√Čtiquette : noirceur

L’√©toile de ma vie ūüƆ

Une √©toile diff√©rente des autres brillait de mille feux dans le ciel noir d’encre…

Elle ne pouvait s’arr√™ter de scintiller tant elle voulait qu’on puisse l‚Äôadmirer sans jamais la perdre de vue‚Ķ

La nuit lui permettait d’√™tre distingu√©e, unique au monde,

Et de voyager dans les airs sans aucune limite, ni aucune fronti√®re…

La nuit l’enveloppait de sa profonde noirceur mais sans jamais la voiler…

Bien au contraire,

Elle la propulsait toujours au devant de la scène telle une reine ou encore une star au sommet de sa gloire…

La nuit était sa plus fidèle alliée…

Gr√Ęce √† elle, elle n’√©teindrait jamais son incandescente flamme dans la noirceur de son opacit√©…

La nuit ne lui faisait plus peur…

Elle lui faisait battre √† nouveau son cŇďur dans un rythme r√©gulier ou effr√©n√©,

Selon l’intensit√© de la voluptueuse noirceur de son encrier‚Ķ

La rendant alors beaucoup plus vibrante et p√©tillante…

Ainsi, celle-√ßi lui permettait de ne jamais sombrer dans l’oubli…

Pourtant, au tout d√©but de l’histoire, ce fut bien diff√©rent…

Puisque durant fort longtemps, elle avait toujours craint sa noirceur infinie…

Mais ce n’√©tait plus le cas aujourd’hui…

Et chaque soir, elle aimait bien revêtir son costume de lumière brillantissime pour aller danser,

Au bal masqué de sa bien-aimée,

La myst√©rieuse nuit opaque si attirante et troublante…

Un plaisir immense que celui de danser avec elle toutes les nuits sans oublier le fougueux baiser de minuit…

Lui faisant alors tourner la t√™te et pousser des ailes dans le dos pour s’envoler toujours plus haut…

Ce qu’elle pouvait se sentir sereine dans les bras de son ciel !

Blottie √† l’int√©rieur de son long manteau noir opaque si douillet…

Mettant bien en valeur ses contours pyramidales ainsi que sa jolie robe dorée pailletée.

Elle avait alors l’impression supr√™me de se r√©v√©ler,

D’√™tre au firmament de son apog√©e‚Ķ

Et de pouvoir enfin tendre la main à son prochain,

Pouvoir ainsi effacer tous les chagrins,

En éclairant de mille feux leur chemin,

De sa vive et lumineuse clart√©…

De sa bienveillante bonté,

Toutes ces √Ęmes esseul√©es,

Perdues dans le désert,

Essayant de lutter tant bien que mal,

Dans les profondeurs abyssales,

Mais à qui on avait fait tant de mal,

Qu’une certaine belle √©toile,

N’avait pas h√©sit√© √† tenir l’ultime promesse de tous les sauver…

De les libérer un à un de leur prison de tristesse…

Tout en chassant leur mal-√™tre…

Et en leur offrant protection et consolation…

Gr√Ęce √† la puissance de son infinie clart√©,

Permettant ainsi de guider chacune de ces personnes d√©sesp√©r√©es vers les chemins de la lumi√®re et de la libert√©…

La belle étoile apparaissait alors toute radieuse et lumineuse dans le si vaste ciel,

Tel un arc en ciel aux mille couleurs,

R√©duisant ainsi au silence toutes ces affreuses souffrances…

¬ę √Ē nuit ! Reste toujours mon amie ! ¬Ľ

¬ę Mais il en sera toujours ainsi ma ch√®re petite √©toile ch√©rie car vois-tu, je t’appr√©cie tant qu’il ne pourrait en √™tre autrement ¬Ľ

¬ę Oh merci infiniment ! Douce et tendre nuit de ma vie ¬Ľ

La nuit lui avait ainsi promis de toujours bien veiller sur elle…

Puis ajouta ceci dans le creux de son oreille :

¬ę Tu es si belle, merveilleuse √©toile de ma vie ! D√©sormais, tu seras pour toujours et √† jamais sous ma protection. Aucune malveillance ne pourra donc t‚Äôatteindre car vois-tu, tu fais d√©sormais partie de mon univers ; un univers qu’aucun homme sur terre n‚Äôoserait d√©fier tant il me craindrait… ¬Ľ

Et si jamais un jour on te pointait du doigt ; sache que ce ne serait que pour l’irradiance de ton intense clart√©…

Voil√† pourquoi, tu es devenue depuis quelque peu, mon √©toile scintillante pr√©f√©r√©e…

Celle que j’aime tant ch√īyer parmi toutes celles de mon ciel noir de jais…

Et sais-tu petite √©toile ador√©e que certaines personnes en qu√™te d’espoir ou d’amour ne manqueront pas de te demander d‚Äôexaucer leur unique vŇďu tout en admirant la magnificence de tes traits lumineux ?

Sais-tu aussi que certaines d’entre elles voudront que tu guides leur pas incertains √† travers l’obscurit√© de la for√™t enchant√©e ?

Je pense que tu le sais déjà fort bien ma chère petite étoile…

Et connaissant ton c√īt√© protecteur ; tu te r√©jouiras sans doute √† l’avance de toutes ces missions √† entreprendre vu que tu as le cŇďur sur la main…

Ah ! Petite étoile de ma vie ! tu as tant de choses à offrir à ton prochain…

Tu es si merveilleuse et fabuleuse dans mon univers de noirceur,

Que seule ta pr√©sence suffit √† rendre mon coeur infiniment heureux…

Et surtout, n’oublie pas que dans mon ciel, tu seras toujours √©ternellement chez toi…

¬ę Ah ! Petite √©toile de ma vie ! Ne cesse surtout pas de briller de mille feux dans mon paradis noir afin que je puisse toujours t‚Äôadmirer‚Ķ¬Ľ

¬ę Car, comme tu le sais, je ne cesserai jamais de t’aimer‚Ķ ¬Ľ

C√©cile Vidal, La Suricate ūüźĺūüźĺ

La derni√®re danse de la lune : Chapitre 4 : La faille

la derniere danse de la lune

 

« Oups ! √ßa devait arriver ! Attendez je vais en allumer une autre » s’empressa de dire Tamara.

En effet, les bougies n’avaient eu de cesse de se consumer et on voyait √† pr√©sent un amas de cire blanche biscornu qui s’√©tait form√© sur chacun des deux socles.

C’√©tait le t√©moignage du temps qui avait pass√© se dit Elisa en regardant Tamara qui √©tait d√©j√† en train d’allumer la m√®che d’une autre bougie √† l’aide de son fameux briquet provenant de l’H√ītel Paradise Beach.

Elle venait de prendre une autre bougie √† l’int√©rieur d’un¬†des tiroirs du bas de l’armoire et avait bien pr√©cis√© qu’il y en avait encore tout un stock entier et que si jamais l’une d’elles venait √† nouveau √† s’√©teindre, elles n’auraient aucun souci √† se faire de ce c√īt√© l√†.

« Tant mieux ! » s’√©tait dit Elisa dans son for int√©rieur car les bougies lui procuraient un certain r√©confort qu’elle n’√©tait pas encore pr√™te √† voir dispara√ģtre et surtout pas en cette longue nuit interminable.

Elle aimait bien sentir cette odeur de bougie qui br√Ľle. Cette effluve si particuli√®re qui envahissait toute la pi√®ce, lui rappelant de lointains souvenirs de son enfance.

Oui, de biens jolis instants qu’elle aurait bien aim√© pouvoir un jour raconter √† l’homme de sa vie ainsi qu’√† ses futurs enfants car elle comptait bien se sortir de cette impasse…

A force d’attendre dans cette cabane, elle avait retrouv√© en elle un nouvel espoir ; sans doute gr√Ęce √† la pr√©sence de Tamara qui avait r√©ussi √† d√©tendre l’atmosph√®re par ses multiples et diverses questions.

Et plus que jamais, elle voulait retourner √† sa vie d’avant et vivre sa continuit√©.

En tous les cas, il √©tait hors de question que son destin ne se termine de mani√®re tragique et qui plus est dans une √ģle perdue, √©loign√©e de tout.

Non, pas question ! et même si cet individu était là, tapi quelque part dans le noir de cette forêt lugubre, elle était fermement décidée à tout faire pour déjouer ses pièges car elle avait en elle cette rage de vivre !
Et m√™me si le pire devait arriver, elle ne flancherait pas car son ma√ģtre mot √©tait inlassablement le m√™me « VIVRE ».

« Vivre ou survivre » se dit-elle tout en regardant les deux longues flammes des bougies qui dansaient gaiement au moindre mouvement de l’air, faisant appara√ģtre leurs ombres chinoises d√©mesur√©es sur un pan du mur en bois de la cabane.

****

21H00. A l’int√©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes tuaient le temps en discutant de tout et de rien.

Soudain, le hululement strident d’une chouette vint troubler leurs conversations.

Et √† en juger le son qui √©tait tout proche, le rapace nocturne devait probablement se trouver non loin de la cabane, juch√© sur une des branches des nombreux arbres qui l’entouraient.

C’√©tait bien la premi√®re fois qu’Elisa entendait ce type de son en direct. Biens√Ľr, comme tout le monde elle l’avait d√©j√† entendu √† la t√©l√©vision, dans certains films d’angoisse mais de l√† √† l’entendre d’aussi pr√®s et si clairement, c’√©tait totalement diff√©rent.

Dans d’autres circonstances, sa curiosit√© l’aurait emport√©e et elle n’aurait pas h√©sit√© une seule seconde √† sortir dehors et ce, m√™me en pleine nuit pour aller voir la fameuse chouette ou le hibou.

Tiens, c’est vrai √ßa ! se demanda t-elle subitement. S’agissait-il d’une chouette ou d’un hibou ? Elle n’avait jamais su les distinguer tant ils se ressemblaient beaucoup en apparence. Pourtant, en regardant un jour un documentaire t√©l√©vis√© sur ces √©tranges oiseaux, elle avait appris qu’on pouvait les reconna√ģtre gr√Ęce √† la sp√©cificit√© de leur t√™te.

En effet, le hibou avait de petites touffes de plumes de chaque c√īt√© de celle-√ßi que l’on appelait « aigrettes » tandis que la chouette n’avait rien de semblable.
Elisa se massa la tempe droite. Comment pouvait-elle songer √† ce documentaire √† l’heure actuelle ?

Soudain, comme pour la rappeler √† l’ordre, le rapace nocturne se mit √† nouveau √† hululer.

Nerveusement, elle se mordit la l√®vre inf√©rieure pendant que Tamara, elle de son c√īt√©, semblait √™tre la recherche du fameux cri d’oiseau, en tournant lentement sa t√™te de gauche √† droite.
Elisa ferma les paupi√®res pour humecter ses yeux tellement ils √©taient secs et les rouvrit presque aussit√īt lorsqu’elle entendit une troisi√®me fois le hululement strident de la chouette.

D’un geste machinal, elle regarda sa montre : il √©tait exactement 21H30.

On aurait dit que le temps faisait expr√®s de se rallonger se dit-elle tout en se mordillant l’ongle de son pouce droit. Elle commen√ßait s√©rieusement √† en avoir marre de cette attente interminable et souhaitait d√©j√† √™tre au lendemain.

« Vous entendez la chouette qui hulule ? » dit subitement Tamara en la fixant de ses grands yeux noirs brillants.

« Oui » r√©pondit Elisa.

« J’ai toujours trouv√© cet oiseau fascinant »

« Fascinant ? et en quoi ? »

« Eh bien, d√©j√† il est nocturne, un peu comme la chauve-souris et il ne chasse que la nuit. Ensuite, j’aime bien lorsqu’il hulule. Je ne sais pas pourquoi mais je trouve que ces oiseaux ont un c√īt√© myst√©rieux. En fin de compte, ce sont des solitaires. Par contre, je n’ai jamais su diff√©rencier la chouette du hibou. Et vous ? Vous connaissez leurs diff√©rences ? »

Elisa n’avait pas trop envie d’aborder le sujet de ces volatiles qui contrairement √† Tamara, ne les trouvait pas autant fascinants que √ßa, alors pour couper court √† la conversation, elle lui r√©pondit :

« Non, je n’en sais rien du tout »

« Vous semblez agac√©e Elisa. A moins que je ne me trompe ? » dit-elle en la scrutant avec un petit sourire en coin.

« Oui d√©sol√©e, je suis un peu √©nerv√©e par le temps qui passe mais ne faites pas attention √† mon humeur, c’est passager »

« Vous en avez marre d’attendre ? » questionna Tamara en accentuant davantage son demi-sourire qui semblait moqueur.

« Oui. J’aurais pr√©f√©r√© qu’il fasse d√©j√† jour. C’est tellement insupportable d’attendre comme √ßa »

« Pour combien de temps d√©j√† deviez vous s√©journer dans cette √ģle ? » demanda Tamara en lissant sa longue queue de cheval brune.

« Justement, c’est pourquoi je suis tant impatiente. Je ne devais rester ici que deux jours et une nuit. Normalement, demain apr√®s-midi j’√©tais cens√©e quitter Diamond dans les alentours de 15H00 »

« Mais c’est une bonne nouvelle √ßa ! s’√©cria Tamara dans un large sourire.

« Oui, c’est vrai. Mais je trouve que c’est encore trop loin »

« Oui, certes. Mais lorsqu’ils s’aper√ßevront que vous ne reviendrez toujours pas ; enfin je veux parler de l’h√ītel o√Ļ vous s√©journiez. Je suis certaine qu’ils enverront des secours. Vous ne pensez pas ? »

Elisa n’avait eu de cesse de penser d√©j√† √† ce sc√©nario mais le temps semblait se rallonger avant d’en arriver √† un tel cas de figure.

« Oui, vous avez sans doute raison » dit-elle. « De plus, je dois obligatoirement figur√©e dans leurs registres ainsi que dans leurs bases de donn√©es informatiques »

« Eh oui ! » s’empressa de rajouter Tamara. « Il faut donc toujours garder espoir et se dire que √ßa aboutira forc√©ment dans ce sens. Ils viendront donc nous chercher ! »

« Et nous quitterons enfin cet endroit de malheur ! » s’exclama Elisa en tapant du poing sur la table.

« Exactement ! » rench√©rit Tamara en souriant. « Vous voyez bien. Tout finira par s’arranger »

« J’aimerais tant revoir ma famille. Mes chers parents » dit Elisa en soupirant.

« En ce qui vous concerne, l’avenir est devant vous ma ch√®re Elisa. Vous avez de la chance d’avoir une famille qui attendra votre retour. Moi, je ne sais pas ce que je deviendrai. Je n’ai aucune famille. J’ai perdu mon mari. On venait √† peine de se marier. A croire que cela ne devait pas durer… » dit-elle m√©lancoliquement.

C’√©tait un fait ind√©niable, le retour de Tamara √† Epic√©a serait bien diff√©rent du sien. Sa situation √©tait beaucoup plus √† plaindre…

« Je suis vraiment d√©sol√©e Tamara »

« Non c’est moi. Je ne devrais pas parler comme √ßa. Ce n’est pas de votre faute. C’est juste que je suis devenue am√®re » dit-elle, les yeux dans le vague, en regardant les flammes danser avec fr√©n√©sie.

Subitement, Tamara venait de changer de comportement et semblait ailleurs comme si elle √©tait perdue dans de lointains souvenirs si bien qu’Elisa se demanda si elle n’avait pas commis une maladresse en lui faisant part de son souhait de revoir sa famille.

Tamara avait perdu l’homme de sa vie et vu la mani√®re touchante dont elle en avait parl√© lors de leurs nombreuses conversations ; il √©tait certain qu’elle resterait longtemps inconsolable. En plus, selon ses dires, elle n’avait plus aucune famille pour l’aider lorsqu’elle reviendrait √† Epic√©a. Elisa voulut la questionner √† ce sujet.

« Tamara ? √ßa va aller ? » demanda t-elle avec inqui√©tude.

« Oui √ßa ira Elisa. C’est juste un petit passage √† vide »

« Vous m’avez dit tout √† l’heure que vous n’aviez plus de famille. Je me demandais si vous vouliez un peu en parler. A moins que… »

« Non, √ßa ne me d√©range pas d’en parler. J’ai perdu mes parents lorsque j’avais 25 ans. Ils sont morts dans un grave accident de voiture. J’√©tais leur seule enfant et ils n’avaient aucun liens familiaux de leurs c√īt√©s. Heureusement, lorsque ce drame √©tait arriv√©, j’√©tais d√©j√† ind√©pendante et j’habitais dans un petit appartement du centre-ville avec un travail bien r√©mun√©r√© alors ce ne fut pas si difficile pour moi de m’en sortir toute seule question finances. Par contre, j’√©tais rong√©e de l’int√©rieur √† cause de leur disparition si brutale et longtemps j’√©tais rest√©e inconsolable. Et √† un tel point que je fus oblig√©e d’aller voir une psychologue 6 mois apr√®s leur mort »

« Oh ! je suis vraiment navr√©e Tamara. La perte tragique de vos parents. Toute cette souffrance. Vous avez d√Ľ vivre un v√©ritable calvaire. Et maintenant la mort de votre mari. Je suis tellement confuse. Vous auriez d√Ľ m’en parler avant… »

« Non, je n’aurais pas pu vous en parler avant Elisa. Je pr√©f√®re bien mieux le faire maintenant. Je vous fais beaucoup plus confiance. C’est pourquoi j’ose me d√©voiler davantage »

« Je comprends. Vous n’avez pas eu une vie facile… »

« D√©trompez-vous. Deux ans apr√®s la mort de mes parents, je rencontrais Juanes, l’homme de ma vie. Puis vous connaissez la suite… »

« Mais lorsque vous avez rencontr√© votre mari, il n’avait pas de famille, lui non plus ?

« Mais si, il en avait une. Ses parents √©taient si charmants et si gentils. Je me rappelle encore d’eux, lorsqu’ils m’avaient invit√©e dans leur grande et si belle maison √† Epic√©a. Ils m’appr√©ciaient beaucoup vous savez et ils me consid√©raient comme leur fille. Mais h√©las, quelques mois plus tard, le p√®re de Juanes mourut brusquement d’une crise cardiaque. Juanes √©tait effondr√© mais heureusement que j’√©tais l√† pour le soutenir. Puis vint le jour le plus important de ma vie : notre beau mariage du 15 d√©cembre de l’ann√©e derni√®re. La m√®re de Juanes √©tait pr√©sente lors de la c√©r√©monie mais elle √©tait d√©j√† tr√®s malade. Quelques semaines apr√®s, elle mourut d’un cancer de la gorge. Mais avant de mourir, elle m’avait confi√© que son souhait avait √©t√© exauc√© : celui d’avoir pu assister au mariage de son unique enfant et qui plus est avec une femme telle que moi car elle me disait souvent que son fils avait enfin trouv√© la perle rare. Je n’oublierai jamais ces paroles qu’elle m’avait adress√©es avant de s’√©teindre. Ce fut pour moi, l’un des plus beaux t√©moignages d’amour qu’elle ait pu me faire » dit-elle d’un air triste en √©tant accoud√©e sur la table, sa joue droite reposant dans le creux de sa main.

Quelques secondes après, elle ajouta dans un profond soupir :

« Ah oui ! et j’allais oublier de vous dire aussi que les parents de mon mari n’avaient pas de liens familiaux tout comme les miens »

« C’est vraiment triste tout ce que vous venez de me raconter Tamara… »

« Oui c’est vrai. Mais que voulez-vous ? C’√©tait mon destin de ne jamais √™tre heureuse bien longtemps. Par contre, je n’aurais jamais cru qu’on m’aurait arrach√© le coeur en tuant mon mari alors que nous √©tions en voyage de noces. Il √©tait tellement tout pour moi. J’avais v√©cu de si belles choses avec lui. Mais l√† encore, cela ne devait pas durer. Je pense que je dois √™tre maudite par ce fichu destin » dit-elle en ayant peu √† peu les yeux qui s’embu√®rent de larmes.

« Je suis tellement d√©sol√©e Tamara. Vous n’√™tes pas maudite. Il ne faut pas que vous pensiez √ßa »

« Pourtant, c’est ce qu… »

Tamara ne pu terminer sa phrase. A pr√©sent, les larmes coulaient abondamment sur ses joues sans qu’elles puissent les arr√™ter.

Elisa √©tait impuissante face √† son immense chagrin. Elle la regardait avec beaucoup de compassion ne sachant quoi lui dire pour pouvoir soulager sa peine. Cette femme avait v√©cu tellement de drames dans sa vie. Et maintenant, l’assassinat de son mari. Plus d’une personne aurait sombrer √† sa place…

Comment aider une personne dans le désarroi qui a tout perdu dans sa vie ? Quel espoir lui redonner ? Elisa hésita un instant puis se lança :

« Vous savez, c’est normal ce que vous ressentez. Vous avez le contrecoup √† pr√©sent. Mais n’oubliez pas que nous sommes devenues amies. Et d√®s que nous serons de retour √† Epic√©a, croyez-moi, vous ne serez pas seule. Je serais l√† pour vous »

Tamara releva la t√™te et regarda Elisa. Ses grands yeux noirs en amande √©taient rougi √† force d’avoir pleur√©. Elle essuya ses larmes avec le dos de sa main.

« Vous serez l√† pour moi ? » dit-elle la voix un peu enrou√©e.

« Oui. Et c’est tout √† fait normal. Nous sommes amies maintenant et je vous aiderai »

« Merci Elisa. Vous √™tes si gentille avec moi »

« Et je vous le r√©p√®te encore. Vous ne serez pas seule. Je vous le promets » dit Elisa dans un large sourire afin de lui remonter le moral.

A présent, Tamara semblait un peu plus apaisée alors Elisa en profita pour changer de sujet.

« Heu…Je saute un peu du coq √† l’√Ęne mais n’auriez-vous pas une petite faim ? √ßa pourrait peut-√™tre vous faire du bien de manger quelque-chose. Il me reste encore quelques pains aux raisins dans mon sac, si vous voulez »

« Oui je veux bien, merci » dit Tamara en se frottant les yeux. « Auriez-vous aussi un peu d’eau ? Je ne sais pas pourquoi mais j’ai la gorge tr√®s s√®che » ajouta t-elle.

« Oui, attendez. Je vais chercher tout √ßa dans mon sac »

Elisa se leva de table et commen√ßa √† fouiller √† l’int√©rieur de son sac de plage qui reposait sur le plancher, juste en dessous de la petite fen√™tre √† un ventail.

Quelques secondes apr√®s, elle revint et d√©posa sur la table le paquet de petits pains aux raisins entam√©. Avant de se rasseoir, elle tendit √† Tamara la canette de jus d’orange Minute Maid qu’elle avait jusqu’alors, bien conserv√©e dans son sac.

« Tenez, j’ai cette canette de jus d’orange si vous voulez, sauf qu’elle est chaude maintenant. On pourrait se la partager. √ßa nous donnerait un peu de tonus. A moins que vous pr√©f√©rez boire de l’eau pour accompagner vos pains aux raisins ? »

« Vous aviez cette canette de jus d’orange dans votre sac ? » s’exclama Tamara quelque peu interloqu√©e. « Wahou ! J’avoue que vous m’impressionnez vraiment Elisa ! Eh bien ce sera avec grand plaisir que je boirai ce jus d’orange avec vous. Et peu importe qu’il soit chaud ! En tout cas, je vois que vous avez beaucoup de choses int√©ressantes √† l’int√©rieur de votre sac de plage. C’est une vraie mine d’or ! »

Soudain, elle se mit √† rire aux √©clats. Elle essaya tant bien que mal de se contr√īler en plaquant sa main droite sur la bouche afin d’√©touffer son rire nerveux mais n’y arriva pas. Il devenait de plus en plus tonitruant et filtrait ais√©ment √† travers ses doigts.

« Ah ! Ah ! Ah ! » pouffa t-elle sans pouvoir s’arr√™ter. « Excusez-moi Ah ! Ah ! Ah ! Elisa ! Ah ! Ah ! Mais je dois bien…Hi Hi…avouer que…Ah ! Ah! Ah !… »

Le rire de Tamara √©tait tr√®s communicatif alors Elisa n’y r√©sista pas plus longtemps et commen√ßa √† rire √† son tour. Elle se surprit m√™me √† s’amuser de la situation en imitant la voix d’une personne tr√®s snob.

« Que voulez-vous ma ch√®re. J’ai absolument tout dans mon sac. Une vraie caverne d’Ali Baba.D’ailleurs, il est assez lourd et quelque peu encombrant mais il est vraiment indispensable ! Si, si, je vous assure. Je dirais m√™me que c’est un sac essentiel qu’il faudrait toujours avoir avec soi » dit-elle d’une voix moqueuse et enjou√©e.

Sur sa chaise, Tamara continuait toujours à se tordre de rire, en se tenant le ventre et en pointant du doigt le fameux sac qui la rendait si hilare.

Elisa riait √©galement. Elle rel√Ęchait enfin la pression et cela lui faisait le plus grand bien.

Il est vrai que c’√©tait une chose qu’elle n’avait plus jamais fait depuis un certain temps. Depuis qu’elle √©tait tomb√©e sur Tamara…

****

22H30. Il faisait nuit noire dans la for√™t de Diamond et l’apparition d’un petit vent frais fit fr√©mir les feuilles des hauts arbres environnants.

La chouette qui √©tait juch√©e sur la plus haute des branches de l’un d’eux, tourna la t√™te en direction de la cabane puis secoua ses ailes un instant avant de rester totalement immobile, les paupi√®res closes.

Pendant ce temps l√†, √† l’int√©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes ne dormaient toujours pas. Sans doute d√Ľ √† la vitamine C du jus d’orange qu’elles venaient de boire goul√Ľment il y a √† peine une heure et ce, jusqu’√† la derni√®re goutte.

Elisa soupira fortement. C’√©tait une v√©ritable torture d’attendre inlassablement. Oui une vraie goutte chinoise qui commen√ßait √† lui vriller √† nouveau le cerveau.

Rire, lui avait fait peut-√™tre le plus grand bien tout √† l’heure mais √† pr√©sent, la ritournelle de l’attente interminable faisait √† nouveau son apparition, la tuant √† petit feu.

Soudain, Tamara brisa le silence tel un couperet.

« J’ai une envie pressante » annon√ßa t-elle. « Il faut absolument que j’aille au petit coin »

Elisa fron√ßa les sourcils et fut prise de panique √† l’id√©e de devoir r√©ouvrir la porte de la cabane. Finalement, elle regrettait d√©j√† de s’√™tre plainte de l’attente interminable.

« Mais il fait nuit noire dehors ! » s’√©cria t-elle sur le ton de la d√©fensive. « Comment allez-vous faire ? Et le cingl√© qui est peut-√™tre l√† √† nous observer et √† attendre justement qu’on lui ouvre la porte »

« Je le sais bien Elisa. Mais je ne pourrais vraiment pas attendre. Je dois absolument y aller… »

« Mais vous ne pouvez pas aller dehors. Ce ne serait vraiment pas prudent. Ni pour vous, ni pour moi » r√©torqua t-elle.¬†« Attendez, il doit s√Ľrement y avoir un seau o√Ļ v… »

« Non ! » coupa brutalement Tamara. Il n’y a aucun seau ici et pas m√™me √† l’int√©rieur de cette armoire. Et je sais de quoi je parle »

« Ok ! ne vous √©nervez pas ! » dit Elisa un peu surprise par le ton que venait d’employer Tamara.

« D√©sol√©e Elisa » dit-elle en se radoucissant aussit√īt.

« C’est rien. De toute fa√ßon, ce genre de d√©sagr√©ment nous serait t√īt o√Ļ tard arriv√©, n’est-ce pas ? »

« Oui. De toute fa√ßon je ne pourrais jamais me retenir et faire √ßa ici. Jusqu’√† pr√©sent, on s’en est plut√īt bien sorti vous et moi. Alors voil√†. Ecoutez-moi bien. Dehors, il y a une cabine de toilette qui se trouve juste derri√®re la deuxi√®me cabane et qui peut se fermer √† clef. Il suffit que j’y aille vite en faisant attention puis je reviendrai sans tarder. Je suis certaine que j’y arriverai »

Elisa était perplexe mais finit par acquiescer.

« Ne vous inqui√©tez pas Elisa. Tout ira bien »

« Mais alors, il faudrait vous munir de quelque-chose pour pouvoir vous d√©fendre au cas o√Ļ cet individu serait dans les parages ! » ajouta t-elle.

« Oui vous avez raison. Attendez que je r√©fl√©chisse »

Tamara regarda autour d’elle puis s’attarda sur le balai brosse qui √©tait appuy√© contre le mur de gauche de la cabane.

« Voil√† ! j’ai trouv√© ce qui pourrait convenir » s’exclama t-elle. « Je d√©visserai le manche de ce balai brosse et comme √ßa le tour sera jou√©. Il deviendra alors une arme pour pouvoir me d√©fendre si jamais l’autre cingl√© voulait m’attaquer »

****

Quelques minutes plus tard, Tamara d√©tenait un manche √† balai qui ferait office d’arme si jamais Philippo venait l’agresser au moment o√Ļ elle se retrouverait dehors.

« Vous pensez que √ßa suffira ? » dit Elisa √† nouveau perplexe.

« Oui, √ßa ira. Le manche a l’air tr√®s costaud. C’est du solide ! Il est en bois. Par contre il me faudrait votre lampe de poche sinon je n’y verrai strictement rien dans le noir »

L’espace d’un instant, Elisa h√©sita √† lui pr√™ter sa lampe de poche mais se dit que Tamara en aurait bien plus besoin qu’elle surtout dans cette for√™t lugubre…

Sans plus attendre, elle se pr√©cipita pour aller la chercher √† l’int√©rieur de son sac.

Tout en fouillant dans ses affaires, elle aper√ßut au fond du sac, le mouchoir en tissu fleuri qui dissimulait √† l’int√©rieur, le fameux couteau Suisse que son p√®re lui avait offert pour son anniversaire.

En une fraction de seconde, elle fut tent√©e de le dire √† Tamara mais se ravisa aussit√īt.

En effet, en lui donnant sa lampe de poche, il fallait bien qu’elle ait au moins avec elle de quoi se d√©fendre si jamais elle aurait un √©ventuel probl√®me durant son absence. En r√©fl√©chissant √† ce cas de figure, Elisa pr√©f√©ra donc se taire et cacher l’existence de son arme √† Tamara m√™me si au fond d’elle, elle savait que ce n’√©tait pas tr√®s honn√™te de sa part…

Vite, elle prit alors la lampe de poche puis referma le clip de son sac.

« Tenez, prenez ma lampe de poche Tamara ! et surtout ne tardez pas pour revenir »

« Oui, je ferai vite ! Ne vous en faites pas ! Et surtout, il faudra bien refermer la porte √† clef derri√®re moi lorsque je sortirai »

« Oui, compris » dit Elisa avec contrari√©t√©.

Tamara était en train de refaire sa queue de cheval tout en souriant à Elisa.

« Je vois bien que vous √™tes tr√®s inqui√®te Elisa mais je reviendrai » dit-elle en terminant de nouer sa longue chevelure brune.¬†« Vous savez, je ne suis pas une personne qui se laissera faire si jamais cette ordure s’en prenait √† moi. Je me battrai, croyez-moi ! »

« Oui, je le sais bien mais… » balbutia Elisa en se tenant nerveusement les deux mains.

« Tout se passera bien. Faites moi confiance » ajouta t-elle d’un ton rassurant.

Subitement Elisa r√©alisa qu’elle allait se retrouver toute seule ici. Et si jamais le tueur s’en prenait √† Tamara. Mon Dieu, elle s’en voudrait de ne pas lui avoir dit qu’elle d√©tenait une arme √† l’int√©rieur de son sac.

Soudain, elle eut honte de son comportement…

Pourtant, elle avait encore la possibilit√© de se rattraper mais les mots ne sortirent pas de sa bouche au moment o√Ļ Tamara lui tournait d√©j√† le dos en marchant d’un pas d√©cid√© vers la porte…

****

Tamara se tenait √† pr√©sent devant la porte d’entr√©e, arm√©e de son manche √† balai √† la main droite et munie de la lampe de poche d’Elisa √† la main gauche.

« Ouvrez-moi s’il vous pla√ģt ! Allez ! J’y vais maintenant Elisa ! Et surtout fermez bien la porte derri√®re moi ! »

Lorsqu’Elisa lui ouvrit la porte, il faisait tellement nuit noire dehors que c’√©tait pratiquement impossible de distinguer quoi que ce soit mais d√®s lors o√Ļ Tamara enclencha la lampe de poche, tout le devant de l’√©paisse for√™t fut si bien √©clair√©e, qu’on pouvait aper√ßevoir les branchages des hauts arbres se pencher machiav√©liquement vers l’avant de la cabane, telles de grandes griffes ac√©r√©es, rendant encore plus terrifiante la v√©g√©tation qui les entourait.

Tamara se retourna et lui jeta un bref regard accompagn√© d’un petit sourire qui voulait dire qu’elle reviendrait au plus vite.

La lourde porte en bois se referma alors derri√®re elle, laissant place √† un vent l√©ger et froid qui vint s’engouffrer sournoisement √† l’int√©rieur de la cabane et √† travers le fin tissu de la tunique que portait Elisa, la faisant aussit√īt frissonner de tout son corps.

Vite, sans plus attendre elle tourna deux tours de clef dans la serrure et resta debout fig√©e √† regarder fixement la porte d’entr√©e.

Pourvu que tout aille bien se dit-elle avec beaucoup d’anxi√©t√©, tout en froissant avec nervosit√© le pan de sa tunique…

****

La derni√®re danse de la lune : Chapitre 3 : Confessions

la derniere danse de la lune

 

Elisa fouilla rapidement dans son grand sac qu’elle portait toujours en bandouli√®re et trouva enfin sa fameuse lampe de poche √©tanche.

D√®s lors qu’elle l’enclencha, la lumi√®re fut tellement puissante qu’elle suffit √† √©clairer tout l’ensemble de l’unique grande pi√®ce de la cabane qui devait bien faire dans les 20 m¬≤.

A l’int√©rieur, tout √©tait rustique et enti√®rement en bois : de l’habillage des murs, sol et plafond jusqu’au mobilier.
Au milieu du mur du fond, une petite fen√™tre √† un ventail sans rideau avait son volet ferm√© ; ce qui expliquait pourquoi il faisait si sombre ici. A sa droite, trona√ģt une grande et haute armoire en bois massif √† trois portes avec deux tiroirs c√īte √† c√īte au niveau du bas.

Au dessus de celle-çi, on pouvait aperçevoir un amoncellement de diverses choses indéfinissables ainsi que deux grands chandeliers à plusieurs branches, accompagnés de leurs bougies.
Contre le mur de gauche, √† c√īt√© d’un balai brosse, √©taient appuy√©s l’un sur l’autre deux lits de camp pliables qui prenaient pas mal de place tant ils √©taient grands.

Au centre de la pi√®ce se trouvait une grande table rectangulaire habill√©e d’une nappe en tissu √† petites fleurs, entour√©e de quatre chaises en bois avec assises en paille. Et au milieu de celle-√ßi reposait le fameux sac √† dos de Batisto.

Tamara s’en rapprocha et commen√ßa √† ouvrir l’une des deux petites poches ext√©rieures mais n’y trouva rien. Elle ouvrit alors la deuxi√®me poche puis s’exclama :

« Elle est l√† ! Je l’ai trouv√©e ! On va pouvoir enfin s’enfermer √† clef ! »

****

Elisa √©tait √† pr√©sent en train d’√©clairer la serrure de la porte d’entr√©e afin que Tamara puisse y ins√©rer la fameuse clef.
Une fois que celle-√ßi l’eut ferm√©e √† double tour, elles se retrouv√®rent enfin dans un espace clos et √† l’abri de tout danger en attendant la suite des √©v√®nements…

« Voil√† c’est fait Elisa ! On est en s√©curit√© maintenant ! Du moins, pour l’instant mais c’est bien mieux que si on √©tait dehors… »

Le seul inconv√©nient restait toutefois l’√©clairage qui √©tait assez faible et ce malgr√© le puissant faisceau lumineux de la lampe de poche d’Elisa qui de toute fa√ßon ne pourrait pas marcher ind√©finiment √©tant donn√© que celle-√ßi fonctionnait avec des piles.

« Je ne pourrai pas laisser allum√©e ma lampe de poche trop longtemps sinon les piles finiront par s’√©puiser » fit-elle remarquer. « Il faudrait nous √©clairer avec autre chose. J’ai vu qu’il y avait deux chandeliers au dessus de l’armoire » ajouta t-elle en √©clairant le sommet du meuble.

« Oui, vous avez raison mais il y a mieux que √ßa ! Vous pouvez m’√©clairer la troisi√®me porte de l’armoire s’il vous pla√ģt ? Normalement, ils doivent toujours y √™tre…Du moins, je l’esp√®re… »

Elisa s’ex√©cuta tandis que Tamara √©tait d√©j√† en train d’ouvrir la porte en question puis commen√ßait √† balayer de sa main droite le dessus de la premi√®re √©tag√®re du haut, √† la recherche des objets qu’elle avait en t√™te.

« Voil√† ce qu’il nous faut ! je viens de les retrouver ! » s’√©cria t-elle.

Tamara venait d’attraper par leur anses deux lanternes en m√©tal ajour√©. Elle les porta jusqu’√† la table puis les d√©posa au milieu de celle-√ßi pr√®s du sac √† dos de Batisto. L’int√©rieur de chacune d’elles comportait une grosse bougie fix√©e sur un socle.

« Vous pouvez encore m’√©clairer Elisa ? Je me souviens qu’il y avait un briquet rang√© ici » dit-elle en d√©signant du doigt le tiroir de droite du bas de l’armoire.

Pendant qu’Elisa l’√©clairait √† nouveau, Tamara ouvrit le tiroir et commen√ßa √† chercher des yeux le dit briquet. Au bout de quelques instants, elle finit par le trouver.

« Ah le voici ! Je me disais bien qu’il se trouvait l√†. Voil√† Elisa ! on va pouvoir enfin allumer nos lanternes ! »

Mais la joie de Tamara fut de courte dur√©e lorsqu’elle s’aper√ßut que le r√©servoir de celui-√ßi √©tait vide.

« Mince alors ! c’est vraiment pas de chance ! il n’y a plus de gaz dans le r√©servoir. Il est compl√®tement √† sec ! et en plus il n’y en a pas d’autres, √† part celui-l√† ! Oh noonn ! dit-elle en pestant.

« Moi j’ai un briquet ! » s’empressa de dire Elisa. « Il est √† l’int√©rieur de mon sac de plage. Enfin, normalement…Attendez, je vais le chercher »

« C’est pas vrai ? Incroyable ! Vous avez un briquet dans votre sac ? En tout cas, si vous l’aviez vraiment, vous nous sauveriez une fois de plus la vie, ma ch√®re Elisa ! » dit-elle en lui pressant gentiment l’√©paule.

All√©luia ! se dit Elisa avec un petit sourire de satisfaction lorsqu’elle mit enfin la main sur son fameux briquet qu’elle venait de retrouver parmi toutes ses affaires. C’√©tait un cadeau publicitaire de l’h√ītel « Paradise Beach » o√Ļ elle avait s√©journ√© et qu’elle avait trouv√© pos√© sur une des tables basses de sa chambre. Elle se souvenait encore avoir h√©sit√© √† le prendre avec elle, lors de son p√©riple en catamaran.

A pr√©sent, elle pouvait encore se f√©liciter de l’avoir entre ses mains √©tant donn√© qu’√† cet instant pr√©cis, il lui serait tr√®s utile.
Comme quoi, un simple petit briquet tr√®s ordinaire fut-il ; pouvait bien faire des miracles en redonnant un peu d’espoir et de la lumi√®re √† deux jeunes femmes en d√©tresse…

****

Gr√Ęce aux deux lanternes, la pi√®ce baignait dans un halo de lumi√®re et semblait beaucoup plus chaleureuse qu’auparavant.

Elisa, assise sur une des chaises, observait Tamara debout, face √† la table, en train de fouiller √† l’int√©rieur du sac √† dos de Batisto.

Que pouvait bien t-elle chercher ? se demanda t’elle. Sans doute une arme quelconque ou encore un objet qui leur serait utile.
Au bout d’un instant, Tamara finit par dire d’un air d√©pit√© :

« Il n’y a vraiment rien d’int√©ressant dans ce sac ! »

Cela se voyait qu’elle fulminait int√©rieurement mais qu’elle essayait de garder son calme. Elle fusillait du regard le sac √† dos et semblait ne plus pouvoir supporter sa vue. Nerveusement elle se gratta la t√™te puis d√©cida de le d√©poser sur le plancher √† c√īt√© des deux lits de camps. Elle lui jeta un dernier coup d’oeil sans doute en le maudissant de tous les noms puis vint s’asseoir √† son tour, juste en face d’Elisa.

« J’ai perdu mon temps. Je n’ai rien trouv√© dans le sac de cette ordure √† part quelques babioles inutiles » ajouta t-elle.

« Oui, j’ai vu. On se d√©brouillera autrement… » dit Elisa en baillant.

« Vous √™tes fatigu√©e ? Vous voulez peut-√™tre un peu vous allonger ? ils sont tr√®s confortables, vous savez » dit Tamara en regardant en direction des lits.

« Non, merci mais c’est gentil de me l’avoir propos√©. Je pense que je n’arriverai pas √† fermer l’oeil. Je suis beaucoup trop angoiss√©e pour dormir »

« C’est pareil pour moi et m√™me si je me sens tout de m√™me assez fatigu√©e. Je dois bien avouer que cette marche dans la for√™t m’a litt√©ralement √©puis√©e »

« Oui, moi aussi. D’ailleurs, j’ai d√©test√© marcher dans cette fichue for√™t » dit Elisa avec m√©pris.

« Oui, vous avez bien raison. Une fichue for√™t ! comme vous d√ģtes. Des bestioles de partout avec une chaleur suffocante et insupportable. Et puis sans oublier cette moiteur qui n’en finissait pas…Oui, c’est certain, c’√©tait loin d’√™tre une promenade des plus agr√©ables »

Elisa repensa soudainement √† la grande araign√©e noire qui avait failli lui tomber dessus. Brrr…, rien que d’y penser, elle fut parcourue de frissons. Mais la sc√®ne la plus horrible √©tait bien celle du cadavre au fond du pr√©cipice. Elle le revoyait encore tr√®s clairement avec cet √©trange pique qui lui transper√ßait le dos. L’aur√©ole de sang qui maculait son t-shirt.Tout ce sang autour de lui et les d√©bris √©parpill√©s un peu partout…

Les images sordides ne cessaient de lui envahir l’esprit, lui donnant le tournis tel un man√®ge qui n’en finirait pas de tournoyer sans fin…

Et puis il y avait aussi ce type qui √©tait cach√© l√†, quelque-part en train de s√Ľrement les √©pier tout en attendant le bon moment pour s’en prendre √† elles…

Elisa se massa la tempe droite. Elle commen√ßait √† avoir un d√©but de mal de t√™te. Cela ne lui √©tait plus jamais arriv√© et ce depuis pas mal de temps d√©j√†, si ce n’est lorsqu’un jour elle avait re√ßu un coup de t√©l√©phone de sa meilleure amie de l’√©poque qui avait os√© lui annoncer tout bonnement qu’elle ne voulait plus de leur amiti√© en inventant un pr√©texte des plus m√©diocres. Un mauvais jour qui avait particuli√®rement marqu√© au fer rouge Elisa. Mais avec le temps, elle avait r√©ussi √† effa√ßer cette inf√Ęme trahison.

Aujourd’hui, le mal de t√™te qui s’insinuait lentement et douloureusement tel un poison violent √† l’int√©rieur de sa bo√ģte cr√Ęnienne ne ressemblait en rien √† celui qu’elle avait subi √† l’√©poque √† cause de sa fausse amie. Non, il √©tait bien pire…

Et il ne faisait qu’empirer, s’amplifier davantage au fur et √† mesure qu’elle s’inqui√©tait de sa situation. Une situation que personne ne voudrait vivre. Oui, la pire des situations…et qui surpassait de loin ce fameux jour de trahison. Une trahison qui √† ses yeux devenait √† l’heure d’aujourd’hui totalement anodine, ridicule et m√™me risible.

Par contre ce qu’elle √©tait en train de vivre √† Diamond √©tait un v√©ritable cauchemar… Oui, un cauchemar qui n’en finissait pas…

****

Elisa ne pouvait s’emp√™cher de ressasser en boucle toutes ces images. Elles martelaient sa t√™te sans r√©pit ; jaillissant par intermittence tels des √©clairs qui z√®breraient un ciel d’un noir intense…Oui, noir comme les yeux de Tamara…

« Comment vous sentez-vous Elisa ? √ßa n’a pas l’air d’aller ? »

La voix de Tamara l’emp√™cha d’aller plus loin dans sa r√©flexion tel un rappel √† l’ordre qui la fit imm√©diatement revenir √† la r√©alit√©.

Une r√©alit√© qui ne pr√©sageait rien de bon d’ailleurs, puisqu’elles √©taient enferm√©es √† l’int√©rieur d’une cabane, certes √©clair√©e par deux bougies mais qui √©tait perdue au milieu d’une for√™t √©paisse avec un maniaque cach√© quelque part pour noircir le tableau.

Qu’allaient-elles devenir en fin de compte ? Elisa ne cessait d’angoisser. Reprenant peu √† peu ses esprits, elle essaya tant bien que mal de masquer ses craintes et finit par r√©pondre √† Tamara :

« Je vais bien. Ne vous inqui√©tez pas. Je repensais juste √† tous ces √©v√®nements que nous venions de vivre »

« Je suis vraiment d√©sol√©e Elisa… »

Tamara semblait réellement confuse et observait Elisa avec inquiétude.
Elisa massait √† pr√©sent sa tempe gauche en esp√©rant que ce fichu mal de t√™te finirait bien par se dissiper. Elle souffrait mais ne voulait surtout pas l’avouer √† Tamara car elle en avait assez de se plaindre. D’ailleurs, elle cessa imm√©diatement de se masser les tempes car cela ne servait strictement √† rien.

Tamara l’observait toujours. Alors, pour ne pas √©veiller sa curiosit√© concernant le mal de t√™te qui la rongeait, elle r√©pliqua :

« Non, Tamara, ne vous excusez pas. Arr√™tez de le faire, s’il vous pla√ģt. C’est vous qui √™tes plus √† plaindre que moi. Je voudrais tellement qu’on puisse se sortir de cet enfer. Je me sens juste d√©sempar√©e et impuissante. Je me demande aussi combien de temps nous allons devoir rester ici et c’est vrai que je ne cesse de penser √† cet individu mais √ßa va aller, rassurez-vous. J’ai juste peur qu’il s’en prenne √† nous. C’est tout »

« Oui, moi aussi j’ai peur de ce sale type mais cette cabane a l’air tr√®s solide. Il ne pourra pas s’en prendre √† nous comme √ßa ! et puis nous sommes deux ! Il faudra donc rester ici toute la nuit jusqu’au lever du jour puis on verra bien ce qu’on pourra faire demain »

« Oui, vous avez raison. Faisons comme √ßa… »

« Au fait, quelle heure est-il s’il vous pla√ģt ? »

Elisa regarda sa montre dont les aiguilles étaient devenues phosphorescentes.

« Il est 19H15 »

« Je pensais qu’il √©tait beaucoup plus tard que √ßa. On devra donc attendre longtemps ici mais que voulez-vous, c’est bien mieux que d’√™tre dehors »

« Oui, vous avez raison et m√™me si je ne peux m’emp√™cher d’avoir peur, je vais essayer de faire la part des choses. Apr√®s tout, nous n’avons pas le choix. J’esp√®re seulement que tout se passera bien et qu’on s’en sortira »

« Oui, il faut y croire ma ch√®re Elisa. Vous verrez, on s’en sortira »

Elisa l’a regarda quelque peu perplexe ne sachant quoi ajouter de plus. Elle trouvait que Tamara ne manquait pas de courage √©tant donn√© qu’elle avait perdu son mari de la mani√®re la plus √©pouvantable qu’il soit. Mais o√Ļ pouvait bien t-elle trouver encore cette √©nergie d’y croire encore et de penser qu’elles se sortiraient de cette gal√®re ? Elle semblait si s√Ľre d’elle.

Elisa constata que par rapport √† sa compagne d’infortune, elle avait tendance √† trop vite se laisser abattre.

« Oui, et on fera tout pour √ßa Elisa ! Croyez moi ! » ajouta Tamara. « Vous savez, ces ordures m’ont d√©truite de l’int√©rieur en tuant mon mari mais je vous promets que la crapule qui est toujours en vie ou pas d’ailleurs, n’arrivera pas √† avoir notre √Ęme. Non, il ne fera rien de tel car on l’en emp√™chera vous et moi. N’est-ce pas Elisa ? Et on se battra pour √ßa »

« Oui, je suis d’accord avec vous Tamara »

Elisa essayait d’y croire mais elle avait encore quelques doutes √† ce sujet. Comment feraient-elles pour s’en sortir face √† cet individu qui avait tu√© de sang froid un homme. Et comment feraient-elles pour quitter cette √ģle ? Que de questions et cet horrible mal de t√™te qui n’en finissait pas…

Soudain, Tamara la brusqua dans ses pensées :

« Et sinon, pour parler un peu d’autre chose, comment trouvez-vous cette cabane, Elisa ? Elle n’est pas trop mal, je trouve. Mon mari et moi l’adorions. Et vous ? qu’en pensez-vous ? » demanda t-elle tout en dessinant avec son index des cercles imaginaires sur la nappe de la table.

Elisa ne lui r√©pondit pas tout de suite tant elle fut surprise par sa question quelque peu incongrue. Certes, cette cabane avait un certain charme mais elle n’√©tait pas du tout dispos√©e √† parler de ses qualit√©s ou inconv√©nients vu les circonstances actuelles.

Non ! Elle, tout ce dont elle avait envie, c’√©tait de fuir cet endroit de malheur au plus vite et que ce fichu mal de cr√Ęne s’arr√™te d√©finitivement.
Tamara voulait certainement d√©tendre l’atmosph√®re en abordant un tel sujet mais elle n’√©tait vraiment pas d’humeur √† entrer dans ce genre de conversation.

D√©cid√©ment, les deux jeunes femmes ne se ressemblaient pas du tout, point de vue caract√®re. L’une √©tait forte et d√©termin√©e avec un mental d’acier alors que l’autre doutait toujours et restait perp√©tuellement sur ses gardes.

Elisa finit par lui répondre :

« Eh bien dans d’autres circonstances, j’aurais sans doute appr√©ci√© de s√©journer ici mais l√†, je reste inqui√®te. D√©sol√©e de me r√©p√©ter… »

« Non, vous n’avez pas √† vous excuser Elisa. Vous avez toutes les raisons de l’√™tre. C’est certain que nous ne sommes pas sereines vu les circonstances mais au moins on est en s√©curit√© ici. Dehors, il doit faire nuit noire. Rien que d’y penser je me dis qu’on a bien fait de s’enfermer dans cette cabane. Pas vous ? »

« Si, je suis tout √† fait d’accord avec vous »

Elisa d√©cida de ne plus partager ses inqui√©tudes avec Tamara. Cela ne servait √† rien de propager son angoisse et de l’attiser davantage par des paroles n√©gatives.

« Je peux vous poser une question Elisa ? »

« Oui, biens√Ľr »

« Pourquoi √™tes-vous venue ici √† Diamond et toute seule ? »

« Je ne suis pas venue seule. J’√©tais accompagn√©e de mon Guide touristique »

« Oui certes, mais pourquoi venir ici sans √™tre accompagn√©e d’un ami ou d’une amie par exemple ? »

« Tout simplement parce que je voulais faire ce voyage en solitaire. C’√©tait mon r√™ve de jouer en quelque sorte les Robinson Cruso√© durant deux jours dans une petite √ģle d√©serte et √©loign√©e de tout. Et je dois bien avouer que Diamond √©tait parfaite pour √ßa mis √† part les affreux drames qui s’y sont d√©roul√©s. Le Guide m’en parlait tellement comme si c’√©tait un joyau de la nature que je n’ai pas h√©sit√© et que je me suis lanc√©e. Mais jamais je n’aurais cru un seul instant qu’il y aurait eu un meurtre ici, ni que mon guide en aurait √©t√© l’instigateur. J’√©tais loin de m’imaginer tout √ßa sinon il est clair que je serais rest√©e bien tranquillement dans mon h√ītel √† continuer mes vacances »

Les grands yeux noirs en amande de Tamara ne cessaient de la fixer comme si elle essayait de trouver une vérité au fin fond de son esprit. Mais laquelle au juste ?

« Je vous comprends Elisa. Je suis navr√©e encore pour tout √ßa »

« Non, ne le soyez pas. Vous et moi ne pouvions pas savoir que ces guides √©taient des meurtriers… »

« Oui, c’est juste. Mais je vous ai tout de m√™me entra√ģn√© dans cette gal√®re »

« N’y pensez plus. Ce n’est pas de votre faute Tamara »

Tamara se mordit la l√®vre inf√©rieure en signe d’acquiescement puis baissa les yeux comme si elle avait honte.

Elisa essayait de la rassurer mais elle savait aussi au fond d’elle m√™me qu’elle n’aurait jamais voulu rencontrer Tamara sur son chemin vu tous les probl√®mes qu’il y avait autour de cette femme et quand bien m√™me qu’elle soit une innocente victime.

Etait-ce humain de penser de la sorte ? Pourquoi est-ce que subitement elle avait de telles pens√©es envers cette femme ? √©tait-ce √† cause de ce terrible mal de t√™te qui la mettait √† fleur de peau ? ou tout simplement parce qu’elle se sentait prise au pi√®ge et qu’elle aurait bien voulu que tout ce cauchemar se volatilise comme par magie. Mais malheureusement, elle ne pouvait pas remonter dans le temps et gommer en un claquement de doigt cette rencontre…C’√©tait son destin d’√™tre tomb√©e sur Tamara.

Elle ne pouvait pas non plus lui avouer cette vérité. Elle ne pouvait que la cacher au fin fond de son esprit et se taire. En somme, il ne lui restait plus que la résignation et la fatalité.

« J’aurai une autre question √† vous poser Elisa »

Tamara venait de relever les yeux et à présent elle la regardait intensément comme si elle essayait de sonder son esprit. Ce qui perturba quelque peu Elisa.

« Allez-y, je vous √©coute »

« Je me rappelle que vous m’aviez dit que vous aviez fait de la plong√©e sous-marine avec ce Philippo avant de d√©barquer √† Diamond »

« Oui c’est vrai » dit Elisa en se demandant o√Ļ elle voulait bien en venir.

« Voil√†, je voulais juste savoir si vous aviez remarqu√© quelque chose chez lui qui ne tournait pas rond. Un √©l√©ment quelconque qui aurait permis d’en d√©duire qu’il √©tait une personne bizarre »

« Non, je suis vraiment d√©sol√©e de vous dire √ßa Tamara mais il n’y avait rien de tel chez lui qui aurait pu pr√©sager quoi que ce soit de bizarre. Il semblait tout √† fait normal. Il n’avait pas un comportement √©trange, bien au contraire. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas comment il a pu faire toutes ces atrocit√©s. C’est vrai que √ßa restera toujours un myst√®re pour moi »

« Oui, moi aussi je me le demande encore, vous savez. C’est pareil en ce qui concerne cette ordure de Batisto. Jamais je n’aurais cru qu’il √©tait un tueur. Je me rappelle encore de lui. Il semblait √™tre une personne honn√™te et gentille mais je me trompais. Il √©tait tout le contraire. Je suis tellement d√©go√Ľt√©e. Et dire que j’√©tais venue ici avec mon mari pour notre voyage de noces. Je ne peux m’emp√™cher de penser que tout ce qui est arriv√© est de ma faute… »

« Mais pourquoi d√ģtes-vous √ßa ? rien n’est de votre faute Tamara. Encore une fois, vous ne pouviez pas pr√©voir tout ce qui allait se passer ici. En aucun cas vous ne devez vous sentir coupable, je vous assure »

« Si justement, puisque c’est moi qui ait eu l’id√©e de faire cette escapade √† Diamond. Je regrette tellement maintenant… » dit-elle les larmes aux yeux.

En regardant les larmes qui coulaient le long de ses joues, Elisa regretta subitement d’avoir eu de mauvaises pens√©es envers elle. Les yeux noirs en amande semblaient si tristes √† cet instant l√† qu’elle en √©prouva une profonde compassion.

« Je vous en prie Tamara, ne pleurez pas. Je trouve que vous √™tes une personne tellement courageuse. C’est gr√Ęce √† vous si on se retrouve dans cette cabane et en s√©curit√©. Vous avez eu raison de nous emmener jusqu’ici ! et je suis certaine que votre mari aurait √©t√© fier de vous. Je le pense tr√®s sinc√®rement… »

« Merci Elisa de me r√©conforter comme vous le fa√ģtes. Vous √™tes si gentille avec moi. Moi aussi je trouve que vous √™tes courageuse. Vous m’avez fait confiance. Vous savez, ce n’est pas tout le monde qui aurait pu s’aventurer dans cette for√™t tout en sachant qu’il y a un tueur qui s’y cache quelque part. Vous m’avez beaucoup soutenu depuis que je vous ai rencontr√©e sur la plage et je ne l’oublierai jamais. Merci pour tout √ßa » dit-elle tout en reniflant.

Elisa lui adressa un large sourire. Un sourire sinc√®re qui se voulait √™tre r√©confortant. Oui, un sourire d’espoir destin√© √† une jeune femme qui avait v√©cu un horrible drame.

Elisa ne s’en √©tait pas aper√ßu mais son terrible mal de t√™te s’√©tait totalement dissip√©. Sans doute parce qu’elle avait un peu rel√Ęch√© la pression et qu’elle reprenait peu √† peu confiance en elle.
Elle avait à nouveau un espoir qui semblait germer dans son esprit si torturé.
Oui, un ultime espoir de se sortir de cet enfer. Et pour ce faire elle aurait besoin de l’aide de Tamara alors autant s’en faire une alli√©e et chasser toutes ces id√©es noires qui ne menaient √† rien.

A pr√©sent, elle se sentait un peu plus forte et voulait encore croire √† sa bonne √©toile qui ne l’avait jamais abandonn√©e en cas de coup dur…

« Tamara ? »

« Oui ? » r√©pondit Tamara en essuyant ses larmes avec ses doigts.

« J’aimerais moi aussi vous remercier et vous dire que vous √™tes une personne bien »

« Vous le pensez r√©ellement ? »

« Oui, tr√®s sinc√®rement. Et je tenais √† vous dire √©galement que je vous appr√©cie et que je suis certaine qu’on s’en sortira » dit-elle dans un large sourire.

« Moi aussi, je vous appr√©cie Elisa. Merci de me dire √ßa. Je suis tr√®s touch√©e. Oui, on fera tout pour s’en sortir » lui r√©pondit Tamara en lui rendant le sien.

****

En pleine nuit, au coeur de la forêt de Diamond.
A l’int√©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes √©taient toujours en train de discuter en attendant le lever du jour.

Le cadran de la montre d’Elisa indiquait qu’il √©tait exactement 20H00. Comme le temps √©tait long ! se dit-elle. Elle √©tait fatigu√©e et commen√ßait √† avoir un peu sommeil mais heureusement que Tamara √©tait l√† pour alimenter la conversation.

« Elisa ? Je pourrais vous poser une question un peu plus personnelle ? »

« Oui, biens√Ľr »

« Vous n’avez pas de petit ami ? Je vous pose cette question un peu indiscr√®te par rapport √† ce que vous m’avez dit tout √† l’heure. Vous savez, que vous souhaitiez faire ce voyage en solitaire… »

« Oui, vous avez raison. Si, j’en avais un avant mais je l’ai quitt√©. C’√©tait il y environ 1 an. On n’√©tait plus du tout sur la m√™me longueur d’onde lui et moi. Disons qu’on n’√©tait pas faits l’un pour l’autre, tout simplement. Mais c’est de l’histoire ancienne √† pr√©sent. Et puis je n’ai aucun regret et c’est ce qui compte finalement. Et vous ? si je puis me permettre, avec Juanes ? Vous vous connaissiez depuis longtemps avant de vous √™tre mari√©s ? »

« Oui, depuis d√©j√† cinq ans. C’est lui qui un beau jour, m’a dit qu’il voulait se marier avec moi. Je ne courrais pas apr√®s le mariage mais √† force qu’il m’en persuade, je me suis dit pourquoi pas ? Et puis il y tenait tellement alors on s’est mari√© le 15 d√©cembre dernier. La c√©r√©monie s’√©tait d√©roul√©e dans une magnifique cath√©drale en plein centre-ville d’Epic√©a. Et pour cette grande occasion, je portais une jolie robe blanche toute en dentelle. J’√©tais tr√®s belle et lui tellement √©l√©gant dans son beau costume tout neuf. Oui, ce fut un tr√®s beau mariage. Un v√©ritable conte de f√©e que je n’oublierai jamais… » dit-elle avec beaucoup d’√©motion dans la voix.

« Je n’en doute pas. Vous deviez former un bien joli couple »

« Oui un tr√®s beau couple… » soupira t-elle en regardant les yeux dans le vague, les deux flammes des bougies qui ne cessaient de danser.

En voyant sa tristesse, Elisa préféra changer de sujet.

« Je voulais savoir Tamara, vous habitez √† Epic√©a ? »

« Oui depuis ma plus tendre enfance. D’ailleurs c’est l√†-bas que j’avais rencontr√© mon mari. Et vous ? »

« Je ne vis pas √† Epic√©a, c’est pourquoi j’y suis venue en vacances. J’habite √† Antin√©a, l√† ou vit ma famille. Vous connaissez cette province ? »

« Oui tr√®s bien. C’est agr√©able de vivre l√†-bas. Mais il est vrai que je pr√©f√®re la c√īte. J’aime l’oc√©an »

« Moi aussi j’aime la mer… » dit Elisa en repensant √† sa promenade sur l’immense plage de sable blanc de Diamond.

Soudain, une des deux bougies s’√©teignit faisant appara√ģtre une fine volute de fum√©e blanch√Ętre qui s’√©leva en serpentin dans l’air…

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Le papillon de la vie

Chrysiridia ripheus 1

Dans l’all√©e d’un jardin d’√©den,
Une roseraie m’√©merveille,
Si belle, si odorante,
Aux couleurs chatoyantes.

Un univers floral merveilleux,
O√Ļ j’aime m’y noyer les yeux.

Belle aquarelle aux tons pastels,
Doux papillon vagabondant,
Conscient de sa métamorphose,
Et qui ose,
Défier le temps et ses tourments,
Dans le sillage hasardeux du vent.

Petit insouciant, virevoltant,
Dans ce royaume de fleurs et de fées,
Jonch√© de p√©tales de roses et d’orchid√©es,
Tu es avide de liberté,
Et tu te moques de toutes ces épines acérées.

Tu ressembles √† cette envol√©e d’hirondelles,
Quittant leurs nids, vers l’infini,
O√Ļ seule, la nature serait Reine.
Et toi, Roi de la vie !

Je suis guidée par le battement de tes ailes,
Douce magie éternelle,
Sans contraintes ni querelles,
O√Ļ tous les r√™ves sont exauc√©s,
Comme dans les contes de fées.

O doux papillon de la vie !
Petit Prince insolent,
Comme je t’envie !
Tu suis ton chemin,
Sans tracas ni tourments,
Sans peur ni noirceur,
Tu suis tout simplement ton coeur.

Semblable au lever du jour,
Aur√©ol√© d’amour,
Tu joues avec le temps,
Avec plaisir et délectation,
telle une rose des vents.

Urania_ripheus
Poème écrit et inventé par : Cécile