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Pour l’éternité 🕯

Pour l’éternité

Les os restaient sous l’océan depuis d’innombrables années,

Ne voulant pas encore remonter à la surface pour respirer,

Les os se nourrissaient encore des larmes salées,

Versées par des êtres tristes et abandonnés,

Refoulés du pied et ignorés.

Les os se durcissaient mais vivaient,

Ne voulant toujours pas remonter à la surface pour s’époumoner.

Ils souhaitaient s’enchaîner à jamais,

Au fond de l’océan qui semblait les aimer,

Car ils ne voulaient pas encore se dessécher et s’effriter.

Ils voulaient se nourrir des larmes salées et rejetées,

Et restaient ainsi à jamais,

À s’abandonner pour jouer à leurs tours et sans détours,

Avec toutes ces raies qui ondulaient,

Telles de majestueuses majestés,

Devant leurs yeux émerveillés,

Venant les envelopper, les caresser et leur chuchoter de tendres mots doux,

Entremêlés d’algues vaporeuses et floues,

Ondulantes danseuses qui effaçeraient tout,

Car elles savaient les comprendre et les rassurer,

En absorbant telles des éponges,

Leurs troubles songes tourmentés,

Et leur avouer dans le creux de leurs oreilles décharnées,

Qu’ils n’étaient pas les seuls abandonnés,

Et que leur mère nourricière « La Mer » était là,

Pour engloutir leur désarroi,

Et qu’ils devaient se laisser aller à la dérive,

Pour mieux vivre.

Alors les os se dirent que tout compte fait,

L’océan pourrait enfin les aider à surmonter,

Toutes ces tempêtes déchaînées qui s’étaient accumulées,

Telles des baleines échouées sur la plage esseulée,

Pitoyablement ignorées par tous ces humains inhumains ne daignant pas leur tendre la main.

Alors les os se dirent que tout compte fait,

Plutôt que de rester sur cette plage abandonnée,

Ils se devaient de toujours garder le cap et se relever,

Pour remonter à la surface et regarder en face tous ces cœurs de glace,

Ces navires bondés qui passaient et repassaient devant leur nez pour juste les narguer.

Tous ces infâmes sans âmes,

Qui semblaient ignorer qu’ici-bas,

Gisaient ça et là dans un infini oubli,

Des débris d’os brisés par la vie,

D’un squelette endormi,

Appartenant sans nul doute à une personne chavirée,

Qui gouttes après gouttes, larmes après larmes,

Cette naufragée d’un monde sans pitié,

Venait de se jeter sans le moindre regret,

Dans cet océan de quiétude qui remplirait enfin sa solitude.

Cette solitude qui la pesait depuis tant d’années,

Et que seul l’océan viendrait effacer à coup de grandes et hautes vagues,

Toutes ces attaques de pirates,

Ces envahisseurs des Mers qui voulaient la réduire en poussière,

Ce vague à l’âme qui la rongeait,

Et qui finirait bien par se désagréger, se dissiper et se cacher,

Au fond d’un coffre à trésors,

Parmi les innombrables pièces d’or,

Pour ne plus jamais en ressortir,

Et ce jusqu’à la mort,

Prisonnier à jamais et empêché,

De détruire sa bien aimée,

Car lui seul, savait la protéger de tous ces empoisonneurs nés,

Tous ces requins qui voulaient la dévorer sans aucune pitié.

Tous ces êtres nuisibles de la terre,

Ces cœurs de pierre,

Ces lâches avides de guerre,

Qui même au-delà des frontières,

Voulaient d’un coup de révolver,

Ou encore d’un coup d’épée,

Lui assener le coup de grâce tant convoité pour l’achever,

Avec cette ultime grimace sur leur visages déformés d’aliénés,

Qui lui diraient dans un éclat de rire prolongé :

« Le pire viendra à venir,

Alors, ne veux-tu pas en finir ? »

Elle avait bien essayé de se camoufler derrière le déguisement de ce poisson clown que tout le monde appréciait,

Mais finalement, ce costume l’avait lassée et écoeurée,

Alors elle voulait s’en débarrasser à tout jamais,

En nageant au fin fond de ces abîmes si froids mais délicats,

Dont elle n’aurait en aucun cas,

Échangé sa place de Reine,

Dans cet arène sous-marin,

Qui lui avait tendu la main,

Et qui la considérait enfin,

Comme une sirène, une Reine.

Et bientôt elle chanterait sa douce mélodie du bonheur qui lui tenait tant à cœur,

Sans ce soucier de tous ces infâmes,

Ces voleurs d’âmes,

Qui n’oseraient plus la juger et la jeter au banc des accusés.

Être enfin libérée de toutes ces chaînes qui encombraient encore ses poignets.

Être enfin libre et sereine,

Dans cet océan de candeur et de douceur,

Qui connaissait déjà par cœur,

Son joli chant de sirène,

Trop longtemps refoulé,

Par les remous agités de tous ces navires qui osaient lui lancer :

« Arrête de chanter ! On en a assez ! Tu nous donnes la migraine avec ton chant de sirène ! »

Mais l’océan n’allait pas tarder à les entraîner dans son terrible tourbillon,

Car il était furibond,

Que l’on puisse s’attaquer à sa bien aimée.

Et bientôt tous ces navires bondés,

Qui n’avaient eu de cesse de pourchasser son adorée,

Se retrouveraient confrontés à sa colère légendaire,

Pour disparaître à jamais de cette terre.

Car l’océan était venu la sauver,

De ce monde de cruautés,

De cette suffocante cage de verre et d’acier,

Qui l’avait trop longtemps retenue prisonnière.

Et que pour s’en défaire,

Elle avait écouté ses conseils avisés.

Et aujourd’hui,

Elle avait décidé de se noyer et de se fondre en lui,

De se jeter à corps perdu,

Et de goûter le sel de cet inconnu dont elle s’était toujours défendu,

Pour trouver enfin la lumière,

La réponse à sa prière,

Et se détacher à tout jamais de cet obscurité qui l’avait fragilisée,

Pour rejoindre avec délectation,

Ces profondeurs qui l’attiraient avec passion,

Et dans lesquelles elle venait de plonger avec volupté,

En plein cœur de cette pureté inégalée,

Limpide à souhait,

Qui ne la décevrait jamais.

Pour vivre enfin son conte de fées,

En s’ancrant à jamais tel un rocher,

Dans ces profondeurs inexplorées.

Car la tentation l’avait gagnée,

Et que son cœur venait d’être happé et scellé à tout jamais,

À son océan bien aimé,

Et ce pour l’éternité…

****

Un poème de Cécile La Suricate.

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