Le Lion et la Gazelle : Suite 7

 

D’une voix faible et fatiguĂ©e, il lui dit :

« Tsara
 Tu es là
 Je suis si content de te revoir »

« Oh ! Moi aussi Masoandro, si tu savais… Mais je vois que tu es gravement blessé »

« Oui, le combat fut rude. Mais je t’en prie, ne pleure plus »

« Mais je suis si inquiĂšte pour toi… Dis ? Tu t’en sortiras, n’est-ce pas ? »

Le Roi Ă©tait si fier d’avoir pu rencontrer une telle Gazelle sur son chemin. À cet instant-lĂ , elle Ă©tait si touchante et si douce qu’il en Ă©tait dĂ©sarmé 

Il lui répondit alors :

« J’ai perdu beaucoup de sang ma Tsara »

« Mais les Rangers vont venir te soigner et aprÚs tu verras, tu iras bien mieux »

« Hélas, ce sera déjà trop tard »

« Mais ce n’est pas possible ! Pourquoi dis-tu ça ? » s’Ă©cria t-elle, la voix brisĂ©e.

« C’Ă©tait mon destin
 Mais je suis fier de t’avoir protĂ©gĂ©e en tuant mon pire ennemi »

« Mais tu ne peux pas partir
 C’est trop tĂŽt » sanglota t-elle, les yeux imbibĂ©s de larmes.

« Mon heure est venue… Mon fils aĂźnĂ© me succĂ©dera et toi tu m’accompagneras dans mes derniers instants »

En entendant cela, la Gazelle fut davantage chavirĂ©e de chagrin et pleura de plus belle. Ce n’Ă©tait pas possible qu’il parte comme ça ! Leur rencontre avait Ă©tĂ© si exceptionnelle, si unique. Cela ne pouvait pas se terminer ainsi


Masoandro voyait bien qu’elle Ă©tait extrĂȘmement bouleversĂ©e. Il aurait tant voulu alors que leur histoire se termina autrement mais tel Ă©tait son destin et il ne pouvait pas le changer


Et puis, Ă  prĂ©sent, il Ă©tait rĂ©signĂ© de s’en aller


RĂ©signĂ© et serein d’avoir pu accomplir de si belles choses dans sa vie de Lion. Des choses qu’il n’oublierait jamais et qui lui revinrent immĂ©diatement en mĂ©moire.

Pour commencer : Avoir eu la chance de connaĂźtre le grand amour avec la Lionne de ses rĂȘves. Puis, au cours de leur union, avoir eu le bonheur d’ĂȘtre pĂšre de deux merveilleux Lionceaux. Et ensuite, cerise sur le gĂąteau, avoir eu l’immense privilĂšge d’ĂȘtre Roi de la Savane durant cinq belles annĂ©es. Et enfin, le meilleur pour la fin, avoir eu la chanceuse opportunitĂ© de connaĂźtre une Gazelle telle que Tsara.

Il ne pouvait donc en vouloir Ă  son destin. En tout cas, c’est ainsi qu’il voyait les choses et cela apaisait son esprit…

Tout le monde meurt bien un jour, d’une maniĂšre oĂč d’une autre se dit-il en haletant davantage. Et pour lui, c’Ă©tait aujourd’hui


D’ailleurs, il sentait dĂ©jĂ  la Mort approcher. Il avait beaucoup plus de mal Ă  respirer. C’Ă©tait donc le dĂ©but du signe de la fin. Alors sans plus tarder, d’une voix presque Ă©teinte, il dit Ă  la Gazelle :

« Tsara
 Je ne vais pas tarder Ă  mourir »

« Nooonn ! » cria t-elle aussitĂŽt dans un long sanglot en secouant la tĂȘte de droite Ă  gauche.

« Tu dois l’accepter ma Tsara. Mais avant de partir, j’aimerais revoir ton sourire »

Totalement bouleversĂ©e et ressentant elle aussi la fin de vie de son ami, elle essaya du mieux qu’elle pu de se ressaisir en refoulant ses larmes mais ce n’Ă©tait pas si facile tant elle avait de chagrin.  Pourquoi fallait-il que le destin lui enlĂšve son ami ? Un ami qu’elle aurait tant voulu alors connaĂźtre davantage…

C’est vrai qu’ils avaient manquĂ© de temps mais elle remerciait le Ciel d’avoir pu rencontrer un Lion aussi exceptionnel que Masoandro.

C’est alors qu’elle s’arrĂȘta de pleurer. Elle voulait offrir au Roi sans plus tarder ce qu’il souhaitait d’elle. TrĂšs Ă©mue et chamboulĂ©e, elle lui adressa un timide sourire tremblotant. Ce ne fut pas simple mais elle tenait avant tout Ă  lui faire plaisir.

Puis, elle rapprocha son museau tout prĂšs du sien et commença du bout de sa truffe Ă  lui caresser les longs poils du pourtour de sa tĂȘte en faisant des mouvements de va-et-vient trĂšs doux. Quelle chance avait t-elle alors de pouvoir faire un tel geste sur un animal rĂ©putĂ© pour ĂȘtre autant fĂ©roce qu’indomptable. Mais pas en ce qui concernait son ami Masoandro qui lui, Ă©tait vraiment bien diffĂ©rent de tous les autres lions de son espĂšce.

Un Lion au cƓur tendre se dit-elle en continuant de lui caresser affectueusement sa si longue et soyeuse criniùre.

Elle ressentait que ses caresses lui procuraient un certain bien-ĂȘtre. Un peu comme si celles-ci arrivaient Ă  apaiser la douleur de sa blessure.

Ensuite, elle se mit Ă  lĂ©cher le contour de son Ɠil droit avec beaucoup de douceur comme s’il s’agissait d’un membre de sa famille. D’ailleurs, en faisant ce geste tendre, de nouvelles larmes lui vinrent aussitĂŽt. Cela lui rappelait les inoubliables instants « cĂąlins » qu’elle recevait de sa famille. Des cĂąlins qu’elle donnait maintenant Ă  son tour Ă  son ami Masoandro.

Son cƓur Ă©tait si lourd aujourd’hui mais elle se devait de rester forte pour soutenir son ami jusqu’au bout. Elle n’oubliait pas non plus de lui sourire car elle voulait qu’il garde d’elle une belle image apaisante.

Une image qu’elle souhaita Ă©galement accompagner d’une lettre qu’elle venait tout juste de rĂ©diger dans sa tĂȘte.

D’une voix tremblante, elle lui adressa ces quelques mots :

« Masoandro
 Tu auras Ă©tĂ© ma plus belle rencontre de la Savane. Jamais, je ne t’oublierai. Tu resteras pour toujours mon meilleur ami. Celui qui a su me parler. Celui qui a su me protĂ©ger. Tu es vraiment un Lion exceptionnel et tu resteras Ă  jamais dans mon cƓur de Gazelle. Tu vas quitter ta terre natale aujourd’hui mais sache que tu ne seras pas seul pour ton grand voyage vers le Paradis. Ta famille est lĂ  aussi. Tout prĂšs de toi. Ils sont tous lĂ  et ils t’aiment fort »

Les grands yeux jaunes clairs Ă©taient en train de la regarder avec beaucoup d’intensitĂ© lorsqu’elle ajouta dans un dĂ©chirant sanglot :

« Et moi aussi, je suis lĂ  pour toi. Je t’aime mon ami. Tu peux partir en paix Ă  prĂ©sent »

En entendant ces mots, une larme coula de l’Ɠil droit du Roi. Lui aussi ne l’oublierait jamais. Elle aura Ă©tĂ© aujourd’hui son dernier plus beau rayon de soleil.

Il ne voulait pas encore s’en aller mais son cƓur Ă©tait si fatiguĂ©. Les battements de celui-ci devenaient de plus en plus faibles et irrĂ©guliers. Il avait Ă©normĂ©ment de mal Ă  respirer. C’Ă©tait le signe de son dĂ©part imminent. Mais avant de quitter sa terre natale, il avait encore besoin de dire une derniĂšre chose Ă  la Gazelle. Une chose qui lui tenait Ă  cƓur…

Luttant dĂ©sespĂ©rĂ©ment contre son manque de respiration, c’est alors qu’il lui murmura dans un dernier soupir :

« Je t’aime mon amie »

Les beaux et grands yeux jaunes si lumineux venaient de s’Ă©teindre. Ils Ă©taient devenus fixes, sans plus la moindre vie


La tĂȘte du Roi s’inclina alors sur le cĂŽtĂ© gauche de son poitrail puis reposa doucement sur un confortable oreiller d’herbes hautes comme s’il allait s’apprĂȘter Ă  dormir. Dormir d’un long sommeil profond et Ă©ternel.

En larmes, Tsara regardait son ami. Elle savait que les anges ne tarderaient plus Ă  venir le chercher alors elle lĂ©cha Ă  nouveau pour la toute derniĂšre fois le contour de son Ɠil droit tout en lui berçant de jolis mots doux Ă  l’oreille. De tendres mots d’amitiĂ© qu’elle savait qu’il entendrait encore


Soudain, l’Ăąme de Masoandro se souleva peu Ă  peu de son corps jusqu’Ă  finir par totalement s’en dĂ©tacher. Elle Ă©tait Ă  prĂ©sent en suspension dans les airs, en train de regarder Tsara. Elle imprĂ©gnait dans sa mĂ©moire, cette derniĂšre image si Ă©mouvante d’elle. Quelques minutes aprĂšs, elle se volatilisa comme dans un rĂȘve


Elle venait de rejoindre la lumiĂšre du Paradis tandis que les grands yeux jaunes clairs si lumineux continueraient, eux, d’illuminer de leurs intenses clartĂ©s leur terre natale, la Savane


Tels des anges gardiens, ils continueraient de protéger cette Terre sacrée ainsi que leur chÚre famille bien aimée


Sans oublier de veiller avec une attention toute particuliÚre sur leur petite protégée : Tsara, la Gazelle.

****

Tsara leva la tĂȘte vers le ciel et admira sa chatoyante couleur jaune orangĂ©e.

« Qu’est-ce que c’est beau ! » s’exclama t-elle tout haut.

Sans doute qu’Ă  cet instant prĂ©cis, Masoandro devait certainement se trouver lĂ -haut, dans toute cette immensitĂ© en train de l’observer de ses grands et beaux yeux jaunes clairs. L’observer pour continuer Ă  la protĂ©ger comme il l’avait si bien fait sur Terre.

Elle Ă©tait toujours en train d’admirer le ciel lorsqu’elle s’intrigua de sa si belle couleur chaude qui Ă©trangement, Ă©tait apparue au mĂȘme moment oĂč son ami venait de rejoindre le Paradis. Sans doute Ă©tait-ce le plus grand des hasards oĂč tout simplement le destin du Roi de devoir quitter sa Terre natale dans la magnificence de ce soleil couchant. Quoi qu’il en soit, cela ressemblait fortement Ă  un signe. Un signe en relation avec son prĂ©nom solaire « Masoandro » qui sans nul doute voulait signifier que son Ă©clatante aura continuerait toujours d’illuminer de mille feux la belle Savane.

Ah ! Quel merveilleux signe ! se dit-elle alors dans un sourire.

DĂ©cidĂ©ment ! Masoandro n’Ă©tait vraiment pas un Lion comme les autres…

****

Elle dĂ©tourna son regard du ciel puis s’attarda Ă  nouveau sur la dĂ©pouille du Roi. À le voir ainsi allongĂ©, on aurait dit qu’il dormait paisiblement. Qu’il Ă©tait encore vivant. Si bien, qu’elle ne put s’empĂȘcher de verser d’autres larmes d’Ă©motion.

Elle aurait tant aimĂ© alors rester encore auprĂšs de lui pour le veiller mais il Ă©tait prĂ©fĂ©rable qu’elle ne s’attarda pas plus longtemps ici. Elle risquait d’attirer l’attention de quelques prĂ©dateurs et ça il valait mieux l’Ă©viter. Sans oublier que le soleil ne tarderait pas lui non plus Ă  bientĂŽt se cacher.

Pour l’instant, se tranquillisa t-elle, celui-ci Ă©clairait encore de sa chaude et chaleureuse lumiĂšre les hautes herbes de la Savane tout en redonnant davantage d’Ă©clat et de vie au pelage fauve du Roi endormi.

Tout Ă©tait magnifiquement aurĂ©olĂ© d’une douce luminositĂ© rougeoyante et apaisante. Une atmosphĂšre des plus agrĂ©able qui apaisa le cƓur si triste de la Gazelle. Un moment idĂ©al pour adresser un dernier message Ă  son dĂ©funt ami.

La tĂȘte penchĂ©e au dessus de lui, c’est alors qu’elle lui dit avec beaucoup d’Ă©motion :

« Masoandro, je n’oublierai jamais notre incroyable rencontre. Ni la naissance de notre belle amitiĂ©. Ni ta loyautĂ©. Ni ta force et ton courage d’avoir tuĂ© ce lion pour me protĂ©ger. Sois certain que rien ne sera oubliĂ©. Je te le promets. Adieu, mon ami »

Suite Ă  ces mots, elle se pencha sur la dĂ©pouille du Roi et dĂ©posa un doux baiser sur sa truffe. Le premier et le dernier qu’elle lui offrait avant de devoir le quitter.

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