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Un jour extraordinaire ☄

Je me rappelle encore d’un souvenir très intense passé à Madagascar, dans la Capitale d’Antananarivo…

J’avais 16 ans et j’étais en classe de 3ième.

Nous étions dans les années 92 et notre professeure Principal de l’époque avait eu l’idée d’organiser une sortie d’élèves…

C’était un jour de semaine et plus précisément un matin aux alentours de 9H30.

Un matin tout à fait ordinaire mais qui allait se transformer en un jour extraordinaire…

D’ailleurs, je m’en souviens encore comme si c’était hier….

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Voici mon histoire :

Mes camarades et moi étions en train d’attendre l’arrivée du bus dans la vaste cour du Lycée Français de Tananarive (l’ancien lycée : Le Monastère).

Nous étions accompagnés de notre professeure principal de Français (Je me souviens encore de son nom de famille : elle s’appelait Mme Origlio) et nous discutions avec elle de la fameuse sortie culturelle pendant que tous les autres élèves du Lycée avaient déjà tous rejoint leurs classes d’études…

À cet instant là, le lycée semblait désertique et était devenu totalement silencieux mis à part nos petits bavardages entre nous et notre professeure.

Je me disais même qu’il était redevenu ce qu’il était autrefois : c’est à dire, un Monastère. Un monastère paisible où le silence était roi…

Oui, cela faisait du bien de ne plus entendre le brouhaha perpétuel de tous ces élèves.

On aurait même dit que le temps s’était figé comme s’il n’y avait plus personne sur cette Terre…

Je n’exagère pas le moins du monde en vous disant cela et pour tout vous dire, je savourais pleinement ce moment avec un immense plaisir.

Je regardais les alentours tout en discutant avec une amie de l’époque et nous nous disions, toutes les deux, que nous avions vraiment beaucoup de chance de pouvoir faire cette sortie (escapade) alors que tous les autres élèves du lycée étaient en train d’étudier à l’intérieur de pièces confinées, par cette si belle matinée chaude et ensoleillée…

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Au bout de quelques minutes, le silence de plomb fut interrompu par l’arrivée de notre bus qui venait tout juste de s’engager dans la cour du lycée.

Il roulait dans notre direction tout en faisant pas mal de bruits à cause des petits graviers que ses grandes roues projetaient de part et d’autres sur son passage.

Il était en train de contourner la vaste cour puis fini par effectuer une marche arrière afin de se placer directement devant la route principale d’où il venait d’arriver.

La manœuvre terminée, le chauffeur laissa tourner son moteur puis nous fit signe de nous rapprocher afin de monter à l’intérieur de son bus.

Ce que nous fîmes rapidement.

Une fois à l’intérieur, il vérifia que nous étions tous bien installés à l’arrière et nous demanda si nous voulions écouter un peu de musique.

Ayant eu l’approbation de notre Professeure, mes camarades et moi lui répondîmes tous en chœur que oui !

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Petite parenthèse avant de continuer mon histoire :

Madame Origlio avait la réputation d’être une excellente professeure qui savait hisser ses élèves vers le haut.

Elle était ouverte d’esprit mais très stricte lorsqu’elle enseignait son cour de français et ne supportait pas les bavardages intempestifs dans sa classe.

Mais dans certaines occasions comme celle d’aujourd’hui par exemple, elle savait être souple et très généreuse.

J’adorais étudier le français avec elle et je dois bien avouer que j’étais très douée en la matière (disons que ça aide beaucoup).

D’ailleurs, à maintes reprises, elle en faisait souvent la remarque lorsque j’obtenais d’excellentes notes, suite aux multiples rédactions qu’elle nous imposait et dont les différents sujets avaient souvent le don (fort heureusement) de toujours m’inspirer.

Et pour donner l’exemple aux autres élèves, elle ne pouvait s’empêcher de lire à haute voix le texte de ma copie (avant de me la rendre) ; ce qui avait tendance à m’intimider et à vouloir me cacher mille pieds sous terre.

Je me souviens aussi des fins de trimestre avec ses fameux bilans qu’elle n’oubliait jamais de nous exposer en commençant toujours et inévitablement son discours par le mien et ce bien évidement devant tous mes camarades de classe (chose qui me mettait indéniablement très mal à l’aise) :

« Cécile ! Vous êtes une fois de plus la première de votre classe dans ma matière ! Félicitations ! »

Dès lors où elle prononçait ces paroles, mon visage devenait soudainement rouge pivoine tellement j’étais embarrassée vis à vis de mes camarades (Il faut dire aussi qu’à cette époque là, je n’avais aucune confiance en moi).

La suite était alors prévisible…

Quelques-uns d’entre eux ne manquaient pas de lui rétorquer avec un certain agacement :

« Mais Madame, c’est pas notre faute si elle a toujours de l’inspiration pour vos rédactions… C’est dur de rédiger un texte comme ça, surtout si on n’est pas inspiré… »

Et Mme Origlio leur répondait invariablement ceci avec une pointe d’ironie :

« C’est parce que vous ne vous donnez pas la peine de vous atteler à la tâche. Il faut le vouloir aussi et non attendre que cela vous tombe du ciel »

Puis elle rajoutait :

« Vous savez, si Cécile réussit à faire de bonnes rédactions, ce n’est pas un simple hasard. Elle travaille tout simplement. Et à force, elle s’améliore davantage. Mais si vous ne travaillez pas bien votre texte, celui-ci sera alors forcément mauvais. C’est pourquoi, je ne cesse de vous répéter à chacun de mes cours que le travail compte énormément. Tout le monde peut avoir de l’imagination. Mais ce qui reste difficile, je vous l’accorde, c’est de pouvoir rédiger votre texte en le rendant compréhensible, agréable à lire et si possible sans fautes d’orthographe. Tout ceci n’est pas évident mais c’est possible à force de travail »

Et certains d’entre eux lui répliquaient alors aussitôt en ricanant :

« Mais Madame ! c’est impossible de faire tout ça ! et en plus sans fautes d’orthographe ? »

« Pourtant, je vous affirme que c’est tout à fait possible. Pourquoi croyez-vous que je sois ici alors ? Il faut travailler davantage et vous vous améliorerez tout comme le fait Cécile »

« Oh non ! Ne leur dîtes surtout pas ça ! » me disais-je alors dans mon for intérieur ; le nez dans la feuille de copie qu’elle venait tout juste de me rendre.

Et malheureusement, je savais qu’à ces moments-là, toute la classe et y compris mon amie de l’époque (qui n’en était pas vraiment une finalement) n’apprécieraient point tous ces compliments à mon égard et que forcément, j’attiserai leurs mépris.

C’est pourquoi, j’étais le plus souvent une personne solitaire lors des différents cours en classe ou encore pendant les récréations.

Je n’avais pour ainsi dire qu’une seule amie mais là encore je savais pertinemment que le mot « amie » n’était pas vraiment approprié, qu’il fallait le mettre entre parenthèse, puisqu’elle n’était pas une véritable amie comme j’aurais voulu qu’elle le soit.

En fait, ce que j’avais compris à cette époque là, c’est qu’il ne fallait surtout pas que je m’entiche d’avoir une amie sincère puisque c’était du domaine de l’impossible.

Par contre, ce que je savais au fond de moi, c’était que la solitude était la meilleure de mes amies et alliées puisque « ELLE » ne m’avait jamais laissée tomber, trahie ou contrariée.

D’ailleurs, jusqu’au jour d’aujourd’hui, j’aime toujours autant la solitude.

Alors vous l’aurez compris ; ce qui m’importait le plus lorsque j’étais étudiante en classe de 3ième, c’était d’être avant tout appréciée par ma professeure de Français : Mme Origlio et d’avoir la joie de suivre chacun de ses cours.

D’ailleurs, à la fin de mon année de 3ième, ce fut grâce à elle et à ses conseils avisés que j’avais décidé d’emprunter une autre voie que celle qui m’était destinée.

En effet, n’étant pas au niveau exigé par rapport aux autres matières que j’avais du mal à suivre ; Mme Origlio me conseilla la filière de la formation professionnelle de BEPacc (Brevet d’études professionnel d’Administration, Commercial et Comptable) qui au final contribua largement à mon épanouissement d’étudiante.

Je ne la remercierai jamais assez de m’avoir conseillée de suivre cette formation qui fut pour moi une belle réussite au cours de mes deux années de BEPacc passées au Lycée Français d’Antananarivo et dont j’obtenu en finalité haut la main mes deux diplômes avec beaucoup de fierté.

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Après cette longue parenthèse que je me devais de vous raconter, je peux enfin reprendre le cours de mon histoire.

Ce fut donc en musique, que le bus quitta enfin la cour du lycée et commença à emprunter sans plus tarder la fameuse route qui nous conduirait au centre-ville d’Antananarivo.

C’était parti pour l’aventure !

Mes camarades et moi, concrétisions enfin notre fameuse sortie culturelle !

Le bus nous emmenait donc en direction du Centre Culturel Albert Camus et moi, j’étais déjà en train de rêvasser en me disant que je découvrirai enfin et pour la toute première fois la fameuse salle de cinéma dans laquelle mes parents avaient déjà visionné pas mal de films durant les années 77 à 79…

Au fur et à mesure que nous nous rapprochions de notre destination ; j’étais toute excitée de joie et je savourais pleinement chaque instant de notre voyage en bus.

Quant à mes camarades, eux aussi étaient aux anges et très impatients d’arriver au fameux Centre Culturel.

Après une bonne quarantaine de minutes de trajet et quelques embouteillages que l’on ne pouvait hélas guère éviter, (La Capitale de Tananarive est réputée pour ses embouteillages) nous arrivâmes enfin à bon port.

Le bus se gara ensuite devant le grand bâtiment du centre Culturel.

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A peine avais-je franchi le seuil du vaste hall du Centre Culturel ; là où se situait le comptoir d’accueil ; que j’en fus totalement enchantée.

La décoration des lieux était vraiment magnifique et d’une très grande classe…

La suite des événements promettait de me réserver de bien belles surprises…

Et ce fut d’ailleurs le cas lorsque nous nous retrouvâmes au premier étage et que je poussais enfin une haute porte battante qui menait à l’immense salle de cinéma à l’intérieur de laquelle nous devions, mes camarades et moi visionner le fameux film tant attendu.

« Wahou ! » m’exclamais-je tout haut en regardant tout autour de moi.

C’était un peu comme si je me retrouvais dans une salle de cinéma en France mais avec ce petit quelque chose de différent, d’original que je n’avais encore jamais vu ailleurs et qui se trouvait juste là, devant mes yeux ébahis.

La salle était vraiment très spacieuse et avait des allures de Belle époque avec son sublime habillage (sol, plafond et murs) rouge bordeaux des plus profond et si raffiné.

Quant aux élégants fauteuils de velours de la même couleur dominante ; ils vous invitaient à vous y installer bien confortablement tant leurs revêtements semblaient à la fois doux et moelleux.

Tout n’était que somptuosité ici et la couleur rouge bordeaux y était pour beaucoup.

En effet, grâce à elle, la salle de cinéma semblait tout droit sortir d’un bel opéra et c’était sans doute pour cela qu’elle en devenait exceptionnelle, ne ressemblant alors à aucune autre.

Avec de tels atours, cette magnifique salle ne pouvait que vous convier à y passer un agréable moment lors de la diffusion d’un film sur son grand écran.

Et moi, j’étais déjà très sensible à toute cette ambiance feutrée et chaleureuse.

Sans oublier l’agréable fraîcheur de la climatisation qui contrastait avec la chaleur écrasante du dehors.

Oui, je me sentais vraiment bien ici…

J’étais littéralement tombée sous le charme de cette salle et j’avais comme l’impression de me retrouver dans un cocon de bien être m’enveloppant peu à peu de son infinie douceur.

Je me laissais alors totalement envahir et submerger par cette sensation unique d’apaisement tout en me disant que j’avais vraiment beaucoup de chance de me retrouver ici, et qui plus est dans mon beau pays natal de Madagascar.

Et rien que d’y penser, j’étais encore plus envoûtée et fascinée par ce lieu hors du temps qui me transportait dans un autre monde, un autre univers.

Un univers fantastique et magique…

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Après avoir longuement admiré la vaste salle de cinéma ; je m’asseyais enfin bien confortablement dans l’un de ces fauteuils de velours rouge.

En caressant le tissu de ma main ; je constatais qu’il était vraiment comme je me l’étais imaginé : très doux et très soyeux.

Comme j’étais bien dans ce fauteuil !

À présent, je n’avais qu’une seule hâte : regarder le fameux film qui n’avait eu que des éloges auprès des critiques de cinéma…

Et quel rêve absolu pour une cinéphile telle que moi de pouvoir enfin le regarder bien tranquillement dans une salle quasi déserte.

Déserte et qui plus est sans être ennuyée par une personne trop grande qui se trouverait comme par hasard juste devant moi ou qui aurait une de ces crinières volumineuses et sauvages nuisant fatalement et gravement à la vision de mon film.

Oh oui ! Quel plaisir immense que celui de ne point subir toutes ces incommodités et d’avoir l’impression unique d’être seule au monde comme si le film ne serait diffusé que pour moi et moi uniquement.

J’en ferais l’expérience et j’étais déjà aux anges…

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Mes camarades étaient eux aussi sous le charme de cette immense salle et étaient de plus en plus excités à l’idée qu’ils regarderaient dans une poignée de minutes le fameux film.

N’ayant à l’époque pas de meilleure amie attitrée ; je m’étais donc installée à l’écart des autres élèves afin d’éviter d’écouter leur discussions entre eux.

Ainsi, je profiterai pleinement de mon film.

Confortablement assise dans mon fauteuil, j’attendais donc que les lumières s’éteignent enfin mais il semblait que le projectionniste n’était pas encore prêt pour diffuser le film.

Sans doute un retard imprévu de sa part mais qui finirait bien par se régler.

Alors pour passer le temps, je décidais de me retourner pour voir quels élèves se trouvaient derrière moi.

À ma grande surprise, il n’y en avait aucun à part ma Prof de Français préférée qui était en train de me sourire et sur le point de me dire quelque chose vu qu’elle venait de se pencher vers mon fauteuil.

Je lui souris également et c’est alors qu’elle me dit avec enthousiasme :

« Vous ne serez pas déçue Cécile !Ce film vous plaira beaucoup ! Je l’ai déjà vu et connaissant votre sensibilité je suis certaine qu’il vous émouvra. Sans parler de sa bande originale qui est vraiment sublime. Je sais que vous aimez les musiques de films, n’est-ce pas ? »

« Oui, c’est vrai Madame » lui répondis-je un peu intimidée.

« Je pense que vous l’aimerez aussi» rajouta t-elle.

À peine eut-t-elle fini de prononcer ces quelques mots que soudainement toutes les lumières de la salle de cinéma s’éteignirent toutes en même temps.

Nous étions alors dans l’obscurité la plus totale et je ne voyais plus du tout le visage de Mme Origlio qui était en train de me chuchoter :

« Ah ! Ça y est ! Le film va enfin commencer ma chère Cécile ! Je vous souhaite un très bon film ! »

« Merci. À vous aussi Madame » lui chuchotais-je à mon tour.

On ne voyait strictement rien dans tout ce noir.

Je me retournais alors pour faire face à nouveau au grand écran et constatais qu’il venait tout juste de s’illuminer en faisant apparaître les premières images du générique du film.

Des images rouges et noirs représentant des scènes historiques d’Amérindiens ainsi que de Colons sous un fond musical qui me donna d’emblée des frissons.

Une musique à couper le souffle tant sa mélodie était des plus envoûtante et fascinante.

Une musique dont je tombais irrémédiablement amoureuse.

Et lorsque le titre du film apparu : « 1492, Christophe Colomb » ; suivi de ce texte :

« Il y 500 ans, L’Espagne était une Nation Livrée à la Peur Et à la Superstition Sous la Loi de la Couronne Et d’une Inquisition Qui persécutait Sans merci Tous ceux qui osaient rêver.

Un Seul Homme défia Ce pouvoir.

Conscient de son Destin, Il traversa La Mer des Ténèbres, En quête d’Honneurs et d’Or Pour La Plus Grande Gloire de Dieu »

Je savais d’instinct que j’aimerais d’ores et déjà ce film et même en ne l’ayant jamais vu.

C’était pour moi comme une certitude.

Et je ne m’étais point trompée puisqu’il devint par la suite mon film historique préféré.

Et l’ultime cerise sur le gâteau fut de pouvoir le regarder dans la même salle de cinéma que mes parents avaient autrefois fréquentée, des années auparavant.

Des années avant ma naissance.

Oui, cela ne faisait qu’intensifier le côté magique et émotionnel que j’éprouvais.

Une journée cinéma qui fut l’un des plus beaux moments de ma vie.

Un moment qui n’appartenait qu’à moi, comme si le temps s’était subitement arrêté et suspendu dans l’air…

Un grand moment d’émotion avec une musique de film inoubliable qui me donne encore la chair de poule à chaque fois que je l’écoute et une petite larme à l’œil de nostalgie…

Une musique qui restera éternellement dans mon cœur et qui me rappellera toujours cette séance de cinéma ainsi que mon île natale avec tous les merveilleux moments passés là-bas.

Un chef d’œuvre musical digne du très grand compositeur Vangelis et qui restera incontestablement ma bande originale number one parmi toutes celles que j’aime.

Un souvenir cinéma que je n’oublierai jamais et que je souhaitais tout simplement partager avec vous.

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