Le Lion et la Gazelle : Suite 6

 

Tsara priait pour que Masoandro s’en sorte sain et sauf. D’ailleurs, ce ne fut qu’Ă  cet instant lĂ , qu’elle rĂ©alisa que le Roi comptait beaucoup pour elle. Qu’il Ă©tait devenu comme un ami


Étrange que de dire cela se dit-elle et pourtant c’Ă©tait bien le mot « ami » qui lui Ă©tĂ© venu instantanĂ©ment Ă  l’esprit…

Finalement, Masoandro n’avait pas eu si tort que ça lorsqu’il lui avait dit que dĂ©sormais ils avaient un lien tous les deux. Jamais auparavant elle n’aurait cru cela possible mais Ă  prĂ©sent elle savait que ce lien existait rĂ©ellement


Et un tel lien ne se renouvellerait sans doute plus jamais dans l’histoire de la Savane alors il en restait d’autant plus prĂ©cieux Ă  ses yeux…

VoilĂ  pourquoi elle redoutait tant qu’il puisse lui arriver quelque chose de grave.

« Pourvu qu’il s’en sorte ! » ne cessait-elle de se rĂ©pĂ©ter dans sa tĂȘte tout en observant avec angoisse le fĂ©roce combat qui Ă©tait loin d’ĂȘtre terminé 

****

****

Le combat durait dĂ©jĂ  depuis une bonne trentaine de minutes sans qu’aucun des deux rivaux ne soit mis Ă  terre. Ni l’un ni l’autre n’Ă©tait prĂȘt Ă  abdiquer. Tous deux Ă©taient tenaces. Mais lequel des deux achĂšverait l’autre ?

EssoufflĂ©, Masoandro continuait inlassablement de donner de grands et fĂ©roces coups de pattes Ă  son adversaire. Certes, il commençait Ă  fatiguer mais Ă©tait loin d’abandonner le combat. Plus dĂ©terminĂ© que jamais, il ferait tout pour remporter la victoire. Il le devait Ă  sa communautĂ© mais aussi et avant tout pour protĂ©ger la Gazelle.

Sans doute Ă©tait-il moins endurant que son ennemi mais il savait de par sa grande expĂ©rience de combattant donner d’incisifs coups lĂ  oĂč il fallait. Et ça, ce n’Ă©tait pas rien ! D’ailleurs, son jeune ennemi peinait quelque peu Ă  lui rendre la pareille


Un bon point pour moi se dit alors Masoandro pour se redonner du courage. Mais attention, le jeune Lion savait aussi ĂȘtre extrĂȘmement virulent avec ses attaques sournoises pas toujours Ă©videntes Ă  Ă©viter. Il fallait donc qu’il sache anticiper tel un boxeur en faisant preuve d’autant de rapiditĂ© et d’agilitĂ© que lui.

Mais le problĂšme majeur qui lui faisait dĂ©jĂ  dĂ©faut Ă©tait bien son essoufflement, sans doute liĂ© Ă  son Ăąge. Un inconvĂ©nient de taille qu’il avait du mal Ă  gĂ©rer et qu’il ne pouvait hĂ©las plus ignorer. Pour l’instant, il tenait encore bon mais pour combien de temps ? Car contrairement Ă  lui, le jeune Lion Ă©tait loin d’ĂȘtre essoufflĂ©.

« Il faut pourtant que je tienne » se dit-il en reprenant trĂšs vite une grande inspiration d’air frais. Il en valait de son honneur de Lion et de sa fiertĂ© de Roi mais aussi de son amitiĂ© naissante avec la petite Gazelle qu’il souhaitait prĂ©server


De son cĂŽtĂ©, Ratsy Fanahy savait aussi rendre les coups mais avec plus ou moins de difficultĂ©s par rapport Ă  son rival. Il manquait clairement d’expĂ©rience mais qu’importe puisqu’il avait la jeunesse et l’endurance pour lui. Deux atouts non nĂ©gligeables se dit-il en Ă©vitant de justesse un fĂ©roce coup de griffes de Masoandro.

Ses rĂ©flexes Ă©tant au taquet, il Ă©tait toujours d’attaque pour plusieurs rings d’affilĂ©s sans mĂȘme se fatiguer. Son point sans doute le plus fort comparĂ© au vieux Masoandro qui lui, Ă©tait dĂ©jĂ  tout essoufflĂ© se moqua t-il en tentant de lui mordre l’oreille droite.

Et il savait jouer avec les nerfs du Roi en lui faisant subir quelques attaques surprises bien ciblĂ©es. Il faut dire qu’il Ă©tait si rapide. Tant mieux d’ailleurs ! Le titre de Grand Roi des Steppes d’Afrique deviendrait alors sa plus grande rĂ©compense. Il en Ă©tait persuadĂ©.

Mais pour l’heure, ce bougre de Masoandro ne manquait pas de punch ! Et il fallait bien avouer qu’il Ă©tait plutĂŽt bon pour son Ăąge ! Un vrai coriace se dit Ratsy Fanahy en Ă©vitant Ă  nouveau un redoutable coup de griffes manquant de le rendre borgne.

Mais il trouvait que ce combat manquait cruellement de mordant. Qu’il devenait mĂȘme assez lassant et pire sĂ©rieusement ennuyeux avec toutes ces rĂ©pliques de coups de griffes rĂ©pĂ©tĂ©es. Elle avaient un peu trop durĂ©es et il fallait grandement changer tout ça…

Et pour ce faire, il venait d’échafauder dans son cerveau diabolique un autre plan d’attaque. Un plan d’attaque nettement plus vicieux avec davantage de sang versĂ© car il trouvait que son rival n’en Ă©tait pas assez maculĂ©. Et l’action devrait se faire tout de suite et maintenant !

Vite, la gueule grande ouverte, il se jeta subitement sur Masoandro et mordit avec une extrĂȘme fĂ©rocitĂ© un cĂŽtĂ© de son   flanc droit sans une seule fois desserrer les mĂąchoires. Et l’acharnement fut tel qu’en dĂ©chirant les tissus de sa peau, un grand lambeau de chair s’arracha aussitĂŽt laissant place Ă  une plaie bĂ©ante sanguinolente d’oĂč commença Ă  goutter le sang. D’abord faiblement puis beaucoup plus abondamment. Ce qui ne prĂ©sageait rien de bon…

Sur le coup, Masoandro ne ressentit pas tout de suite la douleur tant il avait Ă©tĂ© surpris par cette virulente attaque. Mais Ă  prĂ©sent, celle-ci devenait lancinante jusqu’Ă  le faire atrocement souffrir.

Et c’Ă©tait une vĂ©ritable torture qu’il Ă©tait en train d’endurer mais il ne voulait surtout pas le faire montrer Ă  son adversaire qui aurait Ă©tĂ© alors bien trop ravi. C’est pourquoi, il feignait de ne pas avoir mal.

Cette fois-ci, il venait de s’ĂȘtre fait avoir comme un bleu et il avait beaucoup de mal Ă  accuser le coup. La douleur Ă©tait vraiment insupportable mais l’humiliation, elle, Ă©tait bien pire


Tout se bouscula alors dans sa tĂȘte. Ce n’Ă©tait pas possible qu’il en soit arrivĂ© lĂ  face Ă  cette ordure de Ratsy Fanahy !

Inconcevable mĂȘme ! s’enragea t-il intĂ©rieurement avec beaucoup de colĂšre.

Mais Ă  en juger le pelage de son flanc droit dĂ©jĂ  maculĂ© d’une large aurĂ©ole de sang, nul doute que le destin ne voulait pas ĂȘtre de son cĂŽtĂ©. Une seule morsure de Ratsy Fanahy et le voilĂ  dans une bien cruelle posture ! Et pourtant le destin ne pouvait pas le laisser tomber comme ça !

Hors de question que Ratsy Fanahy devienne Roi ! s’insurgea t-il en soutenant le regard de son ennemi jurĂ©.

Il puiserait encore dans ses derniĂšres forces mais n’abandonnerait certainement pas le combat. L’enjeu Ă©tait beaucoup trop important. Et lĂ , il devait agir maintenant avant qu’il ne soit trop tard. DĂ©jĂ  qu’il avait perdu beaucoup de sang…

Si le destin osait le mettre de cĂŽtĂ©, ses ancĂȘtres, eux, le soutiendrait. Il en Ă©tait persuadé 

C’est alors que dans un ultime effort, Masoandro se jeta brutalement sur son adversaire et le mordit sauvagement Ă  la jugulaire avec une redoutable fĂ©rocitĂ©. Si redoutable que le rĂ©sultat fut Ă  la hauteur de ce qu’il espĂ©rait.

Une grande giclée de sang jaillit instantanément de la gorge de Ratsy Fanahy et celui-ci commença à se tordre de douleur en émettant de longs rugissements enragés.

Masoandro l’avait mordu prĂ©cisĂ©ment lĂ  oĂč il fallait et cela le rendait fou de rage de s’ĂȘtre fait avoir. Il ne cessait de se contorsionner dans tous les sens tant il souffrait le martyre. Et vu le flot de sang qui coulait de la   principale artĂšre de son cou, la faucheuse ne tarderait plus Ă  venir l’emmener avec elle dans l’au-delĂ . Son rĂȘve de grandeur partirait alors en fumĂ©e et ça il n’arrivait pas Ă  l’ingurgiter


Alors, histoire de se venger avant de s’en aller, il tenta d’adresser un dernier mot assassin Ă  son rival mais il en fut totalement incapable Ă  cause de sa fichue entaille Ă  la gorge. Cet idiot de Masoandro l’avait eu en beautĂ© et il ne pouvait que s’incliner…

Oui, l’impitoyable Ratsy Fanahy venait de perdre. Mais Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre Roi, il rejoindrait certainement l’enfer, lĂ  oĂč Ă©tait sa vraie place…

Finalement, je n’aurai pas tout perdu se dit-il en esquissant un dernier rictus crispé 

Masoandro était en train de le regarder souffrir sans la moindre pitié et avait hùte que le chapitre du cruel « Ratsy Fanahy » soit enfin clos.

Quelques minutes aprĂšs, ce fut dans un dernier rĂąle que le jeune Lion s’Ă©croula de tout son long dans les hautes herbes, la gueule entrouverte pleine de sang et le regard fixe. Il venait de rejoindre les tĂ©nĂšbres et de maniĂšre fulgurante.

« Tu as Ă©chouĂ© Ratsy Fanahy. Tu n’as pas rĂ©ussi Ă  me dĂ©trĂŽner » lui adressa alors le Roi dans un ultime adieu avant de se dĂ©tourner de lui pour aller s’allonger lĂ -bas, un peu plus loin dans les hautes herbes. Il Ă©tait extrĂȘmement Ă©puisé 

****

Tsara fit un bond de deux mĂštres sur place tant elle Ă©tait heureuse ! Le Lion Ă  la criniĂšre volumineuse et donc son ami venait d’achever d’une seule morsure fatale le mĂ©chant Lion.

« Hourra ! » s’Ă©cria t-elle de joie.

Allez ! Il fallait maintenant qu’elle aille vite le rejoindre. Sans plus attendre, elle fit un sprint dans le sens inverse qu’elle avait dĂ©jĂ  parcouru tout en faisant des bonds de deux mĂštres. Elle avait hĂąte de fĂ©liciter le Roi mais surtout de le remercier pour ce qu’il venait encore de faire pour elle. Une fois de plus il avait su la protĂ©ger.

Quel Lion incroyable ! se dit-elle en souriant.

Elle gambadait gaiement tant elle Ă©tait heureuse que tout se termina comme elle l’avait souhaitĂ©.

Vite ! Vite ! Plus que quelques mÚtres et elle serait bientÎt auprÚs de son ami.

Ça y est ! Elle venait enfin d’arriver sur le lieu oĂč s’Ă©tait dĂ©roulĂ© le si fĂ©roce combat. Elle scruta des yeux les alentours et vit Ă  quelques mĂštres d’elle, cachĂ©e dans les hautes herbes, la dĂ©pouille du mĂ©chant Lion.

Soudain, elle fut parcourue de frissons en repensant Ă  ce qu’il serait advenue d’elle si Masoandro n’avait pas Ă©tĂ© lĂ  pour la protĂ©ger.

Je n’aurais probablement plus Ă©tĂ© de ce monde se dit-elle en ne quittant pas des yeux le cadavre dont venait Ă  l’instant de se rapprocher un vautour aux grandes ailes dĂ©ployĂ©es. Quelques secondes aprĂšs, armĂ© de son bec crochu, il commençait dĂ©jĂ  Ă  arracher avec acharnement des petits lambeaux de chair de la gorge du jeune lion mort.

« Berk ! Je ne veux surtout pas voir ça ! » murmura t-elle avant de vite dĂ©tourner la tĂȘte.

Mais oĂč Ă©tait donc passĂ© Masoandro ? se demanda t-elle en parcourant de son regard perçant l’immense champ d’herbes hautes. Pourtant, il ne pouvait pas ĂȘtre bien loin…

AllĂ©luia ! C’est alors qu’elle le vit enfin. Il se trouvait juste Ă  quelques mĂštres de lĂ , allongĂ© sur le cĂŽtĂ© gauche de son flanc, dans une zone oĂč l’herbe Ă©tait davantage plus haute. D’ailleurs, elle aurait trĂšs bien pu ne jamais le voir tant celle-ci le dissimulait si bien.

C’est alors qu’elle courut vite vers lui. Lorsqu’elle se retrouva enfin Ă  ses cĂŽtĂ©s, elle constata que ses yeux Ă©taient fermĂ©s comme s’il Ă©tait en train de somnoler. Elle s’approcha davantage de lui et crut dĂ©faillir en voyant la large plaie bĂ©ante qui se trouvait au milieu de son flanc droit. Et celle-ci n’Ă©tait pas du tout belle Ă  voir avec tout ce sang noirĂątre sĂ©chĂ© qui la recouvrait. D’ailleurs, quelques mouches attirĂ©es sans doute par l’odeur vinrent s’y dĂ©poser. BouleversĂ©e, elle les chassa aussitĂŽt d’un revers de patte.

Mon Dieu ! Il y avait beaucoup trop de sang ! Et vu l’aspect de la blessure, cela devait ĂȘtre trĂšs grave s’angoissa t-elle, les yeux au bord des larmes.

Comment le destin pouvait-il leur faire ça ? Pourquoi s’en prendre Ă  ce Roi qui avait pourtant tout fait pour la protĂ©ger ? Elle se sentit Ă  la fois coupable et impuissante…

« Tout ça est de ma faute ! » se dit-elle en commençant à pleurer silencieusement.

Et maintenant, le Roi devait Ă©normĂ©ment souffrir Ă  cause de cette blessure qui normalement n’aurait jamais dĂ» exister si le destin aurait bien fait les choses.

Ce n’est pas juste ! s’insurgea t-elle en regardant avec compassion le Roi endormi.

À le voir ainsi, les yeux fermĂ©s, c’Ă©tait un peu comme s’il Ă©tait en paix. Si bien, qu’elle n’avait pas trop envie de le rĂ©veiller. D’autant plus, qu’il n’avait toujours pas remarquĂ© sa prĂ©sence. Mais elle avait tant besoin de revoir ses grands yeux jaunes clairs ainsi que d’entendre sa voix pour se rassurer qu’elle finit par l’appeler tout doucement :

« Masoandro
 C’est moi
 Je suis là »

Le Roi ne s’Ă©tait pas rendu compte qu’il s’Ă©tait assoupi. Et durant ce laps de temps qui lui avait paru interminable, il avait mĂȘme rĂȘvĂ©. Un bien joli rĂȘve d’ailleurs, dans lequel se trouvait la petite Gazelle en train de rire aux Ă©clats en sa compagnie.

Et lĂ , il lui semblait bien avoir entendu sa jolie voix. Pour s’en assurer, il ouvrit doucement les yeux et la vit aussitĂŽt. Elle avait la tĂȘte penchĂ©e sur lui et Ă©tait en train de pleurer Ă  chaudes larmes.

Qu’il Ă©tait heureux de revoir sa petite frimousse ! Par contre, elle, semblait malheureuse comme les pierres avec ses yeux noyĂ©s de larmes


Oh non ! se dit-il alors. Cela devait ĂȘtre dĂ» Ă  cause de sa vilaine blessure. Et voilĂ  pourquoi elle Ă©tait autant chagrinĂ©e. Il aurait tant souhaitĂ© alors effacer l’Ă©pisode de la morsure fatale de Ratsy Fanahy. Mais hĂ©las, il n’avait pas le pouvoir de remonter le temps


Ah ! Qu’il aurait bien aimĂ© revoir les jolis yeux noirs rieurs de Tsara sans larmes. Il fallait absolument qu’il la rĂ©conforte.

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12 réflexions sur “Le Lion et la Gazelle : Suite 6

    1. Merci mon Krissou 💕 d’avoir Ă©crit ce commentaire sur ce chapitre de mon histoire. Tu m’a fais une bien jolie surprise dont je ne m’attendais pas…
      Alors, un grand merci à toi mon cher Krissou 💕💕💕💋. Plein de gros bisous pour toi 👄👄💋

      Aimé par 1 personne

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