
La cuisine Ă©tait vraiment excellente…
Je me rappelle encore de ce fameux steak Ă  cheval (un oeuf sur le plat posĂ© dessus) accompagnĂ© de savoureuses frites faĂźtes maison…
Un pur régal des papilles !!!
« Papy » mĂ©ritait vraiment sa rĂ©putation de bon cuisiner Ă  Conakry…
Et ce fĂ»t donc, le ventre bien rempli que nous quittĂąmes ce si bon restaurant, direction notre maison…
ArrivĂ©s chez nous ; Maman dĂ» nettoyer rapidement la partie de nos chambre afin que nous puissions vite nous reposer…

****

Les jours suivants dĂ©butĂšrent les premiers travaux puis ainsi de suite jusqu’Ă  ce que notre maison soit totalement habitable…
Il est vrai que lorsque les travaux furent terminĂ©s ; nous vĂ©curent, tous les 4 ; vraiment trĂšs heureux dans cette si belle et vaste maison…
J’ai gardĂ© de trĂšs bons souvenirs de notre vie passĂ©e en GuinĂ©e Ă  Conakry…

Ma naissance Ă  Namakia

Carte Google de Madagascar

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Je m’appelle CĂ©cile et je suis nĂ©e à Madagascar, plus prĂ©cisĂ©ment Ă  Namakia…

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Sur la carte, Namakia se trouve entre Katsepy et mitsinjo, pas trĂšs loin du lac Kinkony.

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Pour pouvoir accéder à Namakia, il faut aller à Majunga puis prendre le bac en destination de Katsepy (trÚs jolie plage).

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Plage de Majunga

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Centre-ville de Majunga

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Voici le baobab plus que centenaire Ă  Majunga

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Voici le bac de Majunga pour pouvoir aller Ă  Katsepy

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Le bac de Majunga

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Katsepy :

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Vous pouvez aperçevoir Katsepy sur la carte

Carte de Google : Katsepy

Ce village installé dans le centre occidental de la baie de Bombetoka (à une heure de bac de Mahajanga, est réputé pour ses plages et ses hußtre sauvages).

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La jolie plage de Katsepy

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La plage de Katsepy

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Le village de Katsepy

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Plusieurs buts de promenade Ă  pied ou en pirogue s’offrent dans les environs :

  • Le phare, Ă  8 km, qui domine la baie et le canal du Mozambique du haut de ses 35 m,
  • Une mine de cĂ©lestite et,
  • la forĂȘt voisine qui abrite une colonie de propithĂšques de Verreaux.

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Le phare de Katsepy

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Puis de Katsepy, on prend un 4X4 et en avant sur les pistes…

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Namakia, mon village natal :

Carte de Google : Namakia

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Enfin, on arrive Ă  mon village natal : Namakia…

Namakia se situe en pleine brousse.

C’est une zone agricole comportant une usine de canne Ă  sucre ainsi qu’une distillerie (pour le rhum).

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Mon histoire Ă  Namakia :

moi Ă  namakia

Moi Ă  Namakia : J’ai 17 ans

moi et mon petit frĂšre Olivier Ă  Empassy bueny non loin de Namakia

Mon petit frĂšre Olivier (15 ans) et moi (17 ans) sur la plage d’Empassy Bueny

CĂ©cile Ă  la plage

Me voici Ă  l’Ăąge de 17 ans sur la jolie plage d’Empassy Bueny (elle se trouve non loin du village de Namakia)

photo CĂ©cile Ă  l'Ăąge de 16 ans Ă  la plage non loin de Namakia

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Ma naissance :

Avant de vous raconter mon histoire, il fallait avant tout que je vous donne un petit aperçu de mon ßle.

Je suis nĂ©e le 13 fĂ©vrier 1977 Ă  l’hĂŽpital de Namakia (mes origines Ă©tant : RĂ©unionnaise de par ma mĂšre et Espagnole + Corse de par mon pĂšre).

C’Ă©tait un jour ensoleillĂ© (car parait-il, avant ma naissance, il pleuvait des cordes durant des jours et des jours sans interruption. Mais le jour de ma naissance, il faisait un temps radieux).

J’ai donc poussĂ© mon premier cri dans cet hĂŽpital perdu en pleine brousse.

D’ailleurs, je suis trĂšs fiĂšre de vous apprendre Ă©galement que ce fut une doctoresse Malgache s’appelant : « Mme RAMALANJAONA » qui aida ma mĂšre Ă  accoucher.

Eh oui ! je vous disais bien que je suis nĂ©e sous une bonne Ă©toile…

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Une famille heureuse :

Je vĂ©cus donc Ă  Namakia avec mes parents dans une bien jolie maison…

Une annĂ©e s’Ă©coula puis mes parents durent quitter Namakia pour aller habiter Ă  Tananarive en raison du travail de mon pĂšre.

A Tananarive, nous vĂ©curent des jours heureux…

Puis la famille s’agrandit avec la naissance de mon petit frĂšre « Olivier » (un 02 Novembre 1978).

Nous Ă©tions alors une famille heureuse et unie vivant dans une Ăźle magnifique.

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Le départ définitif de Madagascar :

HĂ©las, j’ai dĂ» quitter dĂ©finitivement Madagascar lorsque j’avais Ă  peine 2 ans (annĂ©e 1979).

Et donc, je n’avais gardĂ© pratiquement aucun souvenir de mon Ăźle…

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Retour au source dans mon Ăźle :

Mais comme je suis nĂ©e sous une bonne Ă©toile (du moins, je le pense) ; j’eus l’immense joie d’y retourner Ă  l’Ăąge de 15 ans.

Ce fut alors un vĂ©ritable retour au source pour moi…

J’ai donc eu la chance de vivre 3 annĂ©es consĂ©cutives Ă  Madagascar ; plus prĂ©cisĂ©ment Ă  Tananarive (Capitale de Madagascar) ou je poursuivi mes Ă©tudes avec succĂšs, dans le lycĂ©e Français de Tananarive (l’ancien MonastĂšre des Moines).

Biensûr, durant ces années, mes parents me firent connaßtre mon village natal : Namakia.

C’est alors que je dĂ©couvris ce joli petit village (durant les vacances de PĂąques de cette belle annĂ©e 1993) et inutile de vous dire que ce fut une joie immense pour moi et encore, le mot est faible…

Je n’oublierai jamais cette aventure incroyable…

Je n’en garde que de merveilleux souvenirs…

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Mes plus beaux souvenirs de Madagascar :

A Namakia, j’ai mĂȘme eu l’occasion de visiter la maison de ma Maman (la maison de son enfance) mais aussi la maison de mes parents lorsqu’ils y habitaient juste aprĂšs la cĂ©lĂ©bration de leur mariage durant les annĂ©es 1970.

BiensĂ»r, j’avais moi-mĂȘme vĂ©cu dans cette belle maison mais hĂ©las je n’ai gardĂ© aucun souvenir de cette pĂ©riode car j’Ă©tais bien trop petite…

Alors, vous pensez bien que d’avoir pu visiter ces maisons remplies de souvenirs, fut pour moi le plus beau des rĂȘves…

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Mes origines :

Ma mĂšre est Ă©galement nĂ©e Ă  Namakia…

C’est toute une gĂ©nĂ©ration, vous savez !

Mon Grand-PÚre Maternel est né à Tuléar et ma Grand-MÚre Maternelle est née à Majunga.

Mon petit frÚre est né à Tananarive.

Quant Ă  moi, je suis fiĂšre d’ĂȘtre nĂ©e Ă  Namakia tout comme ma Maman.

Comme vous voyez, Madagascar c’est ma Terre. J’y ai toutes mes racines, mes ancĂȘtres et ça, c’est vraiment sacrĂ© pour moi…

Nous avons eu beaucoup de chance, mon frĂšre et moi.

Nous avons eu l’opportunitĂ© de pouvoir retourner dans notre Ăźle natale.

Ce fut une chance unique pour nous deux mais aussi pour mes parents qui y avaient vĂ©cu de nombreuses annĂ©es…

Et je peux vous dire que cette chance n’est pas donnĂ©e Ă  tout le monde !

Comme quoi, la vie peut vous offrir de bien belles surprises…

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Mon doux rĂȘve :

Aujourd’hui, je vis en France mais Madagascar me manque…

C’est pour cela que j’ai voulu crĂ©er un blog sur Madagascar.

moi CĂ©cile Ă  Namakia

Moi, CĂ©cile Ă  l’Ăąge de 17 ans Ă  Namakia

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Cliquez sur ce lien si vous souhaitez en savoir davantage sur mon Ăźle natale :

Madagascar, mon Ăźle de rĂȘve

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Cliquez sur ce lien pour voir mes photos en diaporama :

Moi, CĂ©cile en diaporama

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Mais je compte bien un jour y retourner car c’est mon voeu le plus cher au monde…

Revoir mon Ăźle ; ce serait le plus beau de mes rĂȘves…

Ce jour : DeuxiĂšme partie

LES 3 TIGROS

Jessica gara sa voiture dans l’Ă©troite ruelle qui Ă©tait quasi dĂ©serte Ă  cette heure de la matinĂ©e.

Il Ă©tait 08h30 et le soleil Ă©tait dĂ©jĂ  trĂšs ardent mais fort heureusement, aujourd’hui, il y avait pas mal de vent et c’Ă©tait assez agrĂ©able par rapport Ă  hier.

Jessica avait décidé de venir beaucoup plus tÎt afin de pouvoir bien profiter de ce jour.

Pour cela elle avait tout prĂ©vu : une petite glaçiĂšre remplie de deux accumulateurs, 3 bouteilles d’eau qu’elle avait pris le soin de congeler au prĂ©alable afin que la boĂźte de sorbet au cassis qu’elle adorait tant resta bien glaçée ainsi que les quelques victuailles tels que : petits sandwichs aux concombres et tomates assaisonnĂ©s de sauce vinaigrette aux herbes.
Oui, Jessica comptait bien en profiter au maximum ; Ă©tant donnĂ© que c’Ă©tait son dernier jour de congĂ©s.

Cette nuit, durant son sommeil, elle n’avait cessĂ© de rĂȘver Ă  sa fameuse rencontre d’hier : L’inconnu et son petit chaton si adorable.

C’Ă©tait tout de mĂȘme incroyable toute cette histoire : un chaton qui s’Ă©tait Ă©garĂ© juste sur la plage oĂč elle se trouvait et dont elle avait pris l’habitude de s’y prĂ©lasser depuis dĂ©jĂ  une semaine et puis cet homme qui Ă©tait venu vers elle et qui lui avait demandĂ© de dĂźner avec lui pour la remercier d’avoir retrouvĂ© son chat.

Oui, quelle histoire !!!

De toute façon, elle avait cessĂ© de rĂȘver et ne croyait plus du tout au Prince charmant. Non, cette pĂ©riode Ă©tait belle et bien rĂ©volue et ce depuis pas mal d’annĂ©es.
Jessica restait toujours mĂ©fiante surtout en ce qui concerne les hommes. Elle prĂ©fĂ©rait garder la tĂȘte froide et elle avait bien raison.

Ne dit-on pas qu’il vaut mieux ĂȘtre seule que mal accompagnĂ©e ?
Mais cette fois-çi il y avait quelque-chose de nouveau qui semblait faire changer le point de vue de Jessica.

Un ce je ne sais quoi de diffĂ©rent et dont elle n’arrivait pas elle-mĂȘme Ă  comprendre.

Elle se sentait happĂ©e par cette Ă©motion qui la bouleversait et si c’Ă©tait un signe du destin ? ça peut exister ?? oui ? non ?
Enfin bref, de toute façon elle verrait bien la tournure des choses. Surtout ne rien laisser paraĂźtre. Rester sur ses gardes et ne plus y croire. C’est la plus sage des dĂ©cisions.

Elle n’avait qu’un seul objectif : terminer bien agrĂ©ablement ses vacances Ă  la mer et au passage adopter un petit chaton puisque cet homme le lui proposait alors pourquoi ne pas accepter l’offre ? 

Sur ces belles pensĂ©es, Jessica s’extirpa de son vĂ©hicule en prenant son grand sac de plage qui lui rappelait l’histoire du chaton qu’elle avait transportĂ© la veille Ă  l’intĂ©rieur.

Jessica aimait bien ce sac de couleur bleu ciel qui allait parfaitement avec sa tenue vestimentaire d’aujourd’hui : petit top blanc Ă  petites fleurs bleues et roses et fines bretelles croisĂ©es dans le dos avec un bermuda bleu pastel uni. Un look confortable et dĂ©contractĂ© qui lui allait Ă  rĂąvir et sans oublier ses tongues qui lui rappelaient Chenapan en train de les mordiller gentiment.
En se remémorant ce souvenir, elle se mit à sourire.

Bon, il ne fallait pas trop qu’elle traĂźne. Elle regarda sa montre : il Ă©tait exactement 09h00 et les magasins aux alentours commençaient Ă  peine Ă  ouvrir leurs portes.

Il Ă©tait encore trop tĂŽt pour faire du shopping et inutile d’emmener avec elle la petite glaçiĂšre qui l’encombrerait plus qu’autre chose. Mieux valait la laisser encore dans le coffre de la voiture.

Jessica dĂ©cida d’aller se promener le long de la plage cĂŽtĂ© promenade des Anglais car c’Ă©tait l’une des plus belles avenues de cette petite ville portuaire.

Elle marchait tranquillement en admirant les alentours puis elle aperçut un banc vide qui faisait face Ă  l’ocĂ©an alors elle dĂ©cida de s’y asseoir quelques instants.

Le vent du large lui soufflait doucement dans les cheveux et l’air sentait bon les embruns.
Il faisait dĂ©jĂ  trĂšs chaud mais c’Ă©tait tellement bien ventilĂ© que c’Ă©tait agrĂ©able.

Jessica adorait l’ocĂ©an depuis toujours. Cela lui rappelait de merveilleux souvenirs d’enfance qu’elle aimait bien se remĂ©morer en venant se balader ici.

La vue était parfaite. La mer méditerranée bleue marine si lisse comme une ardoise. La plage de sable fin doré quasi déserte mis à part quelques touristes par çi par là et des mouettes blanches qui volaient dans le ciel bleu azuré ; sans oublier le soleil à son zénith qui illuminait ce magnifique cadre.

Oui, tout était parfait sauf que ce soleil si magnifique soit-il commençait sérieusement à cogner.

Vite, il valait mieux qu’elle mette sa casquette Ă  visiĂšre pour se protĂ©ger la tĂȘte ainsi que ses jolies lunettes bleutĂ©es.

Mais Ă  peine, avait-elle glissĂ© la main Ă  l’intĂ©rieur de son sac de plage ; Jessica eut un sursaut lorsqu’elle entendit une voix l’interpeller dans son dos.

“Bonjour Jessica !!”

C’Ă©tait l’inconnu d’hier aprĂšs-midi et il se tenait lĂ  devant elle avec son Ă©ternel  large sourire. 

Cette fois-çi il portait des lunettes de soleil trÚs sombres qui lui cachaient les yeux et pas de casquette bleue marine.

Son t-shirt noir moulant Ă  manches courtes faisait apparaĂźtre un torse musclĂ© d’oĂč on pouvait lire devant : les inscriptions suivantes en caractĂšres blancs et gris : La vie est belle !!!

Il portait un bermuda long de couleur beige sable avec des tennis blanches. Un look trÚs décontracté qui lui allait plutÎt bien


Jessica pouvait sentir les effluves de son eau de toilette enivrante qui ressemblait fortement Ă  celle de Chrome Intense d’Azzaro : frais, Ă©picĂ© et boisĂ© avec une pointe de menthe glacĂ©e. Des fragrances qu’elle aimait bien


Ce qui ne faisait que rajouter un cÎté trÚs sexy à ce séduisant trentenaire.

Thierry lui serra la main puis lui demanda :

“Puis-je m’asseoir prĂšs de vous ?”

“heu… oui biensĂ»r
” rĂ©pondit Jessica.

Elle poussa son sac de plage vers elle afin de lui céder la place.

“Je vous ai vu au loin. J’Ă©tais en train de faire ma petite promenade matinale avant d’aller travailler. Vous allez bien ?”

“Oui trùs bien, merci. Je me baladai un peu dans le coin avant de venir dans votre restaurant.”

“Je pensais que vous ne viendriez pas. Je suis content que vous soyez venu comme convenu pour venir chercher votre chaton. Cela me fait vraiment plaisir de vous revoir. Sincùrement.”

“C’est trĂšs gentil Ă  vous de me donner un chaton. J’adore tellement les chats. C’est une passion que j’ai depuis toute jeune.”

“Et bien en ce qui me concerne, c’est pareil. J’aime beaucoup les chats. Ils sont tellement adorables. Comme je le vous disais hier, j’ai une chatte qui s’appelle Blanchette et qui a eu une portĂ©e de 5 chatons il y a deux mois et j’essaye de trouver des personnes qui aimeraient bien les adopter car je ne peux pas tous les garder Ă  part mon petit Chenapan dont je me suis tout de suite, pris d’affection.”

“Il est vraiment beau votre Chenapan et trĂšs espiĂšgle. Hier, il mordillait une de mes tongues puis il avait jouĂ© avec les franges de mon parĂ©o. Vous avez bien raison de le garder.”

“Oui, merci. Je l’adore mais si je ne m’y Ă©tais pas autant attachĂ©, je vous assure que je vous l’aurais bien donnĂ©.”

“Mais non ça va. Ce n’est pas grave du tout, je vous assure. Cela ne me fait rien d’en choisir un autre et puis j’aime tous les chats.”

“Ok merci. »Â 

Thierry retira ses lunettes de soleil et se passa la main dans les cheveux mais les mÚches rebelles et dorées lui retombÚrent aussitÎt sur le front.

“Vous venez souvent ici ? Vous ĂȘtes en vacances ?” demanda t-il.

“Cela fait une semaine que je viens ici car je suis effectivement en congĂ©s mais aujourd’hui c’est mon dernier jour. DĂšs Lundi je reprend le chemin du travail.”

“C’est vrai ?? et dire que j’aurais pu vous manquer si Chenapan n’Ă©tait pas allĂ© Ă  votre rencontre.”

Jessica regarda un bref instant les yeux bleus turquoises qui la fixaient puis dĂ©tourna la tĂȘte en ne sachant quoi lui rĂ©pondre.

“Excusez-moi, je ne voulais pas vous gĂȘner mais vous ĂȘtes si belle et je ne peux pas repousser mes sentiments. Je n’ai pas cessĂ© de penser Ă  vous hier soir, Ă  notre rencontre grĂące Ă  Chenapan. Rien n’Ă©tait prĂ©mĂ©ditĂ©. Je me disais mĂȘme que vous ne reviendriez plus jamais et cela me tourmentait. Je suis sĂ©rieux
”

“Mais on se connaüt à peine. Vous ne me connaissez pas
”

“Je ne vous connais pas. C’est vrai. Mais je vous vois telle que vous ĂȘtes et vous me plaisez beaucoup et peu importe tout le reste. Je suis cĂ©libataire depuis 6 mois et je recherche la femme de ma vie. Pas un simple flirt sans lendemain. J’ai essuyĂ© pas mal d’Ă©checs Ă  ce sujet. Je ne me jette pas sur n’importe qui comme ça tous les jours. Je ne suis pas un cavaleur mĂȘme si vous avez l’air de penser le contraire. Et encore une fois, je ne pense pas me tromper sur vous.”

Jessica ne savait plus trop oĂč elle en Ă©tait ; subitement tout allait trop vite et elle ne savait quoi lui rĂ©pondre Ă  ce moment lĂ  puis enfin, prenant son courage Ă  deux mains elle lui dit :

“Vous semblez sincĂšre mais je prĂ©fĂšre prendre mon temps. J’espĂšre ne pas vous froisser.”

“Mais bien au contraire. Je suis d’une nature patiente et d’instinct je sais si je peux me fier Ă  telle ou telle personne. Mais je vous comprends tout Ă  fait. Je ne suis qu’un Ă©tranger. Nous apprendrons Ă  nous connaĂźtre au fur et Ă  mesure. Mais en attendant, que diriez vous de choisir votre chaton ? Mon restaurant est Ă  deux pĂątĂ©s de maisons d’ici. Allons y si vous le voulez bien. Qu’en pensez-vous ?”

“Oui avec plaisir. Je veux bien.”

Ouf ! Jessica fut soulagée. Sauvée par le gong ; elle choisirait le chat puis disparaßtrait au plus vite.

Tous deux marchaient tranquillement, cÎte à cÎte parmi la foule qui commençait à envahir les petites rues qui menaient à la plage.

“VoilĂ , nous y sommes. Voici le restaurant dont je vous parlais. Je gĂšre le resto depuis dĂ©jĂ  4 ans. C’est un patrimoine familial que mes parents tenaient durant 30 ans. A prĂ©sent ils sont des retraitĂ©s et c’est moi qui en suis le principal propriĂ©taire. C’est beaucoup de travail mais je suis fier de cette succession familiale.”

Thierry entraĂźna Jessica Ă  l’intĂ©rieur de la grande salle climatisĂ©e du restaurant comportant une grande et large baie vitrĂ©e qui donnait sur une vue panoramique du bord de mer. Vraiment splendide !

Les couverts étaient déjà disposés sur chacune des tables rondes habillées de nappes blanches et agrémentées de petits vases de fleurs de bougainvilliers rose fushia.

La salle Ă©tait dĂ©corĂ©e avec beaucoup de goĂ»t et on pouvait entendre les premiĂšres notes musicales de “Song of Ocarina” provenant des 4 hauts-parleurs fixĂ©s Ă  des supports murales tout autour de la piĂšce.

Cette musique était vraiment belle et était parfaitement adaptée au cadre du restaurant. Décidément cet homme avait tout pour plaire.

« Vous aimez cette musique Jessica ?

« Oui beaucoup, j’ai d’ailleurs son album. C’est bien de DiĂ©go Mondena, n’est ce pas ?”

“Oui, en effet. Je vois que nous avons pas mal de points communs.”

Jessica esquissa un petit sourire. Oui il n’avait pas tort.

Des effluves d’oignons frits commencĂšrent Ă  s’Ă©chapper de la cuisine. Ca sentait trĂšs bon.

“C’est mon meilleur ami et associĂ© qui est dĂ©jĂ  aux fourneaux. C’est vrai qu’il est dĂ©jĂ  11h00. Comme le temps passe vite. Il est en train de prĂ©parer les crabes farcis ; la spĂ©cialitĂ© de la maison. Venez, je vais vous le prĂ©senter.”

Jessica suivit Thierry dans un Ă©troit corridor qui menait Ă  la cuisine.

“Et voici Vincent, le Chef cuisinier de notre Ă©tablissement. Vincent, je te prĂ©sente Jessica. La personne dont je t’ai parlĂ© hier.”

“Bonjour Mademoiselle. C’est un plaisir de vous connaĂźtre. C’est vous qui avait retrouvĂ© Chenapan ! encore merci. Je suis en train de cuisiner des crabes farcis, comme vous pouvez le voir.”

“Oui et je trouve que ça sent trùs bon.”

“Merci à vous.”

Vincent portait une toque et un tablier blanc nouĂ© Ă  la taille, maculĂ© d’Ă©claboussures de sauce tomate. Il avait de l’embonpoint au niveau du ventre et ses yeux Ă©taient noirs comme des olives.

Son visage écarlate, sans doute dû à la chaleur des cuissons des différents mets qui mijotaient doucement dans plusieurs grandes et hautes casseroles, affichait néanmoins un large sourire bien sympathique.

On pouvait ressentir qu’il aimait bien faire la cuisine et que c’Ă©tait un bon vivant.

Il est vrai que toutes ces odeurs culinaires ne pouvaient que vous mettre en appĂ©tit et Ă  n’en pas douter le fameux crabe farci, spĂ©cialitĂ© de la maison devait ĂȘtre une pure merveille des papilles.

“On va te laisser mon cher Vincent. Je vais dans la vĂ©randa avec Jessica pour lui faire montrer les chatons.”

“OK, je retourne aux fourneaux. Au-revoir Jessica et Ă  bientĂŽt, j’espĂšre !!! Ce fut un plaisir de vous rencontrer. Je vous souhaite une belle journĂ©e.”

“Merci beaucoup !! Pour moi aussi ce fut un plaisir. Au-revoir et bonne continuation !”

Jessica et Thierry quittĂšrent la cuisine et se retrouvĂšrent Ă  l’intĂ©rieur de la jolie vĂ©randa vitrĂ©e qui donnait Ă©galement vue sur la mer.

“Venez Jessica, je vais enfin pouvoir vous faire montrer nos adorables chatons. Ils sont là, dans cette caisse.”

Soudain elle sentit une petite morsure trĂšs lĂ©gĂšre Ă  la cheville et elle ne put s’empĂȘcher de sursauter.

C’Ă©tait Chenapan, toujours autant espiĂšgle celui-lĂ  !

“HĂ© !!” s’Ă©cria Jessica. « Tu veux jouer avec moi ? »

Thierry Ă©clata de rire.

“Je crois bien qu’il en a aprĂšs vos pieds !! C’est un petit joueur ce Chenapan !! Mais dis donc toi, tu vas arrĂȘter d’embĂȘter Jessica !”

Jessica sourit. Décidément ce Chenapan portait bien son nom !
Elle se rapprocha de la caisse et vit les 4 autres chatons qui jouaient ensemble. Qu’ils Ă©taient beaux ! Mais son regard fut attirĂ© par l’un d’entre eux qui Ă©tait tout blanc avec des yeux gris-bleus comme Chenapan.
Jessica prit le chaton dans ses bras et commença Ă  lui caresser la tĂȘte.

“Je vois que vous avez fait votre choix. C’est un mĂąle comme Chenapan. Les 3 autres sont des femelles.”

Jessica souriait. En effet elle venait de faire son choix.

“Je l’adore dĂ©jĂ . J’aime sa couleur toute blanche et il a vraiment de magnifiques yeux !”

“Oui vous avez raison. Et celui-lĂ  est trĂšs doux, il n’est pas comme Chenapan.

Il est disons plus calme et trùs calin. Je pense en effet que vous avez fait un excellent choix.”

Jessica ne cessait de caressait le petit ventre tout chaud du chaton qui fermait les yeux et ronronnait bruyamment.

“Je ne sais comment vous remercier. Il est vraiment trĂšs beau et j’en rĂȘvai dĂ©jĂ  depuis longtemps d’en adopter un. C’est vraiment trĂšs gentil de votre part.”

“Mais de rien Jessica !! C’est un rĂ©Ăšl plaisir !!!”

Et voilĂ  que les yeux bleus turquoise recommençaient Ă  nouveau Ă  la regarder avec insistance ; ce qui avait tendance Ă  la rendre nerveuse, si bien qu’elle se cramponnait Ă  ce chaton pour se donner une certaine contenance.

“Et bien je pense que je vais vous laisser Ă  prĂ©sent. Je vais devoir rentrer et ce sera mieux pour le chaton afin qu’il puisse s’acclimater Ă  son nouvel environnement”

“DĂ©jĂ  !” s’exclama aussitĂŽt Thierry.

Il se rapprocha davantage d’elle.

“Vous voulez dĂ©jĂ  vous enfuir et me laisser. Vous me plaisez tellement. Je vous en prie, ne partez pas encore. J’aimerai vous inviter Ă  dĂ©jeuner pour ce midi. Je demanderai Ă  ma soeur de me remplacer. Je vous emmĂšnerai ailleurs pour cette occasion. Je connais un petit restaurant qui fait d’excellentes moules mariniĂšre avec des frites faites maison ; que vous m’en direz des nouvelles. On peut y aller Ă  pied. Le restaurant n’est pas trĂšs loin d’ici. Vous aimez les moules ?”

“Oui j’aime bien mais je ne veux pas vous ennuyer plus
”

“Mais point du tout. Cela me ferait trĂšs plaisir au contraire. Et puis, ça ne vous engage Ă  rien. Il s’agit juste d’un dĂ©jeuner et ensuite vous jugerez de ne plus jamais me revoir si vous le souhaitez.”

Jessica se sentait toute bĂȘte. Oui aprĂšs tout il avait raison. Cela n’engageait Ă  rien. Alors pourquoi pas ? Et puis elle aimait beaucoup les moules mariniĂšres. Au diable sa glaciĂšre qui Ă©tait restĂ©e dans le coffre de sa voiture !

“Alors c’est oui ? Je suis content. Merci d’accepter. Je vais tĂ©lĂ©phoner Ă  ma soeur. Excusez-moi, je reviens dans quelques minutes. Vous pouvez redĂ©poser le chaton dans la caisse puis vous le reprendrez plus tard.”

“D’accord” rĂ©pondit Jessica.

Thierry lui sourit puis disparu Ă  l’intĂ©rieur de la grande salle du restaurant.
Jessica ne pouvait plus s’Ă©chapper et en mĂȘme temps elle n’y tenait pas tant que ça. Il Ă©tait non seulement bel homme mais il Ă©tait aussi trĂšs galant ; un vrai gentleman comme on en trouve peut et puis il lui plaisait bien.

Cette fois, elle en Ă©tait certaine, ce serait sans doute lui l’homme de sa vie.
Thierry réapparut.

“VoilĂ  c’est fait ! On peut y aller Jessica.”

“Je viens” rĂ©pondit-elle dans un demi-sourire tout en regardant le petit chaton tout blanc qu’elle venait de dĂ©poser Ă  terre et qui semblait lui miauler Ă  son intention :

“Vas y, c’est une personne formidable, n’ai pas peur !! le grand amour est devant toi. Suit le, tout simplement.”

Et ce fut en cette belle journée ensoleillée de mois de Juillet que Jessica suivit Thierry pour ne plus jamais le quitter.

Tel fut le destin de ces deux ĂȘtres qui se mariĂšrent 8 mois aprĂšs leur rencontre.
Pourquoi attendre ? puisqu’ils Ă©taient faits l’un pour l’autre et que tous deux le savaient dĂ©jĂ  depuis longtemps ; dĂšs la seconde oĂč ils s’Ă©taient rencontrĂ© Ce jour.

Ce jour unique et pas comme les autres.

Ce jour de l’amour


 

Ce jour : PremiĂšre partie

BLANCHEUR

Le soleil lui brĂ»lait la peau mais elle profitait de ce moment. Le ciel Ă©tait d’un bleu limpide sans nuages et ce soleil si brĂ»lant l’aveuglait littĂ©ralement si bien qu’elle n’aperçut pas le petit chaton qui courait vers elle.

Soudain, elle le vit en train de machouiller une de ses tongues. 

“HĂ© petit chenapan ! Que fais tu ? Tu vas abĂźmer ma savatte.”

Le chaton Ă©tait trop mignon. Son petit museau Ă©tait d’un blanc immaculĂ© alors que sa robe Ă©tait de couleur rouquine : vraiment trop craquant.

“Et hop je te tiens mon petit ! Tu fais quoi ici sur cette plage ? Tu t’ais perdu ou bien on t’a abandonnĂ© ? tu ne portes pas de collier ?”  

Jessica caressait le doux pelage soyeux de Snoopy. Elle avait dĂ©cidĂ© de le garder au cas oĂč il aurait Ă©tĂ© abandonnĂ© et elle avait dĂ©jĂ  choisi son petit prĂ©nom pour lui car elle l’aimait dĂ©jĂ  ce petit bout de chou.

“Tu verras, je prendrais bien soin de toi mon Snoopy et je t’aimerai Ă©normĂ©ment ».

Oui c’Ă©tait le signe du destin et pourquoi pas ? AprĂšs tout, elle en Ă©tait presque certaine que personne ne viendrait rĂ©clamer cette jolie petite boule de poil. Une rencontre des plus improbable mais pour une fois un bien joli cadeau tombĂ© du ciel.

Jessica avait un grand sac de plage presque vide alors elle dĂ©cida d’y installer Snoopy afin que celui çi ne puisse pas s’enfuir. Juste le temps de quitter cette plage, de rejoindre rapidement Ă  pied son vĂ©hicule qui Ă©tait stationnĂ© Ă  quelques pĂątĂ©s de maison et hop ! le tour Ă©tait jouĂ©.

Au dĂ©but Snoopy eut peur d’ĂȘtre Ă  l’intĂ©rieur du grand sac puis il finit par se trouver une occupation en jouant avec les franges de son parĂ©o lĂ©gĂšrement humidifiĂ© par l’eau de mer et qui Ă©tait restĂ© en boule tout Ă  fait au fond parmi toutes ses petites affaires.

Qu’est ce qu’il Ă©tait joueur ce petit Snoopy !

Jessica Ă©tait enfin Ă  l’intĂ©rieur de sa voiture et elle chantonnait de joie tellement elle Ă©tait heureuse.

Aujourd’hui Ă©tait un jour pas comme les autres. Un jour unique ! dont elle n’oublierait jamais.

Soudain quelqu’un tapa sur la vitre cĂŽtĂ© passager. C’Ă©tait un homme coiffĂ© d’une casquette bleu marine avec des yeux rieurs couleur turquoise qui criait :

“Mademoiselle ! Heureusement que je suis venu Ă  temps. Vous avez pris mon petit chaton. Je l’avais perdu ce matin. Je suis vraiment navrĂ© mais j’aimerais bien le rĂ©cupĂ©rer s’il vous plaĂźt ! »

L’homme en question avait un sourire colgate et il semblait ĂȘtre sincĂšre dans ses dires en ce qui concernait le petit snoopy.

Mince alors ! C’Ă©tait trop beau pour ĂȘtre vrai ! se dit Jessica. Elle ouvrit sa portiĂšre et se retrouva nez Ă  nez avec Monsieur qui avait perdu son chat.”

Jessica lui dit presque Ă  contre coeur :

“Sa tĂȘte est toute blanche et son corps est rouquin. C’est bien votre chat ? ”

“Oui” s’empressa de dire Thierry, tout en lui serrant la main. “C’est bien mon chaton. Je vous ai vu au loin sur la plage en train de mettre Chenapan Ă  l’intĂ©rieur de votre sac. Oui c’est son petit nom car il est trĂšs espiĂšgle. Je disais donc : j’ai couru mais ensuite il y avait trop de monde et je vous avais perdu de vue puis je vous revois ici dans cette rue. Heureusement, j’aurais pu vous manquer mais ne vous inquiĂ©tez pas, je pense que vous croyiez qu’il Ă©tait abandonnĂ© n’est-ce pas ? Vous vouliez le garder ?”

“Je suis vraiment dĂ©solĂ©e si j’avais su. Tenez, le voici” s’empressa de rĂ©pliquer Jessica.

Elle attrapa le petit animal qui n’arrĂȘtait pas de jouer avec les franges de son parĂ©o au fond de son sac.

“Voilà. Tenez le.”

Jessica tendit Chenapan Ă  son propriĂ©taire qui s’empressa de le prendre dans ses bras.

“Merci beaucoup Mademoiselle. C’est chic de votre part.”

Jessica regardait le petit chaton se blottir dans les bras de l’homme. Elle Ă©tait sans voix. Finalement, ce n’Ă©tait pas un si bon jour que ça. Jessica allait s’apprĂȘter Ă  dire au revoir Ă  l’inconnu quand celui-çi lui dit dans un grand sourire :

“J’aimerais vous inviter Ă  dĂźner ou encore prendre un verre s’il vous plaĂźt. Pour vous remercier d’avoir retrouvĂ© mon chat.”

Ses yeux bleus turquoise la dévoraient intensément avec toujours cet éternel sourire de séducteur.

“Heu
mais ce n’est pas nĂ©cessaire. Je vous assure. Et puis j’avais dĂ©cidĂ© de l’adopter comme vous savez.”

“Et je suis certain que vous auriez pris grand soin de lui” dit l’homme tout en caressant le dos de Chenapan qui lui mordillait le bout des doigts.

“J’aimerais vous inviter. Je m’appelle Thierry et vous ? ”

“C’est Jessica” dit-elle.

“Je suis propriĂ©taire de ce petit restaurant que vous voyez lĂ -bas au bord de la plage et cela me ferait vraiment plaisir de vous inviter Ă  dĂźner. Il est justement presque 19 heures.”

“Mais c’est Ă  dire que…Je n’habite pas ici et je dois rentrer. Je suis dĂ©solĂ©e. »

“Bon je n’insiste pas Jessica mais je vois que vous avez l’air d’aimer nos amis les chats. Que diriez vous si je vous offrais un de mes chatons. Il se trouve que ma chatte a eu une portĂ©e de 5 chatons il y a deux mois et cela me ferait plaisir de vous en offrir un. Vous pourriez le choisir. Les chatons se trouvent sur la vĂ©randa de mon restaurant.”

Jessica se mordit la lĂšvre infĂ©rieure. La tentation d’avoir un petit chaton ou tout simplement refuser. Pourtant elle avait tellement envie d’avoir une petite boule de poil. Que faire ? Accepter l’offre ?

“Je vous promets que je n’attend rien en retour si cela vous pose problĂšme. C’est juste que vous m’avez l’air sympathique et que vous Ă©tiez prĂȘte Ă  me prendre mon petit chenapan alors
”

L’homme souriait sans arrĂȘt et ne cessait de la regarder avec insistance. Jessica aimait bien son regard mais pas que


Il avait un corps agrĂ©able et de jolis cheveux blonds dorĂ©s dont quelques mĂšches rebelles qui lui tombaient sur le front. Mais qu’avait elle ? Non encore un sĂ©ducteur comme tant d’autres qui voulait sans aucun doute s’amuser et garder un petit souvenir de vacances sur son tableau de chasse.

Jessica dĂ©cida de refuser l’offre si tentante et fit mine d’ouvrir sa portiĂšre. Il fallait qu’elle parte.

Thierry la regardait intensément puis lui dit :

“C’est dommage. Pourtant j’Ă©tais vraiment sincĂšre, vous savez. C’est vrai aussi…je ne vais pas vous mentir, je vous trouve trĂšs belle. DĂšs que je vous ai vu…Mais sans doute que je dois vous faire peur d’ĂȘtre si pressant. Pourtant, je ne le fais pas exprĂšs. Je pense qu’on pourrait mieux se connaĂźtre. Je pourrais vous donner mon numĂ©ro de mobile. J’insiste car
”

Le visage de Jessica devint rouge pivoine.

“Vous me plaisez, c’est tout. Et je recherche une relation sĂ©rieuse et sincĂšre, pas du tout un petit flirt sans lendemain. J’ai passĂ© l’Ăąge” dit Thierry.

Il la regardait toujours autant intensément mais il ne souriait plus ; son visage était grave.

Jessica lui répondit en bafouillant :

“Heu… je ne sais que vous dire mais par contre je voudrais bien un petit chaton si
”

Thierry lui coupa les mots de la bouche en s’Ă©criant de joie :

“Mais biensĂ»r Jessica. L’offre tient toujours et cela me ferait plaisir.”

Jessica sourit timidement et dit :

“Merci. Là, je dois rentrer chez moi mais je pourrais revenir demain matin par exemple pour prendre un petit chaton.”

“Ok, pas de souci. Je vous attendrai Jessica” puis il s’approcha d’elle mais Jessica eut un mouvement de recul.

Thierry lui sourit. “Je voulais juste vous serrer la main.”

« Oui, biensĂ»r. DĂ©solĂ©e” dit Jessica avec nervositĂ©.

La main de thierry enserra la sienne avec douceur tandis que le petit chaton était juché sur son épaule droite, en train de la fixer de ses petits yeux gris bleus espiÚgles.

Jessica ne le savait sans doute pas mais Ă  cet instant lĂ  ; cette poignĂ©e de main scellerait bientĂŽt son destin Ă  celui de ce bel inconnu pour toujours, en ce fameux jour d’Ă©tĂ© tout Ă  fait ordinaire du mois de Juillet.

Finalement ce fut un jour extraordinaire que Jessica raconterait un beau jour avec fierté et émotion à ses deux futurs enfants