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Une Plume arc-en-ciel đŸŒˆ

 

Coucou ma chĂšre Plume !

Avant toute chose, je tenais à te remercier car tu as su insuffler en moi cette envie de vouloir réaliser un défi


« L’envie d’avoir envie » comme le dit si bien Johnny dans sa jolie chanson


Et si tu me lis, Ă  cet instant bien prĂ©cis, tu sauras toi de quoi je te parle mais entre nous soit dit et je pense que tu seras d’accord avec moi, faudrait-il aussi que je mette au parfum mes chers amis(es) lecteurs afin qu’il puisse comprendre de quoi il s’agit exactement


J’ai toujours aimĂ© les dĂ©fis, que ce soit dans le domaine du sport (surtout la course Ă  pied), oĂč encore d’essayer de rester le plus longtemps possible sous l’eau (dans ma baignoire, piscine oĂč l’ocĂ©an), oĂč de chanter a capella une chanson de MaĂźtre Gims (ça me dĂ©tend) oĂč mĂȘme de savoir citer comme ça les capitales du monde entier (mon petit plaisir personnel, va savoir pourquoi ?) en veillant Ă  ne pas me tromper.

Mais lĂ , il s’agit d’un dĂ©fi qui dĂ©passerait largement tout ce que je viens d’énumĂ©rer


Un défi beaucoup plus passionnant


Un dĂ©fi que j’affectionne particuliĂšrement et que pourtant je n’avais plus souhaitĂ© rĂ©aliser depuis le dĂ©cĂšs de mon cher et tendre Papounet


Un dĂ©fi que tous les amoureux de l’écriture apprĂ©cient en rĂšgle gĂ©nĂ©rale


Il s’agit bien-sĂ»r du dĂ©fi d’Ă©criture ! Et lĂ , bien-sĂ»r de ton dĂ©fi Ă  toi, ma trĂšs chĂšre Plume


Et je peux te dire qu’il m’a vraiment emportĂ©e tant j’ai Ă©tĂ© enthousiasmĂ©e par ton idĂ©e que vous pourrez chers amis lecteurs trouver ci-aprĂšs :

À prĂ©sent, si tu le veux bien ma chĂšre Plume, je t’embarque avec moi car je pense que tu dois ĂȘtre autant impatiente que je le suis


Impatiente de savoir dans quel lieu je souhaiterais t’emmener


Tu es fin prĂȘte ? Alors, c’est parti ! Nous allons maintenant droit en direction de mon pays natal ! Et me connaissant quelque peu depuis que nous nous suivons mutuellement sur WordPress en Novembre 2018, tu l’auras sans doute compris, nous partons toi et moi Ă  Madagascar.

Eh oui ! Cette grande üle qui est si chùre à mon cƓur !

Une Ăźle que l’on surnomme aussi « L’üle Rouge » en raison de sa latĂ©rite si pigmentĂ©e et dont tu pourras sous peu admirer


Et lĂ , bien Ă©videmment, comme par enchantement car nul besoin de prendre l’avion tant le voyage durerait trop longtemps : soit 11 heures de temps ! Et comme je suis d’un caractĂšre quelque peu impatient (oui, je l’avoue) alors j’ai dĂ©cidĂ© de nous tĂ©lĂ©porter toi et moi directement Ă  Antananarivo, la belle Capitale (lieu de naissance de mon frĂšre) puisque j’ai ce pouvoir entre les doigts.

Ben oui, c’est Ă  ça aussi que sert l’écriture !! Se permettre toutes sortes de choses incroyables qui n’existeraient point dans notre rĂ©alitĂ©.

Et lĂ , nous sommes donc Ă  Antananarivo et qui plus est pas dans n’importe quel endroit ! Un lieu que je voulais absolument que tu dĂ©couvres et qui n’est autre que le Palais de la Reine Ranavalona III.

Je ne sais pas si tu aimes l’histoire (pour ma part, j’adore) mais je me suis dit que cela te plairait de visiter ce chĂąteau appelĂ© « Rova ».

Un monument historique qui ne te laissera pas indifférente


Un monument qui fut hĂ©las endommagĂ© par un incendie en Novembre 1995 Ă  la maniĂšre de notre Dame de Paris (Avril 2019) mais qui depuis et bien heureusement a Ă©tĂ© petit Ă  petit reconstruit et dont tu pourras aujourd’hui apprĂ©cier sa belle architecture sous toutes les coutures.

Et tu ne m’en voudras pas, si Ă  un certain moment de notre visite, je versais ma petite larme d’émotion car oui, j’avais tout de mĂȘme 16 ans lorsque j’arpentais pour la toute premiĂšre fois les intĂ©rieurs du « Rova » en compagnie de ma famille.

Mais ne t’inquiĂšte pas, ma nostalgie sera vite dissipĂ©e en visitant ce lieu chargĂ© d’histoire avec toi


Et puis, Ă©tant ton guide touristique attitrĂ©, je ne manquerai pas de t’expliquer dans les moindres dĂ©tails Ă  l’aide de mon prĂ©cieux carnet de notes toutes les dates importantes de la trĂšs passionnante et si riche histoire de la monarchie Malgache. Ses Rois, ses Reines, Princes et Princesses


Si bien, que tu finirais toi-mĂȘme par tout savoir sur ledit sujet !

Si ! Si !

Car oui, je dois aussi t’avouer que je suis extrĂȘmement intarissable lorsque je me mets Ă  parler de mon Ăźle natale.

Une véritable bazarette !! Mais si tu aimes bavarder alors tu apprécieras


Eh bien voilà que notre visite culturelle des plus enrichissantes vient tout juste à peine de se terminer ma chùre Plume


Oui, je sais, les meilleures choses ont toujours une fin mais que dirais-tu à présent de prolonger notre voyage en allant à Mantasoa ?

Et c’est lĂ  que tu me dirais sans plus tarder avec curiositĂ© :

« Mantasoa ? C’est une ville ? »

Et je te répondrai alors avec une certaine excitation dans la voix :

« C’est un endroit magique ! Tu verras. Un lieu idyllique, un peu comme s’il Ă©tait hors du temps et qui se trouve en dehors de la ville de Tananarive »

« HĂąte d’y aller alors CĂ©cile ! »

« Oui, moi aussi ! Et lorsque nous arriverons lĂ -bas, nous sĂ©journerons durant deux jours dans un charmant hĂŽtel-restaurant qui s’appelle l’Ermitage »

« L’Ermitage ? Il porte bien son nom je trouve ! »

« Oui, comme tu dis ! C’est parce qu’il est situĂ© en pleine nature dans une tranquillitĂ© absolue tout prĂšs d’un grand lac artificiel portant aussi le nom de Mantasoa »

« Wahou ! J’ai vraiment hĂąte de dĂ©couvrir cet endroit CĂ©cile ! »

Et lĂ , en un claquement de doigt, nous voilĂ  dĂ©jĂ  toi et moi au cƓur de la forĂȘt d’eucalyptus de Mantasoa en train de nous promener tranquillement Ă  cheval tout en explorant et en respirant Ă  pleins poumons le bon air si pur et vivifiant de ce lieu incroyablement paisible.

Car oui, je ne te l’ai pas dit mais nous sommes d’excellentes cavaliĂšres Ă©mĂ©rites toi et moi et donc nul besoin de prendre des cours d’équitation au prĂ©alable


Eh oui ! C’est ça la magie de l’écriture !

Ainsi, si tu n’étais encore jamais montĂ© Ă  cheval de toute ta vie et que cela faisait parti de ta wish list (sait-on jamais), eh bien voici que ce vƓu est exaucĂ© !

Et c’est là que je rajouterai :

« Quel plaisir d’ĂȘtre ici en ta compagnie ma Plume ! »

Et toi de me répondre :

« Et moi donc Cécile ! Tu avais raison. Cet endroit est vraiment hors du temps ! »

Puis, pour terminer notre jolie balade, histoire de se sentir encore plus apaisĂ©es, montons Ă  bord de cette barque motorisĂ©e conduite par un guide Malgache connaissant comme sa poche le lac Mantasoa et laissons nous voguer et bercer par le doux clapotis des vagues tout en admirant les rares et belles demeures en bois qui bordent cet immense lac de rĂȘve


De quoi nous requinquer à bloc !! N’est-ce pas ?

Et je suis certaine Ă©tant donnĂ© que tu aimes la photographie que tu ne manqueras pas d’immortaliser notre pĂ©riple par de sublimes clichĂ©s !

Puis le lendemain, aprĂšs une bonne nuit de sommeil, il serait important d’aller visiter la maison du cĂ©lĂšbre architecte Jean Laborde se trouvant non loin d’ici.

Sur ce, allons-y ! Bien Ă©quipĂ©es de nos sac Ă  dos contenant victuailles et gourdes d’eau car il faudra tout de mĂȘme parcourir quelques bons kilomĂštres Ă  pied Ă  travers le village de Mantasoa avant de pouvoir nous retrouver enfin face Ă  la jolie demeure de Jean Laborde.

« Mais pourquoi ne pas nous tĂ©lĂ©porter directement lĂ -bas, CĂ©cile ? » me diras-tu alors peut-ĂȘtre.

Et c’est lĂ  que je te rĂ©pondrai avec un petit sourire malicieux :

« Pas cette fois-ci ma Plume mais tu verras tu aimeras cette marche Ă  pied tout comme je l’avais moi-mĂȘme apprĂ©ciĂ© Ă  l’ñge de 16 ans car je pense qu’il faut savoir aussi prendre son temps, savoir s’attarder sur la nature qui nous entoure et lĂ , ce sera vraiment le moment idĂ©al »

Et puis ce n’est tout de mĂȘme pas quelques kilomĂštres qui nous arrĂȘteront, n’est-ce pas ?

C’est que ça se mĂ©rite de visiter la maison de Jean Laborde !

Ah oui ! Et j’allais oublier de te dire l’essentiel Ă  son sujet. C’est lui qui dessina le fameux palais de la Reine Ranavalona que nous avons visitĂ© lors de notre arrivĂ©e Ă  Antananarivo. À l’origine, il Ă©tait construit en bois, ce qui explique pourquoi il pris aussi rapidement feu en 1995.

À prĂ©sent, un petit cours d’histoire s’impose afin que tu en saches davantage sur cet architecte ambitieux, loin d’ĂȘtre un homme ordinaire


Ce que tu dois savoir, c’est qu’il contribua beaucoup Ă  l’industrialisation Malgache durant le rĂšgne de la Reine Ranavalona 1Ăšre en lui fabriquant en premier lieu des fusils ainsi que des canons pour son armĂ©e Malgache.

Puis comme il devint par la suite son amant et disons-le trÚs proche de la royauté Malgache alors il eut pas mal de faveurs et privilÚges pour réaliser grand nombre de ses projets industriels


Ainsi et toujours avec l’autorisation de la Souveraine, il fit de Mantasoa en 1837, une citĂ© quasi industrielle en y construisant : ponts, routes, barrages, hauts fourneaux, fours Ă  chaux ainsi que sa propre maison en bois que nous n’allons plus tarder Ă  visiter


Ben oui ! C’est qu’il lui fallait bien un habitat sur place pour pouvoir rĂ©aliser toutes ses Ɠuvres !

Et ce n’est pas fini ! C’est lui aussi qui imagina et crĂ©a le fameux lac artificiel « Mantasoa » dont tu as pu admirer la splendeur tout Ă  l’heure


Pour te dire ! Il fit pas mal de choses pour embellir et moderniser Mantasoa et mĂȘme  son propre tombeau qu’il avait alors bĂątit lui-mĂȘme par avance et dans lequel il repose dĂ©sormais depuis la date de son dĂ©cĂšs en 1878.

VoilĂ  pour le petit cours d’histoire qui me semblait nĂ©cessaire


Nous voici Ă  prĂ©sent Ă  l’intĂ©rieur de sa grande maison en bois


Qu’en dis-tu ma Plume ? Pas mal n’est-ce pas ? Je te laisse juger par toi-mĂȘme


Je ne sais pas pour toi mais moi ça me fait toujours quelque chose lorsque je me retrouve dans un lieu qui autrefois aurait Ă©té  habitĂ© par un personnage historique


Je me souviens notamment de la maison natale de Mozart à Salzbourg et maintenant voici celle de Laborde à Mantasoa


À chaque fois, je trouve cela toujours autant fascinant et incroyable


Voilà que notre visite vient de se terminer. J’espùre qu’elle t’aura plu !

Et Maintenant, je te propose une toute autre activité qui sans aucun doute te fera plaisir si tu aimes les animaux
 Enfin, surtout si tu aimes les singes


Et plus particuliĂšrement les LĂ©muriens


Ça te dit ? Alors, allons sans plus tarder nous rendre dans la rĂ©serve privĂ©e de « Lemurs’ Park », un immense parc botanique de 5 hectares se trouvant Ă  22 Km d’Antananarivo.

Là-bas, nous aurons le privilÚge de pouvoir observer 7 espÚces de lémuriens et qui plus est en totale liberté !

L’espĂšce la plus connue Ă©tant sans nul doute le LĂ©mur Catta reconnaissable Ă  sa longue queue rayĂ©e de 14 anneaux noirs et blancs


Ne sont-ils pas mignons ?

En plus, il peut mĂȘme leur arriver parfois de chanter et de danser


Si ! Si ! Je t’assure


Tiens ! Écoute celui-lĂ  qui te chante la sĂ©rĂ©nade et l’autre lĂ -bas qui veut Ă  tout prix que tu remarques sa danse


****

C’est si beau de les voir en libertĂ© dans ce bel environnement et non dans un zoo


VoilĂ  que tu as eu la chance de pouvoir rencontrer le symbole de la faune Malgache mais tu sais, notre voyage est loin d’ĂȘtre terminĂ© ! Il te reste encore pas mal de choses Ă  dĂ©couvrir !

Alors, dis-moi, as-tu le goĂ»t de l’aventure ? Je veux dire par lĂ , aimes-tu les sensations fortes ? Un petit peu d’adrĂ©naline, il en faut parfois dans la vie
 Alors, ça te dit ?

Et si oui et que tu n’as pas trop le vertige, partons immĂ©diatement rendre visite aux cĂ©lĂšbres Tsingy de Madagascar qui se trouvent au Parc National de Bemaraha, plus prĂ©cisĂ©ment dans la province de Majunga, Ă  environ 300 Km de Tananarive.

Mais rassure-toi, pas pour y faire de l’alpinisme mais juste pour observer d’un peu plus prĂšs ces incroyables et magnifiques cathĂ©drales rocheuses que l’on appelle « Tsingy » et que tu ne pourras voir nulle part ailleurs qu’ici, Ă  Madagascar


Petit cours de géologie ?

Toutes ces grandes étendues de calcaire que tu vois là sous tes yeux ébahis sont en partie composées de fossiles et de coquillages.

Incroyable, non ? Et te rends-tu compte qu’elles datent au moins de 160 millions d’annĂ©es, lorsque l’üle de Madagascar venait alors de se sĂ©parer de la plaque africaine


Ensuite, ce fut l’eau de mer et l’eau de pluie qui firent tout le reste en les ciselant et sculptant.

VoilĂ  pourquoi elles ont aujourd’hui cet aspect si Ă©trange et particulier que tu peux toi-mĂȘme constater


Et je peux te dire que c’est vĂ©ritablement un paysage unique au monde, presque surnaturel, je dirai


D’ailleurs, les Tsingy attirent toujours autant la curiositĂ© des botanistes, gĂ©ologues et biologistes


Et on peut parfaitement comprendre pourquoi !

Regarde comme elles sont impressionnantes, fascinantes !

Mais attention ma Plume, l’heure est grave maintenant…

Bon, peut-ĂȘtre que j’exagĂšre un peu aussi  mais nous voici devant un pont de singe ressemblant fortement Ă  celui du film d’ « Indiana Jones et le temple maudit ».

Ah ! La la ! Et comme tu peux le constater, il est juste exprùs au-dessus de ce canyon à couper le souffle


Comme si ça n’était dĂ©jĂ  pas assez compliquĂ© notre parcours !

Mais la question est : Oseras-tu le traverser pour pouvoir poursuivre notre randonnée ?

Je sais, ça donne le vertige et mĂȘme le tournis mais je voulais absolument t’emmener ici car je pense que c’est un lieu qui vaut vraiment le dĂ©tour


Alors ? Auras-tu osé finalement parcourir le fameux pont suspendu ?

Et si jamais c’était le cas, alors dis-toi que tu auras l’espace d’un instant rassasiĂ© ta soif de libertĂ© en endossant le rĂŽle intrĂ©pide d’Indiana Jones l’aventurier et crois-moi, ce n’est pas si frĂ©quent dans la vie de tous les jours


AprĂšs cette visite des plus vertigineuses mais Ă©poustouflante tu en conviendras, je te demande Ă  prĂ©sent de bien vouloir fermer les yeux et de compter jusqu’à 5


Oui, ça change un peu du claquement de doigt


Ça y est ! Tu peux maintenant les rouvrir


Alors, je te présente la plus belle merveille du monde, sa trÚs gracieuse Majesté « Renala ».

Admire sa force, sa grandeur
 Ça laisse sans voix, n’est-ce pas ?

Si bien, qu’on ne peut que s’incliner devant tant de beauté 

En fait, on se doit d’ĂȘtre infiniment respectueux lorsqu’on se retrouve ici, sur la plus belle avenue du monde


Non, pas celle des Champs-Elysées mais plutÎt celle des baobabs


Des baobabs que les Malgaches appellent « Renala » et qui signifie dans leur langue locale « MĂšre de la forĂȘt » parce qu’ils dĂ©passent d’une tĂȘte leurs compagnons forestiers


Cette allĂ©e de Baobabs pluricentenaires  (plus de 800 ans) bordant cette route de terre dans la province de TulĂ©ar (lieu natal de mon grand-pĂšre maternel) est Ă©galement un site protĂ©gĂ© depuis les annĂ©es 2007 car elle reste sans nul doute le plus prĂ©cieux hĂ©ritage de toutes les forĂȘts tropicales Malgaches


Ici, on peut contempler sans se lasser, le superbe et si majestueux Adansonia Grandidieri, l’une des 6 espĂšces de baobabs endĂ©miques de Madagascar pouvant atteindre les 30 mĂštres de haut et 7 mĂštres de diamĂštre !

De quoi en rester baba devant ce trĂšs grand roi !

Et pour la petite histoire, si tu veux tout savoir, ce baobab porte le nom spĂ©cifique de « Grandidieri » pour rendre hommage au botaniste et explorateur Français Alfred Grandidier qui l’avait pour ainsi dire dĂ©couvert lors de ses recherches botaniques Ă  Madagascar.

Alors ma Plume ? Est-ce sa MajestĂ© Renala t’a laissĂ©e sans voix de par son immense grandeur ? N’est-il pas le plus bel arbre du monde ? Pour ma part, je dirai qu’il le sera toujours


Et voilà que nous approchons bientît de la fin de notre voyage


Mais avant de devoir quitter Madagascar, je voulais te réserver le meilleur pour la fin
 Une toute derniÚre surprise


PrĂȘte Ă  t’envoler avec moi dans les airs pour la dĂ©couvrir ?

Ben oui, quand je te disais que l’écriture nous permet de rĂ©aliser toutes sortes de choses incroyables, c’était pas pour rien


Et lĂ , tels deux oiseaux migrateurs, parmi les nuages blancs dans le ciel bleu azur, nous voilĂ  en train de survoler avec allĂ©gresse mon village natal « Namakia » pour nous rendre dans un lieu qui me tient particuliĂšrement Ă  cƓur : « Empassy Boeny », l’immense plage de sable fin


Une plage magnifique, dĂ©sertique, romantique, totalement inconnue des touristes sauf de certains connaisseurs ayant connu Namakia oĂč encore natifs de lĂ -bas


Une plage que je foulais alors du pied pour la toute premiùre fois à l’ñge de 16 ans


Une plage oĂč mon pĂšre tomba amoureux de ma mĂšre lorsqu’il la vit remontant cette dune de sable blond pour aller cueillir les fruits d’un arbre exotique…

Une plage oĂč tout commença, s’imprĂ©gnant alors de merveilleux souvenirs


Jusqu’aux plus beaux instants passĂ©s en famille dans les annĂ©es 93/94


La plage qui restera pour moi le plus bel endroit de Madagascar


Je suis si Ă©mue de la revoir


D’ailleurs, quelques larmes coulent dĂ©jĂ  le long de mes joues car je repense Ă  mon pĂšre


À mon pĂšre qui aurait aimĂ© ĂȘtre ici


Mais grùce à toi, à la magie de ton défi, il est bien là, tout prÚs de moi


C’est si beau que j’en perds mes mots


Heureusement, ma mémoire, elle, continue de me soutenir, de me tenir par la main pour ne pas sombrer dans un chagrin


Car elle souhaite terminer mon récit dans une belle poésie en te disant ceci :

Regarde cet océan indien


Respire ses embruns


Laisse toi aller,

Laisse ton esprit vagabonder dans le doux vent léger salé,

Un peu comme si le temps s’était arrĂȘtĂ©,

Un peu comme si tu étais soudainement  métamorphosée,

Ivre de liberté,

Contemplant ce paysage sans te lasser


SubmergĂ©e par l’émotion,

Par ce spectacle que tu souhaiterais permanent


Et lorsque viendra le soleil couchant,

Si rougeoyant,

Se fondre dans l’ocĂ©an,

Alors je saurai qu’Ă  cet instant, l’immersion de ta plume dans le bel encrier de Madagascar ressortira de mille couleurs


Des couleurs denses et intenses


Autant vibrantes que fascinantes…

Autant indĂ©lĂ©biles qu’inoubliables


Si bien, que tu deviendrais Ă  ton tour et pour toujours,

Une plume arcenciel


GrĂące Ă  Madagascar, la grande Ăźle exceptionnelle…

****

Merci encore pour ce dĂ©fi d’Ă©criture qui m’a permis de voyager dans mon passĂ© avec beaucoup de bonheur…

****

 

 

Son plus beau cadeau sur Terre đŸŽ

Mira s’Ă©tait endormie dans le large fauteuil en velours si doux et si confortable qui se trouvait tout prĂšs de la grande baie vitrĂ©e.

À travers celle-ci, on pouvait voir un immense et magnifique jardin dont la pelouse venait tout juste d’ĂȘtre tondue il y a Ă  peine deux jours et qui Ă©tait Ă  prĂ©sent toute imbibĂ©e d’eau Ă  cause de l’interminable pluie.

Tout était redevenu calme dehors et peu à peu les petits moineaux revenaient se poser gaiement sur les branches dénudées des grands amandiers.
En haut de leurs cimes et par certaines ramifications de leurs branchages ; on pouvait remarquer quelques nids détruits.

Il faut dire que la tempĂȘte avait Ă©tĂ© d’une rare violence… Elle n’avait rien Ă©pargnĂ©…

Pourtant, Ă  voir les moineaux sautiller de branches en branches tout en piaffant entre eux ; ils ne semblaient guĂšre rancuniers au saccage de leurs petites demeures.

Sans doute que dans leurs langages d’oiseaux, ils prĂ©voyaient dĂ©jĂ  d’en reconstruire de nouvelles.

Par moment, ils venaient s’abreuvoir ou encore s’amuser dans les quelques flaques d’eau un peu boueuses qui s’étaient formĂ©es tels des petits cratĂšres dans les zones clairsemĂ©es de la pelouse.

Finalement, la pluie tant mĂ©prisĂ©e leur avait apportĂ©e de l’eau pour se dĂ©saltĂ©rer mais aussi la joie de pouvoir faire la toilette de leurs plumages.

Et c’était un spectacle des plus merveilleux que celui de pouvoir les observer en train de dĂ©ployer leurs petites ailes et secouer avec frĂ©nĂ©sie leurs plumes faisant alors jaillir d’innombrables gouttelettes d’eau autour d’eux.

Les moineaux avaient enfin retrouvĂ© leur joie de vivre comme si la tempĂȘte n’était jamais apparue


Mais ce n’Ă©tait hĂ©las pas le cas le cas pour tout le monde


Au centre du jardin, Ă  l’intĂ©rieur d’un pourtour de galets blancs ; de hauts rosiers buissons de couleur rouge-Bordeaux avaient perdu de leurs splendeurs Ă  cause des incessantes bourrasques de vent qui sans vergogne, les avaient entiĂšrement dĂ©pouillĂ©es de leurs si jolies et gracieuses pĂ©tales.

Elles s’étaient envolĂ©es de part et d’autre du jardin et reposaient de-ci de-lĂ  sur l’immense pelouse telles de belles endormies.

Elles avaient Ă©tĂ© arrachĂ©es de force Ă  leur mĂšre nourriciĂšre et ne tarderaient pas Ă  s’abĂźmer puis Ă  se flĂ©trir au fil des heures.

Mais pour l’instant, leur couleur rouge si profonde offrait un contraste des plus ravissant et romantique sur la vaste pelouse verte pomme.

La rageuse tempĂȘte n’avait pas rĂ©ussi Ă  dĂ©truire la magnificence de ce lieu habituellement si charmant par temps radieux


Les oiseaux tout comme les vĂ©gĂ©taux semblaient vouloir oublier ses terribles affres en continuant leur vie bien paisible tout en attendant avec une certaine impatience la venue de « Monsieur Soleil » qui les rĂ©chaufferait de bon cƓur de ses ardents et lumineux rayons.

****

La pluie s’était arrĂȘtĂ©e de tomber depuis dĂ©jĂ  quelques bonnes heures mais toujours pas de Monsieur soleil Ă  l’horizon…

Pourtant Ă  cet instant mĂȘme, le ciel venait de changer de nuance et sa couleur si grise de tout Ă  l’heure s’était alors transformĂ©e en un joli bleu gris parsemĂ© de gros nuages effilochĂ©s.

Des nuages qui n’allaient pas tarder Ă  s’Ă©vaporer selon les dires de l’annonce mĂ©tĂ©orologique diffusĂ©e hier soir Ă  la tĂ©lĂ©vision.

Cependant, Monsieur Soleil se faisait encore attendre et ne daignait toujours pas pointer le bout de son nez…

Que Diable attendait-il pour faire son entrée ?

Soudain, ĂŽ Miracle ! les premiers rayons apparurent et commencĂšrent Ă  traverser les vitres des deux grandes fenĂȘtres du salon ainsi que celle de la baie vitrĂ©e ; caressant au passage, la tĂȘte de Mira qui reposait sur l’un des accoudoirs moelleux du fauteuil.

La douce lumiĂšre s’insinua davantage Ă  l’intĂ©rieur de la piĂšce, la rendant alors beaucoup plus spacieuse et conviviale.

Elle finit ensuite par se projeter avec fougue sur les jolies courbes anatomiques de Mira et s’y attarda longuement en y faisant une jolie danse d’ondulation.

Elle explorait ainsi ce corps endormi en ne cessant d’y dessiner Ă  l’infini de douces vagues tels des tatouages Ă©phĂ©mĂšres.

Elle aimait jouer avec les sens de Mira mais que cherchait-elle exactement ?

Mira ne le savait que trop bien et faisait semblant de ne pas comprendre…

Elle ressentait les chaudes caresses des rayons du soleil lui réchauffer le corps mais elle ne voulait pas encore lui céder
 Pas tout de suite
 Pas maintenant


De son cĂŽtĂ© Mademoiselle LumiĂšre mettait du cƓur Ă  l’ouvrage en se faisant de plus en plus pressante et insistante


Elle jouait de plus belle avec Mira


Brusquement, comme si une mouche venait de la piquer ; elle fini par se lasser de ce petit jeu et dĂ©cida de terminer son incessante danse lumineuse en s’installant sur le bout de son nez ; obligeant ainsi cette derniĂšre Ă  ouvrir peu Ă  peu ses grands yeux verts en amande.

La lumiĂšre fut si forte que Mira dut les plisser afin de les accoutumer Ă  son intense luminosité 

Il faut dire que depuis pas mal d’heures dĂ©jĂ , il avait fait trĂšs sombre dans cette piĂšce.

Elle se souvenait encore des myriades de gouttelettes de pluie qui n’avaient eu de cesse de se projeter avec fracas contre les vitres des deux fenĂȘtres ainsi que sur celle de la baie vitrĂ©e lui donnant alors un lĂ©ger mal de tĂȘte suivi d’une irrĂ©sistible envie de dormir et de rejoindre sans plus tarder son cher fauteuil si douillet.

Mais le soleil venait Ă  prĂ©sent la dĂ©ranger juste pour la rĂ©veiller alors qu’elle ; elle voulait encore et encore dormir telle une Belle au bois dormant.

« Soleil ! va-t’en ! Tu aurais dĂ» venir avant
 C’est trop tard maintenant ! Je ne veux plus sortir de mon fauteuil si doux et si moelleux
 Et puis tu as beau ĂȘtre le maĂźtre de l’univers que cela n’y changerait rien alors laisse-moi tranquille »

Mais Mademoiselle Lumiùre lui chuchota à l’oreille :

« Tu dois te lever Mira ! Tu as des choses à faire. Et puis, tu as suffisamment dormi, ne trouves-tu pas petite flemmarde ? »

« Non, non
 Pourquoi viens-tu me rĂ©veiller ? Va-t’en ! J’étais en train de faire un merveilleux rĂȘve
 Oh ! Et puis tu m’énerves ! OK ! Tu as encore gagnĂ© ! »

Sortant enfin de sa léthargie, Mira finit par ouvrir en grand ses jolis yeux verts irisés de constellations ambrées qui se voyaient davantage avec la lumiÚre du soleil.

Elle se leva de son fauteuil et s’Ă©tira longuement Ă  cause des courbatures qu’elle avait attrapĂ©es Ă  force d’ĂȘtre restĂ©e trop longtemps endormie dans la mĂȘme position.

À chaque fin de repas, elle avait pour habitude de faire une sieste.

C’Ă©tait pour ainsi dire, le meilleur moment de toutes ses journĂ©es mais aujourd’hui, son sommeil n’avait pas Ă©tĂ© rĂ©parateur Ă  cause du vacarme de cette fichue pluie qui lui avait donnĂ© un terrible mal de tĂȘte avant de s’endormir.

Et le comble de tout, c’est que celle-ci n’avait eu de cesse de tomber depuis 11 heures du matin jusqu’Ă  15H30 ; de quoi la mettre de trĂšs mauvaise humeur…

Mais fort heureusement, elle ne le resterait pas bien longtemps vu qu’elle Ă©tait d’une nature toujours trĂšs gaie et optimiste.

Elle fit un long bĂąillement Ă  s’en dĂ©faire la mĂąchoire mais c’était beaucoup plus pour exprimer son agacement que celui d’une fatigue quelconque puisqu’elle n’avait point sommeil Ă  cet instant-lĂ .

Monsieur soleil avait osé lui envoyer une de ses fidÚles servitrices pour la réveiller.

Et bien entendu, Mademoiselle LumiĂšre n’avait pas hĂ©sitĂ© la moindre seconde Ă  s’exĂ©cuter illico presto…

Elle, toujours prĂ©sente et si dĂ©vouĂ©e Ă  son poste depuis des millions et des millions d’annĂ©es devait trĂšs certainement trouver un certain plaisir non dissimulĂ© Ă  vouloir rĂ©veiller le monde entier.

Sa tĂąche quotidienne d’illuminer de mille feux notre planĂšte lui tenait tant Ă  cƓur qu’il ne valait mieux pas lui rĂ©sister


Et puis, de toute façon, elle avait l’art et la maniĂšre de savoir se faire respecter…

C’est pourquoi Mira ne lui en voulut plus du tout et quand bien mĂȘme son sommeil n’avait pas Ă©tĂ© rĂ©parateur ; eh bien, elle ferait avec


Monsieur Soleil n’avait donc pas eu si tort que ça de lui envoyer sa fidĂšle compĂšre pour la dĂ©loger de son fauteuil sinon qui d’autre l’aurait fait ?

Décidément, ces deux-là étaient trÚs complémentaires ! Et il savaient remplir leur rÎle à la perfection : lui, de tourner autour de notre bonne vieille planÚte terre et elle, de nous propager de ses intenses faisceaux lumineux.

Ainsi, grĂące Ă  l’éclat de leur rayonnement, le monde s’en trouvait heureux.

En conclusion, nous ne ferions pas grand-chose sans eux…

C’est pourquoi Mira se sentit Ă  prĂ©sent d’humeur plus guillerette et prĂȘte Ă  affronter cette fin d’aprĂšs-midi.

Elle s’étira encore tout en regardant le salon qui Ă©tait devenu nettement plus lumineux ; semblant alors reprendre enfin vie.

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Mira avait toujours aimé cette piÚce qui ne manquait jamais de luminosité par temps radieux.

Par contre, par temps de pluie, le salon s’habillait alors d’une lugubre et austĂšre apparence qu’elle dĂ©testait au plus haut point ; lui faisant un tantinet peur et sursauter au moindre bruit.

Elle avait toujours eu une sainte horreur de la pluie et ce, depuis sa plus tendre enfance !

Mira s’Ă©tira une derniĂšre fois puis regarda par la baie vitrĂ©e l’immense pelouse qui Ă©tait toujours autant imbibĂ©e d’eau.

Elle leva les yeux au ciel et constata qu’il avait pris une jolie teinte d’un bleu limpide, sans le moindre nuages.

« Quel bien joli ciel ! » se dit-elle en ne se lassant pas de l’admirer.

Le fameux proverbe : « AprÚs la pluie vient le beau temps » était bien vrai.

La preuve Ă©tait devant ses yeux Ă©bahis.

Elle l’admira encore quelques instants puis dĂ©cida de s’extirper avec hĂąte de son fauteuil. Elle avait des tas de choses Ă  faire…

Finalement, cette fin de journĂ©e ne serait pas si morose que ça se dit-elle tout en marchant et en regardant autour d’elle.

Elle repensa alors Ă  Laura qui lui avait dit juste aprĂšs le repas de ce midi, qu’elle irait faire des courses mais qu’elle ne tarderait pas pour revenir.

Elle se souvenait également que celle-çi lui avait promis une petite surprise dÚs son retour. Mais laquelle au juste ?

Mira n’aimait pas trop les surprises et elle bouillonnait dĂ©jĂ  d’impatience de revoir au plus vite sa maman.

Mais en attendant celle-çi, que pourrait t-elle bien faire d’intĂ©ressant ?

Elle l’ignorait encore mais trouverait bien une idĂ©e d’ici lĂ …

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Mira avait toujours aimé cette grande et belle demeure située en pleine campagne.

Elle Ă©tait certes assez Ă©loignĂ©e de la ville mais pas si isolĂ©e que ça par rapport au voisinage bienveillant qui l’entourait.

Oui, Mira Ă©tait vraiment heureuse de vivre ici.

Et parmi toutes les piÚces de la maison ; elle avait une nette préférence pour le grand salon.

C’Ă©tait son endroit favori.

Il faut dire que sa Maman Laura l’avait dĂ©corĂ© avec beaucoup de goĂ»t en agrĂ©mentant chaque pan de mur, de jolis tableaux d’aquarelles.

Ses propres Ɠuvres qu’elle aimait peindre durant ses heures de loisir car oui ; en dehors de son mĂ©tier de professeure de Français, Laura Ă©tait aussi une artiste peintre extrĂȘmement douĂ©e.

Mira ne se lassait jamais de regarder ses toiles tant elles Ă©taient belles.

Soudain, elle fut prise d’Ă©motion lorsque son regard s’attarda sur l’une d’entre elles.

Celle qu’elle prĂ©fĂ©rait le plus


Celle qui la représentait et dont elle était si admirative


Il s’agissait de son propre portrait.

Mira se souvenait encore de ce merveilleux jour oĂč Laura Ă©tait devenue sa mĂšre adoptive.

Il y avait 5 ans de ça.

5 ans de pur bonheur se dit-elle en admirant le tableau.

Une toile que sa douce et si belle Maman avait peint en son honneur pour lui dire Ă  quel point elle l’aimait de tout son cƓur et de toute son Ăąme.

La toile Ă©tait si bien rĂ©ussie que Mira avait l’impression de se voir dedans comme dans un miroir tant la ressemblance Ă©tait frappante.

Sa Maman avait su la dessiner et l’immortaliser telle qu’elle Ă©tait…

Oui, elle Ă©tait vraiment fiĂšre de ce tableau…

Elle avait eu beaucoup de chance de tomber sur une Maman telle que Laura


Et pour tout l’or du monde, elle n’en aurait souhaitĂ© une autre car oui, sa Laura Ă©tait un ĂȘtre unique et Ă  part


Cinq belles annĂ©es qu’elle grandissait et Ă©voluait Ă  ses cĂŽtĂ©s, entourĂ©e de plein d’amour.

Un amour pur et sincĂšre dont elle avait cruellement manquĂ© autrefois mais qui aujourd’hui comblait son cƓur.

Un amour si profond qu’elle avait fini par oublier les maltraitances subies dans son passĂ©…

Un passĂ© dĂ©sormais rĂ©volu car aujourd’hui, elle Ă©tait pleinement heureuse et Ă©panouie…

****

Mira sentit une agréable odeur de fraßcheur vivifiante.

Elle provenait du mobilier en bois de pin massif qui se trouvait dans le salon.

Il sentait agrĂ©ablement bon l’odeur des pins comme si on se retrouvait Ă  l’intĂ©rieur de l’une de ces forĂȘts enivrantes et revigorantes capables de libĂ©rer votre esprit.

Une odeur certes piquante et quelque peu entĂȘtante mais que Mira aimait respirer Ă  pleins poumons.

D’ailleurs, il n’y avait pas qu’elle qui apprĂ©ciait ces effluves mentholĂ©es.

Les rares convives qui passaient Ă  la maison aimaient aussi l’humer tout en faisant quelques remarques agrĂ©able Ă  son sujet :

« Hum, quelle agrĂ©able senteur Laura ! On se croirait dans une forĂȘt de pins tellement c’est vivifiant ! »

Ils pensaient alors que cette forte odeur de rĂ©sine devait sans aucun doute provenir de bougies d’ambiance alors qu’il n’en Ă©tait absolument rien.

Et c’est lĂ  que quelque peu amusĂ©e, Laura leur rĂ©pondait toujours invariablement ceci :

« Il s’agit de mes meubles et non de bougies parfumĂ©es. Ils sont tous en bois de pin »

S’ensuivait alors un petit silence d’Ă©tonnement rapidement rompu par quelques exclamations :

« Mais ce n’est pas possible !! Tu plaisantes ? Ça sent tellement bon. Tu en es certaine ? »

Et à son tour, elle leur rétorquait de son joli sourire un brin moqueur :

« C’est pourtant bien vrai. Et pour faire perdurer leur odeur si plaisante ; j’utilise une cire d’abeille liquide Ă  base d’huile essentielle de pin pour bien les nourrir et les faire briller. VoilĂ  le secret. Ni plus ni moins »

Mira aimait alors voir l’expression de leurs visages dubitatifs comme s’ils ne croyaient pas du tout Ă  ce que venait de leur rĂ©vĂ©ler sa Maman.

Et cela l’amusait d’autant plus lorsque venait le moment fatidique oĂč ils se rapprochaient du grand buffet en pin pour pouvoir le renifler de trĂšs prĂšs ; histoire de vĂ©rifier ses dires…

Oui, cela l’amusait toujours beaucoup


****

Mira s’approcha du grand buffet en pin et commença Ă  l’humer intensĂ©ment.

Elle ne pouvait s’empĂȘcher de faire ce petit rituel Ă  chaque fois qu’elle passait par ici, avant de franchir le seuil de la cuisine.

Elle le respira de trĂšs prĂšs et trĂšs longuement.

Cette effluve lui rappelait toujours celle de la forĂȘt qui se trouvait Ă  quelques mĂštres de leur demeure.

Quelques fois et lorsque Laura n’Ă©tait pas lĂ  ; elle aimait bien s’y aventurer tout en sachant que c’Ă©tait un lieu qui lui Ă©tait interdit.

En effet, Laura l’avait souvent mise en garde Ă  ce sujet, lui rĂ©pĂ©tant inlassablement les mĂȘme paroles :

« Je te prĂ©viens encore Mira ! Tu ne dois pas aller dans cette forĂȘt ! C’est bien trop dangereux et tu pourrais t’y perdre. Pourtant, je suis certaine que tu me dĂ©sobĂ©iras encore. Mais, tu ne devrais pas faire ça. J’espĂšre que tu ne le feras plus et que tu resteras bien sagement ici chez nous sinon je dirais Ă  Madame Sanchez de te garder chez elle »

Oh non ! Surtout pas Madame Sanchez !

Mira n’aimait pas du tout cette vieille dame avec sa grosse voix Ă©raillĂ©e d’ancienne fumeuse qui la faisait toujours peur.

Mais ce qu’elle dĂ©testait par-dessus tout Ă©tait bien lorsqu’elle celle-ci la prenait dans ses bras pour lui faire des cĂąlins…

Elle avait alors l’impression de littĂ©ralement Ă©touffer sous ces innombrables baisers baveux


Berk ! Elle n’aimait pas ça du tout !

Non, par pitiĂ© ! Surtout pas Madame Sanchez qui Ă©tait Ă  son goĂ»t bien trop dĂ©bordante d’amour envers elle


Certes, elle Ă©tait trĂšs gentille mais elle n’aimait pas son cĂŽtĂ© envahissant et disons-le trop Ă©touffant.

Madame Sanchez était une vieille dame ùgée de 90 ans qui vivait seule dans une grande demeure qui se trouvait non loin de la leur.

Elle n’avait plus aucune famille mais fort heureusement pas mal d’amis du voisinage y compris sa Maman venaient rĂ©guliĂšrement lui rendre quelques petites visites pour lui changer les idĂ©es et prendre de ses nouvelles.

À ces moments là, elle semblait alors beaucoup plus gaie.

Cependant, la solitude devait parfois la peser et c’est pourquoi elle avait autant besoin de transmettre son amour à tous ceux qui la cîtoyaient


Mira compatissait et avait de la peine pour elle alors elle acceptait sans trop rechigner ses bisous baveux ainsi que ses petites mignardises bien trop sucrés.

Elle savait aussi que Madame Sanchez adorait s’occuper d’elle


NĂ©anmoins, elle n’aimait pas du tout rester en sa compagnie car elle s’ennuyait Ă  mourir dans sa vieille maison et ce malgrĂ© la distrayante balançoire qui se trouvait dans son jardin.

Non ! Rien n’y faisait ! C’Ă©tait comme ça


Et Laura ne le savait que trop bien alors pourquoi lui infliger un tel chantage Ă  chaque fois qu’elle s’absentait de la maison ?

Certes, la forĂȘt lui Ă©tait interdite mais pourquoi en faire toute une histoire surtout qu’elle Ă©tait trĂšs dĂ©gourdie pour son Ăąge et pas du tout du genre Ă  se laisser influencer par n’importe qui et n’importe quoi…

Alors pourquoi ne pas lui faire tout simplement confiance ?

De toute façon, elle persisterait Ă  aller dans sa forĂȘt et ce malgrĂ© les nombreuses recommandations de Laura.

Ce n’Ă©tait sans doute pas trĂšs prudent de sa part, mais elle aimait le goĂ»t du risque et de l’aventure alors pourquoi s’en priverait-elle ?

Et puis c’Ă©tait aussi de son Ăąge de faire des petites bĂȘtises, non ? !

Elle ne voulait surtout pas vieillir sans les avoir commises sinon elle le regretterai trĂšs certainement…

Et puis cela lui faisait le plus grand bien de s’Ă©loigner de temps en temps de cette maison et de son jardin, si immense soit-il.

Car oui ! Mira aimait se sentir libre !

Libre comme l’Ă©tait le vent ou encore ces moineaux qui piaffaient gaiement entre eux sur les branches des grands amandiers


Elle avait besoin de cette liberté pour se sentir exister


Et la forĂȘt exaltait tous ses sens. Elle s’y sentait bien.

Elle aimait s’y balader mais toujours avec une certaine prudence car elle Ă©tait peut-ĂȘtre une grande aventureuse mais pas non plus une irresponsable inconsciente…

Elle savait fort bien que sa douce Maman Ă©tait une personne trĂšs inquiĂšte alors elle ne tenterait jamais le diable car elle l’aimait bien trop pour agir inconsidĂ©rĂ©ment


Mais Laura ne lui faisait pas encore entiĂšrement confiance. Elle l’a traitĂ©e toujours comme un bĂ©bé 

Son « petit bĂ©bĂ© » comme elle aimait l’appeler affectueusement


Mira aimait bien ce petit surnom mais elle ne le trouvait pas en accord avec sa personnalité intrépide.

De toute façon, personne ne pouvait lui mettre d’entraves pas mĂȘme sa bien-aimĂ©e Maman


C’est pourquoi, elle agirait toujours derriĂšre son dos durant ses absences pour pouvoir enfin partir en vadrouille.

Ben quoi ? Avait-elle le choix ?

Et il fallait qu’elle en profita encore car l’automne ne tarderait plus Ă  arriver


Elle s’en Ă©tait bien rendue compte avec l’interminable pluie d’aujourd’hui.

Elle savait alors qu’elle serait bien obligĂ©e de ralentir ses cadences d’aventuriĂšre dans sa forĂȘt ĂŽ combien si captivante car le temps hivernal deviendrait aussitĂŽt un obstacle avec son incessante et perpĂ©tuelle humiditĂ©.

L’insidieux froid que Mira dĂ©testait tant l’empĂȘcherait de faire ses petites escapades


Comme le temps deviendrait alors trop long durant cette période !

Mais elle finit par se rassurer en se souvenant d’une belle image qui lui revint en mĂ©moire.

LA SUITE…

La lumiùre 🌄

                           ****
Elle pencha la tĂȘte et regarda autour d’elle. Elle ne supportait plus cette vie. Que faire si on n’a plus le goĂ»t de vivre ? Se relever les manches et continuer coĂ»te que coĂ»te ? Se mentir Ă  soi-mĂȘme ?

Sourire et mĂȘme rire devant des personnes afin de donner le change ? Se contrĂŽler et surtout ne rien laisser paraĂźtre devant qui que ce soit sinon
.eh bien sinon, tout serait dĂ©voilĂ© et mis au grand jour alors qu’elle ne voulait surtout pas que l’on sache son lourd secret.

Un secret qui la pesait depuis de nombreuses annĂ©es. Un poids aussi lourd qu’un menhir.

Un menhir qui n’en finissait pas de l’écraser et de la rĂ©duire en miettes


Mais c’était ainsi.

Cela lui rappela soudainement cette vieille chanson de Claude François « Comme d’habitude ».

Oui c’était vraiment comme ça sa vie ! Une vie faites d’habitudes et de lassitudes. Une vie pas si mal en somme si on se donne la peine de se dire qu’aprĂšs tout, la vie, c’est se donner une apparence aux normes de la sociĂ©tĂ© ; une apparence plaisante qui donnerait le change


Une sorte de leurre pour n’importe quelle personne que vous rencontreriez sur votre route


Oui, sa vie n’était qu’un amoncellement de tristesses ressemblant Ă  des feuilles mortes balayĂ©es par le vent automnal.

****

Elle regarda sa montre. Il était déjà 15H30. Comme le temps passait vite.

Ces temps çi, elle ne le voyait mĂȘme pas dĂ©filer tellement elle Ă©tait absorbĂ©e par la perpĂ©tuelle nostalgie de son passĂ©.

Elle regarda Ă  sa droite et aperçu un couple enlacĂ©s, assis sur un banc non loin d’elle qui avait l’air d’ĂȘtre incroyablement amoureux tellement ils se dĂ©voraient des yeux. Oui, c’est beau l’amour
 mais il n’est jamais parfait
.

AntinĂ©a ne croyait plus en l’amour et ce depuis pas mal d’annĂ©es. De toute façon pourquoi en rĂȘverait-elle ? Le mal qu’elle Ă©prouvait actuellement Ă©tait bien plus profond que celui du manque d’amour.

Alors, disons-le : le vaste sujet de l’amour Ă©tait loin de ses prĂ©occupations.

Par contre le mal qui la rongeait ; lui, il ne cessait de la torturer et de l’ensevelir un peu plus chaque jour sous la terre froide de cet automne.

Mais c’était sa vie et elle ne pouvait l’échanger contre une autre. Pour ce faire il aurait fallut rencontrer un bon gĂ©nie comme dans la lĂ©gende d’Aladin mais c’était tout bonnement impossible ! Et puis AntinĂ©a ne croyait guĂšre aux contes de fĂ©es.

Non, sa vie Ă©tait loin d’ĂȘtre un soleil radieux bien paisible


Et non, son soleil à elle, ressemblait plutÎt à une éclipse sans fin dont la lumiÚre serait cachée et assombrie par les idées noires de sa profonde tristesse.

Parfois, elle se remĂ©morait son passĂ© si joyeux et si vivant, sans tracas, qu’elle ne pouvait s’empĂȘcher de fondre en larmes


Elle revoyait avec beaucoup d’émotion au fin fond de son esprit, malgrĂ© l’épais brouillard de son dĂ©sarroi, l’apparition soudaine et magique d’une plage de sable blanc, d’un ciel bleu azur, parsemĂ© de petits nuages d’un blanc immaculĂ© et biensĂ»r, elle, oui ; elle, courant les cheveux au vent face Ă  son destin qui Ă©tait Ă  cette Ă©poque lĂ , remplit de belles promesses.

AntinĂ©a aimait alors figer cette image d’elle Ă  rĂ©pĂ©tition comme si elle appuyait Ă  l’infini sur la touche « repeat » de la manette de son magnĂ©toscope.

Elle aurait tellement voulu fixer ce souvenir d’elle et demander Ă  Monsieur Le GĂ©nie de la faire revenir en arriĂšre, dans le passĂ© de sa vie afin de revivre encore une derniĂšre fois cette joie de vivre de courir en riant sur cette immense plage de sable fin..

Mais le GĂ©nie ne lui exaucerait jamais ce vƓu. Il avait d’autres urgences primordiales Ă  rĂ©aliser dans son agenda surbookĂ©. Et une fois de plus, elle n’était dans les prioritĂ©s de personne et encore moins de ce cher exauceur de vƓux qui la fuyait…

****

Elle observa au loin des jeunes gens qui chahutaient en riant aux Ă©clats. Sa vie ne ressemblait en rien Ă  tous ces rires qui fusaient par delĂ  le vaste parc envahit de feuilles mortes.

Non, sa vie Ă  elle, ou plutĂŽt son semblant de vie Ă©tait sans saveur et sans couleurs


Et biensĂ»r, le rire n’y avait jamais sa place
 Mais AntinĂ©a ne s’en plaignait guĂšre. Encore une fois, une question d’habitudes


Elle dĂ©testait se plaindre. Surtout ne jamais se plaindre ! Ce serait dĂ©placĂ© de le faire. Ne surtout pas l’envisager et au contraire garder pour soi le lourd fardeau et continuer d’avancer avec cette charge, ce poids sur le dos en vous disant qu’il n’est pas si lourd que ça finalement


Et se dire que c’est ça la vie


Tout le monde ne peut pas ĂȘtre logĂ© Ă  la mĂȘme enseigne et fort heureusement d’ailleurs !

Non, ne surtout pas se plaindre et affronter cette vie qui vous pÚse malgré la forte et irrésistible envie de la quitter


Se dire que ce sera bientît la fin


La fin de ce calvaire et avoir le grand honneur de se fondre un beau jour dans la nature de notre vaste terre et y choisir sa propre rĂ©incarnation animale ou vĂ©gĂ©tale pour enfin ĂȘtre libre et heureuse !

AntinĂ©a voulait devenir un arbre mais pas n’importe lequel


Elle souhaitait devenir un grand et majestueux baobab qui était selon elle le plus bel arbre du monde végétal.

Et puis, sans oublier son imposante force si convoitée par ses congénÚres.

De plus, il ne manquait pas de vie de par sa sÚve intensément riche et si dense.

Quant à ses racines, elles formaient tout un assemblage de ramifications qui semblaient se rejoindre à l’infini


C’est pourquoi AntinĂ©a aimait autant le baobab car il reprĂ©sentait pour elle une force hors du commun qui pouvait dĂ©fier les lois physiques de la nature Ă  lui tout seul.

Oui, et sans aucun doute qu’il Ă©tait pour ainsi dire l’unique grand Roi de tous les arbres confondus.

****

En repensant Ă  sa future rĂ©incarnation, AntinĂ©a se mit subitement Ă  sourire ; chose qu’elle n’avait plus jamais fait depuis pas mal de temps dĂ©jà


C’était plutĂŽt bon signe


Tout le monde meurt bien un jour d’une maniùre ou d’une autre se dit-elle en soupirant.

Elle ne craignait pas la mort et elle serait bientĂŽt sa compagne.

Ce n’était plus qu’une question de temps et elle avait hĂąte de faire le grand voyage de sa vie
ou de sa mort ?

Elle regarda une derniĂšre fois autour d’elle. Il y avait quelques personnes qui allaient et venaient sans se soucier d’elle. Mais c’était tout aussi bien comme ça. Ne surtout rien laisser paraĂźtre de ce qu’elle avait en elle et en tĂȘte.

****

Cette envie de fuir subitement la terre en un rien de temps et d’en finir avec son mal ĂȘtre. Elle l’avait dans un coin de sa tĂȘte et se refusait toujours Ă  faire le pas…

Mais pas pour aujourd’hui, semblait-il.

Elle se ferait du bien pour une fois et elle en Ă©prouverait un immense plaisir. Ce serait disons-le, son petit pĂ©chĂ© purement Ă©goĂŻste qu’elle ne partagerait avec quiconque si ce n’est qu’avec sa propre conscience ou son ange gardien…

Soudain, elle eut un frisson qui lui parcourut l’échine lorsque le vent s’insinua Ă  l’intĂ©rieur du col de son manteau.

BientĂŽt elle serait aussi froide et insensible qu’un bloc de glace sorti d’un congĂ©lateur et elle n’aurait alors plus jamais froid


Cette sensation comme toutes les autres d’ailleurs, finiraient bien par s’en aller dĂ©finitivement et s’évanouir Ă  jamais de sa vie


Oui, elle avait hñte


Elle réajusta le col de son manteau et se mit à nouveau à sourire en regardant le ciel gris souris.

Elle aimait sa couleur plombĂ©e et si pesante comme s’il allait d’un moment Ă  l’autre, s’abattre sur elle, et sur la terre.

Cette pensĂ©e ne l’effraya aucunement et lui rappella les Bandes dessinĂ©es d’Asterix et d’ObĂ©lix dans lesquelles ils mentionnaient toujours que le ciel pouvait leur tomber sur la tĂȘte


Cela lui fit sourire Ă  nouveau…

De toute façon, AntinĂ©a ne souhaitait aucun dommage collatĂ©ral envers son prochain, bien au contraire puisqu’elle aimait les gens et la vie mĂȘme si c’était plutĂŽt difficile  à croire aujourd’hui


Et pourtant, elle voulait vraiment en finir avec la vie et quitter définitivement cette planÚte Terre.

Quant aux gens heureux, ils devaient impĂ©rativement continuer leur vie et en profiter au maximum car elle, elle n’avait pas su le faire…

Soudain, elle s’aperçut avec amertume qu’elle n’avait jamais su d’ailleurs ce qu’était rĂ©ellement le bonheur


Pourtant, elle l’avait Ă  maintes reprises touchĂ© du doigt, effleurĂ© et mĂȘme apprĂ©ciĂ©  avec beaucoup de plaisir, de joie, de douceur et de dĂ©lectation sans jamais penser une seule seconde que celui-ci lui aurait un jour Ă©tĂ© comptĂ©, limitĂ© et mĂȘme impitoyablement volĂ© puis enfin retirĂ© sans vergogne, juste pour la punir et lui faire du mal.

Non, cela, elle ne l’aurait jamais cru.

Sans doute croyait-elle que sa chance l’accompagnerait pour toujours tout au long de sa vie durant. 

Et pourtant, elle savait bien, au fond d’elle, qu’une telle chance n’existait pas vraiment ou alors seulement dans les contes de fĂ©es.

Et si jamais la chance existait vraiment, alors ce serait sans aucun doute dans un temps bien déterminé.

AntinĂ©a se dit avec une certaine rancƓur que sa chance Ă  elle avait eu l’audace de lui faire signer un contrat du bonheur Ă  durĂ©e limitĂ©e et biensĂ»r machiavĂ©liquement Ă  son insu une clause indiquait en bas de page et en lettres minuscules : « Ă  court terme ».

En fait, sa chance avait Ă©tĂ© lĂąche envers elle et l’avait bel et bien laissĂ©e sur le bas cĂŽtĂ© de la route en mettant les voiles pour s’engager Ă©videmment dans un autre contrat du bonheur bien plus allĂ©chant avec une personne qu’elle avait choisie et trouvait bien plus intĂ©ressante qu’elle.

Oui, sa chance avait été cruelle envers elle et voulait lui faire payer les frais du bonheur qui à son goût avait été trop longtemps prolongé en ce qui la concernait.

Une sorte de sanction ou de taxe pour l’anĂ©antir et la rĂ©duire au silence puis au bout d’un certain temps en fines particules de poussiĂšres.

C’était ainsi et elle ne pouvait que se taire et accepter les clauses de sa malchance qui lui collait Ă  la peau et lui promettait un avenir sombre et triste et bien entendu Ă  long terme.

DĂ©cidĂ©ment, AntinĂ©a faisait fuir toutes les chances et attiraient comme un aimant toutes les malchances et qui plus est Ă  grande vitesse tellement ils l’apprĂ©ciaient lorsqu’elle se rongeait les sangs ou encore lorsqu’elle se mettait Ă  pleurer Ă  n’en plus finir.

Sa chance ne lui serait plus jamais rendue car elle ne voulait plus d’elle…

D’ailleurs, celle çi n’avait plus daignĂ© taper Ă  sa porte pour un temps soit peu lui faire Ă  nouveau signer un contrat du bonheur.

Non, son ex chance avait tenu sa promesse de ce cĂŽtĂ©-lĂ  et n’était plus jamais retournĂ© dans sa vie.

C’était le prix Ă  payer pour son ancien bonheur


HĂ©las, il n’y avait pas que son ex chance qui voulait la fuir…

Le monde entier voulait la fuir et Ă  une vitesse folle sans qu’elle puisse rĂ©aliser qu’un vaste dĂ©sert se formait dĂ©jĂ  en grandeur nature face Ă  elle, envahissant Ă©galement au passage les cĂŽtĂ©s, sans oublier derriĂšre elle.

Le dĂ©sert la pourchassait pour la recouvrir de son sable Ă©touffant et suffoquant jusqu’au point de le rendre irrespirable et l’emmener alors vers une mort certaine.

C’était ça sa vie


Un désert ou plutÎt le néant
 Un long tunnel sans fin


****

Elle s’en souvenait encore comme si c’était hier…

Tout était arrivé si vite. Trop vite et sans crier gare.

Sa chance qui l’avait lĂąchement abandonnĂ©e sans aucune pitiĂ©. Elle l’avait laissĂ©e lĂ  toute seule sans se soucier d’elle et n’était plus jamais revenue pour lui redonner le moindre goĂ»t de vivre.

Elle ne voulait pas la sauver des griffes de la malchance.

Tout était trop tard à présent


Il n’y avait plus aucune chance a l’horizon pour AntinĂ©a


Plus de sursis, pas mĂȘme le semblant d’une esquisse de joie ou d’espoir. Rien


****

Souvent, on lui disait pour une raison oĂč pour une autre : »Ne t’en fais pas AntinĂ©a. Tu finiras bien par te rattraper tĂŽt ou tard. Ce sera mieux la prochaine fois. »

Autrefois, cette phrase aurait eu un sens particulier et sĂ©curisant pour AntinĂ©a mais aujourd’hui, cela ne voulait plus rien dire pour elle.

«Ce sera mieux la prochaine fois » chuchota t-elle en regardant le ciel gris souris.

Il n’y aurait pas de prochaine fois et c’était mieux ainsi.

Depuis quelques temps dĂ©jĂ , elle adorait regarder l’immensitĂ© du ciel surtout si celui-ci Ă©tait gris.

Elle avait fini par apprĂ©cier davantage le temps Ă  la pluie. Il lui faisait le plus grand bien. Elle avait l’impression d’ĂȘtre au cƓur de celui-çi et de s’y engouffrer, s’incorporer telle une aquarelle dont le peintre aurait mĂ©langĂ© diffĂ©rentes nuances de couleurs pour obtenir la meilleure teinte possible afin de realiser sa plus belle oeuvre d’art.

AntinĂ©a se fondait dans ce ciel gris. Elle lui appartenait Ă  l’infini et mĂȘme si celui-çi se faisait de plus en plus menaçant ; elle ne voulait plus le quitter car elle apprĂ©ciait sa noirceur.

Et puis, elle aimait bien aussi cette idĂ©e de se faire happĂ©e brutalement dans la violence de son tourbillon nuageux et grisĂątre entremĂȘlĂ© de pluie froide se fracassant sur son visage


Quel plaisir immense que de se noyer dans cette tempĂȘte qui ne tarderait plus Ă  venir…

Il s’approchait dĂ©jĂ  d’elle…

Antinéa était sous son emprise et incapable de lui résister tellement elle était fascinée par sa couleur grise et noirùtre.

Cela changeait des ciels bleus et du soleil que la plupart des gens aimaient. Le soleil les rassurait contrairement Ă  la pluie. Il rĂ©chauffait leurs cƓurs au sens propre comme au sens figurĂ©. Tout le monde aimait Monsieur le soleil mais pas AntinĂ©a


Ce n’est pas qu’elle le dĂ©nigrait ; bien au contraire. Mais ces temps çi, elle ne supportait plus son rayonnement ni mĂȘme sa source de chaleur si infime soit-elle vu que nous Ă©tions au mois d’Octobre.

C’était comme ça. Elle n’aimait plus le soleil qui aveuglait littĂ©ralement son passĂ© si radieux et le rendait flou, voire perdu Ă  jamais dans son intense luminositĂ©…

****

Le ciel gris menaçant la rassurait et lui donnait des ailes dans le dos. Il avait l’avantage de la faire voler tel un oiseau et de monter trùs haut pour atteindre son objectif final : Les cieux.

AntinĂ©a ne voulait plus se poser de questions car il n’y avait plus aucun choix possible pour elle aujourd’hui.

Se taire et accepter son nouvel envol pour son prochain baptĂȘme de l’air Ă©tait imminent.

Surtout, n’avoir aucun regret. Pourquoi en aurait-elle d’ailleurs ?

Elle aimait ce que sa nouvelle vie lui offrirait pour pouvoir effacer pour toujours et à jamais son lourd fardeau qui la pesait depuis de trop nombreuses années.

S’enfuir de cette terre, il n’y avait que ça de vrai.

Le paradis l’attendait mais il Ă©tait encore cachĂ© sous ces gros nuages Ă©pais et menaçants qui obscurcissaient le ciel.

Soudain, il y eu l’apparition d’un ange qui exaucerait comme par magie sa requĂȘte du bonheur, en lui remettant comme convenu la clef en or du paradis.

L’ange Ă©tait souriant et ne la jugeait point. Il lui promettait de retrouver pour l’éternitĂ© et Ă  jamais sa joie de vivre d’antan.

Il lui remit Ă©galement une paire d’ailes d’un blanc immaculĂ© qui serait indispensable pour pouvoir quitter la planĂšte terre.

Elle serait alors prĂȘte a faire enfin ses ultimes adieux Ă  ce monde qui ne voulait pas d’elle et dont elle-mĂȘme ne voulait plus


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Puis, une fois aprĂšs avoir prononcĂ© le mot fatidique et irrĂ©versible adieu, AntinĂ©a dĂ©ploierait ses grandes ailes blanches et volerait dans l’immensitĂ© de ce ciel gris opaque en traversant avec allĂ©gresse les gros nuages pour ensuite rejoindre son beau et si merveilleux paradis qui lui promettait un avenir radieux…

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Et durant son grand voyage, elle n’aurait aucune amertume et aucun regret ; tel Ă©tait le contrat qu’elle avait signĂ© avec le bel ange si souriant et si accueillant…

Elle le lui avait promis…

Elle n’avait nulle crainte de l’obscuritĂ© de la mort puisqu’elle ne tarderait pas Ă  rejoindre sa lumiĂšre.

Une lumiĂšre qui lui rĂ©chaufferait le cƓur et l’esprit pour toujours et Ă  jamais et ce pour l’éternitĂ©.

Elle avait enfin pris la plus belle des dĂ©cisions de sa vie…

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Puis, une fois ĂȘtre rentrĂ©e Ă  l’intĂ©rieur de son rĂȘve ; le fameux paradis de ses dĂ©sirs ; elle se rĂ©incarnerait en un magnifique et majestueux baobab et retrouverait enfin la vie, grĂące Ă  la sĂšve de celui çi.

Un elixir qui lui procurerait le bonheur intense et Ă  l’infini qu’elle avait eu autrefois et dont elle avait si brutalement perdu au cours de sa vie.

Un bonheur enfin retrouvĂ©, des plus parfait et sans ombrages…

Celui dont elle avait toujours voulu et rĂȘvĂ© en secret…

La derniĂšre danse de la lune : Chapitre 4 : La faille

la derniere danse de la lune

 

« Oups ! ça devait arriver ! Attendez je vais en allumer une autre » s’empressa de dire Tamara.

En effet, les bougies n’avaient eu de cesse de se consumer et on voyait Ă  prĂ©sent un amas de cire blanche biscornu qui s’Ă©tait formĂ© sur chacun des deux socles.

C’Ă©tait le tĂ©moignage du temps qui avait passĂ© se dit Elisa en regardant Tamara qui Ă©tait dĂ©jĂ  en train d’allumer la mĂšche d’une autre bougie Ă  l’aide de son fameux briquet provenant de l’HĂŽtel Paradise Beach.

Elle venait de prendre une autre bougie Ă  l’intĂ©rieur d’un des tiroirs du bas de l’armoire et avait bien prĂ©cisĂ© qu’il y en avait encore tout un stock entier et que si jamais l’une d’elles venait Ă  nouveau Ă  s’Ă©teindre, elles n’auraient aucun souci Ă  se faire de ce cĂŽtĂ© lĂ .

« Tant mieux ! » s’Ă©tait dit Elisa dans son for intĂ©rieur car les bougies lui procuraient un certain rĂ©confort qu’elle n’Ă©tait pas encore prĂȘte Ă  voir disparaĂźtre et surtout pas en cette longue nuit interminable.

Elle aimait bien sentir cette odeur de bougie qui brûle. Cette effluve si particuliÚre qui envahissait toute la piÚce, lui rappelant de lointains souvenirs de son enfance.

Oui, de biens jolis instants qu’elle aurait bien aimĂ© pouvoir un jour raconter Ă  l’homme de sa vie ainsi qu’Ă  ses futurs enfants car elle comptait bien se sortir de cette impasse…

A force d’attendre dans cette cabane, elle avait retrouvĂ© en elle un nouvel espoir ; sans doute grĂące Ă  la prĂ©sence de Tamara qui avait rĂ©ussi Ă  dĂ©tendre l’atmosphĂšre par ses multiples et diverses questions.

Et plus que jamais, elle voulait retourner Ă  sa vie d’avant et vivre sa continuitĂ©.

En tous les cas, il était hors de question que son destin ne se termine de maniÚre tragique et qui plus est dans une ßle perdue, éloignée de tout.

Non, pas question ! et mĂȘme si cet individu Ă©tait lĂ , tapi quelque part dans le noir de cette forĂȘt lugubre, elle Ă©tait fermement dĂ©cidĂ©e Ă  tout faire pour dĂ©jouer ses piĂšges car elle avait en elle cette rage de vivre !
Et mĂȘme si le pire devait arriver, elle ne flancherait pas car son maĂźtre mot Ă©tait inlassablement le mĂȘme « VIVRE ».

« Vivre ou survivre » se dit-elle tout en regardant les deux longues flammes des bougies qui dansaient gaiement au moindre mouvement de l’air, faisant apparaĂźtre leurs ombres chinoises dĂ©mesurĂ©es sur un pan du mur en bois de la cabane.

****

21H00. A l’intĂ©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes tuaient le temps en discutant de tout et de rien.

Soudain, le hululement strident d’une chouette vint troubler leurs conversations.

Et Ă  en juger le son qui Ă©tait tout proche, le rapace nocturne devait probablement se trouver non loin de la cabane, juchĂ© sur une des branches des nombreux arbres qui l’entouraient.

C’Ă©tait bien la premiĂšre fois qu’Elisa entendait ce type de son en direct. BiensĂ»r, comme tout le monde elle l’avait dĂ©jĂ  entendu Ă  la tĂ©lĂ©vision, dans certains films d’angoisse mais de lĂ  Ă  l’entendre d’aussi prĂšs et si clairement, c’Ă©tait totalement diffĂ©rent.

Dans d’autres circonstances, sa curiositĂ© l’aurait emportĂ©e et elle n’aurait pas hĂ©sitĂ© une seule seconde Ă  sortir dehors et ce, mĂȘme en pleine nuit pour aller voir la fameuse chouette ou le hibou.

Tiens, c’est vrai ça ! se demanda t-elle subitement. S’agissait-il d’une chouette ou d’un hibou ? Elle n’avait jamais su les distinguer tant ils se ressemblaient beaucoup en apparence. Pourtant, en regardant un jour un documentaire tĂ©lĂ©visĂ© sur ces Ă©tranges oiseaux, elle avait appris qu’on pouvait les reconnaĂźtre grĂące Ă  la spĂ©cificitĂ© de leur tĂȘte.

En effet, le hibou avait de petites touffes de plumes de chaque cĂŽtĂ© de celle-çi que l’on appelait « aigrettes » tandis que la chouette n’avait rien de semblable.
Elisa se massa la tempe droite. Comment pouvait-elle songer Ă  ce documentaire Ă  l’heure actuelle ?

Soudain, comme pour la rappeler Ă  l’ordre, le rapace nocturne se mit Ă  nouveau Ă  hululer.

Nerveusement, elle se mordit la lĂšvre infĂ©rieure pendant que Tamara, elle de son cĂŽtĂ©, semblait ĂȘtre la recherche du fameux cri d’oiseau, en tournant lentement sa tĂȘte de gauche Ă  droite.
Elisa ferma les paupiĂšres pour humecter ses yeux tellement ils Ă©taient secs et les rouvrit presque aussitĂŽt lorsqu’elle entendit une troisiĂšme fois le hululement strident de la chouette.

D’un geste machinal, elle regarda sa montre : il Ă©tait exactement 21H30.

On aurait dit que le temps faisait exprĂšs de se rallonger se dit-elle tout en se mordillant l’ongle de son pouce droit. Elle commençait sĂ©rieusement Ă  en avoir marre de cette attente interminable et souhaitait dĂ©jĂ  ĂȘtre au lendemain.

« Vous entendez la chouette qui hulule ? » dit subitement Tamara en la fixant de ses grands yeux noirs brillants.

« Oui » rĂ©pondit Elisa.

« J’ai toujours trouvĂ© cet oiseau fascinant »

« Fascinant ? et en quoi ? »

« Eh bien, dĂ©jĂ  il est nocturne, un peu comme la chauve-souris et il ne chasse que la nuit. Ensuite, j’aime bien lorsqu’il hulule. Je ne sais pas pourquoi mais je trouve que ces oiseaux ont un cĂŽtĂ© mystĂ©rieux. En fin de compte, ce sont des solitaires. Par contre, je n’ai jamais su diffĂ©rencier la chouette du hibou. Et vous ? Vous connaissez leurs diffĂ©rences ? »

Elisa n’avait pas trop envie d’aborder le sujet de ces volatiles qui contrairement Ă  Tamara, ne les trouvait pas autant fascinants que ça, alors pour couper court Ă  la conversation, elle lui rĂ©pondit :

« Non, je n’en sais rien du tout »

« Vous semblez agacĂ©e Elisa. A moins que je ne me trompe ? » dit-elle en la scrutant avec un petit sourire en coin.

« Oui dĂ©solĂ©e, je suis un peu Ă©nervĂ©e par le temps qui passe mais ne faites pas attention Ă  mon humeur, c’est passager »

« Vous en avez marre d’attendre ? » questionna Tamara en accentuant davantage son demi-sourire qui semblait moqueur.

« Oui. J’aurais prĂ©fĂ©rĂ© qu’il fasse dĂ©jĂ  jour. C’est tellement insupportable d’attendre comme ça »

« Pour combien de temps dĂ©jĂ  deviez vous sĂ©journer dans cette Ăźle ? » demanda Tamara en lissant sa longue queue de cheval brune.

« Justement, c’est pourquoi je suis tant impatiente. Je ne devais rester ici que deux jours et une nuit. Normalement, demain aprĂšs-midi j’Ă©tais censĂ©e quitter Diamond dans les alentours de 15H00 »

« Mais c’est une bonne nouvelle ça ! s’Ă©cria Tamara dans un large sourire.

« Oui, c’est vrai. Mais je trouve que c’est encore trop loin »

« Oui, certes. Mais lorsqu’ils s’aperçevront que vous ne reviendrez toujours pas ; enfin je veux parler de l’hĂŽtel oĂč vous sĂ©journiez. Je suis certaine qu’ils enverront des secours. Vous ne pensez pas ? »

Elisa n’avait eu de cesse de penser dĂ©jĂ  Ă  ce scĂ©nario mais le temps semblait se rallonger avant d’en arriver Ă  un tel cas de figure.

« Oui, vous avez sans doute raison » dit-elle. « De plus, je dois obligatoirement figurĂ©e dans leurs registres ainsi que dans leurs bases de donnĂ©es informatiques »

« Eh oui ! » s’empressa de rajouter Tamara. « Il faut donc toujours garder espoir et se dire que ça aboutira forcĂ©ment dans ce sens. Ils viendront donc nous chercher ! »

« Et nous quitterons enfin cet endroit de malheur ! » s’exclama Elisa en tapant du poing sur la table.

« Exactement ! » renchĂ©rit Tamara en souriant. « Vous voyez bien. Tout finira par s’arranger »

« J’aimerais tant revoir ma famille. Mes chers parents » dit Elisa en soupirant.

« En ce qui vous concerne, l’avenir est devant vous ma chĂšre Elisa. Vous avez de la chance d’avoir une famille qui attendra votre retour. Moi, je ne sais pas ce que je deviendrai. Je n’ai aucune famille. J’ai perdu mon mari. On venait Ă  peine de se marier. A croire que cela ne devait pas durer… » dit-elle mĂ©lancoliquement.

C’Ă©tait un fait indĂ©niable, le retour de Tamara Ă  EpicĂ©a serait bien diffĂ©rent du sien. Sa situation Ă©tait beaucoup plus Ă  plaindre…

« Je suis vraiment dĂ©solĂ©e Tamara »

« Non c’est moi. Je ne devrais pas parler comme ça. Ce n’est pas de votre faute. C’est juste que je suis devenue amĂšre » dit-elle, les yeux dans le vague, en regardant les flammes danser avec frĂ©nĂ©sie.

Subitement, Tamara venait de changer de comportement et semblait ailleurs comme si elle Ă©tait perdue dans de lointains souvenirs si bien qu’Elisa se demanda si elle n’avait pas commis une maladresse en lui faisant part de son souhait de revoir sa famille.

Tamara avait perdu l’homme de sa vie et vu la maniĂšre touchante dont elle en avait parlĂ© lors de leurs nombreuses conversations ; il Ă©tait certain qu’elle resterait longtemps inconsolable. En plus, selon ses dires, elle n’avait plus aucune famille pour l’aider lorsqu’elle reviendrait Ă  EpicĂ©a. Elisa voulut la questionner Ă  ce sujet.

« Tamara ? ça va aller ? » demanda t-elle avec inquiĂ©tude.

« Oui ça ira Elisa. C’est juste un petit passage Ă  vide »

« Vous m’avez dit tout Ă  l’heure que vous n’aviez plus de famille. Je me demandais si vous vouliez un peu en parler. A moins que… »

« Non, ça ne me dĂ©range pas d’en parler. J’ai perdu mes parents lorsque j’avais 25 ans. Ils sont morts dans un grave accident de voiture. J’Ă©tais leur seule enfant et ils n’avaient aucun liens familiaux de leurs cĂŽtĂ©s. Heureusement, lorsque ce drame Ă©tait arrivĂ©, j’Ă©tais dĂ©jĂ  indĂ©pendante et j’habitais dans un petit appartement du centre-ville avec un travail bien rĂ©munĂ©rĂ© alors ce ne fut pas si difficile pour moi de m’en sortir toute seule question finances. Par contre, j’Ă©tais rongĂ©e de l’intĂ©rieur Ă  cause de leur disparition si brutale et longtemps j’Ă©tais restĂ©e inconsolable. Et Ă  un tel point que je fus obligĂ©e d’aller voir une psychologue 6 mois aprĂšs leur mort »

« Oh ! je suis vraiment navrĂ©e Tamara. La perte tragique de vos parents. Toute cette souffrance. Vous avez dĂ» vivre un vĂ©ritable calvaire. Et maintenant la mort de votre mari. Je suis tellement confuse. Vous auriez dĂ» m’en parler avant… »

« Non, je n’aurais pas pu vous en parler avant Elisa. Je prĂ©fĂšre bien mieux le faire maintenant. Je vous fais beaucoup plus confiance. C’est pourquoi j’ose me dĂ©voiler davantage »

« Je comprends. Vous n’avez pas eu une vie facile… »

« DĂ©trompez-vous. Deux ans aprĂšs la mort de mes parents, je rencontrais Juanes, l’homme de ma vie. Puis vous connaissez la suite… »

« Mais lorsque vous avez rencontrĂ© votre mari, il n’avait pas de famille, lui non plus ?

« Mais si, il en avait une. Ses parents Ă©taient si charmants et si gentils. Je me rappelle encore d’eux, lorsqu’ils m’avaient invitĂ©e dans leur grande et si belle maison Ă  EpicĂ©a. Ils m’apprĂ©ciaient beaucoup vous savez et ils me considĂ©raient comme leur fille. Mais hĂ©las, quelques mois plus tard, le pĂšre de Juanes mourut brusquement d’une crise cardiaque. Juanes Ă©tait effondrĂ© mais heureusement que j’Ă©tais lĂ  pour le soutenir. Puis vint le jour le plus important de ma vie : notre beau mariage du 15 dĂ©cembre de l’annĂ©e derniĂšre. La mĂšre de Juanes Ă©tait prĂ©sente lors de la cĂ©rĂ©monie mais elle Ă©tait dĂ©jĂ  trĂšs malade. Quelques semaines aprĂšs, elle mourut d’un cancer de la gorge. Mais avant de mourir, elle m’avait confiĂ© que son souhait avait Ă©tĂ© exaucĂ© : celui d’avoir pu assister au mariage de son unique enfant et qui plus est avec une femme telle que moi car elle me disait souvent que son fils avait enfin trouvĂ© la perle rare. Je n’oublierai jamais ces paroles qu’elle m’avait adressĂ©es avant de s’Ă©teindre. Ce fut pour moi, l’un des plus beaux tĂ©moignages d’amour qu’elle ait pu me faire » dit-elle d’un air triste en Ă©tant accoudĂ©e sur la table, sa joue droite reposant dans le creux de sa main.

Quelques secondes aprĂšs, elle ajouta dans un profond soupir :

« Ah oui ! et j’allais oublier de vous dire aussi que les parents de mon mari n’avaient pas de liens familiaux tout comme les miens »

« C’est vraiment triste tout ce que vous venez de me raconter Tamara… »

« Oui c’est vrai. Mais que voulez-vous ? C’Ă©tait mon destin de ne jamais ĂȘtre heureuse bien longtemps. Par contre, je n’aurais jamais cru qu’on m’aurait arrachĂ© le coeur en tuant mon mari alors que nous Ă©tions en voyage de noces. Il Ă©tait tellement tout pour moi. J’avais vĂ©cu de si belles choses avec lui. Mais lĂ  encore, cela ne devait pas durer. Je pense que je dois ĂȘtre maudite par ce fichu destin » dit-elle en ayant peu Ă  peu les yeux qui s’embuĂšrent de larmes.

« Je suis tellement dĂ©solĂ©e Tamara. Vous n’ĂȘtes pas maudite. Il ne faut pas que vous pensiez ça »

« Pourtant, c’est ce qu… »

Tamara ne pu terminer sa phrase. A prĂ©sent, les larmes coulaient abondamment sur ses joues sans qu’elles puissent les arrĂȘter.

Elisa Ă©tait impuissante face Ă  son immense chagrin. Elle la regardait avec beaucoup de compassion ne sachant quoi lui dire pour pouvoir soulager sa peine. Cette femme avait vĂ©cu tellement de drames dans sa vie. Et maintenant, l’assassinat de son mari. Plus d’une personne aurait sombrer Ă  sa place…

Comment aider une personne dans le désarroi qui a tout perdu dans sa vie ? Quel espoir lui redonner ? Elisa hésita un instant puis se lança :

« Vous savez, c’est normal ce que vous ressentez. Vous avez le contrecoup Ă  prĂ©sent. Mais n’oubliez pas que nous sommes devenues amies. Et dĂšs que nous serons de retour Ă  EpicĂ©a, croyez-moi, vous ne serez pas seule. Je serais lĂ  pour vous »

Tamara releva la tĂȘte et regarda Elisa. Ses grands yeux noirs en amande Ă©taient rougi Ă  force d’avoir pleurĂ©. Elle essuya ses larmes avec le dos de sa main.

« Vous serez lĂ  pour moi ? » dit-elle la voix un peu enrouĂ©e.

« Oui. Et c’est tout Ă  fait normal. Nous sommes amies maintenant et je vous aiderai »

« Merci Elisa. Vous ĂȘtes si gentille avec moi »

« Et je vous le rĂ©pĂšte encore. Vous ne serez pas seule. Je vous le promets » dit Elisa dans un large sourire afin de lui remonter le moral.

A présent, Tamara semblait un peu plus apaisée alors Elisa en profita pour changer de sujet.

« Heu…Je saute un peu du coq Ă  l’Ăąne mais n’auriez-vous pas une petite faim ? ça pourrait peut-ĂȘtre vous faire du bien de manger quelque-chose. Il me reste encore quelques pains aux raisins dans mon sac, si vous voulez »

« Oui je veux bien, merci » dit Tamara en se frottant les yeux. « Auriez-vous aussi un peu d’eau ? Je ne sais pas pourquoi mais j’ai la gorge trĂšs sĂšche » ajouta t-elle.

« Oui, attendez. Je vais chercher tout ça dans mon sac »

Elisa se leva de table et commença Ă  fouiller Ă  l’intĂ©rieur de son sac de plage qui reposait sur le plancher, juste en dessous de la petite fenĂȘtre Ă  un ventail.

Quelques secondes aprĂšs, elle revint et dĂ©posa sur la table le paquet de petits pains aux raisins entamĂ©. Avant de se rasseoir, elle tendit Ă  Tamara la canette de jus d’orange Minute Maid qu’elle avait jusqu’alors, bien conservĂ©e dans son sac.

« Tenez, j’ai cette canette de jus d’orange si vous voulez, sauf qu’elle est chaude maintenant. On pourrait se la partager. ça nous donnerait un peu de tonus. A moins que vous prĂ©fĂ©rez boire de l’eau pour accompagner vos pains aux raisins ? »

« Vous aviez cette canette de jus d’orange dans votre sac ? » s’exclama Tamara quelque peu interloquĂ©e. « Wahou ! J’avoue que vous m’impressionnez vraiment Elisa ! Eh bien ce sera avec grand plaisir que je boirai ce jus d’orange avec vous. Et peu importe qu’il soit chaud ! En tout cas, je vois que vous avez beaucoup de choses intĂ©ressantes Ă  l’intĂ©rieur de votre sac de plage. C’est une vraie mine d’or ! »

Soudain, elle se mit Ă  rire aux Ă©clats. Elle essaya tant bien que mal de se contrĂŽler en plaquant sa main droite sur la bouche afin d’Ă©touffer son rire nerveux mais n’y arriva pas. Il devenait de plus en plus tonitruant et filtrait aisĂ©ment Ă  travers ses doigts.

« Ah ! Ah ! Ah ! » pouffa t-elle sans pouvoir s’arrĂȘter. « Excusez-moi Ah ! Ah ! Ah ! Elisa ! Ah ! Ah ! Mais je dois bien…Hi Hi…avouer que…Ah ! Ah! Ah !… »

Le rire de Tamara Ă©tait trĂšs communicatif alors Elisa n’y rĂ©sista pas plus longtemps et commença Ă  rire Ă  son tour. Elle se surprit mĂȘme Ă  s’amuser de la situation en imitant la voix d’une personne trĂšs snob.

« Que voulez-vous ma chĂšre. J’ai absolument tout dans mon sac. Une vraie caverne d’Ali Baba.D’ailleurs, il est assez lourd et quelque peu encombrant mais il est vraiment indispensable ! Si, si, je vous assure. Je dirais mĂȘme que c’est un sac essentiel qu’il faudrait toujours avoir avec soi » dit-elle d’une voix moqueuse et enjouĂ©e.

Sur sa chaise, Tamara continuait toujours Ă  se tordre de rire, en se tenant le ventre et en pointant du doigt le fameux sac qui la rendait si hilare.

Elisa riait Ă©galement. Elle relĂąchait enfin la pression et cela lui faisait le plus grand bien.

Il est vrai que c’Ă©tait une chose qu’elle n’avait plus jamais fait depuis un certain temps. Depuis qu’elle Ă©tait tombĂ©e sur Tamara…

****

22H30. Il faisait nuit noire dans la forĂȘt de Diamond et l’apparition d’un petit vent frais fit frĂ©mir les feuilles des hauts arbres environnants.

La chouette qui Ă©tait juchĂ©e sur la plus haute des branches de l’un d’eux, tourna la tĂȘte en direction de la cabane puis secoua ses ailes un instant avant de rester totalement immobile, les paupiĂšres closes.

Pendant ce temps lĂ , Ă  l’intĂ©rieur de la cabane, les deux jeunes femmes ne dormaient toujours pas. Sans doute dĂ» Ă  la vitamine C du jus d’orange qu’elles venaient de boire goulĂ»ment il y a Ă  peine une heure et ce, jusqu’Ă  la derniĂšre goutte.

Elisa soupira fortement. C’Ă©tait une vĂ©ritable torture d’attendre inlassablement. Oui une vraie goutte chinoise qui commençait Ă  lui vriller Ă  nouveau le cerveau.

Rire, lui avait fait peut-ĂȘtre le plus grand bien tout Ă  l’heure mais Ă  prĂ©sent, la ritournelle de l’attente interminable faisait Ă  nouveau son apparition, la tuant Ă  petit feu.

Soudain, Tamara brisa le silence tel un couperet.

« J’ai une envie pressante » annonça t-elle. « Il faut absolument que j’aille au petit coin »

Elisa fronça les sourcils et fut prise de panique Ă  l’idĂ©e de devoir rĂ©ouvrir la porte de la cabane. Finalement, elle regrettait dĂ©jĂ  de s’ĂȘtre plainte de l’attente interminable.

« Mais il fait nuit noire dehors ! » s’Ă©cria t-elle sur le ton de la dĂ©fensive. « Comment allez-vous faire ? Et le cinglĂ© qui est peut-ĂȘtre lĂ  Ă  nous observer et Ă  attendre justement qu’on lui ouvre la porte »

« Je le sais bien Elisa. Mais je ne pourrais vraiment pas attendre. Je dois absolument y aller… »

« Mais vous ne pouvez pas aller dehors. Ce ne serait vraiment pas prudent. Ni pour vous, ni pour moi » rĂ©torqua t-elle. « Attendez, il doit sĂ»rement y avoir un seau oĂč v… »

« Non ! » coupa brutalement Tamara. Il n’y a aucun seau ici et pas mĂȘme Ă  l’intĂ©rieur de cette armoire. Et je sais de quoi je parle »

« Ok ! ne vous Ă©nervez pas ! » dit Elisa un peu surprise par le ton que venait d’employer Tamara.

« DĂ©solĂ©e Elisa » dit-elle en se radoucissant aussitĂŽt.

« C’est rien. De toute façon, ce genre de dĂ©sagrĂ©ment nous serait tĂŽt oĂč tard arrivĂ©, n’est-ce pas ? »

« Oui. De toute façon je ne pourrais jamais me retenir et faire ça ici. Jusqu’Ă  prĂ©sent, on s’en est plutĂŽt bien sorti vous et moi. Alors voilĂ . Ecoutez-moi bien. Dehors, il y a une cabine de toilette qui se trouve juste derriĂšre la deuxiĂšme cabane et qui peut se fermer Ă  clef. Il suffit que j’y aille vite en faisant attention puis je reviendrai sans tarder. Je suis certaine que j’y arriverai »

Elisa Ă©tait perplexe mais finit par acquiescer.

« Ne vous inquiĂ©tez pas Elisa. Tout ira bien »

« Mais alors, il faudrait vous munir de quelque-chose pour pouvoir vous dĂ©fendre au cas oĂč cet individu serait dans les parages ! » ajouta t-elle.

« Oui vous avez raison. Attendez que je rĂ©flĂ©chisse »

Tamara regarda autour d’elle puis s’attarda sur le balai brosse qui Ă©tait appuyĂ© contre le mur de gauche de la cabane.

« VoilĂ  ! j’ai trouvĂ© ce qui pourrait convenir » s’exclama t-elle. « Je dĂ©visserai le manche de ce balai brosse et comme ça le tour sera jouĂ©. Il deviendra alors une arme pour pouvoir me dĂ©fendre si jamais l’autre cinglĂ© voulait m’attaquer »

****

Quelques minutes plus tard, Tamara dĂ©tenait un manche Ă  balai qui ferait office d’arme si jamais Philippo venait l’agresser au moment oĂč elle se retrouverait dehors.

« Vous pensez que ça suffira ? » dit Elisa Ă  nouveau perplexe.

« Oui, ça ira. Le manche a l’air trĂšs costaud. C’est du solide ! Il est en bois. Par contre il me faudrait votre lampe de poche sinon je n’y verrai strictement rien dans le noir »

L’espace d’un instant, Elisa hĂ©sita Ă  lui prĂȘter sa lampe de poche mais se dit que Tamara en aurait bien plus besoin qu’elle surtout dans cette forĂȘt lugubre…

Sans plus attendre, elle se prĂ©cipita pour aller la chercher Ă  l’intĂ©rieur de son sac.

Tout en fouillant dans ses affaires, elle aperçut au fond du sac, le mouchoir en tissu fleuri qui dissimulait Ă  l’intĂ©rieur, le fameux couteau Suisse que son pĂšre lui avait offert pour son anniversaire.

En une fraction de seconde, elle fut tentée de le dire à Tamara mais se ravisa aussitÎt.

En effet, en lui donnant sa lampe de poche, il fallait bien qu’elle ait au moins avec elle de quoi se dĂ©fendre si jamais elle aurait un Ă©ventuel problĂšme durant son absence. En rĂ©flĂ©chissant Ă  ce cas de figure, Elisa prĂ©fĂ©ra donc se taire et cacher l’existence de son arme Ă  Tamara mĂȘme si au fond d’elle, elle savait que ce n’Ă©tait pas trĂšs honnĂȘte de sa part…

Vite, elle prit alors la lampe de poche puis referma le clip de son sac.

« Tenez, prenez ma lampe de poche Tamara ! et surtout ne tardez pas pour revenir »

« Oui, je ferai vite ! Ne vous en faites pas ! Et surtout, il faudra bien refermer la porte Ă  clef derriĂšre moi lorsque je sortirai »

« Oui, compris » dit Elisa avec contrariĂ©tĂ©.

Tamara Ă©tait en train de refaire sa queue de cheval tout en souriant Ă  Elisa.

« Je vois bien que vous ĂȘtes trĂšs inquiĂšte Elisa mais je reviendrai » dit-elle en terminant de nouer sa longue chevelure brune. « Vous savez, je ne suis pas une personne qui se laissera faire si jamais cette ordure s’en prenait Ă  moi. Je me battrai, croyez-moi ! »

« Oui, je le sais bien mais… » balbutia Elisa en se tenant nerveusement les deux mains.

« Tout se passera bien. Faites moi confiance » ajouta t-elle d’un ton rassurant.

Subitement Elisa rĂ©alisa qu’elle allait se retrouver toute seule ici. Et si jamais le tueur s’en prenait Ă  Tamara. Mon Dieu, elle s’en voudrait de ne pas lui avoir dit qu’elle dĂ©tenait une arme Ă  l’intĂ©rieur de son sac.

Soudain, elle eut honte de son comportement…

Pourtant, elle avait encore la possibilitĂ© de se rattraper mais les mots ne sortirent pas de sa bouche au moment oĂč Tamara lui tournait dĂ©jĂ  le dos en marchant d’un pas dĂ©cidĂ© vers la porte…

****

Tamara se tenait Ă  prĂ©sent devant la porte d’entrĂ©e, armĂ©e de son manche Ă  balai Ă  la main droite et munie de la lampe de poche d’Elisa Ă  la main gauche.

« Ouvrez-moi s’il vous plaĂźt ! Allez ! J’y vais maintenant Elisa ! Et surtout fermez bien la porte derriĂšre moi ! »

Lorsqu’Elisa lui ouvrit la porte, il faisait tellement nuit noire dehors que c’Ă©tait pratiquement impossible de distinguer quoi que ce soit mais dĂšs lors oĂč Tamara enclencha la lampe de poche, tout le devant de l’Ă©paisse forĂȘt fut si bien Ă©clairĂ©e, qu’on pouvait aperçevoir les branchages des hauts arbres se pencher machiavĂ©liquement vers l’avant de la cabane, telles de grandes griffes acĂ©rĂ©es, rendant encore plus terrifiante la vĂ©gĂ©tation qui les entourait.

Tamara se retourna et lui jeta un bref regard accompagnĂ© d’un petit sourire qui voulait dire qu’elle reviendrait au plus vite.

La lourde porte en bois se referma alors derriĂšre elle, laissant place Ă  un vent lĂ©ger et froid qui vint s’engouffrer sournoisement Ă  l’intĂ©rieur de la cabane et Ă  travers le fin tissu de la tunique que portait Elisa, la faisant aussitĂŽt frissonner de tout son corps.

Vite, sans plus attendre elle tourna deux tours de clef dans la serrure et resta debout figĂ©e Ă  regarder fixement la porte d’entrĂ©e.

Pourvu que tout aille bien se dit-elle avec beaucoup d’anxiĂ©tĂ©, tout en froissant avec nervositĂ© le pan de sa tunique…

****

La Suricate, c’est moi !

SURICATA TENACE

Vous vous demandez encore pourquoi j’ai choisi ce petit surnom « Suricate ? »

Je ne l’ai pas choisi Ă  proprement dit. Il m’a Ă©tĂ© transmis par ma Maman. Elle aime bien me donner des surnoms et ce depuis que je suis toute petite.

Le petit surnom qu’elle affectionne le plus Ă©tant POUPOULE ! et que j’adore Ă©normĂ©ment ! Je ne sais pas pourquoi mais cela me fait toujours fondre lorsqu’elle m’appelle ainsi !

Que voulez-vous ? je suis une incorrigible Ă©motive…

Suricate est un surnom qui a fait son apparition il y deux ans (en 2013), lorsque nous regardions elle et moi un documentaire animalier à la télévision concernant les suricates.

A un moment donnĂ©, elle m’avait lancĂ© dans un grand sourire :

« CĂ©cile, je trouve que tu ressembles vraiment Ă  un Suricate ! tu es toujours Ă  l’affĂ»t et soucieuse de vouloir protĂ©ger ton entourage, ta famille…Tiens ! je sais maintenant ! ce sera ton nouveau petit surnom ! mais biensĂ»r celui que je t’ai donnĂ© Poupoule sera toujours d’actualitĂ©. Tu seras toujours ma Poupoule adorĂ©e ! et aussi ma petite Suricate, maintenant ! »

Je dois bien avouer que ce jour-lĂ  je l’avais regardĂ© avec beaucoup d’amour et de tendresse par le simple fait qu’elle ait pu penser que je ressemblais Ă  cette charmante bestiole !

Oui et j’Ă©tais fiĂšre qu’elle me dise que j’avais beaucoup de points communs avec cet animal qui n’avait de cesse de vouloir protĂ©ger sa famille et son territoire.

j’avais donc adoptĂ© avec plaisir ce nouveau petit surnom qu’elle venait de me trouver rien qu’en regardant un documentaire animalier.

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Quelques temps plus tard, ma Maman portait aussi un petit surnom que je lui avais donnĂ© en regardant un documentaire animalier Ă  la tĂ©lĂ©vision et qui n’Ă©tait autre que l’Ă©cureuil. 

En effet, je trouvais que ce petit rongeur lui ressemblait beaucoup par le fait qu’elle soit toujours trĂšs prĂ©voyante et prĂ©venante avec sa famille.

De plus, elle ne manque pas de panache ! elle sait rebondir de branches en branches, en cas de soucis !

Et tout comme l’Ă©cureuil elle veille Ă  ne jamais manquer de noisettes ou de graines, en les accumulant en profusion Ă  l’intĂ©rieur de son nid (creusĂ© dans un tronc d’arbre) et ce avant que l’hiver n’arrive afin de ne pas ĂȘtre prise au dĂ©pourvu.

J’adore l’appeler Mon petit Ă©cureuil car je trouve qu’elle a beaucoup de points communs avec ce petit animal si mignon.

JOLI ECUREUIL ROUX

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La Suricate, c’est moi !

SOURIS SOURIS

Aujourd’hui, plus que jamais, j’aime beaucoup ce surnom de Suricate car je trouve rĂ©Ăšllement que ce petit animal me ressemble beaucoup : il est toujours vif et aux aguets !

Mais vous vous demanderez peut-ĂȘtre pourquoi ai-je mis autant de temps Ă  inscrire le surnom « SURICATE » Ă  l’en tĂȘte de mon blog ?

DĂ©sormais, vous connaissez dĂ©jĂ  l’origine de ce surnom mais vous ignorez encore pourquoi je me suis lancĂ©e aujourd’hui Ă  le revendiquer.

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Voici le début de mon histoire :

Ma meilleure amie Michelle que j’ai rencontrĂ©e sur Twitter et qui tient Ă©galement un blog sur wordpress https://michellelabelette.wordpress.com/ a un surnom : « La Belette » qui je trouve, lui va Ă  merveille ! et comme je suis de nature trĂšs curieuse, j’ai lu sur internet que la « Belette » avait plusieurs significations et ce en plusieurs langues (j’en ai choisi deux) :

La Belette s’emploie en Français pour dĂ©signer affectueusement une jeune fille ou une femme charmante et en Breton, cela veut dire belle petite bĂȘte.

belle belettissima

Un bien joli surnom qu’elle a choisi et qui lui va Ă  ravir ! vous ne trouvez pas ?

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Au fil du temps qui passait, je me suis dit pourquoi ne pas mettre en lumiĂšre tout comme mon amie Michelle, mon surnom « Suricate » que je porte depuis deux ans et dont j’en suis fiĂšre ?

Alors voilĂ  pourquoi c’est chose faite aujourd’hui.

Et je dois bien avouer que j’apprĂ©cie le fait de l’avoir mis enfin au devant de la scĂšne en faisant un article aujourd’hui (Samedi 12 dĂ©cembre 2015)

A présent, vous savez tout à ce sujet ou presque tout !

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La Suricate que je suis :

SURICATE DEBOUT

Je suis trÚs protectrice envers les miens et tout comme le Suricate je veille au grain en les protégeant contre toutes attaques extérieures, telle une sentinelle fidÚle à son poste.

D’ailleurs, j’ai le don de savoir reconnaĂźtre mes ennemis et ce mĂȘme s’ils portent un masque de circonstance pour me piĂ©ger. En gĂ©nĂ©ral, j’ai le flair pour les dĂ©tecter grĂące Ă  mon nez fin de Suricate !

méchant et fort

Eh oui ! je reste trĂšs mĂ©fiante mĂȘme si je suis une personne avenante et trĂšs spontanĂ©e par nature ! Disons que je tĂąte toujours le terrain avec mes petites pattes armĂ©es de griffes afin de connaĂźtre le vrai du faux ! et en gĂ©nĂ©ral, mon instinct ne me trompe jamais !

Bref, je suis une vraie Suricate ! toujours sur mes gardes mais pas que, puisque j’aime aussi prendre la vie du bon cĂŽtĂ© !

Oui, la relaxation d’une Suricate est trĂšs importante si elle veut se rĂ©gĂ©nĂ©rer et faire peau neuve pour avoir toujours un joli poil bien lustrĂ© et brillant !

Pour ce faire, la Suricate recharge pleinement ses batteries en lĂ©zardant au soleil l’Ă©tĂ© ou en se rĂ©fugiant dans son terrier bien douillet et chaud l’hiver !

SOURICAT heureux

De bons petit vers (verre) de jus de toutes sortes ainsi que de savoureux oeufs de lĂ©zards (mimosa) lui redonneront l’oeil vif et la truffe humide pour pouvoir Ă©crire ses souvenirs et ses petites nouvelles sur le sable (page wordpad) chaud de son territoire (ordinateur).

Oui, quand je vous disais que je suis une vĂ©ritable Suricate ! ce n’est pas pour rien !

SUSURIRI coucou

C’est pourquoi la cĂ©lĂšbre rĂ©plique du film « Forrest Gump » reste toujours ma prĂ©fĂ©rĂ©e et ce depuis des annĂ©es :

« La vie, c’est comme une boĂźte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber ! »

Oui, j’aime cette rĂ©plique car je trouve qu’elle est parfaitement en adĂ©quation avec tout ce que je pense au sujet de la vie en gĂ©nĂ©ral.

En effet, elle peut avoir un goĂ»t d’amertume par certains moments ou encore ĂȘtre savoureuse Ă  souhait lorsque la vie vous sourit !

Et pour terminer, je dirais que La Suricate aime aussi les cats : nos amis les chats…

D’ailleurs, je ne sais pas si vous l’avez remarquĂ© mais lorsque vous inversez le mot « SURICATE », vous obtiendrez alors la phrase suivante :

CAT SURI : Cat (le chat) sourit Ă  la vie !

Et c’est pourquoi, j’aime sourire Ă  la vie quoi qu’il arrive ! C’est ma force !

belle suri catsou

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Gros bisous Ă  toi Maman et mille mercis encore de m’avoir trouvĂ© ce charmant surnom qui me va si bien ! Je t’aime Mamounette !!

Ă©cureuil magique

 

Un bisou aussi trĂšs particulier Ă  ma tendre Michelle alias « La Belette », ma meilleure amie qui porte si bien son petit surnom et que j’adore ! Oui la moitiĂ© de ma plume ! Je t’embrasse affectueusement !!

belle belle belette

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Si vous ne connaissez pas bien le Suricate, voici quelques informations Ă  son sujet :

souris cat la petite familia

Le suricate (Suricata suricatta), parfois surnommé « sentinelle du désert », est une espÚce de mammifÚres diurnes de la famille des Herpestidae (mangoustes) et la seule du genre Suricata.

Ce petit carnivore vit dans le sud-ouest de l’Afrique (dĂ©sert de Namib).

Animal trĂšs prolifique, le suricate vit en grands groupes familiaux au sein d’une colonie. Ils se rĂ©fugient la nuit dans de vastes terriers.

Mesurant de 30 Ă  60 centimĂštres, le suricate mange entre autres des insectes, des souris, des rats, des oiseaux, des petits reptiles et des tubercules ou bulbes de plantes qu’il dĂ©terre avec ses pattes munies de fortes griffes non rĂ©tractiles de deux centimĂštres de longueur.

Ainsi, ils sont capables de déplacer leur propre poids de terre en 20 secondes.

Leur ouĂŻe extrĂȘmement fine et leur odorat dĂ©veloppĂ©s permettent aux suricates de repĂ©rer une proie sous le sable, qu’ils creusent parfois assez profondĂ©ment pour chercher leur nourriture.

Des « sentinelles » ont pour rÎle de prévenir les autres membres du groupe de la présence de prédateur(s) par des cris spécifiques.

SURICATE toujours

On a recensé 30 cris différents selon le type de danger (terrestre ou aérien) et leur éloignement.

Un cri continu indique que tout va bien. Des recherches rĂ©centes ont montrĂ© que les guetteurs Ă©taient des individus du groupe qui n’avaient plus faim.

Chaque surveillance dure environ une heure, pendant laquelle la sentinelle émet des cris continus à intervalles réguliers, lorsque tout va bien.

En cas de danger, il aboie ou siffle trÚs fort. Le groupe se précipite alors chacun dans son terrier.

Les suricates ont un comportement altruiste au sein de leur colonie.

Un ou plusieurs d’entre eux surveillent en sentinelles les autres membres qui creusent ou jouent entre eux.

La chaleur du dĂ©sert du Kalahari pouvant ĂȘtre mortelle, les parents ou leur substitut recouvrent les petits de sable pour les mettre Ă  l’abri du soleil au cours des dĂ©placements.

baby suricata

Les suricates peuvent se passer de boire, l’eau dont ils ont besoin leur Ă©tant fournie en quantitĂ© suffisante par les insectes et larves qu’ils mangent.

Ils partagent volontiers leur terrier avec la mangouste jaune et l’Ă©cureuil terrestre, espĂšces avec lesquelles ils n’entrent pas en compĂ©tition pour la nourriture.

Ils hébergent parfois des serpents. Cependant, ils peuvent mordre leur « invité » en cas de mésentente.

Les suricates sont également connus pour se livrer à des jeux de société comme des concours de lutte et de course (dans le sens course à pied).

 

 

La derniĂšre danse de la lune : Chapitre 2 : La forĂȘt de Diamond

la derniere danse de la lune

 

A l’orĂ©e de la forĂȘt de Diamond : 14H10.

Elisa regarda une derniĂšre fois derriĂšre elle. Elle posa ses yeux sur le sable si blanc puis les attarda sur le ciel d’un bleu intense parsemĂ© de quelques nuages. Il faisait tellement beau ! On aurait dit un jour ordinaire. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps, elle se promenait tranquillement sur cette plage en chantonnant son air prĂ©fĂ©rĂ© sans s’imaginer un seul instant que tout ce merveilleux rĂȘve se transformerait en un horrible cauchemar. C’Ă©tait presque irrĂ©aliste et insensĂ©.

Un bref instant elle eut une pensĂ©e pour ses parents en regardant la progression de deux gros nuages blancs qui se suivaient l’un derriĂšre l’autre. Se pourrait-il qu’elle ne s’en sorte pas et qu’elle ne les reverrait plus jamais ? Cette idĂ©e la fit frĂ©mir. Pourtant, il ne fallait pas qu’elle baisse les bras mais alors quel serait son destin ici Ă  Diamond ?

Soudain elle trouva que le nom de cette Ăźle Ă©tait ironique. Son sĂ©jour ici n’avait rien d’Ă©clatant ni de lumineux, bien au contraire. Mais alors, quel en serait le dĂ©nouement ? La noirceur ou la lumiĂšre ? Elisa l’ignorait encore…

A contre coeur, elle détourna son regard de cette si jolie plage puis avec force et détermination suivit Tamara sans davantage se poser de questions.

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Toutes les deux venaient de pĂ©nĂ©trer dans les profondeurs de la jungle de « Diamond » qui paraissait ĂȘtre inhospitaliĂšre tant il y faisait sombre.
ImpĂ©nĂ©trable, infranchissable et Ă©paisse : tels fut les adjectifs pĂ©joratifs qu’Elisa eut en tĂȘte lorsqu’elle se retrouva au coeur de cet enfer verdoyant qui Ă©tait envahi de lianes et de toutes sortes de vĂ©gĂ©tations luxuriantes.

Il faisait si chaud et lourd que l’air Ă©tait suffocant, presque irrespirable si bien qu’Elisa commençait Ă  beaucoup transpirer et que sa tunique certes trĂšs lĂ©gĂšre lui collait dĂ©jĂ  Ă  la peau. Quelle sensation dĂ©sagrĂ©able que de se sentir toute poisseuse ! se dit-elle en pestant.

Quelques moustiques virulents venaient de lui piquer les bras et les jambes et n’avaient de cesse de lui tournoyer tout autour en faisant de perpĂ©tuels bruits de « bzz » aigus Ă  ses oreilles ; ce qui devenait de plus en plus horripilant.
Elle tentait Ă  chaque fois de les chasser de la main mais en vain, ils revenaient toujours…

DĂ©cidĂ©ment rien n’allait sur cette Ăźle !

Depuis qu’elle marchait dans cette forĂȘt, elle avait l’impression que le poids de son sac avait augmentĂ© de volume alors qu’il n’en Ă©tait rien.

Le frottement de la bandouliĂšre en nylon lui lacĂ©rait littĂ©ralement l’Ă©paule droite lui causant d’affreuses douleurs qui l’Ă©puisaient mais elle tenait bon car il Ă©tait hors de question qu’elle abandonna son sac. Il y avait Ă  l’intĂ©rieur bien trop de choses importantes qui lui seraient sans doute indispensables pour la suite des Ă©vĂšnements alors elle se devait d’ĂȘtre courageuse et de ne surtout pas baisser les bras.

Oui, elle dĂ©testait au plus haut point cette forĂȘt car elle s’y sentait oppressĂ©e et mal Ă  l’aise mais hĂ©las elle n’avait pas d’autre choix que d’avançer sans se plaindre.

Cela faisait dĂ©jĂ  un certain temps qu’elle et Tamara marchaient inlassablement et pourtant elles n’avaient toujours pas atteint leur objectif : celui de se rendre Ă  la fameuse cabane.

Il Ă©tait 14H45.

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Par certains endroits, il y avait des raies de lumiĂšres qui filtraient Ă  travers les branchages des hauts arbres, rendant une ambiance un peu plus rassurante Ă  ce lieu qui n’Ă©tait guĂšre accueillant.

Mais malgrĂ© ces rares Ă©claboussures lumineuses, Elisa trouvait encore que cette forĂȘt Ă©tait bien trop sombre et elle regrettait dĂ©jĂ  d’avoir quittĂ© la plage.

De temps Ă  autre, le silence de la jungle Ă©tait troublĂ© par le bruissement des feuilles, le craquement des branches sous leurs pas ainsi que par toutes sortes de bruits d’animaux : cris d’oiseaux, coassements d’amphibiens, insectes volants, ect..

Soudain Elisa sentit le chatouillement de quelque chose qui venait de se coller sur son avant-bras gauche.

En regardant d’un peu plus prĂšs, elle constata que c’Ă©tait une toile d’araignĂ©e alors d’un revers de main et Ă  plusieurs reprises, elle essaya tant bien que mal de retirer les fils de soie qui Ă©taient Ă  la fois trĂšs rĂ©sistants et fortement Ă©lastiques.

Lorsqu’elle y arriva enfin et qu’elle pensait en avoir fini avec cette malencontreuse rencontre, subitement elle aperçut une grande araignĂ©e noire Ă  la forme allongĂ©e avec de trĂšs longues pattes en train de descendre de son fil provenant d’une immense toile circulaire qui devait bien atteindre dans les 2m de diamĂštre. La toile ressemblait Ă  s’y mĂ©prendre Ă  un hamac.

En voyant l’araignĂ©e qui pendait toujours sur son fil, Elisa ne pu s’empĂȘcher de pousser un petit cri d’effroi puis un second lorsque celle-çi tomba juste Ă  ses pieds. Pour Ă©viter qu’elle ne lui grimpa dessus, elle eut un mouvement de recul puis s’Ă©cria avec dĂ©goĂ»t « Quelle horreur ! »

Elisa connaissait bien cette espĂšce d’araignĂ©e qu’elle avait dĂ©jĂ  vu dans le jardin de sa maison Ă  AntinĂ©a et dont elle en avait une peur bleue. C’Ă©tait une NĂ©phile dorĂ©e. Une araignĂ©e qui Ă©tait certes passive et inoffensive mais dont la morsure pouvait ĂȘtre douloureuse.

Et dire qu’elle aurait pu me tomber dessus ! se dit-elle dans son for intĂ©rieur mais heureusement il y eut plus de peur que de mal.
AlertĂ©e par les cris d’Elisa, Tamara venait de se retourner et lui demanda avec inquiĂ©tude :

« Que se passe t-il Elisa ? »

« DĂ©solĂ©e, je suis tombĂ©e sur une araignĂ©e et j’ai eu peur. Mais tout va bien Ă  prĂ©sent »

Entre-temps, la Nephile dorĂ©e s’Ă©tait Ă©loignĂ©e en courant Ă  toutes pattes vers un immense arbre entourĂ© de lianes et venait de totalement disparaĂźtre sous des feuillages.
AprĂšs ce petit incident, les deux jeunes femmes continuĂšrent leur ascension vers le sommet de la montagne.

Il Ă©tait 15H10.

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Elisa se demandait encore si elles avaient eu raison de pĂ©nĂ©trer dans cette forĂȘt. Et si tout cela les menait au contraire vers le tueur ?
De plus, la situation ne ferait qu’empirer avec la tombĂ©e de la nuit ; ce qui ne la rassura pas du tout et amplifia davantage sa peur.

Elle regarda devant elle, la longue queue de cheval noire qui se balançait de droite à gauche.
Tamara marchait d’un pas dĂ©cidĂ© et ne semblait pas autant perturbĂ©e qu’elle. Elle suivait son chemin et rien ne semblait pouvoir l’arrĂȘter.

D’ailleurs, pas une seule fois, mis Ă  part l’Ă©pisode de l’araignĂ©e, elle ne s’Ă©tait retournĂ©e pour lui demander si tout allait bien.
Etrange jeune femme se dit-elle mais elle ne pouvait pas non plus lui porter un jugement trop hĂątif Ă©tant donnĂ© qu’elle venait de perdre son mari dans d’affreuses circonstances.

Elisa Ă©tait extĂ©nuĂ©e et commençait Ă  entendre les gargouillis de son estomac. Elle avait trĂšs faim. Et dire que pour le repas de ce midi, elle devait dĂ©guster de dĂ©licieuses langoustes au beurre d’ail et au lieu de cela, elle se retrouvait ici Ă  marcher sans fin. Et pour noircir le tableau, un homme dangereux se cachait quelque-part, sans doute en train de les Ă©pier Ă  cet instant mĂȘme.

Et de son cĂŽtĂ©, Tamara ne lui avait plus jamais adressĂ© la parole. Elle continait sa route sans se retourner alors n’en pouvant plus, Elisa dĂ©cida de briser le silence et cria Ă  son attention :

« Tamara ! Tamara ! Vous pouvez vous arrĂȘter un instant s’il vous plaĂźt ! »

La jeune femme s’arrĂȘta aussitĂŽt puis fit volte face.

« Que se passe-t-il encore ? » demanda t-elle avec une pointe d’agacement.

Elisa fut surprise par le ton de sa voix mais ne lui en tenu pas rigueur.

« On pourrait faire une petite pause ? Je suis morte de fatigue et j’ai faim pas vous ? J’ai des petits pains aux raisins dans mon sac. Cela ne nous prendra que quelques minutes pour les manger »

Tamara changea immĂ©diatement d’attitude en lui faisant un petit sourire ; sans doute pour se rattraper du ton qu’elle avait employĂ© envers elle.

« DĂ©solĂ© Elisa. Oui, biensĂ»r on va s’arrĂȘter un peu. Vous avez raison, moi aussi j’ai faim. Et puis ce ne sont pas ces quelques minutes de repos qui vont nous faire perdre du temps. On a dĂ©jĂ  bien avancĂ©es »

Elisa s’empressa de fouiller dans son sac de plage et en extirpa un paquet de petits pains aux raisins.

Avec hĂąte, elle retira l’attache du sachet puis commença Ă  en prendre un Ă  l’intĂ©rieur qu’elle tendit Ă  Tamara. Elle en reprit un autre pour elle puis sans plus attendre commença Ă  le dĂ©vorer tellement elle avait faim. Tamara n’Ă©tait pas en reste elle non plus, et Ă  peine eut-elle terminĂ© le sien, qu’elle en rĂ©clama un second. Elisa l’imita. A toutes les deux, elles avaient mangĂ© trois petits pains chacune tout en buvant quelques gorgĂ©es d’eau.

« C’Ă©tait trĂšs bon Elisa, merci beaucoup. Au moins, nous avons pu reprendre des forces. En plus nous ne sommes plus trĂšs loin des cabanes. Remettons nous vite en route si vous le voulez bien ! »

Sur ces mots, elle continuĂšrent Ă  nouveau leur marche dans l’Ă©paisse forĂȘt de Diamond.
A travers les branchages des hauts arbres, on pouvait aperçevoir que le ciel changeait légÚrement de nuances.

Elisa regarda sa montre. Le cadran indiquait qu’il Ă©tait dĂ©jĂ  16H15.

****

Au bout d’un instant, Elisa crut entendre le ruissellement d’une eau qui coulait dans les environs.
Non elle ne rĂȘvait pas, c’Ă©tait tout proche et le bruit de l’eau s’accentuait au fur et Ă  mesure qu’elle et Tamara s’en rapprochait.

Soudain une image Ă  couper le souffle leur apparut.
Elle virent droit devant elles un spectacle d’une magnificence absolue.
D’une paroi rocheuse trĂšs abrupte, jaillissait une incroyable chute d’eau qui venait se jeter en contrebas dans un grand bassin d’eau claire, l’accompagnant d’un fort bruit de percussion tellement son dĂ©bit Ă©tait fort et rapide.

De lĂ  oĂč elle se trouvait, Elisa pouvait sentir le souffle humide de la cascade lui caresser le front et les joues tout en faisant lĂ©gĂšrement virevolter sa longue queue de cheval blonde.

Et de ce flot ininterrompu, de fines gouttelettes d’eau vinrent se projeter sur son visage et ses membres, enveloppant peu Ă  peu sa peau d’une fine pellicule de bruine.
C’Ă©tait une sensation assez agrĂ©able, quoique un peu trop rafraĂźchissante Ă  son goĂ»t surtout en cette fin de journĂ©e. D’ailleurs, elle ne pu s’empĂȘcher de frissonner.

C’Ă©tait donc lui le gĂ©ant de la nature de Diamond ; le fameux voile de la MariĂ©e qui faisait parti des visites incontournables de cette Ăźle et qu’Elisa Ă©tait en train d’admirer Ă  cet instant mĂȘme mais dans des circonstances pas trĂšs rĂ©jouissantes.

Elle se rapprocha du grand bassin, se pencha légÚrement en avant et commença à le scruter dans les moindres détails lorsque Tamara lui tapota.

« C’est juste aprĂšs cette chute d’eau, en montant un peu plus vers le haut, que mon mari est mort »

Les sourcils froncĂ©s, Elisa n’avait pas vraiment Ă©coutĂ© ce qu’elle venait de lui dire car elle Ă©tait soucieuse.
En effet, elle avait beau regarder le bassin, elle ne voyait toujours pas le cadavre du Guide Batisto qui normalement, aurait dĂ» flotter Ă  la surface de l’eau alors sans plus attendre, elle l’interrogea :

« Tamara, je ne vois pas le corps de Batisto ? oĂč est-il ? Il devrait flotter Ă  la surface de l’eau… »

Tamara se rapprocha davantage du bassin et commença Ă  l’examiner Ă  son tour. Ne voyant pas le corps de celui-çi, elle ne pu que confirmer ses propos.

« Je ne comprends vraiment pas ! Pourtant je vous assure qu’il Ă©tait bien dans ce bassin puisque je l’ai vu s’y noyer. J’avoue que c’est incomprĂ©hensible… »

« Vous ĂȘtes certaine qu’il Ă©tait bien mort ? »

« Mais oui ! » dit Tamara d’un ton agacĂ©. « Je vous avais dĂ©jĂ  expliquĂ© auparavant que j’Ă©tais restĂ©e un long moment Ă  le regarder se dĂ©battre dans l’eau. J’ai bien vu ensuite qu’il Ă©tait mort puisqu’il ne bougeait plus du tout. Je vous assure que je vous dis la stricte vĂ©ritĂ© ! Vous ne me croyez pas ? »

« Eh bien…Je vous crois biensĂ»r. Mais son corps n’est pas lĂ …C’est tout de mĂȘme Ă©trange… »

Elisa avait apprit au cours de ses Ă©tudes que lorsqu’une personne se noie et qu’elle dĂ©cĂšde, elle coule progressivement au fond de l’eau car la densitĂ© d’un corps mort (poumons vides d’air) est trĂšs lĂ©gĂšrement supĂ©rieure Ă  celle de l’eau.

Elle savait aussi que sous l’impulsion de la putrĂ©faction qui provoque la formation de gaz ; cela donne au corps un poids spĂ©cifique qui le fera flotter puis remonter alors progressivement Ă  la surface.

Il fallait Ă©galement mettre en compte que dans l’eau de mer, la densitĂ© en sel est importante, c’est pourquoi un corps remontera plus rapidement entre 3 et 7 jours par rapport Ă  l’eau douce entre 20 jours Ă  1 mois en moyenne.

Mais dans ce cas prĂ©cis, Tamara avait bien expliquĂ© qu’elle avait d’abord donnĂ© un coup de couteau dans le ventre de Batisto avant de le pousser ensuite dans ce bassin.

Il Ă©tait donc blessĂ© et se vidait de son sang alors selon toute probabilitĂ©, son cadavre qui devait ĂȘtre en Ă©tat de putrĂ©faction aurait dĂ» remonter Ă  la surface Ă©tant donnĂ© qu’il s’Ă©tait dĂ©jĂ  Ă©coulĂ© quelques heures depuis qu’il y Ă©tait tombĂ©.
Alors qu’en dĂ©duire ? se demanda t-elle en regardant Tamara qui venait de lui tourner le dos.

Est-ce que Batisto Ă©tait vraiment tombĂ© dans ce bassin ? et si oui, il aurait dĂ» alors flotter Ă  la surface de l’eau. Et si jamais il se trouvait tout simplement au fond de l’eau, alors dans ce cas-lĂ , il serait pratiquement impossible d’avoir le fin mot de l’histoire, vu la profondeur de celui-çi.

Que de questions sans réponses ! se dit-elle.

Soudain, elle entendit des sanglots. C’Ă©tait Tamara qui Ă©tait en train de pleurer Ă  chaudes larmes, alors contre toute attente, elle se rapprocha d’elle et lui pressa doucement l’Ă©paule.

« Que vous arrive t-il Tamara ?

« Mais c’est Ă  cause de vous si je pleure. Vous avez l’air de douter de tout ce que je vous ai dit et ça me fait beaucoup de mal »

Elisa regrettait dĂ©jĂ  le fait qu’elle se soit un peu trop appesanti sur cette histoire de cadavre flottant et s’empressa de le lui dire :

« Excusez-moi Tamara. Je n’aurais pas dĂ» autant insister. Le corps de ce Batisto doit certainement se trouver au fond de ce bassin. Je ne voudrais pas que vous pensiez que j’ai doutĂ© de tout ce que vous m’avez dit depuis le dĂ©but, bien au contraire, sinon je ne vous aurai jamais suivi dans cette forĂȘt. C’Ă©tait juste que je me posai quelques questions mais Ă  prĂ©sent, tout va bien. Vous me croyez j’espĂšre ? »

Les yeux rougis de Tamara la fixaient avec une telle intensitĂ© de tristesse, qu’Elisa se savait plus oĂč se mettre.

« Pourtant, vous avez doutĂ© de moi Elisa. Je trouve ça dommage. Vous savez, c’est suffisamment assez dur pour moi de revenir ici, lĂ  oĂč mon mari est mort. J’aurai aimĂ© plus de soutien de votre part » dit-elle d’un ton larmoyant et quelque peu accusateur.

« Mais j’ai confiance en vous Tamara. C’Ă©tait juste une simple question que je me posai, rien de plus. Il ne faut surtout pas que vous y voyiez un quelconque reproche. Je ne vous accuse de rien. De toute façon je suis certaine que cette ordure doit se trouver au fond de ce bassin. Allez ! n’en parlons plus si vous le voulez bien. Nous devrions quitter cet endroit Ă  prĂ©sent pour rejoindre la cabane car il se fait tard »

« D’accord, mais j’espĂšre que vous ne douterez plus de moi dĂ©sormais car je vous apprĂ©cie Elisa »

« Oui, ne vous inquiĂ©tez plus pour ça. Et comme je vous l’ai dĂ©jĂ  dit, je vous soutiendrai jusqu’au bout »

« Merci Elisa » dit Tamara en prenant un pan de sa tunique pour s’essuyer les yeux.

Décidément Elisa manquait de tact envers cette pauvre jeune femme mais désormais elle ferait attention.
Et puis de toute façon, elle n’avait pas le choix, il fallait bien qu’elle lui fasse confiance alors sans rĂ©flĂ©chir davantage elle essaya de mettre en arriĂšre plan, cette histoire de cadavre flottant mĂȘme si ce point restait tout de mĂȘme un mystĂšre incomprĂ©hensible…

****

Quelques minutes plus tard, les deux jeunes femmes se retrouvÚrent cÎte à cÎte devant le vertigineux précipice que Tamara avait décrit et qui se trouvait non loin des deux cabanes.

Tout Ă  fait en bas, une vision d’horreur : on pouvait aperçevoir dans de hautes herbes tout prĂšs d’un amoncellement de pierres, le corps d’un homme qui gisait face contre terre, dans une mare de sang noirĂątre avec prĂšs de lui, un sac Ă©ventrĂ© et tout autour, toutes sortes de dĂ©bris d’objets indescriptibles.

Son dos Ă©tait transperçé d’un long pique et au niveau de sa perforation, il y avait une large aurĂ©ole de sang qui maculait son t-shirt bleu ciel.

Elisa n’avait encore jamais vu un cadavre de sa vie et surtout pas dans un tel Ă©tat : il s’agissait tout de mĂȘme d’un meurtre perpĂ©trĂ© par deux hommes sans scrupules.

Soudain elle fut prise de spasmes et faillit vomir mais elle réussit tant bien que mal à se ressaisir.
De son cÎté, Tamara les bras croisés avait les yeux rivés sur son défunt mari et ne semblait avoir aucune réaction. Que pouvait bien t-elle ressentir en le revoyant ainsi ? se demanda t-elle avec une certaine inquiétude.

****

Il commençait Ă  se faire tard et le ciel s’assombrissait de plus en plus.
Le soleil ne tarderait pas à décliner.
Il Ă©tait exactement 17H20.

Les deux jeunes femmes Ă©taient toujours en train d’observer le cadavre qui se trouvait au fond du ravin lorsqu’Elisa souhaita en savoir davantage concernant l’Ă©trange pique qui Ă©tait plantĂ© dans le dos de celui-çi.

« Tamara ? vous voyez ce que je vois » dit-elle en pointant du doigt le cadavre. « Il a un pique ou une sorte de lance qui lui transperçe le dos. Vous savez de quoi il s’agit ? »

Tamara plissa les yeux et commença à scruter davantage le cadavre de son mari.

« Oui vous avez raison, je ne me rappelai pas du tout qu’il avait ce pique dans le dos » dit-elle hĂ©bĂ©tĂ©e. « Maintenant que vous m’en parlez…Je sais que lorsque votre guide me battait, je n’avais pas pu voir ce que Batisto lui faisait subir. Il a du sans doute le lui enfoncer lorsque j’Ă©tais Ă©vanouie. Mais par contre je ne sais vraiment pas de quel genre de pique il s’agit »

« Ok. De toute façon on n’aura jamais le fin de mot de cette histoire puisque comme vous dĂźtes, vous Ă©tiez Ă©vanouie au moment oĂč ces hommes ont tuĂ© votre mari. Par contre, j’avais une derniĂšre question Tamara »

« Oui allez y. Je vous Ă©coute »

« C’Ă©tait le sac Ă  dos de votre mari que je vois lĂ  ? »

« Oui, effectivement. Il en avait un avec tous nos affaires dedans. Moi, par contre, j’avais dĂ©cidĂ© de ne rien porter car j’ai des problĂšmes de dos »

« Ah d’accord ! Mais tous ces dĂ©bris de couleur vert que je vois autour de lui, vous savez ce que c’est ? On aurait dit des morceaux de plastique mais je n’en suis pas certaine. Et vous ? Qu’en pensez-vous ? »

« Oui, je sais ce que c’est. C’est notre glaciĂšre. Elle Ă©tait de couleur verte clair. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi elle se trouve au fond de ce ravin. Ces hommes l’auraient jetĂ©e mais pour quelle raison ? Il y avait juste des aliments et des bouteilles d’eau Ă  l’intĂ©rieur. C’est bizarre je trouve… »

« Oui, vous avez raison. Mais pourquoi auraient-ils fait ça alors ? C’est Ă©trange tout de mĂȘme… »

DĂ©cidĂ©ment, il y avait bien trop de mystĂšres dans cette forĂȘt qui restaient en suspens et sans rĂ©ponses ; ce qui n’Ă©tait pas du tout Ă©vident pour Elisa de ne pas pouvoir les Ă©lucider et devoir en fin de compte les accepter tels quels sans broncher…

« Elisa? Vous m’Ă©coutez ? Vous semblez ailleurs… »

« Heu…Excusez-moi…Vous disiez ? »

« Je disais que nous sommes Ă  quelques mĂštres des cabanes. Nous devrions quitter cet endroit maintenant. J’ai du mal Ă … »

Elisa regarda Tamara qui avait des larmes aux yeux et comprit une fois de plus qu’elle venait Ă  nouveau d’ĂȘtre maladroite.

« Je suis vraiment dĂ©solĂ©e Tamara. Oui biensĂ»r, je comprends. Quittons cet endroit au plus vite »

« Ce n’est pas grave Elisa. Si je pleure ce n’est pas parce que j’ai vu son cadavre au fond de ce prĂ©cipice mĂȘme si biensĂ»r cela m’a fait beaucoup de mal de le revoir dans cet Ă©tat…Non, je repensai plutĂŽt Ă  notre arrivĂ©e sur cette Ăźle, que nous Ă©tions tellement heureux lui et moi mais c’est si loin tout ça. N’en parlons plus. Je prĂ©fĂšrerais quitter cet endroit au plus vite. Les cabanes se trouvent Ă  quelques mĂštres seulement mais on ne peux pas les voir d’ici Ă  cause des arbres et de la vĂ©gĂ©tation. DĂ©pĂȘchons-nous s’il vous plaĂźt. Il se fait tard et la nuit ne va pas tarder Ă  tomber »

« Oui, allons-y ! » dit Elisa qui Ă©tait partagĂ©e entre la tristesse pour Tamara et l’espoir de rejoindre enfin les cabanes.

****

Toutes les deux se dirigeaient avec hĂąte vers les deux cabanes qui Ă©taient placĂ©es, l’une derriĂšre l’autre, avec un grand espace de vĂ©gĂ©tation entre les deux.

« Enfin ! voici les fameuses cabanes » se dit Elisa qui voulait au plus vite s’engouffrer Ă  l’intĂ©rieur de l’une d’elles. C’est vrai qu’elles Ă©taient vraiment bien cachĂ©es et personne n’aurait pu se douter un seul instant, qu’il y en avait deux ici Ă  part les connaisseurs de cette Ăźle.

L’ossature des cabanes (murs et charpentes) Ă©tait entiĂšrement construite en bois ainsi que la couverture de leurs toits (tuiles en bois). Tamara n’avait pas menti lorsqu’elle avait prĂ©cisĂ© leur rusticitĂ©s et biensĂ»r, elles Ă©taient conçues sans eau, ni Ă©lectricitĂ©.

****

La premiĂšre cabane dont avait parlĂ© Tamara Ă©tait effectivement restĂ©e entrouverte mais impossible de savoir s’il y avait quelqu’un ou pas Ă  l’intĂ©rieur.
Pour en avoir le coeur net, Tamara insista pour s’y rendre seule afin de vĂ©rifier si celle-çi Ă©tait vraiment inoccupĂ©e.

Pendant ce temps, Elisa l’attendait, cachĂ©e derriĂšre un Ă©norme tronc d’arbre tout en observant les alentours.
Tamara se retrouva enfin devant la façade de celle-çi, prĂšs de sa porte d’entrĂ©e puis y donna un magistral coup de pied. Elle s’ouvrit alors davantage mais il faisait tellement sombre Ă  l’intĂ©rieur que c’Ă©tait difficile de distinguer quoi que ce soit.

ArmĂ©e d’un long bĂąton en bois qu’elle venait de trouver par terre, Tamara commença Ă  franchir le seuil de la porte et tout en avançant Ă  petits pas, le brandit en faisant de grands va-et-vient de droite Ă  gauche comme si elle se battait contre une personne mais invisible.

Elle renouvella ce geste plusieurs fois tout en frappant le sol, le mobilier et les objets qui se trouvaient dans les alentours puis constatant qu’il n’y avait vraiment personne, se retourna et cria trĂšs fort Ă  l’attention d’Elisa :

« Il n’y a personne ! Venez Elisa ! DĂ©pĂȘchez-vous ! » dit-elle avec un grand sourire de satisfaction.

Elisa n’avait eu de cesse de l’observer et ce fut avec un grand soulagement qu’elle accueillit la bonne nouvelle. « Tant mieux » se dit-elle en soupirant.

Par contre, en ce qui concernait l’individu en question ; elle se posait toujours d’innombrables questions Ă  son sujet. Qu’Ă©tait-il rĂ©ellement devenu ? Il Ă©tait blessĂ©. Aurait-il pu alors dans ce cas lĂ , succomber Ă  ses blessures ? Mais ce n’Ă©tait qu’une hypothĂšse.

Et si jamais, il Ă©tait plutĂŽt cachĂ© quelque-part ici Ă  les Ă©pier. Pourtant elle n’avait rien remarquĂ© Ă  moins qu’elle n’ait pas fait suffisamment attention. A cette idĂ©e, elle se mit Ă  frĂ©mir et sans plus tarder, courut trĂšs vite vers la cabane oĂč Tamara l’attendait sur le seuil de la porte avec beaucoup d’impatience.

« Venez Elisa ! rentrons enfin Ă  l’intĂ©rieur. Heu…Dites-moi, vous n’auriez pas Ă  tout hasard de quoi nous Ă©clairer ? On ne voit pas grand chose Ă  l’intĂ©rieur »

« Oui j’ai ce qu’il faut » rĂ©pondit Elisa avec un premier petit sourire rempli d’espoir.

Il Ă©tait exactement 17H55 et dans quelques minutes il ferait nuit noire dans la lugubre forĂȘt de Diamond.

****

La derniĂšre danse de la lune : Chapitre 1 : Elisa

la derniere danse de la lune

 

Elisa marchait le long de la plage de sable fin tout en chantonnant son air prĂ©fĂ©rĂ© : « Wonderful life » du chanteur Black.
Une bien jolie chanson qui Ă©tait tout Ă  fait en adĂ©quation avec ce moment de pur bonheur qu’elle Ă©tait en train de savourer sans se soucier du temps qui passe.

Ce fameux temps qui nous fait tant dĂ©faut dans notre monde moderne actuel et qui nous empĂȘche d’apprĂ©cier les joies simples de la vie.
Elisa avait conscience qu’elle avait beaucoup de chance d’ĂȘtre ici ; seule au monde (enfin presque) et loin de tout.

Elle avait enfin rĂ©alisĂ© son rĂȘve : celui de se promener bien tranquillement sur cette immense plage dĂ©serte car jamais, auparavant elle n’aurait cru cela possible et pourtant c’Ă©tait bel et bien rĂ©el et ce pour son plus grand plaisir.
Et comme le disait si bien la chanson : la vie est merveilleuse !

****

Elle se souvenait encore de son inoubliable pĂ©riple en catamaran avant de dĂ©barquer ici sur cette jolie petite Ăźle qui portait le nom de « Diamond » en raison de la puretĂ© de son lagon et de son sable si blanc.

La veille, elle se trouvait Ă  Bambousya (un village touristique et balnĂ©aire de la cĂŽte ouest de l’Ăźle EpicĂ©a) dans un charmant hĂŽtel-restaurant, le « Paradise Beach » situĂ© en bordure de mer avec un accĂšs direct sur une plage privĂ©e.

L’hĂŽtel disposait de 40 chambres Ă©quipĂ©es de la climatisation, minibar, tĂ©lĂ©phone, ect, sans oublier l’accĂšs gratuit Ă  internet, ce qui n’Ă©tait pas nĂ©gligeable Ă©tant donnĂ© qu’Elisa avait du mal Ă  vivre sans son smartphone ou sa tablette.
Mais pas pour aujourd’hui oĂč elle avait bien volontiers ranger toutes ces technologies modernes dans le placard de sa chambre afin de profiter pleinement de ce moment de libertĂ© et d’Ă©vasion !

Et puis de toute façon, la petite Ăźle « Diamond » Ă©tait situĂ©e dans une zone blanche donc il n’y avait pas de rĂ©seau internet et encore moins de wifi.

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Le « Paradise Beach » proposait diverses activitĂ©s tels que : Golf, bodyboard, Planche Ă  voile, Kayak , Voile, Sentier de randonnĂ©e Ă  pied ou Ă  bicyclette, Parachutisme ascensionnel, Cours de golf y compris des excursions en bateau (catamaran ou grands voiliers) tout autour de la cĂŽte, vers de magnifiques Ăźlots.

Son Guide touristique qui s’appelait Philippo lui avait dĂ©crit qu’il y avait prĂšs d’une centaine de petits Ăźlots dont certains Ă©taient proches de la cĂŽte et d’autres plus loin et plus difficiles d’accĂšs et que quelques-uns d’entre eux seulement Ă©taient des rĂ©serves naturelles avec une faune endĂ©mique exceptionnelle oĂč l’on pouvait y croiser quelques spĂ©cimens d’animaux tout en se baladant.

Leurs eaux cristallines Ă©taient idĂ©ales pour y faire de la plongĂ©e en apnĂ©e ou encore du scooter sous-marin avait-il prĂ©cisĂ©. Plusieurs activitĂ©s s’offraient aux touristes s’ils le dĂ©siraient car tout Ă©tait possible selon lui si l’on souhaitait rĂ©aliser un rĂȘve bien prĂ©cis.

D’ailleurs, il lui avait fortement conseillĂ© de visiter l’un d’entre eux : « Diamond », rĂ©putĂ© pour ĂȘtre plus au calme car moins frĂ©quentĂ© et qui d’aprĂšs lui Ă©tait un vĂ©ritable paradis terrestre qu’elle ne serait pas prĂšs d’oublier et que l’occasion ne se prĂ©senterait pas deux fois si elle voulait en avoir plein la vue et vivre enfin une aventure extraordinaire Ă  la Robinson CrusoĂ©.
En effet, un bien joli programme en perspective…

Elisa avait donc fait son choix : elle avait optĂ© pour deux jours et une nuit Ă  Diamond en incluant les dĂ©jeuners/dĂźners, pique-niques, barbecues y compris quelques activitĂ©s telles que : Kayak, plongĂ©e sous-marine dans l’ocĂ©an Pacifique, farnientes et balades dans l’Ăźlot inhabitĂ©.

Le pĂ©riple s’effectuerait en catamaran de croisiĂšre privĂ©e en compagnie de son Guide Philippo qui serait le navigateur.
Mais ce qui l’enthousiasmait le plus dans toute cette expĂ©dition de rĂȘve Ă©tait de dormir une nuit dans une cabane qui se trouvait en haut d’une montagne, au coeur de la forĂȘt luxuriante de Diamond et Ă  quelques mĂštres d’une chute d’eau qui portait le nom du « Voile de la MariĂ©e » et qui d’aprĂšs son Guide Ă©tait d’une beautĂ© exceptionnelle Ă  couper le souffle.

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Et voici qu’elle Ă©tait en train de marcher sur cette magnifique plage de sable fin qui ressemblait Ă  de la poudre de diamant tellement son Ă©clat Ă©tait intense et d’un blanc immaculĂ©.
Diamond portait vraiment bien son nom ! Tout Ă©tait sublime ici. Un vrai paysage de carte postale et d’un calme olympien…

Le soleil Ă©tait Ă  son zĂ©nith, il lui mordait la peau mais qu’importe puisqu’elle avait pris le soin de bien s’enduir le corps et le visage de protection solaire qui sentait agrĂ©ablement bon la fleur de TiarĂ©.
De plus, elle portait une casquette et par dessus son maillot de bain deux piÚces, une tunique de plage en voile soyeux de couleur bleue ciel, agrémentée de manches courtes chauve-souris joliment fendues sur les épaules.

Cette tenue fluide et aĂ©rienne Ă©tait bien appropriĂ©e Ă  la chaleur intense d’aujourd’hui.
Et pour ne pas dĂ©plaire, il y avait mĂȘme une lĂ©gĂšre brise qui venait lui caresser le visage, les cheveux ; ce qui rendait agrĂ©able sa marche, sous le soleil ardent de cette belle matinĂ©e de ce samedi 26 AoĂ»t 2015.

****

Cela faisait dĂ©jĂ  une bonne vingtaine de minutes qu’elle se promenait tranquillement sur cette plage et pas un seul chat Ă  l’horizon.
Son Guide Philippo ne lui avait pas menti ; cette petite Ăźle Ă©tait encore mĂ©connue des touristes car difficile d’accĂšs et seuls les insulaires et les guides expĂ©rimentĂ©s tel que lui pouvaient connaĂźtre cet endroit bĂ©ni des Dieux !

Elisa ne regrettait vraiment pas cette excursion ; elle se sentait bien ici, elle Ă©tait heureuse et parfaitement en osmose avec la nature.

****

Philippo ne tarderait pas Ă  la rejoindre, il Ă©tait restĂ© sur le catamaran qui Ă©tait amarrĂ© non loin d’ici afin d’y prendre quelques Ă©quipements pour cette nuit et ramener le repas et les boissons pour le dĂ©jeuner de ce midi.

Le menu prĂ©vu par le restaurant de l’HĂŽtel Ă©tait des plus allĂ©chants :

– Salade de cruditĂ©s variĂ©es et sambos au poisson,
– Langoustes grillĂ©es au beurre d’ail accompagnĂ©es de riz blanc, de curry de courgettes et d’aubergines avec du bon pili-pili (piment). Et pour terminer ce repas, en guise de dessert : Des bananes flambĂ©es au Rhum des Ăźles avec boules de glace au coco. Un vrai festin !

****

Elisa avait hùte de déjeuner car elle commençait à avoir faim.
Elle regarda sa montre bracelet waterproof qui avait Ă©tĂ© d’une trĂšs grande Ă©tanchĂ©itĂ© lorsqu’elle avait fait de la plongĂ©e sous-marine il y a une heure de temps dĂ©jĂ , en compagnie de son Guide.

Il Ă©tait 10H55.
Elle s’arrĂȘta un instant, se retourna, mit sa main en visiĂšre Ă  cause du soleil Ă©blouissant et regarda au loin.
Elle avait dĂ» beaucoup marcher car elle ne voyait plus du tout le catamaran. Mais que pouvait bien faire Philippo ? Il n’Ă©tait toujours pas revenu la rejoindre.

Sans doute qu’elle s’inquiĂ©tait pour rien. Il n’allait plus tarder Ă  prĂ©sent alors en attendant son retour, Elisa dĂ©cida de faire une petite halte ici.
Elle dĂ©posa son sac de plage qu’elle portait en bandouliĂšre puis en extirpa une grande serviette qu’elle Ă©tala sur le sable chaud.
Avant de s’allonger dessus, elle fouilla Ă  nouveau dans celui-çi et en sortit une petite bouteille d’eau dont elle but quelques gorgĂ©es qui la dĂ©saltĂ©rĂšrent aussitĂŽt tellement c’Ă©tait bien frais.

Jamais elle n’aurait pu faire ce petit voyage sans son fidĂšle sac de plage. En effet, il y avait pas mal de choses qu’elle avait transportĂ©es Ă  l’intĂ©rieur : une petite glaciĂšre isotherme souple contenant trois petites bouteilles d’eau glacĂ©es et une canette de jus d’orange Minute Maid, un paquet d’une dizaine de petits pains aux raisins qu’elle avait achetĂ© ce matin Ă  la pĂątisserie de l’HĂŽtel, ses tennis pour la promenade de tout Ă  l’heure dans la forĂȘt tropicale de Diamond pour y voir « le voile de la mariĂ©e », sa grande serviette Ă©ponge et une autre plus petite pour s’essuyer aprĂšs ses baignades, un maillot de bain une piĂšce de couleur bleu marine, des vĂȘtements de rechange, un gros tube de crĂšme solaire, une trousse de toilette et sans oublier sa grosse lampe de poche Ă©tanche pour ce soir.

Et pour je ne sais quelle raison, elle avait aussi prĂ©vu d’emmener avec elle, un briquet offert par l’hĂŽtel (non pas qu’elle fumait, bien au contraire mais juste au cas oĂč) ainsi que son couteau Suisse 21 piĂšces multifonctions ultra compact que son pĂšre lui avait offert pour son anniversaire, il y a 6 mois de ça et qu’elle avait dissimulĂ© dans un mouchoir en tissu fleuri afin de le protĂ©ger des intempĂ©ries. Un accessoire idĂ©al pour les dĂ©placements en extĂ©rieur lui avait-il soulignĂ©. Elle le revoyait encore en train de lui rabĂącher, dans un large sourire :

« Et surtout ne te dĂ©place jamais sans lui, il pourrait t’ĂȘtre utile et ce Ă  n’importe quelle occasion. C’est un couteau magique qui te simplifiera la vie…Je t’assure Elisa ! Prends en bien soin »

Et elle lui répondait invariablement :

« Oui, d’accord Papa c’est notĂ© ! Je le garderai bien prĂ©cieusement avec moi et je l’emmĂšnerai partout oĂč j’irais… »

Et c’est ce qu’elle avait fait aujourd’hui.
De toute façon ses parents lui avaient appris Ă  devenir une personne trĂšs prĂ©voyante et ce depuis sa plus tendre enfance alors disons que c’Ă©tait presque innĂ© chez elle de se dĂ©placer avec pas mal de choses dans son sac afin de ne rien manquer.

Et comme disait un certain proverbe : « Mieux vaut trop que pas assez ».
C’est pourquoi, mĂȘme si son guide Ă©tait chevronnĂ© dans son domaine et qu’il avait tout prĂ©vu pour ces deux jours, elle prĂ©fĂ©rait faire confiance Ă  son instinct.

Quoique pour l’instant tout allait pour le mieux ; pas le moindre nuage en vu, au sens propre comme au sens figurĂ©.
Tout s’Ă©tait parfaitement bien dĂ©roulĂ© jusqu’Ă  prĂ©sent ; alors aucune inquiĂ©tude Ă  avoir se dit Elisa en esquissant un demi-sourire.

****

AllongĂ©e sur sa serviette, sa casquette Ă  visiĂšre lui couvrant le visage ; Elisa ferma les paupiĂšres et commença Ă  s’endormir tout en Ă©coutant paisiblement le doux murmure du vent et le ressac incessant de la mer.
Et le temps s’Ă©coula, s’Ă©grena…
Elisa venait de s’assoupir et n’avait pas vu le temps passer…

Il était déjà 12H15.

****

Soudain, des petites gouttes d’eau froides lui tombĂšrent sur la jambe et le pied droit.
Oh non ! Se pourrait-il qu’il pleuve ?? Pourtant il faisait un temps si radieux !
Que c’Ă©tait dĂ©sagrĂ©able ! Si bien qu’Elisa commença Ă  se rĂ©veiller peu Ă  peu.

Elle retira sa casquette qui lui bouchait la vue puis avec effroi et stupĂ©faction vit une jeune femme qui se tenait lĂ , debout juste Ă  cĂŽtĂ© d’elle, le dos lĂ©gĂšrement courbĂ© en avant avec de longs cheveux noirs Ă©parses et dĂ©goulinants d’eau…

La jeune femme grelottait de froid ; sans doute dĂ» Ă  cause de l’humiditĂ© de ses vĂȘtements qui lui collaient Ă  la peau.
Elle avait le visage tuméfié avec un énorme bleu violacé sur le front et des traces de griffures sur la joue gauche.
Un petit filet de sang lui coulait le long de la narine droite jusqu’au menton et ses grands yeux noirs Ă©taient rougis par des larmes incessantes.

Elle portait un t-shirt blanc cassĂ©, dĂ©chirĂ© Ă  l’encolure et tĂąchĂ© d’aurĂ©oles de sang dĂ©lavĂ© au niveau du ventre. Son bermuda bleu ciel Ă©tait maculĂ© de traces de sang comme si elle s’Ă©tait essuyĂ© les mains dessus quant Ă  ses baskets, on ne distinguait plus vraiment leurs couleurs tellement elles Ă©taient sales.

Elle Ă©tait vraiment dans un piteux Ă©tat et n’arrĂȘtait pas de pleurer.
Elisa se redressa rapidement Ă  l’aide de ses coudes et se mit debout face Ă  la jeune femme puis lui demanda :

« Que vous est-il arrivĂ©e ? vous ĂȘtes blessĂ©e…qui vous a fait ça ? »

« J’Ă©tais dans la montagne lĂ -bas, avec mon mari et… »

La jeune femme renifla puis d’un revers de main essuya le petit Ă©coulement de sang qui lui sortait de sa narine droite. Les mots ne sortaient plus de sa bouche et elle semblait tĂ©tanisĂ©e alors Elisa s’approcha davantage d’elle et lui pressa gentiment l’Ă©paule pour l’encourager Ă  parler.

« Continuez, je vous prie…Que s’est-il passĂ© ? »

La jeune femme cessa de pleurer et dit d’une voix Ă©teinte :

« On Ă©tait dans cette forĂȘt lĂ -bas… »

Elle désigna du doigt une étendue de verdure luxuriante qui se trouvait au loin, juste aprÚs la plage.

« J’Ă©tais en train de prĂ©parer des sandwichs. On se trouvait prĂšs de notre cabane. Mon mari discutait avec notre Guide Batisto et je coupai du pain. Soudain, j’ai vu un homme qui venait vers nous. Il Ă©tait sorti de nulle part et il avait l’air trĂšs menaçant. J’ai criĂ© trĂšs fort pour avertir mon mari et Batisto mais subitement je ne sais pas pourquoi notre Guide s’en ait pris Ă  mon mari. Il le battait tellement fort qu’il s’est retrouvĂ© par terre. Batisto n’arrĂȘtait pas de lui taper dessus sans fin. Oh mon Dieu ! mon pauvre mari ! Je le voyais qu’il souffrait mais j’Ă©tais impuissante, incapable de l’aider. J’Ă©tais terrifiĂ©e. Subitement, l’autre homme s’est retrouvĂ© prĂšs de moi. Je ne l’avais pas vu venir car j’Ă©tais prĂ©occupĂ©e par mon mari. J’ai tentĂ© de m’enfuir mais il m’a rattrapĂ©. Ensuite, il n’a pas arrĂȘtĂ© de me battre ; il me donnait de violent coups sur tout le corps mais le pire fut lorsqu’il me donna un violent coup de poing au front. Je pense que j’ai dĂ» m’Ă©vanouir car je ne me souviens plus de rien. je ne sais plus ce qui s’est passĂ© en ce qui concerne mon mari. Et je…. »

La jeune femme s’arrĂȘta de parler. Des larmes lui coulaient Ă  nouveau le long de ses joues et tout son corps Ă©tait secouĂ© de tremblements tellement elle devait avoir froid mais malgrĂ© le choc qu’elle avait subi, elle continua son histoire :

« Lorsque j’ai repris connaissance et que je me suis relevĂ©, j’ai vu Ă  nouveau cet inconnu qui m’avait frappĂ©. Il riait avec notre Guide mais par contre je ne voyais plus nulle part mon mari. J’avais trĂšs mal Ă  la tĂȘte. Je titubais puis Ă  un moment donnĂ© j’ai vu par terre mon couteau de cuisine alors je m’en suis vite emparĂ© et je l’ai cachĂ© derriĂšre mon dos. C’est alors que Batisto s’est avancĂ© vers moi. Il n’arrĂȘtait pas de rire puis il m’a dit qu’il avait tuĂ© mon mari et qu’il avait adorĂ© lui faire du mal. Il me disait que mon Mari avait criĂ© comme une gonzesse. Ce sont ses propres mots. Cette ordure me dĂ©bitait ça avec le plus grand mĂ©pris alors comme j’avais beaucoup de haine Ă  ce moment lĂ  et qu’il se rapprochait de plus en plus de moi, je n’ai pas hĂ©sitĂ©, je me suis jetĂ©e sur lui et je lui ai enfoncĂ© le couteau dans le ventre, au plus profond que j’ai pu puis je l’ai vite retirĂ© pour le garder avec moi. Il a criĂ© trĂšs fort et ensuite il est tombĂ© par terre. L’autre type a vu son acolyte au sol et il a couru vers moi. J’Ă©tais effrayĂ©e. J’ai tentĂ© de me sauver mais il a finit par me rattraper et il m’a donnĂ© une grande gifle. J’avais trĂšs mal mais je ne sais comment et par quel miracle j’ai rĂ©ussi Ă  lui donner un coup de pied dans les parties. C’est Ă  ce moment lĂ  que j’ai vite ramassĂ© le couteau que j’avais perdu et lorsqu’il s’est approchĂ© Ă  nouveau de moi, je le lui ai enfoncĂ© dans la poitrine. L’homme criait de rage et il m’insultait en me regardant d’un air menaçant. Puis il a retirĂ© le couteau qui Ă©tait toujours plantĂ© dans sa poitrine et l’a jetĂ© par terre. Il y avait une grosse tĂąche de sang sur son t-shirt. Je me souviens ensuite qu’il m’avait menacĂ© en me disant qu’il reviendrait me tuer puis il a couru et a disparu dans la forĂȘt. Depuis, je ne l’ai plus jamais revu. Je ne sais pas ce qu’il est devenu mais j’aurais voulu qu’il meurt … »

Elisa en avait la chair de poule. Ce que venait de vivre cette jeune femme Ă©tait insoutenable.

« Mon Dieu ! Mais c’est terrible ce que vous venez de vivre ! C’est inimaginable ! Je suis vraiment dĂ©solĂ©e. Et qu’est devenu votre Mari ? Et ce guide qui l’avait battu ? »

La jeune femme continua son histoire :

« Lorsque cet homme qui m’avait frappĂ© s’est sauvĂ©, j’ai essayĂ© de rechercher Batisto car je ne le voyais plus nulle part alors je suis allĂ©e vers la chute d’eau qui se trouve Ă  quelques mĂštres des deux cabanes. C’est lĂ  que je l’ai revu. Il rampait tout prĂšs du bassin de la cascade. Je l’ai vu se redresser et marcher avec difficultĂ© vers l’avant de la forĂȘt ; il voulait sans doute s’enfuir lui aussi comme l’avait fait son acolyte, alors sans hĂ©siter, je me suis prĂ©cipitĂ© vers lui et je l’ai violemment poussĂ© dans le bassin. Il est tombĂ© dedans et lorsque je me suis rapprochĂ©, j’ai vu qu’il se dĂ©battait dans l’eau pendant un certain temps puis plus rien. J’ai constatĂ© alors qu’il Ă©tait mort. »

Elisa n’en revenait toujours pas. Quelle Ă©pouvantable histoire !!

« Et donc ce Batisto s’est noyĂ© dans ce bassin. Mais en ce qui concerne votre mari ? qu’est-il devenu ? »

« Mon mari est mort et je… »

« Mon Dieu ! ce n’est pas possible ! Mais oĂč l’avez-vous retrouvĂ© ? » dit Elisa totalement affarĂ©e.

« Je l’ai cherchĂ© partout et j’ai fini par tomber sur une de ses baskets que j’ai trouvĂ© Ă  cĂŽtĂ© d’un ravin, pas trĂšs loin de notre cabane. C’est lĂ  que j’ai revu mon mari au fond de ce prĂ©cipice. Il y avait plein de sang autour de lui…
« Mon Dieu ! mais c’est abominable ! Je suis tellement dĂ©solĂ©e que vous ayez perdu votre mari… »

Elisa Ă©tait abasourdie par ce qu’elle venait d’entendre. Elle commençait Ă  avoir de plus en plus peur mais elle ne pouvait pas se permettre de perdre son sang-froid face Ă  cette jeune femme qui Ă©tait en Ă©tat de choc et de dĂ©tresse. Alors elle se ressaisit et lui demanda :

« Comment vous appelez-vous ? »

« Tamara »

« Moi c’est Elisa. Encore dĂ©solĂ©e Tamara de vous rencontrer ainsi, en de telles circonstances. C’est si triste pour votre mari. Vous Ă©tiez ici en excursion ? »

« Oui, mon mari Juanes et moi Ă©tions venus ici pour notre voyage de noces. Je ne comprends pas pourquoi il y a eu tout ça. J’ai tout perdu Ă  cause de ces deux hommes. Ces monstres… »

Elisa n’avait plus de mots et ne savait comment consoler la jeune femme qui avait tellement subi alors elle fouilla dans son sac de plage et en sorti une petite serviette qu’elle tendit Ă  la jeune femme.

« Tenez, vous devriez vous essuyer. Vous ĂȘtes trempĂ©e. Vous devez avoir froid. J’ai aussi des vĂȘtements de rechange. Vous devriez retirer les vĂŽtres et enfiler ceci. Je pense qu’elle vous ira »

« Merci. C’est vrai que j’ai froid… »

La jeune femme s’exĂ©cuta. Elle retira son t-shirt tĂąchĂ© de sang ainsi que son bermuda qu’elle jeta en boule, Ă  ses pieds. Elle Ă©tait en petite tenue mais ne semblait pas trop ĂȘtre gĂȘnĂ©e devant Elisa. Elle commença Ă  s’essuyer frĂ©nĂ©tiquement le corps puis les cheveux.

En la regardant faire, Elisa remarqua qu’elle avait quelques bleus au niveau de la poitrine et des Ă©paules. Ces individus avaient dĂ» beaucoup la brutaliser d’oĂč l’apparition de ces marques. Cette femme avait vraiment beaucoup souffert mais elle avait rĂ©ussi Ă  se dĂ©fendre face Ă  ces deux tortionnaires et Elisa trouvait qu’elle avait eu beaucoup de cran et de courage pour se sortir de cet enfer.

Lorsque Tamara eut terminé de se sécher, elle enfila la tunique en voile imprimée de couleur fushia qui ressemblait à celle que portait Elisa à la seule différence du coloris.
En les voyant habillĂ©es ainsi, on aurait dit deux soeurs jumelles Ă  part que l’une Ă©tait blonde Ă  la peau claire et l’autre brune Ă  la peau ambrĂ©e.

« Vous ĂȘtes plus au sec ainsi et la tunique vous va bien » lui dit Elisa. Elle s’approcha de Tamara et lui toucha doucement le front.

« Est-ce que c’est encore douloureux ? »

« Un peu, mais ça va. Et je me sens beaucoup mieux dans ce vĂȘtement. Merci beaucoup Elisa »

« De rien. Et votre nez ? J’ai vu que vous saigniez tout Ă  l’heure… »

« Non, ce n’est rien. J’ai parfois des saignements de nez et ce depuis mon enfance mais ça n’a rien Ă  voir avec ces sales brutes. Mais ça va maintenant, je ne saigne plus du tout »

« Alors je suis rassurĂ©e »

Elisa avait remarquĂ© que les cheveux de Tamara Ă©taient trĂšs emmĂȘlĂ©s alors elle lui proposa son peigne Ă  larges dents pour les discipliner.

« Auriez-vous aussi un Ă©lastique pour que je puisse les attacher ? Je ne les supporte plus comme ça » demanda Tamara, tout en coiffant sa longue chevelure Ă©bĂšne.

« Oui, biensĂ»r »

Elisa fouilla dans sa trousse de toilette et en sorti un chouchou en velours noir.

« Tenez, c’est un chouchou. Je n’ai pas d’Ă©lastique »

« Ă§a ira trĂšs bien. Merci Elisa »

Tamara Ă©tait en train de nouer ses cheveux en une haute queue de cheval. CoiffĂ©e ainsi, elle Ă©tait complĂštement diffĂ©rente. Cela lui donnait un air dynamique et encore plus combatif que jamais, prĂȘte Ă  affronter n’importe quel adversaire. Du moins, c’est l’apparence que lui donnait cette nouvelle coiffure. En l’observant dans les dĂ©tails, Elisa avait encore une question qui lui brĂ»lait les lĂšvres ; un Ă©lĂ©ment qu’elle n’arrivait pas Ă  comprendre, alors elle se lança :

« Je me posais une question Tamara… »

« Oui, allez-y »

« Pourquoi Ă©tiez-vous toute trempĂ©e lorsque vous ĂȘtes venue vers moi ? »

« Heu…Oui c’est vrai, j’ai oubliĂ© de vous dire. Lorsque j’ai vu mon mari en bas dans le prĂ©cipice avec tout ce sang autour de lui, je ne pouvais plus supporter d’avoir le sang de ces sales types sur les mains alors j’ai dĂ©cidĂ© d’aller me les laver Ă  la cascade. En marchant, j’ai aperçu mon couteau de cuisine par terre qui Ă©tait plein de sang alors je l’ai ramassĂ© puis je me suis dirigĂ© Ă  la source de la cascade. Je me suis d’abord lavĂ© les mains puis j’ai commencĂ© Ă  rincer la lame du couteau. Mais c’est Ă  ce moment lĂ  que je n’ai pas fait attention et que j’ai glissĂ©. J’ai perdu l’Ă©quilibre et je suis tombĂ©e dans le bassin oĂč se trouvait le cadavre de cette ordure de Batisto. Heureusement, j’ai rĂ©ussi Ă  me sortir de lĂ  tant bien que mal car le bassin est trĂšs profond. J’Ă©tais entiĂšrement mouillĂ©e et je venais de perdre mon couteau alors j’ai voulu quitter cet endroit de malheur au plus vite. Au cours de mon trajet pour retourner Ă  la plage, j’avais beaucoup transpirĂ© et je me sentais toute poisseuse et sale, alors lorsque je me suis retrouvĂ© face Ă  la mer, j’ai vite retirĂ© mes baskets et sans rĂ©flĂ©chir je me suis jetĂ© Ă  l’eau. Je voulais me laver de toute cette crasse. Et c’est vrai qu’Ă  un moment donnĂ©, lorsque je nageais sous l’eau, j’ai repensĂ© Ă  mon mari. J’Ă©tais Ă  nouveau bouleversĂ©e et trĂšs en colĂšre. Alors j’ai voulu mourir…mais… »

Les yeux de Tamara Ă©taient embuĂ©s de larmes qu’elle ne pouvait rĂ©frĂ©ner. Emue par ce qu’elle venait de lui rĂ©vĂ©ler, Elisa eut un geste de tendresse envers elle. Elle lui prit les mains et les enserra tout doucement dans les siennes puis constatant qu’elle ne portait pas d’alliance, elle ne pu s’empĂȘcher de lui dire :

« Je viens de remarquer que vous ne portez pas d’alliance Ă  votre doigt ? »

Tamara regarda un instant sa main gauche qui Ă©tait effectivement dĂ©nudĂ©e. Elle resta un instant sans voix comme si elle se sentait fautive puis se remit Ă  pleurer si bien qu’Elisa regrettait dĂ©jĂ  de lui avoir posĂ© cette question.

« Vous allez trouver ça complĂštement idiot de ma part mais je vous assure que c’est la vĂ©ritĂ©. Lorsque je prends ma douche, j’ai pour habitude de retirer ma bague pour ne pas l’abĂźmer. Mais cette fois-çi j’ai dĂ» oublier de la remettre Ă  mon doigt. La bague est donc restĂ©e chez nous dans notre maison Ă  AntinĂ©a. BiensĂ»r lorsque mon mari et moi sommes venus Ă  Diamond, je m’en suis aperçu mais c’Ă©tait dĂ©jĂ  trop tard. Vous pensez que c’Ă©tait un mauvais prĂ©sage ? C’est vrai maintenant que j’y pense. Comment ai-je pu oublier mon alliance… » dit-elle les yeux noyĂ©s de larmes.

« Non, Tamara. Ne vous mĂ©prenez pas. Si je vous ai posĂ© cette question, ce n’est pas pour vous accabler. Vous ne devez pas vous sentir coupable par rapport Ă  cette bague, cela n’a rien Ă  voir du tout ! C’Ă©tait juste un oubli. Rien de plus. Ce n’Ă©tait en aucun cas un mauvais prĂ©sage comme vous venez de le dire. Non, rien de cela. Et puis, vous ne pouviez pas prĂ©voir ce qui allait se passer sur cette Ăźle »

« Je ne sais pas mais tout ce que je sais, c’est que j’ai perdu mon mari… »

« Oui et c’est vraiment tragique ce que vous avez vĂ©cu mais je vous en prie Tamara, chassez de votre esprit cette histoire de mauvais prĂ©sage. Vous n’y ĂȘtes absolument pour rien. Et moi, je suis lĂ  avec vous. Et je voulais vous dire aussi que lorsque vous m’avez racontĂ© tout Ă  l’heure que vous vouliez vous suicider, eh bien, j’ai Ă©tĂ© trĂšs Ă©mue d’apprendre cela. Je suis sincĂšre Tamara. Et sachez une chose, votre mari n’aurait jamais voulu que vous fassiez ce geste. Vous ĂȘtes en vie et c’est tout ce qui compte. Vous m’avez entendu ? Vous ĂȘtes une personne trĂšs forte. Et vous avez tout mon soutien »

« Merci Elisa. Vous ĂȘtes si gentille avec moi. Mais vous savez, c’est grĂące Ă  vous si je ne suis pas passĂ©e Ă  l’acte »

« GrĂące Ă  moi ? »

« Oui, grĂące Ă  vous. Lorsque je nageais sous l’eau et que je suis remontĂ©e Ă  la surface pour reprendre une derniĂšre fois mon souffle, j’ai remarquĂ© au loin une petite tĂąche bleue sur la plage. Je n’en croyais pas mes yeux alors je suis vite sortie de l’eau, j’ai enfilĂ© mes baskets et j’ai couru sans m’arrĂȘter vers cette tĂąche. Puis au fur et Ă  mesure que je m’en rapprochai, j’ai constatĂ© que c’Ă©tait bien une personne qui Ă©tait allongĂ©e sur une serviette. Et Ă  partir de ce moment lĂ , vous ne pouvez pas savoir Ă  quel point ce fut une vĂ©ritable dĂ©livrance pour moi lorsque je suis tombĂ©e sur vous et qui plus est une femme. Je n’aurais sans doute pas eu confiance si j’Ă©tais tombĂ©e sur un homme. C’est pourquoi je tenais Ă  vous remercier Elisa. Encore merci d’ĂȘtre lĂ  et de me soutenir »

« Mais c’est tout Ă  fait normal Tamara. Et je vous soutiendrai encore jusqu’au bout »

****

Elisa jeta un bref coup d’oeil Ă  sa montre. Il Ă©tait dĂ©jĂ  13H20.

Les sourcils froncĂ©s, elle regarda au loin l’imposante montagne qui se dressait juste aprĂšs la plage puis avec une certaine anxiĂ©tĂ© dans la voix, s’empressa de dire Ă  Tamara :

« Je voulais vous demander. En ce qui concerne l’homme qui s’est enfui. Il pourrait revenir ici pour nous faire du mal ? Il doit sans doute nous Ă©pier au moment mĂȘme oĂč nous parlons. Vous ne pensez pas ? Et si jamais il vous avez suivi ? »

« Non, il ne m’a pas suivi et j’en suis certaine car je n’ai eu de cesse de regarder autour de moi avant de venir sur cette plage »

Pourtant, il y avait quelque-chose qui clochait se dit Elisa dans son for intĂ©rieur. Une chose qui la tracassait encore. Mais quoi donc ? Soudain elle fut prise de panique. Elle l’avait complĂštement oubliĂ©. C’Ă©tait son Guide Philippo. Mais qu’Ă©tait-il devenu depuis tout ce temps ??

Avec affolement, elle fit part de son inquiétude à Tamara et sans plus attendre commença à lui raconter le début de son histoire :
« Moi aussi j’Ă©tais en excursion sur cette Ăźle. Mais avant de me retrouver ici Ă  Diamond, j’Ă©tais en catamaran avec mon Guide.

C’est lui qui naviguait le bateau et au cours de notre pĂ©riple, on avait fait de la plongĂ©e sous-marine ensemble. Ensuite on a dĂ©barquĂ© sur cette plage, il a amarrĂ© le bateau puis il m’a dit que je pouvais aller me promener un peu plus loin si je le souhaitai pendant qu’il dĂ©chargerait nos affaires. Je me suis donc baladĂ© puis j’ai dĂ©cidĂ© de m’allonger un peu en l’attendant. Je me suis endormie et vous ĂȘtes apparu. Et depuis notre rencontre, je n’ai plus jamais revu mon Guide qui s’appelle Philippo…Je me dema.. »

Soudain Tamara lui coupa la parole.

« Vous dĂźtes qu’il s’appelait Philippo ? Ce prĂ©nom me dit vaguement quelque-chose. C’est encore flou mais il me semble que j’ai entendu ce prĂ©nom lorsque j’Ă©tais Ă©vanouie. J’entendais des bribes de voix. Oui, j’en suis certaine maintenant. Je me souviens de ce prĂ©nom… »

Elisa n’osait y croire. L’idĂ©e mĂȘme de penser que Philippo pouvait avoir un lien avec toute cette sordide histoire lui fit dresser les cheveux sur la tĂȘte. Pour en avoir le coeur net elle posa la question cruciale qui Ă©clairerait enfin sa lanterne :

« Vous souvenez-vous des vĂȘtements que cet homme portait ? »

« oui, je m’en souviens clairement » s’empressa de dire Tamara. « Il portait un t-shirt jaune avec une inscription dessus. Attendez, ça va me revenir. Oui voilĂ , c’Ă©tait Ă©crit : Black and White »

Mon Dieu ! c’Ă©tait donc son Guide Philippo. Elle n’en croyait toujours pas ses oreilles et pourtant c’Ă©tait bien lui. Il n’y avait plus aucun doute lĂ -dessus. Elisa en avait la nausĂ©e.

« C’est bien lui » dit-elle avec dĂ©goĂ»t. « C’est mon Guide. Il portait effectivement un t-shirt de cette couleur avec l’inscription que vous venez de mentionner : Black and White. Mon Dieu, et dire que j’avais fait de la plongĂ©e avec lui. Il semblait si gentil. C’est totalement insensĂ© ! Mais pourquoi aurait-il fait tout ça ? »

« Je ne sais pas. Mais en tous cas, il avait l’air de bien connaĂźtre notre guide Batisto. Je me rappelle encore de leurs satanĂ©s rires !! Moi aussi je n’aurais jamais cru que notre Guide nous aurait fait du mal. Et comme vous dĂźtes, lui aussi il paraissait ĂȘtre trĂšs gentil. Les apparences sont parfois trompeuses. On croit connaĂźtre une personne mais c’est tout l’inverse et j’en sais quelque-chose. A cause de ces deux hommes, j’ai tout perdu. Finalement, mon mari et moi n’aurions jamais dĂ» venir sur cette fichue Ăźle de malheur. Il serait encore en vie maintenant. Je regrette tellement qu’on soit venus ici ! »

« Vous avez raison Tamara. A cause d’eux, vous avez perdu votre mari. C’est tellement horrible ce que vous avez vĂ©cu ! Qu’allons nous faire maintenant ? On se retrouve toutes les deux seules sur cette Ăźle perdue. Qu’allons-nous devenir ? Qui va venir nous sortir de lĂ  ? »

« Je ne sais pas Elisa mais on va tout faire pour pouvoir s’en sortir. Et puis heureusement nous sommes deux »

« Oui, c’est vrai mais ce n’est pas rassurant avec ce sale type qui est dans les parages. J’ai quand mĂȘme peur. Vous auriez un plan en tĂȘte pour se sortir de cette galĂšre ? »

« Oui j’ai un plan qui pourrait ĂȘtre possible. DĂźtes-moi, quelle heure est-il ? »

Elisa regarda sa montre. Et dire qu’en venant sur cette Ăźle, elle se disait qu’elle oublierait les heures qui passent ; eh bien ce n’Ă©tait plus le cas Ă  prĂ©sent, au contraire le temps Ă©tait comptĂ© plus que jamais…

« Il est exactement 14H00 »

« Il faudrait quitter cet endroit au plus vite » dit Tamara.

« Mais pour aller oĂč ? »

Tamara regarda la forĂȘt luxuriante qui Ă©tait Ă  environ 3 kilomĂštres de lĂ  oĂč elles se trouvaient puis elle dit :

« Je pense qu’on devrait aller lĂ -bas dans la forĂȘt. Ici on est trop en vue. Et la nuit va vite tomber. En haut de cette montagne, il y a deux cabanes qui se trouvent l’une Ă  cĂŽtĂ© de l’autre. La deuxiĂšme qui Ă©tait juste derriĂšre la premiĂšre Ă©tait fermĂ©e Ă  clef car elle Ă©tait inoccupĂ©e. Mon mari et moi dormions dans la premiĂšre cabane. Ces cabanes sont des sortes de refuge pour les rares touristes qui sĂ©journent ici. On pourrait vous et moi, s’enfermer Ă  clef dans la cabane que je connais. Je me souviens que la porte d’entrĂ©e Ă©tait restĂ©e entrouverte avant que les deux hommes nous attaquent mon mari et moi. Je le sais car j’Ă©tais en train de prĂ©parer des sandwichs et que je faisais des allĂ©es et venues entre la cabane et l’extĂ©rieur. Moi, je ne vois que cette solution pour nous protĂ©ger de cet homme »

« Mais oĂč se trouve cette clef pour pouvoir s’enfermer dans cette cabane ? »

« Lorsque mon mari et moi dormions dans la cabane, nous nous y enfermions Ă  clef pendant que Batisto de son cĂŽtĂ© dormait sous sa tente Ă  quelques mĂštres de nous. Je me rappelle que tous les matins, il avait pour habitude de nous rĂ©clamer Ă  chaque fois la clef de notre cabane et j’avais remarquĂ© qu’il la rangeait toujours dans l’une des poches extĂ©rieures de son sac Ă  dos. Et quand votre guide nous avait agressĂ©, le sac se trouvait Ă  l’intĂ©rieur de notre cabane. Il Ă©tait posĂ© sur la table Ă  manger. Et je suis certaine qu’il doit toujours y ĂȘtre. Il faudrait absolument mettre la main dessus et rĂ©cupĂ©rer la fameuse clef. Et Ă  ce moment lĂ , on serait sauvĂ©es vous et moi ! Du moins, on serait beaucoup plus en sĂ©curitĂ© qu’Ă  l’extĂ©rieur. Je ne vois que cette solution pour l’instant. Ensuite, on verra bien ce qu’on pourra faire pour la suite des Ă©vĂšnements »

« Mais, vous oubliez un dĂ©tail Tamara ? Et si jamais ce Philippo Ă©tait revenu sur ses pas pendant que vous ĂȘtes venue sur cette plage ? Il pourrait alors se trouver dans cette cabane et avoir la fameuse clef avec lui ! C’est vraiment trop dangereux et risquĂ© d’aller lĂ -bas ! »

« Oui c’est vrai que c’est risquĂ© ! Mais nous n’avons pas le choix ! On ne peut pas rester ici indĂ©finiment. Personne ne viendra nous chercher. Mon mari et moi avions optĂ© pour 4 jours d’excursion Ă  Diamond et depuis notre arrivĂ©e ici, nous n’y avons dormi que 2 nuits. Alors vous comprendrez que dans l’immĂ©diat, personne ne viendra s’inquiĂ©ter de notre sort. Et en ce qui vous concerne, c’est pareil puisque vous venez Ă  peine de dĂ©barquer aujourd’hui sur cette Ăźle. Rappelez-moi Elisa, vous deviez sĂ©journer ici durant combien de jours ? »

« 2 jours et 1 nuit » dit-elle avec amertume.

« Vous voyez bien ! Personne ne viendra nous sauver avant ! Croyez-moi Elisa, il faut absolument rejoindre cette cabane si on veut s’en sortir ! »

Elisa constata avec effroi, qu’effectivement personne ne viendrait les secourir tant que ces jours d’excursions n’auraient pas Ă©tĂ© Ă©coulĂ©s. Et donc cette nuit promettait d’ĂȘtre longue et angoissante…

« Qu’en pensez-vous Elisa ? Il faut se dĂ©cider maintenant. Le temps est comptĂ© ! »

« Vous avez sans doute raison mais c’est effrayant de savoir que ce type est toujours lĂ  quelque part… »

« Oui, c’est vrai. Mais il est blessĂ© Ă  la poitrine et il perdait dĂ©jĂ  beaucoup de sang lorsque je l’ai vu s’enfuir. Il est donc en Ă©tat de faiblesse. Et n’oubliez pas, nous sommes deux ! On a un avantage sur lui ! on pourra mieux se dĂ©fendre si jamais ça tournait mal »

Elisa Ă©tait tout de mĂȘme perplexe mais ce que disait Tamara n’Ă©tait pas dĂ©nuĂ© de sens, bien au contraire. En effet, comme elle venait de le souligner Ă  l’instant, Philippo Ă©tait blessĂ© mais elle ne savait pas pourquoi, elle avait tout de mĂȘme peur de devoir s’aventurer dans cette forĂȘt.

« Et si on tentait d’aller plutĂŽt lĂ  oĂč le catamaran est amarrĂ© ? » dit-elle.

« Surtout pas ! et pour y faire quoi ? Il pourrait mĂȘme dĂ©jĂ  y ĂȘtre pendant que nous discutons. De plus on n’y serait pas Ă  l’abri vous et moi. Il faut au contraire partir d’ici et se diriger vers la cabane oĂč l’on pourrait s’y enfermer Ă  clef. On y serait beaucoup plus en sĂ©curitĂ©. Je vous assure. Et comme je vous l’ai dĂ©jĂ  dit, je connais bien l’endroit »

« D’accord, vous devez sans doute avoir raison. Il vaut mieux s’en tenir Ă  votre plan. Je pense effectivement qu’on serait beaucoup plus en sĂ©curitĂ© Ă  l’intĂ©rieur de la cabane »

« Oui, je le pense aussi. Il vaut mieux se dĂ©pĂȘcher Elisa car la nuit tombe vite ici. Ne perdons plus un instant. Allons-y »

Sur les conseils de Tamara, Elisa Ă©changea sa paire de tongues par ses tennis puis ramassa le reste de ses affaires qu’elle rangea Ă  l’intĂ©rieur de son sac de plage. Elle Ă©tait fin prĂȘte mais elle avait peur. Pourtant, il fallait bien qu’elle fasse confiance Ă  Tamara qui avait l’air d’ĂȘtre une personne combative et trĂšs dĂ©terminĂ©e. Ce qui Ă©tait rassurant en un sens mais voilĂ  elle doutait encore et ne pouvait s’empĂȘcher d’avoir de l’apprĂ©hension.

****

Et voici que les deux jeunes femmes couraient vers la grande Ă©tendue de forĂȘt verdoyante qui se trouvait droit devant elles.

Tamara avait prĂ©venu Elisa que la cabane se trouvait tout de mĂȘme assez loin et qu’il faudrait accĂ©lĂ©rer le pas afin de ne pas se faire prendre par la nuit.
Et c’est ce qu’elles faisaient Ă  cet instant lĂ . Courir sans s’arrĂȘter.

****

Enfin arrivĂ©es Ă  l’orĂ©e de la forĂȘt, toutes deux s’immobilisĂšrent.

Elles Ă©taient essoufflĂ©es par leur course alors avant de continuer leur chemin, Elisa proposa Ă  Tamara de boire un peu d’eau afin de reprendre des forces.
Une fois aprĂšs avoir Ă©tanchĂ© leur soif, elles Ă©taient prĂȘtes Ă  se remettre en route.

« Allons-y Elisa !! et surtout faites attention oĂč vous mettrez les pieds. C’est assez caillouteux par certains endroits… »

« OK. Merci Tamara. Je ferai attention »

**** 

Le Manguier voyageur

J’aimerais vous raconter un souvenir de la GuinĂ©e qui me touche particuliĂšrement Ă  chaque fois que j’y songe lorsque j’ai de la nostalgie par rapport Ă  mon enfance passĂ©e en Afrique…

A cette Ă©poque lĂ , je devais bien avoir 9 ou 10 ans et je m’en souviens encore comme si c’Ă©tait hier…

****

Le manguier de l’Ă©vasion :

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Comme je vous l’avais dĂ©jĂ  racontĂ© lors de mes prĂ©cĂ©dentes anecdotes, notre maison de fonction Ă©tait situĂ©e en bordure de mer et sa façade faisait face Ă  un haut mur ajourĂ© d’alvĂ©oles par lesquelles on pouvait aperçevoir une magnifique plage de sable blanc…

Parfois, il pouvait mĂȘme arriver que l’un de nos 3 chats passait la tĂȘte Ă  travers l’une d’entre elles ; afin de regarder sans doute juste par curiositĂ© ; ce qui se passait derriĂšre…

Et au devant, tout Ă  fait Ă  droite de ce haut mur, se trouvait un grand et bel arbre fruitier qui n’Ă©tait autre qu’un manguier…

La partie inférieure des branchages de celui-çi venait se coucher littéralement sur le dessus du mur qui était incrusté de brisures de verres de bouteilles trÚs tranchantes afin de dissuader les voleurs de franchir le mur cÎté plage.

****

Mon arbre Ă  moi !
Un arbre qui Ă©tait pour moi comme un confident bien vivant et bien plus encore car il me transportait Ă  chaque fois que je le souhaitais, loin du monde rĂ©Ăšl dans des voyages extraordinaires, au-delĂ  des frontiĂšres, dans les airs ! vers de nouvelles contrĂ©es…

J’adorais ce manguier qui me permettait de m’Ă©vader l’esprit et de rĂ©aliser chacun de mes rĂȘves rien qu’en regardant de mes yeux Ă©merveillĂ©s, la mer, le ciel et les nuages si blancs…

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De mon arbre, juchĂ©e tout Ă  fait en haut de la cime, je pouvais aperçevoir toute l’immensitĂ© de l’ocĂ©an Atlantique et sentir ses agrĂ©ables odeurs d’algues et d’embruns…

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J’Ă©coutais avec allĂ©gresse le bruit du ressac de la mer mais aussi celui du vent, entremĂȘlĂ©s par les cries de joie des quelques enfants GuinĂ©ens qui jouaient, non loin de lĂ , sur la plage…

Tous mes sens Ă©taient en Ă©veil :
– La vue de ce superbe tableau reprĂ©sentait tantĂŽt, (suivant les jours) une mer houleuse ou lisse comme une ardoise…

– Le bruit des vagues me berçait tandis que le souffle du vent de la mer venait me rafraĂźchir les yeux qui restaient lĂ©gĂšrement plissĂ©s Ă  cause de la force de celui-çi…

– Le vent me caressait tout doucement le visage et me procurait une vĂ©ritable sensation de bien-ĂȘtre et de fraĂźcheur grĂące Ă  sa ventilation ; tellemement il faisait extrĂȘmement chaud en GuinĂ©e…

Je me rappelle qu’Ă  ces moments lĂ , je me sentais si sereine, si libre, si heureuse et en totale harmonie avec la nature, la mer, le ciel et le vent…

Ce vent que j’aimais tant et qui faisait virevolter par moment, ma longue queue de cheval blonde qui venait me chatouiller le visage…

A ces moments lĂ , j’avais l’impression de m’envoler tel un oiseau dans ce ciel si bleu, parsemĂ© de nuages et qui me fascinait tant…

Je respirais l’air marin Ă  pleins poumons et je me sentais libre face au vent de la mer comme si je gouvernais le monde entier…(exactement comme la fameuse scĂšne du film « Titanic » ou le hĂ©ros « Jack » se sentait ĂȘtre le « Roi du Monde »)

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Je me sentais ĂȘtre la Reine de tout l’ocĂ©an Atlantique ! et pourquoi pas du monde entier tellement j’Ă©tais devenue une gĂ©ante dotĂ©e d’une force surnaturelle qui pouvait surmonter n’importe quel problĂšme et biensĂ»r pouvoir aider mon prochain en un claquement de doigt et ce, sans aucun effort, telle une hĂ©roine de bande dessinĂ©e…

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Oui, grĂące Ă  mon arbre magique, je pouvais accomplir tout ce que je ne pouvais pas rĂ©aliser en tant qu’ĂȘtre humain mortel sur cette terre…

Ce manguier me grandissait et me permettait d’ĂȘtre au-dessus de tout, rien qu’en touchant son Ă©corce qui Ă©tait Ă  la fois douce et rugueuse..

Oui, je pouvais ressentir toute sa force…

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GrĂące Ă  lui, j’avais des ailes virtuelles dans le dos et je pouvais tout combattre sans craindre qui que ce soit car je devenais invincible et intouchable grĂące Ă  ses pouvoirs surnaturels qu’il m’avait transmise…

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Mon chat Poussy-cat :

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J’aimais bien Ă©galement, emmener avec moi mon adorable chat Poussy-cat que j’installais bien confortablement dans son panier en raphia.

Ensuite, je reliais ensemble les deux anses du panier par une Ă©paisse corde en plastique en formant un triple noeud afin que cela soit bien solide.

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Puis je rattachais le bout de la corde Ă  une grosse branche bien costaude afin que mon chat puisse dormir en toute tranquillitĂ© sans risque que la corde ne cĂšde et que celui-çi ne tombe en bas de l’arbre.

Ce que je tiens Ă  signaler, c’est que ce genre de dĂ©sagrĂ©ment ne lui Ă©tait encore jamais arrivĂ© car je faisais toujours trĂšs attention Ă  la robustesse de la corde et biensĂ»r Ă  la soliditĂ© de la branche Ă  laquelle son panier Ă©tait suspendu.

Et voilĂ  que mon chat dormait paisiblement dans son panier qui faisait de temps en temps des vas et vient tel un balançier Ă  cause du vent oĂč tout simplement parce qu’il s’Ă©tait mis debout sur ses 4 pattes pour pouvoir changer de position.

A ces moments-lĂ , il faisait remuer assez dangereusement son panier mais disons qu’il Ă©tait trĂšs habile puisqu’il ne perdait jamais l’Ă©quilibre et qu’il arrivait toujours Ă  stabiliser le fameux balançier.

Le panier de mon chat Ă©tait suspendu Ă  la plus haute des branches, tout prĂšs de moi et souvent je me mettais Ă  lui caresser le dos, le ventre et la tĂȘte tout en lui murmurant des mots doux.

Inutile de vous dire que nous Ă©tions lui et moi en totale symbiose…

Poussy-cat n’avait pas du tout le vertige et cela se voyait qu’il avait totalement confiance en moi puisqu’il arrivait Ă  dormir prĂšs de deux heures de temps dans son panier qui Ă©tait suspendu dans le vide…

Je crois mĂȘme qu’il adorait ces moments-lĂ  avec moi et biensĂ»r, c’Ă©tait rĂ©ciproque en ce qui me concernait.

Il faut dire que je l’adorais tellement mon Poussy-cat…

****

Une petite frayeur :
Je me rappelle d’un certain jour…

J’Ă©tais debout sur une des grosses branches du manguier et je regardais l’ocĂ©an droit devant moi tout en rĂȘvassant.

Il pouvait m’arriver Ă©galement de cueillir une ou deux mangues bien mĂ»res que je plaçais ensuite Ă  l’intĂ©rieur d’un sac en plastique restĂ© accrochĂ© Ă  l’une des branches de l’arbre.

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Je n’aimais pas les mangues Ă  l’Ă©poque ; par contre ma Maman en raffolait alors le plus souvent je les lui donnais.

Aujourd’hui, j’ai appris Ă  les apprĂ©cier et je dois bien avouer qu’elles sont devenues l’un de mes fruits exotiques prĂ©fĂ©rĂ©es.

De temps en temps, j’aimais bien aussi regarder la villa de notre voisin qui se trouvait Ă  droite de notre manguier, derriĂšre le haut mur de clĂŽture.

Comme je me trouvais Ă  la cime de l’arbre, j’arrivais facilement Ă  observer son jardin oĂč se baladaient deux grands lĂ©vriers Afghans gris qui ne pouvaient pas me voir tellement j’Ă©tais bien cachĂ©e parmi les feuillages de mon manguier…

J’aimais bien les regarder et de temps en temps je voyais Ă©galement un des domestiques sortir de la villa pour leur donner Ă  manger.

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A un moment donnĂ©, je voulais juste changer de position car j’avais un peu des fourmis dans les jambes alors je dĂ©cidai d’agripper une des branches afin de me soutenir puis une autre et encore une autre quand soudain je faillis basculer en arriĂšre.

En effet, avec horreur je m’aperçus que je tenais dans ma main droite un espĂšce de long bĂąton, un peu mou…

C’Ă©tait un phasme ! un de ces horribles phasmes bizarres que je dĂ©teste tant !

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Petite parenthĂšse : Le Phasme :
Les phasmes sont des insectes herbivores qui se fondent dans leur environnement en imitant Ă  la perfection des brindilles, des feuilles mortes ou vertes, voire des lichens.

On parle dans ce cas d’homotypie et d’homochromie (respectivement « mĂȘme forme, mĂȘme couleur ») et ce type de mimĂ©tisme est Ă  l’origine de son nom vernaculaire : le « BĂąton du Diable ».

Ce camouflage est poussĂ© jusque dans leur façon de se mouvoir, puisqu’ils se dĂ©placent lentement, par Ă -coups, comme une branche ballottĂ©e par le vent. La plupart peuvent Ă©galement rester parfaitement immobiles pendant des heures.

****

Je poussai un grand cri puis avec effroi et dĂ©goĂ»t je secouai frĂ©nĂ©tiquement ma main puis illico presto cette espĂšce de petite branche qui n’en Ă©tait pas une du tout tomba sur les graviers par terre, juste au pied de l’arbre…

AmeutĂ© par mes cris, le gardien de jour courut trĂšs vite vers le manguier oĂč j’Ă©tais perchĂ©e ; leva les yeux vers moi et me dit en fronçant les sourcils :

« C’est quoi CĂ©cile ! toi vu bĂȘte ? »

Du haut de mon arbre, Je lui répondis en criant :

« Oui Bas ! » (notre gardien de jour s’appelait Bas) « Il y a une grosse bĂȘte. Regarde ! Elle se trouve juste Ă  cĂŽtĂ© de toi. Regarde ! prĂšs de tes pieds. LĂ  ! LĂ  ! Il est toujours lĂ , prĂšs de tes pieds ! »

Je lui dĂ©signai du doigt l’horrible bestiole qui marchait trĂšs lentement sur les petits cailloux blancs.

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Bas venait enfin d’aperçevoir le grand phasme…

Il le ramassa et le jeta trĂšs haut et trĂšs loin par dessus le mur de clĂŽture puis l’horrible insecte vint alors s’Ă©craser sur le sable de la plage. De lĂ  ou j’Ă©tais, j’avais vu toute la scĂšne…

C’Ă©tait la seule et unique mĂ©saventure que j’avais eu sur mon arbre ! et heureusement !

Et je me rappelle que ce jour-lĂ  j’avais eu la trouille de ma vie surtout pour une personne telle que moi qui dĂ©teste tous les insectes Ă  part la coccinelle que j’arrive Ă  peu prĂšs Ă  tolĂ©rer…

Sinon en dehors de cette petite frayeur que j’avais eu, ce manguier Ă©tait pour moi un vĂ©ritable petit refuge dont j’adorais y passer des heures et des heures car il me permettait de voyager entre terre, mer et ciel comme si j’Ă©tais un oiseau ou tout simplement un des Ă©lĂ©ments de la nature tel que le vent…

C’est pourquoi, j’ai dĂ©cidĂ© Ă  travers cet article de l’appeler : Le manguier voyageur…

Je tenais absolument Ă  vous faire partager cette petite anecdote que je n’oublierai jamais car cela restera pour moi un de mes plus beaux moments magiques de mon enfance, passĂ©e en GuinĂ©e Ă  Conakry…